par Ambroise Garel | 17 mai 2014

Ensei­­gner le jour­­na­­lisme

Est-ce qu’en tant que profes­­seur de jour­­na­­lisme, votre métier a changé depuis que vous avez commencé à exer­­cer ?


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Para­­ly­­zed
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C’est une excel­­lente ques­­tion. Mon travail a très certai­­ne­­ment changé, oui. Je travaille à l’Uni­­ver­­sité de Colum­­bia depuis 1992, cela coïn­­cide avec le début d’un chan­­ge­­ment à l’échelle mondiale. Quand je repense au moment où j’ai commencé à ensei­­gner, les gens commençaient à travailler sur des ordi­­na­­teurs, faisant d’eux un usage rudi­­men­­taire. Par rapport où nous en sommes main­­te­­nant… (Il fait une pause.) Par exemple, mes étudiants finissent un travail de publi­­ca­­tion d’un e-book, qu’ils font en cours de design numé­­rique qui doit être publié dans quelques semaines. Cet e-book raconte une semaine passée à New York, avec comme angle, la musique. Le fait est qu’ils ont beau­­coup réflé­­chi à quelque chose qui n’était pas au centre des préoc­­cu­­pa­­tions il y a à peine quelques années : qui est notre audience ? Comment la rencon­­trons-nous ? Comment parve­­nons-nous à la conser­­ver ? Comment mesu­­rons-nous le succès ? Alors quand vous oppo­­sez tout cela à simple­­ment écrire des articles et regar­­der ce que les gens en pensent… Ce que je vois dans mes classes, c’est vrai­­ment une volonté de comprendre comment toucher le lecto­­rat.

Pensez-vous alors que c’est l’es­­sence du jour­­na­­lisme qui a changé, ou simple­­ment les moyens de trans­­mettre l’in­­for­­ma­­tion ?

C’est très inté­­res­­sant. Je pense que pour répondre, il faut peut-être que je parle de mon autre acti­­vité, au-delà de l’en­­sei­­gne­­ment : j’ai créé un média pour publier du jour­­na­­lisme long format sur inter­­­net, nommé The Big Round­­table. Ce média parti­­cipe, aussi bien que mon acti­­vité de profes­­seur, à la défi­­ni­­tion de mon travail. Ce qui est devenu de plus en plus clair, pour moi et mes collègues, c’est qu’a­­près avoir accepté des formules comme « la plate­­forme est reine », nous avons compris que ce qui comp­­tait, c’était le contenu. J’avais une excel­­lente amie qui nous a malheu­­reu­­se­­ment quitté il y a quelques années, Lisa Guber­­nick, qui travaillait pour Forbes et le Wall Street Jour­­nal et qui commençait chacune de ses conver­­sa­­tions, person­­nelles ou profes­­sion­­nelles, par la même ques­­tion : « What’s new and inter­­es­­ting ? » C’est très inté­­res­­sant dans le contexte du jour­­na­­lisme. Deux choses qui s’ar­­ti­­culent entre elles sont à prendre en compte dans la profes­­sion : la première est bien entendu un chan­­ge­­ment dans les moyens de trans­­mettre l’in­­for­­ma­­tion. La deuxième, dans le même temps, est quelque chose qui n’a pas changé : les gens veulent toujours savoir ce qui est nouveau et ce qui est inté­­res­­sant. Je dis désor­­mais à mes étudiants la chose suivante : « Si vous arri­­vez à produire quelque chose de nouveau et d’in­­té­­res­­sant, vous êtes sur la bonne voie. Si vous avez juste du nouveau ou de l’in­­té­­res­­sant, c’est pas mal. Si vous n’avez ni l’un ni l’autre, recom­­men­­cez. »

J’al­­lais vous deman­­der quelle était la chose la plus impor­­tante que vous essayiez de trans­­mettre à vos étudiants pour qu’ils soient de bons jour­­na­­lis­­tes…

Tous les profes­­seurs ici sont des jour­­na­­listes en acti­­vité. Du coup, nous sommes constam­­ment en train de nous poser des ques­­tions comme « comment vais-je amélio­­rer mon travail ? » ou « comment puis-je être sûr de ce que je dois faire ? » Je suis jour­­na­­liste depuis 38 ans. C’est une longue période et une chose est deve­­nue claire à mes yeux : ce qui rend notre travail plai­­sant et inté­­res­­sant, ce n’est pas la manière dont nous racon­­tons nos histoires, mais la manière dont nous enquê­­tons.

« Ce qui manque aux histoires qui ne captivent pas, c’est le travail essen­­tiel du repor­­ter, qui est de trou­­ver de l’in­­for­­ma­­tion origi­­nale. »

Et je le vois, au contact de mes étudiants et à travers ce que l’on publie sur The Big Round­­table : il y a une diffé­­rence entre les histoires qui captivent les gens et les histoires qui n’y parviennent pas, quel que soit le média. Et la diffé­­rence est ténue – de loin, toutes ces histoires peuvent se ressem­­bler : elles sont bien racon­­tées, elles sont bien écrites, mais ce qui manque à celles qui ne captivent pas, c’est le travail essen­­tiel du repor­­ter, qui est de trou­­ver de l’in­­for­­ma­­tion origi­­nale. Quand ce travail est accom­­pli, même sur un sujet qui ne vous inté­­resse pas a priori, vous le ressen­­tez. Au début du semestre, j’ai dit à mes étudiants : « Mon travail ici, avant toute chose, c’est de vous faire tomber amou­­reux du repor­­tage. Écrire vous fera vieillir, enquê­­ter vous fera rester jeune. Le senti­­ment de la décou­­verte, cette chose qui vous empêche de dormir, qui vous prend aux tripes parce que vous n’avez pas encore d’in­­for­­ma­­tion, c’est une chose fantas­­tique. » Et en ce sens, notre travail n’a jamais changé.

Est-ce quelque chose que vous avez appris en pratiquant le jour­­na­­lisme ou en faisant de la recherche ?

J’ai changé, en tant que jour­­na­­liste. Et c’est une très bonne chose. Je ne suis plus le jour­­na­­liste que j’étais il y a vingt ans, pas même celui que j’étais il y a dix ans. J’ai appris, de trois manières. D’abord, par mon travail profes­­sion­­nel, en tant qu’au­­teur et jour­­na­­liste. Ensuite, en tant que profes­­seur et enfin, en tant qu’é­­di­­teur de presse. Ce qui rend un travail inté­­res­­sant, ce qui me donne envie de lire ou de publier, c’est quand quelqu’un a œuvré pour savoir quelque chose. Le jour­­na­­liste qui réus­­sira dans ce monde en mouve­­ment est celui qui portera en lui ce besoin d’éclai­­rer les choses. Ma femme est jour­­na­­liste, ma fille est jour­­na­­liste et nos amis nous disaient parfois : « Vous êtes fous ! Pourquoi lais­­sez-vous votre fille faire du jour­­na­­lisme ? C’est terri­­ble­­ment diffi­­cile aujourd’­­hui ! » Ce à quoi je répon­­dais que ma fille adorait le terrain et l’enquête et que mon fils n’en avait rien à cirer de tout cela et qu’il n’était pas jour­­na­­liste. Ce que je veux dire, c’est que nous vivons dans une période terri­­ble­­ment exal­­tante et que nous avons des milliers de nouvelles manières de pratiquer notre profes­­sion. La crise de la presse a été quelque chose de terri­­fiant pour les jour­­na­­listes de ma géné­­ra­­tion, surtout la montée de la concur­­rence dans la presse améri­­caine. Inévi­­ta­­ble­­ment, quand vous êtes dans un milieu concur­­ren­­tiel, il y a des gagnants et des perdants. C’est quelque chose de diffi­­cile.

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The Light in Beyruth
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Vous savez, quand j’ai commencé le jour­­na­­lisme dans les années 1970, il n’y avait pas de perdant. Personne ne perdait son boulot et jusqu’au début des années 2000, c’était fantas­­tique. C’était l’âge d’or pour être jour­­na­­liste ! Les jour­­naux gagnaient des tonnes d’argent, ils avaient des tas d’in­­ves­­tis­­seurs… Mais il n’y avait aucune concur­­rence. Main­­te­­nant, nous sommes dans un monde nouveau, effrayant et la concur­­rence peut-être quelque chose d’éprou­­vant et de terri­­fiant. Mais si vous êtes un jeune jour­­na­­liste aujourd’­­hui et que vous venez dans une univer­­sité comme la nôtre, les chiffres parlent pour vous : les trois quarts de nos étudiants quittent l’école avec un emploi ou un stage. Les autres n’ont pas de mal à se conver­­tir, par exemple dans le droit. Et c’est un chiffre 25 % supé­­rieur à celui que l’on avait il y a à peine six ans, ce qui signi­­fie qu’il y a de plus en plus d’en­­droits dans lesquels les jour­­na­­listes peuvent faire un métier de plus en plus inté­­res­­sant et diver­­si­­fié.

Et dans ce monde complè­­te­­ment diffé­rent, est-ce que ce que vous avez appris vous, en tant qu’é­­tu­­diant, est toujours valable ?

J’ai étudié à l’Uni­­ver­­sité du Missouri, c’était une excel­­lente forma­­tion. Cela dit, d’une certaine manière, les programmes étaient construits autour de la forme. Nous appre­­nions comment écrire des articles et on nous disait que la maîtrise de la forme était la clef du succès. Ce que je vois main­­te­­nant, c’est que la forme est bien moins impor­­tante, en regard du contenu. The Big Round­­table est fondé sur le prin­­cipe que le goût du comité édito­­rial n’est pas meilleur que celui de n’im­­porte qui d’autre.

« Ce qui est merveilleux avec les ingé­­nieurs, c’est qu’ils cherchent toujours à rendre la tech­­nique acces­­sible. »

Ce qui est inté­­res­­sant, c’est de voir comment les gens réagissent aux histoires que l’on envoie. Nous propo­­sons à un petit groupe de lecteurs les 100 premiers mots d’un article, pour voir comment ils réagissent et c’est rare que la forme ait une impor­­tance. Leur réac­­tion est liée à quelque chose de plus profond, inscrit dans la page, un sens du contenu. S’il y a une leçon que j’ai­­me­­rais rete­­nir de mon parcours en tant que jour­­na­­liste depuis que j’ai quitté l’uni­­ver­­sité, c’est celle qui m’a appris l’im­­por­­tance du contenu alors que je m’éver­­tuais à ne travailler que la forme.

Avez-vous l’im­­pres­­sion que vos étudiants ont besoin de connaître plus de choses tech­­niques liées à la profes­­sion aujourd’­­hui ?

C’est encore une bonne ques­­tion car vous savez, il y avait une époque pendant laquelle les gens devaient apprendre quelques petites choses du côté de la tech­­nique, mais ce qui est merveilleux avec les ingé­­nieurs, c’est qu’ils cherchent toujours à rendre la tech­­nique acces­­sible. Mon père a 86 ans et il est sur inter­­­net toute la jour­­née. Ce n’est pas un expert de la tech­­no­­lo­­gie et pour­­tant, il scanne des docu­­ments, en télé­­charge, me les envoie… Bref, la tech­­no­­lo­­gie est telle­­ment plus simple aujourd’­­hui qu’il y a quelques années. Tenez, vous pouvez lancer un site d’in­­for­­ma­­tion dès demain, sans argent, sur un espace WordP­­ress. Même moi, je peux l’uti­­li­­ser. Évidem­­ment, plus vous avez de savoir tech­­niques, mieux c’est. Nous avons des étudiants qui savent program­­mer, par exemple. Mais fina­­le­­ment, cette exper­­tise est deve­­nue infi­­ni­­ment plus simple à acqué­­rir grâce au travail des ingé­­nieurs qui nous ont rendu la vie bien plus facile. C’est aussi la base de leur marché : si un produit est diffi­­cile à utili­­ser, les utili­­sa­­teurs se tour­­ne­­ront vers quelque chose d’autre. En ce sens, les étudiants qui arrivent à l’uni­­ver­­sité sont tous des experts en médias sociaux : c’est le monde dans lequel ils vivent.

Et du côté de la pratique des outils du jour­­na­­lisme ? Nous avons vu des agences de presse licen­­cier leurs photo­­graphes, par exemple. Est-ce que cela veut dire qu’un étudiant en jour­­na­­lisme doit être aussi un bon photo­­graphe aujourd’­­hui ?

Je pense que licen­­cier les photo­­graphes est une idée stupide. L’une des leçons que l’on peut tirer des années 2000 est liée à l’in­­ves­­tis­­se­­ment dans le jour­­na­­lisme : les inves­­tis­­seurs voulaient retrou­­ver leur argent, et la manière de leur en donner, c’était de réduire les salaires. Et puis il y a eu un petit groupe d’ana­­lystes très intel­­li­­gents, qui a affirmé « ne sabo­­tez pas la valeur centrale de votre métier, n’abais­­sez pas le niveau de ce que vous offrez à vos lecteurs. »

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Driving Mister Murray
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Beau­­coup de médias ont fait des coupes budgé­­taires et dans un sens, c’était un affront aux lecteurs : ils disaient, en gros : « Vous lirez n’im­­porte quoi de toute manière, parce que vous vous fichez de ce que vous lisez. » Et pour­­tant, l’his­­toire récente l’a montré : dès que vous dimi­­nuez la qualité de votre travail, vous en souf­­frez à un moment ou à un autre. Vous ne pouvez pas nour­­rir les gens avec de la malbouffe. Au milieu des années 1980, ma femme et moi étions des corres­­pon­­dants à l’étran­­ger et on nous donnait à tous un appa­­reil photo. Nous appre­­nions à prendre des photos. Mais quand j’ai commencé à travailler pour des maga­­zines comme Esquire ou Sports Illus­­tra­­ted, ils envoyaient un photo­­graphe parce qu’ils voulaient de belles photos. Nous pouvons tous prendre une photo avec notre smart­­phone, mais peu d’entre nous peuvent faire le travail de Tyler Hicks au New York Times. Vous voulez savoir comment prendre des photos si vous êtes seul sur le terrain, mais je ne pense pas une seconde que les photos que je prends peuvent appro­­cher de près ou de loin la qualité des photo­­gra­­phies d’un véri­­table photo­­graphe.

Les exigences des médias

Vous avez évoqué les médias qui ont baissé leurs exigences : est-ce que les fermes de contenu tournent toujours aux États-Unis ?

Je pense que le busi­­ness a changé. Toutes les conver­­sa­­tions tour­­naient autour de la ques­­tion de trou­­ver un busi­­ness model, au singu­­lier. Le problème, c’est que le busi­­ness model qui avait existé et fonc­­tionné pour à peu près deux géné­­ra­­tions de jour­­na­­listes repo­­sait sur des jour­­naux et maga­­zines à très bas prix. À New York, j’ai travaillé pour un maga­­zine qui se vendait 15 cents. L’argent rentrait unique­­ment avec la publi­­cité. Quand on y réflé­­chit, on s’aperçoit que c’est une manière très passive de construire un busi­­ness. Quand la publi­­cité a commencé à décli­­ner autour de 2001, les gens se sont demandé ce qui pour­­rait la rempla­­cer. Main­­te­­nant, ils commencent à comprendre qu’il faut la rempla­­cer non pas par une seule chose, mais par des dizaines de choses. Pendant long­­temps les patrons de presse se sont dit : « Nous allons faire en sorte que des tas de personnes viennent sur notre site et nous allons convaincre les publi­­ci­­taires de nous donner de l’argent pour des encarts publi­­ci­­taires numé­­riques, ce qui rembour­­sera l’argent perdu sur le papier. » Mais cela n’a pas fonc­­tionné. Ensuite, ils se sont dits qu’ils mettraient tout ce qu’ils avaient sur inter­­­net derrière un paywall : cela n’a pas fonc­­tionné. Au milieu de cette panique géné­­rale, des gens se sont mis à réflé­­chir et ont commencé à recons­­truire leur busi­­ness.

« Main­­te­­nant, nous avons le devoir de nous deman­­der ce que nos lecteurs attendent de nous et ce que nous allons leur donner. »

C’est une chose de créer une agence de presse ; c’en est une autre de conver­­tir un busi­­ness déjà établi à quelque chose d’autre. Des agences de presse existent depuis une centaine d’an­­nées et tout ce qu’elles croyaient avoir acquis a été mis en péril en un rien de temps. Le New York Times a décidé de mettre certaines choses derrière un paywall, deman­­dant aux lecteurs de finan­­cer le travail qu’ils faisaient, s’ils l’ai­­maient. Ils ont fini avec 800 000 abon­­nés sur leur plate­­forme numé­­rique. La raison de ce succès, c’est que le New York Times est resté, au moins aux yeux de plus de 800 000 personnes, un produit de grande valeur. Ces gens voulaient le New York Times. Cela a contraint toutes les autres agences de presse établies à réflé­­chir un instant et à se poser la ques­­tion : « Que vend-on ? Qu’est-ce que les gens attendent de nous ? » Je pense que c’est un chan­­ge­­ment de menta­­lité énorme : nous sommes un busi­­ness et nous vendons quelque chose qui peut parfois avoir la plus haute impor­­tance, d’autres fois être honnête, d’autres fois encore, être stupide. Il y a des tas d’his­­toires dans les médias améri­­cains dont nous pour­­rions nous passer : inutiles, faciles, futiles, des ragots… Cela dit, cela a toujours été le cas. Mais main­­te­­nant, nous avons le devoir de nous deman­­der ce que nos lecteurs attendent de nous et ce que nous allons leur donner. Oui, nous sommes au milieu d’un chan­­ge­­ment tita­­nesque mais nous pouvons arrê­­ter d’en avoir peur.

Pensez-vous que le jour­­na­­liste contem­­po­­rain doit apprendre de l’en­­tre­­pre­­neur ?

Abso­­lu­­ment. Ils doivent comprendre le marché. Quand j’ai commencé le jour­­na­­lisme, j’étais embau­­ché dans un petit jour­­nal du New Jersey et il y avait un immense couloir qui sépa­­rait le pôle édito­­rial du pôle busi­­ness. Alors nous saluions les gens du busi­­ness, mais nous ne savions pas le moins du monde ce qu’ils faisaient. Et je suppose qu’ils ne savaient pas, eux non plus, ce que nous faisions. Il y a un trait d’hu­­mour dans le jour­­na­­lisme améri­­cain qui compare cela à la sépa­­ra­­tion entre l’Église et l’État. Main­­te­­nant, les étudiants en jour­­na­­lisme doivent suivent des cours de busi­­ness des médias. Ils doivent savoir ce qui se passe sur le marché, parce que s’ils ne sont au courant de rien, ils vont être en posi­­tion de faiblesse. Ils doivent savoir comment on fait de l’argent et ne pas se repo­­ser sur des consi­­dé­­ra­­tions simples, comme ce qui peut être produit et ce qui ne peut pas l’être. Ils doivent se deman­­der pourquoi ce qu’ils produisent pour­­rait être acheté. Je pense que nos étudiants doivent savoir recon­­naître quand une bonne ou une mauvaise déci­­sion liée au busi­­ness est prise : ils doivent savoir parler aux gens qui travaillent au pôle busi­­ness, parce qu’ils font partie du busi­­ness. Ils ne sont pas des enti­­tés à part !

Si l’on parle écono­­mie des médias, que pensez-vous de la publi­­cité native ou des articles spon­­so­­ri­­sés ? Pensez-vous que ces procé­­dés ont changé la manière qu’a le lecteur de perce­­voir l’in­­for­­ma­­tion ?

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Consi­­der the can
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Pendant des années, les maga­­zines ont produit du contenu qu’on appe­­lait publi­­ci­­taire. À l’in­­té­­rieur du maga­­zine, il y avait du contenu écrit par les jour­­na­­listes qui était un peu diffé­rent de la produc­­tion indé­­pen­­dante que l’on trou­­vait dans le reste du maga­­zine. Je pense que les gens se sont inquié­­tés de cela mais c’était assez clair : il était écrit « publi­­cité » en haut de l’ar­­ticle. Je pense que la ques­­tion de la publi­­cité native a été trai­­tée de long en large et qu’elle fait partie du monde dans lequel nous vivons. Le débat est simi­­laire à celui de l’opi­­nion contre l’in­­for­­ma­­tion : il s’agit de savoir qui parle et en quel nom. Je pense, de mon côté, que ce sera toujours mieux de sépa­­rer de manière franche la publi­­cité du contenu édito­­rial. Autre­­ment, c’est une tenta­­tive de trom­­per le lecteur, en lui faisant croire qu’il lit quelque chose qui a la même valeur que le reste. Néan­­moins, comme je vous l’ai dit, cela fait partie de notre monde : nous devons main­­te­­nant aller plus loin.

Ressen­­tez-vous toujours, en tant que profes­­seur, que le jour­­na­­lisme est quelque chose qui attire les jeunes aujourd’­­hui ?

Ce qui est amusant, c’est que les étudiants sont dans la même dispo­­si­­tion d’es­­prit qu’il y a vingt ans, la même encore que lorsque j’étais moi-même étudiant. Les gens qui viennent au jour­­na­­lisme sont des gens très parti­­cu­­liers : ils ont décidé qu’ils allaient rejoindre un corps de métier qui est fondé sur l’im­­pré­­vi­­sible. Vous ne travaille­­rez pas de 9 heures à 15 heures. Vos horaires seront fous. Vous devrez travailler le week-end. Vous connaî­­trez des hauts et des très bas. Et les gens qui choi­­sissent cela le font en connais­­sance de cause. Je pense que nous assis­­tons aujourd’­­hui à un chan­­ge­­ment par rapport au début de la crise des années 2000, où les étudiants se lançaient dans n’im­­porte quelles études supé­­rieures simple­­ment pour repous­­ser le moment où ils arri­­ve­­raient sur le marché du travail. Aujourd’­­hui, cette tendance est à la baisse et nous le consta­­tons dans les univer­­si­­tés améri­­caines : dans les cursus de jour­­na­­lisme, nous retrou­­vons le même type d’étu­­diant qu’a­­vant, qui souhaite être jour­­na­­liste. Et cela me rend très opti­­miste, en fait : nous n’avons pas besoin d’un milliard de jour­­na­­liste. Et devi­­nez quoi ? Il n’y en aura jamais autant ! Il y a trop de raisons de ne pas vouloir être jour­­na­­liste ! Un million d’ex­­cuses pour ne pas faire ce métier ! Ceux qui dépassent tout cela sont géné­­ra­­le­­ment des gens qui veulent véri­­ta­­ble­­ment entrer dans la profes­­sion. Et dans ce petit groupe de gens déter­­mi­­nés, il y a un plus petit groupe encore, composé d’étu­­diants qui ne veulent pas seule­­ment faire ce métier, mais qui tueraient pour y arri­­ver ! Ces gens-là existent depuis que, pour la première fois, quelqu’un a proclamé : « J’ai une histoire à racon­­ter. »

Et en parlant de ce petit groupe, l’une des descrip­­tions de The Big Round­­table est « rendre les auteurs heureux pour rendre les lecteurs heureux ». Pensez-vous que le bonheur est un moteur du jour­­na­­lisme à venir ?

C’est une ques­­tion inté­­res­­sante, parce que je me suis battu inté­­rieu­­re­­ment pendant assez long­­temps avec ce problème de bonheur. Bien entendu, quand vous lancez une entre­­prise, et c’est quelque chose que je découvre à peine main­­te­­nant, vous travaillez de la même manière que lorsque vous prépa­­rez un livre : tous les jours vous décou­­vrez quelque chose de nouveau, vous êtes heureux et vous vous trou­­vez bien bête de ne pas avoir su ces choses plus tôt. Récem­­ment, j’ai décou­­vert que je voulais rendre les lecteurs heureux. Il y a des auteurs brillants, des histoires excel­­lentes et qui ne sont pas connues : nous sommes dans le busi­­ness de l’écri­­ture et je souhaite que The Big Round­­table soit le méca­­nisme qui fasse décou­­vrir tout cela aux lecteurs. Et puis je me suis demandé ce qui rendait un auteur heureux. Est-ce que c’est la diffu­­sion de son article ? La somme qu’il reçoit ? Simple­­ment le fait d’être publié ? Non, je pense que c’est plus profond… Ce qu’un auteur veut ressen­­tir c’est… (Il fait une pause.) Un auteur ne veut pas se sentir impuis­­sant. Et dans notre corps de métier, les auteurs se sentent impuis­­sants. Je pense que c’est une chose impor­­tante.

« Et puis je me suis demandé ce qui rendait un auteur heureux. Est-ce que c’est la diffu­­sion de son article ? La somme qu’il reçoit ? Simple­­ment le fait d’être publié ? »

J’ai d’ailleurs commencé The Big Round­­table comme n’im­­porte quelle entre­­prise : j’avais un besoin parti­­cu­­lier, dans ma vie person­­nelle. J’ai écrit 6 livres, j’ai écrit pour le New Yorker, le New York Times, bref, dans des tas de revues. J’étais en train de prépa­­rer un nouveau livre et j’ai décou­­vert que parce que mon sixième livre ne s’était pas aussi bien vendu que mon cinquième livre, je n’étais plus vu comme un auteur finan­­ciè­­re­­ment inté­­res­­sant dans le monde rétré­­cis­­sant et angoissé de l’édi­­tion. Désor­­mais, ils ne produisent plus que des livres qui feront à coup sûr des best­­sel­­lers. À ce moment précis, même du haut de mes presque 60 ans, je me suis senti complè­­te­­ment impuis­­sant. Et je me suis demandé si l’on pouvait créer un envi­­ron­­ne­­ment de travail à partir duquel les auteurs qui travaillent comme des jour­­na­­listes mais pensent comme des écri­­vains pour­­raient propo­­ser des textes. Un roman­­cier ne va pas se rete­­nir d’écrire un roman parce qu’on ne lui a pas donné son cachet. Les textes que nous rece­­vons ont déjà été écrits et le résul­­tat de cette expé­­rience est fasci­­nant : quand nous avons commencé, nous nous disions que nous n’al­­lions rece­­voir que de très mauvais textes. Et cela ne s’est pas produit, parce que les auteurs qui nous soumettent des textes se sont déjà passion­­nés pour ce qu’ils ont écrit. Les auteurs qui viennent à nous, sans que nous leur fassions la moindre promesse quant aux reve­­nus, veulent travailler avec nous. Après 5 ou 6 reprises de l’ar­­ticle pour qu’il soit prêt, ils souhaitent conti­­nuer. Le concept fonc­­tionne. La preuve nous a été four­­nie en décembre dernier, quand nous avons choisi de co-produire un article avec Buzz­­feed. C’était un article qui avait été refusé par 31 maisons d’édi­­tion et groupes de presse. C’était une histoire en 10 000 mots racon­­tant le suicide médi­­ca­­le­­ment assisté d’une femme qui n’avait pas de problème médi­­cal. Buzz­­feed était d’ac­­cord pour publier cet article avec nous, nous offrant une audience gigan­­tesque. L’his­­toire a été publiée le week-end entre Noël et le Nouvel An. 10 000 mots à propos d’un suicide, que personne ne voulait publier, parce que c’était trop long, parce que c’était trop dépri­­mant, parce que personne n’al­­lait le lire et j’en passe. Vingt-quatre heures après sa publi­­ca­­tion, c’était le huitième article le plus lu de Buzz­­feed. En trois jours, il avait été lu plus de 450 000 fois. Il a décollé comme une fusée. De cela, j’ai compris qu’à la ques­­tion de savoir si un éditeur de presse pouvait devi­­ner si un article allait fonc­­tion­­ner ou pas, la réponse était néga­­tive ; que l’on ne pouvait prévoir un succès par rapport à ce que les lecteurs avaient lu avant ; que la seule chose qui retien­­drait l’at­­ten­­tion des gens était la surprise. Et s’ils sont surpris, ils vont parta­­ger et parta­­ger encore. C’était une histoire dont personne ne voulait : les lecteurs la voulaient. C’est peut-être une des recherches que nous sommes en train de mener : comment les gens partagent-ils une histoire ? Quel est le méca­­nisme qui fait décou­­vrir aux gens un article ? Alors vous savez, je rêve qu’il y ait des dizaines de Big Round­­table qui n’au­­raient pas forcé­­ment notre nom, mais qui pour­­raient repen­­ser la manière dont la presse fonc­­tion­­ne…

Que vend le jour­­na­­liste ?

Est-ce cela que vous nommez du jour­­na­­lisme crowd-sourcé, qui s’ap­­puie sur la parti­­ci­­pa­­tion de ses lecteurs ?

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The man who would save jazz
Lire l’his­­toire sur The Big Round­­table

Non, pas exac­­te­­ment. Quand un article nous est envoyé, si nous disons immé­­dia­­te­­ment « oui », c’est assez simple. Mais si nous ne sommes pas sûrs, nous avons un premier groupe de quarante lecteurs à qui nous envoyons les premiers para­­graphes en leur deman­­dant de nous dire s’ils liraient la suite ou non. S’ils disent oui, nous travaillons avec l’au­­teur. Et cela n’a pas besoin d’être une majo­­rité, parfois seul un cinquième des lecteurs voulait lire la suite et les histoires ont été énor­­mé­­ment lues. Ce n’est donc pas du crowd-sour­­cing. C’est un test d’au­­dience, limi­­tée et sûre. Si 20 % des gens qui lisent le début appré­­cient l’his­­toire, nous allons travailler le texte avec l’au­­teur pour que le pour­­cen­­tage monte à la moitié.

Les histoires que vous publiez sont souvent fondées sur des expé­­riences person­­nelles. Où placez-vous la limite entre le jour­­na­­lisme et le jour­­nal intime ?

Je ne pense pas qu’il y ait une ligne ! Dans le cas d’une histoire comme celle de Karla Bruning, sur son père, il ne faut pas y lire un « ceci ou cela m’ar­­rive » mais un auteur qui s’est demandé « pourquoi cela est arrivé ? » En fait, ce que vous y voyez en défi­­ni­­tive, c’est un repor­­tage : l’au­­teur essaie de donner du sens à une situa­­tion. Quand on est dans des confi­­gu­­ra­­tions de type « je vais vous parler de mon voyage », ce qui manque, c’est l’ex­­plo­­ra­­tion du chemin parcouru. J’en parlais à mes étudiants il y a peu : quelle est, pensez-vous la chose la plus diffi­­cile à vendre en matière de non-fiction ? Un voyage. Parce que les voyages, en partant de l’Odys­­sée, sont issus d’une très longue tradi­­tion dans la fiction et quand la non-fiction tente de s’y mettre, on sait déjà ce qui va arri­­ver à la fin. Pour qu’une non-fiction de voyage fonc­­tionne, je veux que la fin me soit incon­­nue. Je pense que ce que l’on souhaite voir, ce sont des gens comme Karla qui ont fait un voyage, un voyage qui a pu être intime, et qui leur a révélé des choses sur eux-mêmes et a répondu à certaines de leurs ques­­tions. Je pense que nous, jour­­na­­listes, nous devons toujours rester dans le cadre des ques­­tions auxquelles nous essayons de répondre, par oppo­­si­­tion aux décla­­ra­­tions que telle ou telle personne pour­­rait faire. Je crois que le jour­­na­­lisme commence avec une ques­­tion, une simple ques­­tion, même une ques­­tion évidente – c’est à ce moment-là que sa forme la plus inté­­res­­sante appa­­raît. L’un de mes livres de non-fiction préféré est Young Men and Fire par Norman McLean. Le livre tourne autour d’un feu de forêt au cours duquel seize pompiers furent tués. Ce qui est inté­­res­­sant, c’est que cela raconte l’his­­toire d’un pompier et qu’il découvre pendant cet incen­­die la réponse à des ques­­tions qu’il se posait sur lui-même. Son aven­­ture le prend pour objet. La raison pour laquelle j’aime le livre, ce n’est pas parce qu’il décrit la nature, c’est parce que cet auteur a cher­­ché à expo­­ser un voilà pourquoi, plutôt qu’un voilà ce qu’il s’est passé.

Pourquoi avez-vous choisi de n’avoir que des illus­­tra­­tions sur The Big Round­­table ?

Oh la raison est très simple : c’est moins cher ! (Rires.) Je sais que cela peut paraître terre à terre, mais jusqu’à ce que nous refas­­sions le site, c’était la meilleure option. L’une des choses dange­­reuses dont j’ai été témoin quand on tente de créer quelque chose, c’est d’at­­tendre, attendre, attendre encore que tout soit prêt, tout soit codé, mis en place. À un moment, il faut commen­­cer, se lancer et regar­­der ce qu’il se passe. Alors nous avons pris un thème WordP­­ress très simple, nous avons acheté l’URL et nous avons regroupé quelques histoires.

« Je crois que le jour­­na­­lisme commence avec une ques­­tion, une simple ques­­tion, même une ques­­tion évidente — c’est à ce moment-là que sa forme la plus inté­­res­­sante appa­­raît. »

Un juriste a véri­­fié que nous ne faisions pas de bêtise. Et puis j’ai payé quelqu’un pour ajou­­ter un peu de code et nous avons mis le résul­­tat en ligne. Cet été, nous repen­­sons le site et la news­­let­­ter. Cela dit, cette sobriété nous a permis de comprendre des choses. Par exemple, vous l’avez dit : nous n’avons que des illus­­tra­­tions et du texte. Eh bien cela nous a amené à nous dire : « Atten­­dez une minute, est-ce que les lecteurs veulent vrai­­ment des illus­­tra­­tions ? Combien veulent-ils en voir ? » L’un des grands débats du jour­­na­­lisme améri­­cain ces dernières années a tourné autour du magni­­fique Snow Fall, du New York Times. Cela a pris des mois et des mois à mettre en place et l’on s’est demandé a poste­­riori si c’était bien la meilleure façon de lire un texte. Un verbe est même né de ces réflexions, « snow­­fal­­ling », qui signi­­fie à peu près « ajou­­ter des tas d’élé­­ments multi­­mé­­dia ». Et la conclu­­sion de tout cela est de se poser la ques­­tion de savoir si ce n’était pas mieux qu’il y ait juste du texte. Alors J’ai demandé à mes étudiants ce qu’ils préfé­­raient comme type de média quand il s’agis­­sait de lire quelque chose de long. Et vous savez ce qu’ils m’ont répondu ? Le papier, sans image. Mais c’était évident ! Depuis que nous avons cinq ans, nous lisons des romans sans image. Après, il s’agit de tester vos intui­­tions, ce que je fais avec The Big Round­­table : c’est le seul moyen de savoir si elles fonc­­tionnent en pratique. Peut-être que vous revien­­drez dans trois mois sur The Big Round­­table et que vous y trou­­ve­­rez des tas d’images et de photo­­gra­­phies, peut-être que certaines histoires seront illus­­trées et d’autres pas. La réponse n’est jamais abso­­lue et nous allons essayer de l’esquis­­ser.

En avez-vous une idée ?

Cela fait long­­temps main­­te­­nant que je suis jour­­na­­liste et j’ai déjà eu des discus­­sions sur à peu près tous les sujets concer­­nant le texte, les auteurs et les lecteurs. Ce qui est inté­­res­­sant, c’est que même pour moi, tout le reste est complè­­te­­ment nouveau et je pense qu’il faut aller de l’avant. Long­­temps, nous avons vécu, nous jour­­na­­listes, dans un monde plein de certi­­tudes. Nous savions comment écrire, comment faire de l’argent, quelle forme adop­­ter, ce que les gens voulaient lire… Tout cela s’est complè­­te­­ment délité. Du coup il s’agit de penser. Au lieu de produire une histoire snow­­fal­­li­­sée, pourquoi ne pas propo­­ser, par exemple, deux versions, une épurée et une enri­­chie ? Ensuite, mesu­­rons, car nous avons les outils. Tout devient une expé­­rience : plus il y aura de gens impliqués, plus les résul­­tats seront utiles.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez sur votre site une caté­­go­­rie Recherche, au sens scien­­ti­­fique ?

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After the tsunami
Lire l’his­­toire sur The Big Round­­table

Exac­­te­­ment. Nous allons sortir un compte-rendu de recherche sous peu, sur ce qui se cache derrière le terme « parta­­ger » sur inter­­­net. Je ne veux pas vous en dire trop, pour que ce soit un peu une surprise, mais nous avons tenté de comprendre comment les lecteurs décou­­vraient les articles et les parta­­geaient. Ces recherches sont offertes à tous les jour­­na­­listes : prenez-les, testez les résul­­tats chez vous et regar­­dez si cela fonc­­tionne. L’uni­­ver­­sité nous offre l’op­­por­­tu­­nité de faire cela, donc toutes les recherches que nous faisons, nous les parta­­ge­­rons.

Vous avez fait une chro­­no­­lo­­gie du long format sur le web. Vous y mention­­nez la sortie du Kindle d’Ama­­zon. Pensez-vous que des socié­­tés qui n’ont a priori rien à voir avec le métier, comme Google, Apple ou Amazon, tiennent une partie du jour­­na­­lisme du futur entre leurs mains ?

C’est une ques­­tion diffi­­cile. Quel service offre Amazon ? C’est le plus grand maga­­sin du monde. Et j’ap­­pré­­cie Amazon, 1-Click est devenu quelque chose d’im­­pul­­sif : ils ont compris comment vendre comme personne d’autre. Mais voilà, ce qu’A­­ma­­zon vend, si l’on se concentre unique­­ment sur leur acti­­vité de libraire, ce sont ce que les gens comme nous produisent. Ils doivent avoir quelque chose à vendre. Je ne peux pas être Amazon, ce n’est pas mon métier, ce n’est pas mon milieu et je n’ai pas les compé­­tences. Dire que je pour­­rais, ce serait comme vouloir vous rejoindre à Paris et deve­­nir guide touris­­tique là-bas. J’en serais inca­­pable ! (Rires.) En revanche, ce que je peux être, c’est quelqu’un qui les aide à trou­­ver des articles et à les rendre bons. Amazon n’est qu’un incroyable vecteur de vente. En tant qu’au­­teur, j’en suis très satis­­fait : avant, vous sortiez un livre, un jour­­na­­liste en faisait la critique ou vous en faisiez la promo­­tion à la radio ou à la télé, et d’une manière ou d’une autre, votre livre n’était pas dispo­­nible chez le libraire. Et le moment où la personne qui vous avait entendu voulait ache­­ter votre livre était passé. Avec Amazon, le libraire est toujours ouvert et c’est une bonne chose. Je sais, je ne devrais pas dire ça, je suis déso­­lé… Cela a été la cause de la ferme­­ture d’un tas de librai­­ries. Mais j’étais là aussi, pendant l’âge d’or des libraires, il y a de très belles choses à en rete­­nir, mais ce n’était pas tout rose non plus : par exemple, votre éditeur devait payer des sommes consi­­dé­­rables pour que votre livre soit mis en avant sur les étagères. Ce n’était pas un monde idéal non plus. Cela restait un maga­­sin, inté­­gré dans le commerce des livres, dont le but était de faire de l’argent. C’est aussi ce qu’A­­ma­­zon fait.


Couver­­ture : The Big Round Table.
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