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Les femmes meurent moins du Covid-19 et il y a une raison à cela : elles sont génétiquement supérieures aux hommes.

par Denis Hadzovic | 8 septembre 2020

Le sexe fort

En parcou­rant une salle de la Royal Society of Medi­cine, à Londres, Sharon Moalem passe à côté de bustes d’hommes barbus. Il n’y a pas une femme parmi ces figures illustres de la science. Leurs noms sont aussi en mino­rité sur les tranches des livres étagés autour de lui. Ce déséqui­libre n’a évidem­ment rien de natu­rel. Si la science n’avait pas déni­gré une moitié de l’hu­ma­nité pendant des siècles, elle se serait rendue compte de son génie, mais aussi de sa supé­rio­rité géné­tique.

Sharon Moalem est bien placé pour le savoir, lui qui, en ce début d’an­née 2020, est ici pour faire la promo­tion de son livre The Better Half: On the Gene­tic Supe­rio­rity of Women (La Meilleure moitié, qui paraî­tra le 23 septembre chez Kero). L’ou­vrage est sorti le 7 avril outre-Manche, pile au moment où les faits étaient en train de lui donner raison.

« Alors que le coro­na­vi­rus conti­nue de traver­ser les fron­tières, les océans et les conti­nents, il y a un élément dérou­tant qui a jusqu’ici échappé à une vraie expli­ca­tion », constate ce géné­ti­cien basé à New York. « Dans presque tous les pays, il y a plus d’hommes que de femmes à mourir du virus ». Mi-avril, deux fois plus d’Es­pa­gnols avaient succombé au Covid-19 que d’Es­pa­gnoles, les chiffres étaient les mêmes en Angle­terre, tandis que le taux de morta­lité était de 10,6 % pour les Italiens infec­tés contre 6 % pour les Italiennes.

En juin, les analyses de GlobalHeal­th5050 ont confirmé cette tendance. Au Dane­mark, 5,7 % des hommes testés posi­tifs étaient décé­dés, contre seule­ment 2,7 % des femmes, alors qu’elles étaient les plus touchées. D’autres pays calculent un taux de décès plus élevé chez les hommes : l’Ir­lande avec un ratio de 2 contre 1, l’Ita­lie et la Suisse (1,9 contre 1) ainsi que la Chine (2,8 % chez les femmes et 4,7 % chez les hommes). Le livre de Sharon Moalem tombait donc à point nommé pour expliquer de tels écarts.

Certes les hommes fument plus, ont moins tendance à consul­ter un méde­cin et se lavent moins volon­tiers les mains. Mais ces êtres dont la taille, le poids et la force physique sont en moyenne supé­rieurs vivent bel et bien moins vieux. Et s’ils sont moins taillés pour la survie que les femmes, ce n’est pas seule­ment parce qu’ils pren­draient davan­tage de risques : c’est aussi dans leurs gènes. Autre­ment dit, les femmes sont géné­tique­ment plus fortes.

Cette résis­tance immu­ni­taire s’ob­serve avec d’autres mala­dies. Les femmes survivent mieux au cancer, vivent plus long­temps et risquent moins de déve­lop­per des mala­dies infec­tieuses. Selon les statis­tiques mondiales de 2018, une femme sur onze meurt d’un cancer, contre un homme sur huit. En France, le cancer est la première cause de décès chez l’homme, et la deuxième chez la femme. Sur les 20 dernières années, les recherches ont d’ailleurs démon­tré que la réac­tion de l’or­ga­nisme face à une mala­die diffère selon le genre. Sharon Moalem va plus loin en parlant de supé­rio­rité géné­tique des femmes.

Le facteur X

Pour le méde­cin cana­dien, c’est le chro­mo­some X qui fait la diffé­rence. Ce morceau d’ADN présent en double chez les femmes, alors que les hommes y adjoignent un chro­mo­some Y, est plus robuste et plus complet. Il contient un millier de gènes contre seule­ment une tren­taine pour le chro­mo­some Y. C’est ce qui explique­rait que les femmes réagissent davan­tage aux vaccins et aux infec­tions, pous­sant leur orga­nisme à mieux se défendre face au virus.

Les géné­ti­ciens ont long­temps pensé qu’une cellule de femme n’uti­li­sait qu’un seul de ses deux chro­mo­somes X, le deuxième s’étant désac­tivé de lui-même par « redon­dance géné­tique ». Lors de ses recherches, Moalem s’est aperçu que le rôle du chro­mo­some Y était décrit avec préci­sion dans la litté­ra­ture scien­ti­fique, afin d’ex­pliquer ce qui « fait un homme ». Il faut dire que ceux qui ont étudié le sujet en avaient un. Mais Moalem a réalisé que le deuxième chro­mo­some X des femmes n’était en réalité par complè­te­ment désac­tivé. Il offre des options supplé­men­taires et vient en soutien en cas d’in­fec­tion.

Les femmes sont donc équi­pées d’un « back up », un soutien géné­tique supplé­men­taire par rapport aux hommes, qui leur permet de répondre aux défis biolo­giques que sont les bles­sures ou les mala­dies. Dans le cas du Covid-19, le virus a une protéine qui sert de clé pour déver­rouiller une autre protéine (ACE2) située à la surface de nos cellules. C’est comme ça que le virus s’in­tro­duit dans notre orga­nisme. 

Comme l’ACE2 se trouve sur le chro­mo­some X, les hommes n’ont qu’une seule protéine ACE2 pour proté­ger leurs cellules. Inver­se­ment, il est plus diffi­cile pour le virus de s’in­tro­duire chez les femmes, puisqu’elles possèdent deux protéines ACE2. Par ailleurs, chro­mo­somes et hormones sont liés : de hauts niveaux de testo­sté­rone ont tendance à inhi­ber le système immu­ni­taire, tandis que les œstro­gènes le stimulent.

À en croire le Dr Moalem, cet avan­tage joue tout au long de l’exis­tence. En 2018, une étude a démon­tré que les femmes étaient capables de survivre plus long­temps que les hommes dans des condi­tions extrêmes comme pendant une famine ou une pandé­mie. « L’hy­po­thèse que les femmes ont un avan­tage biolo­gique pour survivre est soute­nue par le fait que dans des condi­tions de vie rudes, les femmes survivent plus que les hommes », appuient les cher­cheurs. 

Le rôle du chro­mo­some X a jusqu’à présent été peu étudié car les méde­cins ont pris l’ha­bi­tude de s’in­té­res­ser prio­ri­tai­re­ment à des cellules de mâles, des tissus de mâles et des organes de mâles. Pour Sharon Moalem, ces statues d’hommes qui peuplent la biblio­thèque de la The Royal Society of Medi­cine posent donc problème : elles montrent que la méde­cine, en étant faite par et pour les hommes, a oublié d’étu­dier les forces des femmes. Mais c’est heureu­se­ment en train de chan­ger.


Couver­ture : Scott Webb


 

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