par Caroline Bourgeret | 18 août 2015

La genèse du SETI

J’ai­­me­­rais commen­­cer par l’as­­pect histo­­rique. Quand consi­­dé­­rez-vous que la science a rencon­­tré la fiction ?

Géné­­ra­­le­­ment, on fait remon­­ter la nais­­sance de la science-fiction à des gens comme Jules Verne, au XIXe siècle. Mais la science-fiction a seule­­ment été rendue possible après la Renais­­sance, lorsqu’on a commencé à perce­­voir l’ave­­nir diffé­­rem­­ment du présent. Si vous viviez en France il y a mille ans, la vie de vos enfants était simi­­laire à la vôtre, pour toujours, on ne s’at­­ten­­dait pas à un chan­­ge­­ment.

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Seth Shos­­tak
Crédits : SETI Insti­­tute

Ce n’est qu’à partir de la Renais­­sance que ces attentes ont commencé à surgir, lorsqu’on a commencé à apprendre à mani­­pu­­ler le monde physique. C’est à ce moment-là que la science-fiction a pris tout son sens, car désor­­mais ce n’était plus de la simple fiction, c’était de la fiction qui prédi­­sait un avenir diffé­rent. Quant à l’idée des extra­­­ter­­restres, elle est très ancienne : il y a 2 500 ans, les Grecs évoquaient déjà le fait qu’il y avait des dieux, des hommes et même des animaux dans les étoiles. L’idée qu’il y a quelqu’un là-haut remonte à loin ; l’idée que nous sommes capables de les trou­­ver, en revanche, est assez récente. Je la situe­­rais autour de 1860, lorsqu’un duo de physi­­ciens euro­­péens s’est inté­­ressé au fait d’en­­trer en contact avec les habi­­tants de Mars ou de la Lune.

À quand remonte la créa­­tion de l’ins­­ti­­tut ?

L’idée de SETI (Search for Extra-Terres­­trial Intel­­li­­gence), de la recherche d’une intel­­li­­gence extra­­­ter­­restre, remonte aux années 1900. Marconi, le premier inven­­teur de la radio, et Nikola Tesla, qui menait aussi des recherches sur les ondes radio, pensaient tous deux avoir entendu des Martiens sur les ondes. Cette idée est donc ancienne, elle date d’il y a 100 ans. Mais les expé­­riences modernes de recherche d’une intel­­li­­gence extra­­­ter­­restre ne datent que de 1960, un peu plus de vingt ans avant la créa­­tion de l’ins­­ti­­tut. À l’ori­­gine, il y a une expé­­rience réali­­sée par Frank Drake, qui a fondé le groupe et travaille encore ici avec nous. En 1960, il a lancé le projet Ozma, d’après le nom d’un person­­nage de roman célèbre. Il a passé plusieurs semaines à attendre des signaux, et c’est ce qui a donné nais­­sance à la recherche extra­­­ter­­restre moderne. L’Ins­­ti­­tut SETI a vu le jour en 1984. Il a été mis en place suite à l’in­­ten­­tion de la NASA d’in­­ves­­tir de l’argent dans un projet de recherche d’une intel­­li­­gence extra­­­ter­­restre – il s’agit donc plus d’une avan­­cée bureau­­cra­­tique que scien­­ti­­fique.

Vous avez évoqué Nikola Tesla. À l’époque, il n’était pas vrai­­ment pris au sérieux à ce sujet. Pourquoi les gens se sont subi­­te­­ment mis s’in­­té­­res­­ser à ces ques­­tions ?

Je ne pense pas que cela ait un rapport avec Tesla, qui avait fait erreur sur certains points : il pensait qu’il serait possible de distri­­buer de la puis­­sance élec­­trique aux gens, disons aux citoyens pari­­siens, sans utili­­ser de fils élec­­triques. Il a réalisé de nombreuses expé­­riences, mais cela s’est révélé plus compliqué que prévu. Sans comp­­ter qu’il est mort d’une regret­­table maniè­­re… Mais bref, cela n’avait rien à voir avec la recherche extra­­­ter­­restre.

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La planète Mars
Crédits : NASA/JPL-Caltech

Si ces expé­­riences ont pris moins d’im­­por­­tance pendant long­­temps au XXe siècle, c’est parce qu’on a appris que la Lune était privée d’at­­mo­­sphère, et que l’at­­mo­­sphère sur Mars était quasi-inexis­­tante, qu’il y faisait très froid. On ne se voyait plus deve­­nir les futurs Martiens, et écou­­ter la radio dans l’es­­poir d’en entendre ne servait plus à rien dans la mesure où il n’y en avait pas. Pendant long­­temps, les gens se sont dits : « OK, oublions ça. » Mais à partir des années 1960, les trans­­mis­­sions radio se sont amélio­­rées, et on a bien mieux compris le fonc­­tion­­ne­­ment de ces systèmes ; il y avait de grandes antennes, on assis­­tait à un renou­­veau.

Pouvez-vous me parler de l’équa­­tion de Frank Drake ?

Bien sûr. Frank Drake était astro­­nome, diplômé de Harvard. Il avait 30 ans lorsqu’il a réalisé cette expé­­rience. Il travaillait à l’Ob­­ser­­va­­toire natio­­nal de  radio­as­­tro­­no­­mie, en Virgi­­nie-Occi­­den­­tale. L’ob­­ser­­va­­toire avait acheté une nouvelle antenne, car ils avaient prévu d’en construire de très grandes, mais ils avaient besoin d’en avoir une pour commen­­cer. Le direc­­teur de l’ob­­ser­­va­­toire a dit à Frank Drake : « Vous devriez réflé­­chir à une expé­­rience avec laquelle nous pour­­rions l’uti­­li­­ser. » Et Drake s’est dit : « Voilà une idée : s’il y a quelqu’un là-haut, peut-être a-t-il un émet­­teur radio. Aussi pourquoi ne pas utili­­ser cette antenne en la poin­­tant en direc­­tion de certaines étoiles proches de nous ? » Et c’est ce qu’il a fait, il l’a diri­­gée vers deux étoiles proches, chacune de ces étoiles se trou­­vant à 10 ou 12 années-lumière – en astro­­no­­mie, c’est une courte distance. Il espé­­rait rece­­voir des signaux, avec une instal­­la­­tion très simple. Au total, l’ex­­pé­­rience a coûté 2 000 dollars, ce qui, comparé aux stan­­dards actuels de la science, n’est vrai­­ment pas cher. Cela a suscité un grand inté­­rêt, telle­­ment que l’an­­née suivante, il a donné une confé­­rence au même endroit, à 100 mètres de là où il avait réalisé son expé­­rience. Il s’est dit qu’il avait besoin d’un programme, d’un plan pour cette confé­­rence, et c’est là qu’il a eu l’idée de cette équa­­tion désor­­mais connue sous le nom d’équa­­tion de Drake, qui serait le programme de la confé­­rence. Son but était simple­­ment d’es­­sayer d’es­­ti­­mer les chances que nous avons d’en­­tendre un jour quelque chose. ulyces-sethshostak-01

Dans cette équa­­tion, « fp » repré­­sente le nombre de planètes qui abritent la vie, n’est-ce pas ?

Oui. C’est une série de termes. L’idée est la suivante : c’est comme de se deman­­der combien il y a d’étu­­diants à la Sorbonne, par exemple. Pour trou­­ver le résul­­tat, il faut consi­­dé­­rer le nombre d’ad­­mis en première année à la Sorbonne, chaque année. Ensuite, il faut multi­­plier ce nombre par le nombre moyen d’an­­nées d’études à la fac : quatre ans, en géné­­ral. Cela vous donnera le nombre d’étu­­diants. Frank Drake a procédé de la même façon : pour savoir combien de nouvelles socié­­tés naissent chaque année dans la galaxie, il faut comp­­ter le nombre d’étoiles en forma­­tion par an dans notre galaxie, la frac­­tion de ces étoiles possé­­dant des planètes, celles qui sont propices à l’ap­­pa­­ri­­tion de la vie, celles qui l’abritent effec­­ti­­ve­­ment, la frac­­tion de ces planètes sur lesquelles est appa­­rue une vie intel­­li­­gente – des choses comme ça. Ensuite, il multi­­plie cela par la durée de vie moyenne de ces civi­­li­­sa­­tions, de ces Klin­­gons – comme le nombre d’an­­nées où vous restez à la Sorbonne. Cela corres­­pond au « L » à la fin de l’équa­­tion : la durée de vie moyenne d’une société. Si vous multi­­pliez ces deux chiffres, cela vous donne le nombre de socié­­tés qui émettent des signaux à travers la galaxie en ce moment alors que vous vous trou­­vez là, assise dans votre appar­­te­­ment.

Et à titre person­­nel, comment en êtes-vous venus à travailler pour l’ins­­ti­­tut ?

Petit, je m’in­­té­­res­­sais aux extra­­­ter­­restres, comme la plupart des enfants je crois. J’ai étudié l’as­­tro­­no­­mie pendant long­­temps, aux États-Unis et en Europe. Mais la recherche d’une intel­­li­­gence extra­­­ter­­restre utili­­sait les mêmes tech­­niques et m’in­­té­­res­­sait plus encore. Avant de partir vivre en Cali­­for­­nie – pour des raisons tota­­le­­ment diffé­­rentes –, je suis allé à une soirée à Brook­­lyn. Là-bas, j’ai rencon­­tré des personnes travaillant pour l’Ins­­ti­­tut SETI qui m’ont demandé si je cher­­chais un boulot. Et voilà.

Biolo­­gique ou méca­­nique ?

Quand on parle de commu­­ni­­ca­­tion extra­­­ter­­restre, pourquoi suppose-t-on qu’ils parle­­raient les premiers ?

« Nous ne pouvons pas exis­­ter sans infor­­mer l’uni­­vers de note présence. »

Il se peut tout à fait qu’ils ne parlent pas en premier, mais s’ils ne le font pas, on ne les enten­­dra pas ce soir. C’est un effet de sélec­­tion ; beau­­coup de gens demandent : « Pourquoi partez-vous du prin­­cipe que les extra­­­ter­­restres disposent de tech­­no­­lo­­gies radio, peut-être qu’ils n’en sont qu’au stade de Nean­­der­­tal. » Peut-être que c’est le cas pour beau­­coup d’entre eux, mais si c’est le cas on n’en enten­­dra pas parler, pas vrai ? Par consé­quent, on ne rece­­vra de réponses que de la part de socié­­tés évoluées. Évidem­­ment, nous pour­­rions émettre un signal dans l’es­­pace – l’idée a déjà été évoquée, beau­­coup de gens aime­­raient le faire –, et dire quelque chose comme : « Salut les gars, nous sommes les habi­­tants de la Terre et nous aime­­rions beau­­coup que vous rejoi­­gniez notre club de lecture. » On pour­­rait faire ça.

Nous l’avons déjà fait d’une certaine manière, non ?

Nous le faisons à longueur de temps, nos para­­boles domes­­tiques le font tous les jours. Donc nous pour­­rions faire ça, mais si la société la plus proche se trouve à 500 années-lumière de nous, les signaux mettront 500 ans à leur parve­­nir, et s’ils répondent, il faudra à nouveau attendre 500 ans pour rece­­voir le message. C’est un peu long pour réus­­sir, personne ne veut décro­­cher le prix Nobel dans 500 ans ! Donc oui, nous pour­­rions émettre des signaux, mais il est peut-être plus inté­­res­­sant de commen­­cer par écou­­ter, afin de voir si quelqu’un nous en envoie déjà.

Qu’en est-il des messages qui ont déjà été envoyés ?

Comme ceux des sondes Pioneer ? Elles se déplacent dans l’es­­pace à envi­­ron 12 km par seconde –pas par heure, par seconde, ce qui est plutôt rapide, mais très lent pour atteindre d’autres systèmes étoi­­lés. Il leur faudrait quelque chose comme un million d’an­­nées pour cela. Et personne ne les trou­­vera, ils ne sont pas très gros. Je ne vois pas comment les extra­­­ter­­restres pour­­raient les trou­­ver.

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Dessin de la plaque de Pioneer, par Carl Sagan et Frank Drake

Pensez-vous qu’il peut être dange­­reux d’émettre des messages, sachant que ces extra­­­ter­­restres pour­­raient être hostiles ?

Certaines personnes le prétendent. J’ai écrit des articles à ce sujet, et je ne pense pas que cela soit plus dange­­reux que ce qu’on fait déjà. Nous émet­­tons déjà des signaux aux extra­­­ter­­restres. N’im­­porte quel extra­­­ter­­restre qui vien­­drait ici pour causer des problèmes serait capable de détec­­ter toutes ces trans­­mis­­sions commises par mégarde, non-inten­­tion­­nelles si vous préfé­­rez, comme les radars de l’aé­­ro­­port Charles de Gaulle qui diffusent notre présence à tout moment. Ce sont des émet­­teurs assez puis­­sants, en vérité, et on ne veut évidem­­ment pas les éteindre. Nous ne pouvons pas exis­­ter sans infor­­mer l’uni­­vers de notre présence, c’est pourquoi je ne suis pas très inquiet à ce sujet.

Les formes de vie extra­­­ter­­restres que vous recher­­chez doivent-elles être néces­­sai­­re­­ment intel­­li­­gentes ?

Celles qui ne le sont pas n’en­­voient pas de messages.

Bien sûr, mais ne souhai­­te­­riez-vous pas en décou­­vrir malgré tout ?

D’autres personnes travaillent ici, au bout du couloir, qui sont à la recherche d’une vie sur Mars notam­­ment. Il se peut que Mars soit habi­­tée – ou l’ait été –, mais il faudrait un micro­­scope pour aper­­ce­­voir cette vie, qui doit être micro­­bio­­lo­­gique. Mais cela serait malgré tout inté­­res­­sant car nous pour­­rions affir­­mer : « Eh, regar­­dez, la vie existe aussi sur cette planète ! » La biolo­­gie est partout, ce serait donc bien de le savoir. Mais à l’ins­­ti­­tut, nous sommes à la recherche d’une vie intel­­li­­gente – si des extra­­­ter­­restres peuvent construire un émet­­teur radio, alors ils sont intel­­li­­gents. Tout comme nous.

Lors d’une de vos confé­­rences, vous évoquiez le fait que cette vie pour­­rait ne pas être biolo­­gique : il pour­­rait s’agir de machines.

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Le radio­­té­­les­­cope d’Are­­cibo, utilisé pour la recherche
Crédits : Natio­­nal Astro­­nomy and Ionos­­phere Center

Je pense qu’il y a de bonnes chances, si nous inter­­­cep­­tons des signaux, pour qu’ils n’aient pas été envoyés par une intel­­li­­gence biolo­­gique. Au cours des cinquante prochaines années, nous allons possi­­ble­­ment inven­­ter l’in­­tel­­li­­gence arti­­fi­­cielle – beau­­coup de gens qui travaillent dans ce domaine pensent même que cela pour­­rait mettre moins de  cinquante ans. Vous savez comment nous sommes, une fois que ce sera fait, nous deman­­de­­rons à cette machine : « OK, main­­te­­nant c’est à toi de conce­­voir la prochaine. » Et quinze ans plus tard, vous obte­­nez une machine plus intel­­li­­gente que tous les êtres humains réunis. Si nous sommes capables de faire cela en l’es­­pace d’un siècle ou deux après l’in­­ven­­tion de la radio, je pense que la plupart des extra­­­ter­­restres auront fait quelque chose de semblable. Honnê­­te­­ment, je pense que si nous détec­­tons un signal, il ne sera pas biolo­­gique – quoi que vous pensiez de cette idée.

Qu’est-ce que vous en pensez, vous ?

Ça m’inquiète, car je pense que lors de ce siècle-ci, nous allons cesser d’être les êtres les plus intel­­li­­gents de la planète, et je ne sais pas comment nous allons réagir à ça… mais nous pour­­rions décou­­vrir que cela s’est déjà produit de très nombreuses fois dans l’uni­­vers.

Et il y aura une grande guerre contre les machines, nous fini­­rons par les inter­­­dire et hop, on se retrou­­vera dans Dune…

Je n’en suis pas sûr ! Après tout, vous n’êtes pas en guerre contre les scara­­bées qui peuplent votre jardin, même si vous êtes bien plus intel­­li­­gente qu’eux. Vous ne faites simple­­ment pas atten­­tion à eux. Je ne suis pas sûr que les machines nous accordent beau­­coup d’at­­ten­­tion, à ce stade.

C’est effrayant.

Peut-être allons-nous deve­­nir leurs animaux de compa­­gnie. Je ne suis pas contre, ça implique­­rait de dormir beau­­coup et de se faire nour­­rir par quelqu’un d’autre !

Vous dites égale­­ment que le genre humain est apparu sur Terre il y a peu de temps, et qu’il y a donc peu de chances qu’on soit au courant de notre présence ailleurs dans l’uni­­vers.

C’est ce que je pense, oui. Aux États-Unis, un tiers de la popu­­la­­tion consi­­dère que les extra­­­ter­­restres sont là – soucoupes volantes, ovnis, etc. Un tiers de la popu­­la­­tion française le pense égale­­ment, c’est la même chose en Europe. Il serait très inté­­res­­sant que ce soit avéré, mais hélas les preuves ne me semblent pas très valables. Il est probable qu’ils ne soient pas encore au fait de notre exis­­tence, car s’ils vivent à 100 années-lumière d’ici, ils n’ont pas encore pu détec­­ter les radars de la Seconde Guerre mondiale, par exemple. Ils ne savent toujours pas qu’Homo Sapiens vit ici, car il est diffi­­cile de nous trou­­ver à moins de cher­­cher des choses aussi précises que nos émet­­teurs radars ou nos télé­­vi­­sions. Ils ne sont pas diffi­­ciles à trou­­ver, mais on ne peut le faire que si on est proche d’eux, pour que les signaux aient eu le temps d’ar­­ri­­ver. Je pense qu’il y a peu de chances pour que les extra­­­ter­­restres sachent que les hommes sont là. Il n’y a pas lieu de s’inquié­­ter en pensant qu’ils vont débarquer et vous enle­­ver pour vous manger, pour s’adon­­ner à des expé­­riences de repro­­duc­­tion ou quoi que ce soit de ce genre… Ils ne savent pas que nous sommes ici – une inquié­­tude de moins à avoir.

De notre côté, peut-être regar­­dons-nous dans une zone trop proche de la nôtre ?

L’uni­­vers est beau­­coup, beau­­coup plus vaste que la partie sur laquelle nous concen­­trons nos recherches, c’est vrai. Nous cher­­chons seule­­ment dans notre propre galaxie, et seule­­ment dans les parties les plus proches, mais c’est comme cher­­cher de nouveaux animaux, par exemple – vous cher­­che­­riez en France dans un premier temps, mais vous pour­­riez vous dire : « Mais non, on ne devrait pas commen­­cer par cher­­cher en France, allons voir en Austra­­lie ou ailleurs. Pourquoi ne pas commen­­cer par-là ? Véri­­fions cet endroit d’abord, puis nous pour­­rons élar­­gir nos recherches au fur et à mesure. » Il y a donc beau­­coup d’autres endroits où cher­­cher, mais d’un autre côté, si on ne trouve aucun animal à proxi­­mité, peut-être qu’il n’y en a aucun non plus dans les zones plus éloi­­gnées – au moins, commençons par les zones les plus proches. Pour ce qui est des univers paral­­lèles, ce serait formi­­dable mais nous n’avons aucun moyen de les explo­­rer.

Moyens et théo­­ries

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L’Al­­lan Teles­­cope Array
Crédits : Colby Gutier­­rez-Kray­­bill

Quelles tech­­niques utili­­sez-vous préci­­sé­­ment ?

Nous faisons prin­­ci­­pa­­le­­ment ce qu’on appelle de la « SETI radio » : nous utili­­sons des antennes, comme dans le film Contact – j’ai d’ailleurs été consul­­tant sur le film, comme beau­­coup de mes collègues. Nous utili­­sons simple­­ment les antennes de l’Allen Teles­­cope Array : 42 antennes situées au nord de la Cali­­for­­nie, à envi­­ron 500 km de San Fran­­cisco. Nous les diri­­geons vers des étoiles situées à proxi­­mité. Nous plan­­chons égale­­ment sur une expé­­rience nous permet­­tant de repé­­rer des lumières laser cligno­­tantes dans le ciel. Et pas seule­­ment en direc­­tion des étoiles proches mais partout, car personne ne sait d’où ils pour­­raient venir. Mais nous sommes en train de mettre au point cette expé­­rience, pour le moment nous utili­­sons unique­­ment des antennes.

Comment votre travail est-il perçu à travers le monde ?

Bien, je pense. Il arrive que je reçoive des mails de gens disant : « Vous perdez votre temps », ou bien : « Vous gaspillez mon argent » – ils pensent que nous fonc­­tion­­nons grâce à leurs impôts, ce qui n’est pas le cas. Mais je reçois très peu de mails de ce genre, 99 % des gens qui m’écrivent trouvent notre travail inté­­res­­sant et me font même des sugges­­tions de recherche. Les gens s’in­­té­­ressent à tout ça, évidem­­ment. Je pense que nous sommes condi­­tion­­nés par nature à nous inté­­res­­ser à la décou­­verte de ce qui se trouve « de l’autre côté de la colline », car il y a des centaines de milliers d’an­­nées, lorsque nous vivions en Afrique, il était capi­­tal de savoir qui vivait de l’autre côté de la colline. Ils pouvaient surgir et prendre posses­­sion de vos terres, ou ne prendre que les femmes – mais dans tous les cas, il était impor­­tant de le savoir.

Comment réagi­­riez-vous si demain, vous rece­­viez des signaux ?

On passe­­rait au moins une semaine à effec­­tuer des véri­­fi­­ca­­tions, sans y croire tant que quelqu’un d’autre ne les aura pas vus de ses yeux. On appel­­le­­rait les gens d’un autre obser­­va­­toire radio – celui de Meudon, par exemple. On les appel­­le­­rait et on dirait : « Regar­­dez. » Et s’ils les voient aussi, on y croira davan­­tage, et on le dira à tous les autres. Tout le monde voudra diri­­ger son téles­­cope dans cette direc­­tion, pour essayer d’en savoir le plus possible. Et à ce stade, je pense qu’on aurait l’argent pour construire un meilleur maté­­riel.

Cela a-t-il déjà eu lieu, ou presque ?

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Seth Shos­­tak dans un épisode de Star Trek: Of Gods and Men

Il n’y a pas de « presque », dans ce domaine. Mais il nous est arrivé d’avoir de fausses alertes, alors qu’on pensait qu’il s’agis­­sait peut-être de signaux. C’est une situa­­tion inté­­res­­sante, mais aucun de ces signaux n’était réel, évidem­­ment.

En janvier dernier, des signaux ont été captés qui ont créé une grande agita­­tion.

Oui, des signaux ont été détec­­tés par les obser­­va­­toires radio, en parti­­cu­­lier un, en Austra­­lie, qu’ils ont appe­­lés « sursauts radio rapides », mais personne ne sait préci­­sé­­ment ce que c’était. Viennent-ils vrai­­ment de l’es­­pace ? Sont-ils seule­­ment dus à une inter­­­fé­­rence sur Terre ? Et s’ils viennent effec­­ti­­ve­­ment de l’es­­pace, que sont-ils ? Des colli­­sions de trous noirs ? Il y a beau­­coup de possi­­bi­­li­­tés, et personne ne sait vrai­­ment s’ils ont quelque chose à voir avec les extra­­­ter­­res­­tres… ce qui signi­­fie que ce n’est sûre­­ment pas le cas.

Certains émettent l’hy­­po­­thèse que des civi­­li­­sa­­tions anciennes ont été en contact avec des extra­­­ter­­restres. Que pensez-vous de ces théo­­ries ? (Je vous ai vu dans Ancient Aliens !)

Non, je ne pense pas que nous ayons reçu la visite d’ex­­tra­­ter­­restres par le passé. Pour commen­­cer, ils ne sont pas si anciens, ils parlent des Égyp­­tiens, mais ça ne remonte qu’à 5 000 ans. Ça ne fait pas très long­­temps, c’est comme si c’était hier ! Ces gens regardent les pyra­­mides et se disent : « Oh, les extra­­­ter­­restres ont dû aider les Égyp­­tiens, ils étaient trop stupides pour le faire eux-mêmes. » Mais c’est fou ! En voyant Notre-Dame, se disent-ils : « Les Français n’ont pas pu construire cela, ils ont dû rece­­voir l’aide des extra­­­ter­­restres ! » Qu’al­­lez-vous répondre à cela ? « C’est vrai, c’est compliqué, je ne pense pas qu’ils en aient été capables » ? Je ne pense pas. On ne dirait pas non plus à propos du Coli­­sée à Rome : « Oh, les Romains n’ont pas pu construire ça, ils n’étaient pas intel­­li­­gents pour le faire. » Les Égyp­­tiens n’étaient pas plus stupides que les autres, ils ont très bien pu le faire eux-mêmes. Cette idée résulte du fait que ces choses sont immenses, impres­­sion­­nantes et demandent beau­­coup de travail – vrai­­ment beau­­coup de travail –, mais pour Notre-Dame, c’est la même chose. Cela ne signi­­fie pas que les Français ne l’ont pas construite, et il n’y a aucune preuve que les extra­­­ter­­restres aient quoi que ce soit à voir là-dedans… Et puis cela n’a tout simple­­ment pas de sens. Si vous étiez une bande de Klin­­gons, vien­­driez-vous sur Terre en vous disant : « OK, voilà ce qu’on va faire : on va aider ces hommes à empi­­ler des blocs de calcaire pour construire ces gros bâti­­ments poin­­tus, afin qu’ils puissent y enter­­rer leurs morts. » Je pense que c’est idiot, très idiot.

Que pensez-vous d’Ancient Aliens ?

C’était drôle. Il serait inté­­res­­sant de péné­­trer dans une pyra­­mide et d’y trou­­ver un télé­­phone portable extra­­­ter­­restre. Là, je me dirais : « Attends un peu, ça peut nous être utile ! » Mais on n’a rien trouvé de tel, rien que les Égyp­­tiens n’au­­raient pu construire eux-mêmes.

Quels sont les films qui se rapprochent le plus de la réalité d’un contact avec une vie extra­­­ter­­restre, selon vous ?

Je ne pense pas que beau­­coup s’en rapprochent. Les réali­­sa­­teurs de films ne sont pas des scien­­ti­­fiques, ils ne souhaitent pas parti­­cu­­liè­­re­­ment présen­­ter la science telle quelle est – et il ne s’agit pas de cela. Si vous voyez un film de super-héros, il ne s’agit pas de la réalité, c’est un film, une histoire, c’est pourquoi les extra­­­ter­­restres sont géné­­ra­­le­­ment présen­­tés comme des gens géniaux, des sortes d’êtres biolo­­giques senti­­men­­taux. Et je viens de vous expliquer le problème : la plupart des extra­­­ter­­restres ne sont proba­­ble­­ment pas du tout comme ça.

« Les Français ont le maté­­riel, l’ex­­per­­tise et l’argent, mais ils ne font pas de recherche. »

Mais ce n’est pas grave, ce n’est qu’une histoire, ce n’est pas censé être la réalité mais du cinéma. Donc je crois qu’au­­cun de ces films n’est vrai­­ment juste, mais dans le cas de Contact, je pense qu’au moins la science est plutôt exacte, car le scéna­­rio a été écrit par Carl Sagan – il connais­­sait la science, c’est pourquoi ce film la présente de façon plus exacte. Cela ne veut pas dire qu’il est plus juste pour autant. J’ai beau­­coup aimé le premier Alien, celui de Ridley Scott. Il n’était pas très réaliste, mais cela n’a aucune impor­­tance.

Travaillez-vous en colla­­bo­­ra­­tion avec d’autres pays ?

On l’a fait, par le passé. Il y a 30 ans, toute cette entre­­prise de recherche d’une vie extra­­­ter­­restre intel­­li­­gente était beau­­coup plus inter­­­na­­tio­­nale, en parti­­cu­­lier avec l’Union sovié­­tique, qui était très active. Beau­­coup des idées majeures pour la recherche extra­­­ter­­restre se sont déve­­lop­­pées pendant l’Union sovié­­tique. Mais pour ce qui est de faire des expé­­riences, très, très peu de pays en ont fait – ni les Anglais ni les Français. Et ce bien que les Français possèdent le maté­­riel. J’ai parlé de Meudon, mais il y a d’autres radio­­té­­les­­copes : ils ont le maté­­riel, l’ex­­per­­tise et l’argent, mais ils ne le font pas. J’ai vécu aux Pays-Bas et c’est la même chose : ils ont tout ce qu’il faut, mais ils ne font rien. Le seul pays euro­­péen à avoir fait de la recherche récem­­ment est l’Ita­­lie, à l’uni­­ver­­sité de Bologne. C’était prin­­ci­­pa­­le­­ment une expé­­rience améri­­caine, et vous devez vous deman­­der pourquoi : c’est cultu­­rel. Aux Pays-Bas, ils se pensent trop censés pour tout ça. Ils le disent en néer­­lan­­dais et cela signi­­fie quelque chose de sensi­­ble­­ment diffé­rent, mais pour résu­­mer ils s’ex­­priment ainsi : « Lais­­sons ça à ces fous d’Amé­­ri­­cains. » L’Amé­­rique est une société de la fron­­tière, nous avons des cow-boys ; il n’y en a pas aux Pays-Bas.

Une époque exci­­tante

Pensez-vous que nous sommes dans un moment crucial pour la recherche ?

Personne ne sait si nous allons bien­­tôt décou­­vrir quelque chose – malheu­­reu­­se­­ment, il n’y a pas de moyen de le savoir. On ne peut pas être sûr qu’on trou­­vera quelque chose un jour, pour être honnête. Mais d’un autre côté, si on consi­­dère la vitesse à laquelle le maté­­riel se déve­­loppe et la rapi­­dité des recherches, selon moi, il est possible que dans les 20 années à venir, on trouve quelque chose. J’ai parié une tasse de café là-dessus, mais j’ai peut-être tort. C’est une suppo­­si­­tion, prin­­ci­­pa­­le­­ment fondée sur la vitesse du progrès et de la tech­­no­­lo­­gie que nous utili­­sons.

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SETI@­­home, la recherche extra­­­ter­­restre colla­­bo­­ra­­tive

Il y a de nombreuses cultures dans le monde pour lesquelles il est évident que des gens vivent dans les étoiles, même si cela ne se base pas sur des preuves scien­­ti­­fiques. Pensez-vous que tous les êtres humains sont opti­­mistes en ce sens ?

Oui, je le pense. Des sondages réali­­sés aux États-Unis montrent qu’en­­vi­­ron 80 % de la popu­­la­­tion pense que nous ne sommes pas seuls. Souve­­nez-vous que 30 ou 40 % pensent qu’ils sont déjà là, donc non seule­­ment qu’il y a de la vie dans l’es­­pace, mais que les extra­­­ter­­restres nous rendent visi­­te… Ces pour­­cen­­tages ne changent pas beau­­coup d’un pays à l’autre. Si vous prenez l’Aus­­tra­­lie, le Japon, la Nouvelle-Zélande, l’Eu­­rope, le Canada ou l’Amé­­rique du Sud, c’est plus ou moins la même chose. Mais souve­­nez-vous qu’ils ont vu beau­­coup d’ex­­tra­­ter­­restres à la télé­­vi­­sion ou au cinéma, c’est pourquoi ils sont convain­­cus que tout cela est vrai. Ce n’est pas de la science, c’est de la culture popu­­laire. Mais comme vous le savez, ces vingt dernières années, nous avons trouvé de nombreuses planètes orbi­­tant autour d’autres étoiles. Je pense que cela vient confir­­mer l’avis de beau­­coup, l’idée que s’il y a toutes ces exopla­­nètes, il doit égale­­ment y avoir une présence quelque part.

Quelle a été votre réac­­tion quand vous avez appris la décou­­verte de Kepler 452b ?

Je l’ai su en avance, car certaines des personnes qui travaillent sur la mission Kepler sont égale­­ment des employés de l’Ins­­ti­­tut SETI. Et il y a eu un précé­dent en mai 2014, lorsque l’équipe Kepler a annoncé la décou­­verte de Kepler 186f – qui était à ce moment-là l’exo­­pla­­nète la plus proche d’être une cousine de la Terre. Toute­­fois, Kepler 452b crée un engoue­­ment parti­­cu­­lier car elle est en orbite autour d’une étoile qui pour­­rait être deux fois plus grosse que notre Soleil. Jusqu’ici, nous n’avons pas trouvé de meilleure « maison de vacances » hypo­­thé­­tique. Il sera diffi­­cile d’ap­­prendre les choses les plus intri­­gantes à propos de ce monde – a-t-il une atmo­­sphère ? A-t-il des océans ? – simple­­ment parce qu’il est très éloi­­gné. Mais il n’y a aucun doute sur le fait que nous décou­­vri­­rons d’autres exopla­­nètes au cours de la décen­­nie pour lesquelles nous serons capables de répondre à ces ques­­tions. C’est sans aucun doute une période très exci­­tante pour obser­­ver les cieux.

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Une vue artis­­tique idéale de Kepler 452b
Crédits : NASA/Ames/JPL-Caltech

Mais comme vous l’avez dit, ces planètes ont de grandes chances de ne pas être habi­­tées, sinon on aurait déjà entendu quelque chose, n’est-ce pas ?

Celles de notre système solaire sont proches, et il se peut qu’elles abritent la vie, mais cette vie doit être micro­­bio­­lo­­gique – elle ne construit donc pas d’émet­­teurs radio. Mais nous ne pouvons pas dire si des planètes situées à 10 ou 100 années-lumière sont habi­­tées ou non par des êtres intel­­li­­gents simple­­ment parce que nous n’avons reçu aucun signal. Il se peut que nous n’ayons pas réglé l’émet­­teur à la bonne fréquence, que nous n’ayons pas été assez réac­­tifs ou que nous n’ayons pas écouté au bon moment – il est possible de rater des signaux de bien des façons. Si on ne découvre aucun signal, cela ne signi­­fie rien, malheu­­reu­­se­­ment, c’est si on en découvre que cela veut dire quelque chose.

Parmi les autres personnes qui travaillent avec vous, y en a-t-il qui travaillent sur la façon de s’adres­­ser aux extra­­­ter­­restres une fois le contact établi ?

Notre groupe de recherche est très petit – 4 ou 5 personnes –, mais l’un d’entre nous s’in­­té­­resse parti­­cu­­liè­­re­­ment à ce qu’on pour­­rait dire aux extra­­­ter­­restres. Il est psycho­­logue et il a orga­­nisé des confé­­rences à ce sujet. Que devons-nous leur dire, que nous sommes mauvais car nous faisons la guerre et que nous détrui­­sons l’en­­vi­­ron­­ne­­ment ? Fran­­che­­ment, je ne sais pas si les extra­­­ter­­restres s’in­­té­­res­­se­­raient à tout cela, mais il y a des gens qui pensent que nous devrions faire atten­­tion à ce qu’on dit. C’est comme si l’Em­­pire romain nous racon­­tait qu’ils ont fait la guerre contre tel ou tel peuple. Même s’ils étaient « mauvais », j’au­­rais malgré tout envie d’étu­­dier Rome, évidem­­ment ! Cepen­­dant, il y a des gens qui s’inquiètent à ce propos. Mon opinion person­­nelle est que si je devais commu­­niquer avec les extra­­­ter­­restres, je leur enver­­rais beau­­coup de docu­­ments, beau­­coup de matière. Je leur enver­­rais tout Inter­­net à vrai dire, et je les lais­­se­­rais comprendre les choses à partir de là. Car si vous voulez savoir ce qu’est un scara­­bée, il y a des photos, du texte, des vidéos, des sons… Un extra­­­ter­­restre suffi­­sam­­ment intel­­li­gent saura y trou­­ver ce qu’est un scara­­bée. On m’a dit qu’il y avait beau­­coup de porno­­gra­­phie sur Inter­­net, mais je ne pense pas que les extra­­­ter­­restres s’en préoc­­cupent. Après tout, je me fiche de voir des oiseaux tout nus dans mon jardin. Qu’ils conti­­nuent, ils n’ont pas besoin de porter de vête­­ments pour moi. ulyces-sethshostak-11


Traduit de l’an­­glais par Claire Ferrant d’après l’en­­tre­­tien réalisé par Caro­­line Bour­­ge­­ret. Couver­­ture : Le téles­­cope ALMA. Créa­­tion graphique par Ulyces.

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