par Ulyces | 0 min | 21 février 2015

En mai 2014, le regretté jour­­na­­liste David Carr du New York Times a été choisi pour pronon­­cer un discours devant une promo­­tion de jeunes diplô­­més de l’école de jour­­na­­lisme de Berke­­ley, à l’uni­­ver­­sité de Cali­­for­­nie. Après avoir été présenté par Ed Wasser­­man, conseiller prin­­ci­­pal d’édu­­ca­­tion de l’école, Carr a offert ce long discours. Fidèle à lui-même, il s’est exprimé avec présence d’es­­prit, sagesse, verbe fleuri et en toute honnê­­teté.

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Campus de Berke­­ley, Cali­­for­­nie
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Je m’ap­­pelle David Carr et je suis alcoo­­lique. (Rires dans l’as­­sis­­tance) Je trouve ça cool d’au­­to­­ri­­ser des ivrognes, des toxi­­co­­manes et des pirates à monter sur scène pour s’adres­­ser à vous. J’ai déjà une longueur d’avance pour ma part, pour avoir parti­­cipé à une autre remise de diplômes à l’uni­­ver­­sité de New York. La contre­­marche ressem­­blait beau­­coup à celle-ci. Et en tentant de prou­­ver à tous que je n’ai rien perdu de ma vita­­lité, j’ai voulu sauter dessus, mais je me suis pris les pieds dedans. Je suis tombé face contre terre et me suis cogné le visage très, très fort, devant un public de quatre cents personnes. Je peux vous dire deux choses : un, c’est… embar­­ras­­sant. Et deux, il est très diffi­­cile de parler quand on a si mal à la tronche. J’ai répété plusieurs fois la descente et la montée de ces marches, mais j’étais tendu malgré tout. Et là, un de vos cama­­rades de classe dont je tairai le nom m’a avoué que la plupart d’entre vous ne portiez rien sous vos toges. En imagi­­nant mon public nu, je me sens soudain bien plus calme. Je me sens en sécu­­rité sur cette estra­­de… J’ai aussi parfai­­te­­ment conscience que si vous vouliez entendre des paroles pleines de sagesse ou un discours d’une grande éloquence convoquant des événe­­ments histo­­riques, vous auriez choisi quelqu’un d’autre. Vous auriez aussi relevé dans mon parcours qu’il m’a fallu sept ans pour venir à bout de l’uni­­ver­­sité. Vous savez, j’ai postulé pour un job à Boston. Vous avez tous déjà entendu parler des gens qui mentent sur leur CV ? Eh bien, j’ai dû appe­­ler l’uni­­ver­­sité du Minne­­sota pour leur deman­­der : « J’ai bien eu mon diplôme, n’est-ce pas ? » C’était une époque compliquée.

J’ai été cinq fois en cure de désin­­tox, j’ai été arrêté pour plusieurs délits mineurs et un grave, mais malgré cela, vous m’avez sélec­­tionné.

Je n’ai ni master, ni docto­­rat, ni rien. J’ai été cinq fois en cure de désin­­tox, j’ai été arrêté pour plusieurs délits mineurs et un grave, mais malgré cela, vous m’avez sélec­­tionné. Je me suis posé pas mal de ques­­tions sur cette déci­­sion, mais je pense qu’il est trop tard pour recomp­­ter les voix. J’ima­­gine que Rob Ford, le maire de Toronto, était trop occupé pour venir. Nous sommes donc là, tous ensemble, pour le meilleur ou pour le pire, à cause de vos votes. J’ai demandé conseil à Ed Wasser­­man. Il m’a dit de ne pas trop me mettre la pres­­sion. Ses conseils étaient les suivants : « Ne tombe pas (pour ce point, c’est bon, à moins que je ne me gauffre en partant), reste loin de ceux qui vomissent, et essaye de ne pas trop jurer. » Laisse-moi te dire, Ed, que tu as placé haut cette putain de barre ! Mais je me suis simple­­ment dit : « Pourquoi pas ? » C’est une incroyable oppor­­tu­­nité. C’est votre jour­­née. Et moi, en tant que père, j’ai une pensée pour ma fille de 17 ans et ma femme qui orga­­nisent une brocante pour réunir assez d’argent et payer ses études. Vous autres, parents, avez toute ma sympa­­thie. Vrai­­ment. Nous avons tous fait des sacri­­fices pour en arri­­ver là. Quelle jour­­née merveilleuse pour vos familles. Je ne pour­­rais pas être plus heureux de me tenir devant vous aujourd’­­hui. Mais c’est véri­­ta­­ble­­ment votre jour­­née, à vous tous qui êtes diplô­­més. Féli­­ci­­ta­­tions. J’ai regardé les travaux de quelques élèves parmi les cinquante-et-un assis ici et je suis honoré de pouvoir dire aujourd’­­hui que je suis leur collègue. J’étais étonné : ils sont ambi­­tieux, précis et veulent racon­­ter des histoires de toutes les manières possibles, pour ensuite les parta­­ger avec le monde entier. D’après moi, la tradi­­tion qui permet à un vieux gars teigneux dans mon genre de vous donner des conseils est plutôt absurde. Qu’est-ce que je sais réel­­le­­ment de vos vies et de cet instant ? Je ne connais même pas la moitié des logi­­ciels sur lesquels vous travaillez. Les choses ont radi­­ca­­le­­ment changé. On en a beau­­coup parlé. Mais sachez-le : ma fille aînée, Erin, est jour­­na­­liste repor­­ter d’images. Et j’ai passé beau­­coup de temps à essayer de la dissua­­der de prendre le chemin du jour­­na­­lisme. Elle m’a atten­­ti­­ve­­ment écouté, puis a fait tout le contraire. Vous devriez faire la même chose aujourd’­­hui.

Mon premier article avait pour thème la bruta­­lité chez les poli­­ciers. Il a été publié dans un petit hebdo­­ma­­daire local, et il a été proba­­ble­­ment lu par quelques 30 000 personnes. Erin – au même âge, 24 ans – a décidé de filmer un gars fabriquant des pisto­­lets à partir d’im­­pri­­mantes 3D pour contour­­ner la loi fédé­­rale sur les armes à feu. Je lui ai tapoté la tête, en lui disant : « C’est mignon comme sujet, très bonne idée ma chérie. » Je crois qu’elle a eu 12 millions de vues sur YouTube. J’ai­­me­­rais l’étran­­gler. J’ai­­me­­rais vous étran­­gler vous aussi, mais j’ai peur de devoir travailler un jour pour vous, alors je vais vous cirer les pompes à la place. Vous entrez dans un monde qui n’est incon­­tes­­ta­­ble­­ment plus le même qu’a­­vant, où le modèle écono­­mique est supposé être sur la corde raide. Mais la capa­­cité même à faire du jour­­na­­lisme, à toucher des publics, n’a jamais été aussi pros­­père. J’aime les risques que vous prenez. Vrai­­ment. Enfin, j’ai de l’af­­fec­­tion pour vous, mais je ne suis pas inquiet. Tout ira bien. Les jour­­na­­listes sont aujourd’­­hui aussi divers que les méthodes qu’ils pratiquent. Regar­­dez l’an­­née dernière, un infor­­ma­­teur isolé a contacté un blogueur isolé et ils ont dévoilé à deux l’in­­tru­­sion massive du gouver­­ne­­ment dans la vie des Améri­­cains. Ce gouver­­ne­­ment est arrivé au pouvoir en affir­­mant être le plus trans­­pa­rent de l’his­­toire des gouver­­ne­­ments. Il appa­­raît qu’en fait, il nous cache des tas de choses. Et si nous sommes au courant, c’est grâce au travail qui a été réalisé. On nous a appris que des espions, au sein de l’ap­­pa­­reil de sécu­­rité natio­­nale, étaient infil­­trés au cœur du gouver­­ne­­ment. Du secret à toutes les sauces : attaques de drones, listes de personnes à abattre, pour­­suites judi­­ciaires et personnes sur écoute. Edward Snow­­den a travaillé de concert avec Glenn Green­­wald, Barton Gell­­man et Laura Poitras pour révé­­ler au grand jour cette affaire. Beau­­coup d’autres, dont mes collègues du New York Times, ont fait avan­­cer cette histoire avec de nouvelles pistes et ont mis en lumière des secrets bien cachés. Ils ont changé le cours de l’his­­toire. Je ne sais pas si vous la chan­­ge­­rez vous aussi, mais vous aurez du moins l’oc­­ca­­sion d’es­­sayer.

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Poitras, Green­­wald et Gell­­man

Pour ma part, je ne l’ai jamais chan­­gée. J’ai eu quelques impacts dans ma carrière. Mais il faut viser haut, il faut se lancer : vous devez défi­­nir clai­­re­­ment votre propre ambi­­tion. Si vous êtes le genre d’in­­di­­vidu à penser que les choses les plus inté­­res­­santes sont celles que vous ne connais­­sez pas, alors vous êtes proba­­ble­­ment au bon endroit. Si vous êtes le genre de personne à lire et évaluer la qualité des articles ou repor­­tages, la plupart du temps réali­­sés par vos collègues, vous fini­­rez proba­­ble­­ment par travailler aussi bien qu’eux un jour. Je pense que c’est impor­­tant : si vous êtes du genre à pouvoir être à la fois effrayé et témé­­raire, vous fini­­rez sûre­­ment par accom­­plir de grandes choses. Ne lais­­sez personne vous dire que vous auriez dû travailler à l’époque, cette époque qu’on appe­­lait pompeu­­se­­ment « l’âge d’or ». Elle n’était pas si dorée. C’est vrai. Beau­­coup des histoires qu’on écri­­vait étaient à chier ! Désor­­mais, vous avez accès à toutes les opinions sur tous les sujets qu’on vous demande de couvrir à la minute où vous vous y mettez. On n’avait pas tout cela à l’époque. On avait un type nommé Morty qui travaillait à la rubrique nécro­­lo­­gie et qui connais­­sait peut-être deux-trois petites choses à propos de tel ou tel sujet. Sans comp­­ter qu’une poignée de blancs-becs crou­­lants – un peu comme moi aujourd’­­hui – a décidé ce qu’é­­tait l’ac­­tua­­lité. Ce n’est plus vrai­­ment à nous de la défi­­nir. C’est à vous. C’est à votre public. À en juger par les travaux que j’ai pu voir, vous n’au­­rez aucun problème à choi­­sir ce qui est impor­­tant. Je vais juste vous parler un peu de moi, si vous le voulez bien. Et oui, ceux qui inter­­­viennent à la remise des diplômes semblent toujours en arri­­ver là. J’étais hier à une autre remise de diplômes à Boston, et l’ora­­teur a passé une bande démo d’en­­vi­­ron huit minutes pour se présen­­ter. C’était très impres­­sion­­nant, je dois dire.

Mon histoire commence le jour où, à peine sorti de l’école, un ami de mon père a été témoin de l’ar­­res­­ta­­tion de deux suspects noirs. J’ha­­bi­­tais à Minnea­­po­­lis, où la plupart des gens étaient blancs, mangeaient de la nour­­ri­­ture blanche, et par terre, le sol était recou­­vert de neige pour que l’en­­droit soit encore plus blanc. Un décor mono­­tone. Les poli­­ciers étaient blancs aussi, bien sûr. Et bien que la commu­­nauté de Minnea­­po­­lis commençât à se diver­­si­­fier – ce qui la rendait plus inté­­res­­sante selon moi –, la menta­­lité des poli­­ciers n’avait pas vrai­­ment évolué. L’ami de mon père – un blanc – regar­­dait donc ces deux suspects noirs se faire arrê­­ter. Ils étaient menot­­tés, tota­­le­­ment sous contrôle, et lui ne savait pas de quoi ils étaient accu­­sés. Malgré cela, les poli­­ciers conti­­nuaient à les frap­­per violem­­ment. Si vous en avez déjà fait l’ex­­pé­­rience – inutile de citer des noms –, vous savez qu’on ne peut pas faire grand-chose avec des menottes aux poignets. Croyez-moi sur parole.

Tout a commencé par ce : « Quelqu’un devrait écrire un article à ce sujet. »

Alors l’ami de mon père inter­­­vient : « Hé ! Bon sang, vous foutez une sacré raclée à ces pauvres types menot­­tés. » Du coup, on lui a réservé le même sort. C’est ce qui arrive aux gens qui tentent de défendre quelqu’un. J’ai dit à mon père : « C’est scan­­da­­leux ! Quelqu’un devrait écrire un article à ce sujet ! » Il m’a alors regardé et m’a dit : « Je croyais que tu avais fait des études pour ça ? C’est pour cette raison que je t’en parle ! » Évidem­­ment, je savais déjà où se trou­­vait le commis­­sa­­riat. Je ne savais pas en revanche où étaient gardés les dossiers. Je ne connais­­sais rien de rien. Cela m’a pris des mois, je n’avais aucune idée de ce que j’étais en train de faire, mais j’ai réussi à écrire un article et à le vendre à un hebdo­­ma­­daire local. Et il s’est avéré que ces poli­­ciers étaient multi­­ré­­ci­­di­­vistes, que c’était un de leurs passe-temps, de la violence gratuite contre autrui, spon­­so­­ri­­sée par l’État. Des multi­­ré­­ci­­di­­vistes. Ils ont fini par se faire prendre et se sont fait jeter dehors. J’ai adoré ça. Et ce que j’ai le plus aimé, c’est de voir mon nom imprimé en une. J’ai fait le tour de la ville où les jour­­naux étaient distri­­bués : là c’est moi, là c’est moi, là c’est moi. Je me suis retenu pour ne pas prendre une règle et mesu­­rer la taille de mon nom sur la page. Tout a commencé par ce : « Quelqu’un devrait écrire un article à ce sujet. »

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Aujourd’­­hui, je me suis réveillé dans cet hôtel, sur Shat­­tuck Road. Il était 6 h 30 du matin et j’es­­sayais de trou­­ver un bagel ou autre chose. Le quar­­tier avait l’air d’un hôpi­­tal psychia­­trique en plein air. Et je ne portais pas ce costume. Juste un vieux short de sport et un sweat-shirt. Vous savez quoi ? Je me fondais parfai­­te­­ment dans la masse. Je me suis promené tranquille­­ment et, sans rire, on ne m’a pas demandé d’argent une seule fois. Dès que je croi­­sais quelqu’un, il me disait : « Hé, mon frère ! Quoi d’neuf ? » Ces gars qui vivent là-bas sans rien – deux bâtons, une pierre, un sac de couchage : le service mini­­ma­­liste d’un hôpi­­tal psychia­­trique, chaque jour, ils essaient de faire leur bout de chemin. Quelqu’un devrait écrire un article à ce sujet. Quelqu’un l’a déjà fait, et d’autres le feront encore. Mais quelqu’un devrait écrire à ce sujet. En ce moment même, pas si loin de l’en­­droit où nous nous trou­­vons, il y a toute une géné­­ra­­tion de jeunes gens talen­­tueux comme vous qui aident d’énormes socié­­tés comme Google, Twit­­ter et Face­­book à se saisir de chacun de nos moments privés pour les trans­­for­­mer en oppor­­tu­­ni­­tés commer­­ciales. Notre société a troqué notre vie privée et notre indé­­pen­­dance contre un tas d’ap­­pli­­ca­­tions, de services et de fonc­­tion­­na­­li­­tés sur Inter­­net. La plupart du temps, les services sont gratuits, ce qui signi­­fie bien sûr que les produits, c’est nous. Il faut comprendre qu’à chaque fois qu’on ouvre ou qu’on envoie un e-mail, qu’on télé­­charge une appli­­ca­­tion ou qu’un cookie s’en­­re­­gistre en surfant sur inter­­­net, que si tout est gratuit, il y a un coût dissi­­mulé. Et comme je l’ai déjà dit plus tôt, quelqu’un devrait faire un article à ce sujet. À cet instant, des gens sont en train de passer un temps consi­­dé­­rable à déci­­der quelle sorte de voiture ils devraient ache­­ter, car ils ont tant d’argent qu’ils ne savent plus qu’en foutre… mais comme nous sommes à San Fran­­cisco, ils ne veulent pas prendre une voiture qui les ferait paraître riche. Leur vrai problème, c’est d’es­­sayer de comprendre comment gérer l’image de leur richesse. De très jeunes gens, très riches, doivent conduire leur bagnole – comme je l’ai fait remarquer plus tôt – à travers un hôpi­­tal psychia­­trique en plein air. Et je crois que quelqu’un devrait faire un article à ce sujet. Tous les jours, à Oakland, des gens sont suspec­­tés, surveillés et parfois fouillés à cause de leurs croyances ou de leur appa­­rence, alors qu’ils n’ont souvent rien fait. C’est injuste. Il y a déjà eu des articles écrits à ce sujet, mais je pense tout de même qu’on devrait conti­­nuer à en écrire. Mais assez joué au rédac­­teur en chef. On a déjà choisi assez de sujets à votre place. Tout ce que je vous souhaite, c’est de connaître un jour la paix dans le monde, de vivre dans la sécu­­rité écono­­mique et, je vous le souhaite de tout cœur, de ne subir aucune discri­­mi­­na­­tion. Pour cela, mettez-vous au travail sans tarder, s’il vous plaît.

En tant que jour­­na­­liste, je ne m’en veux jamais de parler aux étudiants en jour­­na­­lisme, car le jour­­na­­lisme est pour moi une immense aven­­ture. On doit sortir, parler à des incon­­nus, leur deman­­der tout ce qu’on veut, reve­­nir, écrire leurs histoires ou monter l’en­­re­­gis­­tre­­ment. Vos emprunts ne seront pas rembour­­sés aussi vite qu’a­­vec une autre acti­­vité, et vous n’êtes pas près de ressem­­bler à ces gens qui s’inquiètent du modèle de voiture qu’ils doivent ache­­ter. Mais c’est ainsi que cela doit être. Je veux dire, c’est plus inté­­res­­sant qu’un simple travail. Dans le cas contraire, vous devriez vous trou­­ver un vrai boulot. Pensez à ceux qui vont tous les jours au travail et détestent ce qu’ils font. Nous, nous sommes heureux d’al­­ler travailler. C’est toujours mon cas. C’est conster­­nant. Je m’amuse telle­­ment… Il n’y a pas si long­­temps, j’ai pu me rendre à la Cour suprême pour entendre ce qu’Aereo avait à dire, accom­­pa­­gné de mon rédac­­teur en chef. Je me suis retenu pour ne pas lui prendre la main en arri­­vant et m’écrier : « N’est-ce pas merveilleux ? Mon Dieu ! » Je ne rigole pas, c’est vrai. Je peux vous assu­­rer que l’ex­­ci­­ta­­tion ne retombe jamais. Ce dont je me souviens, ce sont des gens qu’on croyait cinglés mais qui avaient en réalité raison, des voyous présu­­més qui compre­­naient la justice bien mieux que les poli­­ciers qui les avaient arrê­­tés, du bureau­­crate discret qui a fini par réali­­ser que ses patrons n’agis­­saient pas pour le bien commun. Souvent, pour ne pas dire toujours, ce sont nos sources qui, comme je l’ai souli­­gné, mettent en lumière certaines affaires.

Si on dit la vérité, en géné­­ral, il n’en ressort que du posi­­tif.

Quand j’étais rédac­­teur à Washing­­ton, une femme est venue me voir pour me dire : « Je suis traquée par un type depuis quatre ans. Il m’ap­­pelle, m’en­­voie des e-mails, se pointe chez moi avec une arme. J’ai appelé la police de Washing­­ton à maintes reprises, mais ils ne veulent rien faire. » J’ai répondu : « Non, c’est impos­­sible. » Puis j’ai lu tous les rapports de police, analysé toutes ses infor­­ma­­tions person­­nelles, et j’ai compris qu’elle me disait la vérité. Bien sûr, je me suis dit que quelqu’un devait écrire un article à ce sujet, et j’ai commencé à y réflé­­chir. J’ai pensé : « Vous savez quoi ? Si quelqu’un doit le faire, ce devrait être cette femme. » Elle s’ex­­pri­­mait très bien, elle était à la fois intel­­li­­gente et sincère. Elle a raconté son histoire d’une façon incroyable, c’était épique. Un des fonde­­ments du jour­­na­­lisme, qu’on enseigne à merveille ici et qui se fait partout en Amérique, c’est de pouvoir nous immer­­ger dans des histoires qui nous permettent de révé­­ler de grandes véri­­tés. On ne peut pas être plus immergé dans une histoire que dans la nôtre. C’est pour cette raison que je lui ai donné la plume. Elle a écrit une histoire frap­­pante, viscé­­rale, et avant tout, une histoire vraie. Mais juste avant qu’elle ne soit publiée, je me suis demandé ce que ce type allait faire s’il lisait l’his­­toire de cette femme en train de le ridi­­cu­­li­­ser et de lui repro­­cher de lui avoir gâché la vie ? Allait-il débarquer chez elle et lui tran­­cher la gorge ? Allait-il utili­­ser l’arme avec laquelle il se trim­­ba­­lait ? J’ai remarqué qu’il avait un permis pour cette arme. Je l’ai regardé et lui ai dit : « Atten­­dez, qu’est-ce qu’on fait, là ? Est-ce que vous y avez bien réflé­­chi ? » Je lui ai dit de faire venir sa sœur – elle n’avait plus sa mère, ni son père – et nous avons passé en revue tous les risques ou les menaces possibles. Et elle m’a répondu : « Écou­­tez, quelqu’un doit écrire un article sur ce type et je pense que ce quelqu’un, c’est moi. » Donc nous l’avons publié. Le type s’est rendu de lui-même au commis­­sa­­riat. Il a été reconnu coupable pour avoir long­­temps terro­­risé cette femme. J’igno­­rais la tour­­nure qu’al­­lait prendre cette affaire. Elle non plus ne le savait pas. Mais si on dit la vérité, en géné­­ral, il n’en ressort que du posi­­tif.

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Vous travaille­­rez peut-être pour un site inter­­­net, pour un jour­­nal, vous vendrez vos histoires à Front­­line, ou même à HBO si vous avez de la chance. Mais en fin de compte, ceux pour qui nous travaillons, ce sont les gens qui nous racontent leurs histoires. Nous sommes leurs messa­­gers. Nous sommes leurs guides. Nous sommes les témoins de l’his­­toire de ces personnes. Lais­­sez-moi vous dire, Don, le fond du projet de votre master – cette peur, ce manque d’as­­su­­rance, le sujet ne va pas, la vidéo est sacca­­dée, l’au­­dio ne corres­­pond pas, l’in­­tro­­duc­­tion est nulle. Toutes ces choses ne dispa­­raî­­tront jamais. Jamais. Et la plupart des étudiants ont dit avoir tenté de s’en­­trai­­der. C’est tout l’enjeu. C’est ce qu’il faut faire. Il y aura toujours quelqu’un de plus intel­­li­gent ou de plus capable que vous qui devrait être à votre place. Comme à mon arri­­vée à l’aé­­ro­­port, quand ma valise est passée sur le tapis roulant et que j’ai vu ma carte de visite du New York Times. J’ai presque eu un choc. Comme Ed l’a souli­­gné, quelles étaient les chances qu’une personne comme moi finisse par y travailler ? Et la semaine dernière – vous savez, la plupart du temps, c’est assez sympa de travailler au New York Times. Mais mercredi dernier, ma patronne – que j’ad­­mire et respecte beau­­coup, Jill Abram­­son – a été virée sous nos yeux. Juste virée. Elle a été rempla­­cée par Dean Baquet, un autre super jour­­na­­liste que j’ad­­mire et respecte. On est resté bouche-bée. On s’est demandé comment notre lieu de travail avait pu se trans­­for­­mer en un épisode de Game of Thrones. On aurait dit qu’il y avait du sang partout ! Et dès que cela a commencé, j’ai sorti mon carnet et me suis mis à écrire. J’ai sorti mon iPhone et j’ai commencé à enre­­gis­­trer. Je me disais que quelqu’un allait bien finir par devoir écrire un article à ce sujet. Après quoi nous nous sommes tous réunis – je pensais qu’il était impor­­tant que quelqu’un, au sein même du New York Times, raconte cette histoire aussi fidè­­le­­ment que possible. Et malheu­­reu­­se­­ment, cette personne s’est avérée être moi. Je suis sérieux. Je me suis dit : « Que faire ? Je veux bien faire mon travail, mais je veux aussi garder mon boulot. Bien faire mon travail. Garder mon boulot. »

Panelists
Jill Abram­­son, au centre
Crédits : Depart­­ment of Labor

Mais quelqu’un devait écrire à ce sujet, non ? Non ? Et du coup, c’est tombé sur moi. Donc ce matin, j’ai écrit ma rubrique média du lundi. Ma rubrique parle toujours des faiblesses des insti­­tu­­tions qui n’ar­­rivent pas à la hauteur de leurs objec­­tifs et chutent à la vue de tous. Et devi­­nez de qui je vais parler lundi ? Et je me suis encore posé les mêmes ques­­tions ce matin. J’écris pour vivre. Que faire ? Bien faire mon travail, garder mon boulot. Bien faire mon travail, garder mon boulot. Un vrai dilemme. Ce n’est pas comme si quelqu’un venait poin­­ter son arme sur ma tempe pour me faire sauter la cervelle, mais certaines personnes pour­­raient être bles­­sées en dévoi­­lant la vérité. Si on m’a demandé d’écrire l’ar­­ticle au départ, d’après ce qu’on m’a expliqué, c’est parce qu’il figu­­re­­rait en première page. Je suis capable de faire un tas de choses, comme je l’ai déjà évoqué. Mais je ne suis pas ce qu’on peut appe­­ler un « jour­­na­­liste de première page ». Je n’ai pas une grande voix auto­­ri­­taire. Je ne suis pas très orga­­nisé. Vous ne voulez pas voir mon premier jet, croyez-moi. Et pour­­tant, j’ai été choisi. Je pense qu’il est impor­­tant au final de repen­­ser aux projets qui ont ébloui vos familles, à ceux qui leur ont fait dire : « Comment t’as fait pour écrire ça tout seul ? Comment ? » Et la belle arnaque, c’est que vous ne l’avez pas fait seul du tout. Vous avez reçu beau­­coup d’aide. N’est-ce pas ? De vos colla­­bo­­ra­­teurs. Chaque personne à avoir rema­­nié l’ar­­ticle l’a amélioré. Et cela ne chan­­gera jamais. Un bon travail dépen­­dra toujours de la colla­­bo­­ra­­tion entre plusieurs personnes.

Je ne peux pas saisir l’op­­por­­tu­­nité qui m’est donnée de parler à la remise des diplômes d’une insti­­tu­­tion si pres­­ti­­gieuse et ne pas vous donner quelques petits conseils. Vous le feriez aussi si vous étiez à ma place, n’est-ce pas ? Juste quelques-uns. Je vais vous donner dix conseils que vous ne trou­­ve­­rez sur aucune liste de BuzzFeed. Souve­­nez-vous quand même de mon parcours. Je vivais des allo­­ca­­tions. J’étais dépen­­dant de l’État pour manger et me soigner. Je suis devenu père céli­­ba­­taire à l’époque où personne n’au­­rait osé me confier un ficus. En dehors de cela, j’étais un citoyen modèle, en quelques sorte. Iden­­ti­­fiez-vous à ce que vous pouvez et lais­­sez le reste de côté.

Le jour­­na­­lisme, c’est comme le ménage. C’est une série de petits gestes discrets à répé­­ter sans cesse.

En ce moment, dans votre promo, je sais que vous passez beau­­coup de temps ensemble, que vous vous soute­­nez les uns les autres et que vous n’hé­­si­­tez pas à dire à vos cama­­rades à quel point ils sont géniaux. Mais parmi eux se trouvent des ambi­­tieux, qui ont une longueur d’avance et sont desti­­nés à un avenir glorieux. Vous savez quoi ? Parmi eux ne se trouve pas la personne qui chan­­gera le monde. Cette personne est proba­­ble­­ment sous-esti­­mée. C’est quelqu’un que vous n’ima­­gi­­niez même pas pouvoir tout déchi­­rer. Je le garan­­tis. Je vous le garan­­tis pour avoir travaillé avec des jeunes. Et vous savez quoi ? Vous êtes peut-être cette personne. C’est tout ce que j’ai à dire. C’est un thème qui a déjà été traité, mais je tiens à insis­­ter, prenez ce que l’on vous donne. Une fois vos études termi­­nées, vous allez devoir rembour­­ser vos emprunts et vos parents vous deman­­de­­ront : « Mais comment tu vas faire pour payer toutes tes dettes ? » Saisis­­sez la première occa­­sion qui se présente à vous. Oubliez votre plan de domi­­na­­tion du monde. Prenez simple­­ment ce que l’on vous donne, et faites-le bien. Si vous vous concen­­trez sur votre plan de domi­­na­­tion du monde, vous risquez de passer à côté de beau­­coup de choses. Le jour­­na­­lisme, c’est comme le ménage. C’est une série de petits gestes discrets à répé­­ter sans cesse. Ce sont ces petites choses qui vous aident à vous amélio­­rer. Alors ne pensez pas pouvoir nettoyer le monde d’un coup de balai avec votre science du jour­­na­­lisme. Faites juste du bon boulot avec ce qu’on vous donne. Travailler sur votre grand projet, c’est comme essayer de déblayer de la neige qui n’est même pas encore tombée. Faites juste bien les choses. Je pense que vous devriez vous consi­­dé­­rer comme étant un employé parmi les autres. Si je dis cela, c’est parce que nous vivons dans un monde éminem­­ment narcis­­sique. Ne pensez pas à vous créer une image, il suffit simple­­ment de ne pas poster de photo dénu­­dée sur les réseaux sociaux. Je ne pense pas qu’il soit essen­­tiel de travailler sur le déve­­lop­­pe­­ment d’une marque. Je crois à l’en­­ga­­ge­­ment sur les réseaux sociaux, et j’ai moi-même un petit problème de dépen­­dance à Twit­­ter. Il est impor­­tant de trou­­ver votre place avant de cher­­cher à vous démarquer, si vous voyez ce que je veux dire. Mon cinquième conseil, c’est la règle de la maman. Ne faites rien que vous ne pour­­riez expliquer à votre mère. Toutes ces grandes inter­­­ro­­ga­­tions sur l’éthique… Ed et moi pour­­rions animer un colloque de trois jours sur l’éthique, alors qu’en fait, si vous ne pouvez pas expliquer ce que vous êtes en train de faire à votre mère sans qu’elle ne vous dise : « Mon ange, je trouve que c’est un peu osé, ce que tu fais. Ce n’est pas une bonne chose. » Ne le faites pas. N’es­­sayez même pas. Utili­­sez la règle de la maman. Passez-lui un coup de fil. C’est une ressource précieuse. Ne faites pas seule­­ment ce pour quoi vous êtes bon, voilà mon sixième conseil. Si vous ne quit­­tez pas votre zone de confort, vous ne saurez jamais de quoi vous êtes capable. Comme je l’ai déjà fait remarquer, vous devez apprendre à ressen­­tir de la frus­­tra­­tion et vous devez vous servir de cette frus­­tra­­tion comme d’un appren­­tis­­sage. Vous devez apprendre à reve­­nir à la réalité et à deman­­der de l’aide. Être jour­­na­­liste permet d’ap­­prendre tout au long de sa vie. Ne préten­­dez pas déjà tout savoir. Posez des ques­­tions autour de vous. Mon septième conseil, c’est d’être présent. Je ne veux pas me la jouer Oprah avec vous. Mais beau­­coup de personnes ont l’im­­pres­­sion que leurs télé­­phones vont faire un trou dans leurs poches s’ils les y laissent trop long­­temps. Ils se demandent : « Qui est connecté ? De quoi est-ce qu’ils parlent ? » Et vous savez ce qu’il se passe pendant ce temps-là ? Le temps défile. Toute votre vie défile. Je ne vous raconte pas le nombre de fois où je me suis rendu à des confé­­rences extra­­or­­di­­naires pronon­­cées par les plus grands cerveaux. Tout le monde était sur son télé­­phone. Ils ne levaient jamais la tête. Si vous avez les yeux sur votre télé­­phone, le décor ne change jamais. Ne pensez pas à décrire l’ins­­tant. Vivez-le. J’ai presque un demi-million d’abon­­nés sur Twit­­ter, mais la seule personne qui a besoin de savoir ce que je fais en ce moment même, c’est moi. Je suis là. C’est ce que je fais. J’ai fait quelques photos un plus tôt, et je les twee­­te­­rai peut-être plus tard, mais Twit­­ter conti­­nue sans m’at­­tendre. Je dois vivre cette occa­­sion extra­­or­­di­­naire au moment présent, et peut-être que plus tard, je mettrai une photo sur Face­­book ou twee­­te­­rai quelque chose. Regar­­dez la personne à qui vous parlez. Décol­­lez vos yeux de votre télé­­phone. Ne soyez pas spec­­ta­­teur de votre propre vie. Vous manque­­rez tout ce qui est impor­­tant. Vous devez non seule­­ment assu­­mer la respon­­sa­­bi­­lité de ce qui est bien, mais aussi de ce qui est mauvais. J’ai remarqué, que ce soit parmi les diri­­geants ou ceux qui protègent leurs collègues en de nombreuses occa­­sions, que ce sont ceux qui sont capables d’as­­su­­mer leurs erreurs et de s’ex­­cu­­ser direc­­te­­ment pour leurs lacunes qui réus­­sissent le mieux. Nous avons tous nos fêlures, d’une manière ou d’une autre. Prétendre le contraire, ou attendre de quelqu’un qu’il ne le soit pas, c’est absurde. Et quand vous ne vous en sortez pas, dites-le. Ne vous trou­­vez pas des excuses. Les excuses ne se sont guère que des expli­­ca­­tions, elles n’ex­­cusent rien. Soyez honnêtes avec les erreurs que vous commet­­tez, assu­­mez vos respon­­sa­­bi­­li­­tés et soyez déter­­mi­­nés à mieux faire.

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New York Times, 1942
Crédits : Library of Congress

Je pense qu’il est très impor­­tant, neuvième conseil, d’être honnête. De nos jours, c’est une approche tactique. Les gens disent : « J’adore ta façon d’être, de dire tout ce qui te passe par la tête. Tu vas droit au but. Tu dis la vérité. » Disons plutôt que c’est un mode de vie. C’est une façon d’être. Quand on est honnête avec quelqu’un, quand la porte s’ouvre et qu’on doit avoir une conver­­sa­­tion diffi­­cile avec cette personne, on n’hé­­site pas à entrer et à avoir cette conver­­sa­­tion. On montre à cette personne qu’on la respecte en étant honnête avec elle. Une des choses que je déteste en Cali­­for­­nie, c’est que vous avez toujours l’air d’avoir l’air d’ac­­cord avec l’autre quand vous discu­­tez. Vous ne l’êtes pas ! Vous dites : « Oh oui, je comprends parfai­­te­­ment ce que vous dites et je pense qu’on peut s’ar­­ran­­ger. On doit pouvoir trou­­ver un compro­­mis. » Alors qu’en fait, non. Il faudrait dire : « Vous avez tort. J’ai raison, voilà pourquoi. » Quand on applique ce précepte, qu’on gagne cette répu­­ta­­tion de toujours dire la vérité, les gens ont tendance à écou­­ter ce qu’on a à dire. Enfin, mon dernier conseil, c’est de ne pas avoir peur d’être ambi­­tieux. Je vis un rêve utopique. Et je le vis parce que je l’ai voulu. Je l’ai vrai­­ment voulu. J’avais 34 ans, plus de boulot, je vivais des allo­­ca­­tions, j’avais une horrible répu­­ta­­tion, j’étais parent céli­­ba­­taire et je venais de rencon­­trer celle qui allait deve­­nir ma femme. Elle m’a demandé : « Où est-ce que tu te vois dans cinq ans ? » Ce à quoi j’ai répondu : « Je veux comp­­ter dans le paysage média­­tique natio­­nal. » Sa réac­­tion : « Mais mon amour, pour l’ins­­tant tu es au chômage et tu vis des allo­­ca­­tions. » Je le sais ! J’es­­saye juste de défi­­nir mon objec­­tif. Mais il y a aussi des gens qui doute­­ront de vos capa­­ci­­tés. Comme si vous alliez sortir de chez vous et vous faire direc­­te­­ment des amis qui travaillent pour Morgan Stan­­ley ou peu importe pour qui, ils bossent pour un site très réputé. Ceux-ci vous diront : « Bon, je pense que tu n’y arri­­ve­­ras jamais, mais bonne chance. » Ces gens qui doutent de vous, ce sont vos amis. Parce que vous allez leur prou­­ver qu’ils ont tort. Je pense souvent aux gens qui croyaient que j’al­­lais échouer. Ces gens sont vos alliés. Ce sont vos amis secrets. Gardez-les proches de vous.

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J’ai donné une confé­­rence avec Gay Talese, éminent jour­­na­­liste du New York Times et maître du jour­­na­­lisme narra­­tif. Des gens lui posaient des ques­­tions sur la grande époque du jour­­na­­lisme. On est comme Boswell. Assis derrière un bureau, on écrit sur d’autres personnes qui écrivent.

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Gay Talese
Crédits

C’est fou, on finit par ne plus rien faire d’ori­­gi­­nal, on ajoute une petite touche à tout ce qui nous passe sous la main. Et le grand Gay Talese a dit que nous étions des hommes de terrain, qu’il fallait sortir, trou­­ver des gens plus inté­­res­­sants que nous, reve­­nir et racon­­ter leurs histoires. Si pour l’ins­­tant tout vous paraît impos­­sible, repen­­sez au jour où vous avez postulé ici. Devant combien de personnes avez-vous dû passer pour en arri­­ver là ? Vous êtes extra­­or­­di­­naire rien que pour avoir été pris ici. Et vous êtes arri­­vés jusqu’au bout, vous n’y croyiez pas. Peut-être que tout le monde n’y est pas arrivé, mais vous êtes ici, devant moi. Aussi, quand vous aurez l’im­­pres­­sion de vous tenir face à quelque chose d’in­­sur­­mon­­table, repen­­sez à ces deux dernières années. Vous avez défié les proba­­bi­­li­­tés, vous avez sacré­­ment réussi. Vous êtes là. Les proba­­bi­­li­­tés étaient contre vous, mais vous êtes quand même là. Diplô­­més de l’école de jour­­na­­lisme de Berke­­ley. Vous allez prou­­ver que vous méri­­tez ce diplôme et vous en servir pour faire de grandes choses. Soyez recon­­nais­­sants envers les oppor­­tu­­ni­­tés qui vous ont menés ici. Les jeunes diplô­­més qui se trouvent devant vous, mesdames et messieurs, auront un jour un impact consi­­dé­­rable sur le monde. Quelqu’un devrait peut-être écrire un article à ce sujet. Toutes mes féli­­ci­­ta­­tions aux familles, à l’uni­­ver­­sité, mais surtout, à vous qui venez d’être diplô­­més. Je suis profon­­dé­­ment fier de vous, alors que je ne vous connais pas.


Traduit de l’an­­glais par Estelle Sohier d’après la trans­­crip­­tion du discours parue dans The Desk. Couver­­ture : David Carr, par Larry Busacca du New York Times.
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