par Brin-Jonathan Butler | 0 min | 28 novembre 2014

C’est comme si Charles Dickens et George Orwell avaient écrit à quatre mains le person­­nage d’El Duque, le rôle qu’il a joué dans le Cuba de Fidel Castro, et son long chemi­­ne­­ment vers la gloire sur une île mena­­cée d’im­­plo­­sion socio­­po­­li­­tique, située à quelques 140 kilo­­mètres au large des côtes améri­­caines. Au milieu des années 1990, l’ef­­fon­­dre­­ment de l’Union sovié­­tique et l’ar­­rêt soudain de ses subven­­tions au gouver­­ne­­ment cubain préci­­pi­­tèrent dans l’abîme l’éco­­no­­mie de l’État des Caraïbes.

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El Pala­­tino
Cien­­fue­­gos, Cuba, 1990
Crédits

Ces terribles épreuves donnèrent lieu à ce que Fidel Castro nomma une « période spéciale en temps de paix », gangre­­nant chaque aspect de la vie quoti­­dienne du peuple cubain, excep­­tés, comme se plai­­sait à l’af­­fir­­mer Castro, son enga­­ge­­ment et sa déter­­mi­­na­­tion indé­­fec­­tibles envers la cause révo­­lu­­tion­­naire. D’in­­sup­­por­­tables pénu­­ries d’éner­­gie entraî­­naient des coupures de courant sur tout le terri­­toire. La nour­­ri­­ture se faisait rare et il fut bien­­tôt quasi­­ment impos­­sible de trou­­ver de l’es­­sence sur l’île. Selon certaines esti­­ma­­tions, l’éco­­no­­mie du marché noir éclip­­sait alors l’éco­­no­­mie offi­­cielle. On pouvait passer des années en prison pour avoir été pris en posses­­sion d’une poignée de dollars améri­­cains.

Le base­­ball – et pas n’im­­porte quel base­­ball, consti­­tuait une soupape dans cette lutte quoti­­dienne infer­­nale. La sélec­­tion natio­­nale cubaine n’avait pas perdu de match depuis 1987 (elle prolon­­gea une incroyable série de 152 victoires consé­­cu­­tives). Quand ses joueurs n’étaient pas en voyage aux quatre coins du monde pour rame­­ner l’Or de toutes les compé­­ti­­tions inter­­­na­­tio­­nales, des Jeux panamé­­ri­­cains aux Jeux olym­­piques, les Cubains pouvaient assis­­ter gratui­­te­­ment aux matchs de l’équipe natio­­nale, aussi souvent qu’ils le dési­­raient. Il n’y avait ni loges luxueuses, ni publi­­cité (mis à part les slogans gouver­­ne­­men­­taux), ni parking y compris dans des stades pouvant accueillir 50 000 spec­­ta­­teurs. Au plus fort de sa décrois­­sance écono­­mique, le lanceur Orlando « El Duque » Hernán­­dez était en 1996 l’un des meilleurs ambas­­sa­­deurs de l’Âge d’or du base­­ball cubain.

L’en­­fant de La Havane

Même si sa date de nais­­sance fait l’objet de discus­­sions, Orlando Hernán­­dez Pedroso est incon­­tes­­ta­­ble­­ment un enfant de la révo­­lu­­tion. D’après les données les plus fiables dont nous dispo­­sons (son passe­­port, un juge­­ment de divorce, sa carte de base­­ball cubaine), Orlando est né le 11 octobre 1965, moins de sept ans après l’ac­­ces­­sion au pouvoir de Fidel. S’il n’a jamais connu la vie avant le commu­­nisme,  il n’a pas été victime des excès cruels de la révo­­lu­­tion et a plutôt grandi en béné­­fi­­ciant de ces réus­­sites.

Brillant jeune homme issu d’un foyer rela­­ti­­ve­­ment pauvre (au sein duquel son débau­­ché de père ne se montrait que par inter­­­mit­­tence), Orlando avait été parfai­­te­­ment instruit grâce au système d’édu­­ca­­tion gratuite né de la légen­­daire campagne d’al­­pha­­bé­­ti­­sa­­tion cubaine. Et tandis que son père s’était vu inter­­­dire de jouer au base­­ball au sein de la Ligue amateur en raison de son appar­­te­­nance ethnique, la couleur de peau d’Or­­lando n’a jamais été un obstacle dans son parcours.

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Esta­­dio Lati­­noa­­me­­ri­­cano
La Havane, années 1990
Crédits

À l’in­­té­­rieur comme à l’ex­­té­­rieur de Cuba, Fidel Castro faisait du sport,un symbole des exploits révo­­lu­­tion­­naires, et l’uti­­li­­sait  dans sa guerre contre les États-Unis. Non seule­­ment l’élite des athlètes cubains se devait de battre les Améri­­cains sur le terrain, mais il leur fallait égale­­ment appor­­ter leur aide dans la bataille média­­tique que Cuba livrait contre le capi­­ta­­lisme. Enfant, Orlando avait été un spec­­ta­­teur ébahi des trois médailles d’or olym­­piques rempor­­tées en 1972, 1976 et 1980 par le boxeur Teófilo Steven­­son, et de son refus obstiné – et très média­­tisé – des sommes qui lui étaient offertes pour combattre des profes­­sion­­nels de la trempe de Moha­­med Ali : « Qu’est-ce qu’un million de dollars face à l’amour de huit millions de personnes ? »

Aux côtés de coéqui­­piers célèbres comme Omar Linares et Germán Mesa, El Duque  s’est vu assi­­gné un rôle du même ordre, l’ath­­lète et l’hu­­main ne faisant qu’un pour symbo­­li­­ser le succès du béis­­bol et de la révo­­lu­­tion. Il portait même le nombre 26, omni­­pré­sent sur l’île en raison de sa signi­­fi­­ca­­tion poli­­tique. Plus tard, Hernán­­dez a expliqué qu’il l’avait simple­­ment hérité de son père (tout comme son surnom), mais pour beau­­coup, il était le signe de sa loyauté envers le Mouve­­ment du 26-Juillet (connu sous l’acro­­nyme M-26–7), l’or­­ga­­ni­­sa­­tion formée par Castro et Che Guevara qui avait conduit la révo­­lu­­tion cubaine.

Pendant dix saisons, 246 matches et 1 514 manches, El Duque a joué lanceur pour les Indus­­triales de La Havane, les Yankees du base­­ball cubain, établis­­sant le record histo­­rique de la ligue avec un pour­­cen­­tage de victoires de 72,8 %. Durant toutes ces années, les agents profes­­sion­­nels et autres déni­­cheurs de talents venus des États-Unis n’en finis­­saient plus de sali­­ver. Lors des compé­­tions inter­­­na­­tio­­nales, ils suivaient l’équipe cubaine comme son ombre, mus par l’es­­poir d’at­­ti­­rer un de ces talen­­tueux athlètes en leur promet­­tant une vie plus lucra­­tive en Amérique du Nord. Ils ont rapi­­de­­ment iden­­ti­­fié El Duque comme le meilleur joueur de l’équipe, celui qui réus­­si­­rait la plus belle carrière au sein de la Ligue majeure améri­­caine. Cepen­­dant, en-dehors de l’île, El Duque avait la répu­­ta­­tion d’être un fervent défen­­seur du régime, un homme inca­­pable de lais­­ser derrière lui femme et enfants pour s’élan­­cer vers la gloire et la fortune.

« Il a quitté Cuba à cause d’une télé­­vi­­sion. » — El Duque, à propos de son frère Liván

Les tenta­­tions écono­­miques étaient pour­­tant fortes. Au pic de sa carrière cubaine, El Duque empo­­chait un salaire mensuel de 8,75 dollars en lançant pour Indus­­triales, soit 105 dollars par an. Malgré les privi­­lèges accor­­dés aux athlètes de haut niveau pendant la « période spéciale », il avait besoin de travailler à côté de son acti­­vité de joueur profes­­sion­­nel, pour surve­­nir aux besoins vitaux de sa famille tels que la viande, les vête­­ments ou le papier hygié­­nique. Au même moment, dans un pays à 140 kilo­­mètres plus au nord, le lanceur Kevin Brown pouvait signer un contrat d’une valeur de 105 millions de dollars (ce qu’il a fait en 1998 avec les Dodgers de Los Angeles).

Quand les jour­­na­­listes étran­­gers lui ont demandé pourquoi il était resté sur l’île, la déter­­mi­­na­­tion du Duque n’a jamais paru faiblir : « Je sais que le mot le plus beau du monde est “argent”. Mais je crois que des mots tels que “loyauté” et “patrio­­tisme” le sont tout autant. »

Le plan de Joe Cubas

Septembre 1995. Un appel en PCV arrive à Monter­­rey, au nord du Mexique :

« — Gordo, je suis prêt, chuchote une voix à l’oreille de Joe Cubas. Je veux partir. — Bien, quand as-tu pris ta déci­­sion ? demande Cubas. — Elle est prise depuis long­­temps », répond Liván Hernán­­dez.

Le Time écrira plus tard à propos de Joe Cubas : « Son surnom est El Gordo – le Gros , il est à la fois un agent et une méta­­phore. » Cet appel d’Hernán­­dez a lancé la machine. Cubas avait ce rêve fou qui, pour beau­­coup, n’était qu’une illu­­sion. Rien dans les règles ne lui inter­­­di­­sait d’ai­­der des joueurs de l’élite du base­­ball cubain à fuir le pays. Et à présent, il était tout proche de toucher le gros lot.

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Joe Cubas et El Duque
États-Unis, 1998
Crédits : Kent Gilbert

Liván Hernán­­dez était de neuf ans plus jeune que son demi-frère Orlando. Bien qu’ayant le même père, ils ne s’étaient jamais rencon­­trés avant que Liván ait eu 10 ans. Si Orlando a travaillé pour le deve­­nir ce génie sur le terrain, Liván, lui, était un joueur né. Il avait grandi sur l’Isla de la Juven­­tud, l’Île de la Jeunesse, à 80 kilo­­mètres au sud des côtes cubaines – où Fidel Castro avait été empri­­sonné en 1953, après la première tenta­­tive avor­­tée de révo­­lu­­tion (à cause de laquelle l’île avait gagné le surnom de « Sibé­­rie tropi­­cale »). Liván avait beau être un athlète supé­­rieur à Orlando, il lui manquait la dévo­­tion et le carac­­tère de son demi-frère. Liván courait les femmes, buvait et excel­­lait au base­­ball sans trop s’inquié­­ter de déve­­lop­­per son immense poten­­tiel. Il n’avait même pas 20 ans lorsqu’il avait inté­­gré l’équipe natio­­nale. Pour les jour­­na­­listes spor­­tifs cubains, El Duque aurait adoré avoir la balle rapide de Liván.

Joe Cubas a rencon­­tré Liván Hernán­­dez pour la première fois au Vene­­zuela en 1994. À l’époque, Liván vivait avec sa mère et sa sœur dans un appar­­te­­ment exigu au cinquième étage d’un immeuble vétuste. Il se rendait au terrain de base­­ball en enfour­­chant sa bicy­­clette chinoise rouillée, et gagnait 6 dollars par mois. El Gordo l’a assuré que des millions de dollars l’at­­ten­­daient aux États-Unis. Malgré cette offre allé­­chante, l’éva­­sion de Liván n’a réel­­le­­ment été mise en œuvre qu’une fois sa télé­­vi­­sion tombée en panne.

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Attendre occupe une place si impor­­tante dans la vie du peuple cubain qu’on a coutume de dire que si quelqu’un se tient immo­­bile n’im­­porte où à La Havane, une queue se formera immanqua­­ble­­ment derrière lui. Liván, lui, atten­­dait qu’un appa­­rat­­chik du parti daigne tenir la promesse qui lui avait faite de répa­­rer sa télé­­vi­­sion. Ce n’est jamais arrivé. Lors d’une rencontre avec le lanceur durant un tour­­noi au Japon, Cubas a réussi là où le gouver­­ne­­ment avait échoué, en offrant un nouveau télé­­vi­­seur à Liván  Après cela, Liván a informé son père, Arnaldo, qu’il était tenté de signer avec El Gordo. Plus tard, l’aîné des Hernán­­dez explique­­rait ainsi le geste de son frère cadet : « Il ne pouvait plus le suppor­­ter, tout simple­­ment. Il a quitté Cuba à cause d’une télé­­vi­­sion que cet idiot de président du parti lui avait promis et qui n’est jamais venue. »

Quand il a reçu l’ap­­pel en PCV de Liván, Cubas a sauté dans le premier avion en partance de Miami et réservé une chambre dans un Holi­­day Inn – l’hô­­tel le plus proche du stade de Monter­­rey, où l’équipe cubaine s’en­­traî­­nait pour la Coupe du monde de base­­ball de 1995. Cubas a contacté Liván via un complice, une Véné­­zué­­lienne blonde et sexy à qu’il avait confié un livre d’au­­to­­graphes qui conte­­nait une photo de lui et son numéro de télé­­phone, la char­­geant de le trans­­mettre à Liván. Au volant d’une voiture de loca­­tion, Cubas atten­­dait non loin. Après s’être assuré d’être vu par Liván, il démarra. Plus tard cette nuit-là, Liván a appelé Cubas pour la seconde fois.

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L’éva­­sion de Liván
Extrait du docu­­men­­taire Brothers in Exile, de Mario Diaz
Crédits : MLB Produc­­tions

Cubas conserve un souve­­nir précis de la nuit de l’éva­­sion de Liván : « Il faut vous imagi­­ner cette zone indus­­trielle. Une ruelle sombre, très sombre, dans laquelle s’est engouf­­fré Liván. Je pouvais le voir marcher, s’ap­­pro­­cher de plus en plus, et puis il a commencé à courir. » Liván gardait une autre image de cet instant crucial: « Je sais bien que les hommes ne sont pas censés pleu­­rer. Moi, j’ai pleuré. »

Liván a quitté préci­­pi­­tam­­ment l’hô­­tel de la sélec­­tion cubaine, il était si boule­­versé à l’idée de ne jamais revoir sa famille qu’il s’est quasi­­ment jeté au milieu de la circu­­la­­tion. Sous les yeux de Cubas, dans un cris­­se­­ment de pneus, une voiture a freiné bruta­­le­­ment pour éviter de tuer le joyau, alors que Liván, en sanglots, en était à peine conscient.

Liván n’était main­­te­­nant plus qu’à deux heures du sol améri­­cain. Le plan de Cubas était de l’em­­me­­ner en Répu­­blique Domi­­caine, d’où il pour­­rait propo­­ser le lanceur en tant que joueur dispo­­nible, avant de vendre ses services au plus offrant. Or, Liván s’est d’abord envolé pour Mexico City, afin de se rendre à l’am­­bas­­sade domi­­ni­­caine pour y obte­­nir un visa. L’af­­faire a capoté. Cubas a alors changé de cap en entraî­­nant Liván sur l’île de Marga­­rita, au Vene­­zuela, où il atten­­drait l’ap­­pro­­ba­­tion de son visa domi­­ni­­cain.

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Liván Hernán­­dez
Sous les couleurs des Colo­­rado Rockies
Crédits

Dans l’in­­ter­­valle, Cubas a passé un accord avec le géant Block­­bus­­ter Video et le proprié­­taire des Marlins de Floride, Wayne Huizenga. Le lanceur, qui gagnait 6 dollars par mois à Cuba (offi­­ciel­­le­­ment en tant qu’ « assis­­tant élec­­tri­­cien ») avait main­­te­­nant sur la table un contrat de plus de 4,5 millions de dollars sur quatre ans (avec des variables faisant grim­­per la somme aux envi­­rons de 6 millions de dollars).

Il ne s’est pas fallu long­­temps pour que Joe Cubas crie sur tous les toits qu’il aurait bien­­tôt besoin d’un auto­­bus au vu du nombre de trans­­fuges qu’il espé­­rait souti­­rer à la sélec­­tion cubaine lors des Jeux olym­­piques d’At­­lanta de 1996. Même si Cubas s’est imposé comme l’in­­ter­­lo­­cu­­teur incon­­tour­­nable aux yeux des joueurs cubains souhai­­tant quit­­ter le pays, il avait du mal à conser­­ver ses clients, car l’« entre­­prise huma­­ni­­taire » d’El Gordo leur coûtait cher. Quand les autres agents factu­­raient habi­­tuel­­le­­ment 4 ou 5 % de commis­­sion sur les salaires de leurs clients, Liván a révélé que non seule­­ment Cubas voulait en obte­­nir 25 %, compte tenu des risques qu’il avait pris, mais qu’il avait égale­­ment tenté de lui factu­­rer la tota­­lité des frais liés à son voyage pour les États-Unis.

Le bannis­­se­­ment

Les réper­­cus­­sions de la fuite de Liván Hernán­­dez ont été immé­­diates à Cuba : El Duque est devenu l’un des habi­­tants du pays les plus détes­­tés. Il a été écarté de la sélec­­tion cubaine qui rempor­­te­­rait l’Or aux Jeux olym­­piques d’At­­lanta en 1996. « Je ne sais pas pourquoi ils me font subir ça, décla­­rait alors El Duque. J’ai eu toutes les occa­­sions du monde de fuir mais je ne l’ai jamais fait… Je ne comprends pas pourquoi je dois payer pour les péchés de mon frère. »

Les premiers temps, Liván pouvait envoyer de l’argent à sa famille à Cuba pour allé­­ger le fardeau. Mais Liván et les Marlins n’ont pas tardé à rece­­voir une lettre du Dépar­­te­­ment du Trésor des États-Unis les infor­­mant que le joueur violait l’em­­bargo commer­­cial améri­­cain. Liván s’est alors tourné vers un trans­­por­­teur, Juan Igna­­cio, pour faire passer de l’argent sur l’île. Malgré les risques qu’im­­pliquait l’opé­­ra­­tion, Juan Igna­­cio s’est rendu les poches pleines à La Havane – où il a rapi­­de­­ment été arrêté, jugé et reconnu coupable. « L’ac­­cusé a profité sans scru­­pules de notre condi­­tion de nation sous-déve­­lop­­pée et sous blocus, a écrit le juge, mettant à mal la dignité et la loyauté de plusieurs de nos athlètes les plus célèbres. » Juan Igna­­cio a égale­­ment été arrêté en posses­­sion de permis de travail véné­­zué­­liens à desti­­na­­tion d’El Duque et d’autres joueurs cubains. Pour ses crimes, il a écopé de quinze ans de prison.

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« Message du Comman­­dant en Chef
Granmma, l’or­­gane offi­­ciel du comité central du Parti commu­­niste cubain
Crédits : Capi­­tol Hills Cubans

Le 29 octobre 1996, l’État cubain a infligé des sanc­­tions supplé­­men­­taires au Duque, le bannis­­sant à vie de toute acti­­vité liée au base­­ball. Il lui était même inter­­­dit d’en­­trer sur le moindre terrain du pays pour s’en­­traî­­ner. Le lende­­main, Granma, le quoti­­dien offi­­ciel de l’État, a publié un commu­­niqué en une de son jour­­nal quali­­fiant Orlando « El Duque » Hernán­­dez de mafieux, de crimi­­nel et de traître.

Quand la mère d’El Duque a lu le jour­­nal, elle a confié à l’une de ses amies : « L’un des mes fils est mort et main­­te­­nant, mon autre fils est mort-vivant. » (Arnaldo, le premier fils de Maria et frère aîné d’Or­­lando, est décédé d’une hémor­­ra­­gie céré­­brale suite à une rupture d’ané­­vrisme). Malgré que son nom soit connu aux quatre coins de Cuba, El Duque était désor­­mais systé­­ma­­tique­­ment effacé de l’his­­toire cubaine par l’État.

Son allo­­ca­­tion mensuelle a été réduite de 271 pesos cubains – 9 dollars – à 148. Ses onze ans de mariage de onze ans n’ont pas résisté. Il a emmé­­nagé avec sa nouvelle petite amie dans une bicoque en parpaings gris dépour­­vue de fenêtres. Il était seule­­ment auto­­risé à travailler dans un hôpi­­tal psychia­­trique de La Havane, où il passait la majeure partie de son temps à s’as­­seoir sous un arbre pour regar­­der errer les malades mentaux. Il fumait ciga­­rette sur ciga­­rette et distri­­buait des snacks.

Pour­­tant étiqueté traître et crimi­­nel, El Duque était un marthyr au yeux du peuple cubain, ce qui surpris le gouver­­ne­­ment. Alors que le gouver­­ne­­ment cubain s’ef­­forçait de bâtir une vie de cauche­­mar autour de l’aîné des Hernán­­dez, son jeune frère accé­­dait au firma­­ment grâce au rêve améri­­cain. Alors qu’El Duque animait des séances de remise en forme pour les patients de l’hô­­pi­­tal psychia­­trique dans une cour de béton, Liván vivait dans un luxueux appar­­te­­ment de Miami Beach, et s’ache­­tait régu­­liè­­re­­ment de nouvelles voitures.

Au début, ses allées et venues répé­­tées devant les fenêtres des McDrive ont failli ruiner la carrière du cadet Hernán­­dez – il avait pris beau­­coup de poids et avait perdu sa légen­­daire balle rapide. Mais dès l’été 1997, Liván a repris sa vie en main et s’est révélé comme l’une des plus grandes stars du base­­ball. Il a remporté ses neuf premiers matches après avoir été appelé pour jouer les ligues majeures. Lors du cinquième match crucial du cham­­pion­­nat de la Ligue natio­­nale, Liván rempor­­te­­rait son duel avec Greg Maddux pour établir un nouveau record, avec 15 retraits au bâton. Liván vain­­crait ensuite les Indians de Cleve­­land lors des matches 1 et 5 de la Série mondiale. Et lorsque les Marlins ont remporté le match 7 en onze manches, il s’est vu décer­­ner le trophée de Meilleur joueur. À travers le rideau de larmes de chagrin et de joie qui déva­­lait ses joues, El Duque a vu son frère se mettre à genoux sur l’écran de sa télé­­vi­­sion de sa cabane, puis frap­­per son torse et crier : « Miami, je t’aime ! » C’en était trop pour El Duque. Il ne souhai­­tait plus qu’une chose : rencon­­trer Joe Cubas.

Le problème, c’est que Cubas n’en avait aucune envie. Liván l’avait aban­­donné pour un autre agent (qui repré­­sen­­tait égale­­ment José Canseco) peu après sa signa­­ture avec les Marlins, et El Gordo en gardait une rancune féroce. « Dis au Duque qu’il peut aller se faire foutre, a répondu Cubas. Il me baisera comme son frère l’a fait avant lui. Laisse-le donc se noyer. »

« Tu ne joue­­ras plus jamais au base­­ball », lui a promis un membre du gouver­­ne­­ment.

Alors qu’El Duque touchait le fond, son grand-oncle, Ocilio « Tio » Cruz, qui vivait à Miami, a pris sous sa respon­­sa­­bi­­lité d’or­­ches­­trer l’éva­­sion. Tio avait lui-même été prison­­nier poli­­tique à Cuba. Sa jeunesse avait été gâchée par une condam­­na­­tion à quinze ans de réclu­­sion, avant de rejoindre Miami pendant le gigan­­tesque exode de Mariel de 1980. Tio était déter­­miné à sauver El Duque d’un sort simi­­laire. Même avant la fuite de Liván, Tio avait imploré El Duque de quit­­ter l’île. « Mon plus grand rêve est de te voir jouer dans les Ligues majeures, disait-il à son petit-neveu. Tu as les quali­­tés, mon garçon, tu peux gagner des millions. » Après que Liván a fait le grand saut, Tio a insisté davan­­tage. « Ils ne te lais­­se­­ront pas quit­­ter Cuba.» À présent, il avait toute l’at­­ten­­tion du Duque. Ils allaient prépa­­rer son évasion par bateau.

En prenant garde de contour­­ner la surveillance de l’île, qui avait encore gagné en inten­­sité, El Duque a dégoté le nom d’un passeur de Miami et a demandé à son oncle d’al­­ler le trou­­ver. Cette tenta­­tive s’est soldée par un échec, et El Duque a alors conçu un nouveau plan. Il loue­­rait un bateau à Cuba avant de rejoindre les eaux inter­­­na­­tio­­nales, pour embarquer ensuite à bord d’une autre embar­­ca­­tion en prove­­nance de Floride, qui le trans­­por­­te­­rait jusqu’à Miami. Pour faci­­li­­ter l’opé­­ra­­tion, Tio s’est mis à travailler avec un indi­­vidu connu sous le nom d’ « El Argen­­tino ». Le rôle d’El Argen­­tino a été de faire l’in­­ter­­mé­­diaire entre Miami et La Havane, déli­­vrant des messages et de l’argent avant l’éva­­sion.

Seule­­ment quelques semaines plus tard, en décembre 1997, le ministre de l’In­­té­­rieur a convoqué El Duque dans ses quar­­tiers géné­­raux. Il y a été informé que le gouver­­ne­­ment était au courant de ses projets d’éva­­sion, et il lui a été offi­­ciel­­le­­ment inter­­­dit de péné­­trer dans la province de Santa Clara, l’en­­droit le plus appro­­prié pour quit­­ter l’île.

« Tu ne joue­­ras plus jamais au base­­ball », lui a promis un membre du gouver­­ne­­ment. Il a ensuite été prévenu qu’il serait si étroi­­te­­ment surveillé qu’il aurait l’im­­pres­­sion que l’île « mesu­­rait la taille d’une pièce d’un centime ».

« Je rejoue­­rai au base­­ball avant de mourir, a répliqué El Duque. Même si je dois aller jouer à Haïti pour ça. »

Alors que la vie d’El Duque au sein de la société cubaine bascu­­lait entre l’inexis­­tence la plus totale et la claus­­tro­­pho­­bie la plus extrême, El Argen­­tino est arrivé à La Havane avec les 4 000 dollars de Tio.

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La Havane
Une ruelle des vieux quar­­tiers
Crédits : Mikel Ortega

L’éva­­sion

Les Cubains ont toujours été hantés par la mer. La distance qui sépare Key West de La Havane est de 170 kilo­­mètres, et pour­­rait bien consti­­tuer le plus grand cime­­tière sur Terre. L’en­­droit est truffé de dangers mortels : la force du Gulf Stream, une météo incroya­­ble­­ment instable et, bien évidem­­ment, les requins. Les esti­­ma­­tions varient, mais près de 30 % de ceux qui ont essayé de traver­­ser ces eaux ont péri. À la lumière de tout cela, les vagues qui viennent se briser sur la côte cubaine ont long­­temps été vues comme les barreaux d’une prison autant que comme une porte vers la liberté.

Fina­­le­­ment, le jour parfait qu’El Duque est arrivé. Après près de trente années d’in­­ter­­dic­­tion au sein de l’État, Noël a été réta­­bli, un bon geste de Fidel Castro qui anti­­ci­­pait la visite du Pape. Alors qu’El Coman­­dante avait trouvé au fond de son cœur la force de pardon­­ner au Père Noël, il n’y est pas parvenu pour le lanceur le plus brillant de la révo­­lu­­tion.

Ils ont passé en revue leurs provi­­sions : des ciga­­rettes, deux conserves de viande, 4,5 kilos de sucre et plusieurs litres d’eau potable.

Le soir de Noël, El Duque assis­­tait à un mariage avec sa nouvelle petite amie, Norita. Les invi­­tés se souviennent que le couple se compor­­tait natu­­rel­­le­­ment, et qu’ils avaient quitté la fête sur les coups de 19 h. Après la tombée de la nuit, le couple a rejoint quatre autres futurs trans­­fuges (parmi lesquels deux joueurs de base­­ball moins connus). Ils ont pris l’au­­to­­route jusqu’à Caiba­­rién, un paisible village de pêcheurs à cinq heures de route à l’est de La Havane. Là-bas, ils sont allés à la rencontre du capi­­taine Juan Carlos Romero et de sa femme Geidy (qui partaient eux aussi défi­­ni­­ti­­ve­­ment), ainsi que deux autres compa­­gnons d’équi­­page, à qui il incom­­bait de rame­­ner le bateau. Au fil des années, Caiba­­rién est deve­­nue une Mecque pour les marins cher­­chant à prendre leurs destins entre leurs mains pour traver­­ser le détroit.

Au crépus­­cule, les rues étaient désertes. Le point de départ de l’épo­­pée était Conuco Cay, aux portes de la ville. Il arri­­vait que des gens s’y installent pour camper, mais il n’y avait personne lorsque sont arri­­vés El Duque et ses compa­­gnons, rien d’autre que des palmiers et de l’herbe épaisse jusqu’à la plage. S’ils sont parve­­nus à rouler jusqu’au bord de la côte, ils ont dû tous entrer dans l’eau pour gagner le bateau. Lorsque l’un d’entre eux a exprimé des doutes sur leur esca­­pade, Norita l’a inter­­­rompu : « Mieux vaut se noyer plutôt que de faire demi-tour. »

Dans le meilleur des cas, la première partie de leur voyage dure­­rait dix heures. S’ils étaient repé­­rés, ils préten­­draient être en voyage de pêche. En aper­­ce­­vant un bateau des garde-côtes cubains, l’équi­­page leur a dit cher­­cher des zones de pêche. Après avoir fait semblant de pêcher pendant une heure, Juan Carlos a mis le cap vers les Baha­­mas.

Juste après Caiba­­rién, se trouve l’ar­­chi­­pel de Sabana, un chape­­let d’îles barrant l’en­­trée de la pleine mer. Juan Carlos avait choisi d’em­­prun­­ter un étroit canal s’éti­­rant entre les îles, mais à cause de la marée basse, le bateau a touché le fond et y est resté coincé. Il a fallu que le capi­­taine saute à l’eau pour libé­­rer la coque avant que le bateau ne puisse navi­­guer libre­­ment au-delà de l’ar­­chi­­pel et passer la limite inter­­­na­­tio­­nale cruciale de vingt kilo­­mètres. Ils se sont diri­­gés par beau temps vers le nord, loin des eaux cubaines, à une vitesse de 7 nœuds.

Jusqu’ici, El Duque était resté caché sur le sol bouillant de la cabine, étendu avec les autres trans­­fuges pendant plus de quatre heures. Ils souf­­fraient d’un mal de mer terrible. Lorsque Juan Carlos leur a donné le feu vert, ils se sont tous penchés par-dessus bord pour vomir. Selon le plan, El Argen­­tino devait retrou­­ver le bateau d’El Duque à 17 h, entre le Canal de Santa­­ren et celui de Nicho­­las, non loin de l’île baha­­mienne inha­­bi­­tée d’An­­guilla Cay.

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La première étape de l’éva­­sion
Anguilla Cay, Baha­­mas
Crédits : Google

De là-bas, Miami n’était qu’à 112 kilo­­mètres. Un par un, les huit passa­­gers clan­­des­­tins ont quitté le bateau et pataugé jusqu’à la côte d’An­­guilla Cay. Les deux marins complices devaient rame­­ner le bateau à Cuba avant la tombée de la nuit pour éviter tout soupçon. Lorsque ceux qui avaient rejoints la plage ont vu l’em­­bar­­ca­­tion de pêche dispa­­raître douce­­ment dans le loin­­tain, ils ont passé en revue leurs provi­­sions : des ciga­­rettes, deux conserves de viande, 4,5 kilos de sucre et plusieurs litres d’eau potable. Aucun d’eux n’ima­­gi­­nait alors que le bateau d’El Argen­­tino n’était pas en approche, mais encore qu’il n’avait pas quitté Miami.

Les naufra­­gés d’An­­guilla Cay

Plus tard, il y aurait des dizaines de versions de la légen­­daire évasion d’El Duque. Les mythes conte­­naient tous leur lot de détails sensa­­tion­­nels. Des requins l’en­­cer­­clèrent et rongèrent son radeau. Le bateau prit l’eau, juste après son départ de Cuba et manqua de couler au terme de la traver­­sée de dix heures. Des tempêtes bibliques se déchaî­­nèrent, l’océan rugit et s’éleva par-dessus le bord. El Duque ne parvint à réchap­­per d’une mort certaine que lorsqu’il s’em­­pa­­rât d’une rame de fortune pour s’élan­­cer vers la liberté hors des eaux cubaines. George Stein­­bren­­ner, le proprié­­taire des Yankees, affir­­me­­rait même qu’El Duque avait quitté l’île « dans une baignoire ». Toutes ces histoires n’ont fait qu’exa­­gé­­rer le mythe d’El Duque (et vendre beau­­coup de jour­­naux).

En réalité, le bateau de l’éva­­sion, une embar­­ca­­tion de 9 mètres de long équi­­pée d’un moteur diesel, est parvenu sans encombres à faire la route de Miami à Cuba, en plusieurs occa­­sions. Ce n’est qu’à Anguilla Cay que les diffi­­cul­­tés d’El Duque pour échap­­per à l’em­­prise de Castro allaient deve­­nir un véri­­table calvaire.

Alors qu’ap­­pro­­chait la tombée de la nuit, le groupe aban­­donné sur la plage n’avait qu’un moyen de détec­­ter le bateau supposé les secou­­rir : un appa­­reil photo 35 mm bon marché muni d’un flash inté­­gré. Ils scru­­taient l’obs­­cu­­rité en direc­­tion de chaque son avant de crier « Par ici ! Par ici ! », et déclen­­chaient alors le flash, n’illu­­mi­­nant que la mer. Ils atten­­daient ensuite le prochain bruit fantôme pour se remettre à crier.

Au matin, El Duque et les autres ont pris toute la mesure de leur soli­­tude.

La scène s’est répé­­tée durant des heures jusqu’à ce que, peu après minuit, le ciel jusqu’ici clair et constellé d’étoiles ne s’as­­som­­brisse et qu’il pleuve. Le flash de l’ap­­pa­­reil photo se déclen­­chait à présent de plus en plus fréquem­­ment, mu par l’ur­­gence et le déses­­poir. « Nous allons avoir besoin de cet appa­­reil photo, a averti El Duque. Tu vas le casser si tu conti­­nues d’uti­­li­­ser autant le flash. » Cepen­­dant, chacun pensait que le bateau devait être quelque part là-dehors, et ils ont conti­­nué à mitrailler les ténèbres. Flash. Flash. Flash. La pluie battante semblait éclai­­rée par des stro­­bo­­scopes. « Nous étions bloqués sur une putain d’île. Je tenais seule­­ment à ce que quelqu’un puisse nous voir », confie­­rait plus tard l’homme qui tenait l’ap­­pa­­reil.

Flash. Flash. Flash.

Avant qu’El Duque ne puisse réité­­rer sa mise en garde, l’ap­­pa­­reil trempé par la pluie a échappé des mains de l’homme. Il est tombé  bruta­­le­­ment sur le sable humide.

« Nous étions foutus », a reconnu plus tard un autre trans­­fuge aban­­donné. « Il était tout mouillé. Il était cassé et plein de sable. L’ap­­pa­­reil était foutu et nous étions complè­­te­­ment foutus. »

« Sale mange-merde ! a rugi El Duque. Regarde ce que tu as fait ! Main­­te­­nant, il ne nous verrons pas ! »

Tour à tour, ils ont essayé de ressus­­ci­­ter l’ap­­pa­­reil photo, mais en vain. Il n’y avait rien d’autre à dispo­­si­­tion pour signa­­ler leur posi­­tion dans la nuit, rien pour indiquer la présence de personnes en détresse. Après avoir dépensé toute leur éner­­gie en cris et en récri­­mi­­na­­tions, le groupe effrayé et épuisé se regar­­dait en chiens de faïence dans l’obs­­cu­­rité avant de fina­­le­­ment s’as­­sou­­pir, un par un, sur la plage d’An­­guilla Cay.

~

Au matin, El Duque et les autres ont pris toute la mesure de leur soli­­tude. Sur plusieurs kilo­­mètres, il n’y avait rien d’autre que l’océan. L’eau sucrée et les conserves ont été parta­­gées au sein du groupe. Il n’y avait rien d’autre à faire que d’at­­tendre ou d’ex­­plo­­rer la côte. Bien­­tôt, ils ont décou­­vert un cime­­tière de barques : des cierges, des moteurs de bateau et des épaves. Plus tard, ils trou­­ve­­raient des bâches délais­­sées pour s’as­­seoir, un peu de bois sec ainsi qu’une cuisi­­nière à char­­bon et des tentes pour s’abri­­ter en cas de pluie.

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Cette île minus­­cule n’est pas Anguilla Cay
Anguilla se situe en bas à droite de l’image
Crédits : NASA

El Duque a utilisé son briquet et un peu de bois sec trempé d’es­­sence pour allu­­mer le premier feu. Les autres ont mis la main sur des casse­­roles et des poêles, mais ils n’avaient rien à cuisi­­ner. Les jours suivants, la seule nour­­ri­­ture qu’ils ont décou­­vert pour complé­­ter leurs provi­­sions s’ame­­nui­­sant rapi­­de­­ment était des conques, que les hommes avaient extir­­pées de leurs coquillages et mises à bouillir dans l’eau de mer (une idée que les femmes réprou­­vaient).

Personne n’a jamais décou­­vert la vérité sur ce qu’il est advenu du bateau que Tio avait loué pour retrou­­ver El Duque et les autres. (Tio et El Argen­­tino ont toujours refusé d’évoquer les détails).

Ce que l’on sait en revanche, c’est qu’à Miami, Tio s’est rapi­­de­­ment tourné vers un groupe d’exi­­lés cubains connu sous le nom des Brothers to the Rescue (les « Frères à la Rescousse »), qui envoyait de petits avions survo­­ler le détroit de Floride pour loca­­li­­ser les marins en déroute. En réalité, leurs avions avaient déjà survolé Anguilla Cay à plusieurs reprises, mais les naufra­­gés étaient terri­­fiés à l’idée d’être vus par des garde-côtes améri­­cains, qui renvoyaient les trans­­fuges à Cuba. Les pilotes étaient donc retour­­nés à Miami, igno­­rant qu’El Duque et les autres étaient tapis sous des palmiers.

Peu après, El Duque a allumé un feu de camp sur la plage et a réuni le groupe afin de leur faire part d’un plan. Il a suggéré à tout le monde de rema­­nier la version du récit de leur arri­­vée sur Anguilla Cay afin de proté­­ger leurs cama­­rades et tous ceux qui les avaient aidés à Cuba. El Duque a égale­­ment conseillé aux joueurs de base­­ball du groupe de jeter leurs docu­­ments d’iden­­tité au feu pour, au cas où ils seraient secou­­rus, pouvoir mentir sur leur âge et avoir ainsi plus de chances de rejoindre une équipe de la Ligue majeure. Tout le monde a approuvé le plan et El Duque a alors jeté la tota­­lité de ses docu­­ments d’iden­­tité dans les flammes, avant de marcher, seul, le long de la plage en regar­­dant les vagues.

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Cessna 377 Skymas­­ter
Un avion de l’as­­so­­cia­­tion
Crédits : Brothers to the Rescue

Le 28 décembre 1997, à leur troi­­sième jour sur l’île, les naufra­­geaient jouaient au base­­ball sur la plage, utili­­sant des planches comme battes et des morceaux de vieilles bouées en guise de balles lorsqu’un héli­­co­­ptère les a survo­­lés. Le premier réflexe du groupe a été de se cacher une nouvelle fois, mais la peur de mourir sur l’île déserte a bien­­tôt pris le dessus sur celle de retour­­ner à Cuba. L’hé­­li­­co­­ptère a tourné autour du groupe sur quelques mètres alors qu’ils accou­­raient dans sa direc­­tion, faisant de grands gestes. Le pilote a répondu aux gestes avant de faire rapi­­de­­ment demi-tour et de repar­­tir de là où il venait. Leur réserve d’eau potable dimi­­nuait à vue d’œil. La panique commençait petit à petit à s’em­­pa­­rer des naufra­­gés.

« L’hé­­li­­co­­ptère est parti après nous avoir salués, se souvient l’un des resca­­pés. Nous espé­­rions être secou­­rus. Nous avons passé toute la jour­­née à attendre. La nuit est tombée et rien, personne n’est venu. À l’aube, nous sommes sortis jeter un œil. Nous avons regardé autour de nous. Et là, nous avons vu un bateau des garde-côtes s’ap­­pro­­cher de plus en plus, venant de l’est. »

~

Le récif peu profond entou­­rant l’île a contraint les garde-côtes à s’ar­­rê­­ter à envi­­ron soixante mètres de la plage d’An­­guilla Cay. Un canot pneu­­ma­­tique muni d’un petit moteur a été déployé pour récu­­pé­­rer et trans­­por­­ter tout le monde jusqu’au bateau. Les naufra­­gés se sont jetés à l’eau pour atteindre le canot et, après trois voyages, tout le monde était à bord. À partir de là, ils ont été trans­­fé­­rés vers un autre bateau, le Bara­­nof, un patrouilleur de trente-trois mètres en prove­­nance de Miami. Le Bara­­nof était alors au milieu d’une patrouille de cinq jours sur les eaux de Floride, à la recherche d’im­­mi­­grants et de trafiquants de drogue. La mer était agitée et la pluie s’est remise à tomber alors que les garde-côtes avaient apporté au groupe des couver­­tures, du café, du riz et des hari­­cots. L’un des compa­­gnons d’El Duque a aperçu un drapeau améri­­cain ondu­­lant à l’ar­­rière du bateau. « Ils nous amènent aux États-Unis », a-t-il annoncé.

Sans qu’El Duque ni les autres ne s’en doutent, Anguilla Cay faisant partie des Baha­­mas, ils étaient en route pour Free­­port, avant de rejoindre Nassau. Les Baha­­mas avaient un accord de rapa­­trie­­ment avec Cuba, aussi, si la situa­­tion devait être réglée par voie légale, El Duque et tous les autres seraient renvoyés au pays, devant affron­­ter les consé­quences terribles d’une évasion manquée. Un énorme embal­­le­­ment média­­tique s’en est suivi, et des jour­­na­­listes de CNN, du New York Times, du Washing­­ton Post ainsi que de tous les médias de Miami se sont rendus à Nassau pour couvrir l’his­­toire. Mais dans l’ombre, loin des projec­­teurs, quelqu’un d’autre obser­­vait la scène avec satis­­fac­­tion : Joe Cubas. Il s’est avéré qu’El Gordo était à l’ori­­gine de la confé­­rence de presse.

« Si je deviens lanceur dans les Ligues majeures, je réali­­se­­rai alors mon plus grand rêve. » — El Duque

« Comment se porte ta balle rapide, Duque ? » a été la première ques­­tion. « Aime­­rais-tu jouer dans la même équipe que ton frère ? » a demandé un autre jour­­na­­liste. Ensuite seule­­ment, la ques­­tion la plus évidente de toutes a été posée : « Alors, comment êtes-vous arri­­vés ici ? » Les jour­­na­­listes prenaient fébri­­le­­ment note de chaque réponse d’El Duque, dont certaines ont fait la une des jour­­naux le lende­­main.

Après la confé­­rence de presse, Joe Cubas a appro­­ché les réfu­­giés les mains char­­gées de 500 dollars pour leur grais­­ser la patte. « Voilà pour vous aider à manger », a-t-il dit. Cubas a informé le groupe que leur dossier devait être rendu public et qu’ils devaient deman­­der le droit d’asile. Il leur a rappelé à tous qu’ils étaient des réfu­­giés poli­­tiques et qu’il était possible de ralen­­tir le rapa­­trie­­ment des Baha­­mas vers Cuba le temps qu’il puisse prépa­­rer un plan pour les envoyer aux États-Unis.

La confé­­rence de presse a été un un énorme succès pour Cubas. Comme il l’avait prédit, les Baha­­mas ont offi­­ciel­­le­­ment annoncé que les éven­­tuelles dépor­­ta­­tions atten­­draient que les dossiers puissent être évalués. Le même jour, les extré­­mistes flori­­diens anti-Castro ont mobi­­lisé leurs repré­­sen­­tants à Washing­­ton pour mettre la pres­­sion sur le bureau du ministre des Affaires Étran­­gères cubain. L’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Clin­­ton a préparé une réponse. Sous la pres­­sion du service d’im­­mi­­gra­­tion et de natu­­ra­­li­­sa­­tion, de la Maison-Blanche et du Dépar­­te­­ment d’État, le gouver­­ne­­ment améri­­cain a appliqué « l’ex­­cep­­tion huma­­ni­­taire » à El Duque et deux autres en moins de 24 heures. Le 2 janvier 1998, El Duque a signé un contrat faisant de Joe Cubas son agent.

« Si je deviens lanceur dans les Ligues majeures, je réali­­se­­rai alors mon plus grand rêve », décla­­rait El Duque quant à la possi­­bi­­lité de jouer au base­­ball aux États-Unis. « Ce serait comme une renais­­sance. »

New York

Le 17 mars 1998 (fête de la Saint-Patrick), une confé­­rence de presse a eu lieu au Victor’s Café de Miami, annonçant la signa­­ture pour quatre ans du plus grand lanceur de l’his­­toire cubaine moderne avec les Yankees, contre 6,6 millions de dollars. Le parking exté­­rieur était rempli des four­­gons et des camions satel­­lites des médias, dont les câbles rampaient au-delà de la réplique de la statue de la Liberté de près de deux mètres de haut qui se dres­­sait dans la pièce clima­­ti­­sée.

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La Major League of Base­­ball défie Cuba

Avec un peu de retard, El Duque et son agent Joe Cubas ont fait leur entrée dans la pièce, accom­­pa­­gnés de l’oncle et de la petite amie du joueur. Cubas et El Duque se sont appro­­chés du micro et ont reçu une ovation avant même d’ou­­vrir la bouche. Les flashs des appa­­reils photos crépi­­taient fréné­­tique­­ment, aveu­­glant toutes les personnes présentes sur l’es­­trade.

Un jour­­na­­liste a demandé à El Duque ce que cela faisait de troquer un dicta­­teur (Fidel) pour un autre (George Stein­­bren­­ner). El Duque n’a pas reconnu le nom du proprié­­taire des Yankees et a dû deman­­der à quelqu’un qui se trou­­vait à ses côtés de lui expliquer la ques­­tion.

« Il n’y a pas de compa­­rai­­son possible, est inter­­­venu Joe Cubas. Stein­­bren­­ner est un homme d’af­­faires. Fidel Castro est un traître. »

Peu après, Cubas allait vendre de manière déme­­su­­rée l’in­­croyable histoire de l’éva­­sion d’El Duque aux grands studios d’Hol­­ly­­wood. « Cuba Gooding Jr. est pres­­senti pour jouer le rôle d’Or­­lando Hernán­­dez, et Anto­­nio Bande­­ras inter­­­pré­­tera Joe Cubas, a-t-il déclaré à Sports Illus­­tra­­ted. « Il (El Duque) ne répon­­dra à aucune ques­­tion sur son équi­­pée… Il garde tout pour le film. » Soudain, la porte laté­­rale du Victor’s Café s’est ouverte et la pièce s’est remplie de cris et d’ap­­plau­­dis­­se­­ments. Liván Hernán­­dez a forcé le passage entre les jour­­na­­listes, contour­­nant les câbles empi­­lés sur la moquette pour rejoindre son frère, qu’il voyait pour la première fois en deux ans et demi. El Duque a ouvert grand la bouche, mais avant de pouvoir dire quoi que ce soit, Liván l’a serré fort dans ses bras et pris son visage entre ses mains, embras­­sant son crâne chauve.

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Les retrou­­vailles

Liván a souri : « Attends, ne pleure pas. » Mais El Duque ne pouvait se conte­­nir et il s’est effon­­dré dans les bras de son frère, frot­­tant son visage pour sécher les larmes qui roulaient sur ses joues. « Je ne peux pas faire autre­­ment », s’est excusé El Duque devant l’as­­sem­­blée. Liván est resté figé quelques secondes sans comprendre que son frère se trou­­vait vrai­­ment là, juste devant lui. El Duque était la dernière personne que Liván avait vu à Cuba, et la première personne à lui avoir ensei­­gné l’art du lancer.

« Je suis telle­­ment heureux ! a alors crié Liván à la foule. Ils ont été injustes avec lui à Cuba, ils auraient fait la même chose avec moi si j’étais resté. Mon premier conseil, c’est… Ne mange pas trop chez McDo­­nald’s ! »

La pièce a éclaté de rire et les stylos grif­­fon­­naient furieu­­se­­ment sur les blocs-notes. Pour la majo­­rité du public présent, c’était la chute idéale d’une histoire sensible – deux frères réunis, le rêve améri­­cain triom­­phant sur le cauche­­mar cubain. Cepen­­dant, un jour­­na­­liste présent, S.L. Price, garde­­rait un souve­­nir quelque peu diffé­rent de la scène.

« Je suis aux prises avec un affron­­te­­ment désa­­gréable entre ma tête et mon cœur, une inco­­hé­­rence. J’ap­­plau­­dis bien sûr l’éva­­sion d’El Duque, mais je préfé­­re­­rais le voir lancer à la Hava­­ne… Je sais ce que tout le monde sait : Cuba est actuel­­le­­ment le pire endroit du monde pour les athlètes. Mais je suis sûr d’une chose encore plus étrange. C’est égale­­ment le meilleur. »

« Je me souviens d’un chan­­ge­­ment de vol à Miami après avoir vu El Duque » a déclaré l’émis­­saire des Yankees Lin Garret à Sports Illus­­tra­­ted, évoquant la présen­­ta­­tion orga­­ni­­sée par Cubas au mois de février au Costa Rica. Des repré­­sen­­tants de près de vingt équipes de la Ligue majeure avaient fait le voyage pour leur premier face à face avec Orlando « El Duque » Hernán­­dez, en tant que futur lanceur de Ligue majeure. « Nombre d’entre eux ne l’ont pas aimé. Ils disaient qu’il ne lançait pas assez fort – il lançait entre 140 et 148 km/h –, ils s’inquié­­taient de ses capa­­ci­­tés… Et ils ne connais­­saient pas préci­­sé­­ment son âge. Mais il y avait quelque chose d’autre chez lui… Il était diffé­rent. Et ça, le radar n’al­­lait pas nous le dire. Cette nuit-là, j’ai appelé Mark Newman (le vice-président de l’équipe new-yorkaise) et je lui ai dit : “Nous devons tenter le coup. Je me fiche bien de savoir s’il a 28 ans ou 32.” »

Lorsque les Yankees de New York ont signé avec El Duque, ils imagi­­naient qu’il lance­­rait toute sa première saison en Triple-A. Cepen­­dant, début juin, leur meilleur lanceur, David Cone, a été mordu à la main par son chien (un Jack Russell). Hernán­­dez a alors été sélec­­tionné par Colum­­bus et a fait ses débuts sur le terrain le 3 juin 1998, cinq mois à peine après son évasion du jour de Noël.

El Duque a immé­­dia­­te­­ment fait sensa­­tion, débarquant au Bronx tota­­le­­ment prêt, sur la forme comme sur le fond. Il portait ses chaus­­settes bleues marines étran­­ge­­ment hautes, avec la visière de sa casquette pliée et enfon­­cée sur ses yeux. Son style de lancer combi­­nait un coup de pied ressem­­blant à celui de Juan Mari­­chal à un net repli de son visage vers le bas, ses yeux étant ainsi dissi­­mu­­lés derrière son genou, perdant contact avec le batteur et le marbre à mi-mouve­­ment. Alors, il se penchait en avant pour déclen­­cher un vaste arse­­nal d’angles, de vitesses et de lancers diffé­­rents : des slurves, des chan­­ge­­ments de vitesse par-dessus l’épaule, des balles glis­­santes – utili­­sant des feintes pour compen­­ser ce qui lui manquait en vitesse. Il a pris posi­­tion avec beau­­coup d’élé­­gance assor­­tie d’un calme imper­­tur­­bable, sautillant sur le monti­­cule avant d’échan­­ger les slow rollers et les balles courtes en retraits habi­­tuels. Il n’a concédé qu’un point sur sept manches à Tampa Bay, et a engrangé sept retraits sur trois prises pour rempor­­ter sa première victoire en Ligue majeure.

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El Duque au lancer
Le numéro 26
Crédits : Rudi Riet

Durant l’in­­ter­­view d’après match, El Duque chas­­sait les larmes de ses yeux du revers de sa main pendant qu’un traduc­­teur s’adres­­sait à la caméra. Il a dédié le match à sa famille qui vivait toujours à Cuba, ses deux filles Yahu­­mara et Steffi et sa mère, María Julia, qui refu­­sait obsti­­né­­ment de chan­­ger le calen­­drier de leur maison depuis le jour où son fils avait quitté l’île.

Le 4 juillet, les Yankees comp­­taient 60 victoires contre 20 défaites, étant ainsi en course pour rempor­­ter la divi­­sion Est de la Ligue Améri­­caine. Peu importe l’âge véri­­table d’El Duque, personne ne remet­­tait en ques­­tion sa domi­­na­­tion sur les batteurs droi­­tiers, qui ne comp­­taient qu’une misé­­rable moyenne au bâton de 14,4 % contre lui. Le 13 août, date du 72e anni­­ver­­saire de Fidel Castro, El Duque a éliminé treize batteurs face aux Texas Rangers. Plus tard cette semaine-là, il est apparu dans Sports Illus­­tra­­ted. « J’ai toujours su que je lance­­rais à nouveau, a-t-il confié à Tom Verducci. Cepen­­dant, je ne pensais pas que je joue­­rais si tôt dans les Ligues majeures. J’en ai rêvé souvent, mais je ne suis pas devin. J’avais aussi rêvé que je devien­­drais président. » Verducci a écrit qu’El Duque s’était montré spécia­­le­­ment enthou­­siaste en appre­­nant que ses temps forts étaient diffu­­sés sur ESPN, une chaîne que Fidel Castro regar­­dait souvent. « J’es­­père qu’il me regarde et qu’il s’ar­­rache les poils de la barbe. »

Les Yankees ont fini par réali­­ser l’une des plus belles saisons de l’his­­toire du base­­ball, avec un record de 114 victoires contre 48 défaites. El Duque a terminé la saison régu­­lière avec 12 victoires – 4 défaites, avec une moyenne de points méri­­tés de 3.13. Il a produit son meilleur jeu lors quatrième match de la Série des cham­­pion­­nats de la ligue améri­­caine, lors duquel il n’a permis que trois coups et a réussi sept blan­­chis­­sages, aidant ainsi les Yankees à égali­­ser 2 partout, face aux Indians de Cleve­­land. El Duque et les Yankees ont ensuite balayé les Padres de San Diego pour rempor­­ter les Séries mondiales, avec un Duque des grands jours lors du deuxième match, auteur de sept manches magis­­trales, et ne concé­­dant qu’un seul point.

La veille du défilé des Yankees pour célé­­brer la victoire, Fidel Castro a fait un geste surpre­­nant envers celui qui avait été jadis son protégé, mais aussi son prison­­nier. El Duque a écrit au Cardi­­nal de New York, John O’Con­­nor, deman­­dant si l’Église pouvait inter­­­cé­­der auprès du gouver­­ne­­ment cubain pour lui permettre de voir sa famille. Le vendredi 23 octobre, avec la permis­­sion du gouver­­ne­­ment cubain, la mère d’El Duque, son ex-femme et ses deux filles sont arri­­vées à Teter­­boro à bord du jet privé de George Stein­­bren­­ner – juste à temps pour rejoindre El Duque et le reste de l’équipe pour la ticker-tape parade qui avait lieu sur le  «Canyon of Heroes » de Broad­­way.

Épilogue

Orlando « El Duque » Hernán­­dez rempor­­te­­rait trois autres bagues des Séries mondiales : deux avec les Yankees de New York (en 1999 et 2000) et sa dernière, en 2005, avec les White Sox de Chicago. Il a retrouvé les play-offs avec les Mets suite à une bonne saison 2006, mais s’est déchiré le mollet en réali­­sant des sprints courts avant son premier match des Séries de divi­­sions de la Ligue natio­­nale. Cela a marqué le début d’une longue série de bles­­sures, qui allait le hanter jusqu’à ce que les Rangers ne le libèrent en juillet 2009. Hernán­­dez a terminé sa carrière en Ligues majeures avec un ratio victoires – défaites de 90–65 en saison régu­­lière, et des statis­­tiques d’après-saison spec­­ta­­cu­­laires : 9 victoires – 3 défaites, une moyenne de points méri­­tés de 2.55, et 107 retraits sur trois prises en 106 manches.

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El Duque sous les couleurs des Yankees, 1998

Hernán­­dez se consacre main­­te­­nant à El Duque Sports, une orga­­ni­­sa­­tion travaillant   auprès d’en­­fants à Hialeah en Floride, pour former des nouveaux joueurs de base­­ball et les aider à déve­­lop­­per les bases fonda­­men­­tales pour pouvoir réus­­sir. Sa page web explique que le « rêve d’El Duque est de rendre le même amour et l’af­­fec­­tion qu’il a reçus pendant des années au Sud de la Floride ».

Au sommet de sa gloire, Joe Cubas a demandé une avance sur son auto­­bio­­gra­­phie égale à ce que le géné­­ral Norman Schwarz­­kopf a reçu pour la publi­­ca­­tion de ses mémoires. Sa demande a été reje­­tée. En 2002, Cubas a été offi­­ciel­­le­­ment inter­­­dit de repré­­sen­­ter des joueurs de base­­ball par la MLB, et peu après son bureau fut fermé et sa maison saisie.

Depuis ses débuts pour les Marlins de Floride en 1996, Liván Hernán­­dez a lancé pour neuf autres équipes, connais­­sant des périodes remarquables avec les Giants de San Fran­­cisco, les Washing­­ton Natio­­nals et les Mets de New York. Son jeu a progres­­si­­ve­­ment évolué de la puis­­sance du lancer de sa jeunesse à la poly­­va­­lence de jeu du vété­­ran, termi­­nant sa carrière avec un ratio de 178–177 et une moyenne de points méri­­tés de 4.44, ainsi que 1 976 retraits sur trois prises en 3 189 manches. Il a lancé pour la dernière fois le 29 novembre 2012, avec les Brewers de Milwau­­kee, et reste, pour l’heure, toujours sans contrat.


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Faure et Nico­­las Prouillac d’après l’ar­­ticle « La Gran Fuga », paru dans Victory Jour­­nal.

Couver­­ture : La côte cubaine.

Créa­­tion graphique par Ulyces.

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