par Camille Hamet | 1 février 2017

La Ciudad Blanca

Au fin fond de la jungle hondu­­rienne se serait caché une opulente méga­­lo­­pole aux remparts blancs comme neige, la Ciudad Blanca. Cette méga­­lo­­pole aurait été un refuge idyl­­lique pour les Amérin­­diens fuyant les Espa­­gnols aux XVe et XVIe siècles. « D’après ce qu’on en dit, et quand on en retran­­che­­rait la moitié, ce royaume dépas­­se­­rait celui du Mexique en richesse et l’éga­­le­­rait pour la gran­­deur de ses villes, la multi­­tude de ses habi­­tants et l’ordre qui la gouverne », écri­­vit le conquis­­ta­­dor Hernán Cortés au roi Charles Quint en 1526.

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L’em­­pla­­ce­­ment de la cité

La Ciudad Blanca est égale­­ment vue comme une cité maudite. Selon la légende, nul ne peut la dépouiller de ses trésors, ni même la péné­­trer, sans en subir les consé­quences. Mais cela n’a pas empê­­ché nombre d’aven­­tu­­riers de se lancer à sa recherche. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute Theo­­dore Morde.

En 1940, ce jour­­na­­liste améri­­cain déclare avoir trouvé des vestiges de la fabu­­leuse méga­­lo­­pole. Il décrit une cité forti­­fiée, assez éten­­due pour avoir un jour abrité 30 000 personnes, et déco­­rée par des sculp­­tures de singes. Il refuse néan­­moins de révé­­ler l’em­­pla­­ce­­ment du site. Soixante-douze ans plus tard, le docu­­men­­ta­­riste améri­­cain Steve Elkins tente de le décou­­vrir à l’aide de la tech­­no­­lo­­gie. La vallée en forme de cratère qu’il a iden­­ti­­fié comme une possible loca­­li­­sa­­tion, au cœur de la Mosqui­­tia, région monta­­gneuse de forêt humide au nord-est du Hondu­­ras, est d’abord survo­­lée par un avion trans­­por­­tant un lidar – cet appa­­reil, d’une valeur de plus d’un million d’eu­­ros, est capable de scan­­ner le sol à travers la végé­­ta­­tion la plus dense. Les images sont ensuite analy­­sées par Chris Fisher, profes­­seur d’an­­thro­­po­­lo­­gie à l’uni­­ver­­sité du Colo­­rado. Elles révèlent plusieurs construc­­tions humaines, dissé­­mi­­nées sur envi­­ron 1,6 km. Leur archi­­tec­­ture évoque bel et bien une cité préco­­lom­­bienne. Il n’y a qu’un seul moyen d’en avoir le cœur net : il faut aller véri­­fier sur place. Or la Mosqui­­tia est un des endroits les plus dange­­reux au monde. Ses montagnes sont escar­­pées ; son terrain, glis­­sant ; ses ravins, profonds. Le feuillage des arbres, aussi hauts que des cathé­­drales, forment une cano­­pée quasi­­ment impé­­né­­trable par la lumière. En-dessous règnent les serpents, les insectes, les jaguars… et des para­­sites poten­­tiel­­le­­ment mortels. L’équipe d’ar­­chéo­­logues améri­­cains et hondu­­riens menés par Chris Fisher et filmés par Steve Elkins est donc escor­­tée par d’an­­ciens membres des forces spéciales de l’ar­­mée britan­­nique lorsqu’elle rejoint la Mosqui­­tia à bord d’un héli­­co­­ptère, le 7 février 2015. Elle est égale­­ment accom­­pa­­gnée par l’écri­­vain Douglas Pres­­ton, qui raconte son périple dans un livre inti­­tulé The Lost City of The Monkey God – « la cité perdue du dieu singe ».

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L’ar­­ri­­vée en héli­­co­­ptère
Crédits : Douglas Pres­­ton/Face­­book

La jungle est si dense que les explo­­ra­­teurs doivent se frayer un chemin à coups de machette et dormir dans des campe­­ments de fortune. Dès le premier jour, ils font la rencontre parti­­cu­­liè­­re­­ment désa­­gréable d’un Fer de lance, serpent très veni­­meux. L’un des Britan­­niques char­­gés de la protec­­tion du groupe, Andrew Wood, le tient en respect avec une branche four­­chue. « Tandis que la tête de la bête fouette l’air d’avant en arrière en tentant de plan­­ter ses crocs dans le poing de Woody, elle crache du venin sur le dos de sa main, dont la peau se couvre de cloques », raconte Douglas Pres­­ton. Fina­­le­­ment, l’an­­cien commando parvient à déca­­pi­­ter le serpent d’un violent coup de branche. Les Britan­­niques doivent ensuite extir­­per l’an­­thro­­po­­logue Alicia Gonza­­lez de la boue dans laquelle elle s’est enfon­­cée jusqu’à la taille. Mais l’équipe retrouve rapi­­de­­ment les ruines obser­­vées sur les images du lidar. Le troi­­sième jour de l’ex­­pé­­di­­tion, elle découvre des sculp­­tures de pierre enter­­rées à la base d’une pyra­­mide : des navires, des trônes, des vasques et des effi­­gies qui dépassent légè­­re­­ment du sol. Au centre de la cache se trouve la sculp­­ture d’un homme à tête de vautour – et non de singe. Proba­­ble­­ment la repré­­sen­­ta­­tion d’un chaman, selon Douglas Pres­­ton, qui précise que les vautours symbo­­lisent la mort et la tran­­si­­tion spiri­­tuelle dans le Hondu­­ras préco­­lom­­bien. La plupart des sculp­­tures ont été volon­­tai­­re­­ment brisées, pratique alors courante parmi les peuples amérin­­diens, et censée libé­­rer les esprits des objets placés dans les tombes. Le grand nombre de ces objets indique­­rait néan­­moins que la base de la pyra­­mide n’était pas un tombeau indi­­vi­­duel, mais un monu­­ment aux morts. D’après Chris Fisher, une catas­­trophe s’est produite dans la vallée il y a envi­­ron cinq siècles, entraî­­nant le départ préci­­pité des habi­­tants de la cité, lesquels ont laissé derrière eux une dernière offrande à leurs dieux et à leurs dispa­­rus.

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L’une des sculp­­tures retrou­­vées sous la pyra­­mide
Crédits : Dave Yoder

La malé­­dic­­tion

De retour aux États-Unis après leurs décou­­vertes, les explo­­ra­­teurs ont réalisé qu’ils n’avaient peut-être pas pour autant échappé à la « malé­­dic­­tion » atta­­chée au mythe de la cité perdue au Hondu­­ras. La moitié du groupe, dont Douglas Pres­­ton, a en effet déve­­loppé des symp­­tômes de la leish­­ma­­niose – fièvre, fatigue, et vilaines lésions cuta­­nées. Cette mala­­die provoquée par un para­­site est trans­­mise à l’homme par la piqûre d’in­­sectes omni­­pré­­sents dans les zones tropi­­cales, les phlé­­bo­­tomes, et elle peut parfois être mortelle. « Elle présente trois formes cliniques : viscé­­rale, cuta­­née, et muco-cuta­­née », explique Éric Prina, cher­­cheur en para­­si­­to­­lo­­gie à l’Ins­­ti­­tut Pasteur. « La forme viscé­­rale est la plus grave car des organes comme la rate et le foie sont atteints, et les consé­quences peuvent être létales. La forme cuta­­née est la plus répan­­due. Les premières lésions sont rela­­ti­­ve­­ment super­­­fi­­cielles, mais la mala­­die peut s’étendre aux muqueuses et deve­­nir sérieu­­se­­ment inva­­li­­dante, voire défi­­gu­­rante. » L’in­­fec­­tion peut en effet disloquer le nez et la bouche du malade.

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Un spéci­­men de Leish­­ma­­nia en action

Il n’existe à ce jour aucun vaccin contre la leish­­ma­­niose, et les trai­­te­­ments dispo­­nibles sont à la fois doulou­­reux et toxiques. « Ils sont parti­­cu­­liè­­re­­ment toxiques pour les reins », souligne Éric Prina. « Et ils ne viennent pas toujours à bout du para­­site. Le patient est débar­­rassé des symp­­tômes mais ceux-ci peuvent reve­­nir. La leish­­ma­­niose fait partie de ces mala­­dies dites oppor­­tu­­nistes, qui peuvent s’en­­clen­­cher lorsque le système immu­­ni­­taire du porteur du virus baisse. » Les explo­­ra­­teurs infec­­tés, qui ont été pris en charge par la clinique des Insti­­tuts améri­­cains de la santé, un des rares établis­­se­­ments à soigner la leish­­ma­­niose aux États-Unis, ne sont donc pas forcé­­ment tirés d’af­­faire. Douglas Pres­­ton a d’ailleurs affirmé avoir eu de nouveaux accès de fièvre durant l’écri­­ture de son livre The Lost City of The Monkey God. Peut-être cet état de santé précaire a-t-il inspiré l’ex­­pli­­ca­­tion que l’au­­teur donne à la mysté­­rieuse et brutale dispa­­ri­­tion des habi­­tants de la cité retrou­­vée. Douglas Pres­­ton avance qu’ils fuyaient de terribles épidé­­mies. Il pense que, si cette partie de la Mosqui­­tia est restée invio­­lée par les conquis­­ta­­dors, elle n’a en revanche pas été imper­­méable aux agents patho­­gènes impor­­tés dans le Nouveau Monde par les Euro­­péens, dès leur arri­­vée en 1492.

Ces agents patho­­gènes ont fait des ravages parmi les popu­­la­­tions indi­­gènes, qui n’étaient pas immu­­ni­­sées contre eux. Au Hondu­­ras, ils auraient causé la mort de 90 % des Amérin­­diens entre 1518 et 1550. Selon Douglas Pres­­ton, les agents patho­­gènes euro­­péens ont voyagé jusqu’aux tréfonds de la Mosqui­­tia à la même époque. D’une part, avec les navires commer­­ciaux qui ont remonté les fleuves Plátano et Patuca, et d’autre part, avec les Amérin­­diens fuyant l’es­­cla­­va­­gisme. Cette micro­s­co­­pique inva­­sion aurait alors décimé la popu­­la­­tion de la cité retrou­­vée, pous­­sant les survi­­vants horri­­fiés à aban­­don­­ner leur vallée. L’hy­­po­­thèse de Douglas Pres­­ton a été vive­­ment critiquée par l’écri­­vain Jason Cala­­vito, qui se passionne lui aussi pour l’ar­­chéo­­lo­­gie. « Il n’y a pas assez de preuves pour savoir quand le site a été aban­­donné pour commen­­cer à en cher­­cher la cause », écrit-il sur son blog. Cala­­vito reproche égale­­ment à Pres­­ton de manquer d’in­­té­­rêt pour la popu­­la­­tion hondu­­rienne, et il n’est pas le seul. « Pres­­ton parle beau­­coup du président du pays, qui se féli­­cite d’une future hausse du tourisme, mais beau­­coup moins des gens d’un rang moins élevé, qui pour­­raient avoir une idée plus nuan­­cée de ce qui attend la Mosqui­­tia et ses habi­­tants », écrit le jour­­na­­liste Bren­­dan Koer­­ner, qui fait néan­­moins l’éloge du livre dans le New York Times. Par ailleurs, les ruines iden­­ti­­fiées par l’équipe de Chris Fisher pour­­raient ne pas être celles de la cité à l’ori­­gine de la légende de la Ciudad Blanca, ni même celles de la « cité du dieu singe » préten­­du­­ment décou­­verte par Theo­­dore Morde en 1940. C’est ce que soulignent plusieurs archéo­­logues, comme John Hoopes, profes­­seur à l’uni­­ver­­sité du Kansas et signa­­taire d’une lettre ouverte critique à l’égard du carac­­tère sensa­­tion­­na­­liste de l’ex­­pé­­di­­tion. Il n’est cepen­­dant pas inter­­­dit de penser qu’une polé­­mique et une leish­­ma­­niose ressemblent fort aux châti­­ments que pour­­rait infli­­ger une cité maudite à ses profa­­na­­teurs…

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Le président hondu­­rien sur le site de la cité retrou­­vée
Crédits : Presi­­den­­cia Hondu­­ras

Couver­­ture : L’une des sculp­­tures retrou­­vées au pied de la pyra­­mide. (Dave Yoder)


 

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