par Amy Wallace | 0 min | 10 avril 2017

Avis de tempête dans le Paci­­fique. Depuis samedi 8 avril, un porte-avions, deux destroyers et un croi­­seur améri­­cains font route vers la pénin­­sule coréenne. « La Corée du Nord se comporte très mal », avait averti Donald Trump le 17 mars sur Twit­­ter. « Ça fait des années qu’ils se moquent des États-Unis. La Chine n’a pas aidé. » Mardi 11 avril, Pyon­­gyang a dénoncé un « déploie­­ment insensé » et s’est dit prête à une riposte. « Nous pren­­drons les mesures de contre-attaque les plus fermes contre les provo­­ca­­teurs, afin de nous défendre par la voie des armes. »  Avec cette « mesure de précau­­tion », le président améri­­cain pour­­rait déchaî­­ner l’océan de désac­­cords qui sépare les États-Unis de l’Em­­pire du milieu. Inquiets du récent impé­­ria­­lisme de Pékin, ses pays rive­­rains se sont presque tous rangés derrière le para­­pluie de Washing­­ton. Ce petit jeu d’al­­liances cris­­tal­­lise les tensions. « Dans cinq à dix ans, nous aurons une guerre en mer de Chine méri­­dio­­nale », dégai­­nait le mili­­tant d’ex­­trême-droite Steve Bannon en 2016. Il est aujourd’­­hui stra­­tège en chef à la Maison-Blan­­che… « La guerre avec la Chine est inévi­­table », juge le profes­­seur en rela­­tions inter­­­na­­tio­­nales belge Jona­­than Hoslag. « Chaque mouve­­ment mili­­taire chinois dans la région est perçu comme une menace par les États-Unis, et vice-versa. » Tout aussi inévi­­table paraît la propa­­ga­­tion des hosti­­li­­tés en cas d’af­­fron­­te­­ment. Petites par la taille, les îles du secteur sont grandes en impor­­tance stra­­té­­gique. En s’y instal­­lant comme elle est en train de le faire, la Chine s’oc­­troie le contrôle d’un secteur où tran­­site un tiers du commerce mari­­time mondial. De quoi rameu­­ter L’OTAN dans le sillage des navires de guerres améri­­cains. Sans parler des épineux cas nord-coréen et taïwa­­nais.

Un porte-avions chinois de sortie en mer de Chine
Crédits : CNBC/VCG

Face à ce bloc, une coali­­tion est déjà en germe. À l’été 2016, Xi Jinping et Vladi­­mir Poutine ont signé un texte commun pour tancer ceux qui « cherchent des avan­­tages déci­­sifs dans les tech­­no­­lo­­gies mili­­taires et asso­­ciées à travers l’usage de la force et sa menace dans les affaires inter­­­na­­tio­­nales ». Comprendre : les États-Unis et leurs alliés. Nul doute que l’Iran se join­­drait à Moscou, qu’il accom­­pagne déjà sur le front syrien. Ajou­­tez encore le Pakis­­tan, allié de la Chine et puis­­sance nucléaire depuis 1987. Voilà large­­ment assez d’élé­­ments pour enclen­­cher une belle méca­­nique morti­­fère.

Aux armes

Donald Trump et Xi Jinping ne joue­­ront pas au golf ensemble. Lors de sa première visite aux États-Unis depuis le départ de Barack Obama, jeudi 6 avril 2017, le président chinois a poli­­ment refusé de fouler le green de son hôte. Céder aux fastes de ce que Mao appe­­lait un « sport pour million­­naires » aurait été trahir le Parti, alors son secré­­taire géné­­ral a préféré décla­­rer forfait, quitte à jeter un froid. Les rela­­tions entre les deux géants ne sont de toute manière pas bien chaleu­­reuses. À son arri­­vée au pouvoir, il y a quatre ans, Xi Jinping a lancé le slogan du « rêve chinois », en lui adjoi­­gnant des promesses de pros­­pé­­rité et de puis­­sance. Cet « appel au natio­­na­­lisme », selon Willy Lam, cher­­cheur spécia­­liste des élites chinoises basé à Hong Kong, entre en contra­­dic­­tion avec les inté­­rêts de ses voisins mais égale­­ment ceux des États-Unis, en plein rééqui­­li­­brage de leur diplo­­ma­­tie. Le « pivot vers l’est » annoncé par Barack Obama début 2012 s’est mani­­festé par un déploie­­ment mili­­taire sans précé­dent des marines dans la zone Asie-Paci­­fique depuis la Seconde Guerre mondiale. D’ici 2020, 60 % des moyens améri­­cains y seront concen­­trés.

Béton­­nage et mili­­ta­­ri­­sa­­tion d’une île dans le Paci­­fique

Or l’Em­­pire du milieu entend contrô­­ler la quasi-tota­­lité de la mer de Chine méri­­dio­­nale. Sur une carte publiée en 2009, il s’ar­­roge un pré carré mari­­time immense, vague­­ment cerné par neuf traits. Faisant peu de cas des pays rive­­rains et du droit inter­­­na­­tio­­nal, Pékin s’est mis à béton­­ner jusqu’aux plus petits îlots entre Taiwan et l’In­­do­­né­­sie. Des aéro­­ports et des bases mili­­taires sont ainsi sortis des eaux dans ce secteur où tran­­sitent mille milliards de dollars de marchan­­dises pour le compte des Améri­­cains chaque année. Afin d’écar­­ter le Viet­­nam, la Malai­­sie, Brunei ou les Philip­­pines, la Répu­­blique popu­­laire pratique la poli­­tique du fait accom­­pli. Elle a préempté les Para­­cels, les Sprat­­leys ou Scar­­bo­­rough en y instal­­lant des aéro­­ports et autres bases mili­­taires. Cela lui permet de reven­­diquer les zones écono­­miques exclu­­sives de 200 miles marins auxquelles donne accès le droit de la mer. Une légis­­la­­tion qu’elle n’hé­­site du reste pas à bafouer sur l’au­­tel de l’his­­toire. Saisie par les Philip­­pines, la Cour inter­­­na­­tio­­nale d’ar­­bi­­trage de La Haye a statué en juillet 2016 en leur faveur. « Il n’y a aucun fonde­­ment juri­­dique pour que la Chine reven­­dique des droits histo­­riques sur des ressources dans les zones mari­­times à l’in­­té­­rieur de la “ligne en neuf traits”» Celle-ci a dere­­chef quali­­fié la déci­­sion de « nulle et non avenue ». La seule loi qui prévaut en mer de Chine méri­­dio­­nale est impo­­sée par les garde-côtes chinois. Ils évincent les pêcheurs étran­­gers et ne manquent pas de préve­­nir toute embar­­ca­­tion que ce terri­­toire est le leur. En réac­­tion, Washing­­ton a lancé depuis deux ans des opéra­­tions « pour la liberté de la navi­­ga­­tion » menées par des frégates de combat le long des côtes. Quand ce ne sont pas des porte-avions qui patrouillent ou même des drones.

Le drone saisi par le navire chinois
Crédits : Reuters

En décembre 2016, la marine chinoise a inter­­­cepté un drone améri­­cain subaqua­­tique voué à recueillir des infor­­ma­­tions. Une manière d’en­­voyer « un signal », d’après Wu Shicun, président d’un insti­­tut de recherches affi­­lié au gouver­­ne­­ment. « Si vous nous espion­­nez sous l’eau et mena­­cez notre sécu­­rité natio­­nale, nous pren­­drons les mesures qui s’im­­posent. Nous avons modes­­te­­ment réagi aux humi­­lia­­tions de ces dernières années. Je crois que cette période est finie. » Quelques semaines plus tard, l’Ar­­mée de libé­­ra­­tion du peuple relayait les menaces d’un offi­­ciel de la commis­­sion centrale mili­­taire sur son site : « Une guerre “dès ce mandat” ou “la guerre écla­­tera ce soir” ne sont pas juste des slogans, ils deviennent une réalité. » D’au­­tant que Donald Trump n’est pas opposé, par prin­­cipe, à des attaques. Xi Jinping a pu le consta­­ter lors de sa visite en Floride, les 6 et 7 avril. Alors qu’il était reçu dans la somp­­tueuse demeure de Donald Trump, à Mar-a-Lago, les États-Unis frap­­paient la Syrie. Un aver­­tis­­se­­ment ? Toujours est-il qu’une partie de golf aurait été bien malve­­nue dans ces condi­­tions. Quant au ping-pong, ça fait long­­temps qu’il n’apaise plus les rela­­tions sino-améri­­caines.

Casus belli

Dans les années 1970, « la diplo­­ma­­tie du ping-pong » permet aux deux États de dialo­­guer. Après sa rupture avec l’Union sovié­­tique, en 1963, la Répu­­blique popu­­laire se rapproche des États-Unis par l’in­­ter­­mé­­diaire du sport. Une rencontre inat­­ten­­due est orga­­ni­­sée entre les deux équipes natio­­nales de tennis de table en 1971, prélude à la venue du président Nixon un an plus tard. Depuis, les liens se sont plutôt resser­­rés à coups de bons de commandes. Shan­­ghai est devenu le plus gros port d’ex­­por­­ta­­tion au monde en 2010, permet­­tant à l’éco­­no­­mie chinoise de passer à la deuxième place. Un rang que Pékin a égale­­ment atteint en matière mili­­taire. Tandis que le défi­­cit commer­­cial améri­­cain auprès de la Chine se creu­­sait, attei­­gnant près de 300 milliards de dollars en 2011, les rapports promet­­tant la fin de l’hé­­gé­­mo­­nie de l’Oncle Sam sur l’éco­­no­­mie mondiale se sont mis à pullu­­ler. Le déclas­­se­­ment guet­­tait. Pendant sa campagne tout en nuance, Donald Trump a promis de mettre fin au « plus grand vol de l’his­­toire » au moyen de bannières doua­­nières. Autre­­ment dit, taxer forte­­ment le Made in China. Il a aussi affirmé être en mesure de convaincre la Corée du Nord d’aban­­don­­ner son programme nucléaire. « Trump a menacé de se débrouiller tout seul si on n’ar­­ri­­vait pas à quelque chose avec les Chinois », indique le géné­­ral français Daniel Schaef­­fer, précé­­dem­­ment atta­­ché de défense en Asie.

« La Chine travaille toujours en bila­­té­­ral pour profi­­ter de la faiblesse de ses adver­­saires. »

Bien que « le traité d’al­­liance entre la Chine et la Corée du Nord [ne soit] pas mis en œuvre », tempère le géné­­ral de brigade aérienne Jean-Vincent Bris­­set, aujourd’­­hui cher­­cheur à l’Iris, la première demeure extrê­­me­­ment hostile à une inter­­­ven­­tion améri­­caine contre Pyon­­gyang. « Les Chinois tiennent à bout de bras la Corée du Nord », insiste Daniel Schaef­­fer. « Si elle était neutra­­li­­sée et amenée à une réuni­­fi­­ca­­tion, il est bien évident que les Améri­­cains seraient à côté de la fron­­tière de la Chine, ce qui inquiète cette dernière sur le plan mili­­taire. » Après le retrait du traité de non-proli­­fé­­ra­­tion nucléaire du régime nord-coréen en 2003, un format de pour­­par­­lers a vaine­­ment été mis en place avec le voisin du sud, la Chine, le Japon, les États-Unis et la Russie. Moins de six ans plus tard, le minis­­tère des Affaires étran­­gères de la dicta­­ture commu­­niste claquait la porte : « Nous ne parti­­ci­­pe­­rons plus jamais à de telles discus­­sions et ne nous esti­­me­­rons liés par aucune déci­­sion prise dans le cadre de ces discus­­sions », faisait-il savoir en assu­­rant qu’il escomp­­tait « renfor­­cer sa force de dissua­­sion nucléaire pour assu­­rer sa défense par tous les moyens. » Les espoirs susci­­tés par l’ar­­ri­­vée au pouvoir de Kim Jong-un fin 2011 parti­­ront vite en fumée, dans la traî­­née des nombreux missiles lancés par le despote. Si les États-Unis restent hors de portée, leurs alliés sud-coréens et japo­­nais sont en revanche suffi­­sam­­ment proches pour faire les frais de l’agres­­si­­vité de Pyon­­gyang, auteur de deux essais nucléaires pour la seule année 2016. Inves­­tie en 2013, la prési­­dente sud-coréenne Park Geun-hye donne à son état-major consigne de « répondre à l’at­­taque par l’at­­taque » et multi­­plie les exer­­cices conjoints avec l’US Air Force. Au cours d’une visite à Séoul, le 17 mars 2017, le secré­­taire d’État améri­­cain Rex Tiller­­son aver­­tit que « la poli­­tique de la patience stra­­té­­gique est termi­­née ». Si la Corée du Nord « élève la menace de son programme mili­­taire, à un niveau qui requiert une réponse, alors toutes les options seront sur la table ». Au Japon, le Premier ministre Shinzo Abe « est parti­­san d’une ligne dure avec la Chine », juge Daniel Schaef­­fer. En 2015, il fait voter une loi permet­­tant à l’ar­­mée de mener des opéra­­tions mili­­taires à l’étran­­ger avec le blanc-seing des États-Unis. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ces derniers disposent de 50 000 soldats sur le sol nippon, dont beau­­coup sur l’île d’Oki­­nawa, à 700 km des côtes chinoises. Plus au sud, les îles Senkaku/Diaoyu Dao sont toujours reven­­diquées par la Répu­­blique popu­­laire.

Les îles de la discorde

À ces alliances histo­­riques s’ajoutent des connexions avec la Thaï­­lande, le Viet­­nam et les Philip­­pines, pour ne citer qu’eux. Un coin enfoncé dans le patro­­nage qu’es­­saye d’im­­po­­ser Pékin, soucieux de sécu­­ri­­ser ses appro­­vi­­sion­­ne­­ment. « La Chine travaille toujours en bila­­té­­ral pour profi­­ter de la faiblesse de ses adver­­saires », observe Jean-Vincent Bris­­set. « S’il n’y a pas de faiblesse intrin­­sèque, elle tente de la provoquer. Elle fait ainsi des pieds et des mains pour éviter toute posi­­tion commune de l’Asean (Asso­­cia­­tion des nations de l’Asie du Sud-Est), a acheté le Cambodge et le Laos et a tenté d’en faire de même avec la Birma­­nie sans succès. » Suprême provo­­ca­­tion, Donald Trump s’est entre­­tenu par télé­­phone avec la prési­­dente de Taiwan Tsai Ing-wen en décembre 2016, court-circui­­tant le gouver­­ne­­ment chinois. « Tout ce qui concourt à la légi­­ti­­mité de Taiwan est insup­­por­­table à Pékin », ajoute Jean-Vincent Bris­­set. « La nouvelle prési­­dente veut garder le statu quo jusqu’à ce que la sépa­­ra­­tion soit effec­­tive. Elle a derrière elle des gens vrai­­ment indé­­pen­­dan­­tistes. Pour Pékin, c’est un casus belli. »

Vers la guerre ?

À en croire le fonda­­teur de HEC Eura­­sia Jacques Grave­­reau, deux logiques contraires sont à l’œuvre. D’une part « la Chine se sent enser­­rée dans son accès aux eaux de l’im­­mense océan Paci­­fique » et y affirme sa puis­­sance depuis l’ar­­ri­­vée au pouvoir de Xi Jinping ; d’autre part, « personne ne veut que [la zone soit] contrôlé[e] par le gendarme chinois ». Quoi que ses voisins en pensent, elle « est en train de se doter d’une force de dissua­­sion nucléaire mari­­time avec des sous-marins lanceurs d’en­­gins », remarque le vice-amiral Jean-Louis Vichot. « Il faut que ces sous-marins aient accès aux eaux du Paci­­fique. » Cette dialec­­tique est exacer­­bée par le natio­­na­­lisme des diffé­­rents diri­­geants impliqués. Si, avec Shinzo Abe, « la Chine sait à quoi s’en tenir », selon Daniel Schaef­­fer, la versa­­ti­­lité de Trump et du chef d’État philip­­pin Rodrigo Duterte ne sont pas pour la rassu­­rer.

Crédits : Pep Mont­­ser­­rat

L’ir­­rup­­tion de ces nouvelles pièces dans le patient jeu de go que Pékin veut impo­­ser rend la situa­­tion parti­­cu­­liè­­re­­ment instable. Insul­­tant à l’égard d’Obama, Duterte n’a toute­­fois « pas remis en cause l’ac­­cord de défense mutuelle de 1951 », note Daniel Schaef­­fer. « Il est aussi dérou­­tant que Trump. » Le 6 avril 2017, cet homme d’af­­faire élu 11 mois plus tôt a ordonné à ses mili­­taires de se déployer sur les récifs inha­­bi­­tés de son rivage afin d’y repous­­ser un bien encom­­brant Empire du milieu. « Duterte est en train de reve­­nir sur les assu­­rances qu’il a données aux Chinois car il s’aperçoit que si on leur donne le bout du doigt, ils prennent tous le bras », résume Jean-Vincent Bris­­set. Malgré la crois­­sance consi­­dé­­rable de son budget mili­­taire, la Chine dispose d’un arse­­nal bien infé­­rieur à celui des États-Unis. « Elle n’a pas les moyens d’une confron­­ta­­tion », balaye Bris­­set. Mais ses lacunes peuvent aussi se révé­­ler facteur de tension : « Les marins et avia­­teurs chinois n’étant pas d’une grande qualité, il existe un risque de colli­­sion en mer de Chine », ajoute-t-il. « S’il y a des morts, surtout avec Trump, les Améri­­cains réagi­­ront violem­­ment. » Pour soute­­nir la compa­­rai­­son, Pékin pour­­rait en appe­­ler à Moscou. « À la suite des événe­­ments en Ukraine, la Russie s’est rappro­­chée de la Chine », constate Schaef­­fer. En septembre 2016, un exer­­cice sino-russe impliquant 18 bâti­­ments de guerre et bateaux d’ap­­pro­­vi­­sion­­ne­­ment, 21 avions et héli­­co­­ptères, plus de 250 marins et 15 véhi­­cules mili­­taires a été effec­­tué en mer de Chine. Jean-Vincent Bris­­set doute cepen­­dant que les deux géants conti­­nuent de se rappro­­cher. « La Chine reven­­dique un million et demi de kilo­­mètres carrés de terri­­toire russe. C’est un peu sous l’étei­­gnoir mais c’est toujours un problème. Les Russes sont assez persua­­dés qu’il y aura un jour un conflit avec la Chine. Ils n’ont aucun inté­­rêt stra­­té­­gique commun. » Pour l’heure, Pékin se borne à tuer dans l’œuf toute tenta­­tive de coali­­tion grâce à sa manne finan­­cière. En Malai­­sie, accusé de malver­­sa­­tions par la diplo­­ma­­tie améri­­caine, « le Premier ministre Najib Razak s’est jeté dans les bras de la Chine, avec qui il a lancé des projets de coopé­­ra­­tion mili­­taire », avance Schaef­­fer. Une réac­­tion du même ordre a été obser­­vée chez Duterte, mis à l’in­­dex par Washing­­ton parce qu’il encou­­rage les assas­­si­­nats des vendeurs de drogue. Dans la foulée du coup d’État mili­­taire de mai 2014, la Thaï­­lande s’est aussi rappro­­chée du géant asia­­tique auquel sont inféo­­dés le Laos, le Cambodge et Brunei. « Le seul vrai soutien dont disposent les États-Unis dans le sud de la zone est Singa­­pour », estime Schaef­­fer. « Ensuite arrive l’In­­do­­né­­sie, mais elle a fina­­le­­ment renoncé à mener des opéra­­tions de patrouilles avec l’Aus­­tra­­lie. » Reste une grande indé­­ci­­sion concer­­nant les Philip­­pines ; « un petit pays qui ne peut pas tenir la dragée haute aux Chinois ».

Rencontre entre les deux chefs d’États
Crédits : ABC

Les points de fric­­tions se situe­­raient donc plus au nord, entre Taiwan et la pénin­­sule coréenne. « La menace existe », concède Schaef­­fer. Mais un conflit nucléaire étant en tout état de causes suici­­daire, un scéna­­rio de type guerre froide a plus de chance d’ad­­ve­­nir. Ce qui n’ex­­clut pas des combats ponc­­tuels et, partant, une esca­­lade. Cela dit, « Trump est un homme d’af­­faires », rappelle le géné­­ral. « Je pense qu’il va marchan­­der sur le programme nucléaire coréen ». Il s’est d’ailleurs « ramolli par rapport aux effets d’an­­nonce de sa campagne, notam­­ment sous le contrôle du Congrès ». Mais l’ac­­tion de la prési­­dence peut s’exer­­cer dans un angle mort. Depuis la Seconde Guerre mondiale,Washing­­ton n’a plus déclaré la guerre, ce qui lui permet de passer outre le Congrès pour lancer des attaques. Ce fut le cas en Syrie. Ce pour­­rait être le cas en Chine si Trump s’obs­­tine à vouloir échan­­ger des balles avec Jinping.


Couver­­ture : Tensions en mer de Chine. (Reuters/Ulyces)
 
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