par Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer | 0 min | 26 octobre 2016

Ma vie, mon œuvre

Arthur J. Williams Jr. était le plus grand. Il s’est taillé une répu­­ta­­tion de maes­­tro en étant le premier faus­­saire à avoir réussi à contre­­faire l’in­­fal­­si­­fiable billet de 100 dollars de 1996. Les agents des services secrets améri­­cains l’ont traqué sans relâche. Williams a eu le temps d’im­­pri­­mer la coquette somme de dix millions de dollars en fausse monnaie avant qu’ils ne lui mettent la main dessus et ne l’en­­voient derrière les barreaux. Il a écopé d’une peine de six ans et demi. C’était la troi­­sième fois qu’il était incar­­céré pour ses « exploits » crimi­­nels.

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Le fameux billet de 100

Vous vous atten­­dez peut-être à lire la biogra­­phie d’un crimi­­nel, mais il n’en est rien. Car durant son dernier séjour à l’ombre, « Art » a eu une révé­­la­­tion : il s’est recon­­verti en authen­­tique artiste. Il s’en est tenu à ce qu’il savait faire. Il a commencé par peindre du fric, et fina­­le­­ment il a concré­­tisé son projet en sortant une ligne de vête­­ments. Il n’a pas fallu long­­temps avant que le monde de l’art ne le repère. C’est la gale­­rie Meg Frazier, haut lieu de sa ville natale de Chicago, qui a accueilli sa première expo­­si­­tion : Œuvres repré­­sen­­tant la vie d’un maître faus­­saire. « Quand j’étais en taule, je n’ai jamais songé sérieu­­se­­ment à accro­­cher mon travail dans une gale­­rie », confie Art. « Je faisais ça juste pour passer le temps… J’adore peindre. C’est apai­­sant, ça me relaxe. » Le faus­­saire n’a commencé à peindre qu’au cours des trois dernières années de sa plus récente incar­­cé­­ra­­tion. Il a toujours eu un attrait pour le design, ce dont il s’est allè­­gre­­ment servi dans sa carrière de faus­­saire, mais il n’avait jamais touché un pinceau de sa vie. Jusqu’à ce que son établis­­se­­ment péni­­ten­­tiaire propose des cours de pein­­ture à l’huile.

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Art à côté d’une Mustang qu’il s’était offert
Crédits : Arthur J. Williams Jr.

« Quand j’ai commencé le cours, ils nous ont donné une image qu’on devait repro­­duire. Il fallait qu’on choi­­sisse parmi diffé­­rentes fleurs », dit Art. « J’en reve­­nais pas. On est en prison et ils veulent qu’on peigne des putains de fleurs. Alors bon, j’ai essayé, mais je le sentais vrai­­ment pas. Je voulais faire autre chose. » Son profes­­seur – un autre détenu – a voulu savoir quel était le problème. Quand Art lui a demandé s’il pouvait peindre un billet d’un dollar de 1896, le type a pensé qu’il était fou. Non pas qu’il était contre, mais le niveau de détails était bien trop élevé pour un débu­­tant. Art s’y est mis quand même. « C’était la première toile que je peignais », dit-il. « Ça m’a pris un an. C’est comme ça que j’ai commencé. Ensuite j’ai peint le billet de deux dollars, puis celui de dix dollars, et enfin celui de cinq pendant que j’étais en maison de tran­­si­­tion. C’est clai­­re­­ment le plus réussi, car je suis parvenu à rendre l’encre qui change de couleur. »

Cercle vicieux

À sa sortie de prison, Art n’avait toujours aucune inten­­tion de deve­­nir artiste-peintre. Il se mettait en quatre pour lancer la produc­­tion de sa ligne de vête­­ments. Et puis il a rencon­­tré par hasard Stan­­ley Wozniak. Wozniak est le proprié­­taire de clubs légen­­daires à Chicago. Il a fondé le Red Head Piano Bar, Jilly’s sur Rush Street, et d’autres endroits tout aussi répu­­tés du centre-ville. Il s’est inté­­ressé à son travail et a fait jouer ses rela­­tions pour aider le faus­­saire tout juste libéré à faire son trou dans le milieu. Juste à temps, car Wozniak a été condamné à un an et demi de prison pour une affaire de corrup­­tion à peine quelques semaines avant le vernis­­sage de l’expo. « Il m’a présenté à Meg Frazier », dit Art. « Je n’ai pas eu le temps de comprendre ce qu’il m’ar­­ri­­vait que j’avais déjà une expo. Je ne m’étais jamais rendu compte de la quan­­tité de travail que ça demande, d’ex­­po­­ser ses créa­­tions. C’est pas comme s’il suffi­­sait de les accro­­cher au mur. Mon premier souci, c’est que je n’avais pas assez d’œuvres. En deux mois, il a fallu que je m’ac­­tive pour en pondre davan­­tage. C’est comme ça que la pein­­ture du parc­­mètre m’est venue. » Et bien lui en a pris, car elle a fina­­le­­ment été rete­­nue pour faire l’af­­fiche de l’ex­­po­­si­­tion. how-a-famous-counterfeiter-reinvented-himself-as-an-artist-306-body-image-1428342382« C’est une de celles que je préfère », dit Art. « Ça n’a rien à voir avec l’argent. C’est un petit garçon appuyé sur un parc­­mètre : le premier délit que j’ai jamais commis. Je suis rentré à la maison un jour et ma mère pleu­­rait parce qu’elle ne pouvait plus nous nour­­rir. Je suis sorti et j’ai commencé à me faire des parc­­mètres. J’en­­ten­­dais les pièces à l’in­­té­­rieur et j’ai trouvé un moyen de les récu­­pé­­rer. Je suis allé faire quelques courses et je les ai rame­­nées à la maison. J’ai peint cette toile pour repré­­sen­­ter ce souve­­nir. Je voulais montrer la première chose qui m’a conduit à mener une vie de crimi­­nel. » Art est passé à la contre­­façon vers l’âge de 15 ans. « C’est un vieil Italien qui m’a pris sous son aile », dit-il. « À l’époque, je volais des voitures, des auto­­ra­­dios et je dealais de la weed dans la rue. Il a eu le senti­­ment que j’étais plus malin que ça et il a commencé à m’ap­­prendre comment impri­­mer de la monnaie. Des billets qu’on ne voit plus aujourd’­­hui, comme celui de 100 dollars de 1985. » Art s’est décou­­vert une véri­­table voca­­tion, il était avide d’ap­­prendre. Mais pendant sa forma­­tion, son vieux maître a disparu. « On a dû passer neuf mois ensemble et il a disparu d’un jour à l’autre sans expli­­ca­­tion », dit Art. « J’ai essayé de me débrouiller seul, mais à cette époque-là j’étais encore un novice. Il me restait beau­­coup à apprendre. J’ai fini par retour­­ner dans la rue, où j’ai commencé à faire pas mal de conne­­ries. Je braquais des dealers. Je me suis attiré des ennuis à Chicago et j’ai dû descendre au Texas le temps que ça se calme. » Mais il n’a pas réussi à échap­­per aux flics.

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Une de ses œuvres
Crédits : Seth Ferranti

« J’ai pris deux ans de taule pour avoir braqué un reven­­deur de bijoux volés. Quand je suis sorti, mon ex-femme m’a acheté un livre qu’elle a payé avec le nouveau billet de 100 dollars. J’ai vu qu’ils étaient marqués. Je ne savais pas à quoi servait le stylo et je ne compre­­nais pas pourquoi tout le monde parlait autant du billet de 1996. » Il arri­­vait en effet que les commerçants utilisent un stylo pour voir si un billet était un faux ou non. Ça n’a pas manqué d’in­­tri­­guer Art. « Ça a été le début d’un long proces­­sus. Il m’a fallu des années pour arri­­ver à la quasi-perfec­­tion de ce faux billet. J’ai dû commen­­cer avec le papier, parce qu’à cette époque-là tout le monde le marquait avec le stylo. Il fallait que je trouve un papier qui puisse y résis­­ter, c’était tout un proces­­sus en soi. J’ai commandé du papier venu de partout dans le monde. Puis je me suis mis à travailler sur l’ho­­lo­­gramme, le fili­­grane à l’in­­té­­rieur du papier et le fil de sécu­­rité. Je faisais mon propre papier et j’in­­té­­grais mes propres fili­­granes et fils de sécu­­rité à l’in­­té­­rieur. Le dernier élément à trou­­ver, c’était l’encre qui change de couleur. Je l’uti­­lise encore dans mes pein­­tures aujourd’­­hui. C’était la touche finale. Après ça, j’ai pu lancer l’im­­pres­­sion. J’uti­­lise la même tech­­nique de sécu­­rité dans mes pein­­tures, c’est ce qui leur donne un carac­­tère unique. » Étant passé maître dans un art illé­­gal, Art ne voyait aucune raison de retour­­ner sur le droit chemin.

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Un vieux dollar
Crédits : Seth Ferranti

« Ce qui m’a freiné durant des années, c’est que mon seul but était faire de l’argent », dit-il. « Plus j’en dépen­­sais, plus je devais en faire. Avec tout le fric que je me faisais, j’au­­rais pu faire des choses incroyables, mais je n’avais aucun respect pour l’argent. J’ai su que je devais chan­­ger quand mon fils m’a rejoint en prison pour la même conne­­rie. Il était temps que ça s’ar­­rête. J’ai commencé à me concen­­trer à fond sur ce que je voulais faire quand je sorti­­rais – c’est-à-dire sortir ma ligne de vête­­ments et écrire. À aucun moment je n’ai vu l’art comme un moyen de m’en sortir. » Mais, aujourd’­­hui, en se consa­­crant à des acti­­vi­­tés plus légales, Art espère que cela portera ses fruits. « Lors de mes précé­­dents séjours en prison, je me cassais la tête pour trou­­ver des moyens ingé­­nieux de niquer le système et de me faire de l’argent plus effi­­ca­­ce­­ment », dit-il. « Mais même à ce moment-là, je ne pensais jamais à ce que j’en ferais une fois que je l’au­­rais. À présent, j’ai un projet. Le premier objec­­tif, c’est ma ligne de vête­­ments. Et chaque jour, je me réveille avec la convic­­tion que je dois l’at­­teindre. » « Je n’ai aucune envie de retour­­ner à ce que je sais faire de mieux. Je sais que je suis un faus­­saire d’ex­­cep­­tion, mais je conti­­nue à me battre pour avan­­cer. »

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Art plus jeune et son atti­­rail de faus­­saire
Crédits : Arthur J. Williams Jr.

Traduit de l’an­­glais par Myriam Vlot et Nico­­las Prouillac d’après l’ar­­ticle « How a Noto­­rious Coun­­ter­­fei­­ter Rein­­ven­­ted Himself as an Artist », paru dans VICE. Couver­­ture : Art devant un panneau à l’ef­­fi­­gie de sa marque, Julius Davinci. (Seth Ferranti)

CONFESSIONS D’UN DEALER DE PRISON

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Comment la drogue circule-t-elle en prison ? Seth Ferranti, jour­­na­­liste et ancien détenu, s’est entre­­tenu avec un dealer carcé­­ral qui lui livre ses secrets.

Dans chaque établis­­se­­ment correc­­tion­­nel aux États-Unis, un réseau de drogue comme celui que je suis sur le point de décrire fonc­­tionne et pros­­père. Vous pouvez me croire, je viens d’être libéré d’une prison fédé­­rale après avoir passé 21 ans de ma vie derrière les barreaux. Tandis que beau­­coup d’entre vous ont l’ha­­bi­­tude de lire des histoires sur les trafics de drogue qui sont déman­­te­­lés, vous avez peu de chances d’en­­tendre parler des busi­­ness floris­­sants. Pour aider à expliquer l’un de ces systèmes, je suis entré en contact avec un homme que j’ap­­pel­­le­­rai « Divine ». Afro-Améri­­cain, la cinquan­­taine, c’est un gang­s­ter à la voix suave, propre sur lui et éreinté par trop de muscu. Origi­­naire de New York, ses prouesses en tant que trafiquant de drogue ont même été célé­­brées dans la tradi­­tion lyrique du hip-hop. Il purge une peine à vie dans une prison fédé­­rale. Mais ce qu’il fait en prison lui rapporte de l’argent, du pouvoir, et le pres­­tige d’être l’homme dont tout le monde parle. Il a accepté de me dévoi­­ler de façon anonyme comment tout cela fonc­­tionne. ulyces-drugprison-01 « Je fais tran­­si­­ter de la drogue dans le BOP [Bureau fédé­­ral des prisons] depuis les années 1980 », commence Divine. Crimi­­nel de carrière, il a fait plusieurs séjours en prison fédé­­rale et y passe du temps depuis ses 20 ans. Chaque fois qu’il en sortait, il recom­­mençait son busi­­ness dans les rues de New York. Il finis­­sait toujours par enfreindre sa condi­­tion­­nelle ou accep­­ter un nouveau deal qui le condui­­sait à pour­­suivre sa voca­­tion en prison, d’où il est devenu un opéra­­teur de première classe : Il ne s’est jamais fait prendre pour ses trafics illé­­gaux à l’in­­té­­rieur du ventre de la bête. « Chaque fois que je rentre dans un établis­­se­­ment, la première chose que je fais est de repé­­rer qui fait quoi », raconte Divine. « S’il y a une struc­­ture établie, je m’in­­sère dedans. Sinon, je crée ma propre struc­­ture à partir de rien. Ce n’est pas si diffi­­cile. »

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