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En marge
Toutes ses sources datent d’avant 2000. Il est tenté de faire des GIF à partir de films et de séries récentes, mais il ne veut pas mélanger l’ancien et l’actuel sur sa page, car les films contemporains sont différents au niveau des couleurs et de la qualité. « Je suis du genre à passer au crible les vieilles librairies et les greniers poussiéreux », dit-il. « En tous les cas, les histoire ne changent pas tellement avec le temps. Celles qu’on racontait au siècle dernier sont tout aussi pertinentes que celles qu’on racontera demain. » 


Enlever des images en modifie la vitesse, c’est pourquoi il doit ensuite la réadapter en ralentissant ou en accélérant. Il lui arrive aussi d’ajuster la luminosité ou les couleurs, ou bien de dessiner des images sur Photoshop quand il lui en manque. Enfin, il les exporte en GIF. Toutes ces compétences techniques, Jack Moon les a acquises par lui-même, se faisant la main au fil du temps, sans chercher de conseils en ligne. « Je sais qu’il existe des applications spéciales pour faire des GIF, mais elles sont assez limitées », dit-il. « Avec After Effects et Photoshop, je peux faire quasiment tout ce dont j’ai envie. Si je veux modifier le moindre détail, je peux, alors que dans les apps dédiées, la plupart du temps, c’est impossible. » Il donne l’impression d’être un curieux artisan du web. Jack Moon a en projet de revoir le thème de sa page, se concentrer davantage sur le texte, et réaliser des animations originales. Il a commencé un petit film d’animation fait de vieilles peintures, à partir duquel il compte réaliser de nouveaux GIF. Il cherche aussi un moyen d’exposer. Mais avant ça, il doit régler des problèmes administratifs pressants. « Actuellement, je n’ai pas de papiers d’identité valides, il faut que je gère ça en priorité. L’année dernière, j’ai emménagé à Braine-Le-Comte en Belgique, et ils remettent en cause le fait que je vis ici », raconte-t-il. « C’est bizarre, j’ai le rythme de vie d’un ermite. J’ai toujours été, d’une certaine manière, dans une autre dimension. Mais il y a vivre éloigné de la société, et vivre complètement en dehors. » Une vie de bohémien astronaute.
Couverture : Un astronaute bohémien. (NASA/Ulyces)
COMMENT SOMMES-NOUS TOUS DEVENUS OBSÉDÉS PAR LE RUIN PORN
Pionnier de l’exploration artistique du déclin urbain, le photographe Seph Lawless a inspiré toute une génération. Il raconte comment le web l’a rendu célèbre.
Les propos ayant servi à réaliser cette histoire ont été recueillis par Mathilde Obert au cours d’un entretien avec Seph Lawless. Les mots qui suivent sont les siens.
I. Médias sociaux

Autoportrait
Crédits : Seph Lawless
J’ai commencé à photographier des lieux abandonnés en 2001, mais je n’ai commencé à partager mon travail qu’en 2005. Je voulais montrer au monde entier une autre facette de l’Amérique. Je voulais la montrer sous un jour plus vulnérable. On en parle souvent comme de la « première puissance mondiale », et l’expression est renforcée par des torrents d’images qui ne reflètent pas toute sa réalité. Tout le monde aime les skylines de New York et la beauté de nos paysages, mais les gens connaissent moins les parties les plus pauvres du pays. J’ai pensé que ce serait que ce serait rendre justice aux gens qui vivent dans ces zones malades de l’Amérique que de dévoiler ces plaies à ciel ouvert. Les lieux que je photographie représentent la part sombre des États-Unis. Ils symbolisent en quelque sorte les effets à long terme de notre capitalisme effréné. Quand j’étais gamin, le skateboard était un délit aux États-Unis. Il n’y avait pas de skate parks. Si on était pris en train de skater, la police nous disait de dégager. Il arrivait aussi qu’ils nous arrêtent et confisquent nos planches. On a alors commencé à investir des bâtiments abandonnés. On y a construit des tremplins et des rampes. Nous étions nombreux, je suis de la même génération que Tony Hawk. C’est comme ça que j’ai développé ma fascination pour les lieux abandonnés. Ils étaient comme un monde parallèle, c’était notre échappatoire.
On qualifie généralement cette passion d’urbex, l’abréviation d’urban exploration. Mais le mot est apparu longtemps après que j’ai commencé à faire ce que je fais. Au début, on appelait ça du ruin porn. L’expression avait été popularisée par ceux qui comme moi photographiaient les ruines de Detroit au début des années 2000. Je ne me suis jamais personnellement considéré comme un « explorateur urbain », c’est une étiquette qu’on m’a collé après coup. Ça ne veut pas dire grand-chose en réalité : toute personne qui entre dans un bâtiment abandonné avec un appareil photo est considéré comme tel.


