par Ulyces | 0 min | 18 septembre 2014

Les diaman­­tins

En février, alors que j’étais posté devant la maison de Ken Darnell, dans la région des pins proche de Gordon, en Alabama, j’ai pu entendre les bruits de casca­­belles prove­­nant d’un petit édifice dans le jardin. Je me suis appro­­ché avec prudence, après avoir été averti. Le bruit s’in­­ten­­si­­fiait. J’ai tourné à un angle, et il se tenait là, à l’in­­té­­rieur de la véranda : un homme ruis­­se­­lant de sueur, qui portait des lunettes et un t-shirt déchiré et tâché de sang. Il s’est appro­­ché d’un crotale qu’il avait baptisé Little Girl Hot Pants, « à cause de la façon dont elle s’en­­roule », m’a-t-il expliqué. Little Girl faisait à peu près 1 m 50 de longueur et elle avait l’air perturbé. « Bon, ma belle, a-t-il dit au serpent. C’est l’heure de manger. » Darnell conserve 280 crotales dans cet édifice imma­­culé de son jardin, la plupart étant des diaman­­tins de l’est. Little Girl était l’une des deux qu’il avait nommées. L’autre était appe­­lée Shot in the Head, car Darnell l’avait sauvée des griffes d’une fille blonde origi­­naire du Missis­­sipi armée d’un pisto­­let. Le sang d’un rat ruis­­se­­lait de la mâchoire béante de Little Girl – Darnell la nour­­ris­­sait de force – et sur le ventre rebondi de son proprié­­taire. « Je ne suis pas si dégoû­­tant qu’on pour­­rait le croire, s’est défendu Darnell. Ou peut-être que si. Mais il y a une bonne raison à ça. »

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Rattles­­nake Reality!
La tenue fétiche de Ken Darnell
Crédits : Michael Edwards

Darnell – un homme de 67 ans aux cheveux gris ondu­­lés et au teint rougeâtre, qui pesait pas loin de 120 kg – a déli­­ca­­te­­ment reposé le serpent dans sa boîte. Il s’est retourné, me grati­­fiant enfin d’un premier contact visuel, tandis que je me tenait nerveu­­se­­ment dans un coin de la véranda, cram­­ponné à mon stylo. « Ne vous inquié­­tez pas, m’a-t-il rassuré. Je suis presque irré­­pro­­chable en matière de sécu­­rité. » Darnell vivait à 16 kilo­­mètres de Gordon, une ville dépour­­vue de chambre de commerce, de cinéma et, surtout, d’hô­­pi­­tal. Il y a bien plus de serpents par ici que de gens, et parmi eux le plus grand crotale du monde. Les diaman­­tins de l’est qui ne faisaient pas carillon­­ner leurs casca­­belles dans la véranda de Darnell – ou dans le « labo­­ra­­toire » Bioac­­tive qui y était ratta­­ché – rampaient dans la brous­­saille envi­­ron­­nante. Sous mes yeux, Darnell a ouvert une poubelle en plas­­tique et ôté son couvercle, duquel il s’est momen­­ta­­né­­ment servi comme d’un bouclier. À l’aide d’un club de golf sur lequel il avait bricolé, à l’ex­­tré­­mité, un embout en acier en forme de C, il a soulevé un beau serpent vert olive de 4 kilos. Après un instant de tension – le crotale était en liberté, la véranda plutôt petite – il l’a saisi derrière la tête grâce au crochet, l’a empoi­­gné de sa main gauche et a posi­­tionné le corps sous son bras droit. Les crochets du serpent, qui avaient été dispo­­sés au-dessus d’un enton­­noir recou­­vert de film, avaient mordu dans le plas­­tique, relâ­­chant le venin dans un long siffle­­ment. L’en­­ton­­noir s’égout­­tait dans un tube de centri­­fu­­ga­­tion main­­tenu dans de la glace. Pour extraire tout le liquide, le pouce charnu de Darnell et son annu­­laire faisaient pres­­sion sur les deux glandes proches de la mâchoire du serpent. C’était le venin que Darnell recher­­chait. Il valait une fortune, si tant est qu’on avait la volonté de l’ex­­traire. « J’adore ce bruit », a remarqué Darnell à propos du siffle­­ment. Toutes les deux semaines, Darnell extra­­yait le venin de ses serpents à raison de trois sessions de huit heures. Sa femme et son chien restaient en retrait. Gret­­chen détes­­tait l’odeur du labo­­ra­­toire, et le chien… disons que Sadie n’était pas née de la dernière pluie. J’étais l’un des deux seuls étran­­gers que Darnell avait invité dans sa véranda pendant qu’il s’af­­fai­­rait minu­­tieu­­se­­ment. Il n’ai­­mait pas qu’on lui pose des ques­­tions pendant son travail, parti­­cu­­liè­­re­­ment celles qui cher­­chaient à comprendre l’obs­­cure écono­­mie dans laquelle il jouait un rôle si impor­­tant. « Personne n’a d’in­­té­­rêt, m’a-t-il écrit plus tard, à me ques­­tion­­ner sur mon inven­­taire et sa valeur en termes moné­­taires ou sur mon salaire annuel, à moins de vouloir entrer dans le busi­­ness du venin ou d’être un agent de l’IRS. » Darnell extra­­yait approxi­­ma­­ti­­ve­­ment quatre dixièmes de gramme de venin de chaque crotale diaman­­tin. Le venin était ensuite traité dans une centri­­fu­­geuse, lyophi­­lisé, et – parce qu’il pouvait coûter jusqu’à 7 000 dollars et parce que Darnell était para­­noïaque – bien caché. Plus tard, lorsque j’ai demandé par mail à Darnell où il cachait le venin, il m’a répondu : « Je vous en prie, ne me deman­­dez plus ce genre de choses si vous ne voulez pas deve­­nir persona non grata. » Darnell disait avoir extrait le venin de quelques 300 000 crotales depuis son entrée dans le busi­­ness, 35 ans plus tôt. C’était proba­­ble­­ment plus que n’im­­porte quelle autre personne, vivante ou morte – la mort étant l’is­­sue fréquente de cette acti­­vité. Il avait été jusqu’à extraire le venin de 1 000 serpents en une seule jour­­née.

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Le nectar
Traite d’un crotale diaman­­tin
Crédits : Michael Edwards

Ce jour-là dans la véranda, il en avait fait 120. « C’est comme tout le reste », dit-il à propos de son travail avec les serpents veni­­meux, « sauf que ces moyens de produc­­tion-là peuvent vous tuer ». Darnell ne s’est fait mordre qu’une seule fois par un crotale. C’était l’an dernier, à l’in­­dex de sa main gauche, après une dispute avec sa femme, qui l’avait expé­­dié à l’hô­­pi­­tal. Depuis, il n’a jamais manqué un seul jour d’ex­­trac­­tion de venin. Étant donné le nombre de serpents veni­­meux dont il s’est occupé, c’est un exploit. Cela n’en demeure pas moins un sujet tabou. « On ne demande jamais à un avocat si un de ses clients a fini à la chaise élec­­trique », m’a-t-il expliqué. « Deman­­der à un dres­­seur de serpents s’il s’est fait mordre ? C’est malpoli. »

Une voca­­tion lucra­­tive

Bill Haast, un des modèles et concur­­rents de Darnell dans le milieu under­­ground et haute­­ment spécia­­lisé de la produc­­tion de venin destiné au commerce, est mort en juin 2011 à l’âge éton­­nant de 100 ans. On dit qu’il s’est occupé de trois millions de serpents veni­­meux au cours de sa carrière, débu­­tée après la Seconde Guerre mondiale. Il était précisé dans sa nécro­­lo­­gie du New York Times, sans ironie percep­­tible, qu’il était mort de « causes natu­­relles ». Durant les dernières années de sa vie, Haast ne pouvait même plus porter un serpent au Miami Serpen­­ta­­rium Labo­­ra­­to­­ries – un labo­­ra­­toire de produc­­tion de venin en Floride – tant ses mains étaient muti­­lées par les 173 morsures qu’il avait subies. On trouve à l’ins­­tar de Haast des hommes comme Carl Barden, un pilote de ligne retraité de 46 ans qui affirme qu’en­­fant, il rêvait de produire du venin après avoir vu Haast dans 60 Minutes. Il a été mordu onze fois au cours de ses vingt années passées à gérer le Medtoxin Venom Labo­­ra­­to­­ries de Deland, en Floride. George Van Horn, qui dirige le Reptile World Serpen­­ta­­rium de St. Cloud, en Floride égale­­ment, y a laissé quelques doigts. « Tout dres­­seur de serpents digne de ce nom, explique Darnell, a perdu des doigts. » En toute logique, Darnell, qui a ses dix doigts, n’est pas digne de ce nom. Mais, comme il le dit, il n’est ni dres­­seur, ni char­­meur de serpents, ni témé­­raire, ni amateur, ni un cinglé passionné de reptiles. « Je suis un produc­­teur de venin », tranche-t-il. Selon l’une des factures qu’il m’a montrées : à 225 dollars le gramme de venin, il a empo­­ché 155 925 dollars.

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L’or des crotales
À 225 dollars le gramme de venin
Crédits : Michael Edwards

Incon­­tes­­ta­­ble­­ment, les appli­­ca­­tions du venin vendu par Darnell sont des plus bien­­veillantes – le venin de serpent est un ingré­­dient essen­­tiel des médi­­ca­­ments pour trai­­ter le diabète et l’hy­­per­­ten­­sion, et aide à préve­­nir les AVC, entre autres mala­­dies et maux – mais ses moti­­va­­tions à lui sont réso­­lu­­ment moins altruistes. « Un centi­­litre de venin de diaman­­tin de l’est, dit-il, vaut bien plus qu’un gramme d’or. » En juillet dernier, un des clients de Darnell avait prévu la commande de quatre kilos de « EDB » (eastern diamond­­back) et quatre autres de diaman­­tins de l’ouest sur une période de dix-huit mois. Cette seule commande, à raison de 7 000 dollars le centi­­litre, pouvait rappor­­ter 2 millions de dollars à Darnell, et néces­­si­­tait envi­­ron 25 000 procé­­dures d’ex­­trac­­tion – dont la plupart d’entre elles seraient faites dans sa véranda. Le venin de diaman­­tin est une puis­­sante hémo­­toxine capable de tuer les globules rouges et de causer des lésions des tissus. Mais il est égale­­ment impor­­tant, dans le cadre des recherches médi­­cales, pour les entre­­prises phar­­ma­­ceu­­tiques et les labo­­ra­­toires de recherche, dans la concep­­tion de nouveaux médi­­ca­­ments (et la produc­­tion d’anti-venin). L’ex­­traire de serpents veni­­meux n’est pas moins dange­­reux et diffi­­cile qu’il y paraît, et la plupart des entre­­prises phar­­ma­­ceu­­tiques ne sont pas équi­­pées en consé­quence. Elles se reposent alors sur de petits réseaux d’hommes excen­­triques, auto­­nomes et coura­­geux au-delà du raison­­nable, tels que Darnell. Les obstacles pour embras­­ser cette indus­­trie agri­­cole poten­­tiel­­le­­ment mortelle sont nombreux : il faut trou­­ver un site de produc­­tion légal, des ache­­teurs, il y a les dettes, la diffi­­culté de l’exer­­cice, le danger, les dépenses, et encore le danger. Étant à la fois obsédé et entre­­pre­­nant, Darnell est sans doute le plus pros­­père de la bande. « En Floride, dit Darnell, mes deux plus grands concur­­rents ont du mal à rassem­­bler assez de serpents pour consti­­tuer un groupe viable sur le plan commer­­cial. Je produis au moins cinq fois plus de venin qu’eux deux réunis. » De temps à autre, des passion­­nés de serpents comme Darnell reçoivent des coups de télé­­phone de la part de gens qui ont entendu parler des vertus du venin. « Bonjour, je compte mettre sur pieds un labo de venin, disent-ils. Que dois-je faire ? » Carl Barden leur répond toujours de la manière suivante : « Rassem­­blez 500 serpents veni­­meux et occu­­pez-vous-en pendant un an. Conten­­tez-vous de les garder en vie. Rappe­­lez-moi quand l’an­­née est écou­­lée, et alors on vous ensei­­gnera tout ce qu’il y a à savoir sur la produc­­tion de venin. » Personne ne rappelle jamais. « À moins de nour­­rir une obses­­sion fana­­tique pour ces animaux, confie Barden, il est impos­­sible de réus­­sir dans ce boulot. La plupart d’entre nous s’ac­­corde à dire que ce n’est pas l’argent qui nous a amené jusque-là. Ce sont seule­­ment les serpents. » Fils d’un gérant de maga­­sin de meubles, Ken Darnell a grandi à Colum­­bus, dans l’état de Géor­­gie. Après avoir été diplômé en chimie à Geor­­gia Tech, il s’est inscrit à des cours du soir dans une école de droit. Au cours du deuxième semestre, il a attrapé la mono­­nu­­cléose et a aban­­donné, en espé­­rant pouvoir y retour­­ner l’an­­née d’après. Entre-temps, il avait passé l’exa­­men du barreau et pouvait bien­­tôt comp­­ter exer­­cer comme avocat spécia­­liste des brevets à Washing­­ton D.C, où il était devenu membre de la société locale d’her­­pé­­to­­lo­­gie. Il avait toujours aimé les serpents. En paral­­lèle, il occu­­pait un autre emploi de chargé d’af­­faires dans un labo­­ra­­toire de venin de Balti­­more, dans lequel il devait récu­­pé­­rer une centaine de serpents pour que quelqu’un s’oc­­cupe d’en extraire le venin. Dans son mémoire non publié, inti­­tulé « The Venom Gypsy », Darnell écrit : « Me voilà désor­­mais chargé d’af­­faires dans un labo­­ra­­toire alors que je n’ai jamais touché un serpent veni­­meux de ma vie ; soit je tourne le dos aux quarante serpents qui me fixent à travers les murs en Plexi­­glas de ce “convoi de serpents”, soit je préserve le venin pour la recherche. »

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L’al­­chi­­miste
Dans son domaine, nul n’égale Darnell
Crédits : Michael Edwards

Après s’être occupé de son premier serpent, Darnell y a pris goût, aussi avait-il rapi­­de­­ment estimé qu’il était capable de diri­­ger une meilleure entre­­prise que celle du labo­­ra­­toire de Balti­­more, au bord de la faillite. « J’ai tout simple­­ment conti­­nué, dit-il. Il est impor­­tant que quelqu’un d’autre s’en charge. Le venin sauve des vies. » Les gens apportent conti­­nuel­­le­­ment des serpents à Darnell. Certains les déposent gratui­­te­­ment – comme par exemple à l’ar­­rière d’un pick-up laissé à l’aban­­don dans son allée –, mais pour la plupart il doit payer. « 10 dollars pour 30 centi­­mètres suffisent à inté­­res­­ser. Ils les apportent ici dans le jardin, klaxonnent et me demandent si je veux ce serpent. Ils savent de quoi ils parlent et moi aussi. Ils me donnent un serpent de 1,5 mètres et en échange je leur en donne pour 1,8 mètres. »

La chasse

Darnell passe aussi des coups de télé­­phone. Un jour de février, je l’ai accom­­pa­­gné au cours d’un voyage pour ache­­ter vingt-trois EDB aux Cobb, une famille vivant non loin de chez Darnell, dans la ville de Moul­­trie, en Alabama. Pendant le trajet, je lui ai demandé pourquoi il ne chas­­sait pas lui-même ses serpents. « C’est une perte de temps quand quelqu’un d’autre peut le faire », a-t-il répondu. Léga­­le­­ment parlant, les crotales diaman­­tins de l’est peuvent être chas­­sés dès novembre, lorsqu’ils se réfu­­gient au chaud dans les terriers des tortues gaufrées. En pratique, en revanche, peu de personnes s’aven­­turent à les attra­­per avant la fin de la saison des biches, vers la fin du mois de janvier. Les chas­­seurs de serpents préfèrent éviter de se faire tirer dessus, et qui plus est la plupart d’entre eux préfèrent chas­­ser la biche. Dans cette partie de l’Ala­­bama, la chaleur peut faire son retour dès la troi­­sième semaine de février. Alors, les crotales quittent les terriers pour retour­­ner fure­­ter vers les clôtures, les brous­­sailles, les bruyères et les déchets entas­­sés près des poulaillers et des porche­­ries – là où vivent les rongeurs.

Vêtu de bretelles rouges, d’un polo noir, d’un jean et de lunettes, Darnell soule­­vait les serpents à l’aide de son club de golf spécial.

Nous sommes arri­­vés chez les Cobb dans l’après-midi. Les serpents étaient empi­­lés dans des caisses en bois dans l’al­­lée. Après avoir badiné un peu, Darnell a entre­­pris de dépla­­cer et d’ins­­pec­­ter chacun d’entre eux, rappor­­tant ses constats d’une voix traî­­nante. Tommy Cobb chas­­sait les serpents depuis quarante ans. D’après ses dires, sa méthode de prédi­­lec­­tion était de dérou­­ler un tuyau d’ar­­ro­­sage long de six mètres dans un terrier, de placer l’autre extré­­mité près de son oreille, et d’écou­­ter sonner la casca­­belle. En me faisant cette confes­­sion, il a mani­­pulé la caisse à distance avec un bâton et en a sorti un serpent magni­­fique, parmi les plus grands spéci­­mens veni­­meux d’Amé­­rique du Nord. Ses écailles marrons et jaunes scin­­tillaient comme des diamants. Betty Cobb, la femme de Tommy, avait fait le décompte total : un spéci­­men de 1,2 mètres, deux de 1,8 mètres, le reste entre 1,5 et 1,7 mètres. « On va dire 36,5 mètres en tout », a annoncé Darnell en tendant 1 205 dollars à Tommy. « J’en ai attrapé un une fois, a raconté Tommy, il venait juste de manger un lapin. J’ai pris une cravate blanche pour la placer autour de son cou et le main­­te­­nir comme ça. Eh bien je l’avais trop serrée, et il est mort. » « C’est abomi­­nable », a commenté Betty en se tour­­nant vers moi. « Je lui ai dit que c’était abomi­­nable. » « Un garrot sur un serpent, a remarqué Darnell. Si ça c’est pas un concept ! » « C’était un bon serpent », a dit Tommy. Il s’est arrêté, l’air de plus en plus pensif, avant de pour­­suivre. « Il y en a plus que jamais là dehors. Les gens font telle­­ment le ménage qu’ils atter­­rissent par ici, ils ne font que les dépla­­cer. » Peut-être bien, mais en août dernier, Bruce Means, profes­­seur assis­­tant à l’Uni­­ver­­sité de Floride, avec l’ap­­pui de trois orga­­nismes envi­­ron­­ne­­men­­taux, a rempli une péti­­tion avec l’US Fish and Wild­­life Service, deman­­dant à ce que le crotale diaman­­tin de l’est soit listé comme espèce « mena­­cée d’ex­­tinc­­tion ». Lorsque les habi­­tants du sud et du Midwest s’inquiètent de l’in­­va­­sion des crotales, ils orga­­nisent des rassem­­ble­­ments. Imagi­­nez une foire sanglante : les gens du coin capturent et apportent les serpents, souvent en l’échange d’une prime. Les chas­­seurs sont récom­­pen­­sés pour leurs plus belles prises. Les serpents sont exhi­­bés, piqués, harce­­lés avant d’être, en règle géné­­rale, massa­­crés pour leur chair et leur peau. Trois rassem­­ble­­ments diffé­­rents ont lieu sur le terri­­toire des diaman­­tins de l’est : à Opp, en Alabama ; à Clax­­ton, en Géor­­gie ; et à Whigham, en Géor­­gie.

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Le domp­­teur
Même face à une bête de presque 2 mètres, Darnell ne tremble pas
Crédits : Michael Edwards

En janvier 2011, le rassem­­ble­­ment de Whigham enre­­gis­­trait son plus bas record avec 82 serpents. Le même mois, la ville d’Opp offrait une prime de 8 dollars pour 30 centi­­mètres de crotale, afin d’in­­ci­­ter à la chasse. Un jour­­nal local avait publié dans ses gros titres que les terriers étaient une véri­­table mine d’or. Oppor­­tu­­niste comme jamais, Darnell conti­­nue autant que possible d’as­­sis­­ter à ces rassem­­ble­­ments, en profi­­tant pour extraire le venin des serpents – ceux qui sont sur le point d’être tués et ceux qui seront épar­­gnés – sans avoir à payer les chas­­seurs. « Seuls les spec­­ta­­teurs, dit-il, sont conscients des mauvais trai­­te­­ments infli­­gés. Il suffit d’un petit rassem­­ble­­ment pour que les gens enragent, sans prendre en compte que l’argent est récolté pour des bourses et que le venin est produit, de toute évidence, pour servir de bonnes causes. » Le 28 janvier, Darnell a fait une appa­­ri­­tion au 52e rassem­­ble­­ment annuel de Whigham. 20 000 personnes venues des campagnes envi­­ron­­nantes erraient entre les tentes donnant à voir la recons­­ti­­tu­­tion des états confé­­dé­­rés, les stands de fête foraine, les cabines de maquillage, et les conver­­sa­­tions à propos des reptiles. Ils ache­­taient des cein­­tures en cuir, des sarra­­cé­­nies, des soutiens-gorge dernier cri, des pisto­­lets en plas­­tique, des lunettes de camou­­flage, des têtes de serpents et des serpents en peluche. À l’in­­té­­rieur du corral à crotales, une demi-douzaine d’aqua­­riums en Plexi­­glas conte­­naient chacun une ving­­taine d’in­­di­­vi­­dus. Vêtu de bretelles rouges, d’un polo noir, d’un jean et de lunettes, Darnell soule­­vait les serpents à l’aide de son club de golf spécial, les mesu­­rait, les pesait, puis s’oc­­cu­­pait d’en extraire le venin. Il se bala­­dait pour que la foule puisse voir de plus près les serpents dont le venin avait déjà été extrait. Un homme en tenue de camou­­flage portait sa fille en hauteur pour lui permettre d’ob­­ser­­ver la scène. Elle a demandé si les serpents allaient les mordre. « Non, ma puce, a répondu le père, ils ont sans doute plus peur de toi que tu n’as peur d’eux. »


Traduit de l’an­­glais par Mehdi Chau­­vot d’après l’ar­­ticle « The Venom King », paru dans Men’s Jour­­nal. Couver­­ture : Ken Darnell et un crotale diaman­­tin, par Michael Edwards.
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