fbpx

par Brett Popplewell | 30 septembre 2016

Canopy

C’est l’heure de pointe en ce matin de la mi-mai. Bruce Linton, le CEO de la plus grande entre­­prise produc­­trice de marijuana légale du monde est assis au volant d’une Dodge Char­­ger de loca­­tion. Il fait route vers le sud, quit­­tant les embou­­teillages de Toronto pour retrou­­ver les vignobles de l’On­­ta­­rio. Il main­­tient le comp­­teur à 120 km/h, excepté quand des camions ou d’autres voitures se dressent sur sa route. L’en­­tre­­pre­­neur de 49 ans presse alors l’ac­­cé­­lé­­ra­­teur. 2016-dodge-charger-sxt-awdIl n’est pas encore 8 heures, mais Linton est déjà debout depuis quatre heures. Il a laissé sa femme dormir et a quitté en silence le quar­­tier d’Ot­­tawa où il vit, qui accueillait autre­­fois l’équipe de hockey des Séna­­teurs d’Ot­­tawa et le reste des nouveaux riches de la ville. Il a commencé sa jour­­née en faisant les cent pas dans sa maison plon­­gée dans l’obs­­cu­­rité, faisant halte près de sa piscine pour envoyer une douzaine d’emails. Puis il s’est rendu à l’aé­­ro­­port où il a pris l’avion pour Toronto. Je suis monté dans la voiture peu après sept heures et depuis, je le harcèle de ques­­tions. Les yeux de Linton font des allers-retours entre la route et le siège passa­­ger, sur lequel je prends note de ses paroles dans un carnet. Il attend que j’aie fini d’écrire pour reprendre. « Si vous voulez vrai­­ment tout noter, ça va prendre un livre entier », dit-il. Il enchaîne en me racon­­tant comment lui et une petite équipe de geeks de la tech et du droit ayant leurs entrées à Bay Street, le centre du quar­­tier finan­­cier de Toronto, ont fait d’une usine aban­­don­­née du choco­­la­­tier Hershey’s la plus grande plan­­ta­­tion de canna­­bis de la planète.

À présent, ils signent des contrats avec des indus­­triels alle­­mands, des horti­­cul­­teurs austra­­liens, des fabri­­cants de sex toys du Colo­­rado et des stars cali­­for­­niennes. Tout cela fait partie d’un match serré qui, s’ils le remportent, placera Linton et ses asso­­ciés à la tête d’une entre­­prise valant des milliards lorsque la marijuana sera léga­­li­­sée au Canada. L’ai­­guille frôle les 130 km/h alors que Linton dresse le portrait d’un futur où le Canada supplan­­tera Israël en tant que leader de la recherche canna­­bi­­noïde et les Pays-Bas en tant que patrie cultu­­relle de l’ex­­por­­ta­­tion de marijuana. C’est un rêve ambi­­tieux, pour sûr, mais il insiste sur le fait qu’il est en train de se réali­­ser. Son entre­­prise – Canopy Growth Corp. – dont le siège est situé à Smiths Falls, dans l’On­­ta­­rio, a trois ans cette année et prend de plus en plus la forme d’un conglo­­mé­­rat natio­­nal du canna­­bis. Au moment où nous parlons, Linton est en pleine négo­­cia­­tion pour commer­­cia­­li­­ser les varié­­tés à haute teneur en canna­­bi­­diol (CBD) qu’il cultive à Scar­­bo­­rough sous forme de pilules et d’huile dans les phar­­ma­­cies du pays. Mais son projet le plus inspiré est celui qu’il déve­­loppe autour du tétra­­hy­­dro­­can­­na­­bi­­nol (THC) extrait de l’herbe qu’il fait pous­­ser dans sa serre de Niagara-on-the-Lake. C’est un plan en deux étapes. D’abord, il lais­­sera aux consom­­ma­­teurs le temps de s’ha­­bi­­tuer à voir ses diffé­­rentes varié­­tés de marijuana en vente dans les boutiques où ils ont l’ha­­bi­­tude d’ache­­ter leur alcool. Puis il sortira une gamme de bois­­sons au canna­­bis. Linton imagine un futur dans lequel le THC sera l’un des prin­­ci­­paux ingré­­dients des bois­­sons que les géné­­ra­­tions futures consi­­dé­­re­­ront comme haut de gamme. Les bois­­sons gazeuses au THC sont déjà dispo­­nibles illé­­ga­­le­­ment, et les gens infusent leur alcool avec du canna­­bis à la maison depuis long­­temps. Linton va appor­­ter l’idée au grand public et défier l’es­­ta­­bli­sh­­ment en produi­­sant une des bois­­sons d’un nouveau genre. La plupart des gens pensent encore que la weed doit être fumée, ou mélan­­gée à la nour­­ri­­ture pour les plus aven­­tu­­reux. Linton veut démon­­trer qu’elle peut être bien plus que cela.

12654495_1105010386195926_1230206279926084245_n
Bruce Linton
Crédits : Tweed

Peu avant 9 heures, nous commençons à voir des panneaux indiquant la fron­­tière des États-Unis. « On est en avance », dit Linton. « Allons prendre un petit-déjeu­­ner. » Il quitte l’au­­to­­route et fait un détour par le drive d’un restau­­rant McDo­­nald’s. Il commande un grand café et deux burri­­tos pour lui, une formule McMuf­­fin et œuf pour moi. Nous nous posons sur le parking. Entre deux bouchées de burrito dégou­­li­­nant de sauce, Linton fait remarquer combien il est rare d’as­­sis­­ter à la nais­­sance d’une indus­­trie, surtout lorsqu’elle est basée sur un produit déjà connu qui possède un marché pré-établi. Rien qu’au Canada, cette drogue est consom­­mée par envi­­ron sept millions de personnes issues de plusieurs géné­­ra­­tions. Linton est déter­­miné à toucher le plus grand nombre de gens possible et à inves­­tir le marché inter­­­na­­tio­­nal. « Il y a trois ans, je ne connais­­sais rien à la culture du canna­­bis », confesse-t-il. « Aujourd’­­hui, je suis le CEO de la plus grande plan­­ta­­tion dont l’adresse est publique. »

Par moments, Linton sonne moins comme un réfor­­miste des lois anti­­drogue que comme un mono­­po­­leur en deve­­nir. On le critique parfois pour ça, mais il n’a pas l’air de s’en soucier. Le paysage cultu­­rel et poli­­tique qui entoure la marijuana change rapi­­de­­ment, et Linton plus qu’au­­cun autre semble prêt à en profi­­ter. Le gouver­­ne­­ment Trudeau a promis de faire ce que seul l’Uru­­guay a osé faire jusqu’ici : lever l’in­­ter­­dic­­tion de culti­­ver, de vendre et de consom­­mer de la marijuana à des fins récréa­­tives dans tout le Canada. L’en­­tre­­prise de Linton – et son pays – s’ap­­prête à deve­­nir le fer de lance d’un mouve­­ment global. « Le canna­­bis est en passe de deve­­nir le grand disrup­­teur de notre époque », dit-il. « Quand les marchés récréa­­tifs vont commen­­cer à s’ou­­vrir, l’in­­dus­­trie va connaître un boom extra­­or­­di­­naire. Nous avons trois ou quatre ans d’avance sur le reste du monde, mais nous devons nous assu­­rer de la conser­­ver. » Il roule en boule l’em­­bal­­lage de ses burri­­tos et le jette dans le sac à mes pieds, avant de déta­­cher les auto­­col­­lants « café gratuit » de nos deux gobe­­lets et de les coller à l’ar­­rière de son BlackBerry. « J’adore les entre­­prises qui ont des programmes de fidé­­lité », dit-il. Il redé­­marre le Char­­ger et me demande : « Tu es prêt à voir la Ferme ? »

~

Il est ironique que le Canada soit à deux pas de deve­­nir un des pion­­niers de la léga­­li­­sa­­tion du canna­­bis. Le pays fut l’un des premiers à crimi­­na­­li­­ser l’herbe, en la décla­­rant illé­­gale 14 ans avant que les États-Unis ne promulguent le Mari­­huana Tax Act de 1937, pour en inter­­­dire l’usage. 35 % des Cana­­diens sont encore en faveur de la crimi­­na­­li­­sa­­tion de la marijuana.

ulyces-canopygrowth-01
Une salle de l’usine de Tweed
Crédits : Tweed

Les êtres humains consomment du canna­­bis depuis au moins 5 000 ans. La plante vien­­drait d’Asie centrale, où les Chinois l’uti­­li­­saient à des fins médi­­cales. Elle appa­­raît dans les écrits d’Hé­­ro­­dote, qui décri­­vait les nomades eurasiens consu­­mant la « graine de chanvre » dans leurs bains de vapeur pour se lais­­ser enva­­hir par la joie. Elle fut impor­­tée dans les Amériques par les Espa­­gnols quelques temps avant la venue de Chris­­tophe Colomb. George Washing­­ton, Thomas Jeffer­­son et John Adams en faisaient tous les trois fait pous­­ser. Le Canada a élaboré sa première loi anti­­drogue en 1908. La première substance à avoir été prohi­­bée était l’opium qui, à cette époque, était fumé dans des bouges sordides et dispo­­nible sous forme de pilules et de liquide dans toutes les phar­­ma­­cies du pays. Les citoyens cana­­diens ont entendu parler d’une « nouvelle menace » pour la société – la « mara­­huana » – pour la première fois en 1920 grâce à Emily Murphy, suffra­­gette célèbre et première femme magis­­trate du Canada. Ses tribunes publiées dans le maga­­zine Maclean ont contri­­bué à la psychose natio­­nale envers la drogue, alimen­­tée prin­­ci­­pa­­le­­ment par le racisme à l’en­­contre de la commu­­nauté asia­­tique de Colom­­bie-Britan­­nique.

Trois ans plus tard, la marijuana était ajou­­tée à la liste des drogues illé­­gales du Canada. On n’a trouvé aucune preuve que quiconque fumait de la weed sur le sol cana­­dien en ce temps-là. Ce n’est que neuf ans plus tard que la police a réalisé la toute première saisie de ciga­­rettes de marijuana. À l’époque, l’in­­ter­­dic­­tion de l’al­­cool au Canada avait été levée et les trafiquants de rhum qui avaient profité du commerce illé­­gal de l’al­­cool comp­­taient parmi les plus riches entre­­pre­­neurs du pays. Ils avaient fait fortune en orga­­ni­­sant la contre­­bande vers les États-Unis, où l’al­­cool est resté inter­­­dit jusqu’en 1933.

6a00d8341bfae553ef01bb08842840970d
Une affiche de la campagne du Parti libé­­ral cana­­dien

Linton et les autres espèrent voir l’his­­toire se répé­­ter. C’est pendant ces années où l’al­­cool était légal au Canada mais illé­­gal aux États-Unis que l’en­­tre­­prise Seagram de Montréal est deve­­nue la plus grande distil­­le­­rie du monde. Et c’est juste­­ment l’en­­vie de deve­­nir le Seagram de la weed qui motive Linton. À son zénith, Seagram était un acteur majeur d’un large éven­­tail d’in­­dus­­tries allant de l’al­­cool au films, en passant par les parcs d’at­­trac­­tions et le pétrole brut. Linton est convaincu que sa société a le poten­­tiel d’être tout cela et plus encore. Fondée au début de l’an­­née 2013, Canopy (d’abord connue sous le nom de « MABH Onta­­rio Inc. ») est l’idée de Linton et d’un homme du nom de Chuck Rifici, qui a long­­temps été le CFO du Parti libé­­ral cana­­dien. Il n’est pas évident de savoir auquel des deux revient le plus de mérite, mais leur idée semble être née après qu’ils ont entendu parler d’une possible réforme de la légis­­la­­tion du pays sur la marijuana médi­­cale. À l’époque, en juin 2013, Santé Canada a annoncé dans une tenta­­tive de moder­­ni­­ser le système qu’il allait priva­­ti­­ser le marché. Le minis­­tère offrait une poignée de licences aux Cana­­diens cher­­chant à démar­­rer leurs propres plan­­ta­­tions.

En décembre 2013, MABH Onta­­rio Inc. – rebap­­ti­­sée Tweed Marijuana Inc. – employait cinq personnes et était au sommet de la pile des produc­­teurs atten­­dant leur licence pour commen­­cer la vente. Un mois plus tard, ils ont reçu le feu vert. Trois mois après, Tweed est devenu le premier produc­­teur de marijuana a être coté au TSX Venture Exchange. D’un jour à l’autre, sa valeur sur le marché a bondi jusqu’à 89 millions de dollars – ils n’avaient pas encore vendu un seul gramme. 17 mois plus tard, ils comp­­taient 6 000 clients, avaient avalé un de leurs plus sérieux concur­­rents – la société de marijuana médi­­cale Bedro­­can, qui opère dans l’usine de Scar­­bo­­rough – et adopté son nom actuel : Canopy Growth.

La Ferme

La Ferme, comme l’ap­­pelle Linton, est une serre de plus de 100 000 m² située à Niagara-on-the-Lake, à une dizaine de minutes de la fron­­tière étasu­­nienne. Quand Linton et son entre­­prise l’ont ache­­tée en juin 2014, ce n’était qu’un bâti­­ment de verre désert dont le sol servait aupa­­ra­­vant à la culture d’au­­ber­­gines. À présent, il s’agit de la plus grande usine de marijuana du monde. Elle fonc­­tion­­nait à 20 % de sa capa­­cité en 2015, mais ils l’ont ensuite réagen­­cée en prévi­­sion d’une récolte totale cet été. Linton a ordonné que la serre toute entière serve à la culture du canna­­bis pour s’as­­su­­rer que la centaine d’em­­ployés travaillant à la Ferme étaient suffi­­sam­­ment nombreux pour gérer la produc­­tion. Sa direc­­tive est tombée après une décla­­ra­­tion de la ministre de la Santé cana­­dienne Jane Phil­­pott le 20 avril dernier. Elle a pris la parole durant l’As­­sem­­blée géné­­rale des Nations Unies à New York et promis de léga­­li­­ser la marijuana au Canada d’ici le prin­­temps 2017. Main­­te­­nant que la léga­­li­­sa­­tion du marché récréa­­tif a une date butoir, Linton pense qu’il est crucial que Canopy Growth fonc­­tionne au maxi­­mum de sa capa­­cité actuelle et produise 15 500 kilos de têtes par an. Mais, s’ils veulent main­­te­­nir leurs 27 % de parts du marché médi­­cal cana­­dien, actuel­­le­­ment évalué à 100 millions de dollars, l’en­­tre­­prise devra acqué­­rir plus d’es­­pace pour ses cultures et s’ap­­pro­­prier une part équi­­va­­lente du marché récréa­­tion­­nel estimé pour le moment à 10 milliards de dollars.

ulyces-canopygrowth-02
Le siège de l’en­­tre­­prise
Crédits : Tweed

Linton gare le Char­­ger devant ce qui ressemble à une grange en acier – il s’agit en réalité d’un bureau en open space construit sur le côté de la serre. « Je vais vous faire la même visite que quand je reçois un inves­­tis­­seur », dit-il. Il enfile ensuite une blouse avant de me tendre deux char­­lottes – une pour mes cheveux, une pour ma barbe. Il presse son pouce contre un scan­­ner biomé­­trique et déver­­rouille la porte de la serre immense. « Si vous regar­­dez atten­­ti­­ve­­ment d’un bout à l’autre », dit-il en plai­­san­­tant alors que j’ob­­serve les bota­­nistes et les biote­ch­­ni­­ciens qui s’af­­fairent au loin, « vous pouvez aper­­ce­­voir la cour­­bure de la Terre. » Propor­­tion­­nel­­le­­ment à ses dimen­­sions, la serre donne l’im­­pres­­sion d’être vidée de ses plants. Linton ouvre grand les bras et déclare : « D’ici la Fête du Canada, cet endroit sera rempli d’herbe. » Puis il s’avance jusqu’à un drap de plas­­tique blanc, tendu entre des tuyaux d’ir­­ri­­ga­­tion et une éten­­due de venti­­la­­teurs à haute puis­­sance. « Si nous reve­­nions ici dans quelques mois et que nous nous tenions exac­­te­­ment où nous sommes aujourd’­­hui, vous ne pour­­riez plus me voir. » Il me révèle alors un autre aspect de son plan : « Nous allons faire pous­­ser des plants de marijuana expé­­ri­­men­­taux », dit-il, expliquant que l’idée lui a été souf­­flée par un spécia­­liste de la propa­­ga­­tion de culture tissu­­laire engagé par la compa­­gnie. « Avec des troncs épais, dans des pots de 170 L. Ils vont ressem­­bler à des chênes. Personne, à notre connais­­sance, n’a jamais essayé de voir jusqu’où il était possible de faire pous­­ser ces choses. » Peu après 11 heures, Linton jette un œil à son BlackBerry. « Il faut qu’on se remette en route », dit-il. Il a rendez-vous avec une grande entre­­prise phar­­ma­­ceu­­tique de Toronto et ne veut pas être en retard.

~

Je retrouve Linton quelques jours plus tard sur la mezza­­nine de sa choco­­la­­te­­rie recon­­ver­­tie à Smiths Falls, dans l’On­­ta­­rio, une petite ville située à une heure de route d’Ot­­tawa. Contrai­­re­­ment à la Ferme, où les plants de marijuana sont bercés par la lumière du soleil, ce qui pousse dans la seconde usine le fait sous lampes fluo­­res­­centes. L’usine sert de siège à l’en­­tre­­prise depuis août 2013, quand Rifici et Linton ont écarté les toiles d’arai­­gnées des portes d’en­­trée, chassé les rats de la machi­­ne­­rie et sauvé le bâti­­ment de la démo­­li­­tion. Des reliques aban­­don­­nées de son précé­dent proprié­­taire, Hershey’s, sont fière­­ment expo­­sées aux murs. Des publi­­ci­­tés vintage pour d’an­­tiques pastilles pour la toux et des galettes au beurre de caca­­huètes décorent les étagères char­­gées de vapo­­ri­­sa­­teurs haut de gamme et de bocaux de marijuana médi­­cale vides.

2fvqhgj
Un des produits de Tweed
Crédits : Tweed

Il est un peu plus de midi et Linton est penché sur la liste de choses à faire qu’il a rédi­­gée sur un Post-it. La première tâche était d’im­­pri­­mer un devoir à la maison pour un de ses fils. Il se prépare à présent pour la tâche numéro quatre, « Audit de fraude avec Deloitte » et la cinquième, toute aussi intri­­gante, « Réunion avec les mecs du sexe du Colo­­rado ». Linton m’in­­vite à entrer dans son bureau, sur la porte duquel est affi­­chée une plaque « Mr. Wonka ». Il boit une gorgée d’eau à la bouteille et commence à compo­­ser un numéro sur son télé­­phone. Il est en ligne avec les proprié­­taires d’une société de fabri­­ca­­tion de sprays sexuels du Colo­­rado, qui se présentent comme les experts de l’ « aphro­­di­­siaque théra­­peu­­tique » au canna­­bis. Ils se construisent une niche en vendant « le premier lubri­­fiant person­­nel infusé à la marijuana, pour le plai­­sir de madame ». Une heure plus tard, Linton a fini de négo­­cier les contours d’un accord de licence qui lui permet­­tra de vendre la gamme de produits de l’en­­tre­­prise du Colo­­rado – qui inclut des suppo­­si­­toires suppo­­sés apai­­ser les douleurs mens­­truelles et boos­­ter le plai­­sir sexuel. Ni lui, ni eux ne savent encore à combien esti­­mer ce deal. Malgré tout, sexe et weed semble faire bon ménage – du moins dans l’es­­prit des Améri­­cains – et Linton veut sa part du gâteau au cas où ils auraient raison. Après avoir raccro­­ché, il se lève de sa chaise dans un sursaut d’éner­­gie nerveuse et lance : « C’est la partie la plus exci­­tante de tout ça ! » « Le spray sexuel ? » « Les gens commencent à peine à s’aper­­ce­­voir de tout ce qu’il est possible de faire avec ce produit. On ne se contente pas de faire pous­­ser de l’herbe. On cultive des canna­­bi­­noïdes. »

Il y a 211 ans, les scien­­ti­­fiques ont extrait pour la première fois la morphine de l’opium et ont commencé à l’em­­ployer pour des usages médi­­caux – un tour­­nant histo­­rique dont Linton est convaincu qu’il pour­­rait se répé­­ter avec la marijuana. « Qui fume encore de l’opium aujourd’­­hui ? » demande-t-il. Linton est persuadé que ses plan­­ta­­tions seront bien­­tôt utili­­sées comme une sorte d’opioïde léger, une alter­­na­­tive moins addic­­tive, moins dange­­reuse et en salva­­trice aux 20 millions de pres­­crip­­tions d’an­­ti­­dou­­leurs à base d’opioïdes émises au Canada chaque année.

La compré­­hen­­sion clinique du canna­­bis est encore limi­­tée.

Il ouvre une autre bouteille d’eau et barre deux tâches de sa liste. Il est déjà en retard pour son prochain appel, avec des admi­­nis­­tra­­teurs de fonds de Bay Street. Il veut être parte­­naire d’une grande entre­­prise et d’uni­­ver­­si­­tés cana­­diennes dans un labo­­ra­­toire scien­­ti­­fique indé­­pen­­dant, pour récol­­ter des données sur les effets de la marijuana. Ils enquê­­te­­ront sur les bien­­faits du canna­­bis sur les commo­­tions, et il voit déjà le labo­­ra­­toire produire des pilules canna­­bi­­noïdes pour aider les gens à dormir. « C’est la prochaine étape logique », dit-il. « Tout ce dont on a besoin, c’est de cinq millions de dollars pour commen­­cer. » Linton prépare quelque chose, et tout le monde en est conscient durant le call. Tous les argu­­ments en faveur des vertus médi­­cales de la marijuana sont basés sur des cas anec­­do­­tiques. Malgré cela, les méde­­cins la pres­­crivent déjà au Canada pour toutes sortes de choses, des douleurs chro­­niques à l’épi­­lep­­sie chez les enfants. La compré­­hen­­sion clinique du canna­­bis est encore limi­­tée, en grande partie parce que de nombreux pays consi­­dèrent encore qu’elle présente un fort risque d’abus et aucun usage médi­­cal reconnu. Même si un univer­­si­­taire cana­­dien faisait partie de l’équipe inter­­­na­­tio­­nale qui a établi la carto­­gra­­phie géné­­tique de la plante, la recherche la plus signi­­fi­­ca­­tive en la matière vient d’Is­­raël.

En 1963, un chimiste orga­­nique du nom de Raphael Mechou­­lam a examiné cinq kilos de haschisch maro­­cain saisi par la police. Il a inoculé chacun de ses compo­­sants chimiques à un groupe de singes agres­­sifs. Lorsque les singes ont commencé à se calmer, il a su qu’il venait de trou­­ver l’in­­gré­­dient psychoac­­tif qu’il recher­­chait depuis long­­temps. Un ingré­­dient appelé THC. https://www.youtube.com/watch?v=bOPOVj-Jwgg Mechou­­lam a isolé un autre canna­­bi­­noïde bien connu de son maté­­riau d’étude : le canna­­bi­­diol (CBD), un ingré­­dient non-psychoac­­tif qui semble avoir un plus grand poten­­tiel pour soula­­ger la douleur. Les études suivantes ont décou­­vert plus de 70 canna­­bi­­noïdes diffé­­rents dans l’herbe, dont chacun peut donner nais­­sance à une variété unique dont l’ap­­pa­­rence et l’odeur diffèrent beau­­coup les unes des autres. Chaque variété contient un degré diffé­rent de ces canna­­bi­­noïdes et affectent les êtres humains de diffé­­rentes façons. Les varié­­tés concen­­trées en CBD – les plus commu­­né­­ment produites à partir de la petite plante hirsute Canna­­bis indica – ont tendance à rendre le consom­­ma­­teur détendu et somnolent. Ces types de marijuana sont les plus couram­­ment pres­­crits pour leur vertu médi­­ci­­nale. Mais ce sont les varié­­tés concen­­trées en THC, qui viennent du Canna­­bis sativa, une plante bien plus grande, qui procurent les meilleurs trips – on se les procure géné­­ra­­le­­ment dans des rues mal fréquen­­tées. Pour Linton, la diffi­­culté réside dans le fait de vendre son produit à tous ceux qui veulent juste se relaxer avec du canna­­bis, sans compro­­mettre la crédi­­bi­­lité médi­­cale de l’en­­tre­­prise. Pour y parve­­nir, il a décidé de sépa­­rer les deux acti­­vi­­tés. La partie médi­­cale revient à la charge de Bedro­­can, les produc­­teurs de canna­­bis médi­­cale. Il a laissé la partie récréa­­tive à un avocat de Cambridge qui connaît assez bien Snoop Dogg pour savoir qu’on ne l’ap­­pelle jamais par son nom de nais­­sance.

LISEZ ICI LA SUITE DE L’HISTOIRE

COMMENT CANOPY GROWTH EST DEVENU LE PLUS GROS PRODUCTEUR DE WEED DU MONDE

ulyces-canopygrowth-couv01


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « The Big Smoke », paru dans The Walrus. Couver­­ture : Dans le labo­­ra­­toire de Tweed. (Tweed)


Down­load Premium WordP­ress Themes Free
Down­load Best WordP­ress Themes Free Down­load
Down­load Nulled WordP­ress Themes
Down­load WordP­ress Themes Free
down­load udemy paid course for free
Download Premium WordPress Themes Free
Download Premium WordPress Themes Free
Download Premium WordPress Themes Free
Download WordPress Themes
udemy paid course free download

Plus de weed