par Camille Hamet | 30 mars 2018

S’il exis­­tait un clas­­se­­ment mondial des tueurs en série, Pedro Rodrigues Filho y figu­­re­­rait certai­­ne­­ment en bonne place. Plus connu sous le nom de « Pedrinho Mata­­dor », soit Pier­­rot le Tueur, ce Brési­­lien aujourd’­­hui âgé de 63 ans est en effet respon­­sable du meurtre d’au moins 71 personnes. Lui-même reven­­dique une centaine de victimes. Comme il s’agit en majo­­rité de crimi­­nels, les médias le comparent souvent au héros de la série télé­­vi­­sée Dexter.

Pedrinho Mata­­dor

Victime d’un terrible trau­­ma­­tisme dans son enfance, Dexter Morgan a été adopté par un offi­­cier de la police de Miami qui lui apprend à cana­­li­­ser ses pulsions meur­­trières en ne ciblant que des crimi­­nels ayant échappé au système judi­­ciaire. Une fois adulte, il parvient à mener en appa­­rence une exis­­tence « normale » et à dissi­­mu­­ler ces pulsions à la police de Miami, au sein de laquelle il travaille à son tour, en tant que méde­­cin légiste spécia­­lisé dans l’ana­­lyse des traces de sang.

Mais faire de Pedro Rodrigues Filho un « Dexter dans la vraie vie » est-il réel­­le­­ment perti­nent ? Pour le savoir, nous avons remonté le fil macabre de « la vraie vie » de Pedro Rodrigues Filho avec le profi­­ler Mark Safa­­rik, qui a œuvré au sein du FBI pendant 23 ans avant de fonder sa propre agence, Foren­­sic Beha­­vio­­ral Services Inter­­na­­tio­­nal.

Un monde de violence

Cette vie commence mal, très mal, dans une ferme de la commune de Santa Rita do Sapu­­cai, dans le sud-est du Brésil. Pedro Rodrigues Filho y voit le jour le 17 juin 1954, avec le crâne fêlé en raison de la violence des coups que son père a assé­­nés à sa mère durant la gros­­sesse. Comme le souligne Mark Safa­­rik, « il arrive et gran­­dit dans un monde de violence, dans lequel la violence appa­­raît comme le seul moyen d’y échap­­per ».

Et il n’a que 13 ans quand il ressent pour la première fois le « besoin urgent de tuer », lors d’une bagarre avec un de ses cousins, qu’il pousse dans une presse de canne à sucre. Le garçon survit à ses bles­­sures, mais Pedro Rodrigues Filho n’aura pas à attendre long­­temps avant de pouvoir assou­­vir son « besoin ». L’an­­née suivante, il abat d’un coup de fusil de chasse le maire-adjoint d’une commune voisine.

Ce dernier venait de licen­­cier le père de Pedro Rodrigues Filho de son poste de gardien dans une école, où il était accusé de voler de la nour­­ri­­ture dans les cuisines. « Dès ce moment-là, les meurtres de Pedro Rodrigues Filho semblent être moti­­vés par une soif de vengeance », signale Mark Safa­­rik. Et de fait, peu de temps après, il tue le collègue de son père, qui serait selon lui le véri­­table voleur de nour­­ri­­ture. Forcé de prendre la fuite, il trouve refuge près de São Paulo, à Mogi das Cruzes. Là, il se lance dans le trafic de drogue et tue trois dealers.

Mogi das Cruzes

Il fait aussi la rencontre d’une femme, Maria Apare­­cida Olym­­pia, et partage sa vie jusqu’à ce qu’elle soit assas­­si­­née par un gang rival. Fou de rage, il torture et exécute plusieurs de ses membres dans le but de retrou­­ver le respon­­sable. Celui-ci finit par rece­­voir la visite de Pedro Rodrigues Filho et de quatre de ses amis le jour de son mariage. Sept personnes y trouvent la mort, 16 sont bles­­sées.

Le tueur rend ensuite visite à son père en prison. Mais le temps où il prenait sa défense est révolu. Car si le père de Pedro Rodrigues Filho est en prison, c’est qu’il a fini par tuer sa mère avec une machette. Le jeune homme entend bien la venger, elle aussi. Il le fait dans le parloir de la prison, avec un couteau. Il va même, selon ses propres dires, jusqu’à arra­­cher le cœur de son géni­­teur, à le mâcher et à le recra­­cher.

Un geste effroyable qui suffit à expliquer pourquoi il est quali­­fié de « psycho­­pathe » presque aussi souvent qu’il est comparé à Dexter Morgan, qui a vu sa mère assas­­si­­née sous ses yeux. « Mais en psychia­­trie », précise Mark Safa­­rik, « un psycho­­pathe désigne un indi­­vidu inca­­pable de ressen­­tir de l’em­­pa­­thie, du remords, ou même de l’af­­fec­­tion. » Or, il est possible que Pedro Rodrigues Filho ait éprouvé de l’af­­fec­­tion, notam­­ment pour sa mère et pour Maria Apare­­cida Olym­­pia, ce qui le rapproche davan­­tage du socio­­pathe que du psycho­­pathe. Les psychiatres qui l’ont analysé ont en tout cas diagnos­­tiqué une person­­na­­lité « para­­noïaque et anti-sociale ».

Pedro Rodrigues Filho, lui, préfère sans doute se voir comme un justi­­cier. Il consi­­dère que toutes ses victimes étaient nuisibles à la société, et il n’hé­­site pas à se présen­­ter comme un défen­­seur des femmes. Il a ainsi promis la mort à Fran­­cisco de Assis Pereira, qui déam­­bu­­lait dans un parc de São Paulo et se faisait passer pour un photo­­graphe de mode afin de convaincre des jeunes femmes de le suivre dans un endroit isolé, avant de les violer, de les étran­­gler avec des lacets et dissi­­mu­­ler leurs corps avec des bran­­chages.

Pedro Rodrigues Filho a inscrit « Je tue pour le plai­­sir » sur son bras.

Mais Pedro Rodrigues Filho n’est pas le seul crimi­­nel à haïr « l’ob­­sédé du parc ». Le 18 décembre 2000, ils étaient plusieurs déte­­nus de la maison d’ar­­rêt et de trai­­te­­ment psychia­­trique de Taubaté à essayer de le tuer en provoquant une émeute. Fran­­cisco de Assis Pereira est, depuis, placé en isole­­ment. Et qu’on ne s’y trompe pas : Pedro Rodrigues Filho a inscrit « Je tue pour le plai­­sir » sur son bras avant de le recou­­vrir par un autre tatouage.

400 années de prison

Son arres­­ta­­tion, le 27 mai 1973, n’a pas mis un terme à sa carrière de tueur en série. Bien au contraire. La légende raconte que, lors de son trans­­fert en prison, il a été placé à l’ar­­rière d’un four­­gon de police en compa­­gnie d’un autre crimi­­nel menotté, et qu’à l’ar­­ri­­vée, cet autre crimi­­nel était mort. Il a en tout cas assas­­siné un de ses codé­­te­­nus qui « ronflait trop fort » ; un autre parce qu’il n’ « aimait pas sa tête » ; un autre parce qu’il le « devait ». À son tour attaqué par cinq prison­­niers, il en tue trois sur le champ, et les deux survi­­vants dans les semaines qui suivent.

Au total, Pedro Rodrigues Filho a assas­­siné pas moins de 47 personnes durant son incar­­cé­­ra­­tion. Pour Mark Safa­­rik, « cela montre bien qu’il ne peut pas vrai­­ment être comparé à Dexter Morgan » : « Dexter est quelqu’un de très méti­­cu­­leux, de très prudent, qui veut à tout prix sauver les appa­­rences. Tandis que Pedro Rodrigues Filho n’hé­­site pas à tuer en plein cœur du système judi­­ciaire, c’est-à-dire en prison, et ce à plusieurs reprises, devant témoins. Il ne se soucie visi­­ble­­ment pas des consé­quences de ses actes. »

Il aurait commis 47 meurtres en prison

Les consé­quences semblent pour­­tant lourdes. De 128 années d’in­­car­­cé­­ra­­tion, la peine de Pedro Rodrigues Filho passe à 272, puis à 400 années d’em­­pri­­son­­ne­­ment, en raison des crimes qu’il a commis après son arres­­ta­­tion. Reste que la loi brési­­lienne inter­­­dit de déte­­nir un crimi­­nel « sain d’es­­prit » au moment de son acte plus d’une tren­­taine d’an­­nées. Pedro Rodrigues Filho est donc libéré le 24 avril 2007. Il s’ins­­talle alors dans le nord-est du Brésil. D’abord à Forta­­leza, puis dans la ville touris­­tique de Balneá­­rio Cambo­­riú, où il travaille comme domes­­tique.

C’est là qu’il est de nouveau arrêté, un peu plus de quatre ans après sa libé­­ra­­tion, le 14 septembre 2011, pour avoir parti­­cipé à des émeutes et séques­­tré un gardien du temps de son incar­­cé­­ra­­tion. De nouveau condamné à la prison, cette fois pour huit ans, il accorde néan­­moins une inter­­­view au jour­­na­­liste Marcelo Rezende sur la chaîne de télé­­vi­­sion brési­­lienne Rede Record en mai 2012. Alors âgé de 57 ans, le crâne rasé et le regard éteint, il présente au monde un visage émacié au-dessus d’un simple T-shirt blanc.

Et c’est d’une voix traî­­nante qu’il confie préfé­­rer utili­­ser un couteau à toute autre arme lorsqu’il tue quelqu’un, ce qui lui fait un point commun avec Dexter. « Dans le géné­­rique, l’arme blanche (y compris le rasoir) est montrée à huit reprises, celle d’étran­­gle­­ment (fil dentaire, puis lacets de chaus­­sures) à deux reprises avant la sugges­­tion de la suffo­­ca­­tion », signale en effet le jour­­na­­liste Pierre Séri­­sier.

« Je tue pour le plai­­sir »

« Comme le notent John Douglas, Ann Burgess et Robert Kess­­ler, les auteurs du livre Sexual Homi­­cide: Patterns and Motives, le recours au couteau, à l’étran­­gle­­ment ou la suffo­­ca­­tion est souvent lié à des crimes à carac­­tère sexuel », pour­­suit-il. « De plus, l’en­­fon­­ce­­ment du couteau dans le corps d’une victime peut être inter­­­prété comme une péné­­tra­­tion dans laquelle le pénis est remplacé par l’arme blanche. » « C’est comme si je me déchar­­geais, je ressens un soula­­ge­­ment, aucune émotion », explique pour sa part Pedro Rodrigues Filho.

« Mais aucun de ses crimes ne semblent être sexua­­li­­sés, ce qui en fait un tueur en série atypique », souligne Mark Safa­­rik. « Et à la diffé­­rence de Dexter Morgan, il n’a pas la métho­­do­­lo­­gie et l’or­­ga­­ni­­sa­­tion qui sont géné­­ra­­le­­ment prêtés aux tueurs en série. Toujours à la diffé­­rence du person­­nage de Jeff Lind­­say, Pedro Rodrigues Filho ne tue pas des crimi­­nels parce qu’ils sont des crimi­­nels mais parce qu’ils lui ont causé du tord – ou du moins l’es­­time-t-il. » D’ailleurs, comment un tueur en série spécia­­lisé dans les crimi­­nels pour­­rait-il iden­­ti­­fier ses victimes ? « Pour cela, il faudrait qu’il ait accès aux mêmes ressources que la justice et la police, et donc qu’il travaille dans le domaine judi­­ciaire, ou du moins qu’il y ait travaillé. »

Comme le person­­nage de Dexter Morgan. Ainsi que l’homme qui l’au­­rait inspiré.

Le nettoyeur des rues

C’est le spécia­­liste des tueurs en série Stéphane Bour­­goin qui a mis au jour de trou­­blantes simi­­li­­tudes entre le person­­nage de Dexter Morgan et un certain Manuel Pardo. Les scéna­­ristes de la série qui a rendu le premier célèbre ont toujours nié s’être inspi­­rés du second, mais leur travail repose sur celui de l’écri­­vain Jeff Lind­­say. Or, « ce cas de flic tueur en série a fait la Une de tous les médias en Floride de 1986 à 1988 et l’au­­teur des romans sur Dexter ne pouvait pas l’igno­­rer puisqu’il a toujours vécu à Miami », estime Stéphane Bour­­gouin.

L’un des person­­nages de la série, le procu­­reur Miguel Prado, qui au prétexte de faire justice lui-même et d’ai­­der Dexter Morgan à nettoyer Miami finit par élimi­­ner une avocate spécia­­li­­sée dans la défense des crimi­­nels, porte en outre un nom incroya­­ble­­ment proche de Manuel Pardo.

Manuel Pardo

Ce dernier a inté­­gré la patrouille auto­­rou­­tière de Floride en 1978, à l’âge de 21 ans. Il en est renvoyé un an plus tard pour falsi­­fi­­ca­­tion de contra­­ven­­tions et autres docu­­ments offi­­ciels, mais engagé peu de temps après par la police de la ville de Street­­wa­­ter, toujours en Floride. En 1981, il est accusé de bruta­­li­­tés poli­­cières, mais l’af­­faire est clas­­sée sans suite, faute de preuves. En 1985, il est licen­­cié pour faux témoi­­gnages. L’an­­née suivante, il s’as­­so­­cie avec Rolando Garcia, un ouvrier rencon­­tré par l’in­­ter­­mé­­diaire de son beau-frère, et tue neuf personnes.

D’abord Mario Amador, un ingé­­nieur civil qui arron­­dit ses fins de mois en vendant de la drogue, puis son complice Roberto Alfonso. Et après eux Michael Millot, que Manuel Pardo soupçonne d’être un agent sous couver­­ture chargé de le démasquer. Ulpiano Ledo et Luis Robledo, qu’il croit être des trafiquants de drogue. Sara Musa et Fara Quin­­tero, avec qui il se dispute au sujet d’une histoire de bague prêtée sur gage. Et enfin, Daisy Ricard et son petit ami Ramon Alvero Cruz.

Lors de son juge­­ment, en 1988, Manuel Pardo se présente comme un « nettoyeur » des rues. « Quelqu’un devait tuer ces gens », déclare-t-il à la cour. « Je suis un soldat, j’ac­­com­­plis ma mission et vous demande humble­­ment de m’ac­­cor­­der la gloire d’en finir avec la vie et de ne pas me contraindre à passer le reste de ma vie dans une prison fédé­­rale. »

« Des trafiquants, j’au­­rais aimé en tuer 99 », écrira-t-il plus tard. En revanche, il ne se vantera jamais de les avoir dépouillés de leurs cargai­­sons de drogues afin de les revendre. Il récu­­pé­­rait égale­­ment les douilles de ses crimes, photo­­gra­­phiait les corps de ses victimes avec un appa­­reil Pola­­roid, et brûlait le tout dans une urne en pierre d’al­­bâtre.

Un procédé censé conduire les âmes de ses victimes en enfer, qui fait écho aux rituels de Dexter Morgan. Lui aussi photo­­gra­­phie ses victimes avec un appa­­reil Pola­­roid, mais conserve un échan­­tillon de leur sang entre deux lamelles de verre, découpe les corps, enferme leurs morceaux dans des sacs en plas­­tique et s’en débar­­rasse dans la mer.

L’un comme l’autre sont connus pour être des séduc­­teurs et des mani­­pu­­la­­teurs. En effet, en mars 1996, le Miami Herald révèle que Manuel Pardo a réussi à extorquer des milliers de dollars à des femmes seules et vulné­­rables durant son incar­­cé­­ra­­tion, par le biais de petites annonces. Cela lui vaut le surnom de « Don Juan », ou encore celui de « Roméo du couloir de la mort ». Il est fina­­le­­ment exécuté le 12 décembre 2012, dans la prison fédé­­rale de Floride. Dexter Morgan, lui, à l’is­­sue de la série qui s’est achevé le 22 septembre 2013, se résigne à vivre seul dans la forêt. Quant à Pedro Rodrigues Filho, il ne fait plus parler de lui. Selon le tabloïd brési­­lien Super inter­­e­sante, il devrait pouvoir sortir de prison en 2019.


Couver­­ture : Pier­­rot le Tueur. (DR/Ulyces)


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