par clarabaillot | 10 janvier 2017

Secret Défense


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William Colby

19 avril 1974. William Colby est assis devant son bureau de Langley, en Virgi­­nie, au quar­­tier géné­­ral de la CIA. Cheveux impec­­ca­­ble­­ment coif­­fés, allure sévère et tiré à quatre épingles, le direc­­teur de l’Agence centrale de rensei­­gne­­ment améri­­caine est soucieux. Il vient de rece­­voir un mémo faisant état d’un « petit problème » concer­­nant une zone inter­­­dite, une portion de terri­­toire tota­­le­­ment dissi­­mu­­lée aux civils. Le dos droit dans son fauteuil en cuir sombre, William Colby a raison de ne pas être serein : une photo­­gra­­phie des acti­­vi­­tés de la Zone 51 pour­­rait avoir fuité. En cause, les astro­­nautes de la dernière mission Skylab, l’an­­cêtre de la Station spatiale inter­­­na­­tio­­nale, réalisé par la NASA. Ils ont pris plus de 19 400 photos lors de leur dernier voyage dans l’es­­pace. L’une d’entre elles donne à voir la base secrète la mieux gardée des États-Unis dans ses plus détails les plus intimes. L’acte était-il inten­­tion­­nel ? S’agis­­sait-il d’une simple maladresse des astro­­nautes de la NASA ? La réponse n’a jamais été dévoi­­lée. Mais pour William Colby, la seule exis­­tence du cliché pour­­rait entraî­­ner de graves consé­quences : le risque que l’image tombe aux mains des Sovié­­tiques est trop impor­­tant. Elle doit abso­­lu­­ment être clas­­sée Secret Défense, et vite. William Colby orga­­nise immé­­dia­­te­­ment une réunion entre les diffé­­rentes agences améri­­caines pour deman­­der sa clas­­si­­fi­­ca­­tion. La NASA et le dépar­­te­­ment de l’In­­té­­rieur s’y opposent sans détour. Un cas clas­­sique de concur­­rence entre agences gouver­­ne­­men­­tales. Pour­­tant, un accord existe entre la NASA et les services secrets améri­­cains : toute photo prise par un satel­­lite ou des astro­­nautes doit d’abord passer par le Centre natio­­nal d’in­­ter­­pré­­ta­­tion photo­­gra­­phique (NPIC), basé à Washing­­ton. Au sein de ce service dirigé par la CIA, on véri­­fie et inter­­­prète toutes les photos aériennes et satel­­lites. Dans ce cas précis, la ques­­tion est de savoir si une photo prise par un programme non classé Secret Défense peut être clas­­si­­fiée. La CIA obtien­­dra fina­­le­­ment gain de cause.

Plus de 40 ans plus tard, le contenu de cette image reste un mystère absolu. La photo a été reti­­rée des dossiers Skylab 4. Face à l’in­­fluence de la CIA et à la puis­­sance des secrets entou­­rant la base mili­­taire, la NASA et l’In­­té­­rieur n’ont pas eu leur mot à dire. Cette base, on l’ap­­pelle Dream­­land, Water­­town, The Ranch, Para­­dise Ranch, The Farm, The Box, Groom Lake… ou encore Zone 51. Elle conser­­vera donc tous ses secrets. Colby peut dormir tranquille.

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Le lac assé­­ché de Groom Lake et la Zone 51, vus du ciel
Crédits : Google

Groom Lake Road

Au beau milieu du désert du Nevada, dans la vallée de Tika­­boo, la ville de Rachel est la seule commune à des kilo­­mètres à la ronde. Perdue dans le comté de Lincoln à trois heures de route au nord de Las Vegas, Rachel et sa cinquan­­taine d’ha­­bi­­tants sont plan­­tés là, dans le désert du Grand Bassin des États-Unis. Un no man’s land où règne en maître une cani­­cule ardente. Rachel est une ancienne ville minière de tungs­­­tène dont la plupart de ses habi­­tants vivent dans des ranchs. Ici, il n’y a pas de mairie, pas de station essence, pas même de super­­­mar­­ché ou d’épi­­ce­­rie, seule­­ment le « Little A’Le’Inn », une petite auberge qui accueille les voya­­geurs auda­­cieux ou égarés. C’est l’unique village qui donne sur la route 375, une inter­­­mi­­nable voie goudron­­née qui mène droit vers les mines. Et au-delà ? Une portion de sentier terreux appelé Groom Lake Road, qui semble ne mener nulle part. Enfin, pas tout à fait. Au bout de ce chemin pous­­sié­­reux s’étend une zone inter­­­dite d’ac­­cès. La voie terreuse laisse à nouveau place à une route goudron­­née qui s’en­­fonce et grimpe plus avant dans ces collines déser­­tiques et inhos­­pi­­ta­­lières. À la fron­­tière entre terre et goudron, pas de barrière ou de poste de garde, juste une paire inti­­mi­­dante de panneaux d’in­­ter­­dic­­tion d’al­­ler plus loin, accom­­pa­­gnés de pancartes sommant les voya­­geurs de rebrous­­ser chemin. De multiples inter­­­dic­­tions y sont placar­­dées, telles que « NO DRONE ZONE » ou « PHOTOGRAPHIE INTERDITE ». Toute trans­­gres­­sion expose l’im­­pru­dent à un maxi­­mum de 1 000 dollars d’amende et six mois d’em­­pri­­son­­ne­­ment. ufovni2012-no_drone_zone_redSi un touriste un peu trop curieux s’avance près de la limite indiquée, un 4×4 blanc ou beige bana­­lisé appa­­raît. En sortent deux soldats en treillis couleur sable, munis d’armes char­­gées, qui demandent vigou­­reu­­se­­ment au voya­­geur de reprendre sa route dans le sens inverse. Comment ont-ils pu s’aper­­ce­­voir d’une présence intru­­sive ?

 

Dans le ciel immense, pas un drone en vue. Le désert semble mort. Mais d’une manière ou d’une autre, tout est enre­­gis­­tré sur cette route. Les habi­­tants de Rachel racontent à mi-voix que des détec­­teurs de mouve­­ments se terrent partout dans la zone autour de Groom Lake. Jusqu’en 2013, les auto­­ri­­tés améri­­caines se refu­­saient à tout commen­­taire sur les acti­­vi­­tés de la Zone 51, accen­­tuant les spécu­­la­­tions et le climat de mystère sur la région. « Tous les inter­­­dits qui entourent la Zone 51 font que les gens veulent savoir ce qui s’y passe », explique l’his­­to­­rien Peter Merlin. Spécia­­lisé dans l’aé­­ro­­nau­­tique, il a enquêté pendant plus de 30 ans sur Groom Lake et ses énigmes. Pour lui, une seule certi­­tude ressort des nombreux mythes qui l’en­­tourent : la Zone 51 existe bel et bien et elle est encore active aujourd’­­hui. « Il est abso­­lu­­ment certain qu’il s’y passe des choses », conclut-il. Mais quoi ?

Inci­­dents

La nuit du mercredi 2 juillet 1947, un orage s’abat sur la région envi­­ron­­nant Roswell, une petite ville du Nouveau-Mexique. Dans une zone déser­­tique et diffi­­cile d’ac­­cès, battue par une pluie dilu­­vienne, une explo­­sion terrible se fait entendre, accom­­pa­­gnée d’un arc lumi­­neux qui traverse le ciel. Ça ne ressemble pas à un coup de tonnerre. Le lende­­main, alors qu’il promène ses chèvres, William « Mac » Brazel découvre sur son terrain des débris épar­­pillés sur une vaste surface. Mac, chapeau de cowboy vissé sur la tête, est proprié­­taire d’un ranch. Comme plusieurs de ses voisins, il a déjà retrouvé sur ses terres des débris de ballons météo­­ro­­lo­­giques, mais cette fois, il est surpris par l’as­­pect de sa trou­­vaille. Il en ramasse quelques-uns qu’il ramène chez lui.

Quelques jours plus tard, il se décide à faire part de sa trou­­vaille à George Wilcox, le shérif du comté de Chaves. Celui-ci appelle le Roswell Army Air Field, le camp mili­­taire basé à côté de la ville. Deux soldats se rendent sur les lieux pour inspec­­ter les fameux débris et, dès le lende­­main, le colo­­nel Blan­­chard fait boucler le péri­­mètre du crash. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les débris sont ramas­­sés et emme­­nés par camion à la base de Roswell. Le jour même, le colo­­nel annonce, via un commu­­niqué, que les débris retrou­­vés proviennent d’une « soucoupe volante ». En un rien de temps, toute la presse du pays est en effer­­ves­­cence et se rue dans le région. Mais quelques heures plus tard, le briga­­dier-géné­­ral Roger Ramey annonce que le colo­­nel Blan­­chard s’est trompé. Il s’agi­­rait non pas d’une soucoupe volante, mais des restes d’un ballon météo­­ro­­lo­­gique couplé à un réflec­­teur radar. C’est dans la Zone 51, à en croire les plus fervents ufologues, que seraient entre­­po­­sés les vestiges du crash de Roswell. À les en croire, ils consti­­tue­­raient la preuve de la rela­­tion secrète qu’en­­tre­­tient l’ar­­mée améri­­caine avec des espèces extra­­­ter­­restres.

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Un avion espion U-2
Crédits : US Air Force

En 2013, un rapport offi­­ciel sur l’his­­toire du programme d’avions espions U-2 entre 1954 et 1974, rédigé par deux histo­­riens de la CIA, a été entiè­­re­­ment déclas­­si­­fié. Il relate en des termes détaillés l’his­­toire de la Zone 51 et ce qu’on y aurait réalisé pendant ces deux décen­­nies de secrets. D’après ce docu­­ment de plus 400 pages, c’est en 1955 que débute véri­­ta­­ble­­ment l’his­­toire de la Zone 51. À l’époque, la CIA est à la recherche d’un site pour procé­­der aux essais du U-2, le nouvel avion espion mis au point par l’en­­tre­­prise Lock­­heed Martin, leader mondial dans le domaine de la défense et de la sécu­­rité. L’ap­­pa­­reil doit être testé à l’abri des regards indis­­crets, alors que les États-Unis sont en pleine guerre froide contre l’URSS. La zone doit offrir une piste suffi­­sam­­ment longue et résis­­tante pour suppor­­ter le poids du nouvel appa­­reil, des réserves de carbu­­rant consi­­dé­­rables et la proxi­­mité d’une admi­­nis­­tra­­tion mili­­taire, pour la logis­­tique. Le lieu choisi par la CIA se situe dans une région admi­­nis­­tra­­tive que d’an­­ciennes cartes du gouver­­ne­­ment appellent la « Zone 51 ». Elle se trouve à côté de Groom Lake, un lac assé­­ché coincé entre les montagnes. Sa situa­­tion géogra­­phique est parfaite puisque la zone est déjà large­­ment inter­­­dite d’ac­­cès au public. La petite base, qui sera ensuite réno­­vée et agran­­die, est entou­­rée de la zone mili­­taire de Nellis et du site d’es­­sais nucléaires du Nevada (NTS), en service de 1951 à 1992. L’en­­droit est inhos­­pi­­ta­­lier, et pour convaincre les ingé­­nieurs et les mili­­taires de venir travailler au sein de cette nouvelle base, Kelly John­­son, un des ingé­­nieurs en chef du projet U-2, décide de renom­­mer l’en­­droit Para­­dise Ranch – un des premiers surnoms de la zone.

De 1955 à 1974, les projets d’avions espions se sont enchaî­­nés.

À partir de 1955 et des premiers tests de l’avion espion U-2, des témoi­­gnages faisant état obser­­va­­tions d’ov­­nis dans la zone commencent à appa­­raître. « Les vols à haute alti­­tude du U-2 ont rapi­­de­­ment entraîné un effet secon­­daire inat­­tendu : l’aug­­men­­ta­­tion phéno­­mé­­nale des signa­­le­­ments d’objets volants non-iden­­ti­­fiés », racontent les deux histo­­riens de la CIA. À l’époque, les avions de ligne volent à une hauteur de 3 000 à 6 000 mètres, quand les U-2 se déplacent à plus de 20 000 mètres. « De tels signa­­le­­ments arri­­vaient fréquem­­ment en début de soirée, de la part de pilotes commer­­ciaux volant d’est en ouest », disent-ils. À cette heure de la jour­­née, le soleil était bas sur l’ho­­ri­­zon, plon­­geant les avions « dans l’ombre » et rendant diffi­­cile leur iden­­ti­­fi­­ca­­tion à l’œil nu. Quand un U-2 volait dans les envi­­rons à très haute alti­­tude, le soleil se reflé­­tait sur ses ailes métal­­liques, ce qui donnait l’im­­pres­­sion aux pilotes de voir des objets enflam­­més, écrivent-ils. Le phéno­­mène était égale­­ment observé sur la terre ferme. « À cette époque, personne n’ima­­gi­­nait qu’un vol habité était possible à cette alti­­tude, ce qui fait que personne ne s’at­­ten­­dait à voir un objet si haut dans le ciel », pour­­suivent les deux histo­­riens. Toujours d’après le rapport, le carac­­tère ultra-secret du programme U-2 empê­­chait les membres de l’Air Force char­­gés d’enquê­­ter sur les signa­­le­­ments d’ov­­nis d’ex­­pliquer les véri­­tables raisons de ces phéno­­mènes.

De 1955 à 1974, les projets d’avions espions se sont enchaî­­nés. Avant même que le U-2 ne soit tota­­le­­ment déve­­loppé, le projet OXCART a été lancé par la CIA en 1962. Cet appa­­reil de recon­­nais­­sance à haute alti­­tude était capable d’at­­teindre la vitesse de Mach 3, soit trois fois la vitesse du son. Kenneth Collins a aujourd’­­hui 80 ans. Cet ancien pilote de tests de la CIA a effec­­tué de nombreux vols avec l’U-2 et l’OXCART dans les années 1960. Il se souvient en détail du 24 mai 1963, le jour de son crash avec l’OXCART, dans l’Utah : « Trois hommes sont arrivé en pick-up et m’ont proposé de l’aide. Je leur ai dit de ne pas s’ap­­pro­­cher de l’avion, que j’avais une charge nucléaire à bord », se souvient-il. La CIA a fait signer à tous les témoins un enga­­ge­­ment de confi­­den­­tia­­lité et déguisé l’ac­­ci­dent en expliquant qu’il s’agis­­sait d’un simple avion de l’US Air Force. Après avoir été récu­­péré, le pilote a subi un inter­­­ro­­ga­­toire de la CIA, dont les agents lui ont admi­­nis­­tré un sérum de vérité : « Ils voulaient s’as­­su­­rer que je n’avais rien oublié de leur dire des circons­­tances de l’ac­­ci­dent. » Quelques jours plus tard, le dimanche soir, trois agents l’ont ramené chez lui. « L’un d’eux condui­­sait ma voiture, les deux autres m’ont porté à l’in­­té­­rieur et m’ont jeté sur le lit. J’étais défoncé à cause des médi­­ca­­ments. Ils ont donné les clefs de voiture à Jane, mon épouse, et sont repar­­tis sans dire un mot. »

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Lock­­heed A-12 Oxcart
Crédits : US Air Force

La vérité est ailleurs

Robert Scott Lazar a tout du scien­­ti­­fique des années 1970. D’im­­po­­santes lunettes posées sur le nez, les cheveux châtains mi-longs recou­­vrant ses oreilles. Il se fait connaître pour la première fois dans le Los Alamos Moni­­tor, un jour­­nal local, en 1982. L’ar­­ticle parle d’un drag­s­ter – une sorte de Formule 1 surboos­­tée – qu’il aurait construit avec un scien­­ti­­fique de la NASA. Le jour­­nal présente alors « Bob » Lazar, affir­­mant être diplômé du MIT et du Cali­­for­­nia Insti­­tute of Tech­­no­­logy  (Caltech), comme « un physi­­cien travaillant au complexe de Los Alamos Meson ». Mais c’est le 13 mai 1989 que Bob Lazar accède à une noto­­riété mondiale : lors d’une inter­­­view donnée à une chaîne télé­­vi­­sée de Las Vegas, le scien­­ti­­fique affirme avoir travaillé dans la très secrète Zone 51. bob-lazarLazar explique avoir été ingé­­nieur et scien­­ti­­fique durant un an, entre 1988 et 1989, dans la base de la CIA. Et il n’est pas avare de détails : devant son inter­­­lo­­cu­­teur médusé, il raconte avoir été attri­­bué au secteur 4, proche de Groom Lake et caché sous la montagne, à Papoose Lake. Au cours de ses diverses missions, Bob Lazar dit avoir travaillé sur la propul­­sion d’un nouveau genre d’ap­­pa­­reils mili­­taires. Mais après des recherches pous­­sées sur le maté­­riel qu’on mettait à sa dispo­­si­­tion, il parvient à la conclu­­sion que les neufs engins gardés dans le Secteur 4 ne sont pas d’ori­­gine terrestre. Dans son témoi­­gnage, Bob Lazar explique s’en être rendu compte après être monté à bord d’un des appa­­reils. Pour lui, l’en­­gin était « construit pour une personne à la morpho­­lo­­gie diffé­­rente de celle d’un pilote humain ». Une enquête du Los Angeles Times de 1993 montre qu’il n’y a aucune trace de son passage au MIT et à Caltech. David L. Morgan, docteur en physique, a égale­­ment remis en ques­­tion les propos de Bob Lazar. Ce dernier s’est défendu en affir­­mant que le gouver­­ne­­ment améri­­cain, ou une « auto­­rité plus haut placée », avait effacé les traces pour lui faire perdre tout crédi­­bi­­lité. C’est pour se proté­­ger qu’il aurait réalisé l’in­­ter­­view du 13 mai 1989. Quoi qu’il en soit, cette inter­­­view et le témoi­­gnage de Bob Lazar ont connu une diffu­­sion mondiale et relancé, au début des années 1990, le mythe qui entoure la Zone 51. En quelques années, elle a été happée Holly­­wood qui a fini de graver son nom dans l’ima­­gi­­naire collec­­tif avec X-Files (1993) et Inde­­pen­­dence Day (1996). Celui de Bob Lazar, en revanche, est tombé aux oubliettes.

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Peter Merlin porte la raie sur le côté, les cheveux courts au niveau des tempes et une fine mous­­tache qui épouse les contours de sa lèvre supé­­rieure. Il se montre le plus souvent affu­­blé d’un grand chapeau beige et d’un blou­­son en cuir. Après avoir travaillé si long­­temps sur la Zone 51 et ses mystères, il en parle aujourd’­­hui avec beau­­coup de calme et de séré­­nité : « Le seul véri­­table mystère qui entoure la Zone 51 aujourd’­­hui concerne la nature des programmes qui n’ont pas encore été déclas­­si­­fiés. » Lorsqu’on lui demande si Bob Lazar dit vrai, il n’hé­­site pas une seconde : « En plus de trente ans de recherches, je n’ai trouvé aucune preuve crédible, si ce n’est les avions espions mili­­taires et les armes qui ont été testés dans la Zone 51. Malgré cela, le mythe persiste. » Pour lui, les récentes divul­­ga­­tions de la CIA n’y feront rien car les gens aiment le mystère. « Moins on en sait sur la Zone 51, plus il est facile de remplir les blancs avec son imagi­­na­­tion », conclut-il.

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Peter W. Merlin

Mais un événe­­ment récent est venu secouer le monde des ufologues. En 2015, le Dr. Robert Krangle, physi­­cien et colla­­bo­­ra­­teur régu­­lier du labo­­ra­­toire de Los Alamos, a affirmé se souve­­nir parfai­­te­­ment de Bob Lazar. Son témoi­­gnage inat­­tendu a donné une nouvelle dimen­­sion aux propos de celui qui, plus de 25 ans plus tôt, affir­­mait avoir travaillé sur des appa­­reils extra­­­ter­­restres dans l’en­­ceinte de la Zone 51. « Bob Lazar était aussi physi­­cien que moi : ça se voyait tout de suite à la rangée de stylos de couleur qui dépas­­saient de sa chemise », dit-il sur le ton de la plai­­san­­te­­rie. Le physi­­cien ajoute plus sérieu­­se­­ment que Bob Lazar parti­­ci­­pait aux réunions de sécu­­rité « durant lesquelles on nous donnait le brie­­fing habi­­tuel, qui exigeait qu’on ne dise rien à l’ex­­té­­rieur de ce qu’on allait voir ou faire à Los Alamos ». Robert Krangle est à ce jour la seule personne à avoir publique­­ment validé le passé et les travaux de Bob Lazar…

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En octobre 2016, deux hommes se sont un peu trop appro­­chés du site secret de Groom Lake Road. Joe et Garrett McCul­­lough ne sont pas des chas­­seurs d’ov­­nis, ni des théo­­ri­­ciens du complot. Ce père et son fils sont des aven­­tu­­riers vlogueurs dont l’ac­­ti­­vité favo­­rite est d’ex­­plo­­rer le monde sur leurs motos. Dans leur vidéo publiée le 10 octobre dernier, ils tentent de s’in­­tro­­duire sur la Zone 51. Pour ce faire, ils ont étudié en détail de nombreuses cartes de la région et de ses alen­­tours, afin de trou­­ver un chemin détourné. Les deux motards s’élancent sur le chemin de traverse en filmant leur avan­­cée avec des camé­­ras embarquées. Tandis qu’ils roulent roulent sur un chemin de terre non balisé, un 4×4 blanc les dépasse dans un nuage de pous­­sière, deux hommes en treillis derrière le volant. Stupé­­faits, les deux pilotes décident néan­­moins de conti­­nuer leur route jusqu’aux panneaux inter­­­di­­sant d’al­­ler plus loin. Ils font halte et c’est alors que le 4×4 blanc surgit sur la piste avant de s’ar­­rê­­ter. Les deux soldats en sortent en braquant leurs armes sur eux. Après les avoir fouillés sans ména­­ge­­ments, ils leur somment de rebrous­­ser chemin immé­­dia­­te­­ment. Loin de la Zone 51 et de ses secrets. https://www.youtube.com/watch?v=w8Nc9SWED00


Couver­­ture : Groom Lake vu du ciel.


BIENVENUE À ROSWELL, CAPITALE MONDIALE DES OVNIS

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Depuis 1947, la ville de Roswell est un lieu sacré pour tous les amateurs d’OVNI. Chaque année, des milliers de personnes accourent à son festi­­val.

Chaque été, des milliers de personnes déferlent dans la ville de Roswell, au Nouveau-Mexique. Ils viennent assis­­ter au festi­­val annuel des OVNI, le UFO Festi­­val. L’évé­­ne­­ment a lieu pour l’an­­ni­­ver­­saire du fameux crash de vais­­seau extra­­­ter­­restre que le gouver­­ne­­ment améri­­cain aurait cher­­ché à passer sous silence, durant l’été 1947. Pendant quatre jours et quatre nuits, cette petite ville d’or­­di­­naire tranquille et old fashion accueille une effu­­sion carna­­va­­lesque de food trucks, de concours de costumes, de spec­­tacles de son et lumière et de stands débor­­dant de babioles en tout genre pour fanas d’ex­­tra­­ter­­restres.

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Le musée de Roswell
Crédits : Gabriela Campos

Cette année, un alien de six mètres de haut se dresse sur Main Street et veille sur les festi­­vi­­tés. Sous ses grands yeux noirs et luisants se déverse un flot régu­­lier de visi­­teurs, dont bon nombre sont vêtus de costumes futu­­ristes. Cette lente proces­­sion fait route vers le concours de costumes du samedi, orga­­nisé dans la grande salle muni­­ci­­pale. « C’est comme Mardi Gras, mais avec des extra­­­ter­­restres », résume Janet Jones, la proprié­­taire du Roswell Space Center. C’est l’une des six boutiques perma­­nentes de la ville. Elle y vend toutes sortes d’objets et de vête­­ments en rapport avec les OVNI et les extra­­­ter­­restres.

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