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La révolution énergétique

Washington est obsédé par les saillies de la Maison-Blanche, mais ça n’a pas pour autant conduit à un changement durant l’ère Obama. Ce dernier a prouvé à plusieurs reprises ses capacités oratoires : son interprétation d’ « Amazing Grace » à Charleston, sa méditation sur les droits civiques à Selma, et même son observation comme quoi Trayvon Martin aurait pu être son fils. Les sondages suggèrent que son « évolution » concernant le mariage gay lui a offert un soutien populaire, et la symbolique derrière l’illumination de la Maison-Blanche aux couleurs de l’arc-en-ciel, après que la Cour suprême l’a approuvé, était percutante. Certains Américains ont sûrement été inspirés par les premières fois historiques d’Obama : sa nomination de la première femme présidente du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis, du premier responsable de la lutte contre la drogue à avoir lutté contre l’alcoolisme, du premier secrétaire d’État à l’Armée de terre gay, du premier membre du personnel de la Maison-Blanche transgenre, des premiers ministres de la justice afro-américains (homme et femme), sans compter sa propre couleur de peau. Ses conseillers soutiennent que ses croisades ont poussé au changement en dehors de Washington.

Par exemple, 21 États ont augmenté le salaire minimum après qu’Obama a mis la question en lumière. Mais sa volonté d’augmenter les bas salaires n’a pas résisté face au Congrès, tout comme ses efforts publics pour réformer le préscolaire, les collèges communautaires et les congés parentaux. Obama a prononcé ses plus beaux discours après les massacres de Tucson, Newton et Charleston, mais les lois sur le contrôle des armes n’ont jamais été acceptées. Il lui manquait les votes. Même problème pour sa loi sur l’emploi, composée de réductions d’impôts, de projets d’infrastructure et d’autres petits cadeaux, annoncée en prime time dans son discours au Congrès en 2011. Les commentateurs lui reprochaient d’avoir négligé son discours. Il s’est alors embarqué dans une tournée nationale afin de gagner des partisans, menant des foules au chant des « Votez la loi ! ». Le Congrès n’a pas voté la loi.

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Le Congrès américain sur Capitol Hill
Crédits : barackobama.com

Les conseillers d’Obama se sont parfois demandés si le fait d’être si éloquent à propos de ses priorités ne les a pas desservis, puisque les soutenir était politiquement risqué pour le parti républicain. C’est pourquoi il a choisi l’approche inverse concernant sa loi sur l’immigration, faisant plutôt profil bas afin que les Républicains qui le considéraient nuisible ne rejettent pas le projet par simple réflexe. Mais encore un fois, ça n’a rien donné, car les réformes avaient besoin d’être soutenues dans ce Congrès qui ne le permettait pas. On a beaucoup surestimé l’importance d’avoir fait appel à l’opinion publique sous l’administration Obama. Au vu de toutes les réformes qu’il a proposé, peu de gens se sont ralliés à sa cause. Aussi, Obama a préféré s’appuyer sur une politique d’initiés. Ce qui depuis 2011 signifie décrets présidentiels, actions administratives et autres décisions prises sans concertation. Le Congrès n’est plus favorable au président, mais ce dernier contrôle toujours l’exécutif, cette vaste bureaucratie responsable du véritable fonctionnement d’un gouvernement. Il n’a pas pu faire voter une loi requérant des employeurs qu’il garantissent des congés maladie, mais il a signé un décret obligeant les employeurs fédéraux à le faire. Il a garanti l’intégrité de la plus grande réserve marine de l’océan Pacifique et de 19 autres sites classés, sans impliquer le Congrès. Ses agences ont mis des fréquences aux enchères afin d’améliorer les accès haut débit sur les appareils mobiles. Il a créé myRA (« mon compte retraite ») afin d’aider les Américains ne possédant pas de retraite complémentaire. Il lutte contre les établissements universitaires dont les anciens étudiants sortent avec de fortes dettes mais des bas salaires avec une « obligation d’embauche lucrative », une mesure qui cause déjà du tort à ces établissements n’existant que pour le gain. Son administration finalise actuellement une mesure fiduciaire qui requiert des conseillers financiers de servir l’intérêt de leurs clients. Il fait évoluer les réglementations en matière d’heures supplémentaires afin d’interdire aux compagnies qui refusent les majorations à leurs employés touchant moins de 50 000 dollars par an d’être considérés comme des cadres. Et il vient d’annoncer une nouvelle tentative de renforcer les contrôles pour acheter des armes à feu, une modeste manœuvre pour obtenir par l’exécutif ce qu’on lui a refusé au législatif.

Bien que ses slogans aient varié (« on ne peut plus attendre », « stylo et téléphone », « l’Année des actes »), sa stratégie d’amener le changement étape par étape est restée la même. C’est devenu encore plus évident en 2015, quand les Républicains ont repris le Sénat et qu’il s’est mis à blaguer sur sa liste de choses à faire. Le lendemain de l’élection, dans un de ses discours sobres qui aurait pu leur remonter le moral, Obama a demandé à son équipe de prendre une heure pour broyer du noir, puis de se remettre au travail. « Nous restons à la tête de la plus importante organisation de la planète, avec la capacité de faire beaucoup de bien », leur a-t-il assuré.

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L’attente
Crédits : Pete Souza

L’utilisation la plus agressive des leviers de pouvoir qu’a faite Obama à Washington lui a demandé de l’énergie, principalement en ce qui concerne son plan d’action climatique pour prévenir le rejet de six milliards de tonnes de carbone dans l’atmosphère d’ici 2030. L’aspect le plus visible en est la loi carbone concernant les centrales électriques, visant à en réduire les émissions de 32 %. Certaines mesures moins connues, relatives aux réductions de suie, de mercure, de dioxyde de soufre, de fumées toxiques ainsi que d’autres polluants liés au charbon, ont mené à la fermeture de près d’un tiers des centrales à charbon aux États-Unis, ce qui a placé l’industrie à mi-chemin des restrictions d’émissions de carbone avant même que la loi ne soit annoncée. Le stimulus né de la révolution des énergies propres est utile. L’administration a d’ores-et-déjà approuvé 57 projets de production d’énergie renouvelable au niveau fédéral, ce qui fait 57 projets de plus que toutes les administrations précédentes combinées. Toutefois, l’élément crucial de son initiative pour lutter contre le réchauffement climatique, prenant en compte la moitié des objectifs à lui seul, est resté quasiment invisible. Il s’agit d’un plan de haut rendement énergétique concernant la mise aux normes des équipements et des appareillages, son but étant de réduire de trois milliards de tonnes les émissions d’ici 2030. Ce qui équivaudrait à garder chaque voiture américaine au garage pendant deux ans, ou à éteindre chaque central électrique pendant un an et demi. Voici l’un des exemples saisissants de l’administration Obama prenant les problèmes à bras le corps.

Depuis 1979, le ministère de l’Énergie a défini les critères nécessaires pour réduire les gaspillages énergétiques de toutes sortes aux États-Unis, réduisant la consommation globale d’électricité tout faisant économiser au contribuable sur ses factures. Ces critères se sont avérés efficaces : un réfrigérateur moyen vendu aujourd’hui, bien que plus volumineux et moins cher, consomme quatre fois moins d’électricité. Mais le programme a connu un arrêt presque définitif durant l’administration Bush. Lors de sa troisième semaine en tant que président, Obama s’est rendu au ministère de l’Énergie et a juré de combler les retards pris dans la mise à jour de nouveaux standards. « Nous allons mener la révolution du rendement énergétique », a-t-il assuré. Il en a parlé avec tellement d’enthousiasme alors que l’économie était en chute libre que le présentateur Jon Stewart a plaisanté lors du Daily Show sur les priorités du président. Lors d’un rassemblement dans un entrepôt Home Depot plus tard la même année, le président a été jusqu’à déclarer que les rendements énergétiques étaient « sexy ».

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Obama a pris à cœur les questions énergétiques
Crédits : Gage Skidmore

Le ministère de l’Énergie lui a donc emboîté le pas en publiant de nouveaux standards pour 39 produits différents, des réchauffeurs d’eau pour piscines aux sèche-linge. Il a finalisé plus de réglementations en 2014 que pendant l’intégralité de l’administration Bush, et compte en compléter encore au moins une vingtaine. Les nouveaux standards voulus par Obama sur les moteurs industriels et l’éclairage au néon ont chacun été la source d’économies énergétiques record, et la réglementation à venir concernant les équipements commerciaux d’air conditionné les dépassera allègrement. La plupart de ces nouvelles réglementations ont même reçu le support des fabricants qui doivent s’y soumettre, bien qu’il existe de récents contre-exemples. La raison à cela ? La publication des nouvelles réglementations par le ministère de l’Énergie est passée de chargée à frénétique depuis que les nouveaux standards sont devenus la pierre angulaire de la politique climatique d’Obama. Un représentant de l’industrie m’a confié que le processus de réglementation est depuis comme sur un « tapis de course ». Ernest Moniz, le secrétaire à l’Énergie du second mandat d’Obama, a supervisé la mise aux normes des appareils électriques en tant qu’agent du ministère sous Clinton, et il a fait savoir qu’ils étaient devenus une priorité aujourd’hui. « Ils veulent à tout prix imposer autant de réglementations que possible, aussi vite que possible, et aux plus hauts niveaux qu’ils puissent se permettre face à un juge », déclare Stephen Yurek, président de l’Institut de l’air conditionné, du chauffage et de la réfrigération.

Mais qu’on le veuille ou non, cette myriade de nouvelles réglementations est la raison principale pour laquelle les besoins énergétiques des États-Unis sont à l’équilibre, après des années d’augmentation, prévenant ainsi le besoin de nouvelles centrales et faisant économiser aux contribuables des milliards de dollars. Ces réglementations font partie d’une croisade encore plus massive pour favoriser les hauts rendements, dans laquelle ont été injectés 15 milliards de dollars d’investissement. Sont attendus un bond dans la consommation d’essence des voitures, pour atteindre 3,7 litres aux 87 km en 2025, ainsi que les premières réglementations pour les poids-lourds. On doit y ajouter la forte volonté de rendre l’administration complètement écologique, et de réduire les émissions fédérales de 40 %. Obama a signé pour deux milliards de dollars de contrats afin que les agences gouvernementales mettent aux normes leurs bâtiments, grâce aux sommes futures économisées. Cela a permis de réduire la consommation d’énergie fédérale à son plus bas niveau depuis 40 ans (sans pour autant avoir besoin de l’accord du Congrès).

Un intérêt particulier à été concentré sur le Pentagone, où des responsables comme le vice amiral de la Navy en charge de l’Énergie Dennis McGinn (aujourd’hui retraité), ancien responsable du Conseil américain des énergies renouvelables, ainsi que la responsable de l’énergie de l’Air Force Miranda Ballentine, ancienne responsable de la durabilité chez Wal-Mart, ont fait en sorte que le plus gros consommateur d’énergie au monde réduise énormément ses besoins. Ballentine estime que l’Air Force a déjà réduit son empreinte carbone de 21 % depuis 2008, grâce à des changements tels que l’éclairage LED des pistes, et la réduction de la consommation des avions de l’armée, dont la flotte est plus importante que celles de toutes les compagnies d’aviation civiles combinées. « Il n’y a pas beaucoup d’endroits où j’aurais pu avoir plus d’impact que chez Wal-Mart. On ne fait pas plus important qu’ici », dit-elle.

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Le président américain salue la foule
Crédits : Gage Skidmore

Le bilan

Oui, il y a eu beaucoup de changements. Des repas scolaires plus sains. Une interdiction des cigarettes « light ». Des formulaires d’aide financière simplifiés que les candidats à l’université mettent 20 minutes à remplir au lieu d’une heure. Des écarts de peine réduits entre le crack et la cocaïne en poudre. TIGER, un nouveau programme de subvention compétitif et populaire pour les projets de transports innovants. Des mesures en matière de contrôle de l’immigration qui se focalise sur les dangereux criminels plutôt que sur les familles ordinaires. Le Lilly Ledbetter Fair Pay Act, qui facilite les procès pour discrimination sexuelle. De nouvelles réglementations imposant aux fast-foods d’afficher les informations nutritionnelles. Le pourcentage d’emprunteurs étudiants obtenant une aide par l’intermédiaire du « remboursement basé sur les revenus » a triplé ces deux dernières années. Les réductions fiscales de George W. Bush ne sont plus d’actualité pour les familles qui gagnent plus de 450 000 dollars par an et permanentes pour toutes les autres ; les restrictions imposées par Bush concernant la recherche sur les cellules souches ont également disparu. L’assurance maladie couvrira désormais les discussions liées à la planification de fin de vie, un changement qui pourrait aider à soulager la douleur, ainsi que le coût, de nombreuses morts américaines. Et les données et les preuves ont joué un rôle si central dans l’élaboration de la politique d’Obama qu’un ancien membre du congrès républicain, le chercheur à la Brookings Institution Ron Haskins, a écrit un péan intitulé Show Me the Evidence : Obama’s Fight for Rigor and Results in Social Policy (« Montrez-moi la preuve : Le combat d’Obama pour la rigueur et les résultats dans la politique sociale »). Mais toute évaluation de l’héritage de la politique d’Obama doit prendre en compte l’existence d’une débâcle politique pour la plupart des Démocrates qui ne s’appellent pas Obama.

Le parti républicain a désormais une main de fer sur la Chambre des représentants et une majorité solide au Sénat ; par rapport à 2009, il y a dix gouverneurs républicains de plus et environ 900 législateurs d’État républicains supplémentaires. Il ne s’agit pas que d’un problème politique : cela a eu un impact instantané sur son programme – comme affecter ses perspectives d’un réseau ferré grande vitesse national. À l’heure actuelle, le premier train à grande vitesse d’Amérique aurait dû être opérationnel en Floride, mais après avoir mené le Tea Party au pouvoir en 2010, le gouverneur républicain Rick Scott a mis fin au projet. Depuis, les Républicains du Congrès ont refusé d’approuver un seul centime au projet de voie à grande vitesse. Les Républicains ont fait des réductions budgétaires leur priorité absolue, menaçant de suspendre les opérations du gouvernement et de le faire courir à la catastrophe si Obama n’acceptait pas une réduction des dépenses. À contrecœur, il a accepté un accord comprenant des réductions drastiques connues sous le nom de « séquestreur », réduisant les dépenses discrétionnaires à leurs niveaux les plus bas depuis l’ère Eisenhower. Cette pression fiscale, ainsi que les hausses d’impôts d’Obama et la relance économique, a facilité la réduction des déficits de 10 % du produit intérieur brut à 3 %. Mais cela menace également l’avenir du projet progressif d’Obama – les domaines comme l’infrastructure, la santé ou encore l’éducation coûtent de l’argent.

L’élection de 2016 sera en partie un référendum sur l’ère Obama.

Bien sûr, si un Républicain succède à Obama avec un Congrès républicain en place, il en résultera certainement des réductions budgétaires bien plus importantes. Les candidats républicains ont également proposé des milliers de milliards de dollars de réductions fiscales, et ils espèrent tous renoncer à Obamacare, à la réforme de Wall Street et aux réglementations des émissions de carbone de l’EPA. En vérité, ils espèrent renoncer à toute l’ère Obama. Mais il se pourrait que ce ne soit plus faisable. Il est plus aisé d’empêcher les gens d’avoir quelque chose que de leur enlever des choses qu’ils ont déjà, et même si les Républicains obtiennent le contrôle total de Washington, certains signes montrent qu’ils seraient réticents à retirer l’assurance santé à 15 millions de personnes et à supprimer les couvertures d’assurance d’Obamacare pour tous les autres. On ne sait pas non plus s’ils pourraient inverser le changement actuel dans le système de sécurité sociale d’un paiement par rapport au volume à un paiement par rapport à la qualité – ou même s’ils le voudraient. De même, les candidats républicains seraient certainement moins enclins à faire appliquer la réglementation des émissions carbone. Mais il est difficile d’imaginer comment ils pourraient inverser les tendances plus générales vers une énergie plus propre qui ont commencé pendant l’ère Obama, tandis que l’énergie sale est de plus en plus chère et que l’énergie propre est de moins en moins coûteuse.

Si l’ère Obama nous montre qu’il est difficile d’agir à Washington, elle nous montre aussi que défaire les choses est encore plus difficile. Néanmoins, l’élection de 2016 sera en partie un référendum sur l’ère Obama, même si le candidat démocrate s’appelle Clinton. Les Républicains font déjà campagne contre Obama, en attaquant son grand gouvernement, son côté anti-business et son obsession pour le climat. Et Hillary Clinton a, parfois avec précaution, plaidé en faveur de l’amélioration des indicateurs économiques sous Obama, ce qui est vrai. Le chômage est passé de 10 % en 2009 à 5 % aujourd’hui. Le président de la Chambre, Paul Ryan, a récemment appelé cela « l’illusion du succès », mais si c’est le cas, il s’agit d’une illusion qui inclut concrètement moins de non assurés, un meilleur marché immobilier et de meilleures perspectives fiscales. Une question demeure : si les changements mis en place par Obama sont si fabuleux, pourquoi est-ce que les Américains ne sont pas plus nombreux à l’avoir adopté ? A-t-il un problème plus important de type « Tout est merveilleux, personne n’est heureux » ? Lorsque que j’expose ceci aux conseillers d’Obama, ils reconnaissent que tout n’est pas merveilleux, en particulier l’augmentation du salaire des citoyens de la classe moyenne, mais ils disent également que beaucoup d’Américains sont heureux. La cote de popularité du président se maintient juste en dessous de 50 %, mieux que n’importe quel autre candidat de 2016 dans cette ère de polarisation partisane stricte. Et dans leurs groupes types, les Américains répondent de manière bien plus positive à Obama et ses réussites lorsqu’on leur rappelle qu’il a hérité d’une économie contractant à un taux annuel de moins 8 %.

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Barack Obama a-t-il eu un problème de communication ?
Crédits : Pete Souza

Ceci étant dit, le « Change We Can Believe In » d’Obama est clairement moins significatif aujourd’hui qu’il ne l’était en tant qu’alternative à Bush en 2008. Dans une interview récente de GQ avec Bill Simmons, Obama a attribué ce phénomène à une mauvaise technique de vente, déclarant qu’il regrettait de ne pas avoir mieux communiqué dès le début de sa présidence. « Je crois qu’une certaine arrogance s’est immiscée, dans le sens où nous pensions que tant que nous préparions la politique, nous n’avions pas à la vendre », explique Obama. « Une des choses que j’ai apprises au cours de cycles électoraux difficiles, c’est que vous ne pouvez pas dissocier une bonne politique de la nécessité d’intégrer les Américains et de s’assurer qu’ils savent pourquoi vous faites ce que vous faites. » Avec tout mon respect, c’est faux. J’ai réalisé beaucoup de reportages sur les débuts de la présidence d’Obama, et bien que son équipe était concentrée sur la politique, personne à la Maison-Blanche ne pensait qu’ils n’auraient pas à la vendre. Et ils ont essayé. Elle ne s’est simplement pas vendue. La question est pourquoi, une question à laquelle je ne peux pas répondre, mais une question qui importe pour 2016.

À l’époque, il y avait des débats internes en tout genre concernant le message – quelle est la responsabilité de Bush, que promettre, dans quelles mesures parler de l’emploi alors que les emplois continuaient à disparaître, dans quelles mesures se réjouir une fois que les politiques semblaient marcher mais que les gens continuaient de souffrir – et aucun n’a jamais été résolu. Mais une possibilité, troublante pour Hillary Clinton et le Parti démocratique, est que les politiques activistes d’Obama n’ont pas la cote simplement parce que les gens ne les aiment pas. J’y ai pensé après la récente allocution d’Obama dans le Bureau ovale sur le terrorisme, lorsque le consensus des médias semblait être qu’il aurait dû annoncer des intentions d’en faire plus. Bush était un président qui en faisait toujours plus dans le domaine des affaires étrangères, et il a été reconnu que ça n’avait pas très bien marché. Mais les Américains semblent bien répondre lorsque les commandants en chef jurent d’en faire davantage pour les protéger.

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Les larmes d’Obama lors du rejet de la réforme sur les armes à feu
Crédits : whitehouse.gov

Cependant, pour ce qui est des affaires intérieures, les Américains réagissent souvent mal aux promesses d’en faire plus. Ils semblent suspecter que lorsque le gouvernement agit, il agit probablement pour aider quelqu’un d’autre. Il se peut que, tout comme les Américains voulaient en faire moins à l’étranger après Bush, ils seront à la recherche de quelqu’un qui promettra d’en faire moins sur le territoire après Obama. Ceci dit, si les Démocrates parviennent à conserver la Maison-Blanche, l’héritage intérieur d’Obama en tant qu’individu capable d’en faire plus sera sauf. Le récit médiatique dominant de son ère se focalise sur la paralysie de Washington, mais le récit historique dominant est plus susceptible de se focaliser sur les changements sociaux et économiques, pour le meilleur ou pour le pire. Pour ceux d’entre nous qui suivent les politiques et la politique en tant réel, cet écart entre perception et réalité dans l’ère Obama devrait être d’une importance capitale.


Traduit par Matthieu Volait, Gwendal Padovan, Marie-Audrey Esposito et Nicolas Prouillac d’après l’article « The Nation He Built », paru dans Politico. Couverture : Barack Obama à la Maison-Blanche (barackobama.com).


Rencontre avec les geeks en chef de la Maison-Blanche

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