par Amie Ferris-Rotman | 12 octobre 2015

Le retour des Afgantsi

La manche du combat­­tant rebelle Youri Prot­­senko témoigne de son allé­­geance, dans le conflit qui sévit actuel­­le­­ment dans son Ukraine natale : il porte l’in­­signe d’une milice sépa­­ra­­tiste soute­­nue par la Russie, le bataillon Vostok, qu’il a rejoint en février de l’an­­née dernière. À Kiev, Igor Pana­­siouk se prépare au combat contre les rebelles comme Prot­­senko. Le visage flanqué d’une épaisse mous­­tache grise, l’homme de 49 ans a rejoint l’ar­­mée ukrai­­nienne pour empê­­cher que l’est du pays « ne devienne une autre Tchét­­ché­­nie », où Russes et sépa­­ra­­tistes ont mené deux guerres post-sovié­­tiques.

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Youri Prot­­senko
Crédits : Joel van Houdt

Mais alors que Prot­­senko et Pana­­siouk sont aujourd’­­hui enne­­mis, ce sont d’an­­ciens frères d’armes : tous deux ont combattu sous la bannière sovié­­tique durant la guerre d’Af­­gha­­nis­­tan, où ils servaient en même temps en 1988. Dans les rangs de l’Ar­­mée rouge, Prot­­senko se battait contre des moudja­­hi­­din à Kaboul et Kanda­­har, où il a reçu une bles­­sure à l’œil qui trouble son regard. Pana­­siouk, lui, était pilote de chasse, stationné dans la province afghane de Mazar-e-Sharif, au nord du pays. Il a fui l’Af­­gha­­nis­­tan un jour de février 1989, avec le reste des troupes de l’Union sovié­­tique. Bien que les deux hommes ne se soient jamais rencon­­trés, ce pour­­rait être le cas aujourd’­­hui de part et d’autre de la ligne de front, au cœur d’une guerre réso­­lu­­ment diffé­­rente, qui a lieu sur leur terre natale. Igor et Youri ne sont pas seuls. Autre­­fois enga­­gés dans un conflit clé de la guerre froide, au cours duquel les moudja­­hi­­din soute­­nus par les États-Unis ont asséné une défaite humi­­liante à l’Union sovié­­tique et à l’ar­­mée afghane qu’ils entraî­­naient, les vété­­rans de la guerre d’Af­­gha­­nis­­tan prennent à nouveau les armes en Ukraine. Ils sont des milliers de soldats, parta­­gés entre le camp sépa­­ra­­tiste et celui du gouver­­ne­­ment ukrai­­nien. Pour ces hommes, qu’en russe on appelle les « Afgantsi », l’ap­­pel du combat est presque inné : une réponse natu­­relle à ce qu’ils perçoivent comme une nouvelle guerre par procu­­ra­­tion entre l’Oc­­ci­dent, qui soutient l’Ukraine, et la Russie, qui soutient ouver­­te­­ment les sépa­­ra­­tistes. En dépit de leur âge, le conflit ukrai­­nien – qui a tué près de 9 000 personnes et a déplacé au moins 1,4 million de personnes en près de deux ans – n’est pour de nombreux Afgantsi qu’une nouvelle étape dans un vieux combat. C’est leur troi­­sième guerre en 25 ans, en comp­­tant le conflit tchét­­chène des années 1990. Ce sont des soldats aguer­­ris et dotés d’une grande expé­­rience du combat, ce qui en fait des recrues bien­­ve­­nues au cœur d’un conflit marqué par la pauvreté et l’in­­com­­pé­­tence – des combat­­tants des deux camps ont été accu­­sés de pillage, de trafic de drogues et d’une fâcheuse tendance à boire beau­­coup.

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Les Afgantsi de Maidan

« Les Afgantsi n’al­­laient pas rester assis sage­­ment à la maison, à se tour­­ner les pouces », me dit Prot­­senko alors que nous sommes atta­­blés dans un café de Donetsk, capi­­tale de la Répu­­blique popu­­laire auto­­pro­­cla­­mée de Donetsk, dont les rebelles pro-Russes se sont empa­­rés l’an­­née dernière. Vêtu d’une tenue de camou­­flage et d’un béret bleu sarcelle, il fume une ciga­­rette, soule­­vant son poitrail orné de médailles héri­­tées de la guerre d’Af­­gha­­nis­­tan. « Le sang, les bles­­sures, l’ar­­tille­­rie, ça nous connaît. » Comme Prot­­senko, Pana­­siouk fait route pour Gorlovka, l’une des nombreuses villes défi­­gu­­rées par les balles qui s’étendent près de la fron­­tière entre le quasi-État de Donetsk et l’Ukraine. Il fait écho aux paroles de Prot­­senko lorsqu’il évoque leur expé­­rience du combat – « on sait ce qu’est la guerre, et ce qui ne l’est pas » –, mais il ne voit pas ses « frères » d’Af­­gha­­nis­­tan comme ses enne­­mis ; c’est le président russe Vladi­­mir Poutine qu’il a dans son colli­­ma­­teur. Tandis qu’il parle, Pana­­siouk porte régu­­liè­­re­­ment la main à la plaque d’iden­­tité mili­­taire sovié­­tique qui pend encore à son cou, comme s’il s’agis­­sait d’une amulette.

Rien n’a changé

La présence des Afgantsi se ressent. Des centaines d’Af­­gantsi pro-Ukraine ont pris part aux révoltes de Maidan en 2014, qui ont poussé dehors le gouver­­ne­­ment appuyé par Moscou. À présent, d’après le Service de sécu­­rité d’Ukraine (connu sous l’acro­­nyme SBU), des milliers d’Af­­gantsi se battent au sein des 232 000 hommes des Forces armées de l’Ukraine. Des repré­­sen­­tants de l’Union ukrai­­nienne des vété­­rans de la guerre d’Af­­gha­­nis­­tan, un groupe volon­­taire et non-gouver­­ne­­men­­tal, affirment qu’ils sont plusieurs centaines au bas mot à prendre part au combat du côté pro-Russe du conflit, même si certains rebelles estiment qu’ils se comptent en milliers. La rumeur court que même le comman­­dant de guerre rebelle Igor Bezler (dont le nom de guerre est « Démon ») – l’homme que le SBU accuse d’être respon­­sable de la chute du vol MH17 dans l’est de l’Ukraine il y a un an – a servi en Afgha­­nis­­tan au début des années 1980, bien qu’il n’ait jamais infirmé ou confirmé ce fait.

Pour les 90 000 Afgantsi qui sont rentrés à la maison, il était rare d’être accueillis en héros.

La guerre sovié­­tique en Afgha­­nis­­tan, qui a débuté en décembre 1979 et a pris fin neuf ans plus tard, reste un chapitre doulou­­reux dans la mémoire collec­­tive de l’ex-Union sovié­­tique. Elle a préci­­pité la ruine et la chute de l’URSS en 1991. Après la Russie, c’est l’Ukraine qui a connu le plus de pertes dues au conflit, avec au moins 2 500 soldats tués et des milliers de bles­­sés. Quant au bilan pour l’Af­­gha­­nis­­tan, il est horri­­fiant : un million de personnes ont été tuées, l’agri­­cul­­ture du pays a été réduite à néant et un tiers de sa popu­­la­­tion a pris la fuite, créant la plus vaste crise de réfu­­giés qu’un pays avait connue jusqu’a­­lors – sans comp­­ter le fait que l’in­­va­­sion des Russes a déclen­­ché une spirale de violence qui se pour­­suit encore aujourd’­­hui. Pour les 90 000 Afgantsi qui sont rentrés à la maison (au moins 15 000 d’entre eux y sont restés), il était rare d’être accueillis en héros. Comme dans d’autres conflits – la ressem­­blance avec l’ex­­pé­­rience améri­­caine au Viet­­nam est flagrante –, ce que les Afgantsi voyaient peu à peu comme une guerre inutile a rendu leur retour à une vie normale extrê­­me­­ment diffi­­cile. « En Afgha­­nis­­tan, nous n’avons pas bombardé que les déta­­che­­ments de rebelles et leurs cara­­vanes, nous avons fait pleu­­voir la mort sur nos propres idéaux », écri­­vait le grand jour­­na­­liste russe Artyom Boro­­vik, qui a embarqué de nombreuses fois aux côtés des troupes sovié­­tiques, dans son livre La Guerre cachée. Le mélange entre la désillu­­sion à l’en­­droit du gouver­­ne­­ment sovié­­tique et le dédain dont les soldats de retour du conflit ont fait l’objet a conduit beau­­coup d’Af­­gantsi à former une commu­­nauté très soli­­daire au pays.

En Ukraine, ces commu­­nau­­tés, consi­­dé­­rées le plus souvent comme des branches de l’Union des vété­­rans, ont joué un rôle crucial dans l’or­­ga­­ni­­sa­­tion des combat­­tants du conflit actuel. Nostal­­giques de l’époque sovié­­tique, certains Afgantsi se sont raccro­­chés à leurs liens avec Moscou, tandis que d’autres se sont montrés loyaux envers l’Ukraine et cherchent à proté­­ger sa souve­­rai­­neté. Dans un jardin commu­­nau­­taire de Donetsk à l’abri du soleil, je fais la rencontre de Vladi­­mir Mirou­­tenko, un vété­­ran d’Af­­gha­­nis­­tan aux grands yeux vert d’eau. Il a combattu les forces ukrai­­niennes dans la ville de Mariou­­pol, où l’ac­­cro­­chage du 17 août dernier a tué neuf personnes, dont deux soldats ukrai­­niens. Combattre peut sembler une occu­­pa­­tion étrange pour Mirou­­tenko, qui porte une jambe arti­­fi­­cielle depuis un acci­dent minier ayant eu lieu après son retour d’Af­­gha­­nis­­tan. Mais l’homme de 48 ans – qui s’est vu décer­­ner la plus grande distinc­­tion mili­­taire de l’ère sovié­­tique, l’ordre de l’Étoile Rouge, pour sa bravoure au combat face à des cara­­vanes trans­­por­­tant de l’opium dans le nord de l’Af­­gha­­nis­­tan – est animé par une vibrante idéo­­lo­­gie pro-russe et anti-améri­­caine. « Si nous n’étions pas inter­­­ve­­nus en Afgha­­nis­­tan quand nous l’avons fait, les Améri­­cains s’en seraient empa­­rés. Main­­te­­nant que c’est le cas, regar­­dez le bordel qu’ils y ont foutu », fulmine Mirou­­tenko, qui fait réfé­­rence à la guerre améri­­caine en Afgha­­nis­­tan. « Si on ne s’était pas battu pour Donetsk, alors l’OTAN, les Améri­­cains et le séna­­teur McCain auraient fait main basse dessus », pour­­suit-il. En tant que soutien affi­­ché du président ukrai­­nien Petro Poro­­shenko, McCain a déclaré qu’il avait « honte » du fait que les États-Unis ont refusé de four­­nir une aide mili­­taire létale à Kiev, bien que l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Obama ait fait don de centaines de millions de dollars d’équi­­pe­­ment non-mortel aux forces armées ukrai­­niennes, incluant des drones et des Humvee.

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Vladi­­mir Mirou­­tenko
Crédits : Joel van Houdt

À Mariou­­pol, les forces ukrai­­niennes ont capturé et détenu Mirou­­tenko pendant plusieurs jours, raconte-t-il, et ils l’ont torturé en le pendant au plafond, la tête en bas. Mais il m’as­­sure qu’il était prêt à endu­­rer ce calvaire. « Retour­­ner à la guerre, c’est comme remon­­ter dans une voiture après dix ans de break », dit-il. « Tu conduis comme si rien n’avait changé. »

Les paral­­lèles

La divi­­sion au sein des Afgantsi – pro-Russes contre pro-Ukrai­­niens – rappelle une autre divi­­sion au sein de l’ex-Union sovié­­tique, géné­­ra­­tion­­nelle celle-ci, avec d’une part les parti­­sans d’un virage poli­­tique à l’Oc­­ci­­den­­tale et de l’autre ceux qui préfèrent marcher dans les pas de Moscou. Le fils de Mirou­­tenko, âgé de 23 ans et impres­­sionné par l’hé­­roïsme de son père, a égale­­ment pris les armes, même s’il se bat du côté ukrai­­nien. Mirou­­tenko pour­­rait bien se retrou­­ver un jour face à lui au combat. « Mon fils, je l’ai nourri et vêtu. Ce sera toujours mon fils, et il me respec­­tera toujours, mais nos croyances sont diffé­­rentes », explique Mirou­­tenko avec prag­­ma­­tisme. Au sein des Afgantsi, les allé­­geances multiples sont chose courante, affirme Lilia Radio­­nova, la repré­­sen­­tante de la Répu­­blique popu­­laire de Donetsk qui a aidé à faire libé­­rer Mirou­­tenko. « Les Afgantsi ont une vision bien arrê­­tée de ce qui est bien et de ce qui est mal, et ils finissent souvent par se battre les uns contre les autres », me dit-elle dans un hôtel de Donetsk qui abrite le person­­nel du minis­­tère de la Défense de la répu­­blique et leurs familles. Son hall est mal éclairé mais il grouille d’ac­­ti­­vité : des hommes en tenue de camou­­flage portant des Kala­ch­­ni­­kov à l’épaule surveillent les allées et venues, à l’ins­­tar des femmes apprê­­tées qui sont à leur service. Comme le long des larges avenues de Donetsk, couvertes de feuilles mortes, les drapeaux à bandes noir, bleu et rouge de la Répu­­blique popu­­laire de Donetsk pendent aux murs.

24609 15.10.1986 Советские солдаты возвращаются на Родину из Афганистана. Александр Гращенков/РИА Новости
Retrait des troupes d’Af­­gha­­nis­­tan, le 15 octobre 1986
Crédits : Alexandr Graschen­­kov

Les Afgantsi des deux camps semblent s’en­­tendre sur le fait que le conflit ukrai­­nien et la guerre sovié­­tique en Afgha­­nis­­tan ont de nombreux points communs. En Afgha­­nis­­tan, Moscou entraî­­nait les mili­­taires afghans pour combattre les moudja­­hi­­din, soute­­nus finan­­ciè­­re­­ment par les États-Unis. Pendant des années, les Améri­­cains ont nié avoir fourni des armes aux combat­­tants, mais en 1986, Washing­­ton a fini par l’ad­­mettre publique­­ment. Aujourd’­­hui, les Russes approuvent l’ac­­tion des rebelles dans l’est de l’Ukraine, mais Moscou nie inva­­ria­­ble­­ment le fait qu’ils équipent les soldats enga­­gés dans le conflit, en dépit des accu­­sa­­tions répé­­tées de Kiev et de Washing­­ton – qui soutient l’ar­­mée ukrai­­nienne. « En Afgha­­nis­­tan, nous avons construit des ponts et des écoles, nous avons donné des médi­­ca­­ments. La Russie essaie de faire la même chose ici, mais les Améri­­cains sont déci­­dés à tout gâcher », me confie un comman­­dant rebelle qui se présente sous le nom de Vladi­­slav, à Donetsk, non loin de l’aé­­ro­­port chère­­ment disputé, où il commande aux troupes de la milice Vostok. Grand et costaud, la barbe épaisse, Vladi­­slav a été blessé à l’épaule à Herat, une ville de l’ouest de l’Af­­gha­­nis­­tan, où il a servi de 1983 à 1985. D’après Alexan­­der Khoda­­kovski, comman­­dant du bataillon Vostok et désor­­mais ministre de la Sécu­­rité de la Répu­­blique popu­­laire de Donetsk, les Afgantsi sont forgés et moti­­vés par les souve­­nirs de l’ère sovié­­tique. « En Afgha­­nis­­tan, ils défen­­daient les inté­­rêts de l’Union sovié­­tique. Quand ils se battent pour nous, ils font preuve de certaines quali­­tés héri­­tées de cette époque. Ils sont farou­­che­­ment patriotes », me confie Khodavski dans son bureau de Donetsk, installé dans un grand immeuble datant de l’ère sovié­­tique. « Bien sûr, ils sont plus vieux que la plupart des autres soldats et ont souf­­fert de mala­­dies, de commo­­tions et de choses comme ça. Mais leur expé­­rience est un atout de taille. »

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Olek­­sandr Yankivski dans l’église de la Résur­­rec­­tion
Crédits : Amie Ferris-Rotman

L’en­­vie de se battre, que ce soit du côté de Kiev ou des rebelles soute­­nus par Moscou, est intrin­­sèque­­ment liée à la valeur. Mais l’im­­pres­­sion d’avoir le devoir préser­­ver le souve­­nir d’une guerre que la plupart des Ukrai­­niens préfé­­re­­raient oublier entre égale­­ment en jeu. Lorsque les corps des Afgantsi ont été rapa­­triés en Ukraine, scel­­lés hermé­­tique­­ment dans des cercueils de zinc qui sont deve­­nus les emblèmes de cette guerre, ils tran­­si­­taient souvent par l’église de la Résur­­rec­­tion de Kiev, que j’ai visi­­tée en juillet. C’est là, au pied des murs char­­gés d’icônes de saints, qu’a­­vaient lieu les funé­­railles dont l’Église ortho­­doxe ukrai­­nienne a fait cadeau en 1992 à l’Union des vété­­rans. Aujourd’­­hui, en dehors des baptêmes et des mariages de parents d’Af­­gantsi que célèbre l’église, l’en­­droit est peu prisé. Le clocher fait face à un mémo­­rial circu­­laire consti­­tué de blocs de granit portant le nom des morts. Les statues de trois Afgantsi se dressent sur un piédes­­tal en son centre, l’un d’eux tenant son visage enfoui entre ses mains. Ils sont entou­­rés de tulipes noires fondues dans le métal, en réfé­­rence au surnom donné aux avions qui ont ramené les morts au pays. Alors qu’il entre dans l’église et se signe avec trois doigts, Olek­­sandr Yankivski, direc­­teur adjoint de la branche de l’union à Kiev, me confie que les ressem­­blances entre les deux guerres conti­­nuent de le hanter. « La plus grande ressem­­blance avec l’Af­­gha­­nis­­tan – et il n’y a pas de quoi en être fiers –, c’est que nous perdons à nouveau notre pays », dit l’an­­cien sniper en compa­­rant l’ef­­fon­­dre­­ment de l’Union sovié­­tique à celui de l’Ukraine aujourd’­­hui. « Mais l’Ukraine est notre terre natale, et nous la défen­­drons quoi qu’il en coûte. »


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « The Return of the ‘Afgant­­sy’ », paru dans Poli­­tico Maga­­zine. Couver­­ture : Les médailles de vété­­rans de la guerre d’Af­­gha­­nis­­tan.

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