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Au moment même où les Européens reprennent leurs aises, le Covid-19 progresse dans le monde et menace de revenir où il a reculé.

par Denis Hadzovic | 24 juin 2020

Recon­fi­ne­ment

Sous les néons bleus du Lafayette Cuisine Caba­ret, un club de Belgrade situé au bord de la Save, Novak Dkoko­vic plie son mètre 88 pour éviter le bras d’un ami en se penchant en arrière. Une fois de l’autre côté, le tennis­man serbe réajuste sa chemise et esquisse quelques pas de danse. Derrière lui, d’autres parti­ci­pants de l’Adria Tour s’en­gagent joyeu­se­ment dans ce limbo, avant de rallier Zadar les jours suivants pour pour­suivre la compé­ti­tion. Dans la ville croate déser­tée par les touristes, Novak Djoko­vic s’est quali­fié pour la finale qu’il devait dispu­ter dimanche 21 juin 2020 face à Andrey Rublev. Mais le numéro un mondial a été testé posi­tif au coro­na­vi­rus, comme d’ailleurs Grigor Dimi­trov, Borna Coric et Viktor Troi­cki. Et la finale a été annu­lée.

Le virus était présent au milieu des terrains en terre battue, devant lesquels des centaines de spec­ta­teurs admi­raient leurs stars s’échan­ger des coups droits et revers. Il se prome­nait aussi sous les néons bleus du Lafayette Cuisine Caba­ret. À l’heure où les pays euro­péens se décon­finent et les compé­ti­tions spor­tives reprennent, de nouveaux foyers d’in­fec­tion appa­raissent. En Norman­die, ainsi que dans deux autres régions de France, le taux de repro­duc­tion du virus a de nouveau dépassé le seuil d’alerte.

Il est  supé­rieur à 1 en Auvergne Rhône-Alpes et en Occi­ta­nie, où des clus­ters sont en train d’être analy­sés. En France, 64 clus­ters de conta­mi­na­tion sont toujours actifs au 17 juin selon Santé Publique France. Cela indique que le virus est encore présent sur le terri­toire et que rien ne justi­fie un relâ­che­ment, que ce soit dans le respect des gestes barrières ou dans l’ac­cès aux tests.

En Alle­magne, l’État de Rhéna­nie-du-Nord-West­pha­lie a annoncé un recon­fi­ne­ment local après l’ap­pa­ri­tion d’un foyer de conta­mi­na­tion dans un grand abat­toir. Le Land le plus peuplé et le plus indus­tria­lisé du pays a recensé plus de 1 500 nouveaux cas de Covid-19 en quelques jours pour une popu­la­tion de 360 000 habi­tants. Armin Laschet, président du canton, a ainsi décidé de placer en quaran­taine envi­ron 7 000 personnes et de recon­fi­ner partiel­le­ment la région jusqu’au 30 juin prochain. Des mesures simi­laires à celles prises pendant le confi­ne­ment sont de nouveau mises en place, comme par exemple la ferme­ture des bars et des musées.

Le décon­fi­ne­ment et l’al­lè­ge­ment des restric­tions en Europe a provoqué le relâ­che­ment des citoyens. Soudain, les gestes barrières et la distan­cia­tion sociale sont oubliés, comme lors de la fête de la musique, dimanche, à Paris où le canal Saint-Martin a du être évacué par les forces de l’ordre tant il était bondé. Les mani­fes­ta­tions orga­ni­sées depuis un mois dans le cadre de la lutte contre le racisme et les violences poli­cières ont égale­ment ignoré les consignes.

Aux États-Unis, New York est entré en phase 2 lundi, ce qui a remis quelque 300 000 au travail, alors même que plus de 400 morts en 24 heures ont été recen­sés dans le pays. Le Brésil a lui compté 650 morts en 24 heures. La Chine, foyer de la pandé­mie, a égale­ment du recon­fi­ner plusieurs millions d’ha­bi­tants après l’ap­pa­ri­tion de nouveaux cas en mai dernier. Dans le monde entier, la pandé­mie conti­nue de faire des dégâts non négli­geables : plus de 9 millions de personnes touchées (+150 000 en 24 heures) et 472 000 morts (+ 4 000). La pandé­mie « conti­nue de s’ac­cé­lé­rer » dans le monde avec un million de cas recen­sés en seule­ment huit jours, préve­nait l’Or­ga­ni­sa­tion mondiale de la santé le lundi 22 juin.

Autant de chiffres qui percutent le retour à la normal qui prend forme en Europe, où les craintes de deuxième vague se font de plus en plus nettes.

Deuxième vague ?

Le coro­na­vi­rus est-il calé sur les saisons ? Selon Bruno Lina, membre du conseil scien­ti­fique Covid-19, « il est très probable qu’il va y avoir une deuxième vague ». Dans un docu­ment adressé au gouver­ne­ment, les treize membres du conseil scien­ti­fique évoquent un rebond du virus qui pour­rait avoir lieu dans les prochains mois. « Une inten­si­fi­ca­tion de la circu­la­tion du Sars-CoV-2 dans l’hé­mi­sphère nord à une échéance plus ou moins loin­taine (quelques mois, et notam­ment à l’ap­proche de l’hi­ver) est extrê­me­ment probable », expliquent les scien­ti­fiques.

Les résur­gences loca­li­sée du virus dans plusieurs pays euro­péens inter­pellent déjà les auto­ri­tés natio­nales. En Suisse, au cours des sept derniers jours, le nombre de cas de conta­mi­na­tion « a augmenté de 30 % » selon l’épi­dé­mio­lo­giste Matthias Egger. Dans la région de Lisbonne, des mesures comme l’in­ter­dic­tion des rassem­ble­ments de plus de dix personnes ou encore la ferme­ture des commerces dès 20 heures vont devoir être mises en place pour maîtri­ser les diffé­rents clus­ters, a annoncé lundi 22 juin le Premier ministre Anto­nio Costa.

Pour anti­ci­per une deuxième vague, les études et essais cliniques dans le cadre de la recherche d’un trai­te­ment au Covid-19 conti­nuent de se multi­plier. Derniè­re­ment, l’OMS a appelé à augmen­ter la produc­tion de dexa­mé­tha­sone après la publi­ca­tion mardi 16 juin des résul­tats d’une étude de Reco­very. Ce trai­te­ment rédui­rait d’un tiers la morta­lité des malades sous assis­tance respi­ra­toire et d’un cinquième des patients rece­vant de l’oxy­gène.

« Le prochain défi consiste à augmen­ter la produc­tion et à distri­buer rapi­de­ment et équi­ta­ble­ment la dexa­mé­tha­sone dans le monde entier, en se concen­trant sur les endroits où elle est le plus néces­saire », a déclaré Tedros Adha­nom Ghebreye­sus, direc­teur géné­ral de l’OMS. À partir de ces études et des chiffres à leur dispo­si­tion, 511 épidé­mio­lo­gistes inter­rogé par le New York Times ont estimé le moment du retour à la normale dans les prochains mois.

Crédits : NY Times

Leurs décla­ra­tions sont contras­tées, Si 56 % sont opti­mistes à l’idée de pouvoir orga­ni­ser un voyage avant la fin de l’été, 18 % pensent devoir attendre un an avant de retour­ner au bureau. Une majo­rité d’entre eux consi­dère que les acti­vi­tés à l’ex­té­rieur en petit groupe sont plus sûres que les foules ou les réunions en inté­rieur, et qu’il va sans doute falloir porter un masque et se nettoyer les mains pendant long­temps. Parce que 70 % d’entre eux connaissent une personne à risque dans leur entou­rage, près de la moitié vont éviter les acco­lades dans l’an­née à venir. Ils sont même 6 % à penser les pros­crire à vie.

Bien sûr, ces esti­ma­tions dépendent des poten­tiels trai­te­ments, de la mise au point d’un vaccin, du nombre de tests réali­sés, et bien évidem­ment du compor­te­ment des citoyens du monde entier. Mais pour le moment, elles invitent presque toutes à la prudence.


Couver­ture : Fête de la musique à Paris


 

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