par Bob Smietana | 21 septembre 2016

LISEZ ICI LE PREMIÈRE PARTIE DE L’HISTOIRE

Divins félins

Dans le cas de Ruth­­ven, le busi­­ness du sauve­­tage de chats a des moti­­va­­tions spiri­­tuelles et person­­nelles. Elle a demandé à ses adeptes de deve­­nir vegan pour ne faire qu’un avec Mère Nature. Faire du volon­­ta­­riat dans les refuges anima­­liers du coin est aussi devenu une pratique spiri­­tuelle. Jusqu’au jour où le chat de Ruth­­ven, Ève, est mort, la lais­­sant dans un déses­­poir total. Elle a vu dans cette mort le signe qu’elle devait créer sa propre asso­­cia­­tion pour sauver des chats. « Elle est morte lors du solstice d’hi­­ver », écrit Ruth­­ven dans sa descrip­­tion des fonde­­ments de L’Éden d’Ève. « La mort est venue et je dois main­­te­­nant embras­­ser la vie. Comment peut-on expliquer un tel amour à un monde qui ne voit les animaux que comme des animaux ? Comme je l’ai étudié dans l’art de l’al­­chi­­mie des Égyp­­tiens et ensei­­gné aux miens, je vénère les Félins en tant que vais­­seaux capables de nous guider vers l’autre vie. »


Pour les disciples de Ruth­­ven, cette nouvelle direc­­tion se tradui­­sait par accueillir des chatons et des chats chez eux par dizaines. À un moment donné, Lamphier a eu plus de 40 chats chez elle. Idem pour les Gunder­­son. Dans ces familles d’ac­­cueil, les chats mangeaient en premier, même avant les enfants. « Nous devions les révé­­rer plus que nous-mêmes et nos propres familles », dit Rachael Gunder­­son. Et si les chats n’étaient pas trai­­tés avec suffi­­sam­­ment de défé­­rence, Ruth­­ven répri­­man­­dait ses fidèles. « L’Éden d’Ève n’est pas un club de cause­­rie mondaine », a-t-elle écrit dans un email en 2013. « C’est le Temple de Dieu. Vous devez y entrer avec la révé­­rence qui convient à ce que renferment ses fonda­­tions, ses murs et chaque Félin. Vous devez entrer dans un état d’émer­­veille­­ment. Vous devez perce­­voir chaque client avec discer­­ne­­ment… est-il un Élu ? » S’oc­­cu­­per des chats permet­­tait d’at­­teindre deux objec­­tifs. Les fidèles de Ruth­­ven amélio­­raient leur karma en faisant le bien et ils se prépa­­raient aussi pour l’Apo­­ca­­lypse. Ruth­­ven leur avait appris que les chats étaient des êtres surna­­tu­­rels dégui­­sés, portant les 144 000 âmes mention­­nées dans l’An­­cien Testament. Ces êtres divins vien­­draient à la rescousse des disciples de Ruth­­ven pendant l’Apo­­ca­­lypse.

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Un lieu innof­­fen­­sif en appa­­rence
Crédits : DR

« Tant que vous vous occu­­pez d’eux, vous pouvez être sûrs que le jour où vous en aurez besoin, ils se trans­­for­­me­­ront et s’oc­­cu­­pe­­ront de vous », dit Gunder­­son. Au début, L’Éden d’Ève a reçu le soutien des gens, qui n’y voyaient qu’un énième refuge inof­­fen­­sif pour chats. Gunder­­son et d’autres membres réali­­saient des vidéos de chats pour promou­­voir leur travail. La belle fille de Ruth­­ven, Nicole Walker en était la direc­­trice. Elle donnait des inter­­­views au sujet du refuge en lais­­sant de côté la spiri­­tua­­lité sous-jacente. Le seul signe de leurs croyances reli­­gieuses était leur logo, qui avait la forme de la déesse-chat égyp­­tienne Bastet. Au sein du groupe, cepen­­dant, les choses allaient de mal en pis. Cela faisait des années que Ruth­­ven se battait avec son ex-mari, Marc Walker, promo­­teur immo­­bi­­lier de Washing­­ton. Elle l’ac­­cu­­sait d’abus et l’avait fait arrê­­ter. Les charges n’avaient pas été rete­­nues mais ils avaient divorcé. Marc s’est ensuite rema­­rié et lui et sa seconde épouse ont commencé à commu­­niquer à nouveau avec des membres de la famille qui avaient été évin­­cés du groupe des fidèles de Ruth­­ven.

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Les chats avaient l’air de s’y plaire
Crédits : DR

D’autres adeptes du groupe se dispu­­taient aussi avec Ruth­­ven et se voyaient priés de s’en aller. Rachael Gunder­­son a commencé à fréquen­­ter un homme du Tennes­­see sans l’ap­­pro­­ba­­tion de Ruth­­ven. Alors qu’ils se parlaient au télé­­phone, elle a évoqué le fait qu’elle travaillait sur une vidéo pour L’Éden d’Ève. Aux yeux de Ruth­­ven, il s’agis­­sait d’une trahi­­son impar­­don­­nable car elle avait ordonné à ses fidèles de garder ses prophé­­ties secrètes. Elle a donc banni Rachael du groupe. Mary Gunder­­son a démé­­nagé de la maison qu’elles parta­­geaient et a coupé les ponts avec sa sœur. « Tu n’avais aucun droit de prendre ce qui m’ap­­par­­tient, à moi, la prophé­­tesse, pour en faire don à quelqu’un d’autre », a dit Ruth­­ven à Rachael dans un email. « Tu as utilisé mes révé­­la­­tions et ma vérité comme si elles étaient tiennes et tu les as données à la noir­­ceur… à présent, elles seront utili­­sées contre nous. »

L’exode

C’est à cette époque que Ruth­­ven a plani­­fié ce qu’elle appe­­lait son « exode » vers le Tennes­­see. Le démé­­na­­ge­­ment a entre autres été préci­­pité par les conflits qui gran­­dis­­saient du fait des détrac­­teurs. Elle a égale­­ment dit à ses fidèles que la fin appro­­chait. Elle voulait qu’ils démé­­nagent dans le Tennes­­see et commencent à se prépa­­rer pour l’Apo­­ca­­lypse. Cela signi­­fiait ache­­ter des fermes où ils pour­­raient vivre de la terre quand la société s’ef­­fon­­dre­­rait. Ruth­­ven a tenté d’échap­­per à toute contro­­verse. Les adeptes devaient dire que L’Éden d’Ève fermait ses portes et qu’elle s’était reti­­rée en Écosse. « S’il vous plaît, ne me faites pas regret­­ter de vous avoir ouvert mes portes en vous propo­­sant de m’ac­­com­­pa­­gner dans le Tennes­­see », a écrit Ruth­­ven dans un email. « Je vais recom­­men­­cer à zéro, sans que personne ne sache rien de moi, du culte ou de l’église. » Son souhait aurait bien pu être exaucé si elle n’avait pas changé d’avis et choisi de réins­­tal­­ler L’Éden d’Ève dans le Tennes­­see.

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Crédits : Bob Smie­­tana

Peu après leur arri­­vée, Ruth­­ven et ses disciples ont ouvert un petit refuge dans le centre-ville de Colum­­bia. Ils se sont ensuite procuré une cara­­vane clima­­ti­­sée pour orga­­ni­­ser des jour­­nées d’adop­­tion devant les maga­­sins du coin. Voyant cela, d’an­­ciens adeptes et membres de la famille évin­­cés ont commencé à bloguer au sujet de leur expé­­rience avec Ruth­­ven. Leur page Face­­book, nommée « Y-a-t-il une secte à Colum­­bia, Tennes­­see ? », a touché une corde sensible. Les deux groupes s’af­­frontent, surtout en ligne, depuis plusieurs années et malgré quelques éclats ici et là, leur conflit est passé rela­­ti­­ve­­ment inaperçu. Jusqu’à juillet dernier, quand Rachael Gunder­­son a raconté son histoire dans un podcast et a attiré l’at­­ten­­tion sur les réseaux sociaux.

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Michelle Breed­­love, qui a adopté un second chaton de L’Éden d’Ève début juillet, dit qu’elle a entendu parler d’une contro­­verse sur Inter­­net mais que ça ne l’em­­pê­­chera proba­­ble­­ment pas d’adop­­ter un autre chaton venu de chez eux dans le futur. Elle dit que les volon­­taires du groupe ont l’air gentil et que les chats qu’elle a adop­­tés étaient en bonne santé. Elle aime l’idée que les chats vivent dans des familles d’ac­­cueil et pas dans des cages. Et aucun volon­­taire n’a jamais mentionné quoi que ce soit de reli­­gieux.

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Geor­­gia Snow veille sur un chat du refuge
Crédits : DR

« Si personne n’est blessé et qu’ils sont juste bizarres, ça me va », dit-elle. « Il y a des éner­­gu­­mènes partout. » Quand elle a reçu une demande d’in­­ter­­view au sujet de leurs croyances reli­­gieuses, la direc­­trice du refuge, Nicola Walker, a répondu dans un email qu’il lui faudrait contac­­ter le FBI, le shérif local et leurs avocats avant de faire des commen­­taires. Elle dit que L’Éden d’Ève a été harcelé par le passé et que le groupe envi­­sage des recours légaux face à ses détrac­­teurs. « Merci de votre compré­­hen­­sion », disait son mail du 11 août. « Je reviens vers vous dès que possible. » Le lende­­main, L’Eden d’Ève fermait sa page Face­­book et son site Inter­­net. Geor­­gia Snow, la tréso­­rière du groupe, dit qu’elle ne sait pas si le sauve­­tage des chats va conti­­nuer. Snow, qui est la mère de Ruth­­ven, dit qu’elle en a assez de voir sa fille critiquée. « Peut-être que nous sommes fati­­gués d’être persé­­cu­­tés », dit-elle. « Parce que tout cela n’est qu’un tissu de mensonges, rien n’est vrai. » Snow dit que sa fille n’est plus pasteur et que l’église n’existe plus. Tout ce qu’ils veulent à présent, c’est secou­­rir des chats. « Nous ne faisons que le bien », dit-elle. « Mais il y a tout de même des gens qui essayent de détruire ça. » Mary Gunder­­son ne voit pas de problème dans le fait d’ai­­der les chats. Les animaux du refuge sont bien trai­­tés et sans leur aide, beau­­coup auraient été eutha­­na­­siés. Mais être gentille avec les chats n’ef­­face pas pour autant les pêchés de son ancien pasteur. « Toute cette atten­­tion, tout cet amour témoi­­gné à ces animaux fait que lorsqu’ils sont adop­­tés, ils sont une béné­­dic­­tion pour leur nouvelle famille », dit Gunder­­son. « Mais cela n’ef­­face en aucun cas des années et des années d’abus spiri­­tuels. »


Traduit de l’an­­glais par Caro­­line Bour­­ge­­ret et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Apoca­­lypse Meow: How a Cult That Believes Cats Are Divine Beings Ended Up in Tennes­­see », paru dans Nash­­ville Scene. Couver­­ture : Chat divin avec éclairs. (Ulyces)


 

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