par Camille Hamet | 9 avril 2017

François Hollande (2012–2017)

« Aujourd’­­hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassem­­ble­­rait pas large­­ment autour d’elle. Aussi, j’ai décidé de ne pas être candi­­dat à l’élec­­tion prési­­den­­tielle. » En prononçant ces mots à la télé­­vi­­sion, le jeudi 1er décembre 2016, François Hollande est devenu le premier président de la VRépu­­blique à renon­­cer à briguer un second mandat. Mais a-t-il été aussi le pire chef d’État français de son temps ? C’est ce que suggère un sondage réalisé en 2014 par l’ins­­ti­­tut BVA, qui établis­­sait un clas­­se­­ment des Prési­­dents depuis 1958. En tête se trou­­vait Charles de Gaulle, couronné « meilleur président de la VRépu­­blique » par 36 % des sondés. Arri­­vait ensuite François Mitter­­rand (27 %), loin devant Nico­­las Sarkozy (10 %). Puis, dans un mouchoir de poche, Valéry Giscard d’Es­­taing (8 %), Jacques Chirac (8 %) et Georges Pompi­­dou (7 %). Et enfin, François Hollande, bon dernier avec 0,5 % des voix. Alors bien sûr, les person­­na­­li­­tés au pouvoir ont toujours tort, et les élec­­teurs ont notoi­­re­­ment la mémoire courte. Mais François Hollande a tout de même réussi la prouesse de se couper de son propre élec­­to­­rat. Selon le sondage de BVA, 1 % des sympa­­thi­­sants de gauche salue son action, contre 62 % pour François Mitter­­rand, seul autre président socia­­liste de la VRépu­­blique. Il a pour­­tant tenu la majo­­rité de ses promesses de campagne, à en croire le site Lui président, qui a analysé son action tout au long du quinquen­­nat. « Ça ne veut pas dire que la mesure promise est effi­­cace », nuance le jour­­na­­liste Maxime Vaudano, cofon­­da­­teur du site, en prenant l’exemple des « contrats de géné­­ra­­tion ». « Ni que la mesure est valo­­ri­­sée. On peut dire que Hollande a été le pire président de la Ve Répu­­blique en termes de commu­­ni­­ca­­tion. Au lieu de souli­­gner les aspects posi­­tifs de son travail, il s’est enlisé dans les polé­­miques. » Et des polé­­miques, il y en a eu. En décembre 2012, son ministre du Budget Jérôme Cahu­­zac est accusé par Media­­part d’avoir possédé des fonds non-décla­­rés sur un compte en Suisse. En janvier 2014, Closer révèle sa liai­­son avec l’ac­­trice Julie Gayet. Puis le livre de Valé­­rie Trier­­wei­­ler enfonce le clou. Cette année-là, il est lâché par les écolo­­gistes et trois ministres socia­­listes, Benoît Hamon, Arnaud Monte­­bourg et Auré­­lie Filip­­petti. La « fronde » s’or­­ga­­nise, les contes­­ta­­tions se multi­­plient au sein de la majo­­rité, jusqu’à ce que la divi­­sion devienne inso­­luble. Au lende­­main des atten­­tats du 13 novembre 2015, François Hollande reprend carré­­ment un thème cher à l’ex­­trême droite, la déchéance de natio­­na­­lité, propo­­sant de l’ins­­crire dans la Cons­­ti­­tu­­tion et de l’étendre. Cette fois, c’est Chris­­tiane Taubira, consi­­dé­­rée comme la dernière caution de gauche du gouver­­ne­­ment, qui claque la porte. Deux ans plus tard, le Président n’a plus qu’une idée en tête selon Le Canard Enchaîné : ne pas rester dans l’His­­toire comme celui qui a donné les clefs de l’Ély­­sée à Marine Le Pen.

René Coty (1954–1959)

Au cours de la IVe Répu­­blique, le nombre de préten­­dants au trône de pire Président est réduit, car il n’y en eut que deux : Vincent Auriol et René Coty. Répu­­bli­­cain modéré origi­­naire du Havre, ce dernier passait pour un homme simple et digne. Lui et son épouse formaient un couple très popu­­laire. La nouvelle du décès de Germaine Coty, le 12 novembre 1955, suscita beau­­coup d’émo­­tion à travers le pays. En appre­­nant l’élec­­tion de son mari, elle se serait très prag­­ma­­tique­­ment excla­­mée : « Et dire que je viens de rentrer mon char­­bon pour l’hi­­ver ! »


René Coty remet la croix de guerre TOE au drapeau du Pryta­­née Natio­­nal Mili­­taire

Mais René Coty fut aussi le premier président de la guerre d’Al­­gé­­rie. En 1958, le conflit s’in­­ten­­si­­fie. Au mois de mai, le ministre des Affaires écono­­miques Pierre Pflim­­lin s’ap­­prête à prendre la prési­­dence du Conseil, où bat le véri­­table cœur du pouvoir exécu­­tif sous la IVe Répu­­blique. Soupçonné de vouloir négo­­cier un cessez-le-feu avec le Front de libé­­ra­­tion natio­­nal (FLN), il est détesté par les parti­­sans de l’Al­­gé­­rie française. Et la veille de son inves­­ti­­ture, une mani­­fes­­ta­­tion dégé­­nère à Alger. Des cris fusent. « Pflim­­lin à la mer ! » « L’Ar­­mée au pouvoir ! » Entraî­­née par l’an­­cien para­­chu­­tiste Pierre Lagaillarde, la foule assaille le siège du gouver­­ne­­ment local. Le géné­­ral Raoul Salan en profite pour y consti­­tuer un « comité de salut public ». Depuis le balcon, il proclame son atta­­che­­ment à l’Al­­gé­­rie française et son soutien au géné­­ral Charles de Gaulle. Celui-ci s’est retiré dans sa célèbre propriété de Colom­­bey-Les-Deux-Eglises. Mais ses fidèles sont encore nombreux et certains d’entre eux figurent juste­­ment parmi les putschistes d’Al­­ger : Jacques Massu, Lucien Neuwirth et Léon Delbecque. Le 19 mai, Charles de Gaulle convoque les jour­­na­­listes pour annon­­cer qu’il se tient prêt à assu­­mer les pouvoirs de la Répu­­blique. À ceux qui s’inquiètent de la tour­­nure des événe­­ments, qui ressemblent à une manœuvre de reconquête fort peu démo­­cra­­tique, il rétorque : « Ai-je jamais attenté aux liber­­tés publiques ? Je les ai réta­­blies ! Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans je commence une carrière de dicta­­teur ? »

Coty et De Gaulle

À Paris, c’est l’af­­fo­­le­­ment. Des troupes mili­­taires venues d’Al­­gé­­rie débarquent en métro­­pole. La rumeur d’un raid para­­chu­­tiste sur la capi­­tale enfle de plus en plus. Face à un tel danger, René Coty appelle Charles de Gaulle à la rescousse. Celui-ci accepte de former un nouveau gouver­­ne­­ment. Mais le risque est grand de voir l’As­­sem­­blée natio­­nale reje­­ter cette aide « provi­­den­­tielle », et Coty en est réduit à la mena­­cer de démis­­sion­­ner sur le champ. « Si l’échec de la tenta­­tive que j’ai effec­­tuée devait faire appa­­raître que dans un moment aussi critique je me suis trompé, je ne manque­­rais pas d’en tirer aussi­­tôt les consé­quences inéluc­­tables », déclare-t-il le 29 mai 1958. Le 8 janvier 1959, il trans­­met ses pouvoirs à De Gaulle. « C’est parce que le Parle­­ment s’est couché qu’il n’y a pas eu de coup d’État ! » estime Pierre Mendès France. Piteuse fin de mandat de René Coty, qui n’au­­rait d’ailleurs peut-être jamais commencé sans une opéra­­tion de la pros­­tate. Elle l’a en tout cas empê­­ché de parti­­ci­­per au vote sur la créa­­tion d’une armée commune euro­­péenne, ques­­tion qui divi­­sait déjà profon­­dé­­ment la classe poli­­tique et l’opi­­nion publique. Tout le monde igno­­rait donc sa posi­­tion, un atout essen­­tiel lors de l’élec­­tion du 23 décembre 1953.

Albert Lebrun (1932–1940)

Les prési­­dents de la IIIe Répu­­blique sont beau­­coup plus nombreux que ceux de la IVe. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute Félix Faure, mort suite à une rencontre avec sa maîtresse au palais de l’Ély­­sée, le 16 février 1899. Selon la légende, le prêtre venu lui admi­­nis­­trer les derniers sacre­­ments aurait demandé : « Le Président a-t-il toujours sa connais­­sance ? » et se serait entendu répondre : « Non, elle est sortie par l’es­­ca­­lier de service ! » Une histoire qui aurait inspiré cette formu­­laire lapi­­daire à Georges Clémen­­ceau : « Il voulait être César, il ne fut que Pompée. »  Mais Félix Faure n’est pas le seul des prési­­dents de la IIIe Répu­­blique à décé­­der au cours de son mandat.

Doumer, 14e président de la Répu­­blique française

Le 6 mai 1932, Paul Doumer inau­­gure une expo­­si­­tion consa­­crée aux écri­­vains de la Première Guerre mondiale à l’hô­­tel Salo­­mon de Roth­­schild. Parmi les visi­­teurs s’est glissé Paul Gorgu­­lov, Russe blanc réfu­­gié en France. Aux alen­­tours de 15 heures, il ouvre le feu sur le président de la Répu­­blique, déter­­miné à punir la France pour ne pas avoir soutenu l’Ar­­mée blanche contre les bolche­­viques. Paul Doumer est touché à la tête et à l’ais­­selle. Il laisse échap­­per un « Tout de même ! » scan­­da­­lisé, et s’ef­­fondre au milieu d’une assis­­tance stupé­­faite. Tran­­sporté à l’hô­­pi­­tal Beaujon, il succombe à ses bles­­sures quelques heures plus tard. Une élec­­tion est orga­­ni­­sée dans la hâte, et rempor­­tée par Albert Lebrun. D’après le poète Saint-John Perse, égale­­ment secré­­taire géné­­ral du minis­­tère des Affaires étran­­gères de 1933 à 1940, le nouveau Président est « mou, effrayé comme le lièvre par son ombre ». Dans son ouvrage La Déca­­dence, l’his­­to­­rien Jean-Baptiste Duro­­selle écrit : « À aucun moment, même grave, on ne décèle aucune action d’Al­­bert Lebrun. » Et les moments graves ne manquent pas. Le 6 février 1934, les gardes mobiles doivent tirer sur des émeu­­tiers pour proté­­ger le Palais Bour­­bon.

Au prin­­temps 1936, Adolf Hitler remi­­li­­ta­­rise la Rhéna­­nie. Cette année-là, la France refuse d’in­­ter­­ve­­nir dans le conflit qui oppose les franquistes aux répu­­bli­­cains en Espagne. En septembre 1938, les accords de Munich livrent la Tché­­co­s­lo­­vaquie à l’Al­­le­­magne nazie. Un an plus tard, Hitler attaque la Pologne. C’est le début de la Seconde Guerre mondiale. Le 23 octobre 1939, Albert Lebrun passe en revue les chars de l’unité de Charles de Gaulle en Moselle. Ce dernier écrira dans ses Mémoires de guerre : « Au fond, comme chef de l’État, deux choses lui avaient manqué : qu’il fût un chef ; qu’il y eût un État. » Le 14 juin 1940, le gouver­­ne­­ment français est contraint de se replier à Bordeaux. Là, Albert Lebrun va refu­­ser la démis­­sion du vice-président du Conseil, le maré­­chal Philippe Pétain. Puis lui deman­­der de former un nouveau gouver­­ne­­ment, contre l’avis des prési­­dents des deux Assem­­blées. Ces mêmes Assem­­blées octroie­­ront les pleins pouvoirs au maré­­chal le 10 juillet. Une peine qui semble presque inutile tant Lebrun lui a laissé le champ libre. Mais s’il manque de carac­­tère, le dernier président de la IIIe Répu­­blique ne manque pas de prin­­cipes. Hostile au régime de Vichy, il se retire à Vizille, avant d’être enlevé par la Gestapo et un temps empri­­sonné au château d’It­­ter, en Autriche.

Portrait d’Al­­bert Lebrun

Le premier président (1848–1852)

Louis-Napo­­léon Bona­­parte est le premier président de l’his­­toire des Répu­­bliques françaises, car la Ie ne prévoyait pas cette fonc­­tion. Le 4 novembre 1848, l’élec­­tion au suffrage univer­­sel direct mascu­­lin est instauré. Malgré une répu­­ta­­tion d’ « imbé­­cile », le neveu de Napo­­léon Bona­­parte remporte l’élec­­tion. Mais il n’en était pas à son premier tour de piste. Le 30 octobre 1836, il avait essayé de renver­­ser le roi Louis-Philippe Ier depuis Stras­­bourg. Son plan était de soule­­ver une garni­­son et de marcher sur la capi­­tale en entraî­­nant la popu­­la­­tion avec lui, sur le modèle du retour de l’île d’Elbe de Napo­­léon Ier en 1815. C’est un échec total, et le conspi­­ra­­teur est enfermé à la préfec­­ture de police, puis exilé aux États-Unis.

Portrait de Louis-Napo­­léon Bona­­parte (1852)
Première photo­­gra­­phie offi­­cielle d’un chef de l’État français

Dans la nuit du 5 au 6 août 1840, il débarque de nouveau en France, en compa­­gnie de quelques amis, dans l’es­­poir de rallier le 42e régi­­ment à sa cause. Nouvel échec, nouvelle arres­­ta­­tion. Mais cette fois, Louis-Napo­­léon Bona­­parte est jugé, et condamné à l’em­­pri­­son­­ne­­ment à perpé­­tuité. Il s’at­­telle alors à la rédac­­tion de son Extinc­­tion du paupé­­risme, qui connait un certain succès à sa paru­­tion en 1844 et le pose en socia­­liste. La fièvre de l’aven­­ture ne le reprend que deux ans plus tard, et le pousse à s’éva­­der sous le dégui­­se­­ment d’un ouvrier. Le 20 décembre 1848, il est enfin aux portes du pouvoir et prête serment devant l’As­­sem­­blée consti­­tuante : « En présence de Dieu et devant le peuple français, repré­­senté par l’As­­sem­­blée natio­­nale, je jure de rester fidèle à la Répu­­blique démo­­cra­­tique, une et indi­­vi­­sible et de remplir tous les devoirs que m’im­­pose la Cons­­ti­­tu­­tion. » Un serment bafoué en 1851, lorsque Louis-Napo­­léon Bona­­parte confisque tout pouvoir à l’As­­sem­­blée. Dans la nuit du 1er au 2 décembre, des troupes armées prennent posses­­sion de Paris. La capi­­tale réagit malgré le carac­­tère conser­­va­­teur de l’As­­sem­­blée, qui venait d’abro­­ger le suffrage univer­­sel direct mascu­­lin. Un peu partout dans le pays, les répu­­bli­­cains se soulèvent pour défendre la Cons­­ti­­tu­­tion. La répres­­sion est sanglante. Une fois réta­­bli le suffrage univer­­sel direct mascu­­lin, un plébis­­cite est orga­­nisé dans une atmo­­sphère délé­­tère les 20 et 21 décembre. Louis-Napo­­léon Bona­­parte avait même envi­­sagé d’abo­­lir le vote secret pour l’oc­­ca­­sion, mais renon­­cera devant les protes­­ta­­tions. « Plus de sept millions de suffrages viennent de m’ab­­soudre », déclare Louis-Napo­­léon Bona­­parte, qui recon­­naît ainsi, sans même y prendre garde, sa culpa­­bi­­lité.

Un an plus tard, il devient Napo­­léon III en procla­­mant le Second Empire. Avoir été élu Président pour finir vingt ans plus tard Empe­­reur déchu par l’As­­sem­­blée et « respon­­sable de la ruine, de l’in­­va­­sion et du démem­­bre­­ment de la France » vaut sans doute à Louis-Napo­­léon Bona­­parte le titre de pire président de la Répu­­blique de l’his­­toire de France. Pour l’en­­semble de son œuvre, mais avant tout pour avoir été le seul homme à volon­­tai­­re­­ment sabor­­der la jeune Répu­­blique qu’il avait juré d’in­­car­­ner : Louis-Napo­­léon Bona­­parte, unique président de la IIe Répu­­blique.

14 juillet 1883, inau­­gu­­ra­­tion de la Place de la Répu­­blique

Couver­­ture : Certains des concur­­rents. (Ulyces)


 

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