par Christian McElreavy | 0 min | 5 juillet 2016

LISEZ ICI LA PREMIÈRE PARTIE DE L’HISTOIRE

Les chas­­seurs de gènes

La géné­­tique du vieillis­­se­­ment n’avait soudain plus rien d’in­­sai­­sis­­sable, selon Sierra. Elle était contrô­­lable par tous ceux qui voudraient l’étu­­dier. « Ça nous a permis d’étu­­dier le vieillis­­se­­ment de façon plus méca­­nique. Nos travaux ont été accep­­tés dans le milieu scien­­ti­­fique car, juste­­ment, on s’in­­té­­res­­sait aux méca­­nismes. » Une modi­­fi­­ca­­tion de la voie de signa­­li­­sa­­tion de l’in­­su­­line peut permettre à une souris de vivre plus long­­temps. Et certaines hypo­­thèses sédui­­santes suggèrent que l’ef­­fet serait multi­­plié chez l’être humain. Des études menées sur une petite popu­­la­­tion de nains équa­­to­­riens – dont l’or­­ga­­nisme produit de faibles quan­­ti­­tés d’hor­­mone de crois­­sance (HCH), au facteur semblable à l’in­­su­­line (IGF) – ont révélé une absence de diabète et un nombre limité de cancers et d’AVC. Ruvkun souligne que les études réali­­sées sur les gènes de cente­­naires témoignent d’une « meilleure santé chez les personnes qui présentent des singu­­la­­ri­­tés géné­­tiques au niveau de la voie de signa­­li­­sa­­tion de l’in­­su­­line ».

ulyces-immortalityhype-04
La mysté­­rieuse rapa­­my­­cine vient de l’île de Pâques
Crédits : Karen Schwartz

Depuis, un petit groupe de cher­­cheurs en biolo­­gie molé­­cu­­laire a appliqué les méthodes plus avan­­cées de la géné­­tique moderne aux secteurs du vieillis­­se­­ment et de la longé­­vité, révé­­lant d’autres secrets. En créant des souches de levure de boulan­­ger, de droso­­philes et de vers afin de prolon­­ger leur espé­­rance de vie, et de travailler sur le proces­­sus inverse dans l’objec­­tif de compa­­rer les variances géné­­tiques communes à ces souches, des cher­­cheurs ont décou­­vert des muta­­tions affec­­tant « la voie de signa­­li­­sa­­tion TOR » (acro­­nyme anglais de la rapa­­my­­cine, protéine qui a conduit les cher­­cheurs sur cette piste). Des phar­­ma­­co­­logues ont démon­­tré que la rapa­­my­­cine, produite par les bacté­­ries, ralen­­tit consi­­dé­­ra­­ble­­ment la crois­­sance de certains types de cellules placées à ses côtés dans une boîte de Pétri. Elle agit en « déviant » leur cible (la voie de signa­­li­­sa­­tion TOR). C’est pourquoi les méde­­cins l’uti­­lisent pour l’im­­mu­­no­­sup­­pres­­sion des patients trans­­plan­­tés ainsi que dans le trai­­te­­ment de certaines formes de cancer. En 2009, un consor­­tium créé par l’Ins­­ti­­tut natio­­nal du vieillis­­se­­ment a démon­­tré que la rapa­­my­­cine permet­­tait de prolon­­ger l’es­­pé­­rance de vie de souris dont l’âge équi­­vaut à 60 ans chez l’homme de près de 9 à 14 %. La molé­­cule semble aussi avoir des effets encou­­ra­­geants sur les mala­­dies liées au vieillis­­se­­ment chez la souris, notam­­ment sur le cancer ou la mala­­die d’Alz­­hei­­mer. En 2014, Novar­­tis, le géant de l’in­­dus­­trie phar­­ma­­ceu­­tique, a mené une étude sur des personnes âgées suivant un trai­­te­­ment à base de rapa­­my­­cine. Étant donné que l’évo­­lu­­tion des patho­­lo­­gies liées à l’âge est beau­­coup plus lente chez l’homme que chez la souris, la société s’est inté­­res­­sée à la réponse immu­­ni­­taire, qui recule avec l’âge. Après le trai­­te­­ment, on a admi­­nis­­tré le vaccin contre la grippe aux sujets. Une fois la rapa­­my­­cine élimi­­née de leur orga­­nisme, leur réponse immu­­ni­­taire était redy­­na­­mi­­sée et stimu­­lée de près de 20 %. Pour la première fois, on a démon­­tré qu’un trai­­te­­ment à base de rapa­­my­­cine pouvait ralen­­tir le vieillis­­se­­ment chez l’être humain.

Kaeberlein3
Matt Kaeber­­lein veut allon­­ger l’es­­pé­­rance de vie des chiens
Crédits : Matt Kaeber­­lein

Matt Kaeber­­lein, biolo­­giste spécia­­liste de la ques­­tion du vieillis­­se­­ment à l’uni­­ver­­sité de Washing­­ton et fonda­­teur de l’Ins­­ti­­tut de recherche sur le vieillis­­se­­ment et la longé­­vité, est actuel­­le­­ment en train de tester un trai­­te­­ment sur des chiens âgés. Il a été assailli de coups de fil et d’emails de proprié­­taires de chiens du monde entier dési­­reux de faire parti­­ci­­per leur compa­­gnon en tant que cobaye. D’autres scien­­ti­­fiques étudient pour leur part les « séno­­ly­­tiques », ces petites molé­­cules qui ciblent les cellules sénes­­centes et provoquent leur mort. Ces cellules ont atteint leur pleine matu­­rité et cessent de se divi­­ser. Expo­­sées au stress, certaines cellules entrent dans cet état zombie dans lequel elles cessent de se divi­­ser au lieu de simple­­ment mourir. Judith Campisi est profes­­seure à l’Ins­­ti­­tut Buck pour la recherche sur le vieillis­­se­­ment. En 2008, elle a commencé à publier des articles présen­­tant les effets de ces cellules. Les cellules sénes­­centes sécrètent des agents de signa­­li­­sa­­tion molé­­cu­­laires qui inter­­­pellent le système immu­­ni­­taire. Le système libère alors des molé­­cules nuisibles comme le peroxyde d’hy­­dro­­gène qui permettent d’éli­­mi­­ner les intrus patho­­gènes. Elles sécrètent égale­­ment des facteurs de crois­­sance et d’autres molé­­cules parti­­ci­­pant à la survie et à la régé­­né­­res­­cence cellu­­laire à court terme en temps de crise. Mais Campisi et ses collègues ont démon­­tré qu’elles présentent à long terme des effets néga­­tifs en tout genre. « Le problème majeur, c’est que ces cellules sénes­­centes ne meurent pas », explique Judith. « Et de ce fait, nous les accu­­mu­­lons en vieillis­­sant. Elles sont à l’ori­­gine d’une inflam­­ma­­tion chro­­nique qui s’ac­­cen­­tue avec l’âge et qui est soit la cause, soit un élément aggra­­vant de l’en­­semble des patho­­lo­­gies sévères liées à l’âge – d’Alz­­hei­­mer au cancer. » Plusieurs années aupa­­ra­­vant, Campisi et ses colla­­bo­­ra­­teurs de la fonda­­tion Mayo Clinic avaient été appro­­chés par des inves­­tis­­seurs du bureau de San Fran­­cisco d’ARCH Venture Part­­ners, une société de capi­­tal risque qui a tout de suite soutenu Illu­­mina, leader mondial dans la fabri­­ca­­tion de séquen­­ceurs de gènes. ARCH a convaincu les cher­­cheurs de fonder une nouvelle entité appe­­lée Unity Biotech, qui déve­­loppe des séno­­ly­­tiques visant à détruire les cellules sénes­­centes. Si ARCH Venture Part­­ners n’avait pas témoi­­gné d’un tel inté­­rêt pour les travaux de Campisi et ses collègues, ils n’au­­raient sans doute pas cher­­ché à commer­­cia­­li­­ser ces molé­­cules. L’ini­­tia­­tive a fait naître une émula­­tion géné­­rale dans le domaine.

home-slide-1
Crédits : The Sinclair Lab

De grands cher­­cheurs comme David Sinclair travaillent quant à eux sur des substances appe­­lées sirtuines, une classe d’en­­zymes qui agissent comme des « agents de la circu­­la­­tion », mobi­­li­­sant une horde de protéines afin de répa­­rer et défendre les cellules. La plupart de ces trai­­te­­ments et de ces voies de signa­­li­­sa­­tion ont en commun la parti­­cu­­la­­rité d’aug­­men­­ter l’éner­­gie que les cellules de l’or­­ga­­nisme déploient pour la préser­­va­­tion, le recy­­clage et la résis­­tance au stress. Quand notre corps ressent un manque de calo­­ries ou la présence d’une menace, l’objec­­tif de nos cellules est de survivre, appa­­rem­­ment au détri­­ment d’autres fonc­­tions. Il semble­­rait que les spécia­­listes de la longé­­vité actuels aient trouvé moyen de palier au problème. La chasse aux remèdes biolo­­giques n’est pas prête de s’ar­­rê­­ter. Si nous voulons augmen­­ter l’es­­pé­­rance de vie de façon consi­­dé­­rable, beau­­coup s’ac­­cordent à dire que les idées les plus promet­­teuses vont émer­­ger des études compa­­rées en biolo­­gie de l’évo­­lu­­tion – notam­­ment de coquillages vivants depuis plus de 500 ans, de baleines boréales ou d’hommes très âgés. Qu’est-ce qui, dans leur géné­­tique, leur permet de survivre à des congé­­nères pour­­tant simi­­laires du point de vue de la taille et du patri­­moine géné­­tique ?

Ces récentes avan­­cées ont donné lieu à une exci­­ta­­tion et un opti­­misme géné­­ra­­li­­sés.

Cher­­cheur en biolo­­gie molé­­cu­­laire à Harvard, George Church est à l’ini­­tia­­tive d’une de ces études et il défend leur poten­­tiel avec ferveur. Il a repris une liste de 400 gènes iden­­ti­­fiés comme poten­­tiel­­le­­ment respon­­sables de la longé­­vité chez l’homme et l’a rame­­née à 45. Aujourd’­­hui, il déve­­loppe diffé­­rentes tech­­niques afin de cibler des combi­­nai­­sons de ces gènes. « Notre but prin­­ci­­pal est d’in­­ver­­ser le proces­­sus du vieillis­­se­­ment », explique Church. « Nous savons qu’en boule­­ver­­sant les règles, nous pouvons augmen­­ter l’es­­pé­­rance de vie de deux ans et demi chez les rongeurs et de 200 ans chez les baleines boréales. » Le séquençage des gènes, ajoute-il, est « presque 3 millions de fois moins coûteux qu’il y a dix ans. Cela nous permet de recou­­rir à la biolo­­gie de synthèse et nous ne sommes plus restreints par les limites des êtres vivants. » Les travaux de Church sont finan­­cés en partie par l’Ins­­ti­­tut Wyss, fondé par l’en­­tre­­pre­­neur suisse Hansjorg Wyss. Le scien­­ti­­fique reçoit égale­­ment des fonds de la part de Google et de Peter Thiel.

Les immor­­ta­­listes

Ces récentes avan­­cées ont donné lieu à une exci­­ta­­tion et un opti­­misme géné­­ra­­li­­sés. Mais certains cher­­cheurs craignent que l’en­­goue­­ment des médias n’obs­­cur­­cisse la réalité de l’état de la recherche. Les commen­­taires qui irritent les cher­­cheurs sont nombreux. « Je pense que la première personne qui vivra jusqu’à 1 000 ans a déjà 60 ans », a par exemple déclaré le scien­­ti­­fique anglais Aubrey de Grey. Matt Kaeber­­lein n’est pas d’ac­­cord, et De Grey n’est pas le seul à exagé­­rer. Kaeber­­lein s’at­­triste qu’un éminent cher­­cheur (qu’il refuse de nommer) a récem­­ment déclaré dans les médias que nous pour­­rions « guérir » le vieillis­­se­­ment au cours de la prochaine décen­­nie.

aubrey_1
Aubrey de Grey
Crédits : SENS Foun­­da­­tion

« Quand on cite un type qui affirme que nous allons guérir le vieillis­­se­­ment dans les sept ans à venir, je pense que n’im­­porte qui d’un peu éduqué lit ça en se disant que ce sont des conne­­ries », commente Kaeber­­lein. « Ça donne l’im­­pres­­sion que notre champ de recherche demeure bourré de char­­la­­tans. » L’hy­­per­­bole, ajoute-t-il, « engendre une certaine dyna­­mique dans le milieu.  Les gens se mettent à faire des décla­­ra­­tions exagé­­rées, complè­­te­­ment aber­­rantes. Ils essaient de décro­­cher des subven­­tions. » Le NIH reste réti­cent à adop­­ter les mesures radi­­cales et coûteuses que préco­­nisent certains. Son direc­­teur, Fran­­cis Collins, a publique­­ment déclaré qu’il pensait que la recherche sur le vieillis­­se­­ment n’était pas assez avan­­cée pour justi­­fier que l’on trans­­fère des fonds alloués à d’autres secteurs de la recherche. L’an dernier, la majo­­rité des subven­­tions publiques aux États-Unis ont été accor­­dées à l’étude de mala­­dies spéci­­fiques. Sur les 32 milliards de dollars de budget du NIH, 1,6 milliards ont été accor­­dés à l’Ins­­ti­­tut natio­­nal du vieillis­­se­­ment dont 183 millions ont été direc­­te­­ment versés au dépar­­te­­ment consa­­cré à l’étude des méca­­nismes du vieillis­­se­­ment. « Ils tiennent tous à garder leur argent et à se pencher sur le cas de mala­­dies spéci­­fiques », explique George M. Martin, un éminent biogé­­ron­­to­­logue de l’uni­­ver­­sité de Washing­­ton. Il fait remarquer que la recherche sur les mala­­dies liées à l’âge et les méca­­nismes du vieillis­­se­­ment « ne s’ex­­cluent pas mutuel­­le­­ment. Nous avons besoin des deux approches. » Certains cher­­cheurs qui étudient des mala­­dies tradi­­tion­­nelles tentent de promou­­voir la colla­­bo­­ra­­tion entre les agences, mais cela demeure compliqué. « Au NIH, on divise les parties du corps et les mala­­dies de façon étrange », explique Julia H. Rowland, direc­­trice du Bureau des survi­­vants de l’Ins­­ti­­tut améri­­cain du cancer. « Mais le vieillis­­se­­ment n’est pas étran­­ger à la mala­­die. Le cancer est essen­­tiel­­le­­ment lié au vieillis­­se­­ment. C’est lié. » Au cœur de la lutte contre les mala­­dies spéci­­fiques, les cher­­cheurs des diffé­­rentes agences négligent encore la connexion à long terme entre les « mala­­dies du vieillis­­se­­ment » et se foca­­lisent sur des trai­­te­­ments capables de venir à bout du cancer, d’Alz­­hei­­mer, du diabète ou des affec­­tions cardiaques. Cette tendance à éluder le facteur du vieillis­­se­­ment est si large­­ment répan­­due qu’elle affecte les prio­­ri­­tés de recherches, même lorsque cela paraît absurde.

ulyces-immortalityhype-05
Clau­­dia Grave­­kamp

Clau­­dia Grave­­kamp, immu­­no­­lo­­giste de la faculté de méde­­cine Albert Einstein de New York, a mis au point une méthode qui permet de modi­­fier géné­­tique­­ment la bacté­­rie de la Liste­­ria afin qu’elle contienne des agents anti-cancers. Une fois injec­­tés au patient, ils traquent et détruisent les cellules cancé­­reuses. Grave­­kamp a décou­­vert que ce moyen de diffu­­sion était parti­­cu­­liè­­re­­ment effi­­cace pour aider les personnes âgées à combattre le cancer. Les personnes âgées, explique-t-elle, ont épuisé leurs réserves de cellules T, dites « naïves » – en charge de recon­­naître les nouveaux intrus auxquels le corps n’a pas encore été confronté. Une fois que les personnes âgées ont épuisé leurs réserves de cellules T, les trai­­te­­ments contre le cancer sont souvent inef­­fi­­caces. En utili­­sant la Liste­­ria, modi­­fiée pour qu’elle trans­­porte l’ADN du téta­­nos ou de la polio (contre lesquelles nous sommes presque tous immu­­ni­­sés), pour péné­­trer les cellules cancé­­reuses, elle permet aux cellules T à mémoires de s’at­­taquer aux cellules cancé­­reuses. Les cellules T circulent dans le sang durant toute notre vie et peuvent être réac­­ti­­vées à tous les âges. « Nous l’avons testé sur des souris pour élimi­­ner le cancer du sein et du pancréas. Les résul­­tats ont été très concluants », dit-elle.

6a00d8341c5e1453ef01348647b483970c-800wi
La fameuse Liste­­ria

Malgré cela, Grave­­kamp n’a pas réussi à lever des fonds. « Le NCI préfère finan­­cer des trai­­te­­ments contre le cancer plutôt que contre le vieillis­­se­­ment, tandis que le NIA fait l’in­­verse », explique-t-elle. « J’ai eu beau­­coup de diffi­­cul­­tés à finan­­cer mon immu­­no­­thé­­ra­­pie contre le cancer desti­­née aux personnes âgées à cause de ça. J’es­­père que les deux agences s’ac­­cor­­de­­ront pour finan­­cer ce type de recherches à l’ave­­nir. » Rowland dirige la recherche sur les effets à long terme de la vie après le cancer. Elle a pris conscience de la néces­­sité de se concen­­trer sur le proces­­sus global du vieillis­­se­­ment. Elle a remarqué qu’un nombre crois­­sant de travaux suggèrent que les trai­­te­­ments de certaines mala­­dies chro­­niques peuvent accé­­lé­­rer le début des chan­­ge­­ments liés à l’âge. Les survi­­vants de cancers infan­­tiles trai­­tés avant l’âge de 14 ans sont nombreux à présen­­ter un profil vulné­­rable aux mala­­dies chro­­niques en entrant dans l’âge adulte – mala­­dies cardio­­vas­­cu­­laires, osseuses, AVC – qu’on rencontre géné­­ra­­le­­ment entre 50 et 70 ans. « Le Bureau des survi­­vants du cancer a été mis en place parce que ces derniers se deman­­daient à quoi ressem­­ble­­rait leur vie après la mala­­die », raconte Rowland. « Allon­­ger l’es­­pé­­rance de vie ne suffit pas, nous devons aussi nous pencher sur la qualité de cette vie. » Arti Hurria, direc­­trice du programme de recherche sur le cancer et le vieillis­­se­­ment au centre de recherche et de trai­­te­­ment City of Hope, partage son senti­­ment. « Le but de la recherche n’est pas de trou­­ver la clé de l’im­­mor­­ta­­lité », dit-elle. « Je suis un méde­­cin comme les autres, je parle avec des patients tous les jours et je ne suis pas sûre qu’ils veuillent deve­­nir immor­­tels. Aucun d’eux ne m’a jamais dit ça sérieu­­se­­ment. En règle géné­­rale, ils veulent simple­­ment conser­­ver leurs capa­­ci­­tés cogni­­tives pour profi­­ter de ceux qu’ils aiment et de la vie. C’est tout ce que nos patients réclament. » « Ceci étant dit », ajoute Hurria, « je tire mon chapeau à quiconque nous aidera à comprendre les méca­­nismes du vieillis­­se­­ment, car si nous y parve­­nons, cela nous aidera à donner aux patients ce qu’ils recherchent : vivre long­­temps et mieux. »

ulyces-immortalityhype-06
Arti Hurria
Crédits : www.cityof­­hope.org

Dans les mois et les années à venir, les progrès scien­­ti­­fiques dans le domaine de l’ese­­ront proba­­ble­­ment nombreux. Dans le milieu, beau­­coup espèrent que les inves­­tis­­se­­ments privés dans la rapa­­my­­cine et les séno­­ly­­tiques porte­­ront leurs fruits au cours d’es­­sais sur l’homme à grande échelle. Paral­­lè­­le­­ment, des signes montrent que les cher­­cheurs des diffé­­rentes agences du NIH font des efforts de coopé­­ra­­tion. En septembre 2011, le Dr Sierra du NIA a lancé le Groupe d’in­­té­­rêt pour les géros­­ciences, une coali­­tion de cher­­cheurs du NIH qui se réunit régu­­liè­­re­­ment pour travailler ensemble. « Il y a beau­­coup plus de discus­­sions entre les insti­­tuts, c’est une très bonne chose pour les finan­­ce­­ments », dit Rowland. « La première étape, c’est d’y aller en douceur quand on solli­­cite des subven­­tions pour montrer à ceux qui tiennent les cordons de la bourse que nous avons des choses à apprendre les uns des autres. Quand les budgets sont serrés, les gens sont parfois plus créa­­tifs parce qu’ils doivent faire avec les moyens du bord. » Mais la meilleure raison d’être opti­­miste pour­­rait être l’inexo­­rable marche du vieillis­­se­­ment lui-même. « Je vais être très prag­­ma­­tique, voilà ce que je pense », commence Rowland : « Les baby-boomers vont se ramas­­ser un tsunami de cancers que nous ne sommes pas prêts à affron­­ter. Et je suis prêt à parier que ceux qui en font partie vont mettre la main à la poche et donner de l’argent à la recherche sur le vieillis­­se­­ment, parce qu’ils voudront une solu­­tion avant d’en faire les frais. »

ulyces-immortalityhype-07
Mais Zucker­­berg il est pas déjà immor­­tel ? :’)

À San Fran­­cisco, lorsque j’ai demandé à Arri­­son et Fish­­burne pourquoi les magnats de la tech s’étaient lancés dans la quête d’un remède à la vieillesse, ils m’ont répondu sans hési­­ter. « Il suffit de regar­­der quel âge ils ont », dit Arri­­son. « Quand on a 18 ans, on ne se sent pas concerné », renché­­rit Fish­­burne. « Mais quand on réalise qu’on grimace invo­­lon­­tai­­re­­ment à chaque fois qu’on s’as­­soit, on prend conscience de sa morta­­lité et on sent qu’on est sur le déclin. » Larry Elli­­son a 71 ans, Peter Thiel a 48 ans, Larry Page a 43 ans et Sergey Brin en a 42. Et au cas où ils fini­­raient par se désin­­té­­res­­ser du sujet, pensez à cela : en 2024, Mark Zucker­­berg aura 40 ans.


Traduit de l’an­­glais par Matthieu Gaba­­nelle, Pauline Char­­din et Audrey Previ­­tali d’après l’ar­­ticle « The Immor­­ta­­lity Hype », paru dans Nauti­­lus. Couver­­ture : Aubrey de Grey, l’im­­mor­­ta­­liste.

LE MILLIARDAIRE QUI VEUT QUE VOUS VIVIEZ PLUS LONGTEMPS

ulyces-craigventer-couv02 ljkgqegklh

Pion­­nier du séquençage du génome humain, Craig Venter est passé dans l’ère de la biote­ch­­no­­lo­­gie. Ce qu’il veut : vous faire vivre mieux et plus long­­temps.

I. Le nouveau monde

À l’aube de son 69e anni­­ver­­saire, c’est d’un œil amusé que Craig Venter observe son double numé­­rique se balan­­cer d’un pied sur l’autre. Avec sa barbe blanche, son jeans et son t-shirt gris à col en V, l’ava­­tar de Venter est la grande star d’une appli­­ca­­tion pour iPad dont Scott Skel­­len­­ger, respon­­sable du service infor­­ma­­tique, me fait la démons­­tra­­tion. L’ar­­ché­­type minia­­ture de Venter peut même marcher, voire danser à la demande. Nous nous trou­­vons alors dans son impo­­sant bureau de San Diego en compa­­gnie de Heather, son épouse et agent de publi­­cité. Avec humour, Venter m’ex­­plique qu’il voulait à l’ori­­gine pouvoir extraire le cœur de son avatar « à la manière aztèque », ou encore lui préle­­ver le cerveau pour inspec­­tion… et intros­­pec­­tion. Au lieu de cela, le mini-Venter qui gigote dans l’ap­­pli­­ca­­tion est entouré d’op­­tions arran­­gées en un véri­­table système solaire : images en coupe du cerveau, connec­­ti­­vité et anato­­mie, artères intra­­crâ­­nien­­nes… J’étu­­die un scan de ses hanches et de sa colonne verté­­brale puis inspecte l’in­­té­­rieur de son crâne. Des couleurs mettent en avant les diffé­­rentes sections de son cerveau et j’en distingue clai­­re­­ment les substances blanches et grises. « J’ai le cerveau d’un homme de 44 ans », me dit-il. Un autre tap sur l’écran et me voilà qui examine son génome – retraçant ses origines jusqu’au Royaume-Uni –, sa démarche et même ses empreintes de pieds, saisies pour la posté­­rité par un sol intel­­li­gent. Craig Venter, le plus grand entre­­pre­­neur en biote­ch­­no­­lo­­gie de la planète, décom­­posé en format binaire.

ulyces-craigventer-07
L’ap­­pli­­ca­­tion Health Nucleus
Crédits : HLI

Son dernier projet, Human Longe­­vity, Inc., égale­­ment appelé HLI, a pour mission de créer un avatar réaliste de chacun de ses clients – le premier groupe s’est vu bapti­­ser « les voya­­geurs ». Il s’agit ensuite de leur offrir une inter­­­face person­­na­­li­­sée et convi­­viale qui leur permette de navi­­guer parmi les téra­oc­­tets de données médi­­cales récol­­tées à propos de leurs gènes, de leurs corps et de leurs habi­­li­­tés. Grâce à HLI, Venter souhaite créer la plus grande base de données mondiale desti­­née à l’in­­ter­­pré­­ta­­tion du code géné­­tique, de manière à rendre les soins médi­­caux plus proac­­tifs, préven­­tifs et prédic­­tifs. De telles données marquent le début d’un tour­­nant déci­­sif en méde­­cine, tant au niveau du trai­­te­­ment que de la préven­­tion. Pour Venter, cela ne fait aucun doute : nous sommes entrés dans l’ère numé­­rique de la biolo­­gie, et il est le premier à embarquer dans cette aven­­ture ultime vers la décou­­verte de soi.

IL VOUS RESTE À LIRE 90 % DE CETTE HISTOIRE

Premium WordP­ress Themes Down­load
Down­load WordP­ress Themes
Down­load Nulled WordP­ress Themes
Down­load WordP­ress Themes Free
online free course
Download Best WordPress Themes Free Download
Download Best WordPress Themes Free Download
Premium WordPress Themes Download
Download WordPress Themes
download udemy paid course for free

PLUS DE SCIENCE

Rencontre avec les inven­teurs de l’ex­pé­rience qui fait tomber amou­reux

122k 14 février 2019 stories . science

Peut-on soigner son corps en soignant son esprit ?

175k 12 février 2019 stories . science

Peut-on vivre jusqu’à 200 ans ?

201k 30 janvier 2019 stories . science