par Ulyces | 0 min | 6 mai 2016

par Fabien Soyez

Pour les clients du café, cet homme aux allures de vieux dandy ou de lord anglais, à la mous­­tache et aux cheveux gris, n’est qu’un pari­­sien comme un autre. Un digne grand-père, peut-être. Mais ont-ils conscience que c’est lui, Louis Pouzin, qui a inventé le proto­­cole à l’ori­­gine d’In­­ter­­net ? Y pensent-ils une seconde, tout en mani­­pu­­lant leur smart­­phone, évidem­­ment connecté au réseau mondial ? Louis Pouzin, 85 ans, n’a pas inventé Inter­­net. Mais sans lui, Inter­­net n’exis­­te­­rait pas. Para­­doxal ? Pas tant que cela. Car une inven­­tion n’a pas besoin d’être breve­­tée pour vivre sa propre vie. Et parce que si nombre d’in­­ven­­teurs sont passés à la posté­­rité, beau­­coup d’autres sont restés dans l’ombre. Par choix, par modes­­tie, ou par un fâcheux coup du sort. Il est main­­te­­nant temps de réta­­blir la vérité de la créa­­tion d’In­­ter­­net. Croyez-le ou pas, mais si aujourd’­­hui nous parlons de « l’In­­ter­­net » et du TCP/IP, et non de « Cate­­net » et du « data­­gramme », c’est grâce, ou à cause des PTT. C’est une longue histoire. Qui commence dans les années 1940. À l’époque, l’or­­di­­na­­teur n’existe pas encore.

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Louis Pouzin aujourd’­­hui
Crédits : Fabien Soyez

De Bull aux USA

Louis Pouzin a grandi au milieu des outils, dans la scie­­rie de son père. « Il ache­­tait des arbres et vendait le bois coupé. Il y avait des machines à vapeur, des scies, une affû­­teuse, une forge… C’était un para­­dis », raconte le vieil homme. Tout en buvant son café, il se souvient : « Dès mon plus jeune âge, je brico­­lais. Pour le plai­­sir. Je répa­­rais des serrures, des horloges. » Cet amour pour le brico­­lage et l’in­­ven­­tion ne le quit­­tera jamais. Bon en maths, il passe son bac avec mention, et parce qu’il veut par-dessus tout avoir un diplôme mais sans vrai­­ment avoir de métier en tête, il travaille comme un acharné et intègre les rangs de l’École poly­­te­ch­­nique en 1950, à 19 ans. Diplômé de « l’X » deux ans plus tard, il rejoint la CIT (Compa­­gnie indus­­trielle des télé­­phones), ancêtre d’Al­­ca­­tel. « Ingé­­nieur débu­­tant, je m’oc­­cu­­pais de la fabri­­ca­­tion, d’as­­su­­rer l’ar­­ri­­vée des pièces et de leur qualité. Un vrai appren­­tis­­sage du milieu de l’in­­dus­­trie », raconte-t-il. Louis Pouzin aurait pu rester dans cette filiale télé­­coms de la CGE (Compa­­gnie géné­­rale d’élec­­tri­­cité) et parti­­ci­­per au déve­­lop­­pe­­ment de l’in­­dus­­trie du télé­­phone. Mais en 1955, le hasard, ou peut-être le destin, le pousse vers l’in­­for­­ma­­tique après avoir lu un article du Monde consa­­cré aux tout premiers calcu­­la­­teurs élec­­tro­­niques, qui pren­­draient bien­­tôt le nom d’or­­di­­na­­teurs. « À l’époque, il n’y avait pas de calcu­­lettes : on se servait de machines munies de rouleaux et de mani­­velles. Alors ces calcu­­la­­teurs élec­­tro­­niques, qui faisaient des milliers d’opé­­ra­­tions à la seconde, c’était fantas­­tique ! » se souvient-il.

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Le calcu­­la­­teur ENIAC (Elec­­tro­­nic Nume­­ri­­cal Inte­­gra­­tor And Compu­­ter)
Crédits : U.S. Army

Au même moment est orga­­nisé au parc des expo­­si­­tions de la porte de Versailles à Paris la 5e édition du « Salon de l’in­­for­­ma­­tique du commerce de bureau » (SICOB), consa­­cré aux machines « de comp­­ta­­bi­­lité à cartes perfo­­rées » et aux « calcu­­la­­teurs » d’IBM et de Bull. C’est le coup de foudre immé­­diat. À 24 ans, Louis Pouzin candi­­date chez Bull, séduit par les calcu­­la­­teurs de la société française et bien décidé à se lancer dans ce qu’un ingé­­nieur alle­­mand bapti­­sera, deux ans plus tard, « l’in­­for­­ma­­tique » – ou « trai­­te­­ment infor­­ma­­tique de l’in­­for­­ma­­tion ». Louis Pouzin est alors passionné de méca­­nique. « Mais quand j’ai connu l’in­­for­­ma­­tique, j’ai immé­­dia­­te­­ment compris que les poten­­tia­­li­­tés étaient bien plus grandes : la méca­­nique prend du temps, elle néces­­site d’uti­­li­­ser un tas d’ou­­tils… alors qu’a­­vec l’in­­for­­ma­­tique, il suffit de prendre un crayon pour créer un programme et faire ce que vous voulez ! » lance Louis Pouzin. L’homme est « l’un des seuls élèves » de sa promo­­tion à s’in­­té­­res­­ser à ce tout nouveau domaine, aux côtés de feu Henry Leroy, concep­­teur d’un compi­­la­­teur du langage de program­­ma­­tion Algol, et de feu Jean-Pierre Brulé, président de Bull dans les années 1970. Pendant deux ans, le CV du jeune ingé­­nieur reste posé sur une pile de dossiers, suite à la crise du canal de Suez. En 1957, il est enfin recruté par Bull, chargé de « faire le pont entre le service tech­­nique et les commer­­ciaux de la société ». Sa mission : imagi­­ner des « gadgets » et des « solu­­tions maté­­rielles » ne néces­­si­­tant pas de déve­­lop­­pe­­ment coûteux, mais « répon­­dant aux besoins des clients ». À l’époque, IBM domine le monde nais­­sant de l’in­­for­­ma­­tique avec le 650, ordi­­na­­teur de la première géné­­ra­­tion. « Face à cette 4CV, Bull avait déve­­loppé un calcu­­la­­teur élec­­tro­­nique. Il avait été conçu pour être auto­­nome, mais en réalité il fallait le relier à une machine à cartes perfo­­rées, et il ne possé­­dait pas de mémoire perma­­nente », se souvient Louis Pouzin. L’in­­gé­­nieur s’oc­­cupe alors davan­­tage de la méca­­no­­gra­­phie et de conce­­voir des lecteurs de bandes perfo­­rées – ce qu’il décrit comme des « machines à écrire élec­­triques, auxquelles on accro­­chait un perfo­­ra­­teur de cartes en papier rigide ». Le busi­­ness des calcu­­la­­teurs est encore bien loin.

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L’IBM 650
Crédits : Texas A&M

En 1960, Bull et IBM se livrent une guerre achar­­née pour domi­­ner le monde nouveau de l’in­­for­­ma­­tique. « IBM avait commer­­cia­­lisé le premier ordi­­na­­teur à disque dur, le Ramac. Et pour contrer cette machine, Bull avait passé un accord avec une société améri­­caine, RCA (Radio Commu­­ni­­ca­­tion of America) afin de lancer le Gamma 30, un calcu­­la­­teur tout aussi puis­­sant », raconte Louis Pouzin. Mais pour « frap­­per un grand coup » dans le secteur du calcul scien­­ti­­fique, Bull voit plus loin et projette de créer la « machine française ultime », nom de code Gamma 60. Louis Pouzin, qui commence à rouler sa bosse, se retrouve à la tête d’une équipe de 30 ingé­­nieurs char­­gés de la program­­ma­­tion du Gamma 60. « C’était la première fois que des ingé­­nieurs program­­maient. Jusque-là, ils diri­­geaient des équipes mais n’étaient pas entraî­­nés à program­­mer : c’était une affaire de tech­­ni­­ciens », raconte-t-il en souriant. Désor­­mais, les ingé­­nieurs se mettaient à mani­­pu­­ler et à program­­mer. « Mais le plus souvent en traî­­nant des pieds, car pour eux, c’était une tâche ingrate », ajoute l’in­­for­­ma­­ti­­cien. Un peu frus­­tré par le manque de dyna­­misme de ses collègues, Louis Pouzin regarde avec envie les nombreux améri­­cains qui débarquent en masse chez Bull France, suite à la prise de pouvoir par Gene­­ral Elec­­tric, en 1963. « Ils venaient faire leur petit tour d’Eu­­rope, pour voir ce qui se passait chez Bull », se souvient-il. « Je voyais bien qu’il y avait beau­­coup de choses à faire dans l’in­­for­­ma­­tique, c’était un domaine vrai­­ment promet­­teur. Alors, j’ai pris des cours d’an­­glais à l’école Berlitz et j’ai demandé à mon patron si je ne pouvais pas prendre un congé de longue durée pour partir bosser aux États-Unis », raconte le vieil homme. Conser­­vant un salaire symbo­­lique afin de « pouvoir conti­­nuer à être inscrit à la Sécu », Louis Pouzin embarque donc en 1963 pour les USA, avec femme et enfants. Alors qu’un cher­­cheur améri­­cain le remplace en France, en vertu d’un programme d’échange, il rejoint l’équipe du profes­­seur Fernando J. Corbató, direc­­teur adjoint du centre de calcul du MIT (Massa­­chu­­setts Insti­­tute of Tech­­no­­logy) à Boston. Ce scien­­ti­­fique est alors le chef du projet Mac (Multi access compu­­ter), un projet de program­­ma­­tion en temps partagé.

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Le vision­­naire
Crédits : Fabien Soyez

« L’idée du “time sharing”, c’était de parta­­ger une grosse machine entre plusieurs program­­meurs. En évitant à la machine d’être immo­­bi­­li­­sée par un seul program­­meur, le proces­­sus serait consi­­dé­­ra­­ble­­ment accé­­léré », explique Louis Pouzin. Pour lui, ce projet est une chance : « C’était l’oc­­ca­­sion de program­­mer une machine puis­­sante, concrè­­te­­ment cette fois. J’al­­lais pouvoir m’ini­­tier à un nouveau concept infor­­ma­­tique qui me semblait révo­­lu­­tion­­naire, et qui néces­­si­­tait d’écrire, d’in­­ven­­ter de toutes pièces un programme de gestion de la machine. » Aux côtés de cinq autres « program­­meurs système », un métier qui n’exis­­tait pas encore en France, Louis Pouzin s’ini­­tie au code machine, le langage natif du proces­­seur de l’or­­di­­na­­teur. Ensemble, ils déve­­loppent le CTSS (Compa­­tible Time Sharing System), l’un des tout premiers systèmes d’ex­­ploi­­ta­­tion (OS) à temps partagé. « Il fonc­­tion­­nait tant en trai­­te­­ment par lots qu’en temps partagé. Nous pouvions compi­­ler et débo­­guer, pendant que d’autres faisaient de la gestion ou des calculs scien­­ti­­fiques », explique l’in­­for­­ma­­ti­­cien. De fil en aiguille, il parti­­cipe à la concep­­tion du suces­­seur de CTSS, Multics. Concrè­­te­­ment, il propose à son équipe de conce­­voir un inter­­­pré­­teur de commandes faisant office d’in­­ter­­face directe entre l’OS et l’uti­­li­­sa­­teur, qu’il baptise shell (« coquille »). « L’idée était de gagner du temps en centra­­li­­sant et en auto­­ma­­ti­­sant des tâches répé­­ti­­tives, comme la lecture des commandes, l’ana­­lyse des termes et l’ap­­pel des sous-programmes », note-t-il. Grâce au shell, Multics est un succès immé­­diat. « Cet OS nova­­teur a ensuite été très utilisé comme le symbole de ce dont serait composé la machine du futur », se réjouit Louis Pouzin. Profes­­sion­­nel­­le­­ment, le MIT fut un véri­­table trem­­plin pour l’in­­for­­ma­­ti­­cien. « Je pouvais faire des choses que je n’au­­rais jamais pu faire en France. J’ai appris énor­­mé­­ment. Les Améri­­cains donnent beau­­coup de liberté d’ini­­tia­­tive aux sala­­riés, et j’ai pu en faire preuve en propo­­sant de créer le shell. »

L’élec­­tron libre

1965. C’est le retour en France pour Louis Pouzin. Il ne le sait pas encore, mais il s’ap­­prête à vivre une grande aven­­ture, aux origines d’In­­ter­­net. Un peu rebuté par la vie améri­­caine – « la société améri­­caine est profon­­dé­­ment hypo­­crite, il faut rester dans les clous… Et moi, je n’ai jamais su rester dans les clous » –, il rentre chez Bull, fort de son expé­­rience au MIT. ulyces-louispouzin-05-2« J’étais devenu une vedette. Je connais­­sais le temps partagé, et mon boss, Pier Abetti, m’a emmené faire le tour de l’Eu­­rope pour parler du time sharing aux grosses socié­­tés à qui Bull et Gene­­ral Elec­­tric voulaient vendre des machines », se souvient Louis Pouzin. Sa connais­­sance de l’an­­glais est égale­­ment un atout : « Bull étant deve­­nue une succur­­sale de GE, tous ceux qui ne parlaient pas anglais étaient repous­­sés dans des tâches secon­­daires. » Pendant plusieurs mois, Louis Pouzin enchaîne les aller-retour, dans la plupart des capi­­tales euro­­péennes et un peu partout en France. « Ça m’a permis d’y être un peu reconnu à l’époque, notam­­ment dans les univer­­si­­tés… Jusqu’ici, les ingé­­nieurs de chez Bull n’avaient pas de rapport avec elles, c’était réservé aux commer­­ciaux qui leur vendaient des machines », raconte l’in­­for­­ma­­ti­­cien. Ainsi, remarque-t-il, ces présen­­ta­­tions du time sharing ont permis de rappro­­cher les milieux. 1966. Après un an passé à faire « le tour des popotes euro­­péennes », Louis Pouzin commence à se lasser.  Le discours qu’il tient lors de ses présen­­ta­­tions est toujours le même : « Je parlais aux entre­­prises des bien­­faits du temps partagé, surtout de la perfor­­mance de mise au point des programmes. Je leur expliquais qu’on pouvait mettre un programme au point en une jour­­née ou deux. Alors qu’a­­vant il fallait deux ou trois semaines. Ça inté­­res­­sait beau­­coup de socié­­tés en France et à l’étran­­ger. » À force, l’en­­vie lui revient de chan­­ger d’ac­­ti­­vité. « J’ai voulu reprendre un projet et juste­­ment, il y avait la météo­­ro­­lo­­gie française », se souvient-il. La Direc­­tion de la météo­­ro­­lo­­gie natio­­nale, ancêtre de Météo France, avait commandé à Bull une grosse machine pour pouvoir faire de la prévi­­sion. Un milieu inha­­bi­­tuel pour Bull, qui apporte son aide tech­­nique. La météo néces­­si­­tant une machine spéciale, Louis Pouzin monte une petite équipe de trois ingé­­nieurs et entre­­prend d’adap­­ter l’or­­di­­na­­teur de Gene­­ral Elec­­tric, le GE 600, à la gestion des infor­­ma­­tions météo­­ro­­lo­­giques « reçues par Télex du nord au sud du pays ». Pour l’in­­gé­­nieur, il s’agit d’un projet nova­­teur. « On sentait que le monde allait chan­­ger, c’était quelque chose de jamais vu », raconte-t-il. Louis Pouzin finit par imagi­­ner un système permet­­tant au GE 600 de « sortir en temps voulu des prévi­­sions à court, moyen et long terme » qu’il baptise « météo­­nome ». Mais en 1967, après un an de travail, coup de théâtre : Gene­­ral Elec­­tric trouve que le GE 600 ne rapporte pas assez d’argent et décide de ne plus le distri­­buer. « À la météo, ils étaient un peu embê­­tés : ils étaient contraints de comman­­der une autre machine, mais ils voulaient aussi me garder. Et moi, je voulais pour­­suivre ce projet », raconte Louis Pouzin. La machine comman­­dée par la DMN est un ordi­­na­­teur concur­rent, fabriqué par la Control Data Corpo­­ra­­tion. « Le patron de cette société améri­­caine est allé voir Bull en propo­­sant un arran­­ge­­ment : il four­­ni­­rait le calcu­­la­­teur, et Bull conti­­nue­­rait à faire travailler notre équipe sur le météo­­nome. Mais le direc­­teur de Bull n’a rien voulu entendre », déplore Louis Pouzin.

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Série GE 600 de Bull-GE
1967

« Ce qui m’in­­té­­res­­sait vrai­­ment, c’était le travail à faire, pas l’en­­tre­­prise. Si la société dans laquelle j’étais me ralen­­tis­­sait dans mon évolu­­tion, je n’avais aucun scru­­pule à partir ailleurs. Mon but, c’était de créer de grands systèmes », explique-t-il. En 1967, l’in­­for­­ma­­ti­­cien claque la porte de Bull et rejoint la SACS (Société d’ana­­lyse et de concep­­tion de systèmes), une entre­­prise de services desti­­née aux déve­­lop­­pe­­ments de systèmes pour les entre­­prises, qui devien­­dra plus tard Atos. Il pour­­suit alors son travail sur le météo­­nome, cette fois avec une équipe de 5 ingé­­nieurs. « Le météo­­nome, c’était une machine et un système d’ex­­ploi­­ta­­tion inédits. Au lieu d’un seul proces­­seur, il utili­­sait huit proces­­seurs péri­­phé­­riques, ce qui était tout à fait inha­­bi­­tuel », décrit Louis Pouzin. En conce­­vant ce système, l’homme apprend beau­­coup. « À la fin, j’étais capable de travailler sur des machines de struc­­tures assez diffé­­rentes. Alors que souvent, même encore aujourd’­­hui, vous trou­­vez des infor­­ma­­ti­­ciens doués mais qui n’ont qu’un seul schéma mental de machine en tête. Ils ne savent pas chan­­ger de struc­­ture de machine, et refont ce qu’ils ont déjà fait », explique-t-il. À la même époque, il commence à donner les tout premiers cours dispen­­sés en France sur les systèmes d’ex­­ploi­­ta­­tion, à l’uni­­ver­­sité Pierre-et-Marie-Curie (UPMC). C’est dans ce milieu bouillon­­nant d’idées nouvelles qu’il puisera plus tard pour trou­­ver les nombreuses jeunes recrues de ses équipes de recherche.

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Deux ans plus tard, en 1969, Louis Pouzin se remet en mouve­­ment. « Une fois le météo­­nome opéra­­tion­­nel, la météo n’avait plus besoin de moi, et la SACS ne pouvait plus me payer. Il fallait que je trouve du travail ailleurs. » Il se dirige vers le milieu de l’in­­dus­­trie et rejoint Simca, construc­­teur auto­­mo­­bile contrôlé à l’époque par l’Amé­­ri­­cain Chrys­­ler. Louis Pouzin rejoint le centre de calcul, avec pour mission de « faire marcher le système ».

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Louis Pouzin

Il découvre « la vie dans une grande entre­­prise », avec ses cahiers de charge, ses méthodes de mana­­ge­­ment, ainsi que ses syndi­­cats et ses bras de fers entre les diffé­­rents services (finances, achats, produc­­tion, etc.). Aller­­gique à ce type de cadre de travail, Louis Pouzin sent que ce n’est pas son milieu. Chez Simca, il avait aussi « lancé des trucs pas courants, et qui avaient fait frémir le patron ». La fin des années 1960 était « l’époque où il y avait des “compa­­tibles” sur le marché » – des machines compa­­tibles IBM, conçues par des indus­­triels qui n’étaient pas IBM. Certaines armoires de disques « étaient plus rapides et coûtaient moins cher que chez IBM. Alors au lieu de ne louer notre maté­­riel qu’à IBM, j’ai commandé deux armoires à une autre société améri­­caine », raconte Louis Pouzin, l’air amusé. « Très emmerdé », IBM tente de convaincre le direc­­teur de Simca que de telles pratiques sont risquées. Mais Pouzin réus­­sit à convaincre son entre­­prise qu’IBM n’est pas l’unique solu­­tion. En 1970, devenu chef du système infor­­ma­­tique, il se frotte à nouveau à la société améri­­caine. « Rien ne fonc­­tion­­nait à distance à l’époque. L’idée moderne de pouvoir enre­­gis­­trer les infor­­ma­­tions online n’était pas de mise chez Simca. Mais la direc­­tion aurait tout de même bien voulu un système en ligne pour pouvoir suivre la produc­­tion depuis un termi­­nal », explique Louis Pouzin. Alors l’in­­for­­ma­­ti­­cien a l’idée de recou­­rir à un système d’ex­­trac­­tion de données repo­­sant sur les cartes perfo­­rées, des modems de télé­­phone et un télé­­type (un appa­­reil qui permet de géné­­rer et de rece­­voir des messages via des signaux élec­­triques). « Catas­­trophe : le télé­­type en ques­­tion n’était pas un appa­­reil IBM ! » s’amuse Louis Pouzin. Pire : le télé­­type ne figu­­rait pas, à l’époque, dans son cata­­logue. « Il coûtait peu cher car il utili­­sait le réseau télé­­pho­­nique, et non une câble­­rie spéciale. Alors les gars d’IBM sont montés au créneau et ont essayé de convaincre mon patron que c’était encore une fois une mauvaise idée. » Louis Pouzin n’a en tout cas aucune inten­­tion de rester dans ce milieu de bagarres perpé­­tuelles, où beau­­coup d’éner­­gie est « dépen­­sée pour défendre son auto­­rité, son budget ». L’in­­for­­ma­­ti­­cien veut davan­­tage. « Je voulais conti­­nuer à inven­­ter des choses », explique celui qui passe alors aux yeux de ses collègues pour « un élec­­tron libre, un rebelle » qui, pour couron­­ner le tout, vient de poly­­te­ch­­nique et non des Arts et métiers, comme la plupart des ingé­­nieurs de Simca. « Je n’étais pas de la confré­­rie ! » lance Louis Pouzin en riant. « J’avais donc depuis un moment l’idée de partir ailleurs. J’avais fait pas mal de socié­­tés, alors pourquoi pas une de plus ? » Il l’ignore encore, mais le destin lui a réservé bien plus que d’en­­trer dans une énième société où exer­­cer son talent. Bien plus.

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Une carte de l’Ar­­pa­­net

Cyclades, l’Ar­­pa­­net à la française

1971. Louis Pouzin s’ap­­prête à révo­­lu­­tion­­ner l’in­­for­­ma­­tique, qui commence tout douce­­ment à s’im­­po­­ser dans les entre­­prises – en atten­­dant l’ère, plus si loin­­taine, du PC person­­nel. À quelques jours d’in­­ter­­valle, soudai­­ne­­ment, il reçoit des coups de fil d’an­­ciens collègues qui lui annoncent que la Délé­­ga­­tion géné­­rale à l’in­­for­­ma­­tique – une instance créée en septembre 1966 à l’époque de De Gaulle dans le cadre du Plan Calcul, pour stimu­­ler la produc­­tion de logi­­ciels et de maté­­riels infor­­ma­­tiques à desti­­na­­tion des admi­­nis­­tra­­tions notam­­ment – voudrait « faire en France un réseau semblable à l’Ar­­pa­­net ». Plus tard, la DGI lui propose, à lui l’ex­­pert reconnu du time sharing, de diri­­ger le projet. « Je n’ai pas réflé­­chi une seule seconde : j’ai dis oui, trois fois oui », dit-il en riant. Basé sur le concept du temps partagé, l’Ar­­pa­­net (Advan­­ced Research Projects Agency Network) est alors le premier réseau à trans­­fert de « paquets » (des morceaux de données). Déve­­loppé aux États-Unis par la DARPA, l’agence de recherche de l’ar­­mée améri­­caine, entre 1969 et 1971, il utilise ainsi le packet swit­­ching plutôt que la tradi­­tion­­nelle commu­­ni­­ca­­tion par circuit élec­­tro­­nique. Autant dire que créer une version euro­­péenne de l’Ar­­pa­­net est alors tout à fait dans les cordes de Louis Pouzin, fervent suppor­­ter du temps partagé et des réseaux, qui a suivi de très près les avan­­cées du projet améri­­cain dans les revues scien­­ti­­fiques. L’idée de la Délé­­ga­­tion géné­­rale à l’in­­for­­ma­­tique n’est alors pas de concur­­ren­­cer Arpa­­net mais de « rattra­­per, en France, le retard sur les États-Unis dans le domaine stra­­té­­gique des réseaux ». Autre­­ment dit, de monter en compé­­tences à travers un nouveau projet. « En Europe, on ne savait pas ce qu’é­­tait un réseau ! » affirme Louis Pouzin. Sous l’im­­pul­­sion de la DGI, un consor­­tium euro­­péen de l’in­­for­­ma­­tique avait été créé en 1970 : Unidata. Dans ses rangs : Philips, Siemens et la CII (Compa­­gnie inter­­­na­­tio­­nale pour l’in­­for­­ma­­tique). ulyces-louispouzin-09La CII avait été créée en 1966 dans le cadre du plan Calcul lancé par le gouver­­ne­­ment du géné­­ral de Gaulle. La mission de cette société privée, finan­­cée prin­­ci­­pa­­le­­ment par l’État : déve­­lop­­per l’in­­for­­ma­­tique scien­­ti­­fique et l’in­­for­­ma­­tique de gestion face aux construc­­teurs d’or­­di­­na­­teurs Control Data, IBM et Bull-GE. L’idée du gouver­­ne­­ment étant de « déve­­lop­­per une capa­­cité tech­­no­­lo­­gique française ». Or, du côté d’Uni­­data, l’objec­­tif est de « créer une puis­­sante gamme de produits d’in­­for­­ma­­tique euro­­péenne, à l’iden­­tique d’Air­­bus dans l’aé­­ro­­nau­­tique », chacun des membres s’oc­­cu­­pant de son secteur d’ex­­per­­tise : à Philips la tech­­no­­lo­­gie élec­­tro­­nique, à Siemens les péri­­phé­­riques méca­­niques, et à CII l’ar­­chi­­tec­­ture des machines et le logi­­ciel. Mais « face à Siemens et Philips, deux poids lourds, la CII, rela­­ti­­ve­­ment jeune, était toute petite. Alors l’idée de la délé­­ga­­tion, très poli­­tique, fut de créer en France une tech­­no­­lo­­gie de réseau permet­­tant à la CII d’être en avance sur ses parte­­naires », explique Louis Pouzin. « Poli­­tique­­ment, créer un Arpa­­net français, c’était très bien vu », ajoute-t-il avec un sourire narquois. Fin 1971, l’in­­for­­ma­­ti­­cien rejoint donc la Délé­­ga­­tion à l’in­­for­­ma­­tique. Il s’ins­­talle à l’IRIA (Insti­­tut natio­­nal de recherche en infor­­ma­­tique et en auto­­ma­­tique), à Rocquen­­court dans les Yvelines. Il mobi­­lise immé­­dia­­te­­ment son réseau afin de consti­­tuer une équipe d’une demi-douzaine de personnes. Louis Pouzin commence par « se faire prêter » Jean-Pierre Touchard, ancien insti­­tu­­teur devenu infor­­ma­­ti­­cien, par la CII. Un ancien de chez Bull.

Autre recrue de choix : un ingé­­nieur de l’ar­­me­­ment, Hubert Zimmer­­mann. Poly­­te­ch­­ni­­cien, il travaille alors à la SEFT (élec­­tro­­nique pour l’Ar­­mée de terre) et vient d’ache­­ver le projet Syco­­more, visant à créer plusieurs systèmes de comman­­de­­ment pour l’Ar­­mée de terre. « C’était un type remarquable », se souvient Louis Pouzin, un brin ému. Avec Zimmer­­mann, il déve­­lop­­pera plus tard, à la CII, la distri­­bu­­ted system archi­­tec­­ture (DSA), une archi­­tec­­ture de réseau en couches.

Louis Pouzin recrute aussi Jean-Louis Grangé – un ancien de Simca rencon­­tré à la SACS, qu’il avait déjà débau­­ché pour le météo­­nome –, Jean Le Bihan, qui conce­­vait alors les tout premiers systèmes de temps réel des aéro­­ports français ; Michel Gien, l’au­­teur de Fanny, un langage utilisé pour des systèmes de macro-instruc­­tions et ingé­­nieur système au centre de calcul de l’IRIA.

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Instal­­la­­tion d’un ordi­­na­­teur CII

L’in­­for­­ma­­ti­­cien recrute aussi de nombreux jeunes ingé­­nieurs travaillant alors dans des socié­­tés de service, comme la SACS, Cap Sogeti ou la SESA. « Ces entre­­prises étaient toutes inté­­res­­sées par ce projet de réseau, et contre ma promesse de les prendre comme sous-trai­­tants (déve­­lop­­peurs), j’ai pu leur louer des gens de top niveau, à plein temps, qui seraient formés dans mon équipe », raconte Louis Pouzin. Des années plus tard, la plupart de ces jeunes recrues parti­­ci­­pe­­ront à des projets de réseaux français. « À l’époque, quand il y avait un réseau à construire, par exemple pour Air France ou pour les douanes, on passait le contrat à une société française, mais qui était pure­­ment de façade, sous-traité en réalité à une société améri­­caine », explique Louis Pouzin. « Après notre aven­­ture, tous les projets de réseaux ont été faits par des socié­­tés françaises, et non plus améri­­caines. » Le projet de réseau de la DGI, Louis Pouzin se l’ap­­pro­­prie et lui trouve un nom : Cyclades, du nom de l’ar­­chi­­pel grec. « Tout comme il faut des bateaux pour relier ces bandes d’îles, il fallait trou­­ver un système pour relier les centres non-connec­­tés du futur réseau », explique-t-il en riant. « Mon état d’es­­prit, à ce moment là ? Je n’avais qu’une réflexion en tête : enfin un projet inté­­res­­sant ! » Le premier réflexe de Louis Pouzin, surex­­cité, est de faire « le tour des popotes » aux États-Unis. « Je suis allé voir 5 ou 6 scien­­ti­­fiques que je connais­­sais depuis l’époque du MIT, qui travaillaient dans des centres de recherches utili­­sant l’Ar­­pa­­net. Je voulais voir comment ils s’y prenaient, afin de récu­­pé­­rer des idées », se souvient l’in­­for­­ma­­ti­­cien. De son voyage aux États-Unis, Louis Pouzin revient avec l’idée de conce­­voir pour Cyclades un système basé sur la commu­­ta­­tion de paquets, mais avec un réseau « qui serait inter­­­con­­nec­­table avec tous les autres réseaux de son espèce, quelle que soit la tech­­no­­lo­­gie, avec les mêmes inter­­­faces d’échange comme seule condi­­tion ». « L’idée, c’était de consi­­dé­­rer ça comme un ensemble de réseaux et non pas comme un réseau unique », explique Louis Pouzin. Ce système de commu­­ta­­tion de paquets et de réseaux de commu­­ni­­ca­­tion inter­­­con­­nec­­tés via des passe­­relles, Pouzin le baptise le Cate­­net, qui signi­­fie « chaîne » en grec. « Le terme sera utilisé pendant un temps, mais il ne pren­­dra pas face au mot “Inter­­net”, qui sonnait mieux », sourit-il.

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L’un des premiers ordi­­na­­teurs du réseau Cyclades
Crédits : IMAG

Le 8 février 1974, après deux ans de travail, Pouzin et son équipe présentent le Cate­­net devant le gratin de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion – parmi eux, Jean Char­­bon­­nel, ministre du Déve­­lop­­pe­­ment indus­­triel et scien­­ti­­fique, et Hubert Germain, ministre des Postes et Télé­­com­­mu­­ni­­ca­­tions. « On leur a fait une démons­­tra­­tion comme quoi on pouvait entrer une commande à Rocquan­­court et l’en­­voyer à Grenoble pour l’exé­­cu­­ter alors qu’à Rocquan­­court, il s’agis­­sait d’une machine CII, et qu’à Grenoble, on utili­­sait une machine IBM », se souvient l’in­­for­­ma­­ti­­cien. Offi­­ciel­­le­­ment, l’objec­­tif de Cyclades, premier projet-pilote de l’IRIA, était de permettre l’uti­­li­­sa­­tion de l’en­­semble des bases de données de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion. « À l’époque, c’était la mode des bases de données, et chaque admi­­nis­­tra­­tion voulait garder ses données. Le but, c’était donc de pouvoir les échan­­ger entre admi­­nis­­tra­­tions, et ainsi de faire des écono­­mies, car on utili­­se­­rait un réseau adapté au trans­­port de données, et non celui des appels télé­­pho­­niques », explique-t-il. Mais offi­­cieu­­se­­ment, Cyclades est surtout « un projet indus­­triel pour mettre la CII et la recherche en France, à un niveau compa­­rable aux Améri­­cains », estime Louis Pouzin. Le système d’Ar­­pa­­net, basé sur un circuit virtuel, n’a pas convaincu Louis Pouzin. « C’était un réseau de paquets qui faisait en réalité la même chose que ce que feront les PTT plus tard : on livre des paquets, en séquences, dans le même ordre à l’en­­trée et à la sortie », explique-t-il. « Pourquoi les trans­­mettre en séquence, alors qu’il est tout à fait possible de les envoyer dans le désordre et de les remettre dans l’ordre plus tard ? » Pour bien me faire comprendre le concept de la commu­­ta­­tion de paquets, il me décrit son système, qu’il avait baptisé « data­­gramme », comme des cartes postales : « Plutôt que d’en­­voyer des données en séquence sur un canal prééta­­bli, comme les wagons d’un train, ce qui a toujours été le dogme des télé­­coms, l’idée était d’en­­voyer des paquets comme des cartes postales. Les paquets ont une adresse de desti­­na­­tion, et ils avancent dans le réseau en fonc­­tion de celle-ci. »

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L’homme qui n’a pas inventé Inter­­net
Crédits : Fabien Soyez

Un data­­gramme est ainsi un « paquet incluant sa propre adresse de desti­­na­­tion ». Chaque fois qu’il passe dans un nœud du réseau (un routeur), « il est orienté vers la direc­­tion la plus inté­­res­­sante par le réseau lui-même, les nœuds commu­­niquant en perma­­nence et échan­­geant des infor­­ma­­tions sur les adresses des paquets ». Ce système fonc­­tionne grâce à un proto­­cole de trans­­port qui « utilise les infos conte­­nues dans le paquet », explique Louis Pouzin, en bon profes­­seur. L’adresse de desti­­na­­tion peut « être située à l’in­­té­­rieur comme à l’ex­­té­­rieur du réseau, par exemple s’il s’agit de l’or­­di­­na­­teur d’un client », ajoute-t-il. « La commu­­ta­­tion de paquet n’était pas un prin­­cipe nouveau : c’est un anglais, Donald Davies, qui l’a imaginé dans les années 1960. Mais Cyclades a été le premier réseau à lui donner vie, à travers le data­­gramme », note Louis Pouzin. « Mon idée était révo­­lu­­tion­­naire, et elle l’est encore ! » s’amuse l’in­­for­­ma­­ti­­cien. « Parce que d’une part, ça ne s’était jamais fait, et parce que d’autre part, ça permet­­tait de faire des réseaux beau­­coup plus écono­­miques : les commu­­ta­­teurs de paquets ont beau­­coup moins de travail à faire. Il y a plusieurs chemins possibles, ce qui permet de passer par plusieurs réseaux en paral­­lè­­le… Toutes les faci­­li­­tés qu’on utilise aujourd’­­hui dans l’In­­ter­­net », ajoute-t-il, pensif.

Un tel système était « indé­­pen­­dant de la qualité du réseau, car le but de l’opé­­ra­­tion, c’était d’avoir un système de commu­­ni­­ca­­tion de données qui ne soit dépen­­dant ni de la topo­­lo­­gie, ni de la qualité de service des réseaux », se souvient-il. « Évidem­­ment, c’était une idée presque crimi­­nelle vis-à-vis des PTT, car ça voulait dire qu’on ne leur faisait pas confiance, notam­­ment pour la conti­­nuité du service, en cas de chan­­ge­­ment de système. »

LISEZ ICI LA SUITE DE L’HISTOIRE

COMMENT LOUIS POUZIN A CONTRÉ L’HÉGÉMONIE AMÉRICAINE SUR INTERNET

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Couver­­ture : Louis Pouzin par Fabien Soyez (créa­­tion graphique par Ulyces).


 

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