par Amy Wallace | 0 min | 25 juillet 2017

Le prag­­ma­­tique

Au cœur de l’hi­­ver uruguayen, ce mercredi 19 juillet, une cinquan­­taine de clients piétinent sur l’ave­­nue Colo­­nia, dans le centre de Monte­­vi­­deo. Coin­­cée entre un coif­­feur et un épicier, à l’ouest de la baie, la petite phar­­ma­­cie Antar­­tida n’avait jamais connu semblable affluence. Sur le seuil, devant son enseigne jaune et bleue, ceux qui sortent échangent un sourire complice avec les prochains ache­­teurs. Pour la première fois au monde, des sachets de weed sont en vente libre entre les tubes de pommade et les boîtes de complé­­ments alimen­­taires. Dans seize phar­­ma­­cies du pays, les citoyens enre­­gis­­trés auprès de l’Ins­­ti­­tut de régu­­la­­tion et de contrôle du canna­­bis (IRCCA) peuvent désor­­mais ache­­ter dix grammes par semaine pour à peine plus de 11 euros, sans dispo­­ser de pres­­crip­­tion. À la diffé­­rence des expé­­riences lancées dans les États nord-améri­­cains du Colo­­rado et de Washing­­ton, aux Pays-Bas et en Espagne, le modèle uruguayen est basé sur un véri­­table réseau de produc­­tion et de commer­­cia­­li­­sa­­tion placé sous l’égide de l’État. Depuis décembre 2013, ce marché a été mis en place en ouvrant la possi­­bi­­lité à chacun de culti­­ver de manière indi­­vi­­duelle ou au sein de clubs. Un ménage peut produire jusqu’à 480 grammes par an et les membres d’as­­so­­cia­­tions ont droit à 40 grammes par mois. Ce degré inédit d’or­­ga­­ni­­sa­­tion donne à l’Uru­­guay les moyens de supplan­­ter les plus gros produc­­teurs de canna­­bis au monde. Dans son dernier rapport, l’Of­­fice des Nations Unies contre la drogue et le crime note que « l’Al­­ba­­nie, la Colom­­bie, la Jamaïque, les Pays-Bas et le Para­­guay sont d’im­­por­­tantes sources d’herbe vendue sur les marchés mondiaux ». En Amérique latine, sa produc­­tion s’est d’abord déve­­lop­­pée dans les pays insti­­tu­­tion­­nel­­le­­ment fragiles compor­­tant des terri­­toires recu­­lés. « À la faveur de la vague hippie améri­­caine des années 1970, le Mexique était le premier produc­­teur de canna­­bis au monde », précise Luis Rivera Velez, docto­­rant au Centre de recherches inter­­­na­­tio­­nales de Sciences-Po. « Mais la guerre contre la drogue a déplacé les champs vers un autre pays lié aux États-Unis : la Colom­­bie. » Le Dépar­­te­­ment d’État améri­­cain (équi­­valent de notre minis­­tère des Affaires étran­­gères), rappelle que « la Jamaïque demeure le plus gros four­­nis­­seur de marijuana aux États-Unis et dans les Caraïbes ». Long­­temps asso­­ciée à la culture et la consom­­ma­­tion de la marijuana, King­s­ton a léga­­lisé le canna­­bis médi­­ci­­nal en 2015. Mais « les gens ne comprennent pas vrai­­ment ce que fait le gouver­­ne­­ment », déplo­­rait l’en­­tre­­pre­­neur local Varun Baker en 2016. « Il y a des tas de zones grises. » À la confé­­rence CanEx Jamaica où il était invité l’an passé, le cher­­cheur en écono­­mie Kada­­mawe Knife expri­­mait aussi des doutes. « Comment tire-t-on de l’argent de ce marché ? Quel est le modèle de déve­­lop­­pe­­ment ? J’ai demandé et personne ne m’a répondu. » La faiblesse de la crois­­sance jamaï­­caine (1,4 %) n’aide en rien.

Pepe Mujica chez lui pépère
Crédits : La Cuarta

Alors que les destruc­­tions de champs se succèdent en Alba­­nie et que la Colom­­bie n’au­­to­­rise que le canna­­bis théra­­peu­­tique, le Para­­guay pour­­rait voir l’un de ses débou­­chés se fermer. C’est en partie pour détour­­ner sa drogue qui inon­­dait le marché noir uruguayen que Monte­­vi­­deo a voulu mettre de l’ordre. Vu à l’étran­­ger comme le héraut de la léga­­li­­sa­­tion, l’an­­cien président Pepe Mujica regret­­tait, en 2012, que « les consom­­ma­­teurs de marijuana tombent sous la coupe de dealers qui leur offrent de la “pasta base”. D’une drogue bénigne, il finissent par consom­­mer cette dernière », laquelle est beau­­coup plus nocive. En réalité, ce projet a surtout été porté par les parle­­men­­taires de son parti. Sans grand enthou­­siasme, « Mujica s’est montré très prag­­ma­­tique afin de casser les reins au trafic de drogue », synthé­­tise Damien Larrouqué, cher­­cheur à Sciences Po et spécia­­liste de l’Uru­­guay. Selon les chiffres de la Junta Nacio­­nal de Drogas – qui se refuse à tout commen­­taire –, seuls 3 % des Uruguayens décla­­raient avoir déjà fumé du canna­­bis en 1998 contre 12,2 % en 2006. Étant donné que la culture était jadis sévè­­re­­ment répri­­mée, « ils étaient obli­­gés d’ache­­ter du canna­­bis de mauvaise qualité importé du Para­­guay, en grande partie aux mêmes acteurs crimi­­nels qui vendaient des drogues plus dange­­reuses comme la pasta base », constatent John Walsh et Geoff Ramsey, cher­­cheurs sur les ques­­tions rela­­tives à l’Amé­­rique latine pour l’ins­­ti­­tut Broo­­kings. En 2016, la Direc­­ción de Repre­­sión al Tráfico Ilícito de Drogas de Uruguay a saisi 4 373 kilos de canna­­bis illé­­gal, prin­­ci­­pa­­le­­ment en prove­­nance du Para­­guay. Afin d’ex­­clure les acteurs crimi­­nels, l’État uruguayen a donc fixé un prix modeste (1,1 euro le gramme), exempt de TVA. Auto­­ri­­sées à stocker jusqu’à 2 kilos, les phar­­ma­­cies gardent 30 % du prix de vente tandis que l’État ponc­­tionne 10 %. Aussi, à suppo­­ser que les quatre tonnes prévues chaque année trouvent fumeurs, le Trésor devrait perce­­voir un millions de dollars. Pour le reste, (0,85 euro par gramme) les recettes revien­­dront aux deux entre­­prises char­­gées de la produc­­tion et de la distri­­bu­­tion, l’Uru­­guayen Symbio­­sys et la multi­­na­­tio­­nale Iccorp. Elles ont inter­­­dic­­tion de faire de la publi­­cité et ne souffrent aucune concur­­rence. Situés dans le sud-est du pays, leurs champs reçoivent la protec­­tion du minis­­tère de l’In­­té­­rieur. À ce jour, une variété répu­­tée pour ses vertus relaxantes (Alpha) et une autre connue pour faire rire (Beta) sont commer­­cia­­li­­sées. Toutes deux présentent un taux de THC faible (2 %) en regard des propor­­tions habi­­tuelles (envi­­ron 10 %). Cela signi­­fie qu’elles n’ont pas de grands effets psychoac­­tifs. L’IRCCA teste actuel­­le­­ment cinq autres varié­­tés dont une ayant un taux de THC de 8 %, mais pour la majo­­rité des Uruguayens, c’est déjà beau­­coup. Les diffé­­rents sondages menés ces derniers mois montrent que plus de 60 % de la popu­­la­­tion était oppo­­sée à la léga­­li­­sa­­tion. Pepe Mujica et (surtout) ses alliés ont donc à la fois dû combattre les réti­­cences des Nations Unies et celles de leurs conci­­toyens.

Les deux types de weed vendus en phar­­ma­­cie

Un pays de Cocagne

Dans la petite station balnéaire d’At­­lan­­tida, à l’est de Monte­­vi­­deo, tout le monde ne voit pas la culture du canna­­bis d’un bon œil. Arri­­vée dans cette ville de moins de 10 000 habi­­tants pour goûter son calme, en décembre 2011, l’écri­­vaine argen­­tine Alicia Castilla est appré­­hen­­dée par la police, chez elle, deux mois plus tard. Depuis le voisi­­nage, le bruit qui lui attri­­buait quelques petits plants de canna­­bis s’est répandu jusqu’au commis­­sa­­riat de police. À 66 ans, elle risque plusieurs mois de prison. Lors de sa déten­­tion provi­­soire, Alicia Castilla reçoit la visite de dépu­­tés en faveur de la léga­­li­­sa­­tion du canna­­bis et de jour­­na­­listes. « De l’ex­­té­­rieur, l’Uruguay est vu comme le pion­­nier mondial de la défense des liber­­tés indi­­vi­­duelles et du respect de l’in­­di­­vidu », s’émeut-elle, susci­­tant le soutien d’un large pan du Mouve­­ment de parti­­ci­­pa­­tion popu­­laire (MPP), le parti de Pepe Mujica. L’as­­ser­­tion de l’écri­­vaine argen­­tine est fondée. Ce pays de 3,5 millions d’ha­­bi­­tants bordé par l’océan Atlan­­tique, l’Ar­­gen­­tine et le Brésil est le premier, en Amérique latine, à avoir aboli l’es­­cla­­vage en 1830 et à avoir supprimé la peine de mort en 1907. Il a léga­­lisé le divorce, dès 1913, et donné le droit de vote aux femmes, en 1927. Quelques semaines avant d’au­­to­­ri­­ser le mariage homo­­sexuel et de permettre l’adop­­tion des couples de même sexe, fin 2012, il est aussi devenu le troi­­sième État de la région à dépé­­na­­li­­ser l’avor­­te­­ment après Cuba et la Guyane.

« Si le canna­­bis n’est pas satis­­fai­­sant, le marché noir conti­­nuera d’exis­­ter. »

Dans son rapport aux drogues, Monte­­vi­­deo démontre aussi une approche origi­­nale de longue date. Alors que les liqueurs faisaient l’objet d’un mono­­pole d’État entre 1931 et 1996, les stupé­­fiants sont pris en compte par un décret passé sous la dicta­­ture mili­­taire (1973–1984) en 1974. Dans la foulée de sa chute, en 1987, une commis­­sion spéciale sur l’ad­­dic­­tion est créée à la Cámara de Repre­­sen­­tantes (la chambre basse). Face à l’aug­­men­­ta­­tion de la consom­­ma­­tion de canna­­bis, les parle­­men­­taires abaissent à 20 mois de prison la peine maxi­­mum pour les produc­­teurs et consom­­ma­­teurs en 1999. Ils déve­­loppent aussi des peines alter­­na­­tives au sein de centres de réha­­bi­­li­­ta­­tion. L’ar­­ri­­vée au pouvoir de la gauche en 2005, diri­­gée par l’an­­cien cardio­­logue Tabaré Vasquez « ouvre une fenêtre pour les mouve­­ments sociaux », indique Luis Rivera Velez, cher­­cheur à Sciences Po et auteur d’une thèse sur l’émer­­gence de la prohi­­bi­­tion des drogues comme problème public en Amérique latine. Leur ébran­­le­­ment pendant ce quinquen­­nat se concré­­tise sous celui de son succes­­seur, en 2010. Issu des rangs la même coali­­tion, le Frente amplio, Pepe Mujica juge avec une morgue marxiste les reven­­di­­ca­­tions sociales de certains de ses alliés. « Il était assez opposé à ce qu’il jugeait comme des droits bour­­geois », souligne Damien Larrouqué. Mais l’an­­cien guérille­­ros Tupa­­ma­­ros, torturé du temps de la junte mili­­taire (1973–1985), n’est pas réso­­lu­­ment dogma­­tique. Après avoir décou­­vert qu’elle a été dénon­­cée par « une personne déséqui­­li­­brée », Alicia Castilla met au défi ses contemp­­teurs de « démon­­trer que la marijuana est néfaste et consti­­tue une menace pour la société ». La majo­­rité lui apporte son soutien. Le 7 mai 2011, sa libé­­ra­­tion acquise, elle parti­­cipe à une grande marche en faveur de la léga­­li­­sa­­tion. Moins d’un an plus tard, sa petite histoire rencontre la grande. Lors du sommet des Amériques orga­­nisé en avril 2012, plusieurs chefs d’États, dont le président colom­­bien Juan Manuel Santos, appellent à l’ou­­ver­­ture d’un débat sur les alter­­na­­tives à la meur­­trière et inef­­fi­­cace « guerre contre la drogue » menée sur tout le conti­nent. En Uruguay, une propo­­si­­tion de loi pour léga­­li­­ser l’auto-culture et les clubs asso­­cia­­tifs est discu­­tée depuis 2010. Des dépu­­tés de droite y sous­­crivent. Mujica, lui, préfère que l’État conserve le contrôle. La « stra­­té­­gie pour la vie et la coexis­­tence » fait la synthèse entre ces deux visions. Elle est présen­­tée par diffé­­rents ministres et portée dans le débat parle­­men­­taire par Sebas­­tian Sabini et Julio Bando (MPP, gauche), Fernando Amado (Partido Colo­­rado, conser­­va­­teur) et Daniel Radio (Partido Inde­­pen­­diente, centre gauche). Malgré l’op­­po­­si­­tion d’une majo­­rité de la popu­­la­­tion (66 % est contre), l’Uru­­guay suit la voie ouverte par les États du Colo­­rado et de Washing­­ton et va même plus loin.

Monte­­vi­­deo

En décembre 2013, la loi 19.172 donne aux citoyens la possi­­bi­­lité théo­­rique de culti­­ver six plants, d’ache­­ter 40 grammes en phar­­ma­­cie ou d’ac­­cé­­der à 450 grammes par an par l’en­­tre­­mise de coopé­­ra­­tives. Mais il faut attendre mai 2014 pour que les décrets d’ap­­pli­­ca­­tion soient signés. Avant la fin du mandat de Pepe Mujica, sa majo­­rité fonde l’IRCCA, l’Insti­­tuto Nacio­­nal de Semil­­las, commence l’achat de graines en Espagne et ouvre un registre de culti­­va­­teurs indi­­vi­­duels. Enfin, l’État lance un appel d’offre auquel répondent 22 entre­­prises dési­­reuses de gérer la produc­­tion, le séchage et la livrai­­son aux phar­­ma­­cies. Comme promis, l’an­­cien guérille­­ros ne se présente pas aux élec­­tions d’au­­tomne. L’en­­re­­gis­­tre­­ment des clubs de canna­­bis est ouvert avant le deuxième tour que remporte Tabaré Vasquez. Or, le cancé­­ro­­logue n’est guère eupho­­rique. « Pendant son premier mandat, il a instauré la poli­­tique la plus dure au monde envers le tabac », observe Damien Larrouqué. Consi­­déré avec défiance par les Nations Unies et les États-Unis, le projet prend un peu de retard avant d’abou­­tir le 19 juillet 2017. Alors que le taux de THC initia­­le­­ment prévu pouvait atteindre 15 %, il plafonne fina­­le­­ment à 2 %. « Si le canna­­bis n’est pas satis­­fai­­sant, le marché noir conti­­nuera d’exis­­ter », met en garde Luis Rivera Velez. La péren­­nité du modèle est en jeu.

Un exemple ?

La petite foule amas­­sée devant la phar­­ma­­cie Antar­­tida ne doit pas agir comme un écran de fumée. Si quelques amateurs étaient prêts à faire la queue pour ache­­ter 5 ou 10 grammes de weed, c’est qu’ils n’avaient pas le choix : seules 16 offi­­cines ont accepté de servir de point de vente quand le pays en compte envi­­ron 1 200. La plupart des 161 475 personnes qui, selon la Junta Nacio­­nal de Drogas, consomment de la marijuana sont restées chez elles. Au 20 juillet, 5 556 indi­­vi­­dus étaient enre­­gis­­trés en tant que consom­­ma­­teurs.

Au salon annuel des culti­­va­­teurs uruguayens

Mis en place afin de limi­­ter la consom­­ma­­tion indi­­vi­­duelle, le registre a suscité d’in­­tenses polé­­miques au cours des débats, en 2013. Les fumeurs de canna­­bis ne déniaient pas à l’État le droit de s’as­­su­­rer qu’ils ne se four­­nis­­saient pas au sein de clubs en plus d’ache­­ter en phar­­ma­­cie ; mais ils renâ­­claient à lui confier une série d’in­­for­­ma­­tions person­­nelles. D’au­­tant qu’être fiché consti­­tuait une menace poten­­tiel­­le­­ment mortelle sous la dicta­­ture mili­­taire. Pour les rassu­­rer, le légis­­la­­teur a rangé ces éléments dans la caté­­go­­ries des « données sensibles », promet­­tant ce faisant de ne pas les trans­­mettre sans le consen­­te­­ment des prin­­ci­­paux concer­­nés. Autre variable d’ex­­clu­­sion, le prix en géné­­ral élevé de l’ins­­crip­­tion dans un club est pallié par un coût faible en phar­­ma­­cie. Ainsi, les classes popu­­laires ne sont-elles pas obli­­gées de se tour­­ner vers le marché noir. En réponse aux critiques postu­­lant la faillite du système, le secré­­taire natio­­nal aux drogues, Julio Calzada a assuré, études de marché à l’ap­­pui, que tout le monde entre­­rait dans ses frais. « Il est indis­­pen­­sable d’of­­frir un tarif bas pour évin­­cer les acteurs du marché noir quitte à augmen­­ter ensuite les taxes afin de dissua­­der la consom­­ma­­tion », pense Luis Rivera Velez. La léga­­li­­sa­­tion, ajoute le cher­­cheur améri­­cain du Drug Policy Research Center, Beau Kilmer, « réduira la taille du marché illé­­gal mais cela n’ar­­ri­­vera pas en un jour ». Un des prin­­ci­­paux écueil à la substi­­tu­­tion du narco­­tra­­fic par le système légal est le faible degré de THC présent dans la weed vendue. Pour l’heure, les évalua­­tions du minis­­tère de l’In­­té­­rieur garan­­tissent que la propor­­tion présente dans la drogue para­­guayenne est infé­­rieure à 1 %, ce qui paraît « peu plau­­sible » à John Walsh et Geoff Ramsey. « Faute d’autre réfé­­rence », notent les cher­­cheurs, « il est diffi­­cile de savoir préci­­sé­­ment avec quels types de proprié­­tés l’herbe légale est en concurrence. » En atten­­dant la mise en circu­­la­­tion de spéci­­mens aux taux supé­­rieurs, les premiers consom­­ma­­teurs ne semblent pas tous déçus par la qualité propo­­sée. Il faut dire qu’ils s’étaient habi­­tués à un produit de mauvaise facture, souvent présenté sous forme de résine ou de fleurs compri­­mées. Toute­­fois, « l’éva­­lua­­tion ne doit pas être effec­­tuée par le minis­­tère de la Santé qui est le plus prohi­­bi­­tion­­niste vis-à-vis des drogues », critique Luis Rivera Velez. En dehors des rapports émis par la Junta Nacio­­nal de Drogas et l’IRCCA, qui sont des orga­­nismes dépen­­dant de l’État, il existe un organe d’étude indé­­pen­­dant, Moni­­tor Canna­­bis, géré par l’Ude­­lar, c’est-à-dire l’uni­­ver­­sité des sciences sociales de Monte­­vi­­deo. Mais il est encore trop tôt pour qu’elle puisse dres­­ser un premier état des lieux. Dans sa volonté d’évin­­cer l’ac­­teur para­­guayen, l’Uru­­guay a peu de chance de le subver­­tir en tant que plaque tour­­nante de la vente. Son canna­­bis n’étant pas destiné à l’ex­­por­­ta­­tion, il ne fran­­chira pas la fron­­tière tant que les contrôles restent stricts. Or préci­­sé­­ment, la direc­­tion poli­­tique exerce un pouvoir impor­­tant. « Quand j’en ai parlé à Pepe Mujica », confie Luis Rivera Velez, « il m’a dit que la réforme avait été possible car l’État est très fort. » D’ailleurs, ajoute, Damien Larrouqué, « il a toujours affirmé qu’il serait possible de reve­­nir en arrière si cela ne fonc­­tion­­nait pas ». Ceux qui attendent de mesu­­rer les effets de la léga­­li­­sa­­tion en Uruguay seraient donc bien avisés d’en prendre en compte les spéci­­fi­­ci­­tés. Contrai­­re­­ment à beau­­coup sur le conti­nent, Monte­­vi­­deo est parvenu à conser­­ver de larges secteurs de l’éco­­no­­mie dans le giron natio­­nal. Il est par exemple l’un des derniers pays au monde où un groupe de télé­­com­­mu­­ni­­ca­­tion, Antel, appar­­tient exclu­­si­­ve­­ment à l’État. À la diffé­­rence de ce qui se passe du côté des États-Unis, le risque est donc faible de voir le marché être sauva­­ge­­ment découpé par des acteurs privés. Pour autant, cela ne fait pas du canna­­bis un élément consti­­tu­­tif de la culture uruguayenne comme il peut être lié aux rasta­­fa­­ris en Jamaïque. À 2 % de THC, ses charmes vont mettre un peu de temps à agir.


Couver­­ture : Dans toutes les bonnes phar­­ma­­cies. (DR/Ulyces.co)
 
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