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Pour sa troisième participation à Koh Lanta, le quadrégénaire a tellement survolé les débats qu'il est devenu une légende de l'émission.

par Denis Hadzovic | 5 juin 2020

Le héros assagi

Un prénom résonne dans la forêt fidjienne. « S’il te plaît Claude, aide moi ! » supplie Moussa, perdu au milieu d’une île couverte par une végé­ta­tion luxu­riante. Ce vendredi 29 mai, sur TF1, Claude Dartois est en train d’écra­ser l’épreuve d’orien­ta­tion de Koh Lanta. Personne ne peut le contes­ter. Au bout de trois heures et 48 minutes d’épreuve, le quadra­gé­naire consi­déré par certains comme le meilleur aven­tu­rier de l’his­toire de l’émis­sion a encore une fois gagné en faisant étalage d’une supé­rio­rité écla­tante. Son aisance est telle qu’il a pu prendre le temps de venir en aide aux autres aven­tu­riers, alors qu’il n’avait même pas encore trouvé son poignard.

Ce vendredi 5 mai, Claude se dirige donc en qualité de favori vers l’épreuve finale des poteaux, à laquelle il prend part pour la troi­sième fois en trois parti­ci­pa­tions. À la fin de cette épreuve, il ne restera que deux parti­ci­pants, qui seront dépar­ta­gés par le vote du jury final. Lors de sa première parti­ci­pa­tion en 2010, Claude était arrivé jusqu’en finale, mais le jury avait voté contre lui. Le scéna­rio s’était repro­duit en 2012. Mais cette fois, le chauf­feur de maître n’est plus le même. Il s’est « assagi en prenant de l’âge », a-t-il expliqué à Denis Brogniart après l’épreuve d’orien­ta­tion. Il est moins mani­pu­la­teur, plus réflé­chi et surtout, il n’est foca­lisé que sur une seule chose : gagner Koh Lanta pour son fils, Andrea.

Il a pour lui une cohorte de suppor­ters. Chaque vendredi soir, des milliers de personnes le soutiennent. Sa person­na­lité et ses perfor­mances physiques et intel­lec­tuelles dans les épreuves plaisent. Après une énième victoire de le vendredi 22 mai, la présen­ta­trice Estelle Denis lui a fait une demande en mariage sur Twit­ter. À quoi son compa­gnon, Raymond Dome­nech a répondu : « Par contre moi c’est toujours non… »

Claude semble tout simple­ment imbat­table tant il est poly­va­lent. Le 8 mai dernier, il nous a offert une master­class lors d’une épreuve d’im­mu­nité dans laquelle il a litté­ra­le­ment pulvé­risé son adver­saire, le grand Moussa, en termi­nant un parcours d’équi­libre en moins d’une minute. « Ça c’était vrai­ment un truc de ouf. Le mec est juste trop fort, tu veux faire quoi contre lui ? » remarque Amine, habi­tant en Seine-Saint-Denis et grand fan de l’émis­sion. Aucune épreuve ne semble pouvoir lui résis­ter.

Cette année, Claude Dartois a su faire preuve de stra­té­gie tout en étant sédui­sant. « Je pense que Claude a compris comment se faire aimer des télé­spec­ta­teurs, en se mettant plus en avant sur les épreuves, en cachant son jeu. Cette année, il n’avait pas le contrôle des votes, par consé­quent il était dans une posi­tion où il pouvait plus faci­le­ment dire aux gens ce qu’il pensait : forcé­ment, ça donne envie de l’ai­mer, car il montre son honnê­teté », explique Plan­kas­ter, gérant du podcast Autour du Feu, consa­cré à Koh Lanta. Les inter­nautes se sont forte­ment atta­chés à ce person­nage qui montre un côté bien plus humain que certains, et qui a su domi­ner l’aven­ture tout en restant simple.

Claude jouit aujourd’­hui d’un telle aura que c’est pour ainsi dire devenu le Zizou de Koh Lanta. C’est donc à lui de partir sur une tête version 1998 plutôt que sur un coup de boule comme en 2006.

Une recon­nais­sance méri­tée

En 2009, alors que Ziné­dine Zidane avait raccro­ché les cram­pons, une rumeur lui prêtait l’am­bi­tion de parti­ci­per à Koh Lanta. « Je ne peux en dire plus pour garder le mystère », confiait le présen­ta­teur de l’émis­sion Denis Brogniart. « Mais nous avons dans notre besace des anciens cham­pions du monde de foot en 98, des gens qui ont été cham­pions du monde de leur disci­pline et des cham­pions olym­piques. » C’est fina­le­ment Frank Leboeuf qui a parti­cipé à l’aven­ture. Alors conseiller du président du Real Madrid, Zizou est devenu entraî­neur du club. Mais la rumeur n’est pas morte.

Inter­rogé à ce sujet par Onze Mondial le 29 mai 2020, Claude Dartois a confié son admi­ra­tion pour l’an­cien numéro 10 des Bleus. « Forcé­ment, ça serait le top de voir Zidane, juste­ment parce que c’est Zidane ! Ça serait sympa de voir s’il est capable de garder son calme comme il l’a toujours fait [sic], car les circons­tances sur le camp sont très dures. Mais bien sûr, ça serait un honneur de faire un Koh Lanta avec Zidane ! » Si le duel adve­nait, il oppo­se­rait un Marseillais à un grand suppor­ter du Paris-Saint-Germain. Car Claude a grandi à côté de la capi­tale.

Né à Puteaux, dans les Hauts-de-Seine, Claude Dartois vient d’un « milieu moyen ». Après avoir perdu sa mère, atteinte d’un cancer, alors qu’il n’avait que neuf ans, il s’est mis à courir sans relâche. « À l’ar­mée, on m’ap­pe­lait le Kenyan blanc », se souvient-il. « Je n’étais pas le plus rapide, mais j’étais très endu­rant. » Adepte de trails, il a parti­cipé au cross des Buttes-Chau­mont et à diffé­rents mara­thons. Plus hési­tant profes­sion­nel­le­ment, il a peu à peu gagné « un confort psycho­lo­gique » en deve­nant chauf­feur de maître, puis aven­tu­rier et père de famille.

L’idée de parti­ci­per à Koh Lanta lui est venue après avoir regardé l’édi­tion de 2009 : « Ma sœur m’avait incité à m’ins­crire plutôt que de donner des conseils ou de crier devant mon écran. J’ai passé les diffé­rentes étapes du casting sans prendre conscience que j’al­lais être pris. Quand la produc­tion m’a contacté pour me le dire, j’étais en vacances en Thaï­lande et cela faisait plusieurs jours qu’elle essayait de me joindre. Je suis rentré en urgence et c’était parti », raconte-t-il.

Lors de sa première parti­ci­pa­tion, Claude a mal vécu le manque de nour­ri­ture. Le fait de perdre du poids lui rappe­lait sa mère, qui ne pesait que 38 kilos au moment de son décès. Ce rapport senti­men­tal et économe aux aliments a sûre­ment touché les télé­spec­ta­teurs, lorsqu’on sait que d’autres aven­tu­riers seraient prêts à manger toute une casse­role en un seul jour par pure stra­té­gie.

« C’est un battant, il a une menta­lité de fer. Il est juste et a élaboré des plans pour arri­ver au bout sans deve­nir une pour­ri­ture, il n’a pas trahi sauf pour venger les siens », constate Amra, une télé­spec­ta­trice. « Il a aidé les autres aven­tu­riers et ne se plaint jamais. En plus de ça, il lance parfois des piques par-ci par-là, incroyable. » Au-delà de l’aven­tu­rier, c’est l’homme qui a plu. Claude s’est forgé des valeurs fortes en appre­nant de ses erreurs passées et a mûri, sans perdre une once de son talent. Il ne lui manque plus que la victoire finale, qu’il devra aller cher­cher ce soir.


Couver­ture : TF1


 

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