par Brett Popplewell | 30 septembre 2016

Canopy

C’est l’heure de pointe en ce matin de la mi-mai. Bruce Linton, le CEO de la plus grande entre­­prise produc­­trice de marijuana légale du monde est assis au volant d’une Dodge Char­­ger de loca­­tion. Il fait route vers le sud, quit­­tant les embou­­teillages de Toronto pour retrou­­ver les vignobles de l’On­­ta­­rio. Il main­­tient le comp­­teur à 120 km/h, excepté quand des camions ou d’autres voitures se dressent sur sa route. L’en­­tre­­pre­­neur de 49 ans presse alors l’ac­­cé­­lé­­ra­­teur. 2016-dodge-charger-sxt-awdIl n’est pas encore 8 heures, mais Linton est déjà debout depuis quatre heures. Il a laissé sa femme dormir et a quitté en silence le quar­­tier d’Ot­­tawa où il vit, qui accueillait autre­­fois l’équipe de hockey des Séna­­teurs d’Ot­­tawa et le reste des nouveaux riches de la ville. Il a commencé sa jour­­née en faisant les cent pas dans sa maison plon­­gée dans l’obs­­cu­­rité, faisant halte près de sa piscine pour envoyer une douzaine d’emails. Puis il s’est rendu à l’aé­­ro­­port où il a pris l’avion pour Toronto. Je suis monté dans la voiture peu après sept heures et depuis, je le harcèle de ques­­tions. Les yeux de Linton font des allers-retours entre la route et le siège passa­­ger, sur lequel je prends note de ses paroles dans un carnet. Il attend que j’aie fini d’écrire pour reprendre. « Si vous voulez vrai­­ment tout noter, ça va prendre un livre entier », dit-il. Il enchaîne en me racon­­tant comment lui et une petite équipe de geeks de la tech et du droit ayant leurs entrées à Bay Street, le centre du quar­­tier finan­­cier de Toronto, ont fait d’une usine aban­­don­­née du choco­­la­­tier Hershey’s la plus grande plan­­ta­­tion de canna­­bis de la planète.

À présent, ils signent des contrats avec des indus­­triels alle­­mands, des horti­­cul­­teurs austra­­liens, des fabri­­cants de sex toys du Colo­­rado et des stars cali­­for­­niennes. Tout cela fait partie d’un match serré qui, s’ils le remportent, placera Linton et ses asso­­ciés à la tête d’une entre­­prise valant des milliards lorsque la marijuana sera léga­­li­­sée au Canada. L’ai­­guille frôle les 130 km/h alors que Linton dresse le portrait d’un futur où le Canada supplan­­tera Israël en tant que leader de la recherche canna­­bi­­noïde et les Pays-Bas en tant que patrie cultu­­relle de l’ex­­por­­ta­­tion de marijuana. C’est un rêve ambi­­tieux, pour sûr, mais il insiste sur le fait qu’il est en train de se réali­­ser. Son entre­­prise – Canopy Growth Corp. – dont le siège est situé à Smiths Falls, dans l’On­­ta­­rio, a trois ans cette année et prend de plus en plus la forme d’un conglo­­mé­­rat natio­­nal du canna­­bis. Au moment où nous parlons, Linton est en pleine négo­­cia­­tion pour commer­­cia­­li­­ser les varié­­tés à haute teneur en canna­­bi­­diol (CBD) qu’il cultive à Scar­­bo­­rough sous forme de pilules et d’huile dans les phar­­ma­­cies du pays. Mais son projet le plus inspiré est celui qu’il déve­­loppe autour du tétra­­hy­­dro­­can­­na­­bi­­nol (THC) extrait de l’herbe qu’il fait pous­­ser dans sa serre de Niagara-on-the-Lake. C’est un plan en deux étapes. D’abord, il lais­­sera aux consom­­ma­­teurs le temps de s’ha­­bi­­tuer à voir ses diffé­­rentes varié­­tés de marijuana en vente dans les boutiques où ils ont l’ha­­bi­­tude d’ache­­ter leur alcool. Puis il sortira une gamme de bois­­sons au canna­­bis. Linton imagine un futur dans lequel le THC sera l’un des prin­­ci­­paux ingré­­dients des bois­­sons que les géné­­ra­­tions futures consi­­dé­­re­­ront comme haut de gamme. Les bois­­sons gazeuses au THC sont déjà dispo­­nibles illé­­ga­­le­­ment, et les gens infusent leur alcool avec du canna­­bis à la maison depuis long­­temps. Linton va appor­­ter l’idée au grand public et défier l’es­­ta­­bli­sh­­ment en produi­­sant une des bois­­sons d’un nouveau genre. La plupart des gens pensent encore que la weed doit être fumée, ou mélan­­gée à la nour­­ri­­ture pour les plus aven­­tu­­reux. Linton veut démon­­trer qu’elle peut être bien plus que cela.

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Bruce Linton
Crédits : Tweed

Peu avant 9 heures, nous commençons à voir des panneaux indiquant la fron­­tière des États-Unis. « On est en avance », dit Linton. « Allons prendre un petit-déjeu­­ner. » Il quitte l’au­­to­­route et fait un détour par le drive d’un restau­­rant McDo­­nald’s. Il commande un grand café et deux burri­­tos pour lui, une formule McMuf­­fin et œuf pour moi. Nous nous posons sur le parking. Entre deux bouchées de burrito dégou­­li­­nant de sauce, Linton fait remarquer combien il est rare d’as­­sis­­ter à la nais­­sance d’une indus­­trie, surtout lorsqu’elle est basée sur un produit déjà connu qui possède un marché pré-établi. Rien qu’au Canada, cette drogue est consom­­mée par envi­­ron sept millions de personnes issues de plusieurs géné­­ra­­tions. Linton est déter­­miné à toucher le plus grand nombre de gens possible et à inves­­tir le marché inter­­­na­­tio­­nal. « Il y a trois ans, je ne connais­­sais rien à la culture du canna­­bis », confesse-t-il. « Aujourd’­­hui, je suis le CEO de la plus grande plan­­ta­­tion dont l’adresse est publique. »

Par moments, Linton sonne moins comme un réfor­­miste des lois anti­­drogue que comme un mono­­po­­leur en deve­­nir. On le critique parfois pour ça, mais il n’a pas l’air de s’en soucier. Le paysage cultu­­rel et poli­­tique qui entoure la marijuana change rapi­­de­­ment, et Linton plus qu’au­­cun autre semble prêt à en profi­­ter. Le gouver­­ne­­ment Trudeau a promis de faire ce que seul l’Uru­­guay a osé faire jusqu’ici : lever l’in­­ter­­dic­­tion de culti­­ver, de vendre et de consom­­mer de la marijuana à des fins récréa­­tives dans tout le Canada. L’en­­tre­­prise de Linton – et son pays – s’ap­­prête à deve­­nir le fer de lance d’un mouve­­ment global. « Le canna­­bis est en passe de deve­­nir le grand disrup­­teur de notre époque », dit-il. « Quand les marchés récréa­­tifs vont commen­­cer à s’ou­­vrir, l’in­­dus­­trie va connaître un boom extra­­or­­di­­naire. Nous avons trois ou quatre ans d’avance sur le reste du monde, mais nous devons nous assu­­rer de la conser­­ver. » Il roule en boule l’em­­bal­­lage de ses burri­­tos et le jette dans le sac à mes pieds, avant de déta­­cher les auto­­col­­lants « café gratuit » de nos deux gobe­­lets et de les coller à l’ar­­rière de son BlackBerry. « J’adore les entre­­prises qui ont des programmes de fidé­­lité », dit-il. Il redé­­marre le Char­­ger et me demande : « Tu es prêt à voir la Ferme ? »

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Il est ironique que le Canada soit à deux pas de deve­­nir un des pion­­niers de la léga­­li­­sa­­tion du canna­­bis. Le pays fut l’un des premiers à crimi­­na­­li­­ser l’herbe, en la décla­­rant illé­­gale 14 ans avant que les États-Unis ne promulguent le Mari­­huana Tax Act de 1937, pour en inter­­­dire l’usage. 35 % des Cana­­diens sont encore en faveur de la crimi­­na­­li­­sa­­tion de la marijuana.

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Une salle de l’usine de Tweed
Crédits : Tweed

Les êtres humains consomment du canna­­bis depuis au moins 5 000 ans. La plante vien­­drait d’Asie centrale, où les Chinois l’uti­­li­­saient à des fins médi­­cales. Elle appa­­raît dans les écrits d’Hé­­ro­­dote, qui décri­­vait les nomades eurasiens consu­­mant la « graine de chanvre » dans leurs bains de vapeur pour se lais­­ser enva­­hir par la joie. Elle fut impor­­tée dans les Amériques par les Espa­­gnols quelques temps avant la venue de Chris­­tophe Colomb. George Washing­­ton, Thomas Jeffer­­son et John Adams en faisaient tous les trois fait pous­­ser. Le Canada a élaboré sa première loi anti­­drogue en 1908. La première substance à avoir été prohi­­bée était l’opium qui, à cette époque, était fumé dans des bouges sordides et dispo­­nible sous forme de pilules et de liquide dans toutes les phar­­ma­­cies du pays. Les citoyens cana­­diens ont entendu parler d’une « nouvelle menace » pour la société – la « mara­­huana » – pour la première fois en 1920 grâce à Emily Murphy, suffra­­gette célèbre et première femme magis­­trate du Canada. Ses tribunes publiées dans le maga­­zine Maclean ont contri­­bué à la psychose natio­­nale envers la drogue, alimen­­tée prin­­ci­­pa­­le­­ment par le racisme à l’en­­contre de la commu­­nauté asia­­tique de Colom­­bie-Britan­­nique.

Trois ans plus tard, la marijuana était ajou­­tée à la liste des drogues illé­­gales du Canada. On n’a trouvé aucune preuve que quiconque fumait de la weed sur le sol cana­­dien en ce temps-là. Ce n’est que neuf ans plus tard que la police a réalisé la toute première saisie de ciga­­rettes de marijuana. À l’époque, l’in­­ter­­dic­­tion de l’al­­cool au Canada avait été levée et les trafiquants de rhum qui avaient profité du commerce illé­­gal de l’al­­cool comp­­taient parmi les plus riches entre­­pre­­neurs du pays. Ils avaient fait fortune en orga­­ni­­sant la contre­­bande vers les États-Unis, où l’al­­cool est resté inter­­­dit jusqu’en 1933.

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Une affiche de la campagne du Parti libé­­ral cana­­dien

Linton et les autres espèrent voir l’his­­toire se répé­­ter. C’est pendant ces années où l’al­­cool était légal au Canada mais illé­­gal aux États-Unis que l’en­­tre­­prise Seagram de Montréal est deve­­nue la plus grande distil­­le­­rie du monde. Et c’est juste­­ment l’en­­vie de deve­­nir le Seagram de la weed qui motive Linton. À son zénith, Seagram était un acteur majeur d’un large éven­­tail d’in­­dus­­tries allant de l’al­­cool au films, en passant par les parcs d’at­­trac­­tions et le pétrole brut. Linton est convaincu que sa société a le poten­­tiel d’être tout cela et plus encore. Fondée au début de l’an­­née 2013, Canopy (d’abord connue sous le nom de « MABH Onta­­rio Inc. ») est l’idée de Linton et d’un homme du nom de Chuck Rifici, qui a long­­temps été le CFO du Parti libé­­ral cana­­dien. Il n’est pas évident de savoir auquel des deux revient le plus de mérite, mais leur idée semble être née après qu’ils ont entendu parler d’une possible réforme de la légis­­la­­tion du pays sur la marijuana médi­­cale. À l’époque, en juin 2013, Santé Canada a annoncé dans une tenta­­tive de moder­­ni­­ser le système qu’il allait priva­­ti­­ser le marché. Le minis­­tère offrait une poignée de licences aux Cana­­diens cher­­chant à démar­­rer leurs propres plan­­ta­­tions.

En décembre 2013, MABH Onta­­rio Inc. – rebap­­ti­­sée Tweed Marijuana Inc. – employait cinq personnes et était au sommet de la pile des produc­­teurs atten­­dant leur licence pour commen­­cer la vente. Un mois plus tard, ils ont reçu le feu vert. Trois mois après, Tweed est devenu le premier produc­­teur de marijuana a être coté au TSX Venture Exchange. D’un jour à l’autre, sa valeur sur le marché a bondi jusqu’à 89 millions de dollars – ils n’avaient pas encore vendu un seul gramme. 17 mois plus tard, ils comp­­taient 6 000 clients, avaient avalé un de leurs plus sérieux concur­­rents – la société de marijuana médi­­cale Bedro­­can, qui opère dans l’usine de Scar­­bo­­rough – et adopté son nom actuel : Canopy Growth.

La Ferme

La Ferme, comme l’ap­­pelle Linton, est une serre de plus de 100 000 m² située à Niagara-on-the-Lake, à une dizaine de minutes de la fron­­tière étasu­­nienne. Quand Linton et son entre­­prise l’ont ache­­tée en juin 2014, ce n’était qu’un bâti­­ment de verre désert dont le sol servait aupa­­ra­­vant à la culture d’au­­ber­­gines. À présent, il s’agit de la plus grande usine de marijuana du monde. Elle fonc­­tion­­nait à 20 % de sa capa­­cité en 2015, mais ils l’ont ensuite réagen­­cée en prévi­­sion d’une récolte totale cet été. Linton a ordonné que la serre toute entière serve à la culture du canna­­bis pour s’as­­su­­rer que la centaine d’em­­ployés travaillant à la Ferme étaient suffi­­sam­­ment nombreux pour gérer la produc­­tion. Sa direc­­tive est tombée après une décla­­ra­­tion de la ministre de la Santé cana­­dienne Jane Phil­­pott le 20 avril dernier. Elle a pris la parole durant l’As­­sem­­blée géné­­rale des Nations Unies à New York et promis de léga­­li­­ser la marijuana au Canada d’ici le prin­­temps 2017. Main­­te­­nant que la léga­­li­­sa­­tion du marché récréa­­tif a une date butoir, Linton pense qu’il est crucial que Canopy Growth fonc­­tionne au maxi­­mum de sa capa­­cité actuelle et produise 15 500 kilos de têtes par an. Mais, s’ils veulent main­­te­­nir leurs 27 % de parts du marché médi­­cal cana­­dien, actuel­­le­­ment évalué à 100 millions de dollars, l’en­­tre­­prise devra acqué­­rir plus d’es­­pace pour ses cultures et s’ap­­pro­­prier une part équi­­va­­lente du marché récréa­­tion­­nel estimé pour le moment à 10 milliards de dollars.

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Le siège de l’en­­tre­­prise
Crédits : Tweed

Linton gare le Char­­ger devant ce qui ressemble à une grange en acier – il s’agit en réalité d’un bureau en open space construit sur le côté de la serre. « Je vais vous faire la même visite que quand je reçois un inves­­tis­­seur », dit-il. Il enfile ensuite une blouse avant de me tendre deux char­­lottes – une pour mes cheveux, une pour ma barbe. Il presse son pouce contre un scan­­ner biomé­­trique et déver­­rouille la porte de la serre immense. « Si vous regar­­dez atten­­ti­­ve­­ment d’un bout à l’autre », dit-il en plai­­san­­tant alors que j’ob­­serve les bota­­nistes et les biote­ch­­ni­­ciens qui s’af­­fairent au loin, « vous pouvez aper­­ce­­voir la cour­­bure de la Terre. » Propor­­tion­­nel­­le­­ment à ses dimen­­sions, la serre donne l’im­­pres­­sion d’être vidée de ses plants. Linton ouvre grand les bras et déclare : « D’ici la Fête du Canada, cet endroit sera rempli d’herbe. » Puis il s’avance jusqu’à un drap de plas­­tique blanc, tendu entre des tuyaux d’ir­­ri­­ga­­tion et une éten­­due de venti­­la­­teurs à haute puis­­sance. « Si nous reve­­nions ici dans quelques mois et que nous nous tenions exac­­te­­ment où nous sommes aujourd’­­hui, vous ne pour­­riez plus me voir. » Il me révèle alors un autre aspect de son plan : « Nous allons faire pous­­ser des plants de marijuana expé­­ri­­men­­taux », dit-il, expliquant que l’idée lui a été souf­­flée par un spécia­­liste de la propa­­ga­­tion de culture tissu­­laire engagé par la compa­­gnie. « Avec des troncs épais, dans des pots de 170 L. Ils vont ressem­­bler à des chênes. Personne, à notre connais­­sance, n’a jamais essayé de voir jusqu’où il était possible de faire pous­­ser ces choses. » Peu après 11 heures, Linton jette un œil à son BlackBerry. « Il faut qu’on se remette en route », dit-il. Il a rendez-vous avec une grande entre­­prise phar­­ma­­ceu­­tique de Toronto et ne veut pas être en retard.

~

Je retrouve Linton quelques jours plus tard sur la mezza­­nine de sa choco­­la­­te­­rie recon­­ver­­tie à Smiths Falls, dans l’On­­ta­­rio, une petite ville située à une heure de route d’Ot­­tawa. Contrai­­re­­ment à la Ferme, où les plants de marijuana sont bercés par la lumière du soleil, ce qui pousse dans la seconde usine le fait sous lampes fluo­­res­­centes. L’usine sert de siège à l’en­­tre­­prise depuis août 2013, quand Rifici et Linton ont écarté les toiles d’arai­­gnées des portes d’en­­trée, chassé les rats de la machi­­ne­­rie et sauvé le bâti­­ment de la démo­­li­­tion. Des reliques aban­­don­­nées de son précé­dent proprié­­taire, Hershey’s, sont fière­­ment expo­­sées aux murs. Des publi­­ci­­tés vintage pour d’an­­tiques pastilles pour la toux et des galettes au beurre de caca­­huètes décorent les étagères char­­gées de vapo­­ri­­sa­­teurs haut de gamme et de bocaux de marijuana médi­­cale vides.

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Un des produits de Tweed
Crédits : Tweed

Il est un peu plus de midi et Linton est penché sur la liste de choses à faire qu’il a rédi­­gée sur un Post-it. La première tâche était d’im­­pri­­mer un devoir à la maison pour un de ses fils. Il se prépare à présent pour la tâche numéro quatre, « Audit de fraude avec Deloitte » et la cinquième, toute aussi intri­­gante, « Réunion avec les mecs du sexe du Colo­­rado ». Linton m’in­­vite à entrer dans son bureau, sur la porte duquel est affi­­chée une plaque « Mr. Wonka ». Il boit une gorgée d’eau à la bouteille et commence à compo­­ser un numéro sur son télé­­phone. Il est en ligne avec les proprié­­taires d’une société de fabri­­ca­­tion de sprays sexuels du Colo­­rado, qui se présentent comme les experts de l’ « aphro­­di­­siaque théra­­peu­­tique » au canna­­bis. Ils se construisent une niche en vendant « le premier lubri­­fiant person­­nel infusé à la marijuana, pour le plai­­sir de madame ». Une heure plus tard, Linton a fini de négo­­cier les contours d’un accord de licence qui lui permet­­tra de vendre la gamme de produits de l’en­­tre­­prise du Colo­­rado – qui inclut des suppo­­si­­toires suppo­­sés apai­­ser les douleurs mens­­truelles et boos­­ter le plai­­sir sexuel. Ni lui, ni eux ne savent encore à combien esti­­mer ce deal. Malgré tout, sexe et weed semble faire bon ménage – du moins dans l’es­­prit des Améri­­cains – et Linton veut sa part du gâteau au cas où ils auraient raison. Après avoir raccro­­ché, il se lève de sa chaise dans un sursaut d’éner­­gie nerveuse et lance : « C’est la partie la plus exci­­tante de tout ça ! » « Le spray sexuel ? » « Les gens commencent à peine à s’aper­­ce­­voir de tout ce qu’il est possible de faire avec ce produit. On ne se contente pas de faire pous­­ser de l’herbe. On cultive des canna­­bi­­noïdes. »

Il y a 211 ans, les scien­­ti­­fiques ont extrait pour la première fois la morphine de l’opium et ont commencé à l’em­­ployer pour des usages médi­­caux – un tour­­nant histo­­rique dont Linton est convaincu qu’il pour­­rait se répé­­ter avec la marijuana. « Qui fume encore de l’opium aujourd’­­hui ? » demande-t-il. Linton est persuadé que ses plan­­ta­­tions seront bien­­tôt utili­­sées comme une sorte d’opioïde léger, une alter­­na­­tive moins addic­­tive, moins dange­­reuse et en salva­­trice aux 20 millions de pres­­crip­­tions d’an­­ti­­dou­­leurs à base d’opioïdes émises au Canada chaque année.

La compré­­hen­­sion clinique du canna­­bis est encore limi­­tée.

Il ouvre une autre bouteille d’eau et barre deux tâches de sa liste. Il est déjà en retard pour son prochain appel, avec des admi­­nis­­tra­­teurs de fonds de Bay Street. Il veut être parte­­naire d’une grande entre­­prise et d’uni­­ver­­si­­tés cana­­diennes dans un labo­­ra­­toire scien­­ti­­fique indé­­pen­­dant, pour récol­­ter des données sur les effets de la marijuana. Ils enquê­­te­­ront sur les bien­­faits du canna­­bis sur les commo­­tions, et il voit déjà le labo­­ra­­toire produire des pilules canna­­bi­­noïdes pour aider les gens à dormir. « C’est la prochaine étape logique », dit-il. « Tout ce dont on a besoin, c’est de cinq millions de dollars pour commen­­cer. » Linton prépare quelque chose, et tout le monde en est conscient durant le call. Tous les argu­­ments en faveur des vertus médi­­cales de la marijuana sont basés sur des cas anec­­do­­tiques. Malgré cela, les méde­­cins la pres­­crivent déjà au Canada pour toutes sortes de choses, des douleurs chro­­niques à l’épi­­lep­­sie chez les enfants. La compré­­hen­­sion clinique du canna­­bis est encore limi­­tée, en grande partie parce que de nombreux pays consi­­dèrent encore qu’elle présente un fort risque d’abus et aucun usage médi­­cal reconnu. Même si un univer­­si­­taire cana­­dien faisait partie de l’équipe inter­­­na­­tio­­nale qui a établi la carto­­gra­­phie géné­­tique de la plante, la recherche la plus signi­­fi­­ca­­tive en la matière vient d’Is­­raël.

En 1963, un chimiste orga­­nique du nom de Raphael Mechou­­lam a examiné cinq kilos de haschisch maro­­cain saisi par la police. Il a inoculé chacun de ses compo­­sants chimiques à un groupe de singes agres­­sifs. Lorsque les singes ont commencé à se calmer, il a su qu’il venait de trou­­ver l’in­­gré­­dient psychoac­­tif qu’il recher­­chait depuis long­­temps. Un ingré­­dient appelé THC. https://www.youtube.com/watch?v=bOPOVj-Jwgg Mechou­­lam a isolé un autre canna­­bi­­noïde bien connu de son maté­­riau d’étude : le canna­­bi­­diol (CBD), un ingré­­dient non-psychoac­­tif qui semble avoir un plus grand poten­­tiel pour soula­­ger la douleur. Les études suivantes ont décou­­vert plus de 70 canna­­bi­­noïdes diffé­­rents dans l’herbe, dont chacun peut donner nais­­sance à une variété unique dont l’ap­­pa­­rence et l’odeur diffèrent beau­­coup les unes des autres. Chaque variété contient un degré diffé­rent de ces canna­­bi­­noïdes et affectent les êtres humains de diffé­­rentes façons. Les varié­­tés concen­­trées en CBD – les plus commu­­né­­ment produites à partir de la petite plante hirsute Canna­­bis indica – ont tendance à rendre le consom­­ma­­teur détendu et somnolent. Ces types de marijuana sont les plus couram­­ment pres­­crits pour leur vertu médi­­ci­­nale. Mais ce sont les varié­­tés concen­­trées en THC, qui viennent du Canna­­bis sativa, une plante bien plus grande, qui procurent les meilleurs trips – on se les procure géné­­ra­­le­­ment dans des rues mal fréquen­­tées. Pour Linton, la diffi­­culté réside dans le fait de vendre son produit à tous ceux qui veulent juste se relaxer avec du canna­­bis, sans compro­­mettre la crédi­­bi­­lité médi­­cale de l’en­­tre­­prise. Pour y parve­­nir, il a décidé de sépa­­rer les deux acti­­vi­­tés. La partie médi­­cale revient à la charge de Bedro­­can, les produc­­teurs de canna­­bis médi­­cale. Il a laissé la partie récréa­­tive à un avocat de Cambridge qui connaît assez bien Snoop Dogg pour savoir qu’on ne l’ap­­pelle jamais par son nom de nais­­sance.

LISEZ ICI LA SUITE DE L’HISTOIRE

COMMENT CANOPY GROWTH EST DEVENU LE PLUS GROS PRODUCTEUR DE WEED DU MONDE

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Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « The Big Smoke », paru dans The Walrus. Couver­­ture : Dans le labo­­ra­­toire de Tweed. (Tweed)


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