par Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer | 0 min | 22 juin 2015

Un mili­­cien turk­­mène irakien se tient sur un Ford F250 Super Duty, le regard fixé sur l’ho­­ri­­zon. Face à lui s’étend la ligne de front de la guerre contre l’État isla­­mique, sous le soleil brumeux de midi. Trois combat­­tants de l’État isla­­mique s’ap­­prochent de la ligne de combat, une plate-forme ensa­­blée s’éten­­dant à perte de vue, de part et d’autre du mili­­cien. L’EI est réputé pour utili­­ser des kami­­kazes, les combat­­tants Turk­­mènes ne peuvent donc les lais­­ser appro­­cher sous aucun prétexte. S’em­­pa­­rant de la mitrailleuse lourde KPV 14,5 mm montée à l’ar­­rière du camion, il redresse le levier d’ar­­me­­ment, pivote le canon de l’arme vers le no-man’s land et tire trois brèves rafales. L’en­­nemi fait demi-tour.

Un camp de combattants turkmènes, à l'extérieur de BashirCrédits : Matt Cetti-Roberts
Un camp de combat­­tants turk­­mènes, à l’ex­­té­­rieur de Bashir
Crédits : Matt Cetti-Roberts

La prise de Bashir

C’est le début du mois d’avril. À moins de deux kilo­­mètres vers l’est se trouve le village de Bashir, aux mains de l’État isla­­mique. Il est situé à envi­­ron 16 kilo­­mètres au sud-ouest de Kirkouk. Ici, les combat­­tants qui occupent la ligne de front sont prin­­ci­­pa­­le­­ment des Turk­­mènes chiites de la région, servant au sein des Unités de mobi­­li­­sa­­tion popu­­laire irakiennes – égale­­ment connues sous le nom de Hachd al-Chaabi. Dans quelques jours, ils lance­­ront un autre assaut afin de reprendre la ville. Les Turk­­mènes sont l’une des mino­­ri­­tés les plus impor­­tantes d’Irak, issue de plusieurs flux migra­­toires datant du VIIe siècle. Bien qu’ils vivent en majo­­rité dans des régions proches du centre de l’Irak, ils étaient nombreux à habi­­ter dans les villages au sud de Kirkouk avant l’ar­­ri­­vée de l’État isla­­mique. Bashir est consi­­déré comme le cœur de la commu­­nauté des Turk­­mènes d’Irak. Ils repré­­sen­­taient autre­­fois 40 % de sa popu­­la­­tion.

Trois combattants shiites turkmènes sur la ligne de frontCrédits : Matt Cetti-Roberts
Trois combat­­tants turk­­mènes chiites sur la ligne de front
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Mais en 2014, l’État isla­­mique a sévi en Irak. En juin, Bashir est tombé. Les forces armées irakiennes en poste à la base aérienne K1 ont fui, lais­­sant armes et véhi­­cules derrière eux. Les Pesh­­mer­­gas kurdes se sont préci­­pi­­tés pour combler le vide sécu­­ri­­taire dans la ville de Kirkouk riche en pétrole et ses alen­­tours. Mais l’une des troupes irakiennes ayant pris la fuite est de retour. Le géné­­ral Abdul Hussein Abass est assis derrière son bureau, dans une base des Forces du Martyr Moham­­med Bakr al-Sadr des Hachd al-Chaabi. Les drapeaux reli­­gieux chiites ondulent sur les toits des bâti­­ments de la base. « Lorsque l’État isla­­mique a pris Bashir, 23 personnes ont été tuées, parmi lesquelles des femmes et des enfants », raconte Abdul, entouré par des combat­­tants turk­­mènes chiites.

Un drapeau de miliceCrédits : Matt Cetti-Roberts
Le drapeau de la milice
Crédits : Matt Cetti-Roberts

« Je suis origi­­naire de Bashir », dit Abdul, lui-même turk­­mène chiite. « C’est chez moi, et c’est pourquoi je me suis joint au combat. Je suis un soldat. » « Nous sommes ici pour proté­­ger nos terres, origi­­nel­­le­­ment turk­­mènes chiites – mais sans discri­­mi­­na­­tion », explique-t-il. « Nous sommes tous réunis. Nous ne sommes pas beau­­coup, et c’est pourquoi il nous faut travailler ensemble. Dix hommes sunnites se sont joints à nous, nous ne refu­­sons jamais de l’aide. » Abdul explique que les engins explo­­sifs impro­­vi­­sés (EEI) repré­­sentent un obstacle majeur à la reprise de la ville. « Lorsque nous disons vouloir reprendre Bashir, les combat­­tants s’élancent sans s’inquié­­ter des bombes », explique Abdul. « Ils ne pensent qu’à la fatwa, c’est ce qui les pousse à se battre. » Après que son unité s’est évapo­­rée durant l’avan­­cée de l’État isla­­mique l’an­­née dernière, il est parti pour Erbil, la capi­­tale du Kurdis­­tan irakien, et s’est inscrit pour rejoindre la Brigade 16 – la forma­­tion turk­­mène des Hachd al-Chaabi couvrant la zone entre Tuz Khumartu et Kirkouk. Après cela, il a aidé à la libé­­ra­­tion d’Amerli, une ville turk­­mène assié­­gée, en septembre 2014. Le 29 juin 2014, Abdul a parti­­cipé au premier assaut sur Bashir, qui a entraîné la mort de 26 Turk­­mènes. Il raconte que les combat­­tants n’étaient pas conve­­na­­ble­­ment orga­­ni­­sés contrai­­re­­ment à main­­te­­nant, sous le comman­­de­­ment de la coali­­tion des Hachd al-Chaabi. Mais ce n’est pas la première fois que les habi­­tants de Bashir sont chas­­sés de chez eux.

De nombreux sunnites sont restés dans les villages envi­­ron­­nants et certains ont rejoint l’État isla­­mique.

En 1986, la poli­­tique d’ara­­bi­­sa­­tion de Saddam Hussein a déplacé les popu­­la­­tions turk­­mènes de la ville. Son plan était d’ins­­tal­­ler des tribus sunnites patriotes dans des régions où pros­­pé­­raient les mino­­ri­­tés oppo­­sées au régime. « Je m’en souviens, j’étais en sixième et j’ai raté mon année scolaire », se rappelle Abdul. « Les soldats de l’ar­­mée irakienne disaient que les conduits d’égout étaient en mauvais état et que nous ne pouvions pas rester à Bashir. Après quoi ils ont donné la ville aux Arabes sunnites. » Quand les forces améri­­caines ont envahi l’Irak en 2003, les Turk­­mènes sont rentrés d’exil et ont repris posses­­sion de leurs foyers. Les affron­­te­­ments entre les Turk­­mènes de retour et les Arabes sunnites ont fina­­le­­ment vu les émigrés de Saddam Hussein se faire éjec­­ter de force. De nombreux sunnites sont restés dans les villages envi­­ron­­nants et certains d’entre eux ont rejoint l’État isla­­mique. « Toute personne ayant colla­­boré avec l’État isla­­mique ne peut évidem­­ment pas rentrer tranquille­­ment chez elle et doit aller en prison – nous avons les noms et les rensei­­gne­­ments de ces gens-là », affirme Abdul. « Nous sommes nés sur ces terres et nous tentons de les proté­­ger. Nous faisons tout pour défendre Bashir, car c’est notre terre, notre propriété », conclue-t-il, expliquant la raison pour laquelle les Turk­­mènes chiites sont les seuls à essayer de libé­­rer le village. Mais à l’in­­verse, il ne voit pas la Brigade 16 jouer un rôle dans une éven­­tuelle libé­­ra­­tion de Mossoul – ville à majo­­rité sunnite – et pense que les anciens habi­­tants de la ville devraient, eux, prendre part à l’opé­­ra­­tion.

La tenue chargée de badges d'un combattant turkmèneCrédits : Matt Cetti-Roberts
La tenue d’un combat­­tant turk­­mène
Crédits : Matt Cetti-Roberts

La crainte des repré­­sailles

Les drapeaux colo­­rés des puis­­santes forces armées chiites irakiennes claquent le long de la ligne de combat. Sur les murs de la base des Forces du Martyr Moham­­med Bakr al-Sadr sont affi­­chées des images de Moham­­med Bakr al-Sadr, un reli­­gieux chiite exécuté en 1980 par le gouver­­ne­­ment de Saddam Hussein. Mais la tendance confes­­sion­­nelle de la milice turk­­mène a entraîné des craintes de repré­­sailles violentes contre les sunnites. Les Unités de mobi­­li­­sa­­tion popu­­laire irakiennes, prin­­ci­­pa­­le­­ment sunnites, ont été rassem­­blées par une fatwa – un appel reli­­gieux au combat – par le grand ayatol­­lah Ali al-Sistani. En 2014, Nouri al-Maliki, alors Premier ministre irakien, a auto­­risé le déploie­­ment de la milice et leur a donné offi­­ciel­­le­­ment son soutien. Depuis, les milices sont au premier plan des victoires contre l’État isla­­mique, les repous­­sant dans la province de Diyâlâ et dans certaines zones de Salâh ad-Dîn. Mais les orga­­ni­­sa­­tions de défense des droits de l’homme ont accusé les combat­­tants chiites de mener des attaques à carac­­tère sectaire contre les sunnites – pillant des maisons, mettant le feu à des proprié­­tés et procé­­dant à des exécu­­tions.

Deux combattants se déplacent en moto le long de la ligne de frontCrédits : Matt Cetti-Roberts
Deux combat­­tants se déplacent en moto le long de la ligne de front
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Il est égale­­ment ques­­tion d’un désac­­cord récur­rent entre les Hachd al-Chaabi et les Pesh­­mer­­gas, notam­­ment dans la ville de Tuz Khur­­matu. De récents rapports établissent que les Pesh­­mer­­gas auraient sommé 80 membres de la milice de Sariyya al-Tali’a al-Khura­­sani de quit­­ter Jalula. En janvier 2015, ce sont les sunnites qui ont demandé aux Pesh­­mer­­gas de partir. Abdul nie tout problème au sein de son unité. « Les médias disent que Hachd al-Chaabi tue et pille », dit-il. « Nous avons repris Jeda­­dyah [un village proche de Bashir] et n’avons rien pillé, c’est l’État isla­­mique qui a pris tout ce qui s’y trou­­vait. » Bien que son groupe n’ait pas pillé la ville, assure-t-il, une autre unité dont il ne donnera pas le nom, a tenté de le faire, mais il les a renvoyés. « Je ne vous lais­­se­­rai rien prendre de ce village, allez deman­­der la permis­­sion au gouver­­neur »prétend-il leur avoir dit. Shaker Hassan Ali, porte-parole turk­­mène pour la Brigade Badr des Hachd al-Chaabi, basée dans leurs bureaux à Kirkouk, a une vision quelque peu diffé­­rente des choses. Il raconte que des mili­­ciens de l’État isla­­mique se sont habillés à la manière des mili­­ciens turk­­mènes avant de se livrer à des pillages, afin de lais­­ser croire à la culpa­­bi­­lité de ces derniers. « Les hommes des Hachd al-Chaabi n’ont pas de famille là-bas : ils ne rentrent pas chez eux pour cher­­cher quelque chose, ils vont au combat pour mourir en martyrs – certai­­ne­­ment pas pour voler », affirme Ali.

Portraits de Qassim Avaf, décédé en juin 2014Crédits : Matt Cetti-Roberts
Portraits de Qassim Avaf, décédé en juin 2014
Crédits : Matt Cetti-Roberts

La Brigade chiite irakienne Badr consti­­tue l’un des groupes para­­mi­­li­­taires les plus puis­­sants d’Irak. Créée en 1982 et diri­­gée à l’époque par des offi­­ciers iraniens, ils ont été accu­­sés de tueries à carac­­tère sectaires lors de la guerre civile irakienne de 2006–2007. Ils opèrent désor­­mais sous l’égide des Hachd al-Chaabi. Shaker explique qu’il y a envi­­ron 5 000 combat­­tants dans la région de Kirkouk. Il prétend même que leurs rangs comptent des combat­­tants chré­­tiens et sunnites. « S’il n’y avait pas eu de fatwa en Irak, on se serait trouvé en mauvaise posture », dit Shakar, assis dans le grand hall des bureaux de Badr. En ce jour, l’or­­ga­­ni­­sa­­tion donne une céré­­mo­­nie en l’hon­­neur d’un de leurs colo­­nels mort au combat à Tikrit. Dans la pénombre du hall, éclairé par une poignée de tubes fluo­­res­­cents, deux portraits d’un homme en uniforme, sur fond de drapeau irakien, sont posés sur une table. Il s’ap­­pe­­lait Qassim Avaf, et il a été tué lors de la première attaque turk­­mène sur Bashir, en juin 2014. La milice a trouvé son corps dans le no-man’s land, balayé par les sables.

Les alliés Pesh­­mer­­gas

De retour sur le front, des combat­­tants sont réunis. Celui qui s’ap­­pelle Abbas, un offi­­cier en charge d’une centaine de mili­­ciens turk­­mènes, porte un fusil de chasse sur l’épaule. « Trois d’entre eux ont été bles­­sés par des tirs de mortiers », dit-il en parlant d’un tir de barrage de l’État isla­­mique ayant eu lieu plus tôt dans la jour­­née. « Depuis la première attaque sur Bashir, 64 combat­­tants ont été tués et 103 ont été bles­­sés. »

Les Pesh­­mer­­gas ne sont pas là pour prendre le village, mais pour soute­­nir les combat­­tants turkè­­menes chiites.

Abbas explique que c’est prin­­ci­­pa­­le­­ment sa foi qui l’a fait rejoindre la Brigade Badr. Mais il ajoute que s’il veut reprendre la ville, c’est parce qu’elle appar­­tient aux Turk­­mènes. « Nous combat­­trons main dans la main afin de reprendre la ville par nous-mêmes, mais nous avons besoin de toute l’aide possible, car nous sommes seuls sur la ligne de front. » Il n’y a pas eu de frappes aériennes de la coali­­tion diri­­gée par les États-Unis sur cet endroit de la ligne de combat, et d’après Abbas, elle soutient unique­­ment les Pesh­­mer­­gas kurdes. La Brigade Badr est l’un des nombreux groupes auxquels la coali­­tion refuse un appui aérien en raison de leur programme sectaire, selon un haut diri­­geant des forces de la coali­­tion. Pourquoi les Hachd al-Chaabi n’ont-ils pas repris la ville ? Abbas répond fran­­che­­ment : il y a trop d’EEI à Bashir. Un autre combat­­tant de 24 ans, Abu Mikhail, a quitté Bashir neuf mois plus tôt, lorsque la ville est tombée aux mains de l’État isla­­mique. Ancien char­­pen­­tier, il a rejoint la Brigade Badr ce mois-ci. « L’ap­­pel de la fatwa nous a permis de nous rassem­­bler », dit-il. « J’ai d’abord combattu pour ma foi, puis pour mon pays, mais aussi pour mon frère qui est mort au combat ici, en essayant de reprendre Bashir. » Quelques jours après notre entre­­tien, Abu Mikhail a été tué, alors que l’État isla­­mique a fait explo­­ser une grosse voiture piégée pendant l’as­­saut des Turk­­mènes sur Bashir. À près de deux kilo­­mètres derrière les Hachd al-Chaabi se trouve un autre mur, gardé par les troupes kurdes armées d’an­­ciens tanks sovié­­tiques et de MT-LB, des véhi­­cules blin­­dés de trans­­port de troupes sovié­­tiques armés de ZPU-2 – des canons anti­aé­­riens de calibre 14,5 mm.

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Un char kurde en soutien à envi­­ron un kilo­­mètre de la ligne de front
Crédits : Matt Cetti-Roberts

Le capi­­taine Hider Sulai­­man est le comman­­dant du pelo­­ton des Pesh­­mer­­gas. Il se tient près d’un tank T-62. « Nous travaillons ensemble sur cette ligne de combat », raconte Hider. Il ajoute que son unité – affi­­liée au Parti Démo­­cra­­tique du Kurdis­­tan (PDK) – et la Brigade Badr commu­­niquent et travaillent effi­­ca­­ce­­ment ensemble. Il est possible que la présence alliée des troupes du PDK ici soit liée aux problèmes qui existent entre les Unités de mobi­­li­­sa­­tion popu­­laire et les forces armées Pesh­­mer­­gas, fidèles à l’Union patrio­­tique du Kurdis­­tan – le parti poli­­tique auquel appar­­tiennent la plupart des unités de la région. Les Pesh­­mer­­gas ne sont pas là pour reprendre le village, mais pour soute­­nir les combat­­tants turk­­mènes chiites en utili­­sant des armes lourdes. Le village étant d’ori­­gine turk­­mène, ce sont les Hachd al-Chaabi qui cherchent à s’en empa­­rer. Hider suggère qu’il ne doit rester que 50 ou 60 membres de l’État isla­­mique en ville, et que la moitié d’entre eux sont proba­­ble­­ment des snipers. Les mili­­ciens de la ville utilisent égale­­ment des tirs de mortiers pour attaquer les Hachd al-Chaabi. « Ce matin, ils ont procédé à des tirs de mortiers. Leurs tirs ne sont pas du tout régu­­liers », explique Hider. « Parfois, ils bombardent à deux heures du matin, parfois à trois heures, et d’autres fois le soir. »

Les noms des victimes de l'attaque de juin 2014 sont inscrits sur des drapeauxCrédits : Matt Cetti-Roberts
Les noms des victimes de l’at­­taque de juin 2014 sont inscrits sur des drapeaux
Crédits : Matt Cetti-Roberts

L’as­­saut suivant a eu lieu deux jours plus tard. Durant le quatrième assaut de ce type sur la ville, 400 Turk­­mènes de toute la Brigade 16 – soute­­nue par les forces de mobi­­li­­sa­­tion popu­­laire venues du reste de l’Irak – ont essayé de récu­­pé­­rer la ville des Turk­­mènes. Hélas, ils ont échoué. Les EEI ont empê­­ché l’at­­taque et beau­­coup, si ce n’est tous les insur­­gés de l’État isla­­mique portaient des « gilets-suicide ». Les mili­­ciens de l’EI ont égale­­ment fait explo­­ser une voiture piégée sur les assaillants, faisant de nombreuses victimes dans les rangs de ces derniers. La ligne de combat est désor­­mais plus proche de Bashir, éloi­­gnée de seule­­ment 30 mètres à certains endroits, mais la ville est encore et toujours aux mains de l’État isla­­mique.


Traduit de l’an­­glais par Claire Ferrant d’après l’ar­­ticle « Pissed Off Turk­­men Want Their Town Back », paru dans War Is Boring. Couver­­ture : Un combat­­tant chiite des Hachd al-Chaabi, par Matt Cetti-Roberts.
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