par Darien Cavanaugh | 0 min | 1 décembre 2015

« On est foutus »

Il s’agis­­sait d’un inci­dent mineur, et pour­­tant, Jason Box refuse d’en parler. Depuis, il se sent nerveux vis-à-vis des médias. C’est arrivé l’été dernier, alors qu’il lisait les billets de blogs enthou­­siastes que lui avait trans­­mis le respon­­sable scien­­ti­­fique du brise-glace suédois Oden, qui explo­­rait l’Arc­­tique dans le cadre d’une expé­­di­­tion inter­­­na­­tio­­nale diri­­gée par l’uni­­ver­­sité de Stock­­holm. « Les premières obser­­va­­tions d’un niveau de méthane élevé, envi­­ron dix fois supé­­rieur au niveau de méthane présent dans les fonds marins, ont été rele­­vées… Nous avons décou­­vert 100 nouveaux sites où le méthane s’in­­fil­­tre… Les dieux de la météo sont toujours à nos côtés alors que nous progres­­sons à travers les vapeurs de la mer des Laptev, désor­­mais exempte de glace… »

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Le brise-glace suédois Oden
Crédits

Box est un éminent clima­­to­­logue qui a passé de nombreuses années à étudier l’Arc­­tique au Byrd Polar and Climate Research Center, dans l’Ohio. Il savait à ce moment-là que ce déta­­che­­ment décri­­vait l’un des pires scéna­­rios clima­­tique sur le long terme : une boucle de rétro­ac­­tion dans laquelle le réchauf­­fe­­ment des mers a entraîné des émis­­sions de méthane qui engendrent à leur tour un réchauf­­fe­­ment clima­­tique plus impor­­tant, et ce jusqu’à ce que la planète devienne incom­­pa­­tible avec toute vie humaine. Il savait égale­­ment que des émis­­sions de méthane simi­­laires étaient présentes dans la région. Sur un coup de tête, il a écrit sur Twit­­ter : « Si ne serait-ce qu’une infime partie du carbone présent dans les fonds marins de l’Arc­­tique est libéré dans l’at­­mo­­sphère, on est foutus. » Le tweet est devenu immé­­dia­­te­­ment viral et a été repris par les titres de jour­­naux : « DES CLIMATOLOGUES AFFIRMENT QUE LES ÉMISSIONS DE CARBONE DANS L’ARCTIQUE MENACENT LA VIE HUMAINE » « LES DÉCOUVERTES SAISISSANTES DE CLIMATOLOGUES DANS L’ARCTIQUE FONT L’EFFET D’UNE BOMBE » « SELON LES CLIMATOLOGUES, LES REJETS DE MÉTHANE DANS L’ARCTIQUE SONT UNE MENACE POUR LA VIE HUMAINE »

Cela fait des années que Box s’ex­­prime en toute fran­­chise sur le sujet. Il a réalisé des projets scien­­ti­­fiques avec Green­­peace et parti­­cipé à une grande mani­­fes­­ta­­tion en 2011 devant la Maison-Blanche, orga­­ni­­sée par 350.org. En 2013, il a fait la une des jour­­naux lorsqu’un maga­­zine a rapporté que, selon ses conclu­­sions, une éléva­­tion du niveau des mers de 21 mètres se produi­­rait certai­­ne­­ment au cours des siècles à venir. À présent et avec une seule phrase, Box s’aven­­tu­­rait dans deux zones parti­­cu­­liè­­re­­ment dange­­reuses. Premiè­­re­­ment, le vilain secret de la science du climat et des poli­­tiques gouver­­ne­­men­­tales en la matière est que toutes deux reposent sur des proba­­bi­­li­­tés. Cela signi­­fie que les effets des objec­­tifs stan­­dards de réduc­­tion des émis­­sions de CO2 de 80 % d’ici à 2050 se situent au milieu de la courbe de proba­­bi­­lité. Box s’est risqué à faire un tour à l’ex­­tré­­mité de la courbe, vers les proba­­bi­­li­­tés les plus sombres, où peu de scien­­ti­­fiques et aucun homme poli­­tique ne souhaite s’aven­­tu­­rer. Mais pire encore, il a montré de l’émo­­tion, chose taboue dans tout domaine scien­­ti­­fique et en parti­­cu­­lier dans celui de la science du climat. Comme l’a démon­­tré une étude récente de l’uni­­ver­­sité de Bris­­tol, les clima­­to­­logues sont telle­­ment distraits et inti­­mi­­dés par les campagnes achar­­nées à leur égard qu’ils ont tendance à éviter toute décla­­ra­­tion qui pour­­rait leur valoir d’être quali­­fiés « d’alar­­mistes », et se réfu­­gient alors dans un monde de graphiques et de données. Pour­­tant, Box a su résis­­ter à tout cela. Il est même allé jusqu’à jouer le jeu des médias dans des inter­­­views avec la presse danoise, où l’ex­­pres­­sion origi­­nale « we’re fucked » (« on est foutus ») a été traduite en danois par un équi­­valent plus accep­­table. Ces mots décou­­ra­­geants ont fini en gros carac­­tères sur les titres des jour­­naux de tout le pays. Le problème était que Box travaillait à présent pour le gouver­­ne­­ment danois, et bien que le Dane­­mark soit l’un des pays les plus progres­­sistes au monde en matière de ques­­tions clima­­tiques, ses diri­­geants n’ont pas appré­­cié qu’un de leurs scien­­ti­­fiques tour­­mente le peuple avec des images de destruc­­tion globale. Alors que son emploi était en péril seule­­ment un an après qu’il avait déra­­ciné sa famille pour emmé­­na­­ger dans un pays loin­­tain, Box a été convoqué devant tous les membres du conseil d’ad­­mi­­nis­­tra­­tion de son insti­­tut de recherche. Depuis, lorsqu’il reçoit un e-mail deman­­dant un entre­­tien télé­­pho­­nique pour évoquer ses « tristes décla­­ra­­tions récentes », il ne répond pas.

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Jason Box
Crédits : Jason Box/Twit­­ter

Cinq jours plus tard : « Dr Box – je reviens vers vous au cas où le message ci-dessous serait arrivé dans vos cour­­riers indé­­si­­rables. Merci de me recon­­tac­­ter. » Cette fois-ci, il répond briè­­ve­­ment. « Je pense que la plupart des scien­­ti­­fiques sont dans un déni total après la terrible vérité qu’on connaît concer­­nant le chan­­ge­­ment clima­­tique (pas le même type de déni que celui dont font preuve les conser­­va­­teurs, bien entendu). Aujourd’­­hui encore, je suis étonné de voir que si peu de clima­­to­­logues sont descen­­dus dans la rue pour faire passer un message de plai­­doyer et mani­­fes­­ter en faveur d’une action poli­­tique. » Il ignore ma demande d’en­­tre­­tien télé­­pho­­nique. Une semaine plus tard, nouvelle tenta­­tive : « Dr Box – j’ai regardé votre discours lors de la confé­­rence sur l’Arc­­tique orga­­ni­­sée par le maga­­zine The Econo­­mist. Impres­­sion­­nant. J’ai­­me­­rais vous rencon­­trer. » Mais la moro­­sité est un sujet dont il ne souhaite pas discu­­ter. « Se cacher ne fait pas partie des options », répond-t-il, « cela ne sert à rien de devoir surmon­­ter des symp­­tômes semblables à un état de stress post-trau­­ma­­tique. » Il cite un proverbe scan­­di­­nave : « L’homme impru­dent reste éveillé toute la nuit et s’inquiète inlas­­sa­­ble­­ment. Au lever du jour, son agita­­tion est intacte. » Peu de gens ont de tels proverbes prêts à l’em­­ploi en tête. Dernière tenta­­tive : « Je pense vrai­­ment que je devrais venir vous voir, rencon­­trer votre famille et racon­­ter cette histoire de façon person­­nelle et saisis­­sante. » Je voulais rencon­­trer Box pour comprendre comment quelqu’un qui s’ex­­prime sans détour sur le sujet tient bon. Il a quitté son pays natal avec sa famille pour obser­­ver et étudier la fonte des glaces au Groen­­land de près. De quelle manière le fait d’exa­­mi­­ner des données peu réjouis­­santes si inti­­me­­ment, jour après jour, affecte-t-il une personne ? Box serait-il comme tous les scien­­ti­­fiques direc­­te­­ment impliqués dans cette ques­­tion déter­­mi­­nante du début du siècle ? Comment sont-ils affec­­tés par le fardeau du métier qu’ils ont choisi face au chan­­ge­­ment que la planète subit et qui pour­­rait la trans­­for­­mer à jamais ? Box finit par céder. « Venez à Copen­­hague », dit-il. Il promet même un dîner en famille.

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Témoin de la fonte des glaces
Crédits : Jason Box/Face­­book

Apoca­­lypse Now

Depuis plus de trente ans, les clima­­to­­logues vivent une exis­­tence surréa­­liste. Un nombre crois­­sant de recherches démontrent que le réchauf­­fe­­ment suit l’aug­­men­­ta­­tion des gaz à effet de serre, exac­­te­­ment comme le prévoyaient leurs modèles. La preuve physique est de plus en plus drama­­tique chaque année : le recul des forêts, le dépla­­ce­­ment des animaux vers le nord, la fonte des glaciers, la saison des feux de forêts qui s’étend, l’aug­­men­­ta­­tion des taux de séche­­resse, d’inon­­da­­tions et d’orages (cinq fois supé­­rieurs dans les années 2000 par rapport aux années 1970). Pour reprendre les affir­­ma­­tions brutales du plan natio­­nal d’adap­­ta­­tion au chan­­ge­­ment clima­­tique de 2014, mené par 300 des plus remarquables experts améri­­cains à la demande du gouver­­ne­­ment, les chan­­ge­­ments clima­­tiques induits par l’homme sont réels (aux États-Unis, les tempé­­ra­­tures ont subi une augmen­­ta­­tion comprise entre 1,3 et 1,9 degrés, prin­­ci­­pa­­le­­ment depuis 1970) et ce chan­­ge­­ment a commencé à toucher « l’agri­­cul­­ture, l’eau, la santé humaine, l’éner­­gie, les trans­­ports, les forêts et les écosys­­tèmes ». Et ce n’est pas le pire. En Arctique, les tempé­­ra­­tures rele­­vées dans l’air augmentent à un taux deux fois supé­­rieur au reste du monde. Une étude de la marine améri­­caine affirme que l’Arc­­tique pour­­rait perdre sa glace d’ici l’été prochain, soit 84 ans plus tôt que les prévi­­sions des modèles, et des preuves datant d’un peu plus d’un an suggèrent que la calotte glaciaire de l’An­­tar­c­­tique occi­­den­­tal est condam­­née, ce qui entraî­­nera une montée des océans de 6 à 7,6 mètres. Les cent millions de personne vivant au Bangla­­desh devront se dépla­­cer et, à l’échelle mondiale, toutes les personnes vivant dans des zones côtières devront être délo­­ca­­li­­sées, ce qui s’avé­­rera compliqué compte tenu de la crise écono­­mique et de la famine (avec l’ef­­fet de la séche­­resse à l’in­­té­­rieur du conti­nent, le respon­­sable scien­­ti­­fique du Dépar­­te­­ment d’État des États-Unis a prévu en 2009 qu’un milliard de personnes souf­­fri­­ront de famine dans les vingt ou trente prochaines années). Et malgré des déve­­lop­­pe­­ments encou­­ra­­geants dans le domaine des éner­­gies renou­­ve­­lables et des décou­­vertes réali­­sées sur la scène inter­­­na­­tio­­nale, les émis­­sions de carbone conti­­nuent d’aug­­men­­ter à un rythme stable. Pour ajou­­ter à leur malheur, les scien­­ti­­fiques eux-mêmes sont la cible d’at­­taques inces­­santes fort bien orga­­ni­­sées, dont des menaces de mort, des assi­­gna­­tions à compa­­raître de la part d’un Congrès parti­­cu­­liè­­re­­ment hostile, des tenta­­tives de licen­­cie­­ments, du harcè­­le­­ment juri­­dique, des exigences de décou­­vertes telle­­ment dérai­­son­­nables qu’ils ont dû créer leur propre fonds de défense juri­­dique, et tout cela a été ampli­­fié par une campagne de propa­­gande sans relâche finan­­cée ouver­­te­­ment par des entre­­prises de combus­­tibles fossiles. Peu de temps avant le sommet du climat de Copen­­hague en 2009, des milliers de comptes e-mails ont été pira­­tés lors d’une opéra­­tion d’es­­pion­­nage très élabo­­rée qui n’a jamais pu être réso­­lue. Bien que l’enquête offi­­cielle menée par la police n’a rien révélé, une analyse d’ex­­perts l’a conduite jusqu’à des serveurs en Turquie et dans deux des plus grands pays produc­­teurs de pétrole : l’Ara­­bie saou­­dite et la Russie.

« Je ne pense pas qu’on soit foutus. Nous avons du temps pour mettre en place des solu­­tions durables à ces problèmes. » — Gavin Schmidt

La moro­­sité gran­­dit parmi les mili­­tants du climat. Jim Dris­­coll, du Natio­­nal Insti­­tute for Peer Support, vient de termi­­ner une étude basée sur un groupe de mili­­tants de longue date. Cette étude démontre que le senti­­ment qu’ils disent éprou­­ver le plus souvent est la tris­­tesse, suivi de la peur et de la colère. Le Dr Lise Van Suste­­ren, psychiatre et diplô­­mée du programme de forma­­tion d’Al Gore inti­­tulé Une vérité qui dérange, appelle cela un stress « pré-trau­­ma­­tique » : « Nombre d’entre nous présen­­tons tous les symp­­tômes d’un trouble post-trau­­ma­­tique (la colère, la panique, les pensées intru­­sives obses­­sion­­nelles). » La célèbre acti­­viste Gillian Cald­­well a déclaré publique­­ment qu’elle souf­­frait d’un « trau­­ma­­tisme lié au climat », avant de quit­­ter le groupe qu’elle avait aidé à créer et de publier un article inti­­tulé « 16 conseils aux clima­­to­­logues pour éviter le burn-out», dans lequel elle suggère le compar­­ti­­men­­tage : « Renfor­­cez les limites entre le travail et la vie privée. Il est très diffi­­cile de passer du travail et de ses problèmes capti­­vants de prédic­­tions apoca­­lyp­­tiques à la maison, où les soucis semblent insi­­gni­­fiants en compa­­rai­­son. » Parmi les dizaines de scien­­ti­­fiques et de mili­­tants avec lesquels j’ai pu m’en­­tre­­te­­nir à ce jour, la plupart asso­­cient cet élan de mélan­­co­­lie à l’échec de la confé­­rence sur le climat de 2009 et au glis­­se­­ment progres­­sif de l’es­­poir de préven­­tion vers les plans d’adap­­ta­­tion : le livre Earth de Bill McKib­­ben est un guide de survie sur une Terre si diffé­­rente qu’il pense que nous ne devrions plus la nommer ainsi, et James Love­­lock fait passer le même message dans son livre A Rough Ride to the Future. En Austra­­lie, Clive Hamil­­ton écrit des articles et des livres qui portent des titres tels que Requiem pour l’es­­pèce humaine. Dans un numéro récent du New Yorker, Jona­­than Fran­­zen affirme que, puisqu’à l’heure actuelle la Terre « est semblable à un malade du cancer en phase termi­­nale que nous pouvons soigner avec un trai­­te­­ment agres­­sif ou avec des soins pallia­­tifs et de la compas­­sion », nous devrions cesser d’es­­sayer d’évi­­ter l’iné­­vi­­table et inves­­tir notre argent dans de nouvelles réserves natu­­relles, où les oiseaux pour­­ront s’éteindre moins rapi­­de­­ment. D’un autre côté, on trouve des groupes plus extrêmes, tels que Deep Green Resis­­tance, qui prône ouver­­te­­ment un sabo­­tage de « l’in­­fra­s­truc­­ture indus­­trielle », ou les milliers de personnes qui se connectent sur le site et assistent aux discours de Guy McPher­­son, profes­­seur de biolo­­gie à l’uni­­ver­­sité d’Ari­­zona qui, après avoir conclu que les éner­­gies renou­­ve­­lables ne seront pas béné­­fiques, a quitté son travail et démé­­nagé dans une ferme auto­­nome pour se prépa­­rer au chan­­ge­­ment clima­­tique préci­­pité. « La civi­­li­­sa­­tion est un moteur ther­­mique », dit-il. « On ne pourra pas échap­­per au piège dans lequel nous nous sommes enfer­­més. » L’homme le plus influent est Paul King­s­north, mili­­tant de longue date en faveur de la protec­­tion de l’en­­vi­­ron­­ne­­ment qui a perdu tout espoir de chan­­ge­­ment poli­­tique en 2009.  Retiré dans les bois dans l’ouest de l’Ir­­lande, il a aidé au lance­­ment d’un groupe appelé Dark Moun­­tain, dont le mani­­feste émou­­vant et morose s’adresse à un « réseau d’écri­­vains, d’ar­­tistes et de penseurs qui ne croient plus aux histoires que notre civi­­li­­sa­­tion se raconte ». Parmi ces histoires : le progrès, la crois­­sance et la supé­­rio­­rité de l’homme. L’idée s’est vite répan­­due et il existe aujourd’­­hui cinquante chapitres à Dark Moun­­tain. Des indi­­vi­­dus du monde entier ont écrit des pièces de théâtre, des chan­­sons et des thèses de docto­­rat pour contri­­buer au projet. Au télé­­phone depuis l’Ir­­lande, Paul King­s­north explique cet attrait. logo« Il faut être prudent avec l’es­­poir. Si cet espoir repose sur un fonde­­ment irréa­­liste, il s’ef­­fondre et les gens finissent par déses­­pé­­rer. J’ai été témoin de cela à Copen­­hague : il y a eu beau­­coup de déses­­poir et d’aban­­don après cet événe­­ment. » Sur un plan person­­nel, bien qu’il consi­­dère que ce sont des gestes infimes, il plante beau­­coup d’arbres, cultive ses propres légumes et évite le plas­­tique. Il ne prend plus l’avion. « Cela me paraît être une obli­­ga­­tion d’un point de vue éthique. Tout ce que vous pouvez faire, c’est ce que vous pensez être juste. » Chose étrange, il semble bien plus tolé­­rant que les mili­­tants qui conti­­nuent de lutter, même vis-à-vis des poli­­ti­­ciens qui soutiennent le pétrole. « Nous aimons tous jouir des fruits de ce qui nous est proposé : les voitures, les ordi­­na­­teurs, les iPhone. Quel homme poli­­tique va essayer de vendre aux gens un futur dans lequel ils ne pour­­ront plus JAMAIS mettre à jour leur iPhone ? » Il se met à rire. Pense-t-il qu’il serait mal de prendre un vol long cour­­rier pour inter­­­vie­­wer un clima­­to­­logue ? Il rit de nouveau. « C’est à vous de répondre à cette ques­­tion. »

Que faire ?

Tout cela laisse les clima­­to­­logues dans une posi­­tion incon­­for­­table. Au Goddard Insti­­tute for Space Studies de la NASA, Gavin Schmidt a subi des menaces de réduc­­tion budgé­­taires de 30 % de la part des Répu­­bli­­cains améri­­cains oppo­­sés à son rapport sur le chan­­ge­­ment clima­­tique. Gavin Schmidt occupe le bureau du septième étage, où travaillait autre­­fois le légen­­daire James Hansen, qui fut le premier scien­­ti­­fique à expo­­ser les faits devant le Congrès en 1988. Il était si passionné par le sujet qu’il fut arrêté pour avoir mani­­festé contre les usines de char­­bon. Bien que Schmidt ait été l’une des victimes des pira­­tages infor­­ma­­tiques en 2009, après quoi il a souf­­fert d’une dépres­­sion sévère, il se concentre à présent sans relâche sur le bon côté des choses. « Ce n’est pas comme si rien n’avait été fait. Il y a eu beau­­coup de choses. En termes d’émis­­sions par habi­­tant, la plupart des pays déve­­lop­­pés sont stables. Nous faisons quelque chose. »

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Gavin Schmidt
Crédits : NASA/GISS

Le tweet de Box lui fait grin­­cer les dents. « Je ne suis pas d’ac­­cord. Je ne pense pas qu’on soit foutus. Nous avons du temps pour mettre en place des solu­­tions durables à ces problèmes. Il n’est pas néces­­saire de fermer toutes les centrales élec­­triques de char­­bon demain. On peut mettre en place une tran­­si­­tion. C’est sympa de dire : “On est foutus et il n’y a rien à faire”, mais c’est faire preuve d’une atti­­tude nihi­­liste. Nous avons toujours le choix. Nous pouvons conti­­nuer à prendre des déci­­sions pires, ou nous pouvons prendre des mesures bien meilleures. “On est foutus ! J’aban­­donne, achève-moi”, c’est juste stupide. » Schmidt, qui attend son premier enfant et fait atten­­tion à son empreinte carbone, insiste sur le fait que les pira­­tages, les enquêtes et les menaces de coupes budgé­­taires n’ont pas réussi à l’in­­ti­­mi­­der. Il réfute égale­­ment les scéna­­rios d’un chan­­ge­­ment clima­­tique brutal. « Je travaille énor­­mé­­ment sur le méthane et je peux vous dire que la plupart des gros titres sont faux. Il n’existe aucune preuve scien­­ti­­fique concrète qui soutient que ce qui se passe dans l’Arc­­tique est consi­­dé­­ra­­ble­­ment diffé­rent, si ce n’est qu’il y a une fonte des glaces un peu partout. » Mais le chan­­ge­­ment clima­­tique est un phéno­­mène progres­­sif et nous consta­­tons déjà une hausse de près de 1 degré Celsius et une éléva­­tion du niveau des océans de 20 centi­­mètres. Sauf cas impen­­sable de chan­­ge­­ment préci­­pité, nous attein­­drons 2 degrés dans trente ou quarante ans. Cet événe­­ment est décrit comme une catas­­trophe (fonte des glaces, éléva­­tions des eaux, séche­­resse, famine et crise écono­­mique massive), et de nombreux scien­­ti­­fiques pensent que nous nous diri­­geons plutôt vers une hausse de quatre ou cinq degrés (même la compa­­gnie pétro­­lière Shell a affirmé qu’elle s’at­­ten­­dait à un réchauf­­fe­­ment clima­­tique de quatre degrés compte tenu du fait que « les gouver­­ne­­ments ne prennent pas les mesures néces­­saires pour faire face à une hausse de 2 degrés Celsius »). Nous vivrons alors dans un monde ravagé par un effon­­dre­­ment écono­­mique, social et envi­­ron­­ne­­men­­tal.

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Le glacier Peter­­mann, au nord-ouest du Groen­­land
Crédits : Jason Box

« Et oui », dit Schmidt, presque noncha­­lam­­ment. « Si nous ne faisons rien, nous pouvons nous attendre à vivre dans un monde complè­­te­­ment diffé­rent. Il y aura de nombreux boule­­ver­­se­­ments si cela se produit. » Cepen­­dant, selon lui, les choses peuvent chan­­ger plus vite qu’on ne pour­­rait le penser. Il suffit de regar­­der ce qui s’est passé pour le mariage homo­­sexuel. Et les glaciers ? « Les glaciers vont fondre ; ils vont tous fondre », dit-il. « Mais ma réac­­tion face au commen­­taire de Jason Box, c’est : à quoi ça de dire ça ? Ça n’aide personne. » Il se trouve que Schmidt a été la première personne à rece­­voir le prix de la commu­­ni­­ca­­tion sur le climat, décerné par l’Union améri­­caine de géophy­­sique, et de nombreuses études récentes dans le domaine de la commu­­ni­­ca­­tion clima­­tique en pleine crois­­sance ont montré que des décla­­ra­­tions abruptes sur une triste réalité rebute les gens (c’est tout simple­­ment trop dur à accep­­ter). Mais stra­­té­­gie et vérité sont deux choses bien distinctes. Les eaux de ces glaciers ne repré­­sentent-elles pas des sources pour des centaines de millions de personnes ? « C’est un vrai problème, en parti­­cu­­lier sur le sous-conti­nent indien », dit-il. « Il y aura des boule­­ver­­se­­ments dans cette zone, sans aucun doute. » « Et l’élé­­va­­tion du niveau des océans ? Le Bangla­­desh est quasi­­ment immergé. Est-ce qu’une centaine de millions de personnes devront se dépla­­cer ? » « Eh bien, oui. Rien n’est fait. Mais je ne crois pas que nous soyons foutus. » Guerres de ressources, famine, migra­­tions de masse… « Des choses terribles nous attendent. Que pouvons-nous faire en tant qu’in­­di­­vidu ? Vous écri­­vez des articles. Je fais de la science. Vous ne courez pas dans tous les sens en criant : “On est foutus ! On est foutus !” Cela n’in­­cite abso­­lu­­ment personne à faire quoi que soit. »

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Des réfu­­giés clima­­tiques
Crédits : Cros­­sing Borders

Scéna­­rio catas­­trophe

Les scien­­ti­­fiques sont formés pour résoudre des problèmes en faisant preuve de déta­­che­­ment comme prin­­cipe moral. Jeffrey Kiehl était un scien­­ti­­fique chevronné du Natio­­nal Center for Atmos­­phe­­ric Research lorsque, son inquié­­tude gran­­dis­­sant au sujet de la façon dont le cerveau résiste à la science du climat, il a pris un congé pour obte­­nir un diplôme de psycho­­lo­­gie. Après dix années de recherches, il conclut que la consom­­ma­­tion et la crois­­sance occupent une place centrale dans notre sens de l’iden­­tité person­­nelle et que la peur de pertes finan­­cières crée une telle anxiété para­­ly­­sante que nous ne pouvons litté­­ra­­le­­ment pas imagi­­ner appor­­ter les chan­­ge­­ments néces­­saires. Pire encore, accep­­ter les faits mena­­ce­­rait notre foi en l’ordre fonda­­men­­tal de l’uni­­vers. Les clima­­to­­logues sont diffé­­rents seule­­ment de par le fait qu’ils exercent un métier néces­­si­­tant un déta­­che­­ment, et géné­­ra­­le­­ment, ce n’est qu’en prenant de l’âge qu’ils finissent par admettre à quel point cela peut les affec­­ter (c’est égale­­ment à ce moment qu’ils commencent à s’ex­­pri­­mer fran­­che­­ment), dit Kiehl. « Vous arri­­vez à un stade où vous sentez – c’est bien le mot, pas “pensez” –, vous sentez que vous devez faire quelque chose. » Cela explique la réac­­tion d’éton­­ne­­ment lorsque Camille Parme­­san, de l’uni­­ver­­sité du Texas (et membre du groupe qui a partagé le prix Nobel avec Al Gore pour son travail sur le climat), a annoncé qu’elle souf­­frait de « dépres­­sion profes­­sion­­nelle » et qu’elle quit­­tait les États-Unis pour s’ins­­tal­­ler en Angle­­terre. Texane au franc-parler, Parme­­san est la fille d’un géologue pétro­­lier qui a grandi à Hous­­ton. Elle affirme à présent qu’il s’agis­­sait d’avan­­tage de poli­­tique que de science. « Pour être honnête, j’ai commencé à paniquer il y a 15 ans, lorsque les premières études montrant que les toun­­dras de l’Arc­­tique étaient en train de passer d’un état de puits net à celui de source nette de dioxyde de carbone ont été publiées. Ça plus le fait que l’es­­pèce de papillon que j’étu­­diais à l’époque migrait vers l’autre moitié du conti­nent, je me suis dit : “C’est quelque chose d’énorme, vrai­­ment énorme.” Depuis, tout ce qui s’est produit n’a fait que confir­­mer ma pensée. » Elle n’est plus opti­­miste. « Vous me deman­­dez si je pense probable que les nations du monde pren­­dront les mesures suffi­­santes pour stabi­­li­­ser le climat durant les cinquante prochaines années ? Non, je ne pense pas cela probable. »

Certains clima­­to­­logues ont été si démo­­ra­­li­­sés par les accu­­sa­­tions et les enquêtes qu’ils se sont reti­­rés de la vie publique.

Elle vivait au Texas après l’échec du sommet sur le climat, en 2009, quand la couver­­ture média­­tique liée aux enjeux clima­­tiques a chuté de deux tiers – le sujet n’a pas été mentionné une seule fois durant les débats de la campagne prési­­den­­tielle de 2012 –, et le gouver­­neur Rick Perry a tout simple­­ment supprimé les sections concer­­nant la montée du niveau de la mer dans un rapport sur la baie de Galves­­ton. Ceci n’a été que le début d’un mouve­­ment de la part des respon­­sables publics qui ont inter­­­dit toute utili­­sa­­tion du terme « chan­­ge­­ment clima­­tique ». « Le Texas compte d’ex­­cel­­lents clima­­to­­logues », affirme Parme­­san sans détour. « Chaque univer­­sité de l’État possède des spécia­­listes qui travaillent sur les impacts. Il est très pertur­­bant de voir que le bureau du gouver­­neur l’ignore. » La poli­­tique a eu des consé­quences néfastes. Son étude sur les papillons lui a permis d’as­­sis­­ter au comité des Nations Unies sur le chan­­ge­­ment clima­­tique, où elle a reçu « une bonne leçon de poli­­tique » lorsque les déci­­sion­­naires ont lancé les mots « très confiants » dans un passage clef indiquant que les scien­­ti­­fiques étaient très confiants dans le fait que les espèces réagis­­saient au chan­­ge­­ment clima­­tique. Puis les attaques person­­nelles ont commencé à pleu­­voir sur les sites Inter­­net et les blogs de droite. « Ils ont carré­­ment menti. C’est une des raisons pour lesquelles je vis au Royaume-Uni à présent. Ce n’est pas juste le chan­­ge­­ment clima­­tique, il existe un senti­­ment anti-science gran­­dis­­sant et de plus en plus fort aux États-Unis. Les gens en deviennent furieux et méchants. C’est un grand soula­­ge­­ment pour moi de ne plus avoir à m’oc­­cu­­per de ça. » Elle conseille à présent à ses étudiants diplô­­més de cher­­cher un emploi en dehors des États-Unis. Personne n’a subi autant d’ani­­mo­­sité que Michael Mann, qui n’était qu’un jeune docto­­rant lorsqu’il a contri­­bué aux données histo­­riques connues sous le nom de « crosse de hockey » (le graphique le plus provo­­cant de l’his­­toire, sur lequel les courbes de tempé­­ra­­tures et d’émis­­sions grimpent en flèche telles une crosse de hockey). Il a été l’objet d’enquêtes et de dénon­­cia­­tions devant le Congrès, il a reçu des menaces de morts, été accusé de fraudes, a reçu de la poudre blanche par cour­­rier ainsi que des milliers d’e-mails conte­­nant des propos du type : « On devrait vous tuer, vous décou­­per en morceaux et vous donner à manger aux cochons. Idem pour votre famille et les scien­­ti­­fiques dans votre genre. » Les fonda­­tions juri­­diques du parti conser­­va­­teur ont fait pres­­sion sur son univer­­sité et un jour­­na­­liste britan­­nique a même suggéré qu’on l’en­­voie sur la chaise élec­­trique. En 2003, le comité du séna­­teur James Inhofe l’a appelé à témoi­­gner face à deux climato-scep­­tiques profes­­sion­­nels, et en 2011 le comité l’a menacé de pour­­suites fédé­­rales, avec seize autres scien­­ti­­fiques. Assis derrière son bureau à l’uni­­ver­­sité de Penn State, il revient sur le tour­­billon d’émo­­tions dans lequel il se trou­­vait. « Vous vous retrou­­vez au centre de ce théâtre poli­­tique, dans une partie d’échecs qui se joue entre des person­­na­­li­­tés très puis­­santes – vous ressen­­tez de la colère, de la confu­­sion, de la désillu­­sion et du dégoût. »

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Michael E. Mann
Crédits : Greg Grieco

« L’ef­­fet inti­­mi­­dant est indé­­niable », dit-il. Certains de ses collègues ont été si démo­­ra­­li­­sés par les accu­­sa­­tions et les enquêtes qu’ils se sont reti­­rés de la vie publique. L’un d’entre eux était proche du suicide. Mann, lui, a décidé de contre-attaquer, en consa­­crant plus de temps à des inter­­­views avec la presse et à des confé­­rences publiques. Il a décou­­vert qu’être en contact avec d’autres personnes parta­­geant ses inquié­­tudes en matière de climat parve­­nait toujours à lui remon­­ter le moral. Toute­­fois, le senti­­ment d’un danger poten­­tiel ne le quitte pas. « Vous faites atten­­tion à ce que vous dites et à ce que vous faites, comme si quelqu’un vous suivait partout et vous filmait avec une caméra », explique-t-il. À ce moment-là, son senti­­ment d’inquié­­tude gran­­dit. « Je sais que vous avez parlé à Jason Box – certains d’entre nous se sont rendus compte qu’à bien des égards, le chan­­ge­­ment clima­­tique est en train de se dérou­­ler plus rapi­­de­­ment que prévu. Les modé­­li­­sa­­teurs de calotte glaciaire ont affirmé qu’il faudrait mille ans ou plus pour que la calotte glaciaire du Groen­­land ne fonde. C’est peut-être vrai, ou c’est peut-être complè­­te­­ment faux. Ou peut-être que cela arri­­vera dans un siècle ou deux. Et ensuite, ce sera une situa­­tion complè­­te­­ment diffé­­rente. Il s’agira de diffé­­ren­­cier les êtres humains et les créa­­tures vivantes qui pour­­ront ou non s’adap­­ter au chan­­ge­­ment. » Selon Mann, les scien­­ti­­fiques tels que Schmidt qui décident de se concen­­trer sur le milieu de la courbe ne sont pas tout à fait des scien­­ti­­fiques. Pire encore sont les pseudo-sympa­­thi­­sants tel que Bjorn Lomborg, qui se concentre sur les possi­­bi­­li­­tés les plus opti­­mistes. Parce que nous sommes censés espé­­rer que tout ira pour le mieux et nous prépa­­rer au pire et qu’une vraie réponse scien­­ti­­fique pren­­drait égale­­ment en compte les mauvais chiffres de la courbe. Mais, tout comme Schmidt, Mann essaye tant bien que mal de regar­­der le bon côté des choses. Selon lui, nous pouvons résoudre ce problème sans pour autant cham­­bou­­ler nos styles de vie. La sensi­­bi­­li­­sa­­tion du public semble augmen­­ter et de nombreuses choses posi­­tives sont mises en place au niveau exécu­­tif : des normes d’ef­­fi­­ca­­cité éner­­gé­­tique plus strictes, des mesures en matière de prix du carbone prises par les États de la Nouvelle-Angle­­terre et de la côte ouest et l’ac­­cord récent entre les États-Unis et la Chine concer­­nant les émis­­sions. L’an­­née dernière, nous avons assisté à une crois­­sance écono­­mique globale sans augmen­­ta­­tion des émis­­sions de carbone, ce qui semble indiquer qu’il est possible de « décou­­pler » le pétrole et la crois­­sance écono­­mique. Et des trans­­for­­ma­­tions sociales peuvent se produire très rapi­­de­­ment, prenons le cas du mariage homo­­sexuel, par exemple. Mais il sait que le mariage homo­­sexuel n’a pas eu de réper­­cus­­sions écono­­miques néga­­tives, et que les compa­­gnies les plus puis­­santes à l’échelle de la planète se battent pour stop­­per tout chan­­ge­­ment apporté à l’éco­­no­­mie des combus­­tibles fossiles. Donc, oui, il lutte en étant en proie au doute. Et il admet que certains de ses collègues sont très dépri­­més et convain­­cus que la commu­­nauté inter­­­na­­tio­­nale ne saura pas rele­­ver le défi. Il prend part à ce type de conver­­sa­­tion dans des bars, après avoir donné des confé­­rences sur le climat, en s’ef­­forçant de rester opti­­misme. ulyces-endcivilization-08Devoir affron­­ter tout ça a été un long voyage émotion­­nel. Lorsqu’il était jeune, Mann était assez tradi­­tio­­na­­liste : « Je pensais que les scien­­ti­­fiques devaient faire preuve d’im­­par­­tia­­lité pour trai­­ter des ques­­tions scien­­ti­­fiques », écrit-il dans son livre La Crosse de Hockey et la guerre du climat. « Nous devrions faire de notre mieux pour nous déta­­cher de nos penchants humains typiques tels que l’émo­­tion, l’em­­pa­­thie et l’inquié­­tude. » Mais, même lorsqu’il a affirmé que dans ce cas, faire preuve de déta­­che­­ment était une erreur et qu’il a commencé à deve­­nir actif dans la vie publique, il était capable de faire sortir de sa tête toutes les impli­­ca­­tions des courbes de la crosse de hockey. « En tant que scien­­ti­­fique, vous ne pouvez pas croire qu’il existe un problème que vous ne pour­­rez pas résoudre. » Se pour­­rait-il que ce soit une autre forme de déni ? La ques­­tion semble l’af­­fec­­ter. Il prend une profonde inspi­­ra­­tion et répond en toute prudence : « C’est diffi­­cile à dire. C’est un refus des futi­­li­­tés s’il y en a. Mais je ne sais pas si c’est le cas, donc il s’agi­­rait d’un déni propre­­ment dit s’il y avait des preuves incon­­tes­­tables. » Il admet qu’il y a des moments où des flashs vont et viennent tels une lumière cligno­­tante, lorsqu’il lit dans l’ac­­tua­­lité des articles concer­­nant des déve­­lop­­pe­­ments et que soudai­­ne­­ment, il prend conscience de quelque chose : « Atten­­dez, ils disent que la glace a beau­­coup fondu. » Puis il fait quelque chose d’étrange : il prend un peu de recul et se demande : « Qu’est-ce que je ressen­­ti­­rais en lisant cet article si j’étais un simple citoyen ? Je serais on ne peut plus effrayé. » Tout de suite après l’ou­­ra­­gan Sandy, il proje­­tait Le Jour d’après dans une salle de classe dans le but d’en critiquer son scéna­­rio ridi­­cule sur le tapis roulant de l’océan Atlan­­tique qui ralen­­tit si brusque­­ment que l’An­­gle­­terre gèle, recou­­verte de glace (toute­­fois, une récente étude sur laquelle il a travaillé a démon­­tré que le tapis roulant de l’At­­lan­­tique ralen­­tit effec­­ti­­ve­­ment, autre événe­­ment qui est en train de se produire des dizaines d’an­­nées plus tôt que prévu). « Et certaines de ces scènes, au lende­­main de l’ou­­ra­­gan Sandy (l’inon­­da­­tion du métro de New York, les voitures immer­­gées) ne sont pas loin de la réalité. Soudain, la cari­­ca­­ture ne semble plus tout à fait irréelle. Pouvons-nous dire que le scéna­­rio est complè­­te­­ment absurde ? »

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Le son de l’iné­­luc­­ta­­bi­­lité
Crédits : NASA

Alors qu’il s’adres­­sait à ses étudiants, une pensée lui est venue. Ils sont jeunes, il s’agit de leur avenir plus que du sien. Il s’est senti boule­­versé et a dû lutter pour se reprendre. « Vous ne voulez pas vous effon­­drer devant toute la classe », dit-il. Il explique qu’une fois par an envi­­ron, il fait des cauche­­mars dans lesquels la Terre devient une planète incon­­nue. Son pire souve­­nir est la lecture du livre de Dr Seuss, Le Lorax, à sa fille – l’his­­toire d’une société détruite par l’avi­­dité. Pour lui, c’est une histoire opti­­miste parce qu’à la fin, l’enjeu est de bâtir une nouvelle société. Mais sa fille a éclaté en sanglots et refusé de relire le livre. « C’est presque un trau­­ma­­tisme pour elle. » Sa voix s’éraille. « Je vis un de ces moments-là, tout de suite. » « Pourquoi ? » Il répond : « Je ne veux pas qu’elle soit triste. Et je dois même essayer de croire que nous n’en sommes pas encore à ce stade, où nous serons obli­­gés de nous rési­­gner à un tel futur. »

Sur le toit du monde

C’est une jour­­née de prin­­temps magni­­fique, il fait beau et chaud et les avenues de Copen­­hague très animées regorgent de touristes. Tentant de profi­­ter au mieux des choses, Jason Box me propose de lais­­ser tomber le déjeu­­ner prévu pour faire connais­­sance et d’al­­ler faire une ballade à vélo. Trente minutes plus tard, il attache les vélos devant l’en­­trée du quar­­tier Fris­­ta­­den Chris­­tia­­nia (« ville libre de Chris­­tia­­nia »), une commu­­nauté locale anar­­chiste deve­­nue, sans qu’on s’y attende, l’une des desti­­na­­tions touris­­tiques les plus popu­­laires. Il attrape deux bières dans le restau­­rant et se dirige vers un lac sinueux et un petit quai. Le vent souffle, les cygnes agitent leurs ailes sur la plage et Box s’as­­soit face au soleil, les pieds suspen­­dus au-dessus du sable.

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L’en­­trée de Chris­­tia­­nia
Crédits : News Oresund

« Beau­­coup de choses sont effrayantes », dit-il en énumé­­rant la liste – la fonte des glaces, le ralen­­tis­­se­­ment du tapis roulant de l’At­­lan­­tique, etc. C’est seule­­ment ces dernières années que les scien­­ti­­fiques ont pu parve­­nir à la conclu­­sion que le Groen­­land est plus chaud que dans les années 1920, et les données publiées ressemblent beau­­coup à la crosse de hockey. Il explique qu’il y a 50 % de chances que nous dépas­­sions les 2 degrés Celsius et qu’il est d’ac­­cord avec le consen­­sus crois­­sant selon lequel la situa­­tion actuelle nous amène­­rait vers 4 ou 5 degrés Celsius. « C’est, euh…­­mau­­vais. Vrai­­ment grave. » La vraie ques­­tion est : quel degré de réchauf­­fe­­ment cause­­rait une perte défi­­ni­­tive au Groen­­land ? C’est ce qui détruira toutes les villes côtières de la planète. La réponse se situe entre 3 et 4 degrés. « Tout rétré­­cit et on ne peux pas inver­­ser le proces­­sus sans en passer par une période glaciaire. Même si une petite partie du globe est concer­­née, c’est déjà un énorme problème – la Floride est déjà en train de s’équi­­per de pompes coûteuses. » (D’après un récent rapport publié par un groupe dirigé par Hank Paul­­son et Robert Rubin, respec­­ti­­ve­­ment secré­­taires d’État sous la prési­­dence de Bush Jr et de Bill Clin­­ton, des proprié­­tés d’une valeur totale de 23 milliards de dollars pour­­raient être détruites en Floride à cause d’inon­­da­­tions qui pour­­raient se produire dans les 35 ans à venir.) Box a seule­­ment 42 ans, mais, avec sa barbe taillée en pointe, il ressemble à un comte comme en trouve dans les romans anciens, qui pour­­rait porter une redin­­gote et dire des choses cocasses sur la querelle des femmes. Il semble déta­­ché de cette jour­­née enso­­leillée, comme un touriste qui essaie­­rait de se détendre dans une ville incon­­nue. Il semble aussi curieu­­se­­ment déta­­ché de ses propos, expo­­sant une horrible prédic­­tion après l’autre sans émotion, tel un anthro­­po­­logue exami­­nant le cycle de vie d’une civi­­li­­sa­­tion loin­­taine. Mais il ne peut conte­­nir sa colère très long­­temps et en revient toujours à deux sujets, de façon obses­­sion­­nelle :

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Box sur le terrain
Crédits : Jason Box/Face­­book

« Il faut se débar­­ras­­ser des scep­­tiques. Ils mettent notre avenir en danger… Les frères Koch sont des crimi­­nels… Ils devraient être incul­­pés pour acti­­vité crimi­­nelle parce qu’ils font passer le profit généré par leurs affaires avant la vie de millions de personnes et même avant la vie sur Terre. » Comme Parme­­san, Box éprouve un immense soula­­ge­­ment de ne plus vivre dans l’at­­mo­­sphère toxique des États-Unis. « Je me souviens avoir pensé : “Quel soula­­ge­­ment, je n’ai plus à subir ces conne­­ries !” » Au Dane­­mark, sa recherche est soute­­nue par les efforts des conser­­va­­teurs. « Mais les conser­­va­­teurs danois ne sont pas des climato-scep­­tiques », ajoute-t-il. L’autre sujet qui l’ob­­sède est la souf­­france humaine qui en décou­­lera. Bien avant que l’élé­­va­­tion du niveau des mers dû à la fonte des glaciers au Groen­­land ne force des millions de personnes déses­­pé­­rés à se dépla­­cer, nous devrons faire face à des insuf­­fi­­sances agri­­coles dues à la séche­­resse et à des problèmes de sécu­­rité de l’eau – en réalité, c’est déjà le cas. Souve­­nez-vous de la cani­­cule qui a touché la Russie en 2010. Moscou avait inter­­­rompu l’ex­­por­­ta­­tion de céréales. Durant le pic de séche­­resse austra­­lien, les prix des denrées avaient flam­­bés. Le prin­­temps arabe a débuté avec des mani­­fes­­ta­­tions liées à la nour­­ri­­ture et l’auto-immo­­la­­tion d’un marchand de légumes en Tuni­­sie. Quatre années de séche­­resse ont précédé le conflit syrien. Même chose au Darfour. Les migrants commencent à traver­­ser la mer vers le nord (en juillert dernier, 800 d’entre eux sont morts dans le naufrage de leur bateau) et les Euro­­péens se disputent sur leur sort. « Comme le dit le Penta­­gone, le chan­­ge­­ment clima­­tique multi­­plie les conflits. » Le Colo­­rado, État dont il est natif, ne se porte pas bien non plus. « Les forêts dispa­­raissent et ne renaî­­tront pas. Les arbres ne réap­­pa­­raî­­tront pas avec le réchauf­­fe­­ment clima­­tique. Nous allons de  plus en plus assis­­ter à de méga-incen­­dies, ce sera la norme, des méga-incen­­dies qui détrui­­ront tota­­le­­ment les forêts. » Bien qu’il énumère ces faits froi­­de­­ment, tout cela ressemble à une complainte ; le scien­­ti­­fique m’ap­­pa­­raît comme une mère qui pleu­­re­­rait la mort de son enfant. Box ajoute qu’en réalité, il est lui-même un réfu­­gié clima­­tique. Sa fille a trois ans et demi et le Dane­­mark semble être un très bon endroit où vivre dans un monde incer­­tain : il y a beau­­coup d’eau, un système agri­­cole doté de tech­­no­­lo­­gies de haut niveau, un recours à l’éner­­gie éolienne de plus en plus répandu et il se trouve suffi­­sam­­ment éloi­­gné géogra­­phique­­ment des boule­­ver­­se­­ments à venir. « Surtout lorsqu’on consi­­dère le début de l’af­­flux de migrants qui tentent d’échap­­per aux conflits et à la séche­­resse », dit-il, en reve­­nant à son obses­­sion sur la façon dont notre civi­­li­­sa­­tion sera profon­­dé­­ment trans­­for­­mée. Malgré tout cela, il insiste sur le fait qu’il aborde la ques­­tion du climat prin­­ci­­pa­­le­­ment d’un point de vue intel­­lec­­tuel. Pendant les dix premières années de sa carrière, bien qu’il ait fait partie de la géné­­ra­­tion de ceux qui sont allés à l’uni­­ver­­sité après la publi­­ca­­tion du livre d’Al Gore Sauver la planète Terre : l’éco­­lo­­gie et l’es­­prit humain, il s’est concen­­tré sur l’en­­sei­­gne­­ment et la recherche. Il a seule­­ment commencé à prendre des risques profes­­sion­­nels en travaillant avec Green­­peace et en prenant part à la mani­­fes­­ta­­tion contre l’oléo­­duc Keys­­tone. Il est alors arrivé à la conclu­­sion que le chan­­ge­­ment clima­­tique est un problème moral. « C’est contraire à la morale de mettre en faillite l’en­­vi­­ron­­ne­­ment de notre planète », dit-il. « C’est une tragé­­die, n’est-ce pas ? » Encore aujourd’­­hui, l’hor­­reur de ce qui se passe ne l’at­­teint que rare­­ment sur le plan émotion­­nel, insiste-t-il… bien que, récem­­ment, il ait ressenti des choses. « Mais je ne me laisse pas enva­­hir par cette émotion. Si je mets toute mon éner­­gie dans le déses­­poir, je n’en aurai plus pour penser à des solu­­tions qui visent à mini­­mi­­ser les problèmes. »

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Allons-nous entrer dans une nouvelle ère glaciaire ?
Crédits : NASA

Il est très convainquant sur ce point, surtout compte tenu de la solen­­nité qui l’en­­toure telle un manteau noir. Mais, la chose la plus inté­­res­­sante est son insis­­tance – le besoin déses­­péré de ne pas être trou­­blé par quelque chose de si trou­­blant. Soudain, une bonne distrac­­tion : un homme appa­­raît sur la plage, portant un caleçon de jockey, le teint bleuâtre. Il dit qu’il est grec, qu’il dort sur cette plage depuis sept mois et qu’il est prêt à traver­­ser le lac à la nage en échange d’un peu d’argent. Un touriste passant par là lui demande s’il peut nager jusqu’à l’autre rive. « Bien sûr. » « Je veux voir ça. » « Pour combien ? » « Je vous donne l’argent après. » « Donnez-moi 100 couronnes. » « Ok, ok, quand vous serez revenu. » Le Grec saute dans l’eau. Box semble amusé et rit pour la première fois depuis notre rencontre. C’est le soula­­ge­­ment d’as­­sis­­ter à une scène de vie normale et loufoque, bien éloi­­gnée des thèmes sombres qui alimentent son travail. D’ha­­bi­­tude, ce sont les déve­­lop­­pe­­ments scien­­ti­­fiques qui le troublent, dit-il. Le premier a eu lieu en 2002, lorsqu’ils ont décou­­vert que les eaux de fonte s’in­­fil­­traient à l’in­­té­­rieur de la calotte glaciaire du Groen­­land et lubri­­fiaient son écou­­le­­ment. Tout le système était désta­­bi­­lisé. Puis, en 2006, tous les glaciers de la partie sud du Groen­­land ont commencé à recu­­ler deux à trois fois plus vite que leur vitesse initiale. « Bon Dieu, ça arrive si vite », dit-il. Deux ans plus tard, ils ont réalisé que le recul était alimenté par des eaux chaudes qui érodent le fond marin des glaces – ce qui se produit égale­­ment pour la calotte glaciaire de l’An­­tar­c­­tique occi­­den­­tal. Le simple fait de penser à ça le rend morose. « On ne peut pas arrê­­ter ça », ajoute-t-il. « Nous allons être confron­­tés à une éléva­­tion préci­­pi­­tée du niveau des mers. »

Comprendre les chan­­ge­­ments qui se profilent n’est pas suffi­­sant. Nous devons trou­­ver des solu­­tions pour vivre avec.

Le Grec revient à une vitesse surpre­­nante, sortant de l’eau tel un dieu tiré d’un mythe, en riant et fanfa­­ron­­nant. « Les Grecs sont les dieux des mers ! Donnez-moi l’argent ! » « Je vais donner 100 couronnes à ce gars », dit Box. Il veille à ce que le touriste paye l’homme égale­­ment et revient en souriant. Il me dit connaître un type grec qui est aussi comme ça, très fier et joyeux. Et qu’il l’en­­vie parfois. Il se dirige vers un endroit plus calme sur les rives du lac, passant devant des petits villages de hippies reliés entre eux par des allées étroites en terre battue. D’un commun accord, les voitures sont inter­­­dites à Chris­­tia­­nia, ce qui donne à l’en­­droit un air médié­­val agréable, intime et à taille humaine. Il porte une bière à ses lèvres et contemple le lac et les gens heureux qui lézardent au soleil. « Ce n’est pas très agréable de penser au senti­­ment de déses­­poir », dit-il. « J’y pense beau­­coup moins. Je suis en quelque sorte à moitié dans le déni. » Il mentionne de nouveau le proverbe scan­­di­­nave, mais un rempart contre le déses­­poir cité aussi souvent devient lui-même une forme de déses­­poir. On ne sort pas ce genre de proverbes à moins de rester éveillé toute la nuit. Il acquiesce. Son travail l’em­­pêche souvent de dormir, le forçant à sortir du lit pour faire quelque chose, n’im­­porte quoi. « Tout ce qui m’ar­­rive fait tester ma capa­­cité à contrô­­ler ces émotions. » Il se tait pendant un moment. « Ça a un effet sur moi en tant que parent, c’est sûr », dit-il douce­­ment, en regar­­dant le sol. « Mais soyons honnêtes, les combus­­tibles fossiles repré­­sentent une indus­­trie domi­­nante sur la planète et on ne peut pas s’at­­tendre à des chan­­ge­­ment poli­­tiques sérieux tant que l’in­­dus­­trie aura le pouvoir. Il existe un consen­­sus gran­­dis­­sant selon lequel il faudra un véri­­table choc pour chan­­ger le système. »

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Le glacier Peter­­mann vu de l’es­­pace
Crédits : NASA

L’es­­poir plus sombre surgit – peut-être un phéno­­mène El Niño parti­­cu­­liè­­re­­ment féroce ou celui de la « bulle du carbone » où les marchés finan­­ciers réalisent que les éner­­gies renou­­ve­­lables sont deve­­nues plus variables et écono­­miques, condui­­sant à une ruée vers les actifs de combus­­tibles fossiles et un « crash géné­­ra­­tion­­nel » de l’éco­­no­­mie globale, qui, dans une grande souf­­france, nous fera gagner du temps et forcera le chan­­ge­­ment.

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La dîner de famille chez les Box n’aura fina­­le­­ment pas lieu. Il m’ex­­plique que, lorsqu’il s’agit de chan­­ge­­ment clima­­tique en 2015, il y a beau­­coup trop de choses déran­­geantes, et que sa femme Klara refuse d’être cata­­lo­­guée de « migrante clima­­tique ». Je devine que son imper­­ti­­nence est respon­­sable de tensions dans son foyer. « Eh bien, elle… » Toute compte fait, il s’ar­­rête un moment. « Si je dis : “Mec, les vingt prochaines années vont être un enfer”, ou : “Ces pauvres réfu­­giés d’Afrique du Nord qui débarquent en Europe” et que j’ex­­plique que je prévois que ce flux de migrants aura doublé ou triplé et que je me demande si nos poli­­tiques d’im­­mi­­gra­­tions chan­­ge­­ront, elle recon­­naît que c’est vrai. Mais elle n’évoque pas le sujet de la même façon que moi. » Plus tard, elle m’en­­verra un message dans lequel elle répond à quelques ques­­tions. Elle explique ne pas vouloir se compa­­rer aux réfu­­giés réel­­le­­ment déses­­pé­­rés qui meurent noyés, et que sa famille a choisi de s’ins­­tal­­ler au Dane­­mark pour sa qualité de vie. « Pour finir, la ques­­tion à laquelle il m’est le plus diffi­­cile de répondre concerne la santé mentale de Jason. Je dirais que le chan­­ge­­ment clima­­tique, et plus géné­­ra­­le­­ment les nombreux problèmes sociaux et envi­­ron­­ne­­men­­taux auxquels le monde est confronté, l’af­­fectent psycho­­lo­­gique­­ment. Il est profon­­dé­­ment touché par ces problèmes, mais il n’en demeure pas moins un scien­­ti­­fique et une personne très prag­­ma­­tique, orienté vers les résul­­tats. Ce n’est pas le genre de personne à rester éveillé toute la nuit dans en ressas­­sant le néga­­tif, mais plutôt le genre à se lever le matin (ou au milieu de la nuit) pour tenter de trou­­ver des solu­­tions. C’est aussi pour ça que je l’aime. »

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Une maison sur le canal à Chris­­ta­­nia
Crédits : Stig Nygaard

Ainsi, même si vous êtes contraint de vous instal­­ler à votre bureau au beau milieu de la nuit (pour reprendre un proverbe scan­­di­­nave), même si vous faites partie des personnes les plus impliquées et les plus infor­­mées, la compas­­sion du foyer conspire en faveur du déni. Nous mettons toute notre éner­­gie pour travailler du mieux que nous pouvons, pour éviter les thèmes désa­­gréables, pour affi­­cher un visage coura­­geux, pour faire des compro­­mis, et peu à peu, le cloi­­son­­ne­­ment dont nous avons besoin pour survivre à une jour­­née ajoute un peu plus de distance entre ce qui est confor­­table aujourd’­­hui et l’hor­­reur à venir. De ce fait, Box s’avère être assez repré­­sen­­ta­­tif de ce qui se passe en fin de compte. Comprendre les chan­­ge­­ments qui se profilent n’est pas suffi­­sant. Nous devons trou­­ver des solu­­tions pour vivre avec. « Au Dane­­mark », dit Box, « nous faisons preuve de rési­­lience, donc je ne suis pas si inquiet pour le futur de ma fille. Mais cela ne m’em­­pêche pas de réflé­­chir à des stra­­té­­gies pour proté­­ger son avenir – je me renseigne sur l’im­­mo­­bi­­lier au Groen­­land au cas où nous devrions partir. » Il n’est pas possible d’être proprié­­taire d’un terrain au Groen­­land, seule­­ment d’une maison sur un terrain. C’est une idée sympa­­thique, une idée rassu­­rante : quoi qu’il se passe, la maison sera là, à l’abri sur le toit du monde.


Traduit de l’an­­glais par Claire Sepulcre d’après l’ar­­ticle « When the End of Human Civi­­li­­za­­tion Is Your Day Job », paru dans le maga­­zine Esquire. Couver­­ture : Prélè­­ve­­ments de glace au Groen­­land.
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