par Adam Higginbotham | 30 janvier 2015

Coup de maître

Si personne n’avait rien vu, ç’au­­rait été la place de parking la plus prisée au monde. Elle n’était pratique que pour les fripiers concen­­trés dans la partie sud du centre-ville de Nogales, en Arizona, et n’avait que peu d’at­­traits pour les badauds qui venait faire leurs achats. Parfois, des trains de la Union Paci­­fic long de près d’un kilo­­mètre et demi la coupaient du reste de la ville pendant une ving­­taine de minutes. Malgré cela, son empla­­ce­­ment était idéal : au centre du court tronçon d’East Inter­­na­­tio­­nal Street, à l’ombre des façades de commerces tranquilles, et la fron­­tière mexi­­caine ne se trou­­vait qu’à une quin­­zaine de mètres de là.

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Inter­­na­­tio­­nal Street
Nogales, Arizona
Crédits : U.S. Army North

Le 16 août 2011, peu avant 15 h 30, trois hommes étaient instal­­lés dans un four­­gon Chevro­­let blanc garé près du super­­­mar­­ché Food City, sur Grand Court Plaza. Au volant se trou­­vait Anthony Mayto­­rena, âgé de 19 ans mais déjà pourvu d’un casier judi­­ciaire impres­­sion­­nant et d’une attelle en acier sur le bras, souve­­nir d’une balle reçue alors qu’il s’en­­fuyait du commis­­sa­­riat local trois ans aupa­­ra­­vant. Deux garçons origi­­naires d’He­­roica Nogales, la jumelle mexi­­caine de la ville d’Ari­­zona, étaient enfer­­més dans le four­­gon à l’ar­­rière : l’un d’eux, Jorge Varas-Ruiz, était âgé de 18 ans –l’autre était si jeune que son nom n’a jamais été divul­­gué. Ils roulaient tous les trois vers  Inter­­na­­tio­­nal Street, où deux voitures leur gardaient la place de parking au chaud.

Mayto­­rena gara le véhi­­cule, descen­­dit et, avec noncha­­lance, alla se placer au coin de la rue, sous l’œil vigi­­lant d’un guet­­teur posté en hauteur dans les collines de la Nogales mexi­­caine, de l’autre côté de la fron­­tière. Les deux adoles­­cents restés à l’in­­té­­rieur soule­­vèrent une trappe dans le plan­­cher du four­­gon. Sous celle-ci, dans le compar­­ti­­ment en métal qui conte­­nait autre­­fois le géné­­ra­­teur frigo­­ri­­fique du camion, se trou­­vait une autre trappe, à une tren­­taine de centi­­mètres du sol.

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Anthony Mayto­­rena

Aver­­tis par une senti­­nelle, des hommes postés sous terre reti­­rèrent un bouchon de ciment qui se confon­­dait avec la chaus­­sée, et que main­­te­­nait en place une pompe hydrau­­lique, ouvrant un inter­­s­tice de moins de trente centi­­mètres de diamètre. Sous cet étroit passage se trou­­vait un tunnel d’un mètre carré qui menait à une chambre dans un hôtel aban­­donné trente mètres plus loin, du côté mexi­­cain de la fron­­tière. Il leur fallut moins de quarante minutes pour trans­­fé­­rer 207 paquets de marijuana bien compacts depuis l’hô­­tel San Enrique jusqu’au four­­gon : au total, plus d’une tonne d’herbe, évaluée à un peu plus d’un million de dollars.

Des agents de la police des fron­­tières améri­­caine et des offi­­ciers de police de Nogales passèrent au pas devant le camion pendant que le trans­­fert avait lieu. Aucun d’eux ne remarqua quoi que ce soit de suspect. Les offi­­ciers des douanes s’oc­­cu­­pant de l’ac­­cès piéton de la fron­­tière, au bout de la rue, conti­­nuèrent leur travail comme si de rien était. Une fois le bouchon circu­­laire remis en place, les passa­­gers dans le four­­gon utili­­sèrent un pisto­­let à mastic pour dissi­­mu­­ler la jonc­­tion, en l’en­­tou­­rant avec du joint à ciment. L’en­­trée du tunnel côté parking était à nouveau invi­­sible.

Quand le camion repar­­tit, aux envi­­rons de 16 h 30, la pluie avait commencé à tomber et, derrière le volant, Mayto­­rena songeait proba­­ble­­ment que l’au­­dace de leur opéra­­tion souter­­raine avait payé une fois de plus.

La capi­­tale des tunnels

Cela fait long­­temps que le crime est sorti de terre à Nogales. Depuis 1995, près d’une centaine de passages souter­­rains illé­­gaux ont été décou­­verts, en voie d’être ache­­vés, dans les trois kilo­­mètres de tissu urbain de la fron­­tière entre la Nogales améri­­caine et sa grande sœur de l’État de Sonora, au Mexique. On a décou­­vert pas moins de vingt-deux tunnels tota­­le­­ment termi­­nés rien que ces trois dernières années. On a vu des rues s’ou­­vrir sous les pas de passants insou­­ciants, ou s’ef­­fon­­drer sous les roues des véhi­­cules les plus lourds. La ville a été rebap­­ti­­sée la Capi­­tale des tunnels.

Bien qu’il soit impos­­sible de donner un chiffre exact, les tunnels consa­­crés au trafic souter­­rain repré­­sentent un inves­­tis­­se­­ment finan­­cier impor­­tant, supé­­rieur en terme de temps et d’argent à ceux consen­­tis dans les sous-marins arti­­sa­­naux, les avions ultra­­lé­­gers et les cata­­pultes utili­­sées ailleurs pour le trans­­port de la drogue. Certains tunnels coûtent à eux seuls plus d’un million de dollars à construire et impliquent d’en­­ga­­ger des archi­­tectes, des ingé­­nieurs et des équipes de mineurs y travaillant plusieurs mois d’af­­fi­­lée. Certains sont des merveilles d’in­­gé­­nie­­rie, qui descendent à une profon­­deur de plus de trente mètres et disposent d’un système ferré élec­­trique, d’as­­cen­­seurs et même de portes hydrau­­liques. Mais les écono­­mies d’échelle qu’ils permettent sont extra­­or­­di­­naires. Des tunnels comme ceux-ci permettent de trans­­fé­­rer plusieurs tonnes de substances illi­­cites en une seule nuit.

« Murs étayés tout du long, lumière élec­­trique, air condi­­tionné, prises de courants… Le tout fait à la main. »

— Kevin Hecht

Le déve­­lop­­pe­­ment des tunnels ne reflète pas seule­­ment l’ex­­pan­­sion et la crois­­sance finan­­cière des opéra­­tions menées par les cartels mexi­­cains – qu’un rapport de la Rand Corpo­­ra­­tion de 2010 esti­­mait le béné­­fice dégagé à 6,6 milliards de dollars par an –, c’est aussi le symbole de la futi­­lité des tenta­­tives de défendre la fron­­tière améri­­caine contre les narco­­tra­­fiquants. D’après Anthony Coul­­son, ancien agent de la DEA (la brigade des stupé­­fiants améri­­caine), le prix de vente de la drogue dans les rues consti­­tue un indice sûr de l’ef­­fi­­ca­­cité des inter­­­dic­­tions des États-Unis : quand les auto­­ri­­tés parviennent à limi­­ter l’af­­flux de produits stupé­­fiants, leur prix grimpe.

Coul­­son a débuté sa carrière à Tucson au début des années 1980 et a pris sa retraite en 2010, il était direc­­teur de l’agence pour le secteur sud de l’Ari­­zona. À Nogales, le prix de vente en gros de la marijuana avoi­­sine actuel­­le­­ment les 880 dollars au kilo. D’après Coul­­son, « c’est le même prix depuis trente ans ».

En mars 2012, l’U.S. Immi­­gra­­tion and Customs Enfor­­ce­­ment a réagi en mettant sur pied une force opéra­­tion­­nelle dédiée aux tunnels de Nogales. Diri­­gée par des agents du rensei­­gne­­ment et de la Sécu­­rité inté­­rieure, elle comprend des membres des stups, de la police des fron­­tières et de la police locale. Début juin de la même année, le président Obama a rati­­fié le projet de loi sur la préven­­tion des tunnels aux fron­­tières proposé en 2012 par Dianne Fein­­stein, séna­­teur démo­­crate de Cali­­for­­nie et prési­­dente de la commis­­sion bipar­­tite du Sénat sur le contrôle inter­­­na­­tio­­nal du narco­­tra­­fic. La loi étend la possi­­bi­­lité de mise sur écoute afin de renfor­­cer la surveillance des tunnels, crimi­­na­­lise le projet de creu­­ser un tunnel et double les peines infli­­gées aux trafiquants ayant recours à des tunnels pour trans­­por­­ter des narco­­tiques. C’est la deuxième fois en peu de temps que les repré­­sen­­tants du gouver­­ne­­ment tentent de légi­­fé­­rer contre la persé­­vé­­rance et la ruse des maîtres tunne­­liers du cartel de Sina­­loa.

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Par un après-midi torride de la fin juin, l’agent de la police des fron­­tières Kevin Hecht engage son pick-up Dodge vrom­­bis­­sant sur la pente de West Inter­­na­­tio­­nal Street et m’in­­dique les endroits majeurs de l’ac­­ti­­vité des tunne­­liers. Des contre­­ban­­diers sont appa­­rus sous le perron de la maison bleue, au 438, et ont enfourné leur cargai­­son direc­­te­­ment dans une voiture garée devant la maison. L’im­­meuble du 530, quant à lui, est si popu­­laire que deux tunnels s’y sont croi­­sés, à cinq ans d’in­­ter­­valle. « L’un d’eux était vrai­­ment perfec­­tionné : murs étayés tout du long, lumière élec­­trique, air condi­­tionné, prises de courants… Le tout fait à la main », raconte Hecht.

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L’agent Kevin Hecht
Le poli­­cier montre l’en­­trée d’un tunnel aux jour­­na­­listes
Crédits : Jona­­than Clark

Au coin de West Street, il pointe du doigt le bitume, constellé de carrés de béton frais, là où des tunnels qui passaient sous la route ont été repé­­rés et rebou­­chés jusqu’à la fron­­tière. « Il y a quelques endroits impor­­tants qu’ils refusent de lais­­ser tomber », affirme-t-il. L’équipe muni­­ci­­pale char­­gée des répa­­ra­­tions a inscrit la date sur chaque portion de béton, afin que Hecht puisse se rappe­­ler quand les tunnels ont fini d’être comblés. « Il y en a trop par ici, je ne peux pas me rappe­­ler de chaque pouce de terrain », dit-il. « Je me fais vieux. »

Hecht a 42 ans. Avec son mètre quatre-vingt et sa centaine de kilos, c’est un homme impo­­sant, dont les cheveux noirs se dressent droit sur son crâne comme des épis de maïs dans un champ brûlé. Origi­­naire de Chicago, il a passé dix-sept ans dans la police des fron­­tières, à Nogales exclu­­si­­ve­­ment, et souvent sous terre. « C’est le maître des tunnels », affirme Jack Zappone, l’un de ses anciens collègues, qui a rejoint la force opéra­­tion­­nelle des tunnels en tant qu’agent du rensei­­gne­­ment et de la sécu­­rité inté­­rieure. « Il a marché ou rampé dans presque tous les tunnels qu’on a trouvé à Nogales, et il connaît le réseau des égouts comme sa poche. »

Ce qui attire les enne­­mis de Hecht à Nogales, c’est sa confi­­gu­­ra­­tion géogra­­phique et géolo­­gique parti­­cu­­lière, et ses infra­s­truc­­tures communes. Les deux villes ont grandi de part et d’autre de la fron­­tière, et de chaque côté, les maisons et les maga­­sins se rapprochent à présent de la ligne de démar­­ca­­tion autant que la loi le permet. La Nogales de Sonora est en hauteur, et sa jumelle d’Ari­­zona s’étend en contre­­bas, dans la partie la plus étroite d’une vallée allu­­viale victime d’inon­­da­­tions saison­­nières.

Chaque été, au début des mous­­sons, la pluie qui tombe au Mexique forme un torrent que la pente renforce et fait accé­­lé­­rer à mesure qu’il approche des États-Unis. Dans les années 1930, dans l’es­­poir de contrô­­ler les trombes d’eau, des ingé­­nieurs améri­­cains conver­­tirent les lits assé­­chés des rivières de Nogales en cana­­li­­sa­­tions qui passent à présent sous deux des prin­­ci­­pales rues du centre-ville, Morley Avenue et Grand Avenue. Ces immenses tunnels, qui commencent au Mexique et passent sous la fron­­tière avant d’émer­­ger un kilo­­mètre plus loin à l’in­­té­­rieur des terres améri­­caines, et qui sont assez grands pour y circu­­ler en voiture, forment un lien souter­­rain entre les deux villes, et donnent accès à un réseau de passages qui n’a jamais pu être complè­­te­­ment carto­­gra­­phié.

À l’air libre, Nogales est aussi une porte d’ac­­cès aux États-Unis parfai­­te­­ment située : l’In­­ters­­tate 19 commence à moins de 100 mètres de la fron­­tière. D’après Coul­­son, plus d’un tiers des expor­­ta­­tions mexi­­caines qui entrent dans le pays – notam­­ment les produits frais – sont ache­­mi­­nées par Mari­­posa, l’im­­mense portail commer­­cial de la ville. Et avec ces produits, la majo­­rité des substances narco­­tiques reven­­dues en Amérique. « Nogales n’est pas une ville comme les autres », admet Coul­­son.

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Embou­­teillages à Mari­­posa
Portail commer­­cial de Nogales
Crédits : U.S. Customs and Border Protec­­tion

L’en­­fer de béton

Dans les années 1990, les tunnels sous Grand et Morley Avenue ont été trans­­for­­més en voies de trans­­port pour les migrants et la contre­­bande de drogue. La police des fron­­tières a installé sous la ligne de démar­­ca­­tion des portes en tôle ondu­­lée recy­­clées prove­­nant de surplus mili­­taires, puis les ont soudées et fermées avec des chaînes. Pendant les mous­­sons cepen­­dant, les tunnels, qui  mesurent une dizaine de mètres de large et presque cinq mètres de haut, sont souvent remplis par les torrents, qui créent une telle pres­­sion dans le tunnel de Morley Avenue que l’eau ressort à l’autre extré­­mité, à un kilo­­mètre de là en plein Arizona, avec la force d’un canon à eau. L’été, les orages sont si soudains et si violents que plusieurs migrants impru­­dents ont été balayés par le torrent, et les solides portes métal­­liques arra­­chées des murs. Quand ce ne sont pas les mous­­sons qui ouvrent les portes, les contre­­ban­­diers et les passeurs s’en chargent.

« On soude les portes, et cinq minutes après que le chemin soit fermé, les voilà qui font sauter les soudures », soupire Tom Pitt­­man, qui a entamé sa carrière dans la police des fron­­tières à Nogales en 1995, quelques mois après Hecht. « À l’époque, il y avait des centaines de personnes qui passaient par ces tunnels à chaque heure du jour. » Quand la patrouille a installé des hommes à la sortie prin­­ci­­pale du tunnel de Grand Avenue, dont l’ou­­ver­­ture est située à deux pas de la biblio­­thèque, les migrants et les contre­­ban­­diers ont commencé à sortir de terre par des dizaines de plaques et de bouches d’égouts parse­­mées dans la ville, leurs chaus­­sures au sec dans des sacs en plas­­tique, avant de dispa­­raître dans les maga­­sins du centre-ville dans l’es­­poir de se mélan­­ger aux prome­­neurs.

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Un des tunnels des narcos
Dans les entrailles de Nogales
Crédits : ICE

« C’était de la folie. Les plaques d’égout s’ou­­vraient d’un coup, au milieu de la route, et cinq personnes en sortaient en déta­­lant sous vos yeux », raconte Zappone. Les contre­­ban­­diers pous­­saient leurs paquets de cocaïne et d’herbe à travers les grilles ou se faufi­­laient le long des tuyaux en tôle d’une soixan­­taine de centi­­mètres de diamètre qui reliaient les égouts prin­­ci­­paux aux bassins de rete­­nue d’eau en béton aména­­gés près des rues. Ils remet­­taient alors leur cargai­­son à des complices garés à proxi­­mité.

Les agents des patrouilles se sont mis à entrer dans les tunnels sans allu­­mer leurs torches. « S’ils voient quelqu’un arri­­ver, ils vont tout simple­­ment prendre leurs jambes à leur cou et repar­­tir vers le Mexique. La seule chose à faire, c’est de se placer à l’in­­té­­rieur et d’at­­tendre que les migrants ou la drogue viennent à nous », affirme Pitt­­man.

Quand des orphe­­lins ou des fugueurs ont commencé à élire domi­­cile dans les tunnels de Grand et de Morley Avenue, ceux-ci sont deve­­nus si dange­­reux que les patrouilles n’y sont plus entrées qu’en force. Aux heures des repas, des gangs d’en­­fants vivant dans les tunnels sortaient des égouts comme par magie devant Chur­­ch’s Chicken, sur Grand Avenue, faisaient fuir les clients, volaient leur nour­­ri­­ture, puis retour­­naient la manger à l’abri des souter­­rains.

À d’autres moments, ils snif­­faient de la pein­­ture et déva­­li­­saient les migrants de passage sous la menace d’un couteau. Les patrouilles ne pouvaient plus atteindre la fron­­tière dans les souter­­rains sans l’ap­­pui d’équipes du SWAT. À la fin des années 1990, le contrôle de cet enfer de béton avait entiè­­re­­ment échappé à la justice.

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Loin à l’in­­té­­rieur du tunnel de Grand Avenue, Hecht parcourt le sol de ciment du fais­­ceau de sa lampe torche enve­­lop­­pée de plas­­tique, à quelques centaines de mètres de la fron­­tière. « On aurait pas pu arri­­ver jusqu’ici, à l’époque. Ils nous auraient tiré dessus. »

En 2007, la police des fron­­tières a fina­­le­­ment installé des portes grilla­­gées, desti­­nées à lais­­ser passer l’eau mais pas les hommes, et les cana­­li­­sa­­tions géantes sont deve­­nues beau­­coup plus sûres. Trois lots de barrières marquent à présent la fron­­tière dans le tunnel de Grand Avenue : une porte sur la ligne de démar­­ca­­tion, et une autre de chaque côté pour empê­­cher qui que ce soit de la forcer. Une seule ampoule diffuse sa lueur ambrée sur des camé­­ras de surveillance et autres détec­­teurs que Hecht se refuse à me décrire, qui permettent de garder un œil sur la zone. Les visi­­teurs indé­­si­­rables sont d’au­­tant plus décou­­ra­­gés par la présence d’un appa­­reil permet­­tant de les asper­­ger à distance de gaz lacry­­mo­­gène. En bonus, les collègues de Hecht ont tagué un message à la pein­­ture verte sur le mur, au nord de la fron­­tière. On peut lire : « Este lugar es de noso­­tros », cet endroit est à nous, « Signé : les rats des tunnels améri­­cains ».

La proli­­fé­­ra­­tion

Le premier tunnel destiné au narco­­tra­­fic passant sous la fron­­tière a été décou­­vert en mai 1990, à 150 kilo­­mètres à l’ouest de Nogales – à Douglas, dans l’Ari­­zona. Il était long de presque 90 mètres, et son entrée mexi­­caine était cachée sous une table de billard dans une maison d’Agua Prieta, le point de trafic trans­­fron­­ta­­lier préféré de l’in­­fâme Joaquin « El Chapo » Guzman, parrain du cartel de Sina­­loa. Quand on action­­nait un robi­­net à l’ex­­té­­rieur de la maison, la table était soule­­vée à trois mètres du sol par des vérins hydrau­­liques, décou­­vrant un tunnel à la voûte renfor­­cée de béton, équipé de lumières élec­­triques et d’un chariot à roues. Le souter­­rain débou­­chait sous la grille d’éva­­cua­­tion d’une station de lavage auto à Douglas, sur des terres vendues par un juge des envi­­rons à l’avo­­cat de Guzman. Les agents des douanes qui ont examiné le tunnel ont dit qu’il semblait tout droit sorti d’un film de James Bond.

« Plus les contrôles effec­­tués aux portes sont stricts, et plus les tunnels sont utili­­sés. »

—  Anthony Coul­­son

À l’époque, l’exis­­tence des véri­­tables voies express souter­­raines qu’é­­taient les tunnels de Grand et Morley Avenue ainsi que la rela­­tive faible surveillance des points de passage de la ville rendaient inutiles la construc­­tion de passages arti­­sa­­naux sous Nogales. Mais avec la montée en puis­­sance des cartels mexi­­cains à la fin des années 1990 et la multi­­pli­­ca­­tion des saisies en surface, les contre­­ban­­diers se sont mis à modi­­fier le réseau des égouts pour leur propre usage.

En août 1995, des agents des douanes, suivant les tuyaux d’un indic, ont décou­­vert un étroit tunnel creusé à la main qui débou­­chait sous une église métho­­diste désaf­­fec­­tée, située sur une falaise à quelques 150 mètres de la fron­­tière. Long d’à peine une centaine de mètres, il reliait l’église à un conduit asso­­ciant un bassin de rete­­nue d’eau à la cana­­li­­sa­­tion de Grand Avenue. Il aurait permis aux trafiquants de péné­­trer sur le terri­­toire améri­­cain par le tunnel de Grand Avenue, et d’en sortir par le tuyau en tôle, tout en leur offrant la possi­­bi­­lité de faire un détour et d’at­­teindre le sous-sol de l’église, où ils pouvaient livrer leur marchan­­dise discrè­­te­­ment et sans aucun risque d’être décou­­verts. Le tunnel n’était pas très perfec­­tionné – à peine un trou de rat des champs, d’après le témoi­­gnage d’un agent – et les inspec­­teurs pensent qu’un affais­­se­­ment de la voûte a forcé les contre­­ban­­diers à aban­­don­­ner ce passage avant d’avoir eu la chance de l’uti­­li­­ser. Mais l’idée était ingé­­nieuse, et le cartel n’était pas disposé à l’aban­­don­­ner si faci­­le­­ment.

En 1999, les auto­­ri­­tés ont décou­­vert trois autres tunnels reliés au réseau d’écou­­le­­ment des eaux de pluie, l’un d’entre eux conte­­nant les cordes et les sacs en toile de jute servant à trans­­por­­ter les drogues depuis le Mexique. Début 2001, Tom Pitt­­man a parti­­cipé à l’ex­­plo­­ra­­tion d’un autre tunnel arti­­sa­­nal que cachait un battant ouvert dans la paroi d’une autre conduite d’éva­­cua­­tion en tôle, d’une soixan­­taine de centi­­mètres celle-ci, à moins d’un kilo­­mètre de la fron­­tière. Le passage menait à une maison de quatre pièces. Quand les agents des douanes ont forcé l’en­­trée, ils se sont retrou­­vés devant ce qui semblait n’être qu’une banale maison de banlieue d’une famille de classe moyenne.

Le salon, la cuisine et les deux premières chambres étaient jonchés de jouets d’en­­fants et parais­­saient parfai­­te­­ment normaux. Ce n’était pas le cas de la troi­­sième chambre, dans laquelle ils ont trouvé « 380 kilo­­grammes de cocaïne », d’après Pitt­­man. « Entas­­sés par paquets, plein de boue. De la boue et de la merde partout. » La famille avait déjà quitté la ville. Plus tard, le bureau des douanes a estimé qu’il y en avait pour 6,5 million de dollars de cocaïne. Comme dans la plupart des cas, Pitt­­man affirme qu’il est impos­­sible de savoir depuis combien de temps l’opé­­ra­­tion était en place. « Depuis pas mal de temps sans doute, hélas », pense-t-il. « Peut-être des années. »

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Un tunnel plus élaboré
Ses occu­­pants ont filé depuis long­­temps
Crédits : U.S. Customs and Border Protec­­tion

Après le 11 septembre, le durcis­­se­­ment du contrôle des fron­­tières a conduit les contre­­ban­­diers à emprun­­ter de plus en plus souvent des trajets passant sous le mur de Nogales. « Il y a un lien de corré­­la­­tion direct entre les tunnels et les opéra­­tions de contrôles mises en place aux portes de la ville », affirme Coul­­son. « Plus les contrôles effec­­tués aux portes sont stricts, et plus les tunnels sont utili­­sés. » En 2005, Shorty Guzman a déclen­­ché une série d’as­­sas­­si­­nats à Nogales, dans le but d’ob­­te­­nir dans le sang la main-mise sur les réseaux de contre­­bandes indé­­pen­­dants de la ville, dont beau­­coup regroupent des familles instal­­lées dans ce commerce depuis des géné­­ra­­tions. Depuis, la brigade des fron­­tières découvre un tunnel par mois dans le secteur de Tucson, presque tous à Nogales.

La présence de nouvelles portes dans le réseau des égouts implique que de plus en plus de tunnels sont inté­­gra­­le­­ment creu­­sés à la main et relient direc­­te­­ment Sonora à l’Ari­­zona. Certains sont très élabo­­rés, mais beau­­coup ne sont que des passages à peine dégros­­sis, aux murs terreux, creu­­sés exclu­­si­­ve­­ment à l’aide de pioches, de pelles et de perfo­­ra­­teurs. D’après l’un des agents du rensei­­gne­­ment en charge du dossier, qui tient à garder l’ano­­ny­­mat pour des raisons de sécu­­rité, ce sont souvent des ouvriers de l’im­­mense mine de cuivre de Cana­­nea au Mexique, à deux heures de route vers le sud-est, qui s’oc­­cupent de creu­­ser les trous. L’éner­­gie néces­­saire pour les outils et la venti­­la­­tion est four­­nie par des élec­­tri­­ciens qui se branchent sur l’ali­­men­­ta­­tion des entre­­prises en surface.

Porte-à-porte

Pitt­­man et Hecht ont commencé à parcou­­rir les tunnels arti­­sa­­naux ensemble en 2006. Les contrôles des tunnels de Morley et Grand Avenue font à présent partie des tâches courantes de la police des fron­­tières, et un quart des sept cents hommes que compte la section de Nogales a reçu l’en­­traî­­ne­­ment appro­­prié pour mener des opéra­­tions dans un espace aussi confiné que le système des égouts. Mais beau­­coup moins d’hommes sont prêts à s’aven­­tu­­rer dans les dange­­reux tunnels de terre, cauche­­mars des claus­­tro­­phobes. « Je dirais que dix d’entre eux acceptent d’y aller, et encore », estime Hecht. « Mais on ne peut pas les y forcer. »

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L’agent Tom Pitt­­man
Il explore les tunnels depuis 2006
Crédits : U.S. Customs and Border Protec­­tion

Aucun des tunnels que Hecht et Pitt­­man ont exploré n’était assez grand pour s’y tenir debout. Dans la plupart, il fallait ramper, et beau­­coup sont si étroits que Pitt­­man ne pouvait s’y dépla­­cer qu’en éten­­dant les bras devant lui et en avançant à la force des orteils. Tous deux craignent de se retrou­­ver pris au piège par l’ef­­fon­­dre­­ment de la voûte. Certains tunnels sont étayés, mais ce n’est pas la majo­­rité des cas. « J’ai toujours peur quand j’y entre, à chaque fois », admet Pitt­­man.

Sous terre, l’air est lourd, humide, et manque souvent dange­­reu­­se­­ment d’oxy­­gène. Les agents sont constam­­ment à la recherche des traces de fissures ou de petits tas de pous­­sières qui peuvent annon­­cer un affais­­se­­ment. Avant de s’aven­­tu­­rer dans un tunnel récem­­ment décou­­vert, Hecht fait fermer toutes les routes qui pour­­raient se situer en surface, et fait amener un camion pourvu d’un système de venti­­la­­tion pour intro­­duire de l’air dans le trou. À l’in­­té­­rieur, il n’y a en règle géné­­rale pas assez de place pour permettre aux agents de porter un holster ou un gilet pare-balle : ils n’em­­mènent que des torches, et l’un deux porte un pisto­­let. Il n’y a qu’une seule chose que Hecht dit redou­­ter de voir dans un tunnel : un homme armé arri­­vant dans l’autre sens. Il sait qu’a­­vec le manque de place, avec son parte­­naire qui l’em­­pê­­che­­rait poten­­tiel­­le­­ment de recu­­ler, une telle rencontre serait presque fatale. « Tout ce qu’on peut faire, c’est espé­­rer tirer le premier… Et prier pour que la défla­­gra­­tion ne fasse pas s’écrou­­ler le tunnel », dit Pitt­­man.

Hecht et Pitt­­man n’ont jamais été aussi près du face à face sous terre avec leurs adver­­saires que lorsqu’en s’ap­­pro­­chant de l’ex­­tré­­mité d’un tunnel, ils ont senti l’odeur d’un joint dont quelqu’un souf­­flait volon­­tai­­re­­ment la fumée dans la partie sud – à trois mètres tout au plus – en guise d’aver­­tis­­se­­ment. Quand c’est arrivé, Hecht s’est arrêté net. « Je l’ai senti, et je me suis dit : “OK, je vais pas plus loin” », raconte-t-il.

Habi­­tuel­­le­­ment, les agents ne trouvent dans les tunnels que des pioches brico­­lées, des bouts de ficelle, des bouts de mètre ruban utili­­sés pour se repé­­rer, et des bidons de trois litres remplis d’urine en train de fermen­­ter. Presque à chaque fois, les hommes eux-mêmes se sont enfuis depuis long­­temps, et ont disparu quelque part au Mexique.

Dix-sept ans après la première décou­­verte de tunnels à Nogales, une seule figure impor­­tante des grands cartels respon­­sables du trafic a été traî­­née devant la justice. En 2003, le prin­­ci­­pal lieu­­te­­nant de Shorty Guzman, Rigo­­berto Gaxiola Medina, alias Don Rigo, a été arrêté dans une opéra­­tion conjointe avec les auto­­ri­­tés mexi­­caines. Des écoutes télé­­pho­­niques ont prouvé qu’il avait comman­­dité la construc­­tion sous Nogales d’un tunnel long de 300 mètres, équipé de voies ferrées permet­­tant le trans­­port de stupé­­fiants. En 2008, un juge mexi­­cain l’a condamné à onze ans de prison.

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Nogales
De part et d’autre de la fron­­tière
1899 – 2008

D’après Coul­­son, qui a super­­­visé l’opé­­ra­­tion du côté améri­­cain, il n’a pas été possible d’al­­ler plus loin à cause de conflits d’in­­té­­rêts entre la police des fron­­tières d’un côté, qui voudraient fermer tous les tunnels qu’ils découvrent au plus tôt, et l’ICE et la DEA de l’autre, qui ont besoin de garder les tunnels ouverts assez long­­temps pour rassem­­bler des preuves en vue des procès. « Nous ne devons pas lais­­ser les bureaux pure­­ment répres­­sifs avoir le dernier mot », dit Coul­­son, « il faut que les brigades d’in­­ves­­ti­­ga­­tion puissent déci­­der si un tunnel doit être fermé, et quand. »

Les tunne­­liers captu­­rés par les agents fédé­­raux ne sont souvent que du menu fretin, des petits trublions de village, comme Anthony Mayto­­rena. Avant même que celui-ci n’ait atteint la place de parking sur East Inter­­na­­tio­­nal Street, les agents du rensei­­gne­­ment avaient déjà reçu un appel d’un infor­­ma­­teur. Anthony Mayto­­rena a été arrêté alors qu’il tentait de livrer sa cargai­­son, et les jeunes garçons à l’ar­­rière du four­­gon, pendant qu’ils essayaient de s’en­­fuir. Mayto­­rena a raconté aux agents fédé­­raux qu’il avait accepté le poste de chauf­­feur pour 500 dollars en liquide et l’ou­­bli des 1 000 dollars qu’il devait au cartel pour avoir perdu une partie d’un char­­ge­­ment précé­dent. En février, après qu’il a plaidé coupable pour conspi­­ra­­tion en vue de vente de canna­­bis, un tribu­­nal dépar­­te­­men­­tal améri­­cain d’Ari­­zona l’a condamné à cinq ans de prison. Mais ceux qui ont creusé les 270 mètres du tunnel et ceux qui les ont payés courent toujours.

Les agents du rensei­­gne­­ment à Nogales, qui sont à la police des fron­­tières ce que sont les enquê­­teurs en civil aux patrouilles, tentent main­­te­­nant de déman­­te­­ler le réseau qui soutient la construc­­tion des tunnels en termes finan­­ciers et logis­­tiques. Malgré ce que prévoit le Tunnel Preven­­tion Act et la créa­­tion de forces opéra­­tion­­nelles spécia­­le­­ment consa­­crées aux tunnels, cela ne sera pas facile. Kevin Kelly, de l’ICE, est l’agent spécial qui dirige l’unité en ques­­tion. C’est un vété­­ran des douanes où il a passé vingt ans – il a toujours une paire de menottes dans le porte gobe­­lets de sa voiture, à côté d’une bouteille de désin­­fec­­tant pour les mains et de son BlackBerry. Kelly affirme que presque tous les tunnels décou­­verts à Nogales aujourd’­­hui sont liés au cartel de Sina­­loa.

Les lieu­­te­­nants du cartel se partagent la respon­­sa­­bi­­lité des passages et des terri­­toires sous lesquels ils sont construits. Beau­­coup de tunnels fonc­­tionnent comme des fran­­chises, et sont contrô­­lés par des proprié­­taires-exploi­­tants qui laissent les contre­­ban­­diers les utili­­ser moyen­­nant un pour­­cen­­tage du béné­­fice prélevé sur la cargai­­son. Les agents du rensei­­gne­­ment pensent qu’une poignée de cellules spéci­­fiques du cartel sont consa­­crées à la construc­­tion des tunnels qui courent sous la ville, et qu’elles seraient respon­­sables de tous les passages illé­­gaux creu­­sés sous Nogales au fil des années. Chacun de ces groupes, sous la direc­­tion de Felipe de Jesus Casi­­nales Soza, asso­­cié de longue date de Guzman et aussi connu sous le nom de Gigio, travaille sur deux ou trois projets à la fois, en s’at­­ten­­dant à ce que les rats des tunnels, les fédé­­raux,  ferment ces nouveaux passages tôt ou tard.

En 1990, les enquê­­teurs esti­­maient que la construc­­tion du tunnel de « James Bond » avait coûté plus d’un million et demi de dollars à Shorty Guzman, mais qu’il avait sans doute fonc­­tionné pendant six mois ou plus, permet­­tant l’ache­­mi­­ne­­ment de tant de cocaïne que Guzman a obtenu le surnom d’ « El Rapido » auprès de parte­­naires colom­­biens forte­­ment impres­­sion­­nés. D’après Kelly, les petits tunnels rudi­­men­­taires construits sous Nogales coûte­­raient à peine 30 000 dollars chacun, ce qui repré­­sente un inves­­tis­­se­­ment assez bas et vite rentable. « La plupart des tunnels de Nogales ne restent pas ouverts très long­­temps », dit-il. « Les gens en parlent. »

« Les trous ne risquent pas de s’en­­vo­­ler… »

— Jack Zappone

Coul­­son n’en est pas si sûr. Toutes les années qu’il a passées à travailler sous Nogales lui font croire qu’il y a toujours eu plus de tunnels que ses agents ne pouvaient en décou­­vrir, et que l’un d’eux en parti­­cu­­lier est ouvert depuis plus long­­temps que la plupart des fédé­­raux ne voudraient l’ima­­gi­­ner.

« Nous avons toujours supposé qu’ils avaient dû percer le manteau rocheux de la colline à l’est de Nogales. Nous avons entendu parler d’un tunnel dans ce coin, mais sans jamais parve­­nir à le trou­­ver. Je pense qu’il y a un tunnel de ce côté, et qu’il est en service depuis long­­temps. Depuis au moins dix ans. »

Un mardi matin de juin, une dizaine d’agents de Kelly se sont engouf­­frés dans trois 4×4 bana­­li­­sés pour faire ce qu’il appelle du « porte-à-porte » dans les rues de la ville : ils frappent à la porte d’adresses suspectes et demandent poli­­ment à visi­­ter les lieux pour cher­­cher des traces de construc­­tion de tunnel. À la première maison, les agents, pisto­­let et talkie-walkie à la cein­­ture, équi­­pés de gilets pare-balle, trouvent porte close, mais relèvent la plaque d’une voiture qui passe lente­­ment devant eux alors qu’ils frappent.

La deuxième maison est une petite bâtisse en brique, à un kilo­­mètre et demi de la fron­­tière, où une mère de huit enfants raconte qu’elle entend souvent, la nuit, des bruits étranges venant de la maison vide à côté. Dans la troi­­sième, une entre­­prise avec un accès facile au réseau des égouts, un employé laisse entendre qu’il pour­­rait les aider, tant que ses collègues ne sont pas dans les parages. Mais aucune trace de tunnel, dans aucune des maisons. Plus tard, Zappone, un des hommes char­­gés de super­­­vi­­ser l’opé­­ra­­tion du jour, explique que les trois adresses méritent d’être gardées à l’œil.

Il n’y a pas d’ur­­gence, ils revien­­dront. « Les trous ne risquent pas de s’en­­vo­­ler », plai­­sante-t-il.

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Décou­­verte d’un tunnel
Des agents de la police des fron­­tières en recon­­nais­­sance
Crédits : U.S. Customs and Border Protec­­tion

Traduit de l’an­­glais par Raphaël Rigal d’après l’ar­­ticle « The Narco Tunnels of Nogales », paru dans Bloom­­berg Busi­­ness­­week.

Couver­­ture : Un agent de la US Border Patrol, par la U.S. Customs and Border Protec­­tion.

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