par Ambroise Garel | 0 min | 17 juin 2014

Première entre­­vue

Vous écri­­vez pour des publi­­ca­­tions pres­­ti­­gieuses, comme le New York Times, McSwee­­ney’s ou Wired. Pourquoi avez-vous créé Epic Maga­­zine ?

J’ai eu l’idée d’Epic Maga­­zine quand j’ai commencé à comprendre qu’il y avait un renou­­veau de l’in­­té­­rêt pour le jour­­na­­lisme narra­­tif, sur inter­­­net. Cela ne concerne pas tous les maga­­zines, bien entendu, mais il y a une sorte de nouveau lecto­­rat sur inter­­­net, de nouveaux terrains d’ex­­pres­­sion : sur les réseaux sociaux par exemple, on voit que les gens veulent lire ce genre d’his­­toires. Cela a créé une demande pour des articles de non-fiction exclu­­sif, pensés pour le web. Du coup, plusieurs éditeurs ont commencé à en sortir, The Atavist par exemple.

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Bagh­­dad Coun­­try Club, une histoire de Joshuah Bear­­man
Crédits : The Atavist

J’ai travaillé avec eux et je connais bien le fonda­­teur ; ils ont créé un modèle écono­­mique assez simple : si vous voulez lire l’un des articles, il faut l’ache­­ter. Mais de notre côté, nous avons pensé qu’il serait possible de payer les jour­­na­­listes une somme fixe, et que les articles seraient gratuits : nous avons donc essayé de fédé­­rer une audience autour de notre média et nous avons cher­­ché d’autres moyens de rému­­né­­ra­­tion. Par exemple, nous avons un parte­­na­­riat avec Medium. Avec Josh Davis, le co-fonda­­teur d’Epic… Une jeune femme appa­­raît à l’écran, nous salue tous les deux d’un sourire et laisse un café sur le bureau de Joshuah avant de quit­­ter les lieux. Je vous ai dit que j’étais dans une cabane, en plein milieu de la forêt ? C’est là que nous nous reti­­rons pour écrire, regar­­dez ! Il déplace alors la webcam autour de la pièce éclai­­rée seule­­ment par la lumière du jour, le grenier d’un châlet fait de rondins et de planches, mira­­cu­­leu­­se­­ment connecté à inter­­­net. En face de lui, derrière une large fenêtre, la nature luxu­­riante d’une forêt de Cali­­for­­nie et les rayons du soleil qui viennent satu­­rer jusqu’au blanc le flux vidéo.

Joli !

Nous sommes au calme. Bref, nous avons commencé à négo­­cier avec l’in­­dus­­trie du diver­­tis­­se­­ment : des produc­­teurs peuvent mettre des options sur nos histoires et les trans­­for­­mer en série télé ou en film. Cela arri­­vait parfois avant quand nous publiions dans des médias tradi­­tion­­nels, mais avec Epic, nous voulions faire cela à une autre échelle, avec les histoires d’autres personnes que nous pour­­rions fami­­lia­­ri­­ser avec ce système. Quand vous écri­­vez pour un maga­­zine, ce n’est pas quelque chose qui appa­­raît comme une évidence et ce n’est pas non plus aisé de navi­­guer dans le monde du diver­­tis­­se­­ment. On nous avait déjà demandé comment il fallait procé­­der et nous avons décidé de rassem­­bler des gens et de créer une plate­­forme qui serait visible pour les produc­­teurs, les studios de ciné­­mas, les télé­­vi­­sions… Nous essayons de faire colla­­bo­­rer autour du maga­­zine des gens issus des deux milieux, celui de l’écri­­ture et celui du diver­­tis­­se­­ment.

Qu’y a-t-il de nouveau, d’après vous, dans votre manière de racon­­ter des faits ?

Hmm. Je ne pense pas qu’il y a quelque chose de spécia­­le­­ment nouveau dans ce qu’on fait. Nous pratiquons un jour­­na­­lisme qui a sa racine aux États-Unis, disons… dans les années 1950. Vous savez, quand sont appa­­rus les prémices d’une tendance à appré­­cier les histoires vraies. Peut-être que si l’on remonte aux premiers textes améri­­cains dans ce style, on peut remon­­ter jusqu’aux années 1920. Cela n’a pas émergé de rien ! Et il y avait d’autres maga­­zines qui faisaient déjà ça, même si je n’en connais­­sais pas la plupart : ce que je savais, c’est qu’il y avait un courant atta­­ché à l’écri­­ture d’œuvres narra­­tives non fictives.

« Nous ne faisons donc pas quelque chose de nouveau : nous nous spécia­­li­­sons simple­­ment dans le jour­­na­­lisme narra­­tif. »

Nous ne faisons donc pas quelque chose de nouveau : nous nous spécia­­li­­sons simple­­ment dans le jour­­na­­lisme narra­­tif. Nous ne faisons pas, par exemple de biogra­­phies, même quand un grand explo­­ra­­teur meurt. S’il n’a pas fait quelque chose qui n’a pas été raconté et mérite de l’être, nous ne racon­­te­­rons pas son histoire. Mais ce n’est pas simple de faire ce genre d’his­­toire. Pendant long­­temps, cela n’a pas été instinc­­tif pour moi… main­­te­­nant, c’est trop instinc­­tif ! (Rires.) La plupart des articles dans les maga­­zines ne sont pas narra­­tifs : ce sont des critiques de livres, des biogra­­phies, des couver­­tures d’évé­­ne­­ments poli­­tiques, des sujets scien­­ti­­fiques… une sorte de version hebdo­­ma­­daire des news. Mais quoi que ce soit, ce ne sont pas des articles pour lesquels on va passer six mois à essayer de tout savoir sur des prison­­niers ou des lieux où quelque chose se passe, puis rester trois semaines enfermé dans une cabane dans les bois pour trans­­for­­mer toute cette matière en une narra­­tion. Cela, c’est presque l’an­­ti­­thèse des médias actuels… même s’il y a une attente pour des histoires de ce genre. Quand elles sortent, les gens les dévorent ! Pour répondre à votre ques­­tion, je dirais que nous essayons de perfec­­tion­­ner la confec­­tion.

Comment avez-vous rencon­­tré Joshua Davis, le co-fonda­­teur d’Epic ?

Oh, cela fait huit ou neuf ans que nous nous connais­­sons. Nous avions des amis en commun, notam­­ment un autre auteur, Steve Elliott. Il a créé un très bon maga­­zine litté­­raire, The Rumpus. Nous avions donc des amis en commun à San Fran­­cisco. Davis était à San Fran­­cisco, Steve était à San Fran­­cisco et nous avons tout de suite accro­­ché, puisqu’on avait beau­­coup d’af­­fi­­ni­­tés, comme vous vous en doutez. En fait, je l’ai invité à Los Angeles, où je diri­­geais et produi­­sais ces espèces de shows comiques non fictifs ? (Rires.) Cela racon­­tait des événe­­ments qui s’étaient réel­­le­­ment produits, je faisais cela pour McSwee­­ney’s. Nous rece­­vions un invité, il y avait un groupe de musique et les gens venaient racon­­ter des histoires. Josh Davis avait raconté une histoire person­­nelle très drôle : il avait tenté d’être sumo en parti­­ci­­pant à l’US Sumo Open. Il en a fait une histoire pour GQ d’ailleurs, c’est comme cela que je l’ai décou­­vert. Il y avait une photo de lui dans cet article, complè­­te­­ment écrasé par un type de 200 kilos. Lui, il devait en faire 60 ! (Rires.)

Il écrit égale­­ment dans sa biogra­­phie qu’il a passé du temps en prison sur trois conti­­nents…

Davis a fait de la prison sur trois conti­­nents ? (Rires.) Je ne sais pas à quoi il fait réfé­­rence ! Il a inter­­­viewé des gens en prison sur au moins deux conti­­nents oui, mais je ne pense pas qu’il ait été un jour prison­­nier lui-même. Je pense qu’il joue sur le sens des mots.

Joshuah Davis contre Goliath
Joshuah Davis contre Goliath
Crédits : Joshuah Davis

Vous n’écri­­vez que des articles longs. Vous souve­­nez-vous de ce que vous avez ressenti quand vous avez vu que le jour­­na­­lisme web s’orien­­tait vers une course à la quan­­tité plus qu’à la qualité ?

Je m’en souviens oui. C’était l’époque où les fermes de contenu commençaient à émer­­ger, la mode des articles mis à jour ou je ne sais quoi… Je me deman­­dais ce que j’al­­lais faire, quand je les voyais propo­­ser cinquante dollars pour écrire vingt news à propos de tout et n’im­­porte quoi. L’une d’elles s’ap­­pe­­lait Chur­­na­­lism, je ne sais pas si on peut saisir la portée du jeu de mot en français [« to churn » peut signi­­fier mélan­­ger avec violence ou produire en série, NDLR]. La plus grande s’ap­­pe­­lait Demand Media. Ils affir­­maient qu’ils publie­­raient un million d’ar­­ticles par mois. Évidem­­ment, c’était beau­­coup de non-sens et des articles payés trois dollars. Autant ne pas travailler du tout ! Mais c’était ce qui se profi­­lait autour de l’an­­née 2009, quand Demand Media était vrai­­ment au sommet. Cela dit, cela ne s’est pas passé comme ils l’es­­pé­­raient et j’ai l’im­­pres­­sion que le contenu est de nouveau roi : il y a telle­­ment de plate­­formes et de médias main­­te­­nant qu’ils devaient bien se diffé­­ren­­cier par quelque chose. Il leur fallait quelque chose de bon, qui les mettait en avant. Et aujourd’­­hui, ce qui est bon est partagé et nos articles ont un large écho.

Pour quelle raison avez-vous choisi d’écrire sur inter­­­net désor­­mais ?

Je fais encore les deux, papier et web. Mais malgré son âge, inter­­­net est encore un monde à explo­­rer, alors c’est ce que je fais. On peut faire des choses vrai­­ment superbes sur le web qui sont impos­­sibles sur le papier. Tout l’as­­pect visuel, notam­­ment, le design, les inter­­ac­­tions avec le contenu. Le partage aussi, comme je l’ai dit. Après, la plupart des articles que j’écris pour des maga­­zines papiers sont publiés sur inter­­­net d’une manière ou d’une autre. Je n’en reste pas moins très atta­­ché au papier : j’aime lire des maga­­zines, même le jour­­nal !

Le bon sujet

Vous écri­­vez sur des sujets a priori très divers, des jeux vidéo à la poli­­tique inter­­­na­­tio­­nale : est-ce que vous pensez que quelque chose les rassemble ?

Si l’on reste du côté des théma­­tiques, il n’y a pas d’unité, non. Cela va du grand bandi­­tisme à d’im­­pres­­sion­­nantes missions de sauve­­tage, aux joueurs de Pac-Man. (Il fait une longue pause, pensif.) Je pense que si je regarde dans le rétro­­vi­­seur, je pour­­rais voir une espèce d’unité, oui, des simi­­li­­tudes entre les diffé­­rents sujets. Il y a toujours, au cœur de mes écrits, des person­­nages margi­­naux. Je pense que je suis captivé par les gens à la marge de la société. Qu’im­­porte ce qu’ils font, prenez par exemple le voleur de diamants : c’est un person­­nage excep­­tion­­nel, margi­­nal et c’est peut-être pour cela aussi qu’il est devenu un hors-la-loi. Jusqu’à un certain degré, j’aime prendre l’in­­di­­vi­­dua­­lité de ces person­­nages et tenter de trou­­ver en eux ce qui relève de l’uni­­ver­­sel, ce que ces gens aux marges de la société disent de la société.

« Heaven’s Gate est un bon exemple d’his­­toire dans laquelle quelqu’un a priori margi­­nal nous donne quelque chose pour penser un événe­­ment tragique. »

C’est comme l’ar­­ticle que j’ai fait pour cette émis­­sion de radio, « The Ameri­­can Life ». Quatre ou cinq de mes articles ont été faits pour la radio. Et dans ces articles, il y en a un que j’ai fait à propos d’une querelle entre diffé­­rents groupes de pères Noël profes­­sion­­nels, ceux qu’on voit dans la rue autour des fêtes. C’est une histoire de putsch à l’union des pères Noël profes­­sion­­nels… bref, c’est la Révo­­lu­­tion française chez Santa Claus. (Rires.) Ils devaient élire un diri­­geant, des pères Noël se sont battus… ils sont deve­­nus agres­­sifs et se sont attaqués. J’en parle de manière légère, mais au fond je suis très sérieux, ce sont des choses qui se sont réel­­le­­ment dérou­­lées. Ce sont des gens qui prennent très au sérieux le fait de se dégui­­ser en père Noël. Cela paraît ridi­­cule si l’on ne regarde que la surface des choses. Tout comme ce gars qui jouait à Donkey Kong. Cela peut paraître peu impor­­tant de l’ex­­té­­rieur, mais si vous voyez leur acti­­vité comme ils la voient, cela devient la chose la plus impor­­tante du monde. Ce n’est pas l’his­­toire de quelqu’un qui joue à des jeux vidéo, c’est l’his­­toire de quelqu’un qui mûrit et qui comprend ce pour quoi il est fait, sans avoir de regret ou être déçu. C’est une quête univer­­selle, commune à tous les hommes. J’ai tendance à être attiré par ces sujets, je ne sais pas trop pourquoi, et j’aime ces person­­nages hors du commun, étranges. J’ai écrit une histoire sur le seul survi­­vant du suicide collec­­tif de la secte Heaven’s Gate, en 1997. Cet homme était un peu fou, mais j’ai beau­­coup sympa­­thisé avec lui et il croyait encore à ces théo­­ries étranges comme quoi ses amis qui s’étaient tués étaient en train de flot­­ter dans l’es­­pace. J’ai essayé de comprendre pourquoi c’était impor­­tant pour lui. C’est un bon exemple d’his­­toire dans laquelle quelqu’un a priori margi­­nal nous donne quelque chose pour penser un événe­­ment tragique. Voilà ce que je fais, je pense.

Et comment compo­­sez-vous ces histoires ? Passez-vous plus de temps dans des biblio­­thèques et des archives ou sur le terrain ?

Ce que je fais le plus, c’est parler aux gens. En personne, ou au télé­­phone, cela dépend de la nature de l’his­­toire. Si c’est une histoire du passé, qui s’est dérou­­lée il y a long­­temps, je n’ai pas besoin d’al­­ler voir sur place : rien ne peut s’y passer. Dans ce cas, je vais avoir besoin de rencon­­trer beau­­coup de monde et de compi­­ler des tas de conver­­sa­­tions. Mon article « Coro­­nado High » se déroule en grande partie en Cali­­for­­nie, du coup j’ai pu rencon­­trer beau­­coup de monde. Pour « Argo », j’ai fait la plus grande partie simple­­ment au télé­­phone !

Vos inter­­­lo­­cu­­teurs parlent-ils faci­­le­­ment de tout cela ?

Parfois j’ai quelques diffi­­cul­­tés, des gens qui ne veulent pas du tout parler de quoi que ce soit. La plupart des gens, en revanche, aiment racon­­ter leur histoire. Ce n’est pas habi­­tuel pour eux, du coup ils ont vrai­­ment envie de parler. Souvent, ils ne savent pas trop à quoi s’at­­tendre, alors je leur envoie des exemples de mes précé­­dents articles pour leur montrer ce que cela signi­­fie de figu­­rer dans une histoire comme celle-ci. Mais en y réflé­­chis­­sant, j’ai bien rencon­­tré des gens qui ne voulaient pas parler du tout : un des otages que l’on voit dans « Argo » ne voulait pas parler du tout.

Et pour votre article sur Gérald Blan­­chard…

Oh oui, là tout le monde a parlé ! Les poli­­ciers et Blan­­chard, le voleur. Il était très fier de ses exploits et les poli­­ciers étaient fiers de l’avoir attrapé. Joshuah doit prendre un autre coup de fil – il dédie ses mati­­nées à sa corres­­pon­­dance. Notre première entre­­vue s’achève.


11 heures, Los Angeles ; 20 heures, Paris : seconde entre­­vue. Après trois jours de tenta­­tives infruc­­tueuses et un déca­­lage horaire qui creuse la distance entre la côte ouest des États-Unis et la France, j’ar­­rive à joindre de nouveau Joshuah Bear­­man. Notre seconde conver­­sa­­tion, sans vidéo cette fois, sera ponc­­tuée de bruits d’eau – bain mati­­nal ou piscine enso­­leillée.
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D’après une histoire de Joshuah Bear­­man

Vous m’avez parlé d’ar­­ticles pour la radio. Est-ce que vous les conce­­vez comme des article pour un maga­­zine ?

Le temps de l’enquête n’est pas diffé­rent, non. Le proces­­sus l’est en revanche, parce qu’il y a un produc­­teur à la radio. À la diffé­­rence d’un rédac­­teur en chef, le produc­­teur d’une émis­­sion de radio est présent tout au long de l’en­­re­­gis­­tre­­ment et du coup, on travaille plus souvent ensemble. Le show en lui-même est quelque chose de très très diffé­rent, c’est une sorte de procédé d’op­­ti­­mi­­sa­­tion du temps. Il faut que tout fonc­­tionne, avec le produc­­teur, le produc­­teur adjoint, l’hôte de l’émis­­sion et les créa­­tifs qui travaillent sur le programme. Dans un maga­­zine, vous n’al­­lez pas souvent vous asseoir avec votre rédac­­teur en chef et faire l’édi­­tion à ses côtés : c’est ce qu’on fait pour­­tant à la radio.

Radio et cinéma

Quand on raconte une histoire de jour­­na­­lisme narra­­tif à la radio, faut-il tout autant diver­­tir et infor­­mer ?

Je suis habi­­tué à faire les deux, donc je conti­­nue à la radio. Ce n’est pas telle­­ment diffé­rent, au fond, qu’une histoire sur du papier. Cela aide, évidem­­ment, de savoir racon­­ter spon­­ta­­né­­ment une histoire à l’oral, parce que l’au­­dio que vous allez enre­­gis­­trer sera exal­­tant pour l’au­­di­­teur, mais cela ne change pas fonda­­men­­ta­­le­­ment votre travail de jour­­na­­liste.

Quel sorte d’ar­­ran­­ge­­ment avez-vous avec les studios améri­­cains ? Pouvez-vous nous racon­­ter comment les choses se sont passées pour « Argo » ?

Si l’on parle d’« Argo » en parti­­cu­­lier, c’était assez simple. J’ai publié cette histoire et elle a été réser­­vée par Warner Bros. et la société de produc­­tion de George Cloo­­ney. C’était une procé­­dure assez stan­­dard, en fin de compte. Le contrat de produc­­tion n’est peut-être pas fami­­lier à un jour­­na­­liste, mais c’était le même qu’a­­vec un scéna­­riste par exemple, ou n’im­­porte qui qui aurait à établir un contrat avec un studio. Et puis il y a ce qu’on appelle aussi un droit de premier regard : certains studios qui ont acheté ce droit peuvent lire ce que l’on fait avant les autres.

« La fiction au cinéma a une tendance à habi­­tuer les gens à certains clichés et parfois, ce qui en sort paraît ridi­­cule. Imagi­­nez qu’Argo ait été une histoire inven­­tée, personne n’y aurait cru : c’est trop gros. »

Quand un produc­­teur veut l’un de vos articles, quels droits gardez-vous dessus ? Avez-vous tous les droits de publi­­ca­­tion ?

Oui, bien sûr. Les droits de publi­­ca­­tion conti­­nuent de m’ap­­par­­te­­nir. Quand un studio ou un produc­­teur réserve votre article, il ne prend que les droits d’adap­­ta­­tion. Pour faire simple, en fait, ils dépensent de l’argent pour avoir l’ex­­clu­­si­­vité sur le sujet. L’ar­­ticle doit de toute façon être publié pour qu’ils puissent le lire et le réser­­ver pour en faire une narra­­tion ciné­­ma­­to­­gra­­phique. Parfois, on leur envoie les articles un tout petit peu avant la publi­­ca­­tion, oui, mais on parle de jours : tout est déjà prévu avec l’or­­ga­­nisme de presse. C’est l’édi­­teur d’ailleurs qui peut donner le droit au produc­­teur d’avoir un aperçu avant publi­­ca­­tion, mais cela n’a pas d’in­­ci­­dence du tout sur la publi­­ca­­tion de l’ar­­ticle.

Pourquoi n’avez-vous pas écrit le scéna­­rio d’Argo ?

Parce que je n’étais pas scéna­­riste ! Pour des projets comme celui-là, ils préfèrent embau­­cher des scéna­­ristes profes­­sion­­nels : ils cherchent quelqu’un qui peut leur produire un bon script. Ce n’est pas simple et c’est assez enca­­dré à Holly­­wood. Alors oui, des fois ils peuvent lais­­ser l’au­­teur origi­­nal écrire le scéna­­rio du film et je serai peut-être amené à le faire si cela se repro­­duit, vu que j’ai plus d’ex­­pé­­rience main­­te­­nant. Mais à l’époque d’« Argo », c’était quelque chose de complè­­te­­ment nouveau pour moi. Je n’étais même pas sûr de vouloir tenter, en fait. Quand ils ont acheté l’ar­­ticle, ils avaient déjà une liste de scéna­­ristes qu’ils connais­­saient et dont ils avaient eu des exemples de script.

Pensez-vous que l’adap­­ta­­tion d’his­­toires vraies est une tendance actuelle de l’in­­dus­­trie du cinéma ?

Je ne sais pas trop. Holly­­wood a adapté des articles quelques fois dans le passé. Cela arrive, ce n’est pas si inha­­bi­­tuel que cela. Moi, en tant qu’au­­teur d’his­­toires vraies, je pense qu’elles font les meilleurs films ! Les person­­nages, les lieux… tout est mieux. La fiction au cinéma a une tendance à habi­­tuer les gens à certains clichés et parfois, ce qui en sort paraît ridi­­cule. Imagi­­nez qu’Argo ait été une histoire inven­­tée, personne n’y aurait cru : c’est trop gros. Et pour­­tant, c’est une histoire vraie et elle parvient donc à capti­­ver l’au­­dience d’une manière complè­­te­­ment diffé­­rente. Si vous regar­­dez les gros films de ces dernières années, ils sont presque tous basés sur des faits réels. Dallas Buyers Club était une histoire vraie, Ameri­­can Hustle égale­­ment, Rush, 12 Years a Slave… ce sont des gros films, faits par de grands réali­­sa­­teurs. Je pense qu’il y a une tendance, oui, mais nous verrons comment elle va évoluer. On ne peut jamais savoir si c’est une coïn­­ci­­dence ou un mouve­­ment qui va se déve­­lop­­per.


Couver­­ture : Argo, de Ben Affleck, GK Films, 2012.
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