par Ambroise Garel | 0 min | 17 janvier 2014

Finan­­ce­­ment parti­­ci­­pa­­tif

Pouvez-vous racon­­ter la genèse de De Corres­­pondent ?

Bien sûr ! Je travaillais pour un jour­­nal hollan­­dais, NRC Next, où j’étais rédac­­teur en chef. Quand j’ai pris ce poste en 2010, mon but était de réin­­ven­­ter le jour­­nal pour qu’il puisse vivre de nombreuses années, en ayant à l’es­­prit un lecto­­rat plus jeune et plus centré sur inter­­­net. Ma stra­­té­­gie repo­­sait sur un éloi­­gne­­ment de l’ac­­tua­­lité géné­­rale et un rappro­­che­­ment avec le jour­­na­­lisme qui explore les sujets en profon­­deur. J’ai quitté ce jour­­nal en 2012 parce que cette stra­­té­­gie n’était plus à l’ordre du jour : le direc­­teur de publi­­ca­­tion souhai­­tait aller dans une autre direc­­tion. Il voulait que l’on soit plus réac­­tifs sur les nouvelles du jour, je voulais qu’on le soit moins. J’ai donc démis­­sionné et j’ai tout de suite commencé à penser à mon propre jour­­nal, qui est devenu De Corres­­pondent.

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La promesse édito­­riale
Crédits : De Corres­­pondent

La première étape était assez simple : l’idée était celle d’un budget récolté en finan­­ce­­ment parti­­ci­­pa­­tif. Nous avions besoin de 15 000 abon­­nés pour nous lancer, qui auraient payé 60 euros pour un an d’abon­­ne­­ment. Nous avons réussi à convaincre ces 15 000 personnes en huit jours. Après les trente jours de l’opé­­ra­­tion, nous avions 18 300 abon­­nés : nous pouvions commen­­cer. La promesse initiale disait la chose suivante : Een dage­­lijks medi­­cijn tegen de waan van de dag, ce que l’on peut traduire par « un anti­­dote quoti­­dien contre l’en­­goue­­ment du jour ». Nous ne voulons pas trai­­ter l’ac­­tua­­lité, mais mettre en avant ce qui est actuel. La diffé­­rence entre l’ac­­tua­­lité et l’ac­­tuel, c’est que l’ac­­tua­­lité se produit aujourd’­­hui, alors que l’ac­­tuel se produit tous les jours. Du coup, quand on veut comprendre le monde, et nos vies dans ce monde, on est systé­­ma­­tique­­ment trom­­pés par ce qui se passe aujourd’­­hui : l’ac­­tua­­lité que l’on voit est l’ex­­cep­­tion à la règle. Nous ne trai­­tons pas des excep­­tions, nous souhai­­tons trai­­ter des règles. La promesse que nous avons faite à nos abon­­nés conte­­nait alors deux choses. La première, c’était une plate­­forme centrée sur ses auteurs. Les abon­­nés suivent des corres­­pon­­dants qui ont une exper­­tise ou un savoir sur un sujet précis. La deuxième, c’est que ces corres­­pon­­dants ne vont pas écrire sur l’ac­­tua­­lité, mais sur ce qu’ils pensent devoir faire figu­­rer dans l’ac­­tua­­lité. Parce que ce sont des experts, ils peuvent juger avec grande perti­­nence ce qui mérite d’être traité et ce qui ne mérite pas de l’être. C’est comme cela que tout à commencé : aujourd’­­hui, cela fait trois mois que nous sommes en ligne et nous avons 28 000 abon­­nés.

Sont-ils tous Hollan­­dais ?

Nous avons des visi­­teurs qui viennent du monde entier, mais la plupart de nos abon­­nés sont Hollan­­dais, oui, car le jour­­nal est en hollan­­dais. Des Belges flamands nous lisent aussi.

Un million de dollars en huit jours, c’est excep­­tion­­nel…

Préci­­sé­­ment, 1,7 millions de dollars.

Encore mieux ! Comment expliquez-vous un tel engoue­­ment autour de votre projet ?

D’abord, les jour­­na­­listes qui nous ont soute­­nus et qui ont soutenu le jour­­nal et y travaillent aujourd’­­hui ont eu un rôle : certains sont très connus. Les gens savent qu’ils sont bons et je pense que nous avons les meilleurs jeunes jour­­na­­listes qui travaillent pour nous. Cela a suscité un grand inté­­rêt. Plusieurs avaient déjà une large audience person­­nelle, sur Twit­­ter ou Face­­book. Ensuite, les gens ont été inté­­res­­sés parce que ce que nous souhai­­tions faire était vrai­­ment diffé­rent de ce qu’ils pouvaient trou­­ver à la télé­­vi­­sion ou dans la presse. Nous ne voulions pas répé­­ter quelque chose qui exis­­tait déjà.

« Chez nous, l’au­­teur est aussi impor­­tant que l’ar­­ticle. Vous pouvez être guidé par l’in­­for­­ma­­tion, mais aussi par la personne derrière cette infor­­ma­­tion. »

Le jour­­na­­lisme tradi­­tion­­nel que vous lisez un peu partout commence à lasser les gens. L’idée que nous allions faire un média plus profond et plus recher­­ché a été appré­­ciée par les lecteurs. L’in­­té­­grité a joué un grand rôle aussi : beau­­coup d’agences de presse sont aujourd’­­hui fondées sur la maxi­­mi­­sa­­tion des profits et sur l’iden­­ti­­fi­­ca­­tion des cibles commer­­ciales. Elles se demandent tout le temps si elles ont généré assez de clics ou eu assez de public. Bien sûr, nous avons besoin de faire du profit pour durer, mais la maxi­­mi­­sa­­tion du profit n’est pas notre objec­­tif. Cet aspect déon­­to­­lo­­gique du jour­­na­­lisme est en train de dispa­­raître en Hollande. Beau­­coup de gens ont été conquis par l’idée d’un retour aux fonde­­ments du jour­­na­­lisme.

Et que nous dit d’ailleurs le succès de De Corres­­pondent sur l’état de la presse aux Pays-Bas ?

S’il nous dit quelque chose, c’est plutôt ce qu’il manque aux médias. Pas seule­­ment en Hollande d’ailleurs, mais à l’échelle mondiale. Je pense qu’il manque une sorte de fran­­chise et un certain carac­­tère aux médias. La plupart du temps, quand vous enten­­dez ou lisez une actua­­lité, celui qui l’écrit importe peu. Prenons un article sur la Syrie par exemple : cela ne change rien s’il s’agit d’un actua­­lité télé­­vi­­sée ou d’un trai­­te­­ment par l’un ou l’autre des jour­­naux. C’est à peu près toujours la même chose. Un jour­­nal géné­­ra­­liste rendra l’in­­for­­ma­­tion plus simple, un jour­­nal spécia­­lisé fera un article un peu plus intel­­li­gent, mais l’his­­toire derrière est la même. Chez nous, l’au­­teur est aussi impor­­tant que l’ar­­ticle. Vous pouvez être guidé par l’in­­for­­ma­­tion, mais aussi par la personne derrière cette infor­­ma­­tion. Si l’on souhaite géné­­ra­­li­­ser cette leçon, on pour­­rait dire que l‘incar­­na­­tion dans le jour­­na­­lisme aide véri­­ta­­ble­­ment. Nous ne mettons pas la person­­na­­lité de nos auteurs avant l’in­­for­­ma­­tion, nous la mettons sur le même plan. Le problème dans le jour­­na­­lisme clas­­sique, c’est qu’elle n’a aucune impor­­tance. Cette espèce d’objec­­ti­­vité est un problème : l’in­­for­­ma­­tion est la même partout, et il manque au lecteur une raison de savoir pourquoi cette infor­­ma­­tion est impor­­tante pour lui, pourquoi il devrait s’in­­té­­res­­ser à telle ou telle chose qui se produit dans le monde. Si je vous dis simple­­ment : « Des choses se passent » sans y mettre une once de person­­na­­lité, cela devient très diffi­­cile pour vous de vous rappor­­ter au monde sur le mode de la compas­­sion.

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La presse en Hollande
Crédits : Apdency

Le jour­­na­­lisme que nous faisons invite à cette compas­­sion et je pense que c’est l’un des objec­­tifs du jour­­na­­lisme. La personne derrière l’ar­­ticle est très impor­­tante. Je n’ai jamais cru en l’idéal d’objec­­ti­­vité du jour­­na­­lisme. Je pense que c’est très étrange de ne pas pouvoir expri­­mer sa fasci­­na­­tion ou ses moti­­va­­tions dans un article, parce que ce sont ces deux aspects qui rendent l’ar­­ticle dési­­rable.

Vous êtes-vous inspi­­rés d’autres expé­­riences jour­­na­­lis­­tiques ?

Oui, nous avons plusieurs inspi­­ra­­teurs. L’un d’eux est Jay Rosen, un profes­­seur de jour­­na­­lisme aux États-Unis qui a beau­­coup écrit sur le futur de la profes­­sion. Il a été très expli­­cite quand il a écrit qu’un jour­­na­­liste ne devait pas se cacher de faire du jour­­na­­lisme. Une autre inspi­­ra­­tion est Joris Luyen­­dijk, un célèbre jour­­na­­liste et auteur hollan­­dais qui écrit main­­te­­nant pour le Guar­­dian. Il a dit que ce que pouvait faire de mieux un jour­­na­­liste, c’était de parta­­ger sa courbe d’ap­­pren­­tis­­sage avec ses lecteurs. L’idée derrière cela, c’est que la plupart des gens ne sont pas experts dans la plupart des domaines. Si je lis un article sur la finance, je ne vais pas y comprendre grand-chose. Le réflexe d’un jour­­na­­liste, c’est de lire tout ce qu’il trouve sur un sujet et d’écrire son article ensuite. La plupart de ces papiers sont trop compliqués pour beau­­coup de lecteurs ou pas assez inté­­res­­sants. Luyen­­dijk est allé explo­­rer le secteur finan­­cier à Londres sans connaître quoi que ce soit au sujet et il a partagé son appren­­tis­­sage sur inter­­­net : les gens ont pu le suivre dans cet appren­­tis­­sage. Il a commencé par des choses simples et est allé inter­­­vie­­wer des banquiers, des traders etc. : à chaque fois qu’il appre­­nait quelque chose d’es­­sen­­tiel, il le parta­­geait. Ce qui est très inté­­res­­sant avec cette méthode, c’est qu’en tant que lecteur, nous pouvons le rejoindre dans son appren­­tis­­sage quel que soit notre niveau. Si vous n’y connais­­sez rien, il vous suffit de commen­­cer par ses premiers articles ; si vous vous y connais­­sez un peu, vous irez direc­­te­­ment au milieu de sa chro­­no­­lo­­gie ou à la fin. La plupart des articles dans le jour­­na­­lisme clas­­sique sont pensés pour « le plus grand nombre » : résul­­tat, celui qui en sait beau­­coup ne trou­­vera rien d’in­­té­­res­­sant, et celui qui en sait peu ne va proba­­ble­­ment pas comprendre. Sur De Corres­­pondent, nous essayons d’écrire des articles et de les prolon­­ger, de les pour­­suivre, pour que les lecteurs qui suivent un de nos jour­­na­­listes en apprennent de plus en plus.

NRC Next

Qu’a­­vez-vous retenu de votre expé­­rience de rédac­­teur en chef au NRC Next ?

La chose la plus impor­­tante que j’ai apprise en tant que rédac­­teur en chef, c’est que les jour­­na­­listes avec qui je bossais étaient beau­­coup plus inté­­res­­sants quand je leur parlais et qu’ils me racon­­taient leurs expé­­riences que les articles que l’on trou­­vait dans le jour­­nal. J’ai décou­­vert que ce que produi­­saient ces gens n’étaient pas aussi bon qu’eux : il y avait comme un para­­doxe. Je pense que cela tient à la façon dont nous trai­­tons de l’ac­­tua­­lité. La plupart de la produc­­tion jour­­na­­lis­­tique est produite dans la vitesse : quelque chose se passe et quelqu’un souhaite qu’un jour­­na­­liste écrive un article sur cette chose. Puis l’ar­­ticle est écrit, et voilà, fin de l’his­­toire. À NRC Next, nous ne lais­­sions pas suffi­­sam­­ment de lati­­tude aux jour­­na­­listes pour déci­­der de ce qui était impor­­tant. Nous avions un plan­­ning édito­­rial et quand je deman­­dais à mes jour­­na­­listes ce qu’ils en pensaient, ils trou­­vaient toujours des sujets qu’ils esti­­maient plus impor­­tants. Si l’on donne aux jour­­na­­listes les plus passion­­nants la liberté de déci­­der quel sera leur plan­­ning édito­­rial, on abou­­tit à un jour­­na­­lisme plus inté­­res­­sant.

Quelles sont les spéci­­fi­­ci­­tés de votre modèle écono­­mique ?

Je trouve cette ques­­tion très inté­­res­­sante, parce que le fonde­­ment de notre modèle écono­­mique tient en une phrase : « Vous devez toujours avoir plus d’argent que ce que vous prévoyez. » Après, ce n’est pas très compliqué. Vous devez trou­­ver un produit ou un service pour lequel les gens seront prêts à payer, donc il doit être origi­­nal et diffé­rent des autres produits ou services. Surtout dans le domaine de l’ac­­tua­­lité, où la plupart des publi­­ca­­tions sont gratuites.

« Nous avons égale­­ment décidé de ne pas affi­­cher de publi­­cité. La raison prin­­ci­­pale, c’est que nous préfé­­rons rester au plus proche du service que nous propo­­sons, c’est-à-dire faire du bon jour­­na­­lisme. »

Si vous parve­­nez à créer un tel produit, les gens appré­­cie­­ront de le payer un prix raison­­nable. La plupart des lecteurs comprennent que les bons articles et le bon jour­­na­­lisme coûtent de l’argent, ils sont donc plus que dispo­­sés à payer pour une telle chose. D’un autre côté, il faut rester prudent et ne pas dépen­­ser plus d’argent que ce dont on dispose. Nous avons égale­­ment décidé de ne pas affi­­cher de publi­­cité. La raison prin­­ci­­pale, c’est que nous préfé­­rons rester au plus proche du service que nous propo­­sons, c’est-à-dire faire du bon jour­­na­­lisme pour des lecteurs inté­­res­­sés. Si l’on propose des espaces publi­­ci­­taires, on a d’un coup un deuxième produit : l’au­­dience, que l’on doit vendre aux entre­­prises. Dès lors, comme nous n’avons pas de publi­­cité, nous pouvons nous concen­­trer sur ce que les clients souhaitent véri­­ta­­ble­­ment et ce pour quoi ils ont payé. Je pense que c’est quelque chose de très impor­­tant : il est impé­­ra­­tif de savoir ce que l’on vend et à qui on le vend.

Le finan­­ce­­ment parti­­ci­­pa­­tif vous assure-t-il une indé­­pen­­dance édito­­riale et finan­­cière totale ?

Oui, c’est une bonne façon d’ac­qué­­rir son indé­­pen­­dance, parce que si vous ne le faites pas avec le crowd­­fun­­ding, alors vous avez besoin soit de prêts, soit d’in­­ves­­tis­­seurs. Et bien sûr, la plupart des inves­­tis­­seurs veulent autre chose que du jour­­na­­lisme de qualité. Ils veulent du jour­­na­­lisme de qualité, mais ils veulent aussi faire des profits. La plupart du temps ils veulent de plus en plus de profits. Et alors vous travaillez pour une toute autre sorte de patron. On a commencé avec 15 000 puis 18 000 abon­­nés. On pouvait leur dire : « Okay, vous nous payez, vous nous donnez la liberté de faire quelque chose de bien, vous nous avez fait confiance – ils n’avaient pas payé pour un produit parce que le produit n’était pas encore là – et nous, de façon aussi indé­­pen­­dante que possible, nous vous récom­­pen­­se­­rons pour votre confiance en vous livrant le meilleur produit possible. » Cette façon de se faire finan­­cer aide vrai­­ment à ne pas être dépen­­dant d’autres inté­­rêts, exté­­rieurs à l’in­­té­­rêt jour­­na­­lis­­tique.

Consi­­dé­­rez-vous tout de même vos « mini inves­­tis­­seurs » comme des gens qui voudront quelque chose en retour ?

« Notre plus grand défi, c’est de donner envie aux gens de payer l’an­­née prochaine pour quelque chose qu’ils connaî­­tront. »

Oui, bien sûr, mais c’est un peu diffé­rent, dans le sens où ces 18 000 personnes qui nous ont aidés à démar­­rer n’ont pas payé pour quelque chose qui exis­­tait déjà. Ils ont payé pour quelque chose qu’ils voulaient que l’on fasse, ils ont payé pour la promesse d’un certain produit. Donc ce n’est pas tradi­­tion­­nel, dans le sens où, quand je vais au super­­­mar­­ché, je paie pour quelque chose qui est déjà là. (Rires.) Ce n’est pas ce que ces gens ont fait. Notre plus grand défi, c’est de leur donner envie de payer l’an­­née prochaine pour quelque chose qu’ils connaî­­tront. Donc on espère qu’ils aime­­ront vrai­­ment ce qu’on a fait, et qu’ils voudront prolon­­ger leur abon­­ne­­ment.

Le renou­­veau de la presse aux Pays-Bas

Il vous faudra leur prou­­ver que vous aviez raison, en somme.

Oui, tout à fait. On leur a prouvé qu’on avait eu une bonne idée, main­­te­­nant il faut qu’on leur prouve qu’on a le bon produit.

La situa­­tion de la presse aux Pays-Bas est peu connue en France : pouvez-vous dire à l’aune de votre expé­­rience que la presse numé­­rique a mis fin à la presse papier ?

On a ce problème ici, oui : les jour­­naux et les maga­­zines déclinent, certains déclinent même assez rapi­­de­­ment. Je ne pense pas que les jour­­naux survi­­vront, parce qu’en fin de comptes, la distri­­bu­­tion de ces jour­­naux va deve­­nir trop chère. Nous sommes un petit pays donc les coûts sont assez faibles, mais même en Hollande certaines parties du pays ne reçoivent pas la presse parce que c’est trop coûteux. Avec la presse numé­­rique, il y a cet énorme avan­­tage de pouvoir atteindre le public n’im­­porte où, grâce à un seul clic. Cela abou­­tira à la migra­­tion en ligne de tous les jour­­naux, mais c’est un procédé assez lent. Je ne sais pas comment c’est en France, mais nous avons une grande variété de jour­­naux. Leur plus gros problème est que leur lecto­­rat est de plus en plus vieux. Ici, le lecteur de jour­­nal papier lambda a soixante ans.

Oui, c’est à peu près la même chose ici.

Rob Wijn­­berg a choisi l’illus­­tra­­tion
Crédits : De Corres­­pondent

Donc dans vingt ou vingt-cinq ans, il est possible qu’ils soient tous morts. Les jeunes lecteurs n’achètent pas vrai­­ment de jour­­naux, ils vivent sur inter­­­net. Peut-être le week-end, quand on a acheté un livre, on va le lire loin du web, mais la plupart du temps on lit sur inter­­­net.

Est-ce que la presse est finan­­cée par l’État aux Pays-Bas ?

Certaines parties de la presse, oui. Nous avons un réseau de télé­­vi­­sion publique assez fourni. Donc cette partie-là est finan­­cée par l’État, mais les jour­­naux et les maga­­zines ne le sont pas.

Et en quoi pensez-vous que la presse numé­­rique est meilleure, au-delà du confort et de l’ac­­ces­­si­­bi­­lité ?

On peut racon­­ter des histoires de beau­­coup de façons. Grâce à la vidéo, à l’au­­dio, avec des séries de photos etc., c’est multi­­di­­men­­sion­­nel, si on compare cela au papier. Sur inter­­­net il y a des tas de possi­­bi­­li­­tés. Mais au-delà de ça, je pense qu’il y a un avan­­tage encore plus grand à la presse numé­­rique : c’est très facile de se mettre en rela­­tion avec le lecto­­rat. Non seule­­ment les gens peuvent lais­­ser direc­­te­­ment des commen­­taires, mais ils peuvent aussi donner des sources, parta­­ger leur savoir, leur expé­­rience. Notre plus grand but est de construire une plate­­forme où toutes sortes de gens peuvent parta­­ger leur savoir spéci­­fique et leurs expé­­riences – de façon à ce que le jour­­na­­lisme ne soit plus seule­­ment l’acte d’en­­voyer mais aussi celui de rece­­voir de l’in­­for­­ma­­tion, de façon plus aisée. Disons qu’on veuille écrire sur l’édu­­ca­­tion et que 200 abon­­nés travaillent dans une école ou sont profes­­seurs, etc. : ils peuvent nous en dire bien plus sur l’édu­­ca­­tion qu’un seul jour­­na­­liste. Cette inter­­ac­­tion à deux sens est très impor­­tante. Une des raisons pour lesquelles on a choisi ce nom est à cause du mot « corres­­pon­­dant » : on corres­­pond avec les jour­­na­­listes. C’est presque impos­­sible avec la presse papier ou la télé­­vi­­sion.

Votre nom est aussi inter­­­na­­tio­­nal : il signi­­fie la même chose en français ou en anglais. Prévoyez-vous d’étendre vos acti­­vi­­tés ?

Oui, et il y aurait deux avan­­tages à cela. Le même concept (des jour­­na­­listes experts avec leurs groupes de follo­­wers) pour­­rait marcher n’im­­porte où parce que tous les pays ont un groupe de « meilleurs jour­­na­­listes » – certains sont connus, d’autres sont talen­­tueux et jeunes. Donc si on les met ensemble, cela pour­­rait fonc­­tion­­ner dans n’im­­porte quel pays. La deuxième chose c’est que si on les met ensemble, on pour­­rait lier toutes ces plate­­formes et avoir un réseau de corres­­pon­­dants.

« Nous essayons d’écrire des papiers qui sont très urgents et très inté­­res­­sants aujourd’­­hui, sur des événe­­ments actuels, mais qui seraient tout de même inté­­res­­sants à lire la semaine prochaine. »

Disons qu’a­­vec une plate­­forme de corres­­pon­­dants en France, si la poli­­tique française m’in­­té­­resse, pourquoi est-ce que je lirais un jour­­nal hollan­­dais à ce sujet ? Je préfère lire le meilleur jour­­na­­liste poli­­tique français sur la poli­­tique de son pays, sur ma plate­­forme, plutôt qu’un jour­­na­­liste hollan­­dais. Donc notre rêve serait que, en tant que membre du Corres­­pondent, on puisse sélec­­tion­­ner les meilleurs jour­­na­­listes partout dans le monde et les suivre dans leur parcours. Mais c’est un objec­­tif à long terme. (Rires.)

Quel rapport y a-t-il entre les pensées de Nietzsche, de Kant et de Platon, que vous rassem­­blez dans vos livres, et votre concep­­tion du jour­­na­­lisme ?

Ce sont des philo­­sophes très diffé­­rents. La philo­­so­­phie aborde surtout des ques­­tions qui sont là pour toujours : la vérité, la beauté, etc. Ces ques­­tions ne trouvent jamais une réponse défi­­ni­­tive. Elles durent toute une vie, et même au-delà. Le jour­­na­­lisme touche au présent : aujourd’­­hui, cette semaine, qu’est-ce qui est en train d’ar­­ri­­ver, au moment même où l’on parle ? Les deux ont des avan­­tages. Les gens demandent toujours : quel usage puis-je faire de la philo­­so­­phie dans ma vie quoti­­dienne ? Comment est-ce que la philo­­so­­phie m’aide au jour le jour ? Le jour­­na­­lisme a l’in­­con­­vé­­nient d’être inté­­res­­sant aujourd’­­hui mais oublié demain. Si on lie les deux ensemble, si on prend un peu de la valeur éter­­nelle de la philo­­so­­phie et qu’on l’at­­tache à la valeur quoti­­dienne du jour­­na­­lisme, alors on obtient un mélange qui fait que le jour­­na­­lisme dure un peu plus long­­temps. Nous essayons d’écrire des papiers qui sont très urgents et très inté­­res­­sants aujourd’­­hui, sur des événe­­ments actuels, mais qui seraient tout de même inté­­res­­sants à lire la semaine prochaine ou même le mois prochain. Et ce point de vue sur le jour­­na­­lisme, oui, vous avez raison, je le tire de la philo­­so­­phie.


Couver­­ture : portraits des jour­­na­­listes de De Corres­­pondent / Rob Wijn­­berg, Janus van den Eijn­­den .
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