Ce brouillard toxique créé par les nazis a empoisonné les arbres norvégiens pour toujours

par   Mehdi Karam   | 16/04/2018

Le 12 novembre 1944, le Tirpitz était envoyé par le fond. Surnommé « la bête » par Churchill, ce navire cuirassé nazi de 251 mètres de long pour 36 de large sillonnait depuis 1941 l’ensemble des fjords situés le long des côtes norvégiennes, afin de dissuader toute tentative d’invasion. Pour éviter que l’engin titanesque ne soit repérable par les avions ennemis, il était en permanence entouré d’un brouillard artificiel composé d’acide chlorosulfurique. 64 ans plus tard, le désastre écologique causé par ce nuage chimique se ressent encore. C’est ce que déplore une équipe internationale de chercheurs dans une étude présentée lors de la European Geosciences UnionGeneral Assembly 2018, qui se tenait du 8 au 13 avril.

Crédits : Wikimedia Commons

Claudia Harst est une spécialiste de la dendrochronologie pour le compte de l’université Johannes Gutenberg de Mayence. Son job consiste à dater les arbres par étude de leurs « anneaux » de croissance et d’évaluer ensuite l’influence du climat environnant sur ceux-ci. Elle est l’un des auteurs du papier et celle qui a constaté le désastre pour la première fois. Comme elle l’explique à la BBC, alors qu’elle était en mission près de la commune norvégienne de Kåfjord, elle a constaté que les anneaux de certains arbres datant des années 1940 étaient soit anormalement petits, soit… inexistants.

Si le froid extrême peut être un facteur de la faible croissance des arbres, il est impossible que des dégâts aussi importants aient une cause naturelle. Après avoir retracé l’histoire avec ses collègues, ils ont réalisé que le Tirpitz avait justement été coulé près de Kåfjord, ce qui signifie qu’il y avait auparavant passé un bout de temps – et que son brouillard toxique avait été largement diffusé dans la région. Il n’y avait plus aucun doute à avoir : « La fumée artificielle a endommagé les aiguilles des pins. » La brume empoisonnée les a empêchées d’effectuer leur photosynthèse et donc à l’arbre de pousser. L’un des conifères analysé par Hartl et son équipe n’a carrément pas pris un centimètre entre 1945 et 1954. Ce n’est qu’en 1984 qu’il a atteint sa taille normale.

Sources : European Geosciences UnionGeneral Assembly 2018 / BBC

 

 

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