par Ulyces | 0 min | 3 novembre 2015

L’in­­dé­­pen­­dance des Samis

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L’en­­trée du village
Crédits : Florent Detroy

Je rencontre Valen­­tina Sovkina comme on rencon­­tre­­rait une résis­­tante repliée dans l’in­­té­­rieur du pays. Apres trois heures de route en partant de Mour­­mansk, la capi­­tale de la région du même nom, j’ar­­rive au petit village de Lovo­­zero. Recroque­­villé au milieu de la toun­­dra et des forêts de sapins, le village est consi­­déré comme la « capi­­tale » des Samis de Russie. C’est sur le parvis de la salle des fêtes de Lovo­­zero, avec son entrée en forme de tente lapone, que je retrouve l’an­­cienne leader du mouve­­ment sami de Russie, Valen­­tina Sovkina. Devant l’en­­trée, un drapeau sami flotte dans l’air, signe que nous sommes en terri­­toire fami­­lier. La levée de ce drapeau lors de la jour­­née natio­­nale des Samis le 6 février dernier avait entraîné quelques remous à Mour­­mansk. Les Samis ont toute­­fois pris soin de hisser un drapeau russe à côté, l’at­­mo­­sphère n’est pas à la provo­­ca­­tion. J’ac­­com­­pagne Valen­­tina à l’école du village, où elle donne des cours de langue sami. Au milieu des barres d’im­­meubles grises et déca­­ties émerge un bâti­­ment peint d’un jaune et bleu criard. On m’as­­sure immé­­dia­­te­­ment que ce ne sont pas les couleurs de l’Ukraine. Au dernier étage de l’im­­meuble, la mili­­tante me montre avec satis­­fac­­tion les locaux de la future radio sami qui y sera instal­­lée. Aux murs de la salle fraî­­che­­ment repeinte sont égale­­ment accro­­chés des dizaines de tableaux de pein­­ture samis, en prépa­­ra­­tion de l’ex­­po­­si­­tion qui doit se tenir ce dimanche dans ces mêmes locaux. On y retrouve l’om­­ni­­pré­­sence de la nature, des rennes et des pois­­sons, ainsi que des esprits merveilleux. La commu­­nauté sami compte encore plusieurs chamanes.

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La salle des fêtes de Lovo­­zero
Crédits : Florent Detroy

Faire vivre la culture sami est un moyen pour Valen­­tina de conti­­nuer à résis­­ter. Elle a toute­­fois long­­temps privi­­lé­­gié l’ac­­tion poli­­tique pour faire vivre sa commu­­nauté. Arri­­vée dans son appar­­te­­ment, situé dans un immeuble gris hérité de la période sovié­­tique, je rencontre la petite troupe de mili­­tants qui soutient encore Valen­­tina Sovkina. Autour d’un thé accom­­pa­­gné de fromage et de saucis­­son, elle me raconte comment elle a réussi à créer le premier parle­­ment sami de l’his­­toire russe. Depuis la fin de l’URSS, les Samis tentent de renouer avec leur mode de vie. Malgré la consti­­tu­­tion russe de 1993, qui protège les droits des « petits peuples », ils sont restés impuis­­sants devant les géants miniers très actifs dans la région de Mour­­mansk, ou devant le boom de la pêche touris­­tique. Avec l’en­­vo­­lée des prix du pétrole dans les années 2000, les compa­­gnies pétro­­lières imaginent même des pipe­­lines sillon­­nant la pénin­­sule de Kola, menaçant ainsi les terri­­toires utili­­sés pour l’éle­­vage semi nomades de rennes. Alors que les Samis échouent régu­­liè­­re­­ment à s’or­­ga­­ni­­ser poli­­tique­­ment, Valen­­tina finit par prendre la tête du Conseil sami à l’issu du premier Congrès orga­­nisé par la commu­­nauté en 2008. Deux ans plus tard, le Conseil crée un sobbar sami (Сāмь Соббар, ou « parle­­ment sami ») à la tête duquel est à nouveau élue Valen­­tina Sovkina. Le premier parle­­ment sami indé­­pen­­dant est né.

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Valen­­tina Sovkina à gauche
Crédits : www.barent­­sin­­di­­ge­­nous.org

À la diffé­­rence de ses prédé­­ces­­seurs, son discours tranche par sa viru­­lence et son refus des compro­­mis. « Pendant 150 ans, l’État nous a dit ce qu’il fallait qu’on fasse, et nous nous sommes lais­­sés faire parce que nous n’avions aucune compé­­tence en droit », m’ex­­plique-t-elle. « Aujourd’­­hui, nous voulons être enten­­dus par les auto­­ri­­tés de la région, prendre parti aux déci­­sions qui concernent notre terri­­toire et créer nos propres lois. Les Samis doivent apprendre à être indé­­pen­­dants. »

Sobbar contre Soviet

Faible numé­­rique­­ment, on compte à peine 2 000 Samis en Russie, repar­­tis pour l’im­­mense majo­­rité sur la pénin­­sule de Kola. Ce peuple a la parti­­cu­­la­­rité de s’étendre égale­­ment en Norvège, en Finlande et en Suède, pour peser ensemble plusieurs dizaines de milliers d’in­­di­­vi­­dus. Ils vivent histo­­rique­­ment de la pêche, de l’éle­­vage de rennes ou encore de l’ar­­ti­­sa­­nat. Mais la collec­­ti­­vi­­sa­­tion des élevages sous l’ère sovié­­tique a profes­­sion­­na­­lisé l’ac­­ti­­vité et fait quasi­­ment dispa­­raître l’éle­­vage tradi­­tion­­nel. Cette orga­­ni­­sa­­tion domine encore large­­ment aujourd’­­hui les élevages de rennes dans la région. L’ex­­ploi­­ta­­tion de Vladi­­mir Filip­­pov, que je rencontre à Lovo­­zero, est repré­­sen­­ta­­tive de cette évolu­­tion.

Pour Valen­­tina Sovkina, un risque de folk­­lo­­ri­­sa­­tion pèse sur la culture sami.

Vladi­­mir est un Komi, un des « petits peuples du Nord » que compte la Russie. L’éle­­vage de rennes est aussi impor­­tant pour l’iden­­tité komi qu’elle l’est pour les Samis. Vladi­­mir est président de la coopé­­ra­­tive des éleveurs de Lovo­­zero, et gère à ce titre plusieurs milliers de bêtes. Picoré dans la nuque par des essaims de mous­­tiques, j’es­­saie tant bien que mal de lui poser des ques­­tions sur l’éle­­vage tradi­­tion­­nel de rennes et les aides d’État. Très vite, il appa­­raît que ce n’est pas une ques­­tion pour lui. Aujourd’­­hui, sa préoc­­cu­­pa­­tion prin­­ci­­pale, c’est le réchauf­­fe­­ment clima­­tique. « À cause du réchauf­­fe­­ment clima­­tique, la période d’abat­­tage s’ef­­fec­­tue main­­te­­nant en décembre plutôt qu’en octobre. » Une perte d’un million de roubles en moyenne par an. « Le réchauf­­fe­­ment a des avan­­tages, il permet aux faons de trou­­ver plus faci­­le­­ment de la nour­­ri­­ture au prin­­temps, car la glace est plus fine. Mais les ours se réveillent aussi plus tôt de leur hiber­­na­­tion, et ils en tuent ainsi davan­­ta­­ge… » Si Vladi­­mir avait une critique à adres­­ser aux auto­­ri­­tés, ce serait la faiblesse des aides de la région. Pour­­tant, les auto­­ri­­tés aident aussi l’éle­­vage tradi­­tion­­nel. Je me frotte à cet autre type d’éle­­vage sur le chemin du retour vers Mour­­mansk. Sur le bord de la route, je remarque un grand panneau indiquant la présence de l’obsh­­chiny CAMb-CЫЙT. Une obsh­­chiny est une sorte d’en­­tre­­prise fami­­liale créée au début des années 2000 par Moscou afin de soute­­nir l’ac­­ti­­vité écono­­mique tradi­­tion­­nelle des « petits peuples ». Au bout de quelques kilo­­mètres, j’ar­­rive aux abords d’une petite ferme proprette, entou­­rée d’une palis­­sade en bois. Des peaux de rennes sont pendues aux palis­­sades. Un drapeau sami flotte à côté du bâti­­ment. Au milieu de la cour, je suis surpris par le silence qui y règne. Un bruit de moteur finit par se faire entendre, qui enfle progres­­si­­ve­­ment. Un homme perché sur un quad entre dans la cour, suivi de sa famille. Il nous dit d’at­­tendre que le jeune homme fasse un tour de quad pour visi­­ter la ferme. Le gérant précise que la visite de la dizaine de rennes nous coûtera 500 roubles (7 euros). Alors que mon inter­­­prète, Tatiana Ergo­­rova, lui explique que je suis un jour­­na­­liste français et que je souhaite lui poser quelques ques­­tions sur l’éle­­vage et la culture sami, le gérant nous redonne le prix de la visite. « Beau­­coup de français viennent nous rendre visite », déclare-t-il fière­­ment.

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La cour de l’obsh­­chiny
Crédits : Florent Detroy

Ces fermes « Potem­­kine », on en compte une ving­­taine dans la région de Mour­­mansk qui sont soute­­nues finan­­ciè­­re­­ment par les auto­­ri­­tés. Pour les Samis de Valen­­tina Sovkina, les obsh­­chiny sont symp­­to­­ma­­tiques du risque de folk­­lo­­ri­­sa­­tion qui pèse sur la culture sami. C’est pour éviter cette dérive que la mili­­tante a prôné davan­­tage d’in­­dé­­pen­­dance à travers le Sobbar. La pers­­pec­­tive d’un parle­­ment sami indé­­pen­­dant a suscité toute­­fois l’op­­po­­si­­tion immé­­diate des auto­­ri­­tés. Dès 2009, elles créent une struc­­ture paral­­lèle et concur­­rente, le Conseil des repré­­sen­­tants des petits peuples de Mour­­mansk (Sovet pred­s­ta­­vi­­te­­ley koren­­nykh maločis­­len­­nykh naro­­dov Severa pri pravi­­tel­stve Murmans­­koy Oblasti). S’en suivent une série d’in­­ti­­mi­­da­­tions, pneus crevés et pres­­sions physiques, à l’en­­contre des membres du Sobbar. L’or­­ga­­ni­­sa­­tion est accu­­sée d’être un « agent étran­­ger », du fait des liens histo­­riques entre les Samis russes et scan­­di­­naves. Valen­­tina Sovkina est accu­­sée person­­nel­­le­­ment d’être une « sépa­­ra­­tiste » et un danger pour la Russie. Le point d’orgue est atteint en 2014, lorsque les leaders samis sont empê­­chés de se rendre à une réunion des Nations Unies à New York. Valen­­tina rate son avion après trois contrôles poli­­ciers consé­­cu­­tifs sur la route de l’aé­­ro­­port. Une autre leader n’a pas pu sortir de chez elle car ses portes avaient été collées.

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Une barre d’im­­meubles de Mour­­mansk
Crédits : Florent Detroy

Un nouvel eldo­­rado

Les auto­­ri­­tés vont fina­­le­­ment réus­­sir à écar­­ter Valen­­tina Sovkina du jeu poli­­tique en orga­­ni­­sant un « putsch » au sein du mouve­­ment sami. Alors que doit se tenir en 2014 le 3e congrès du parle­­ment sami, les auto­­ri­­tés russes s’en emparent en annonçant dans les médias sa tenue le 22 novembre à Lovo­­zero. Alors en charge de son orga­­ni­­sa­­tion, les auto­­ri­­tés dési­gnent les asso­­cia­­tions samies auto­­ri­­sées à élire le parle­­ment, et leur attri­­buent arbi­­trai­­re­­ment un nombre de repré­­sen­­tants. « La réunion du parle­­ment qui s’en est suivie a été effrayante. Nous avons assisté à une simple réunion d’in­­for­­ma­­tion sur les Samis où ont été nommés des proches des auto­­ri­­tés, le tout entouré d’agents du FSB [les services secrets russes] », se souvient mon inter­­­prète Tatiana Ergo­­rova, du bureau des peuples auto­ch­­tones de la région de Barents (BIPO) – l’or­­ga­­ni­­sa­­tion régio­­nale des peuples auto­ch­­tones où Valen­­tina Sovkina a long­­temps fait entendre la voix des Samis russes. Valen­­tina Sovkina est alors écar­­tée de la direc­­tion, et l’élec­­tion d’An­­drei Ageev, leader sami histo­­rique­­ment proche des auto­­ri­­tés, est approu­­vée par le gouver­­neur de Mour­­mansk. Assis à sa table, en train de prépa­­rer des gâteaux pour l’inau­­gu­­ra­­tion de l’ex­­po­­si­­tion de pein­­tures de dimanche, il est diffi­­cile de comprendre pourquoi Valen­­tina Sovkina a provoqué des réac­­tions aussi épider­­miques de la part des auto­­ri­­tés. Une première piste avan­­cée par le groupe est à cher­­cher dans la place que l’Arc­­tique a prise dans la poli­­tique russe ces dernières années. En 2008, l’USGS, l’ins­­ti­­tut d’études géolo­­giques des États-Unis, dévoile que la région de l’Arc­­tique abri­­te­­rait 30 % des ressources en gaz et 13 % des ressources pétrole restant à décou­­vrir dans le monde.

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La route Gazprom, à Teri­­berka
Crédits : Florent Detroy

L’ins­­ti­­tut révèle aux yeux du monde les richesses de l’Arc­­tique, et trans­­forme la région en nouvel eldo­­rado pour les compa­­gnies pétro­­lières. Pour Moscou, l’ex­­ploi­­ta­­tion de ces ressources est d’au­­tant plus stra­­té­­gique qu’elle doit permettre de compen­­ser le déclin de la produc­­tion de pétrole et de gaz de Sibé­­rie. Le gise­­ment de gaz géant de Chtok­­man, déve­­loppé par Gazprom, Total et Statoil en mer de Barents depuis le milieu des années 2000, devient alors le symbole de ce nouvel eldo­­rado gazier. Aujourd’­­hui, il suffit de marcher quelques heures dans Mour­­mansk pour obser­­ver comment cette renais­­sance a commencé à trans­­for­­mer la ville. Planté en son centre, l’hô­­tel Azimut et ses dix-neuf étages, l’im­­meuble le plus haut de la région arctique, paraî­­trait neuf si son archi­­tec­­ture n’était pas si massive. La chaîne d’hô­­tel Azimut a lancé la réno­­va­­tion de l’im­­meuble à partir de 2012, en prévi­­sion de l’ar­­ri­­vée des socié­­tés gazières et pétro­­lières dans la ville. L’hô­­tel, d’un blanc imma­­culé, a été inau­­guré en 2014. La ville a égale­­ment étoffé sa flotte de brise-glaces nucléaires, afin d’ou­­vrir la route du nord-est. Grace au réchauf­­fe­­ment clima­­tique, Moscou veut faire de la route un axe majeur du trans­­port mari­­time entre l’Eu­­rope et l’Asie. Au milieu de ces ambi­­tions, les Samis ont été perçus comme une menace pour la sécu­­rité du pays. Leurs reven­­di­­ca­­tions d’in­­dé­­pen­­dance sont passées d’au­­tant plus mal que le pouvoir s’est rigi­­di­­fié à partir de 2012, après des élec­­tions prési­­den­­tielles contes­­tées par une partie de la popu­­la­­tion russe. Les reven­­di­­ca­­tions samis ont alors été instru­­men­­ta­­li­­sées par la presse et le pouvoir poli­­tique. Un jour­­nal a ainsi présenté le parle­­ment sami comme « la nouvelle carte de l’Oc­­ci­dent dans la bataille de l’Arc­­tique ». Chez les Samis, la viru­­lence des réac­­tions finit par aler­­ter. « C’est avec l’épi­­sode du voyage à New York que j’ai pris conscience des enjeux de l’Arc­­tique pour Moscou », me confie Valen­­tina Sovkina. Aujourd’­­hui, la chute des prix et la guerre en Crimée ont cassé la dyna­­mique écono­­mique autour de Mour­­mansk. L’hô­­tel Azimut a été obligé de recon­­ver­­tir une partie de ses chambres en bureaux afin de compen­­ser la faible fréquen­­ta­­tion. Mais les auto­­ri­­tés restent plus que jamais vigi­­lantes face aux Samis, en atten­­dant la remon­­tée des prix du pétrole.

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Le village de Teri­­berka
Crédits : Florent Detroya

Le village des illu­­sions perdues

Après deux heures de pistes, nous attei­­gnons enfin Teri­­berka. Le petit village côtier est situé à 100 km à l’est de Mour­­mansk. C’est dans ce lieu quasi-aban­­donné, qui a récem­­ment connu son heure de gloire en accueillant le tour­­nage du film Levia­­than, primé au festi­­val de Cannes, que les prin­­ci­­paux « petits peuples » de la région, Samis et Komis, ont déci­­dés de célé­­brer la jour­­née onusienne des peuples auto­ch­­tones. Alors que notre 4×4 arrive péni­­ble­­ment au centre du village, je découvre une route, lisse et large, qui part du village, longe le cime­­tière sami et se pour­­suit le long du rivage pour se perdre au milieu des falaises. Le chauf­­feur m’ap­­prend qu’il s’agit de la « route Gazprom ». Elle était sensée conduire les employés des compa­­gnies impliquées dans le projet Chtok­­man vers l’usine de GNL qui devait être implan­­tée à Teri­­berka. Mais la chute des prix du gaz et la complexité du projet ont mis un terme à l’aven­­ture. Le chauf­­feur de taxi a beau préci­­ser que Chtok­­man n’a pas été « aban­­donné », mais « reporté », la route Gazprom rappelle les espoirs déçus de l’Arc­­tique. Au village, nous décou­­vrons un événe­­ment joyeux à l’at­­mo­­sphère bon enfant, que les médias sont nombreux à couvrir. Quelques cabanes et tipis vendent des objets arti­­sa­­naux, mais le spec­­tacle  prin­­ci­­pal est sur scène. Chan­­teuses de Joik samis ou danseurs komis se relaient, vêtus pour la plupart d’ha­­bits tradi­­tion­­nels très colo­­rés. Je finis par faire la connais­­sance d’Anna Afana­­syeva. Anna est docto­­rante au centre des études samis de l’uni­­ver­­sité de Tromsø, en Norvège, et travaille à une thèse sur les Samis de Russie. Elle est sami elle-même. J’aborde très vite l’achar­­ne­­ment des auto­­ri­­tés à casser le mouve­­ment poli­­tique de Valen­­tina Sovkina, alors même que quan­­tité d’autres « petits peuples » jouissent d’un pouvoir poli­­tique plus étendu sur leur terri­­toire. Elle m’ap­­prend que les violences des auto­­ri­­tés contre la mino­­rité sami ne sont pas nouvelles.

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Un Samis en tenue tradi­­tion­­nelle
Crédits : Florent Detroy

« Dans les années 1930, les auto­­ri­­tés russes ont accusé le leader Alymov et une tren­­taine d’autres personnes de vouloir créer une “Répu­­blique Sami” avec la Finlande, diri­­gée contre la Russie », m’ex­­plique Anna. « Ils ont été arrê­­tés et exécu­­tés. Pour­­tant, ils ne faisaient que travailler à la rédac­­tion du premier livre scolaire en langue sami. » Au fond, pour­­suit mon inter­­­lo­­cu­­trice, les auto­­ri­­tés consi­­dèrent les reven­­di­­ca­­tions des Samis comme illé­­gi­­times compte tenu de l’ab­­sence de tradi­­tion d’auto-déter­­mi­­na­­tion. En prime, les Samis ont toujours été tenus à l’écart du pouvoir poli­­tique dans la région, notam­­ment du fait de leur proxi­­mité avec les mouve­­ments finlan­­dais. J’ap­­pren­­drai plus tard que Lovo­­zero n’est même pas leur terri­­toire d’ori­­gine. Les Samis ont été obli­­gés de s’y instal­­ler lorsque les auto­­ri­­tés les y ont dépla­­cés dans les années 1950, pour instal­­ler des infra­s­truc­­tures mili­­taires le long des côtes. Je reviens près de la scène, après avoir acheté une brochette de viande de renne. Un petit groupe d’ado­­les­­cents occupe la scène. Alors qu’un jeune garçon danse et frappe dans un tambour, un groupe de jeunes filles en manteaux blancs à four­­rure bougent lente­­ment à la manière de feuilles agitées par le vent. Je demande ce qu’est cette danse. On me répond qu’il s’agit d’une danse chamane tradi­­tion­­nelle. Si les Samis de Russie ne joui­­ront proba­­ble­­ment jamais de la même liberté que leurs homo­­logues finlan­­dais ou norvé­­giens, la jeunesse sami russe perpé­­tue acti­­ve­­ment leur culture ; quitte à prendre le risque de la trans­­for­­mer en folk­­lore pour touristes et médias.


Couver­­ture : Pano­­rama de Mour­­mansk, par Florent Detroy.
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