par Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer | 9 août 2017

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« La Corée du Nord ferait mieux de ne plus adres­­ser de menaces aux États-Unis. Elles seront accueillies par le feu et la fureur, le monde n’aura jamais vu ça », a déclaré le président Trump le 8 août 2017. Des paroles incen­­diaires expri­­mées à la suite de menaces profé­­rées par Pyon­­gyang à l’en­­contre de la première puis­­sance mondiale, au lende­­main des nouvelles sanc­­tions écono­­miques déci­­dées par les Nations Unies contre le régime de Kim Jong-un. Une nouvelle étape est fran­­chie dans l’es­­ca­­lade des tensions entre les deux pays, dont le point culmi­­nant est à peine vieux d’un mois. On se rappel­­lera peut-être long­­temps du mardi 4 juillet 2017. Non pas comme d’une fête natio­­nale améri­­caine mémo­­rable, mais comme du jour où le régime nord-coréen a annoncé au monde entier qu’il possé­­dait des missiles balis­­tiques inter­­­con­­ti­­nen­­taux en parfait état de marche. D’abord contes­­tée par le Comman­­de­­ment Paci­­fique améri­­cain, cette nouvelle glaçante a fini par être confir­­mée par le Penta­­gone : oui, Kim Jong-un est désor­­mais capable de frap­­per n’im­­porte quel endroit du monde. Ce qui n’est pas une bonne nouvelle au vu des tensions qui règnent entre la dicta­­ture commu­­niste et les États-Unis d’Amé­­rique. Déjà le 2 mai 2017, la Corée du Nord, par le biais de son organe de presse offi­­ciel, KCNA, décla­­rait sans détour que la pénin­­sule coréenne était « au bord de la guerre totale ». Des propos extrê­­me­­ment inquié­­tants émis en réac­­tion au survol de son terri­­toire par deux bombar­­diers améri­­cains. Pour l’US Air Force, il s’agis­­sait d’un « exer­­cice » mené conjoin­­te­­ment avec les forces aériennes sud-coréennes et japo­­naises. Pour les Nord-Coréens, ce n’était rien moins qu’une into­­lé­­rable « provo­­ca­­tion » agitant la menace de bombar­­de­­ments nucléaires en repré­­sailles de la pour­­suite de son propre programme d’ar­­me­­ment nucléaire.


Un test de missile balis­­tique inter­­­con­­ti­­nen­­tal réussi par Pyon­­gyang
Crédits : KCNA

« Toute provo­­ca­­tion mili­­taire contre la Répu­­blique popu­­laire démo­­cra­­tique de Corée déclen­­chera une guerre totale qui conduira au juge­­ment dernier pour les USA », disait le commu­­niqué de l’agence centrale de presse nord-coréenne. Une décla­­ra­­tion sans appel qu’on aurait tort de ne pas prendre avec sérieux tant les tensions qui entourent la pénin­­sule coréenne sont palpables ces derniers mois. À tel point que certains y voient l’épi­­centre possible d’une Troi­­sième Guerre mondiale, entraî­­nant avec elle tous les acteurs de la région et leurs alliés. Car si isolée qu’ap­­pa­­raisse la Corée du Nord, elle compte pour­­tant des alliés partout sur la planète, bien que la Chine et la Russie aient approuvé le 5 août dernier les sanc­­tions écono­­miques desti­­nées à jugu­­ler les ambi­­tions mili­­taires de Kim Jong-un. Mais le 15 avril, lors du 105e anni­­ver­­saire de feu le dicta­­teur Kim Il-sung, père fonda­­teur de la nation et grand-père de son actuel leader, le régime avait orga­­nisé un véri­­table opéra accom­­pa­­gné d’images outra­­geantes. Au terme du spec­­tacle fiévreu­­se­­ment patrio­­tique, des missiles étaient tirés sur l’écran, s’en­­vo­­lant vers les États-Unis pour les réduire en cendres. Une céré­­mo­­nie à laquelle parti­­ci­­pait évidem­­ment Kim Jong-un, troi­­sième de la lignée tyran­­nique qui règne sur le pays depuis sa fonda­­tion en 1948.     Que sait-on vrai­­ment de Kim Jong-un, « maré­­chal de la Répu­­blique popu­­laire démo­­cra­­tique de Corée », « grand succes­­seur de la cause révo­­lu­­tion­­naire du Juche » et « Soleil du XXIe siècle » aux yeux de son peuple ? Les spécu­­la­­tions vont bon train, son passé est tissé de légendes, nombre de fake news lui collent à la peau, tandis qu’un cortège d’hor­­reurs bien réelles le suivent comme son ombre. Pour y voir plus clair, plon­­gez dans l’in­­ti­­mité du dicta­­teur le plus énig­­ma­­tique de la planète.

Kim Jong-un au ski
Crédits : KCNA

En tyran impla­­cable, Jong-un a ordonné la mort d’un nombre consi­­dé­­rable de personnes, souvent proches de lui. Le plus récent de ces assas­­si­­nats serait celui de son demi-frère Kim Jong-nam, en février dernier. Mais avant lui, le dicta­­teur aurait fait tuer d’autres membres de son entou­­rage, parmi lesquels son oncle Jang Song-thaek, la chan­­teuse Hyon Song-wol et le mili­­taire Hyon Yong-chol. Il s’est avéré par la suite que certains de ces assas­­si­­nats n’avaient jamais eu lieu, mais seule­­ment au terme d’une enquête parti­­cu­­liè­­re­­ment retorse. L’as­­sas­­si­­nat n’est toute­­fois pas l’apa­­nage de Kim Jong-un, fils de Kim Jong-il et petit-fils de Kim Il-sung. À la fin des années 1960, le premier dicta­­teur de la Corée du Nord entre­­prit une violente guérilla qui s’achè­­ve­­rait avec une spec­­ta­­cu­­laire tenta­­tive de meurtre de l’autre côté de la fron­­tière. Enfin, s’il ne s’agit pas à propre­­ment parler d’un assas­­si­­nat – bien que nul ne sache vrai­­ment ce qui s’est passé –, le 13 juin dernier, la Corée du Nord a renvoyé chez lui un ressor­­tis­­sant améri­­cain arrêté là-bas en mars 2016… dans le coma. Hélas, le malheu­­reux Otto Warm­­bier, étudiant de 22 ans à l’époque du drame, est décédé quelques jours après son retour aux États-Unis. Une nouvelle sordide qui n’a pas assou­­pli les tensions entre les deux puis­­sances.     La Corée du Nord, c’est aussi un peuple, qu’on sait oppressé, miné par la pauvreté et en proie à un régime auto­­ri­­taire et dément. Il nous parvient régu­­liè­­re­­ment des images, des sons, des histoires d’entre les fron­­tières du pays, dont certaines corro­­borent l’idée qu’on se fait de la vie sous la férule d’un tyran excen­­trique. Il semble­­rait notam­­ment que chaque matin, les habi­­tants de Pyon­­gyang se réveillent au son de cette mélo­­die ultra-flip­­pante. Des images satel­­lites attestent égale­­ment que lorsqu’ils ne testent pas leurs nouveaux missiles, dont le premier essai a eu lieu en 1984, les ingé­­nieurs nord-coréens jouent au volley ou au basket sur les sites nucléaires du pays. (Ils adorent le basket. Pour preuve, l’an­­cienne star de la NBA Dennis Rodman est retourné pour la deuxième dans le pays en juin 2017.) Parfois, pour­­tant, les images racontent une autre histoire, comme cette série de photo­­gra­­phies raris­­sime, prise dans le métro de Pyon­­gyang, où le silence semble être à l’hon­­neur parmi les habi­­tants de la capi­­tale nord-coréenne. Les habi­­tants du pays sont aussi très friands de photo­­gra­­phie, et parti­­cu­­liè­­re­­ment 3D.

Crédits : Chris­­tian Peter­­sen-Clau­­sen

Ces dernières années, des trans­­for­­ma­­tions signi­­fi­­ca­­tives semblent être à l’œuvre dans certaines zones du pays comme à Pyon­­ghat­­tan, un quar­­tier de Pyon­­gyang où le commerce de biens et les opéra­­tions finan­­cières sont auto­­ri­­sées depuis 2002. Quinze ans plus tard, on assiste à l’émer­­gence d’une classe de « nouveaux riches » nord-coréens dont les portraits pris sur le vif en 2015 et 2016 tranchent avec l’idée géné­­rale qu’on se fait de la vie quoti­­dienne en Corée du Nord. Une vie amélio­­rée en partie par l’af­­flux touris­­tique crois­­sant que connaît le pays, grâce aux amateurs de tourisme dark. À leur inten­­tion, des inter­­­nautes ont établi un palma­­rès des meilleurs restau­­rants du pays… On ne vous recom­­mande pas d’y passer votre lune de miel, mais si jamais vous posez vos bagages de ce côté du monde, voici à quoi ressemble un tour gastro­­no­­mique de Corée du Nord. Mais le régime de Pyon­­gyang tire aussi profit des citoyens qu’il envoie travailler dans des condi­­tions misé­­rables à l’étran­­ger, comme en Russie où ils parti­­cipent à construire un stade à Saint-Péters­­bourg qui accueillera la prochaine Coupe du Monde de foot­­ball.     Qu’on ne s’y trompe pas, la Corée du Nord est tout sauf une attrac­­tion et des gens du monde entier luttent à leur niveau pour désta­­bi­­li­­ser le régime de Kim Jong-un et venir en aide à la popu­­la­­tion locale. L’une de ces initia­­tives, Flash Drives for Free­­dom, propose d’en­­voyer des clés USB char­­gées de séries, de films, de musique et de livres étran­­gers pour faire entrer en douce la culture mondiale dans le pays et lutter contre la propa­­gande du régime. La figure de proue de ce mouve­­ment de résis­­tance est un dénommé Park Sang-hak, déser­­teur nord-coréen qui s’est juré d’ai­­der les siens sans relâche depuis la Corée du Sud. Et pour cela, il a choisi un moyen peu banal : il fait voler des ballons par-dessus la fron­­tière, qui portent des messages et des denrées à desti­­na­­tion des citoyens du Nord. Peut-être sont-ils désor­­mais lestés de clés USB pour accroître leur impact.


Couver­­ture : Kim Jong-un. (KCNA)


 

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