par baboud | 0 min | 28 août 2016

La terre brûlante

C’est l’hi­­ver dans la Tierra Caliente, une région au sud du Mexique. Le ciel est dégagé et les rayons du soleil scin­­tillent sur le convoi en approche : deux énormes 4×4 s’avancent, l’un noir et l’autre gris, leurs passa­­gers invi­­sibles derrière les vitres tein­­tées. Un pick-up de la police ferme la marche. En s’ar­­rê­­tant, les véhi­­cules soulèvent des nuages de pous­­sière. Les portes s’ouvrent et bottes, chaus­­sures et sandales frappent le sol, révé­­lant plus d’une demi-douzaine d’hommes lour­­de­­ment armés et une femme. Ils n’ont pas l’air de gang­s­ters effrayants. La plupart portent de simples polos bleu marine à manches courtes avec des badges blancs impri­­més au niveau de la poitrine. Certains doivent avoir la quaran­­taine et leurs bedaines proémi­­nentes passent par-dessus leurs cein­­tures. Leur arse­­nal en revanche – prin­­ci­­pa­­le­­ment des fusils d’as­­saut AR-15 – est impres­­sion­­nant. Ils portent des gilets pare-balles criblés d’im­­pacts. L’un des plus minces, qui porte un bermuda kaki, de grosses lunettes de soleil noires et un revol­­ver à la cein­­ture, a le look d’un merce­­naire améri­­cain escor­­tant un diplo­­mate impor­­tant dans un pays en guerre.

Hipolito Mora in his bullet proof truck on his families lime ranch in La Ruana, Michoacán, Mexico, Tuesday, December 15, 2015. Hipolito Mora was one of the original founder of the autodefensa movement, which saw vigilantes spread across the state of Michoacán and drive out the cartel group the 'Knights of Templar'. Since the uprising began in 2013, other criminal groups have filled the space of the previous cartel and many look at the autodefensa movement as a failure. Mora has had many challenges over the last three years, including being sent to jail twice and having his son killed in a shootout Dec. 16, 2014 during a shootout with a rival group. This ranch is a very important place for Mora. "This is where I expect to die" said Mora, motioning to the hills surrounding the ranch, which would make for a great spot for a shooter to hide. "My son and I had plans to build up the house and make this out place, it was out dream, but that was before." (Brett Gundlock/Boreal Collective)
Hipó­­lito Mora Chávez dans son pick-up blindé en décembre 2015
Crédits : Brett Gund­­lock/The Inter­­cept

Cette atti­­tude martiale est logique, ils sont bel et bien en mission. L’homme qu’ils protègent sort d’une Chevro­­let blin­­dée : trapu, la soixan­­taine, il porte une barbe grise coupée court et un chapeau de paille. Son nom : Hipó­­lito Mora Chávez. En 2013, il a déclen­­ché une insur­­rec­­tion citoyenne armée contre un puis­­sant cartel du Michoacán. Cet État est sa terre natale. C’est aussi la zone de la côte paci­­fique mexi­­caine d’où proviennent la plupart des amphé­­ta­­mines qu’on trouve aux États-Unis. Entre eux, ils se surnomment les auto­­de­­fen­­sas, les groupes d’au­­to­­dé­­fense. Leur insur­­rec­­tion a fait événe­­ment au Mexique. Pour beau­­coup, ces citoyens ordi­­naires ont coura­­geu­­se­­ment accom­­pli ce dont le gouver­­ne­­ment était inca­­pable, ou ce dont il ne daignait pas s’oc­­cu­­per : déman­­te­­ler l’or­­ga­­ni­­sa­­tion crimi­­nelle qui terro­­ri­­sait la Tierra Caliente depuis des années. D’autres les voyaient comme des vigi­­lantes irres­­pon­­sables suscep­­tibles de faire bascu­­ler la région dans un chaos encore plus grand. Plus de trois ans après le début du conflit, les choses se présentent mal pour Mora et ses troupes. Gangrené par les mêmes dérives crimi­­nelles contre lesquelles il luttait et divisé par l’ac­­tion du gouver­­ne­­ment, le mouve­­ment de Mora est aujourd’­­hui l’ombre de ce qu’il était. Durant l’hi­­ver 2014, son fils s’est fait tirer dessus lors d’une fusillade avec les membres d’un groupe rival. Mora s’est désor­­mais engagé dans une vendetta contre l’homme qu’il tient pour respon­­sable de sa mort. Il se sent profon­­dé­­ment trahi par l’État, aban­­donné au milieu d’un océan d’en­­ne­­mis. Un par un, il a fait quit­­ter le pays à tous les membres de sa famille et se tient volon­­tai­­re­­ment à distance de ses proches. À présent, il attend.

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La Tierra Caliente, en rouge

Tandis qu’il s’ap­­proche, Mora ne montre aucun signe de stress. Éton­­nant pour un homme qui se bat du côté des perdants de la guerre de la drogue mexi­­caine. Son 9 mm coincé dans sa cein­­ture est dissi­­mulé sous sa guaya­­bera bleue. Nous nous présen­­tons devant le grand portail en fer qui mène à l’en­­trée prin­­ci­­pale de sa demeure. Derrière ses lunettes à monture métal­­lique, Mora me regarde droit dans les yeux. Il m’écoute expliquer les raisons de ma venue, hochant poli­­ment la tête de temps à autre en souriant, puis il m’in­­vite à entrer d’un geste de la main. Loin du thril­­ler holly­­woo­­dien qui a conduit à une énième arres­­ta­­tion du baron de la drogue Joaquín « El Chapo » Guzmán en janvier 2016 – dont le trai­­te­­ment média­­tique était digne d’une rock star –, la guerre de la drogue se joue prin­­ci­­pa­­le­­ment au niveau local et donne lieu à des tragé­­dies que le reste du monde ignore la plupart du temps. La Tierra Caliente est une des zones les plus touchées par le conflit. Trois jours durant, le leader des auto­­de­­fen­­sas m’a raconté comment le Michoacán est tombé sous la coupe des crimi­­nels, comment il a riposté en prenant les armes et comment cette riposte a fina­­le­­ment échoué. Le récit de Mora fait écho à d’autres voix ; celles d’autres oppo­­sants des cartels, de repor­­ters et d’enquê­­teurs des droits de l’homme que j’ai rencon­­trés au mois décembre dernier dans l’État du Michoacán. Ces témoi­­gnages donnent un aperçu d’une situa­­tion complexe qui découle plus de dix ans de violences dans la Tierra Caliente. Le nouveau visage d’un conflit auquel les États-Unis et l’Eu­­rope sont inex­­tri­­ca­­ble­­ment liés.

Les Templiers

Encer­­clée par les montagnes, la Tierra Caliente est une plaine qui s’étend au sud-est du Michoacán et au nord de l’État voisin de Guer­­rero. À 800 kilo­­mètres de la fron­­tière étasu­­nienne, les commu­­nau­­tés rurales et les villes côtières de la région consti­­tuent les prin­­ci­­paux bastions de l’ex­­por­­ta­­tion de la drogue vers le nord. Le Michoacán produit des tonnes d’am­­phé­­ta­­mines à desti­­na­­tion des États-Unis. Quant à l’État de Guer­­rero, qui est depuis des années le plus grand produc­­teur d’opium du Mexique, il joue un rôle fonda­­men­­tal dans la crise sani­­taire liée à la consom­­ma­­tion d’hé­­roïne qui afflige actuel­­le­­ment les États-Unis. Dans la région, les groupes armés issus d’an­­ciens cartels autre­­fois tenta­­cu­­laires, morce­­lés par des années de luttes intes­­tines et d’af­­fron­­te­­ments avec les forces du gouver­­ne­­ment fédé­­ral, forment une constel­­la­­tion bouillon­­nante dans laquelle chaque étoile veut s’ac­­ca­­pa­­rer une part du terri­­toire. Les orga­­ni­­sa­­tions crimi­­nelles qui se disputent la Tierra Caliente ne vivent pas que du trafic de drogue : elles vampi­­risent aussi la popu­­la­­tion locale à force de kidnap­­pings et de racket. Dans certains endroits, leur contrôle sur les instances poli­­tiques locales est absolu et la fron­­tière entre auto­­ri­­tés et crimi­­nels a disparu. C’est à Iguala, une petite ville de l’État de Guer­­rero où les trafiquants de la Tierra Caliente se mêlent au reste du monde, qu’un groupe de narco­­tra­­fiquants a fait dispa­­raître 43 étudiants en septembre 2014, avec l’aide de la police locale. Il s’agit d’un des crimes les plus épou­­van­­tables de l’his­­toire moderne du Mexique. La recherche des corps des étudiants a conduit à la décou­­verte d’un grand nombre de char­­niers dissé­­mi­­nés dans tout l’État, expliquant une épidé­­mie de dispa­­ri­­tions qui a plongé la région dans la terreur. L’an­­née dernière, des experts inter­­­na­­tio­­naux des droits de l’homme qui enquê­­taient sur la dispa­­ri­­tion des étudiants ont suggéré que ces derniers avaient peut-être inter­­­rompu malgré eux l’ache­­mi­­ne­­ment d’une cargai­­son de drogues à desti­­na­­tion du Midwest améri­­cain.

A street view of La Ruana, Michoacán, Mexico, Wednesday, December 16, 2015. (Brett Gundlock/Boreal Collective)
La Ruana en décembre 2015
Crédits : Brett Gund­­lock/The Inter­­cept

La situa­­tion de la Tierra Caliente rappelle le rôle essen­­tiel que jouent les États-Unis dans les zones les plus trou­­blées du Mexique. L’Amé­­rique du Nord est non seule­­ment le client n°1 des trafiquants de drogue, mais il s’agit aussi d’une source inépui­­sable d’ar­­me­­ment, d’une banque où mettre à l’abri les fortunes clan­­des­­tines et d’un symbole d’es­­poir pour tous ceux qui cherchent à échap­­per aux pers­­pec­­tives menaçantes de ces régions frap­­pées par le chômage, la corrup­­tion et l’im­­pu­­nité. L’État du Michoacán est le foyer de plus de quatre millions de personnes. Un nombre presque équi­­valent de Michoa­­ca­­nos vit au nord du Rio Grande – la plupart en Cali­­for­­nie, l’État qui accueille le plus grand nombre de migrants mexi­­cains. Pendant les vacances, des villes comme Apat­­zingán, consi­­dé­­rée comme la capi­­tale de la Tierra Caliente, se remplissent de Michoa­­ca­­nos qui rentrent chez eux et font profi­­ter leurs proches de leurs dollars dure­­ment gagnés. Mora vit dans la petite ville pous­­sié­­reuse de La Ruana. Sur l’ave­­nue prin­­ci­­pale, des guir­­landes colo­­rées suspen­­dues au-dessus de la route acci­­den­­tée projettent leurs ombres entre­­mê­­lées sur l’as­­phalte. Dans les zones rurales qui couvrent la majeure partie du terri­­toire mexi­­cain, les gens vivent de la pêche, des mines et de l’ex­­ploi­­ta­­tion fores­­tière. Ici, c’est l’agri­­cul­­ture qui prédo­­mine. L’avo­­cat et le citron vert sont deve­­nus les symboles du Michoacán. L’État fait partie des plus grands produc­­teurs et expor­­ta­­teurs de ces deux produits, dont la majeure partie est expor­­tée  aux États-Unis. Les produc­­teurs d’avo­­cat et de citron vert jouissent d’une influence consi­­dé­­rable, dans une région où la présence du gouver­­ne­­ment est inexis­­tante. La struc­­ture de pouvoir sécu­­laire des caciques y est toujours en vigueur. Mora a fait ses armes sur le marché du citron vert grâce à son frère aîné. Hormis quelques années passées en Cali­­for­­nie, il a passé la plus grande partie de sa vie d’adulte à s’oc­­cu­­per de la propriété agri­­cole fami­­liale, un ranch sur une terre vallon­­née de quatorze hectares recou­­verte de citron­­niers. Pour un homme convaincu que les narco­­tra­­fiquants comme une part impor­­tante du gouver­­ne­­ment veulent sa mort, Mora ne cherche pas à se cacher. Sa maison aux murs ocre est facile à trou­­ver. Devant celle de son voisin s’étend un patio arti­­sa­­nal, ombragé par une cano­­pée de bâches de diffé­­rentes couleurs. Sur la plus grande s’étale un poster blan­­chi par le soleil que Mora a utilisé pour se présen­­ter à une élec­­tion locale, sans succès. Son salon au sol carrelé est lumi­­neux, aéré et propre. Parmi les photos de famille accro­­chées aux murs, on distingue les portraits de Pancho Villa et Emiliano Zapata, les célèbres leaders de la révo­­lu­­tion mexi­­caine.

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Portrait prési­­den­­tiel de Felipe Calderón

Près d’un siècle après le passage de Villa et Zapata, le Mexique est de nouveau entré en guerre. Cette fois-ci, les combats ont débuté dans l’État de Mora lorsqu’en décembre 2006, le président Felipe Calderón a déployé des centaines de troupes au Michoacán dans le cadre d’une offen­­sive anti-cartels. Il s’agis­­sait de la première étape d’une campagne mili­­taire durant laquelle plus de 96 000 agents des forces de sécu­­rité mexi­­caines seraient déployés dans plus d’une demi-douzaine d’États. Assis dans son salon, Mora exprime son soutien à Calderón, même si beau­­coup consi­­dèrent l’of­­fen­­sive comme un fiasco qui n’a fait que plon­­ger le Mexique dans une ère de violence inima­­gi­­nable. « Je sais que beau­­coup de gens sont très critiques vis-à-vis de lui », dit-il. « C’est vrai qu’il y a eu des dommages colla­­té­­raux. Je connais des personnes décé­­dées pendant la guerre qui n’au­­raient jamais dû mourir. Mais la majo­­rité de ceux qui sont morts étaient des crimi­­nels ou des poli­­ciers – c’est triste à dire, mais c’est le risque du métier. » « Dans une guerre, il y a toujours des morts des deux côtés », rappelle Mora. Selon lui, Calderón est parvenu à instil­­ler la peur chez les narcos. « Je pense qu’il a fait ce qu’il fallait faire », dit-il. « Ça n’a pas été inutile. » C’est une posi­­tion contro­­ver­­sée. La campagne mili­­taire de Calderón repré­­sente une des plus noires périodes de l’his­­toire récente du Mexique. D’après le Haut-Commis­­sa­­riat des Nations unies aux droits de l’homme, plus de 150 000 personnes ont été tuées au Mexique depuis le début du conflit. Plus de 26 000 autres ont été portées dispa­­rues. Pour­­tant, il semble logique que Mora, qui n’a pas hésité à prendre lui-même les armes, se prononce en faveur d’une confron­­ta­­tion armée avec les cartels. Calderón et lui se rejoignent sur ce point. L’unique diffé­­rence, c’est que Calderón est entré en guerre avec l’ap­­pui de l’ar­­mée mexi­­caine quand Mora ne dispo­­sait que d’un vieux fusil et d’un groupe de volon­­taires inex­­pé­­ri­­men­­tés.

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Pendant la majeure partie du XXe siècle, le Parti Révo­­lu­­tion­­naire Insti­­tu­­tion­­nel (ou PRI) super­­­vi­­sait le trafic de drogue mexi­­cain. Tant que les trafiquants grais­­saient la patte des poli­­ti­­ciens, le busi­­ness conti­­nuait de tour­­ner sans que les popu­­la­­tions locales soient affec­­tées. « Je pouvais sortir tard le soir et même dormir dans la rue », se souvient Mora. Personne ne serait venu le déran­­ger. Cette quié­­tude a pris fin il y a quatorze ans.

MORELIA, MICHOACAN, 29SEPTIEMBRE2008.- El grupo denominado -La Familia Michoacana- coloc— esta ma–ana mas de 16 mantas en puentes peatonales y vehiculares de la cuidad de Morelia, deslind‡ndose del atentado del pasado 15 de Septiembre. FOTO:CUARTOSCURO.COM
Une bannière typique sur laquelle le cartel prétend être du côté du peuple
Crédits : Cuar­­tos­­curo

En 2000, après 71 ans au pouvoir, le PRI a perdu son mandat prési­­den­­tiel. Le narco-État mexi­­cain en a été profon­­dé­­ment ébranlé. Tandis que les chan­­ge­­ments s’opé­­raient, les morts ont commencé à s’en­­tas­­ser. En septembre 2006, des hommes masqués et lour­­de­­ment armés ont fait irrup­­tion dans la salle des fêtes d’Urua­­pan, à deux heures et demie de trajet au nord-est de La Ruana. Ils ont tiré en l’air et jeté sur la piste de danse un sac poubelle qui conte­­nait cinq têtes déca­­pi­­tées. Une bande­­role l’ac­­com­­pa­­gnait, annonçant l’iden­­tité et les inten­­tions des coupables. L’or­­ga­­ni­­sa­­tion se faisait appe­­ler La Fami­­lia Michoa­­cana. « La Fami­­lia ne tue pas pour l’argent, elle ne tue ni les femmes ni les inno­­cents : elle ne tue que ceux qui méritent de mourir », pouvait-on lire sur la sinistre annonce. « C’est la justice divine. » Cette nuit-là a servi de prologue aux horreurs qui ont suivi : des corps se balançant sous les ponts, des cadavres démem­­brés expo­­sés de façon théâ­­trale. Les mises en scène macabres sont bien­­tôt deve­­nues la routine. Trois mois plus tard, en décembre 2006, le président Calderón, origi­­naire du Michoacán, a déclaré la guerre aux cartels et envoyé ses troupes dans l’État. Il avait débuté son mandat depuis deux semaines. En s’op­­po­­sant à La Fami­­lia, Calderón a décou­­vert un cartel unique en son genre. Les crimi­­nels avaient adapté leur stra­­té­­gie au Michoacán. La Fami­­lia se présen­­tait comme des enfants du pays deve­­nus des justi­­ciers, un rempart contre les préda­­teurs venus d’autres États comme les Zetas – un cartel formé par d’an­­ciens membres des forces spéciales entraî­­nés au combat par les États-Unis. Selon La Fami­­lia, leurs rivaux faisaient du tort aux Michoa­­ca­­nos en reven­­dant leurs amphé­­ta­­mines dans l’État plutôt que d’ex­­por­­ter la marchan­­dise vers le nord. Le cartel assor­­tis­­sait son prétendu enga­­ge­­ment envers les Michoa­­ca­­nos de fana­­tisme reli­­gieux. Le chantre de cette spiri­­tua­­lité était un homme appelé Naza­­rio Moreno Gonza­­lez, grand amateur de bande-dessi­­née qui avait grandi dans une famille pauvre et rêvait d’avoir le pouvoir de parler aux animaux. Dans les années 1980, il avait émigré aux États-Unis et s’était installé en Cali­­for­­nie, puis au Texas. Il adorait Brave­­heart et Le Parrain, et dévo­­rait les romans de John Elredge, un évan­­gé­­liste dont le best-seller, Indomp­­table : le secret de l’âme mascu­­line, appe­­lait les hommes chré­­tiens à reconqué­­rir leur viri­­lité et à adop­­ter une inter­­­pré­­ta­­tion « musclée » de la foi.

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Naza­­rio Moreno Gonza­­lez, dit « El Chayo »
Crédits : Zocalo.com.mx

Condamné pour trafic de drogues à McAl­­len, au Texas, Moreno a fui pour retour­­ner dans la Tierra Caliente en 2003, où il a inté­­gré le comman­­de­­ment de La Fami­­lia. Moreno a hérité de plusieurs surnoms, dont El Más Loco (« le plus fou »), un surnom faisant écho à son tempé­­ra­­ment. Mais la plupart des gens l’ap­­pe­­laient El Chayo. Auteur proli­­fique, il publiait régu­­liè­­re­­ment ses réflexions sur la reli­­gion, la poli­­tique et la viri­­lité. Ses écrits ont été large­­ment diffu­­sés dans la région. El Chayo accor­­dait une impor­­tance toute parti­­cu­­lière à la disci­­pline. Il avait offi­­ciel­­le­­ment inter­­­dit à ses hommes, qui étudiaient ses ouvrages avec doci­­lité, de prendre des amphé­­ta­­mines. Il était de noto­­riété publique qu’il allait jusqu’à les exécu­­ter en cas de non-respect des consignes. Sous l’au­­to­­rité d’El Chayo et d’une poignée d’autres géné­­raux, La Fami­­lia s’est immis­­cée dans tous les aspects de la vie de la région. Le cartel a fait construire des écoles et des cliniques de désin­­toxi­­ca­­tion pour accueillir des patients en voie de guéri­­son, auxquels ils faisaient subir un lavage de cerveau. Ils ont bien­­tôt compté des milliers de membres. En décembre 2010, l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Calderón, qui s’était montrée jusqu’ici inca­­pable de frei­­ner l’avan­­cée des trafiquants, a semblé retrou­­ver la main. Les auto­­ri­­tés ont annoncé la mort d’El Chayo après un combat inten­­sif de deux jours durant lequel 2 000 agents des forces gouver­­ne­­men­­tales ont été déployés. Le gouver­­ne­­ment a aussi­­tôt clai­­ronné que la mort du narco­­tra­­fiquant signait la fin de La Fami­­lia. On raconte que les hommes d’El Chayo auraient traîné le cadavre criblé de balles de leur chef dans les montagnes. Ils auraient construit un mauso­­lée en haut d’une colline surplom­­bant Apat­­zingán, à l’in­­té­­rieur duquel se trou­­ve­­rait une statue d’El Chayo surveillée par des camé­­ras. Bien­­tôt, d’autres statues sont appa­­rues dans la Tierra Caliente. La rumeur s’est répan­­due que le fantôme du narco­­tra­­fiquant, tout vêtu de blanc, hantait les montagnes du Michoacán et faisait des baptêmes. Les habi­­tants se sont mis à l’ap­­pe­­ler Saint Naza­­rio. En réalité, El Chayo avait survécu à la fusillade. Entouré de ses hommes les plus fidèles, il a fondé une nouvelle orga­­ni­­sa­­tion : Los Cabal­­le­­ros Templa­­rios (Les Cheva­­liers Templiers). Le cartel a soigneu­­se­­ment adopté les tradi­­tions des Templiers, ajou­­tant des croix rouges à leurs vête­­ments et instau­­rant des rituels initia­­tiques au cours desquels ils utili­­saient des épées médié­­vales. Le cartel des Cheva­­liers Templiers ne s’est pas contenté de reprendre les affaires de La Fami­­lia, il a aussi entraîné l’au­­dace et la bizar­­re­­rie du crime orga­­nisé vers des cimes jamais atteintes jusque là. El Chayo est devenu une véri­­table légende, un rebelle immor­­tel qui avait non seule­­ment défié l’État mais qui était parvenu à le contrô­­ler de l’in­­té­­rieur.

Le cartel a resserré son étreinte sur la Tierra Caliente et extorqué les produc­­teurs de citrons verts.

En plus de l’éco­­no­­mie illé­­gale du Michoacán, les Templa­­rios ont réussi à s’em­­pa­­rer de certains secteurs clés de l’éco­­no­­mie légale, comme les exploi­­ta­­tions fores­­tières et l’in­­dus­­trie minière. Les chauf­­feurs de taxi étaient enrô­­lés comme guet­­teurs, créant un vaste réseau de rensei­­gne­­ment. Quant aux funé­­ra­­riums, ils étaient contraints d’of­­frir leurs services au cartel. En contrô­­lant la police locale et les maires des villes, les membres des cartels s’ar­­ro­­geaient le droit de « résoudre » les litiges fonciers et mani­­pu­­laient les notaires pour légi­­ti­­mer leurs réqui­­si­­tions de véhi­­cules, de terrains et de maisons. Ils faisaient étalage de leurs crimes et châtiaient publique­­ment les mécon­­tents. Les habi­­tants d’Apat­­zingán accu­­sés par le cartel d’être des « crimi­­nels » étaient traî­­nés sur la grande place, désha­­billés et portés sur des planches en bois. D’autres étaient cruci­­fiés. En 2011, tandis que les Templa­­rios prenaient le pouvoir, la commis­­sion fédé­­rale pour les droits de l’homme et l’uni­­ver­­sité San Nicolás Hidalgo du Michoacán a publié un petit livre inti­­tulé El México que yo vivo, « le Mexique que je vis ». Le livre conte­­nait des dizaines de dessins faits par des enfants âgés entre 7 et 12 ans, à qui on avait demandé de repré­­sen­­ter leur État et ce qu’il s’y passait. Le premier dessin montrait une femme en robe jaune victime d’un vol à mains armés. Elle levait les bras au ciel et criait à l’aide. Sur le second, on voyait la police en pleine fusillade, un cadavre dessiné au premier plan à côté d’une Kala­ch­­ni­­kov. Le troi­­sième dessin repré­­sen­­tait lui aussi un cadavre, mais il était criblé de balles et étendu dans une mare de sang. Les scènes macabres n’en finis­­saient pas : sur 45 dessins, 35 décri­­vaient des scènes de violence. Les Templa­­rios se disaient porteurs de justice, mais c’était un mensonge. Les hommes d’El Chayo prenaient ce qu’ils voulaient, quand ils voulaient. Les habi­­tants racontent que des jeunes femmes et des petites-filles étaient fréquem­­ment kidnap­­pées par les crimi­­nels et refai­­saient surface des mois plus tard, enceintes et mises au rebut par le cartel. « Ils étaient partout », se souvient Mora. « Juges, avocats, prêtres, membres de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion, doua­­niers… »

La vermine

Pendant plus d’une décen­­nie, Mora a vu le gang resser­­rer son étreinte sur la Tierra Caliente et extorquer les produc­­teurs de citrons verts, les prin­­ci­­paux employeurs locaux. « Ici comme dans le reste de la région, c’est la culture du citron vert qui offre le plus d’em­­plois », explique Mora. Pendant l’es­­sor de La Fami­­lia, la Tierra Caliente a connu un boom agri­­cole au cours duquel le citron a presque doublé de valeur, grâce aux expor­­ta­­tions à desti­­na­­tion des États-Unis. Quand les Templa­­rios ont pris le pouvoir, ils ont instauré une fixa­­tion des prix qui a pris le marché local à la gorge. « Les Templa­­rios ont appelé quatre ou cinq hommes d’af­­faires, des grands patrons de l’in­­dus­­trie du citron », raconte Mora. « Ils leur ont dit qu’ils devaient arrê­­ter la produc­­tion quand ils le déci­­daient. Ça pouvait être trois fois par semaine, d’autres fois deux, voire une seule fois certaines semaines. »

Hipolito Mora at his families lime ranch in La Ruana, Michoacán, Mexico, Tuesday, December 15, 2015. Hipolito Mora was one of the original founder of the autodefensa movement, which saw vigilantes spread across the state of Michoacán and drive out the cartel group the 'Knights of Templar'. Since the uprising began in 2013, other criminal groups have filled the space of the previous cartel and many look at the autodefensa movement as a failure. Mora has had many challenges over the last three years, including being sent to jail twice and having his son killed in a shootout Dec. 16, 2014 during a shootout with a rival group. This ranch is a very important place for Mora. "This is where I expect to die" said Mora, motioning to the hills surrounding the ranch, which would make for a great spot for a shooter to hide. "My son and I had plans to build up the house and make this out place, it was out dream, but that was before." (Brett Gundlock/Boreal Collective)
Mora sur les terres de sa famille
Crédits : Brett Gund­­lock/The Inter­­cept

« Parfois, on n’avait pas le droit de travailler », se souvient Mora. « Ce que personne n’osait contes­­ter car sinon, on se faisait tuer. Ils tuaient beau­­coup de gens et menaçaient leurs employeurs. » Mora raconte que la première fois qu’il a riposté contre le cartel, c’était sous le gouver­­ne­­ment Calderón. Il est allé jusqu’à Mexico pour rencon­­trer le président. « Personne n’a voulu me rece­­voir », dit-il. Il est retourné dans la Tierra Caliente et a tenté de convaincre ses amis d’or­­ga­­ni­­ser la résis­­tance. « Non, laisse tomber, si on fait ça, on est morts », lui répon­­daient-ils inva­­ria­­ble­­ment. Ils n’avaient pas tort. Mora et ses colla­­bo­­ra­­teurs n’au­­raient pas tardé à rejoindre les photos de crimes sanglants commis par les Templa­­rios affi­­chées dans les dernières pages du jour­­nal local. Mais Mora ne pouvait pas se résoudre à aban­­don­­ner et pendant deux ans, il a songé jour et nuit à ce qu’il pouvait faire pour arrê­­ter ça. Le 1er décembre 2012, le PRI a repris le pouvoir au Mexique. L’ère Calderón était finie. En guise d’adieux, le cartel a laissé un message à l’an­­cien chef de l’État : « Nous vous souhai­­tons bonne chance, à vous et votre famille. » Enrique Peña Nieto, le nouveau président, a voulu chan­­ger l’image que le Mexique renvoyait à l’in­­ter­­na­­tio­­nal en mettant en place des réformes dyna­­miques, afin de créer de la crois­­sance et amélio­­rer les pers­­pec­­tives d’ave­­nir. Les médias du monde entier ont salué sa poli­­tique. Un an après son arri­­vée au pouvoir, Time Maga­­zine le mettait en couver­­ture avec en gros titre : « Saving Mexico » (« Sauver le Mexique »). Ils allaient un peu vite en besogne. À l’échelle natio­­nale, on a commencé à consta­­ter une baisse des crimes liés à la drogue après la prise de pouvoir de Peña Nieto, mais la violence a nette­­ment empiré dans certaines régions. Le Michoacán connais­­sait alors le plus grand nombre d’ho­­mi­­cides de l’his­­toire du Mexique et la plupart des crimes étaient perpé­­trés dans la Tierra Caliente.

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Enrique Peña Nieto en couver­­ture du Time
Crédits : Time Maga­­zine

Mora, qui conti­­nuait d’or­­ga­­ni­­ser secrè­­te­­ment l’in­­sur­­rec­­tion, a fina­­le­­ment trouvé une brèche dans laquelle s’en­­gouf­­frer et il a réussi à convaincre cinq amis – « des gens en qui j’ai toujours eu confiance » –de parti­­ci­­per à une réunion clan­­des­­tine dans un verger. « Qu’al­­lons-nous faire ? » a demandé Mora aux hommes qui l’écou­­taient. « Allons-nous attendre qu’ils nous tuent tous ? Allons-nous mourir de faim ? » Pour Mora, la réponse était sans appel. « Nous devons nous battre. » Les hommes avaient peur. « Comment se battre sans armes ni argent ? » deman­­daient-ils. Le groupe de Mora n’était pas prêt à entrer en guerre contre une orga­­ni­­sa­­tion crimi­­nelle armée jusqu’aux dents. Mora n’avait que deux fusils, dont un fabriqué par son voisin 30 ans aupa­­ra­­vant. Pour­­tant, il est parvenu à convaincre ses amis d’or­­ga­­ni­­ser un débat public sur la situa­­tion à La Ruana. Ils ont engagé un chauf­­feur local pour qu’il arpente les rues en faisant des annonces par méga­­phone. Le matin du 24 février 2013, le chauf­­feur s’est mis en route : « Les habi­­tants de la ville sont invi­­tés à se regrou­­per de toute urgence à 10 heures du matin au jardin prin­­ci­­pal ! » Les dés étaient lancés. Un proche de Mora lui a annoncé qu’il renonçait à s’en­­ga­­ger. Mora a alors demandé à son fils Manuel, un maçon de 32 ans, s’il soutien­­drait son père. Il n’en a pas fallu davan­­tage pour le convaincre de courir à la maison cher­­cher son pisto­­let. Après avoir rassem­­blé ses hommes, Mora leur a dit que si personne ne choi­­sis­­sait de les suivre, il rentre­­rait chez lui et atten­­drait que les Templa­­rios viennent le cher­­cher. « Je sais que je ne gagne­­rai pas », se souvient-il d’avoir dit, « mais au moins, je mour­­rai au combat. » Lorsqu’ils sont arri­­vés, la place de la ville était noire de monde, dont beau­­coup portaient un masque. Debout face à la foule, Mora a déclaré que c’était lui qui les avait convoqués. « Le fait qu’ils ne nous laissent pas travailler me fatigue autant que vous », leur a-t-il dit. Il a demandé à tous ceux qui avaient le courage de se battre contre le cartel de s’avan­­cer. Selon lui, près de 250 personnes se sont appro­­chées. « Prenez ce que vous avez pour vous battre », a-t-il encou­­ragé la foule, « et nous irons les cher­­cher. » Certains habi­­tants sont reve­­nus avec des fusils d’as­­saut et des Kala­ch­­ni­­kov, car d’après Mora, « les produc­­teurs de citrons verts ont assez d’argent pour en ache­­ter ». Mais la plupart des volon­­taires, à défaut d’autre chose, étaient armés de simples fusils de chasse ou de pisto­­lets – des armes que la plupart d’entre eux ne savaient pas utili­­ser. En moby­­lette ou à vélo, la milice fraî­­che­­ment consti­­tuée s’est diri­­gée vers les maisons volées ou déte­­nues par les Templa­­rios. Selon Mora, il s’agis­­sait d’une bande impro­­vi­­sée de « simples cueilleurs », des ouvriers du bas de l’échelle de la culture du citron vert. Ils se sont rendus devant les maisons des Templa­­rios et les ont trou­­vées vides. « Nous n’avons pas tiré un seul coup de feu », affirme Mora. Les femmes des Templiers présentes sur la place avaient prévenu les membres du cartel, explique-t-il. Ces derniers avaient laissé derrière eux des armes ainsi qu’un grand nombre de voitures imma­­tri­­cu­­lées à Mexico. « Des voitures de luxe », dit Mora. « Des Mercedes-Benz et des BMW. » Ses hommes dispo­­saient à présent de moyens de trans­­port.

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José Manuel Mireles Valverde
Crédits : DR

Plusieurs heures après que Mora a rassem­­blé ses troupes, un méde­­cin de la ville voisine de Tepal­­ca­­te­­pec l’a imité. José Manuel Mireles Valverde avait passé dix ans à survivre de petits jobs à Modesto, en Cali­­for­­nie. Il n’était pas auto­­risé à pratiquer la méde­­cine aux États-Unis et s’était porté volon­­taire à la Croix Rouge pour traduire les conte­­nus médi­­caux à l’in­­ten­­tion des migrants hispa­­no­­phones. En 2007, Mireles et sa famille sont retour­­nés à Michoacán alors que la violence y était plus présente que jamais. Les Templa­­rios ont déca­­pité trois de ses voisins. En tant que docteur, Mireles soignait les jeunes femmes et les petites filles kidnap­­pées et violées par les hommes du cartel. Grand, le physique avan­­ta­­geux, Mireles est devenu la figure la emblé­­ma­­tique du mouve­­ment des auto­­de­­fen­­sas à 55 ans. Ses fans, ses admi­­ra­­teurs et ses enne­­mis le connaissent tous sous le nom du « Docteur ». Avec Mora et Mireles aux commandes, le soulè­­ve­­ment a rapi­­de­­ment pris de l’am­­pleur. Les hommes du Docteur ont érigé des barri­­cades faites de sacs de sable et tendu des bannières préve­­nant les Templa­­rios des risques qu’ils couraient s’ils osaient s’aven­­tu­­rer en ville. Mora a établi son quar­­tier géné­­ral dans un ranch appar­­te­­nant au cartel. Les mois suivants ont été ryth­­més par les fusillades et les raids, le tout couvert par les médias. Les Templiers ont assiégé les petites villes comme La Ruana, où le mouve­­ment était né, donnant lieu à des pénu­­ries de nour­­ri­­ture, de carbu­­rant et de médi­­ca­­ments. Des Michoa­­ca­­nas expa­­triés aux États-Unis sont rentrés chez eux pour se joindre au combat. Au début du mois d’avril 2013, les hommes du cartel ont tendu une embus­­cade aux travailleurs de La Ruana, pendant une mani­­fes­­ta­­tion. Une douzaine de personnes ont été tuées au cours du « massacre des limo­­ne­­ros ». Mais la colère des Templa­­rios n’a pas empê­­ché le mouve­­ment de conti­­nuer à croître. En moins d’un an, des unités auto­­de­­fen­­sas ont vu le jour dans 33 muni­­ci­­pa­­li­­tés parmi les 113 que compte l’État du Michoacán. La pres­­sion exer­­cée par les citoyens a porté un coup fatal au pouvoir des Templiers dans l’État. Tandis qu’aug­­men­­tait le nombre d’auto­­de­­fen­­sas, certains d’entre eux ont commencé à se montrer en public armés de fusils d’as­­saut et d’autres armes lourdes, inter­­­dites par la loi mexi­­caine sauf en cas de posses­­sion d’un permis mili­­taire. Les médias étran­­gers se deman­­daient qui était derrière le mouve­­ment. Ils spécu­­laient que des forces obscures devaient en tirer les ficelles. Il est vrai que La Fami­­lia comme les Cheva­­liers Templiers avaient commis leurs crimes en se présen­­tant comme des justi­­ciers. Bien­­tôt, des rapports d’abus des auto­­de­­fen­­sas ont fait surface. Dans Cartel Land, le docu­­men­­taire réalisé en 2015 sur le mouve­­ment, on voit Mireles lutter contre les dérives crimi­­nelles au sein de son groupe. Il donne égale­­ment l’ordre d’exé­­cu­­ter un Templa­­rio présumé. Mora appa­­raît lui aussi dans le film, assis aux côtés de Mireles lors d’une rencontre entre leaders des auto­­de­­fen­­sas. « Parfois, les chefs qui édictent les règles sont les premiers à les enfreindre », dit Mora à ses cama­­rades.

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La Ruana, dans le Michoacán
Crédits : Omar Sánchez de Tagle

Mora conti­­nue d’af­­fir­­mer que la majeure partie des armes utili­­sées par ses hommes ont été prises aux mains des Templiers et de leurs complices au sein des auto­­ri­­tés. Pour appuyer ses dires, il fait le récit d’une confron­­ta­­tion avec le chef de la police de Buena­­vista, sous contrôle du cartel. « Tout le monde sait qu’ils n’hé­­sitent pas à arrê­­ter les gens pour les envoyer aux Templa­­rios », dit-il. « La police se fiche que les gens le sachent. » Lors de leur rencontre, Mora était accom­­pa­­gné de sa garde rappro­­chée. Le direc­­teur, quant à lui, était entouré de 15 poli­­ciers lour­­de­­ment armés. « Je voulais te voir pour que nous trou­­vions un arran­­ge­­ment », a proposé le direc­­teur. « Écoute-moi bien », a rétorqué Mora. « Je ne t’ai jamais vu, mais je sais qui tu es. Je sais auprès de qui tu prends tes ordres et je sais que tu es un assas­­sin. Il n’y aura aucun arran­­ge­­ment entre nous. » Après une confron­­ta­­tion tendue, fusils poin­­tés, Mora raconte que ses hommes ont confisqué les armes des poli­­ciers, leurs gilets pare-balles et leurs voitures de patrouille. « On a coffré le direc­­teur et on a laissé partir les autres », dit Mora. « Voilà d’où proviennent les armes qui nous auraient été soi-disant données par les narcos. » D’après Mora, la section du mouve­­ment qu’il dirige était rongée par la crimi­­na­­lité dès le début. Il est l’un des seuls à s’être dressé contre ce poison. Après avoir fait empri­­son­­ner le direc­­teur des forces de sécu­­rité locales, Mora raconte qu’il a été appro­­ché par des amis d’El Chayo qui préten­­daient lui avoir tourné le dos. Ils ont dit à Mora qu’il n’avait « aucune chance de gagner seul contre les assas­­sins d’El Chayo ». « On les connaît. On sait le genre d’hommes qu’il a sous ses ordres. On sait de combien d’argent et de quelles armes ils disposent », lui ont-ils dit. Ils ont proposé de lais­­ser le champ libre au cartel Jalisco Nouvelle Géné­­ra­­tion, une étoile montante du paysage crimi­­nel mexi­­cain, pour s’in­­tro­­duire dans la Tierra Caliente et utili­­ser leurs assas­­sins pour élimi­­ner les Templa­­rios. Mora dit avoir répondu par un non caté­­go­­rique. « C’est la raison pour laquelle on a pris les armes : pour en finir avec toute cette vermine », explique-t-il. « De mon point de vue, les cartels sont tous les mêmes. Ce sont des assas­­sins. » Mora dit qu’il a fina­­le­­ment recon­­duit les hommes hors de la ville – une solu­­tion tempo­­raire à un problème récur­rent et profond. Ses ennuis ne faisaient que commen­­cer.

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COMMENT LA LUTTE DES AUTODEFENSAS A TOURNÉ AU CAUCHEMAR

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Traduit de l’an­­glais par Lucile Marti­­nez d’après l’ar­­ticle « The Hot Land », paru dans The Inter­­cept.

Couver­­ture : Mora défile pour l’an­­ni­­ver­­saire des auto­­de­­fen­­sas. (Cuar­­tos­­curo)


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