par Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer | 0 min | 25 décembre 2017

Elea­­nor

Ce vendredi 5 janvier 2018, des centaines d’adultes et d’en­­fants se relayaient sur la plage du Havre, dans la Seine-Mari­­time, pour la débar­­ras­­ser des très nombreux déchets appor­­tés par la tempête Elea­­nor. Il y avait des morceaux de bois, du poly­s­ty­­rène, du plas­­tique et des roues, mais aussi un poteau élec­­trique, du verre et des seringues, pris en charge par les agents de la Ville. Ces derniers semblaient très émus par la mobi­­li­­sa­­tion des habi­­tants, tout comme l’adjoint au maire en charge des espaces publics Yves Huchet, qui s’est exprimé sur Twit­­ter : « Merci aux 200 béné­­voles qui sont venus épau­­ler les services dans le nettoyage de la plage après le passage de la tempête Éléa­­nore », a-t-il écrit en légende d’une photo­­gra­­phie le montrant entouré de très jeunes béné­­voles.

Le maire du Havre entouré de volon­­taires
Crédits : Yves Huchet/Twit­­ter

14 dépar­­te­­ments français étaient encore placés en « vigi­­lance orange » pour risques de crue et d’inon­­da­­tion, un millier de foyers étaient privés d’élec­­tri­­cité, et le bilan humain s’alour­­dis­­sait. On déplo­­rait cinq morts, tous dans les Alpes : un pompier volon­­taire tombé dans le torrent Bréda lors d’une inter­­­ven­­tion, un ouvrier tué sur le chan­­tier de réno­­va­­tion d’une ferme « fragi­­li­­sée par la tempête » selon le parquet d’An­­necy, un skieur tué par la chute d’un arbre en Haute-Savoie, une nona­­gé­­naire morte dans sa maison inon­­dée en Isère, et un agri­­cul­­teur retrouvé sous une coulée de neige près de son chalet en Savoie. On déplo­­rait égale­­ment 27 bles­­sés, dont quatre griè­­ve­­ment, et deux dispa­­ri­­tions : celle d’un homme de 81 ans parti consta­­ter le niveau de la rivière près de chez lui en Saône-et-Loire et celle d’un homme de 69 ans n’ayant pas rega­­gné son domi­­cile en Haute-Marne.

Une poli­­cière de 27 ans dispa­­rais­­sait par ailleurs lors d’un exer­­cice de routine dans la Seine à Paris, à la hauteur de cathé­­drale de Notre-Dame. « Vers 10 h 50 ce matin, à l’oc­­ca­­sion d’un entraî­­ne­­ment des plon­­geurs de la brigade fluviale, l’un des person­­nels enga­­gés a fait surface et puis a soudai­­ne­­ment disparu dans la Seine », racon­­tait alors Philippe Caron, direc­­teur des services tech­­niques de la préfec­­ture de police. « Les recherches ont été immé­­dia­­te­­ment enga­­gées par les plon­­geurs, par l’équi­­page, par les collègues de la brigade fluviale et très rapi­­de­­ment par l’en­­semble des moyens de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. » En fin de jour­­née, le ministre de l’In­­té­­rieur Gérard Collomb est « venu expri­­mer sa compas­­sion et soute­­nir les effec­­tifs et la famille de la poli­­cière dispa­­rue ». Le préfet de police Michel Delpuech, lui, a salué « l’en­­ga­­ge­­ment des plon­­geurs de la brigade fluviale qui, chaque jour, s’en­­traînent afin de pouvoir secou­­rir la popu­­la­­tion le moment venu ».

Le niveau de la Seine dans la capi­­tale attei­­gnait 3,26 mètres au pont d’Aus­­ter­­litz, ce qui équi­­vaut à un degré de « vigi­­lance jaune ». Mais les crues et les cumuls de pluies étaient parti­­cu­­liè­­re­­ment impres­­sion­­nants à d’autres endroits du pays. Météo France avait en effet enre­­gis­­tré « 50 à 70 litres par mètre carré sur le relief du Jura et des Hautes-Vosges, plus ponc­­tuel­­le­­ment 70 à 100 litres par mètre carré près des sommets du Haut-Jura et 130 à 160 litres par mètre carré dans le secteur du Ballon d’Al­­sace »Au total, la tempête Elea­­nor avait néces­­sité 9 600 inter­­­ven­­tions. Et comme la tempête Carmen quelques jours aupa­­ra­­vant, elle avait causé d’im­­por­­tants dégâts. Leur coût était d’ores et déjà estimé à 200 millions d’eu­­ros par la Fédé­­ra­­tion Française de l’As­­su­­rance.

Gray­­son

Au même moment, ce vendredi 5 janvier, la côte est des États-Unis était prise par les glaces de la tempête Gray­­son. Une tempête quali­­fiée de « bombe météo­­ro­­lo­­gique » en raison des condi­­tions de sa forma­­tion, qui a été extrê­­me­­ment viru­­lente, et se carac­­té­­rise par d’im­­por­­tantes chutes de neige. Même la Floride, qui n’avait plus reçu de flocons pendant une tren­­taine d’an­­nées, n’a pas été épar­­gnée. Cette neige a gelé rapi­­de­­ment à cause de très basses tempé­­ra­­tures, qui avoi­­si­­naient par exemple les –13°C dans les États de New York et du Massa­­chu­­setts,et devaient rester glaciales tout le week-end. Les chutes du Niagara, à la fron­­tière cana­­dienne, étaient en partie gelées. Le fleuve Poto­­mac était recou­­vert de glace à Washing­­ton D.C. la capi­­tale fédé­­rale.

La tempête Gray­­son vue de l’es­­pace
Crédits : NASA

Dans le Massa­­chus­­sets, la neige et le froid ont été accom­­pa­­gnés par des vagues géantes qui ont provoqué des « inon­­da­­tions histo­­riques », selon le gouver­­neur Char­­lie Baker. Les rues de Boston ayant échappé à ces inon­­da­­tions se sont trans­­for­­mées en pistes de luge tandis que les rue de New York se sont assou­­pies dans un calme tout à fait inha­­bi­­tuel, donnant ainsi un visage sympa­­thique  à la tempête Gray­­son, mais elle s’est en réalité montrée tout aussi meur­­trière que la tempête Elea­­nor. Six personnes ont été tuées, dont trois dans un acci­dent dû au verglas sur les routes de la Caro­­line du Sud. 50 000 foyers se sont retrou­­vés privés d’élec­­tri­­cité. Les trans­­ports aériens ont été forte­­ment pertur­­bés. Le site Fligh­­ta­­ware a en effet recensé 4 200 vols annu­­lés et plus de 2 200 vols retar­­dés.

2018 commence donc par des tempêtes magis­­trales, alors même que 2017 a déjà été une année record en termes de catas­­trophes natu­­relles. Une séche­­resse a affamé la Corne de l’Afrique, le Nige­­ria et le Yémen pendant plusieurs mois. Des inon­­da­­tions ont fait 500 morts et plus de 800 dispa­­rus en Sierra Leone en août. Le même mois, des pluies torren­­tielles s’abat­­taient sur Bombay, la capi­­tale écono­­mique de l’Inde, et l’ou­­ra­­gan Harvey dévas­­tait le Texas. Une semaine plus tard, c’était au tour de l’ou­­ra­­gan Irma de s’abattre sur les îles de Barbuda, Saint-Barthé­­lemy, Saint-Martin et d’An­­guilla, ainsi que sur les Îles Vierges, la côte nord de Cuba, et la Floride. Puis, c’était au tour de l’ou­­ra­­gan Maria de rava­­ger Porto Rico. Des incen­­dies ont quant à eux ravagé plus d’un million d’hec­­tares de forêt au Canada. Et un trem­­ble­­ment de terre d’une magni­­tude 7,1 faisait au moins 230 morts au Mexique.

Au total, en 2017, le coût écono­­mique des catas­­trophes natu­­relles s’élève à 330 milliards de dollars selon le réas­­su­­reur alle­­mand Munich Re. Leur multi­­pli­­ca­­tion et leur inten­­si­­fi­­ca­­tion sont souvent impu­­tées au réchauf­­fe­­ment clima­­tique. « Il y a certains facteurs liés au chan­­ge­­ment clima­­tique dont nous pouvons dire, avec un haut niveau de certi­­tude, qu’ils aggravent les inon­­da­­tions », affirme par exemple le clima­­to­­logue Michael Mann, cher­­cheur à l’uni­­ver­­sité de Penn­­syl­­va­­nie. Mais, para­­doxa­­le­­ment, il se pour­­rait bien que nous nous tenions à l’aube d’une nouvelle période glaciaire, dont la tempête Gray­­son ne serait qu’un prémisse. C’est du moins ce qu’es­­time Valen­­tina Zhar­­kova, profes­­seure de mathé­­ma­­tiques à l’uni­­ver­­sité britan­­nique de Northum­­bria.

Les chutes glacées du Niagara
Crédits : Reuters

Maun­­der

Pendant 600 ans, du début du XIVe siècle à la fin du XIXe siècle, l’Eu­­rope et l’Amé­­rique du Nord ont été touchés par un phéno­­mène météo­­ro­­lo­­gique peu connu : le Petit Âge glaciaire. Cet Âge s’est carac­­té­­ri­­sée par un refroi­­dis­­se­­ment impor­­tant des hivers et un raccour­­cis­­se­­ment des étés, plus parti­­cu­­liè­­re­­ment entre 1645 et 1715, période appe­­lée « mini­­mum de Maun­­der » d’après l’as­­tro­­nome Edward Maun­­der. Or, les recherches de Valen­­tina Zhar­­kova, qui se basent sur les données histo­­riques de l’ac­­ti­­vité solaire, la conduisent à prédire le début d’un nouveau « mini­­mum de Maun­­der » entre 2020 et 2030. Selon elle, ce nouveau « mini­­mum de Maun­­der » durera une tren­­taine d’an­­nées. Et à l’en­­tendre, ce n’est pas une si mauvaise nouvelle.

« J’es­­père que le réchauf­­fe­­ment clima­­tique pourra être “annulé” par ce phéno­­mène, ce qui donne­­rait trente ans à l’hu­­ma­­nité et à la planète pour régler le problème de la pollu­­tion », dit-elle en effet. Mais sommes-nous réel­­le­­ment en mesure de « régler le problème de la pollu­­tion » d’ici 2050 ? Pour Valen­­tina Zhar­­kova, il le faut : « Nous devrons être prêts à ce moment-là et prépa­­rer la Terre à la prochaine grande acti­­vité solaire. » Car la « prochaine grande acti­­vité solaire » causera cette fois une période de réchauf­­fe­­ment.

Ce n’est pas la première fois que l’hy­­po­­thèse d’un nouveau « mini­­mum de Maun­­der » est énon­­cée. En 2014, des scien­­ti­­fiques de la NASA avaient observé que l’ac­­ti­­vité solaire était à son plus bas niveau depuis près d’un siècle, et constaté que le Soleil se retrou­­vait dans des condi­­tions assez simi­­laires à celles du « mini­­mum de Maun­­der ». Comme le cher­­cheur Richard Harri­­son, du Ruther­­ford Apple­­ton Labo­­ra­­tory, qui affir­­mait à la BBC n’avoir « jamais rien vu de tel ». Plus concrè­­te­­ment, le nombre de taches solaires est en forte dimi­­nu­­tion depuis 2011. Les érup­­tions solaires sont de moins en moins impor­­tantes, et de plus en plus rares. Ce qui fait dire au cher­­cheur Mike Lock­­wood, de l’uni­­ver­­sité de Reading, que « d’ici à 40 ans, il y a une proba­­bi­­lité de 10 à 20 % de retra­­ver­­ser une période glaciaire tel que durant la période du mini­­mum de Maun­­der ».

L’hy­­po­­thèse d’un nouveau « mini­­mum de Maun­­der » reste néan­­moins très contro­­ver­­sée.

L’hy­­po­­thèse d’un nouveau « mini­­mum de Maun­­der » reste néan­­moins très contro­­ver­­sée. Plusieurs études montrent par ailleurs que les effets d’une éven­­tuelle baisse d’in­­ten­­sité solaire serait bien loin de compen­­ser les effets du réchauf­­fe­­ment clima­­tique. En 2010, le cher­­cheur du Post­­dam Insti­­tute for Climate Impact Research Georg Feul­­ner a par exemple démon­­tré que la baisse de l’ac­­ti­­vité du Soleil condui­­rait tout au plus à une baisse de  tempé­­ra­­ture de l’ordre de 0,3°C. L’an­­née suivante, il a carré­­ment mis en cause le rôle de notre étoile dans la période du « mini­­mum de Maun­­der ». Selon lui, c’est l’ac­­ti­­vité volca­­nique qui en a été la véri­­table cause. « Pour comprendre l’his­­toire du climat, nous devons certai­­ne­­ment prendre en compte tous les facteurs perti­­nents », disait-il avant d’ajou­­ter :« Cepen­­dant, l’im­­pact de l’ac­­ti­­vité solaire sur le climat est rela­­ti­­ve­­ment faible. »

Celui de l’ac­­ti­­vité humaine est, au contraire, substan­­tiel.


Couver­­ture : Le Jour d’après. (20th Century Fox/Ulyces)

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