par Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer | 22 novembre 2016

Le 8 novembre 2016, deux événe­­ments de taille ont eu lieu outre-Atlan­­tique. La Terre entière a trem­­blé à la suite du premier, quand Donald Trump a été choisi par les élec­­teurs améri­­cains pour deve­­nir le 45e président des États-Unis. Le matin du 9 novembre, beau­­coup d’Amé­­ri­­cains avaient des cernes sous les yeux et l’air abattu. Au sortir de cette nuit agitée, j’ai retrouvé Cathe­­rine Jacob­­son devant un café noir. Pour enta­­mer notre discus­­sion, je lui ai demandé comment elle se sentait après l’an­­nonce de la veille. « Je pense que c’est une excel­­lente nouvelle ! » a-t-elle lancé avec enthou­­siasme. Elle a dû lire sur mon visage que ce n’était pas exac­­te­­ment la réponse à laquelle je m’at­­ten­­dais. « Oh… vous parlez de l’élec­­tion ? »

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Cathe­­rine Jacob­­son

Jacob­­son pensait à un autre événe­­ment survenu la veille en Cali­­for­­nie. L’usage récréa­­tif de la marijuana a été voté avec une majo­­rité de 56,33 % dans l’État de la côte Ouest des États-Unis. Une excel­­lente nouvelle pour les entre­­prises de l’in­­dus­­trie du canna­­bis comme Priva­­teer Holdings, le groupe au sein duquel elle travaille, qui pourra désor­­mais y commer­­cia­­li­­ser libre­­ment les produits de sa filiale récréa­­tive, Marley Natu­­ral. Le nom n’est pas fami­­lier sans raison, il s’agit de « la marque de canna­­bis offi­­cielle de Bob Marley », une start-up new-yorkaise finan­­cée par des pontes de la Sili­­con Valley et approu­­vée par la famille Marley. La promul­­ga­­tion de l’Adult Use of Marijuana Act a sans aucun doute ravi le président de Priva­­teer Holdings, Bren­­dan Kennedy, qui va pouvoir étendre son impact sur un marché récréa­­tif dont on estime qu’il pèsera plus de 20 milliards de dollars en 2020. Pour sa part, Cathe­­rine Jacob­­son est la direc­­trice des essais cliniques de Tilray, la filiale de Priva­­teer dédiée au canna­­bis médi­­cal basée au Canada. En se rendant compte de son erreur, elle soupire et se couvre le visage des mains. Je ris en l’as­­su­­rant que ce n’est pas grave. Lorsqu’elle relève la tête, Jacob­­son a les yeux embués de larmes. Le silence retombe. À cet instant, le visage de cette femme élégante à la silhouette élan­­cée trahit une profonde lassi­­tude et un trouble qui ne peuvent être dus à la seule nouvelle de l’élec­­tion. En vérité, l’his­­toire de Cathe­­rine Jacob­­son est tragique. Elle livre depuis de longues années un combat déses­­péré pour sauver son enfant de la mala­­die. C’est cette bataille qui l’a conduite au canna­­bis et à se plon­­ger dans les méandres d’une indus­­trie nais­­sante et contro­­ver­­sée. Cette course contre la montre, nul ne la raconte mieux qu’elle. Le témoi­­gnage qui suit est issu de notre entre­­tien. Il a été édité pour plus de clarté, mais ces mots sont les siens.

CBD

J’ai une connexion très person­­nelle à l’in­­dus­­trie du canna­­bis, à laquelle rien ne me prédes­­ti­­nait. Je travaillais sur un docto­­rat en neuros­­cience lorsque mon fils est né. Quelques mois après sa nais­­sance, il a commencé à faire des crises d’épi­­lep­­sie. Dans son cas, l’af­­fec­­tion est très sévère. Au cours des trois premières années de sa vie, j’ai aban­­donné mes précé­­dentes recherches et appris tout ce que j’ai pu sur l’épi­­lep­­sie. J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour stabi­­li­­ser son état. J’ai essayé tous les médi­­ca­­ments dispo­­nibles sur le marché, la chirur­­gie, et même un régime spécial supposé aider à dimi­­nuer les crises. Rien n’y a fait. Rien. Ben a souf­­fert de consé­quences sévères. Il a connu des retards de déve­­lop­­pe­­ment, le handi­­cap mental… Ses crises constantes ne lui ont pas permis de se déve­­lop­­per norma­­le­­ment. C’est une mala­­die dévas­­ta­­trice.

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Le siège de Tilray au Canada
Crédits : Tilray

Lorsqu’il avait trois ans, je vivais près de Stan­­ford. J’ai alors décidé d’ef­­fec­­tuer des recherches pous­­sées sur sa mala­­die dans un cadre acadé­­mique. Après avoir reçu une bourse post-docto­­rale, je suis entrée à l’uni­­ver­­sité de Stan­­ford, qui dispose d’un programme de recherche sur l’épi­­lep­­sie. J’es­­pé­­rais que le fruit de nos recherches pour­­rait conduire à de meilleurs trai­­te­­ments. Vite. Hélas, les labo­­ra­­toires de recherche mettent du temps à donner lieu à des trai­­te­­ments. À cette époque, j’ai rencon­­tré le père d’un enfant qui souf­­frait lui aussi d’épi­­lep­­sie. Il m’a confié qu’il trai­­tait son fils avec du canna­­bis et que c’était effi­­cace. Je ne connais­­sais rien du tout au canna­­bis et je n’avais jamais entendu dire que cela pouvait être d’une quel­­conque aide dans les cas d’épi­­lep­­sie. Le canna­­bis médi­­cal était légal en Cali­­for­­nie, le Medi­­cal Marijuana Program qui l’au­­to­­rise est en vigueur depuis 20 ans. Cet homme connais­­sait très bien la plante, mais ce n’était pas un scien­­ti­­fique. Il expé­­ri­­men­­tait juste diffé­­rentes prépa­­ra­­tions après extrac­­tion : parfois, il en faisait du beurre ou des cookies, d’autres fois il le mélan­­geait à du lait de coco et donnait une cuillère à café d’huile au canna­­bis à son fils. Il a rapi­­de­­ment constaté une amélio­­ra­­tion prodi­­gieuse de l’état de son fils. Son histoire m’a enthou­­sias­­mée, il fallait à tout prix que je découvre ce qui dans le canna­­bis permet­­tait de combattre les crises d’épi­­lep­­sie. Je me suis alors plon­­gée dans les archives colos­­sales de PubMed, une base de données qui rassemble plusieurs dizaines de millions d’études scien­­ti­­fiques. J’ai fini par décou­­vrir que dans les années 1970, de nombreux tests avaient été effec­­tués sur des animaux avec l’une des centaines de substances chimiques qui composent le canna­­bis : le canna­­bi­­diol. C’est une substance non-psychoac­­tive, ce qui signi­­fie qu’elle ne vous fait pas planer. Des essais sur l’homme ont révélé qu’il s’agis­­sait d’un agent anti­é­pi­­lep­­tique effi­­cace : il arrête les crises dans 50 % des cas. Malgré ces résul­­tats encou­­ra­­geant, aucun trai­­te­­ment n’a vu le jour. J’ai alors réalisé combien l’in­­ter­­dic­­tion du canna­­bis avait pu affec­­ter la recherche.

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L’en­­tre­­prise cultive son propre canna­­bis
Crédits : Tilray

Je suis allée trou­­ver de l’aide auprès de l’Ins­­ti­­tut améri­­cain sur l’abus de drogues (NIDA), qui délivre les auto­­ri­­sa­­tions néces­­saires pour la recherche sur le canna­­bis. Je leur ai dit que je voulais étudier le canna­­bi­­diol (CBD), mais ils ne dispo­­saient que de la plante entière. Me four­­nir la substance pure pren­­drait du temps. Enre­­gis­­trer ma demande a néces­­sité que je détaille préci­­sé­­ment le type de recherches que nous allions effec­­tuer et que j’ob­­tienne une auto­­ri­­sa­­tion spéciale de la DEA, la brigade des stupé­­fiants améri­­caine. Le canna­­bi­­diol pur a été livré deux ans plus tard, un an après mon départ du programme qui en béné­­fi­­cie aujourd’­­hui. Je ne pouvais pas attendre. Je faisais tout cela pour mon fils et le temps pres­­sait. Je suis allée voir un méde­­cin habi­­lité à pres­­crire du canna­­bis médi­­cal et lui ai demandé si je pouvais obte­­nir une carte pour mon fils. Dès qu’on me l’a accor­­dée, je me suis rendue au premier dispen­­saire et j’ai demandé : « Est-ce que je pour­­rais avoir du canna­­bi­­diol ? » J’étais si naïve, je ne savais pas… Il y a quatre ans, toutes les plantes propo­­sées dans les dispen­­saires présen­­taient des taux élevés de THC, et très peu de CBD. Chaque plante a son équi­­libre, car le THC et le CBD proviennent de la même molé­­cule. C’est la raison pour laquelle toute plante riche en THC sera pauvre en CBD, et vice-versa. Natu­­rel­­le­­ment dans les dispen­­saires, les produits les plus popu­­laires sont les plus riches en THC.

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Le proces­­sus d’ex­­trac­­tion est complexe
Crédits : Tilray

Dans mon cas, je recher­­chais exclu­­si­­ve­­ment des plantes riches en canna­­bi­­diol, car cette substance ne présente pas les risques liés au THC. J’ai alors fait appel aux services d’un chimiste de l’uni­­ver­­sité de Cali­­for­­nie à Davis, qui m’a aidée à me procu­­rer la plante adéquate. Durant six mois, il m’a appris à réali­­ser des extrac­­tions en recou­­rant à la chro­­ma­­to­­gra­­phie sur colonne. J’ai ensuite commencé à réali­­ser ces prépa­­ra­­tions très concen­­trées en canna­­bi­­diol, qui ne compor­­taient pas de THC. C’était un proces­­sus extrê­­me­­ment complexe que je devais effec­­tuer dans mon garage. J’ai réussi à me procu­­rer clan­­des­­ti­­ne­­ment l’équi­­pe­­ment néces­­saire. Le soir, je ne quit­­tais plus la pièce. Cela me prenait une semaine entière – envi­­ron 20 heures de travail – pour concoc­­ter assez de ce trai­­te­­ment pour soigner mon fils pendant sept à dix jours.

Label weed

C’est un proces­­sus méti­­cu­­leux et érein­­tant. Une fois que je m’étais procu­­rée la plante au dispen­­saire, je devais la moudre et la plon­­ger dans l’étha­­nol. Il fallait ensuite la faire chauf­­fer sur une plaque et remuer toute la nuit pour en extraire les canna­­bi­­noïdes. Après quoi je les sépa­­rais du maté­­riau végé­­tal pour obte­­nir un liquide vert. Le THC est la première substance à quit­­ter la plante lors de l’ex­­trac­­tion. Je collec­­tais le jus par frac­­tions de 10 ml, jusqu’à obte­­nir une dizaine de prépa­­ra­­tions. Je les analy­­sais l’une après l’autre pour ne garder que celles riches en CBD. Une fois combi­­nées, je faisais évapo­­rer l’étha­­nol grâce à la chro­­ma­­to­­gra­­phie : je dépo­­sais le liquide sous les colonnes, qui ressemblent à de longs tubes en verre, pour sépa­­rer la substance de l’étha­­nol en la faisant chauf­­fer. Habi­­tuel­­le­­ment, on conti­­nue le procédé jusqu’à obte­­nir de la poudre. Mais je devais lais­­ser un peu d’étha­­nol pour pouvoir admi­­nis­­trer le trai­­te­­ment à mon fils en utili­­sant une pipette. Il n’avait pas encore quatre ans. La prépa­­ra­­tion, d’une couleur ambre sombre, ressem­­blait à un extrait de vanille. J’ai constaté les effets béné­­fiques immé­­dia­­te­­ment. La canna­­bi­­diol a réduit ses crises d’en­­vi­­ron 40 %, c’était incroyable.

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Le canna­­bi­­diol est un anti­­con­­vul­­sif puis­­sant
Crédits : Tilray

J’avais une amie dont le fils souf­­frait égale­­ment d’épi­­lep­­sie, je parta­­geais le produit avec eux. L’im­­pact sur son fils était encore plus impres­­sion­­nant : il est passé d’une centaine de crises par jour à seule­­ment quatre ou cinq. Mon fils souffre d’une épilep­­sie très diffé­­rente. Ses crises étaient moins nombreuses, mais beau­­coup plus graves. Certaines pouvaient durer dix minutes. Celles des autres enfants durent quelques secondes à peine. Il est devenu rapi­­de­­ment inte­­nable pour moi de faire cela seule dans mon garage, et telle­­ment stres­­sant… À chaque fois, j’ob­­te­­nais un résul­­tat diffé­rent car le maté­­riau n’était jamais le même. Ce labo­­ra­­toire arti­­sa­­nal ne pouvait plus durer, je ne pouvais plus fabriquer le trai­­te­­ment de mon fils.

Quelques temps après, mon amie et moi sommes allées trou­­ver GW Phar­­ma­­ceu­­ti­­cals. Ce labo­­ra­­toire phar­­ma­­ceu­­tique britan­­nique était le seul à conce­­voir des produits à base de canna­­bis. Nous leur avons demandé de conce­­voir une prépa­­ra­­tion qu’ils pour­­raient distri­­buer, avec l’ac­­cord de l’Agence améri­­caine des produits alimen­­taires et médi­­ca­­men­­teux (FDA) et de la DEA, pour que nos enfants puissent l’uti­­li­­ser. Entre-temps, j’avais accepté un poste à l’uni­­ver­­sité de Cali­­for­­nie à San Fran­­cisco, au sein du Centre pour l’épi­­lep­­sie pédia­­trique. Je les aidais à mettre en place des programmes de recherche clinique pour les enfants. Malgré le fait que le canna­­bi­­diol ne soit pas une substance psychoac­­tive, le simple fait qu’elle provienne du canna­­bis complique les procé­­dures de façon insen­­sée. J’ai dû aban­­don­­ner le centre lorsque Ben a subi une lourde inter­­­ven­­tion céré­­brale. Deux options s’of­­fraient à moi par la suite : Il est rela­­ti­­ve­­ment simple de se procu­­rer du canna­­bis via les dispen­­saires, mais ces établis­­se­­ments ne sont pas régle­­men­­tés – encore aujourd’­­hui – et ne répondent pas aux besoins des patients comme mon fils. Ils ont besoin de substances spéci­­fiques et de produits sûrs, ce qui n’est pas le cas du canna­­bis vendu dans les dispen­­saires. La plupart des patients sont des adultes qui, bien que malades, sont capables de s’ex­­pri­­mer et de le fumer. Les enfants néces­­sitent des trai­­te­­ments qui ne se consomment pas de cette manière. D’un autre côté, la voie phar­­ma­­ceu­­tique a aussi ses incon­­vé­­nients, car les procé­­dures sont très longues et très coûteuses. Je ne voulais pas travailler au sein de cette indus­­trie, car j’ai le senti­­ment que les vertus théra­­peu­­tiques du canna­­bis doivent être mises à dispo­­si­­tion du public en même temps qu’on l’étu­­die, pour apprendre et comprendre comment mieux en tirer parti au fur et à mesure. C’est ce que se propose d’ac­­com­­plir Tilray, et c’est la raison pour laquelle j’ai choisi de les rejoindre. J’ai trouvé une troi­­sième voie.

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Une commande prête à être expé­­diée
Crédits : Tilray

Chez Tilray, nous effec­­tuons des recherches cliniques qui éclairent les gens sur leur trai­­te­­ment et les aident à comprendre quel produit utili­­ser, comment l’uti­­li­­ser, à quelle dose et ce qui est suscep­­tible de fonc­­tion­­ner le mieux pour eux. Toutes les infor­­ma­­tions néces­­saires pour béné­­fi­­cier d’un trai­­te­­ment opti­­mal et rapide. Durant son déve­­lop­­pe­­ment, un médi­­ca­­ment est habi­­tuel­­le­­ment d’abord testé sur des animaux, pour prou­­ver qu’il est suscep­­tible de fonc­­tion­­ner sur les êtres humains. Ces études toxi­­co­­lo­­giques  visent à démon­­trer qu’un produit est sûr. Puis on passe aux essais sur l’homme, afin d’éva­­luer le dosage, les effets secon­­daires et les inter­­­fé­­rences entre médi­­ca­­ments. Il faut enfin démon­­trer par la statis­­tique que le produit fonc­­tionne mieux qu’un placebo. C’est la dernière phase avant certi­­fi­­ca­­tion. Ce proces­­sus tradi­­tion­­nel peut s’éta­­ler sur cinq à dix ans. Il est la source d’un véri­­table dilemme au sein de l’in­­dus­­trie du canna­­bis médi­­cal, car le produit est déjà en circu­­la­­tion. Aucune entre­­prise n’a envie de recom­­men­­cer à zéro alors que leur produit est déjà sur le marché. C’est la raison pour laquelle nous cher­­chons le moyen d’of­­frir une certi­­fi­­ca­­tion para-phar­­ma­­ceu­­tique aux patients. Nous culti­­vons notre propre canna­­bis – la licence a été émise par le gouver­­ne­­ment cana­­dien. Les patients nous adressent leur pres­­crip­­tion, nous la faisons vali­­der auprès du méde­­cin qui l’a émise, puis nous lui envoyons direc­­te­­ment sa commande.

Des jours meilleurs

Les choses évoluent peu à peu quant à l’épi­­lep­­sie. Aux États-Unis, on dénombre 220 000 enfants souf­­frant d’épi­­lep­­sie qui ne supportent aucun trai­­te­­ment. Jusqu’ici, il n’existe aucun médi­­ca­­ment produit à partir du canna­­bi­­diol. Les parents doivent se débrouiller pour trou­­ver ce dont ils ont besoin auprès de culti­­va­­teurs indé­­pen­­dants, dans les États où la culture est auto­­ri­­sée. De nombreux parents se sont livrés à des expé­­ri­­men­­ta­­tions, non pas par plai­­sir, mais parce que c’est pour eux l’unique moyen de trou­­ver le meilleur remède pour sauver leurs enfants. D’in­­nom­­brables prépa­­ra­­tions ont été inven­­tées, et les résul­­tats auxquels abou­­tissent ces familles font s’in­­ter­­ro­­ger toute la commu­­nauté des cher­­cheurs. Il semble­­rait que la combi­­nai­­son du canna­­bi­­diol et d’une infime dose de THC ait des effets plus béné­­fiques encore sur les crises. Il faudra faire des recherches appro­­fon­­dies pour confir­­mer leurs décou­­vertes.

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Les plants jeunes de Tilray
Crédits : Tilray

En vérité, l’épi­­lep­­sie reste une affec­­tion mysté­­rieuse. Personne ne la comprend. Dès qu’un indi­­vidu fait des crises à répé­­ti­­tions, on dit qu’il souffre d’ « épilep­­sie », mais cela peut venir de centaines de problèmes diffé­­rents. Biolo­­gique­­ment, il peut s’agir d’une muta­­tion du canal sodique, d’une malfor­­ma­­tion du cerveau, d’un désordre mito­­chon­­drial… c’est une mala­­die céré­­brale très complexe. Dans le cas de mon fils, comme souvent lorsque des crises surviennent pendant si long­­temps sans être maîtri­­sées, il s’agit d’une mala­­die dégé­­né­­ra­­tive. Son état empire avec le temps. Sa mala­­die progresse sans cesse, même si le canna­­bi­­diol a aidé à réduire ses crises de 40 %. Hélas, il ne s’agit pas d’une de ces histoires miracles où le trai­­te­­ment a réussi à chan­­ger le cours de la mala­­die. Mais savoir que ces recherches béné­­fi­­cient à d’autres familles me donne la force de conti­­nuer. Lorsque je me consa­­crais unique­­ment à la recherche sur l’épi­­lep­­sie, je n’étais pas en mesure de soula­­ger qui que ce soit. Mon ambi­­tion prin­­ci­­pale avec Tilray est de m’as­­su­­rer que nous répon­­dons aux besoins des patients qui souffrent autant que ces enfants. Certains jours sont meilleurs que d’autres.

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L’en­­tre­­prise vise à s’étendre en Europe
Crédits : Tilray

La voix de Cathe­­rine Jacob­­son s’éteint. Elle inspire profon­­dé­­ment et m’adresse un sourire qui éclipse ses yeux humides. Elle a quelques raisons d’es­­pé­­rer. Elle n’est pas en Europe sans raison. Elle accom­­pagne Bren­­dan Kennedy, le président de Priva­­teer Holdings, pour discu­­ter du futur de Tilray. Sur le Vieux Continent, la légis­­la­­tion du canna­­bis médi­­cal évolue rapi­­de­­ment. Le 28 septembre dernier, l’Ins­­ti­­tut fédé­­ral pour les drogues et appa­­reils médi­­caux alle­­mand a approuvé l’émis­­sion du premier permis de culture de canna­­bis médi­­cal, dans le cas d’un patient atteint de sclé­­rose en plaques. Le gouver­­ne­­ment est en train de défi­­nir le cadre légal qui permet­­tra l’uti­­li­­sa­­tion commer­­ciale du canna­­bis médi­­cal. Selon Jacob­­son, les Alle­­mands sont conscients du fait que s’ils veulent invi­­ter des socié­­tés comme Tilray à distri­­buer des produits de qualité sur leur terri­­toire, il leur faut avant tout créer un marché adéquat. Sans quoi les entre­­prises étran­­gères seront contraintes d’ob­­te­­nir une certi­­fi­­ca­­tion phar­­ma­­ceu­­tique pour commer­­cia­­li­­ser leurs produits en Alle­­magne. Ils ne veulent pas attendre dix ans. Tilray a d’ores et déjà réalisé son entrée en Europe via la Croa­­tie. Ils y exportent des prépa­­ra­­tions d’huile de canna­­bis distri­­buées dans les phar­­ma­­cies et dispo­­nibles sur ordon­­nance.

Dans les prochaines années, l’Al­­le­­magne, mais aussi la Finlande, les Pays-Bas et l’Es­­pagne figu­­re­­ront peut-être sur la liste de leurs clients euro­­péens. Des discus­­sions ont lieu en Répu­­blique tchèque, en Italie, en Irlande. D’ici dix ans, Cathe­­rine Jacob­­son espère de tout cœur que d’autres barrières seront tombées, alors que du côté de Tilray, il ne fait aucun doute à ses yeux que la recherche aura produit des avan­­cées consi­­dé­­rables en matière de trai­­te­­ments et d’in­­for­­ma­­tions. En France, 600 000 personnes souffrent d’une forme d’épi­­lep­­sie, dont 100 000 enfants. 150 000 patients résistent à tout trai­­te­­ment. Si la légis­­la­­tion française est parti­­cu­­liè­­re­­ment intrai­­table à l’égard du canna­­bis, comparé à d’autres nations euro­­péennes, un décret datant du 3 juin 2013 auto­­rise l’im­­por­­ta­­tion et l’offre de spécia­­li­­tés phar­­ma­­ceu­­tiques à base de canna­­bis. Cathe­­rine Jacob­­son a quelques raisons d’es­­pé­­rer.

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La recherche progresse de plus en plus rapi­­de­­ment
Crédits : Tilray

Traduit de l’an­­glais et édité par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer, d’après un entre­­tien réalisé par Nico­­las Prouillac. Couver­­ture : Les plans de canna­­bis de Tilray, au Canada. (Tilray)


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Lancée il y a moins de trois ans, la start-up cana­­dienne Canopy Growth est un futur titan du marché de la weed.

I. Canopy

C’est l’heure de pointe en ce matin de la mi-mai. Bruce Linton, le CEO de la plus grande entre­­prise produc­­trice de marijuana légale du monde est assis au volant d’une Dodge Char­­ger de loca­­tion. Il fait route vers le sud, quit­­tant les embou­­teillages de Toronto pour retrou­­ver les vignobles de l’On­­ta­­rio. Il main­­tient le comp­­teur à 120 km/h, excepté quand des camions ou d’autres voitures se dressent sur sa route. L’en­­tre­­pre­­neur de 49 ans presse alors l’ac­­cé­­lé­­ra­­teur. 2016-dodge-charger-sxt-awdIl n’est pas encore 8 heures, mais Linton est déjà debout depuis quatre heures. Il a laissé sa femme dormir et a quitté en silence le quar­­tier d’Ot­­tawa où il vit, qui accueillait autre­­fois l’équipe de hockey des Séna­­teurs d’Ot­­tawa et le reste des nouveaux riches de la ville. Il a commencé sa jour­­née en faisant les cent pas dans sa maison plon­­gée dans l’obs­­cu­­rité, faisant halte près de sa piscine pour envoyer une douzaine d’emails. Puis il s’est rendu à l’aé­­ro­­port où il a pris l’avion pour Toronto. Je suis monté dans la voiture peu après sept heures et depuis, je le harcèle de ques­­tions. Les yeux de Linton font des allers-retours entre la route et le siège passa­­ger, sur lequel je prends note de ses paroles dans un carnet. Il attend que j’aie fini d’écrire pour reprendre. « Si vous voulez vrai­­ment tout noter, ça va prendre un livre entier », dit-il.

Il enchaîne en me racon­­tant comment lui et une petite équipe de geeks de la tech et du droit ayant leurs entrées à Bay Street, le centre du quar­­tier finan­­cier de Toronto, ont fait d’une usine aban­­don­­née du choco­­la­­tier Hershey’s la plus grande plan­­ta­­tion de canna­­bis de la planète. À présent, ils signent des contrats avec des indus­­triels alle­­mands, des horti­­cul­­teurs austra­­liens, des fabri­­cants de sex toys du Colo­­rado et des stars cali­­for­­niennes. Tout cela fait partie d’un match serré qui, s’ils le remportent, placera Linton et ses asso­­ciés à la tête d’une entre­­prise valant des milliards lorsque la marijuana sera léga­­li­­sée au Canada. L’ai­­guille frôle les 130 km/h alors que Linton dresse le portrait d’un futur où le Canada supplan­­tera Israël en tant que leader de la recherche canna­­bi­­noïde et les Pays-Bas en tant que patrie cultu­­relle de l’ex­­por­­ta­­tion de marijuana. C’est un rêve ambi­­tieux, pour sûr, mais il insiste sur le fait qu’il est en train de se réali­­ser. Son entre­­prise – Canopy Growth Corp. – dont le siège est situé à Smiths Falls, dans l’On­­ta­­rio, a trois ans cette année et prend de plus en plus la forme d’un conglo­­mé­­rat natio­­nal du canna­­bis. Au moment où nous parlons, Linton est en pleine négo­­cia­­tion pour commer­­cia­­li­­ser les varié­­tés à haute teneur en canna­­bi­­diol (CBD) qu’il cultive à Scar­­bo­­rough sous forme de pilules et d’huile dans les phar­­ma­­cies du pays. Mais son projet le plus inspiré est celui qu’il déve­­loppe autour du tétra­­hy­­dro­­can­­na­­bi­­nol (THC) extrait de l’herbe qu’il fait pous­­ser dans sa serre de Niagara-on-the-Lake. C’est un plan en deux étapes. D’abord, il lais­­sera aux consom­­ma­­teurs le temps de s’ha­­bi­­tuer à voir ses diffé­­rentes varié­­tés de marijuana en vente dans les boutiques où ils ont l’ha­­bi­­tude d’ache­­ter leur alcool. Puis il sortira une gamme de bois­­sons au canna­­bis. Linton imagine un futur dans lequel le THC sera l’un des prin­­ci­­paux ingré­­dients des bois­­sons que les géné­­ra­­tions futures consi­­dé­­re­­ront comme haut de gamme. Les bois­­sons gazeuses au THC sont déjà dispo­­nibles illé­­ga­­le­­ment, et les gens infusent leur alcool avec du canna­­bis à la maison depuis long­­temps. Linton va appor­­ter l’idée au grand public et défier l’es­­ta­­bli­sh­­ment en produi­­sant une des bois­­sons d’un nouveau genre. La plupart des gens pensent encore que la weed doit être fumée, ou mélan­­gée à la nour­­ri­­ture pour les plus aven­­tu­­reux. Linton veut démon­­trer qu’elle peut être bien plus que cela.

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