par Dyae Benz | 0 min | 20 novembre 2016

Par un après-midi humide du mois d’août, dans le nord de la Grèce, un groupe de familles syriennes portant des sacs de voyage descendent la pente d’une colline boisée. Haras­­sés et nerveux, ils se rassemblent sur un parking, en face d’une petite gare. D’ici, ils aper­­ce­­voir la fron­­tière, à quelques kilo­­mètres de là. Elle est marquée par un aligne­­ment courbe de grands arbres qui surplombent la plaine envi­­ron­­nante. Il leur a fallu six mois pour atteindre cet endroit. Ils n’ont jamais été aussi proches de leur desti­­na­­tion.

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Un groupe de réfu­­giés retour­­nant en Syrie
Crédits : Jeanne Cars­­ten­­sen/GlobalPost Inves­­ti­­ga­­tions

Le passeur, un grand type portant des écou­­teurs, leur fait signe de la main. Les familles rassemblent à nouveau leurs affaires, prennent leurs enfants par la main et se remettent à marcher vers la gare. Ils descendent un par un du quai sur les rails, passant devant les affaires chif­­fon­­nées et les couver­­tures aban­­don­­nées par ceux qui ont fait le voyage avant eux. Ce jour-là, il n’y a personne en vue. Ils marchent en file indienne le long des rails, en direc­­tion des arbres. Le chant des criquets, qui sature l’air brûlant de l’été, couvre le son de leurs pas. Ils ont déjà traversé plusieurs fron­­tières pour arri­­ver jusqu’ici. Mais cette fois, c’est diffé­rent. Ça ressemble au début de la fin de leur voyage. Pour eux, cela ne rimera pas avec un abris sûr en Alle­­magne, comme ils l’avaient espéré. Ils sont arri­­vés en Grèce il y a six mois, au moment où l’Eu­­rope a fermé ses fron­­tières aux migrants. Après être restés coin­­cés durant tout ce temps dans un pays inconnu, aux prises avec ses propres déboires écono­­miques, ces familles syriennes ne se dirigent pas vers le nord, où gisent leurs rêves. Elles font demi-tour vers la Syrie.

Fausses promesses

En 2015, des centaines de milliers de Syriens ont fran­­chi la fron­­tière de leur pays pour entrer en Turquie. Là-bas, ils ont payé des passeurs pour s’em­­barquer dans de périlleuses équi­­pées mari­­times vers la Grèce. Ceux qui sont arri­­vés vivants sur ses côtes ont pris le bus, le train, voire sont allés à pied vers le nord, vers l’Al­­le­­magne. La chan­­ce­­lière Angela Merkel avait annoncé l’in­­ten­­tion de sa nation de les accueillir. Une période pleine de promesses pour des millions de personnes qui cher­­chaient une issue au conflit brutal qui sévis­­sait chez eux. Mais l’op­­ti­­misme a été de courte durée. Les décla­­ra­­tions de Merkel ont engen­­dré un violent contre­­coup, tout parti­­cu­­liè­­re­­ment dans les pays d’Eu­­rope de l’Est qui ont eu bien du mal à faire face aux vagues de réfu­­giés arri­­vant chez eux. En mars 2016, les portes de l’Eu­­rope se sont fina­­le­­ment refer­­mées, au nez de milliers de réfu­­giés érein­­tés.

Le temps a joué contre eux : ils sont arri­­vés trop tard.

Cela a commencé par la ferme­­ture en chaîne de certaines fron­­tières coor­­don­­née par l’Union euro­­péenne – de l’Au­­triche à la Macé­­doine. La prin­­ci­­pale route d’ac­­cès à travers les Balkans a été coupée. Puis le 20 mars, les diri­­geants euro­­péens ont signé un traité contro­­versé avec la Turquie. Entre autres choses, il exigeait des auto­­ri­­tés grecques qu’elles arrêtent les nouveaux arri­­vants et les renvoient en Turquie, consi­­déré comme un pays en déve­­lop­­pe­­ment sûr. Ces nouvelles lois ont changé le destin de tous ceux arri­­vés en Grèce après la grande vague du prin­­temps 2016, dans l’es­­poir d’y trou­­ver l’asile. Quand les fron­­tières se sont subi­­te­­ment fermées, ils se sont retrou­­vés bloqués dans un pays acca­­blé par ses propres malheurs, inca­­pable de répondre aux besoins de milliers d’in­­di­­vi­­dus soudai­­ne­­ment pris au piège. Ils étaient autant dans le besoin que les millions de réfu­­giés arri­­vés en Europe avant eux. Mais le temps a joué contre eux : ils sont arri­­vés trop tard. Une atroce malchance. Les nouveaux arri­­vants sur les îles grecques ont été emme­­nés dans des centres de déten­­tion en atten­­dant d’être enten­­dus. Ils seront proba­­ble­­ment expul­­sés. Les dizaines de milliers d’autres migrants déjà présents en Grèce ont dû inté­­grer rapi­­de­­ment un réseau de camps dissé­­mi­­nés dans le pays. Pour ces Syriens, la vie en Grèce est rapi­­de­­ment deve­­nue un fardeau quoti­­dien, sans aucune possi­­bi­­lité de permettre à leurs familles de vivre dans un endroit sûr et perma­nent. Leurs écono­­mies épui­­sées depuis long­­temps, ils se sont languis pendant des mois dans ces camps isolés, en atten­­dant d’avoir accès au maigre système d’asile légal qui leur est proposé. Pour certains, la vie est si pénible là-bas que la meilleure solu­­tion semble être de rentrer à la maison.

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Thaer Al Nahir
Crédits : Marcos Andro­­ni­­cou/GlobalPost

« Donnez-moi l’argent pour payer un passeur et je rentre en Syrie sur le champ », dit Thaer Al Nahir, un réfu­­gié syrien qui est arrivé en Grèce à la fin du mois de février. « Là-bas au moins, la mort est rapide. Ici, on meurt lente­­ment. » Le périple d’Al Nahir vers la Grèce a commencé à l’au­­tomne 2015. Il a préparé sa famille à fuir leur maison de Deir ez-Zor, une ville de l’est de la Syrie qui a connu certains des pires affron­­te­­ments entre l’État isla­­mique, les rebelles et les forces du gouver­­ne­­ment. L’homme de 39 ans était poli­­cier. Il a démis­­sionné pour ne pas prendre part à la violence qui enva­­his­­sait la ville. « Les gens se sont faits des choses terribles les uns aux autres, avec leurs armes », raconte-t-il. « Je ne voulais rien avoir à faire avec ça. Je ne voulais rejoindre aucun camp – ni celui d’As­­sad, ni l’EI, ni l’Ar­­mée syrienne libre. » Il est devenu fermier et parve­­nait à gagner assez d’argent pour soute­­nir sa famille, jusqu’à ce que la guerre prenne des propor­­tions terri­­fiantes. Après qu’une bombe a frappé la maison voisine, il a décidé qu’il n’était plus possible de rester. « Il fallait qu’on parte, pour les enfants », dit-il. Son plan, comme pour beau­­coup d’autres, était de se rendre en Alle­­magne pour deman­­der l’asile. Mais il fallait d’abord qu’ils sortent vivants de Deir ez-Zor : la ville était encer­­clée par l’EI. Les passeurs qu’il a payés ont caché la famille sous des draps à l’ar­­rière de pick-ups remplis de fumier. La femme d’Al Nahir, Darin, et leurs trois enfants – Moham­­med, cinq ans, Abdoul­­lah, quatre ans, et leur petite fille de deux ans, Shahid – étaient dans un des camions. Les passeurs ont fait monter Al Nahir à l’ar­­rière d’un autre.

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Les côtes de l’île grecque de Lesbos
Crédits : Jeanne Cars­­ten­­sen/GlobalPost Inves­­ti­­ga­­tions

Ils ont roulé à travers la ville rava­­gée par la guerre et ont croisé la route de mili­­ciens armés, qui ont forcé les camions à s’ar­­rê­­ter sur le bas côté. C’étaient des membres de l’EI. Depuis son camion, Al Nahir a entendu un homme frap­­per sur les formes cachées sous les draps, à l’ar­­rière de l’autre pick-up. Il s’est risqué à regar­­der et a vu l’un des hommes braquer une mitraillette sur le petit Abdoul­­lah. « Mon fils, c’était mon fils », se rappelle-t-il, les yeux pleins de larmes. « Je n’ai pas pu me contrô­­ler et j’ai sauté hors du camion pour tenter de le sauver. » Les hommes ont tourné leurs armes vers Al Nahir. Il s’est enfui en courant. Les combat­­tants ont enlevé sa femme et ses enfants. Ils les ont conduits dans un tribu­­nal de Daech, à 65 km de là. Par chance, un des gardes aux portes du bâti­­ment – « un type bien » – leur a donné une oppor­­tu­­nité de s’échap­­per. La mère et les enfants ont couru aussi loin et aussi vite qu’ils ont pu. Il était sept heures du matin. Ce n’est qu’à trois heures de l’après-midi que la famille est arri­­vée hors d’ha­­leine à la planque du passeur. Al Nahir était là. Ils avaient tous survécu. C’était un miracle. Il s’agis­­sait là de leur première tenta­­tive de s’échap­­per de Deir ez-Zor. Il a fallu à la famille d’Al Nahir une semaine et quatre tenta­­tives avant de parve­­nir à atteindre la fron­­tière turque. Mais la Turquie n’était qu’un début. Al Nahir a dû payer un autre passeur pour se rendre de la Turquie jusqu’aux îles grecques. Par une nuit de tempête en février, les passeurs ont entassé sa famille dans un canot en plas­­tique avec 56 autres réfu­­giés. Il était quatre heures du matin, le vent était déchaîné et la pluie tombait. Quelques temps après, ils se balançaient violem­­ment sur les flots. « Le bateau était ébré­­ché et l’eau nous montait jusqu’aux genoux. Les gens vomis­­saient. Une femme s’est cassée la jambe. » Après sept heures terri­­fiantes en mer, ils ont atteint l’île de Lesbos. « Pourquoi quiconque devrait endu­­rer un voyage pareil ? » demande Al Nahir. « Il n’y a aucune raison. C’est inhu­­main. » Mais ils étaient enfin en Europe. Ils pensaient que le pire était derrière eux. Nahir avait encore envi­­ron 250 euros en poche. Assez pour faire le voyage de Grèce en Alle­­magne, d’après ses calculs. Il avait entendu que c’était l’af­­faire de quelques jours. C’était il y a sept mois. L’argent a depuis long­­temps disparu et la famille d’Al Nahir est toujours coin­­cée en Grèce.

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Les chefs d’États rassem­­blés lors du sommet UE-Turquie
Crédits : Conseil euro­­péen

Le chaos grec

Al Nahir est en colère contre les diri­­geants euro­­péens, qui traitent les réfu­­giés « pires que des chiens ». Ce qui le rend le plus furieux, c’est l’hy­­po­­cri­­sie derrière la ferme­­ture des fron­­tières. Ceux qui ont les moyens de s’of­­frir les services d’un passeur les fran­­chissent faci­­le­­ment. « Combien de gens ont payé des passeurs et sont arri­­vés en Alle­­magne après la ferme­­ture des fron­­tières ? Et les gens qui n’ont pas d’argent ? Nous sommes coin­­cés en Grèce. Avant, on pensait que la justice régnait en Europe, que tout le monde y était traité équi­­ta­­ble­­ment. » À présent, il dit se trou­­ver plus mal ici qu’il ne l’était en Syrie. « Nous sommes deve­­nus des jouets ridi­­cules, c’est une horrible farce. » Les Syriens repré­­sentent envi­­ron la moitié des 50 000 réfu­­giés présents en Grèce métro­­po­­li­­taine, depuis la ferme­­ture des fron­­tières au mois de mars. Ils ont deux façons d’ac­­cé­­der à la protec­­tion inter­­­na­­tio­­nale : l’of­­fi­­cielle ou la clan­­des­­tine. La première étape de la voie légale est de s’en­­re­­gis­­trer auprès du Service grec de trai­­te­­ment des demandes d’asile. Ceci fait, ils peuvent deman­­der à béné­­fi­­cier du programme de relo­­ge­­ment de l’UE (ouvert aux Syriens mais pas aux Afghans ou aux Irakiens), du regrou­­pe­­ment fami­­lial (s’ils ont un membre de leur famille proche dans un pays euro­­péen) ou de l’asile en Grèce.

Les Syriens peuvent deman­­der un asile perma­nent en Grèce, mais peu choi­­sissent de le faire.

Le proces­­sus est éprou­­vant et terri­­ble­­ment lent. Le service grec de trai­­te­­ment des demandes d’asile ne dispose que d’un maigre budget et de peu de person­­nel, depuis le début de la crise. Il n’a reçu qu’une petite part du budget supplé­­men­­taire et des ressources humaines promis par l’Union euro­­péenne. Résul­­tat, pendant des mois il n’a pas enre­­gis­­tré beau­­coup de réfu­­giés. Au départ, le seul moyen de s’en­­re­­gis­­trer était d’uti­­li­­ser Skype. Le système fonc­­tion­­nait rare­­ment, atti­­sant la frus­­tra­­tion parmi les réfu­­giés comme Al Nahir, qui appe­­lait à l’heure prévue mais n’avait jamais personne au bout du fil. Une deuxième tenta­­tive lancée en juin pour inscrire les gens rési­­dant dans les camps et quelques autres sites est parve­­nue à enre­­gis­­trer 27 592 Syriens, Afghans et Irakiens. Mais ils doivent encore attendre des mois pour obte­­nir un rendez-vous. Pous­­sés à bout par la bureau­­cra­­tie, des milliers d’entre eux choi­­sissent de ne pas s’en­­re­­gis­­trer. La Grèce est depuis long­­temps une porte d’en­­trée pour les migrants qui cherchent à atteindre l’Eu­­rope. Le pays lutte pour faire face à toutes les demandes d’asile. En raison du nombre écra­­sant d’ar­­ri­­vées l’an­­née dernière, l’UE a tempo­­rai­­re­­ment suspendu une loi appe­­lée système de Dublin, qui stipule que les pays où arrivent les migrants en Europe sont respon­­sables du trai­­te­­ment de leurs demandes d’asile. Ils espé­­raient ainsi soula­­ger quelque peu la Grèce. Puis en septembre 2015, l’UE a annoncé un plan de relo­­ge­­ment d’ur­­gence prévoyant de dépla­­cer 160 000 réfu­­giés présents en Grèce et en Italie, propor­­tion­­nel­­le­­ment entre les 28 États membres de l’Union euro­­péenne. Ce plan de relo­­ge­­ment aurait dû permettre à Al Nahir et aux milliers de Syriens coin­­cés en Grèce de se réins­­tal­­ler. « Le concept de relo­­ge­­ment est viable, c’est ce qui doit être fait », affirme Euge­­nio Ambrosi, le direc­­teur euro­­péen de l’Or­­ga­­ni­­sa­­tion inter­­­na­­tio­­nale pour les migra­­tions. Si le plan avait été mis en place en 2014, quand les chiffres ont commencé à s’en­­vo­­ler, il estime que « nous n’au­­rions pas eu les problèmes que nous rencon­­trons désor­­mais en Italie et en Grèce ». Mais le manque d’in­­for­­ma­­tion sur le programme retarde les délais d’en­­re­­gis­­tre­­ment, et le fait que les candi­­dats ne puissent pas choi­­sir leur pays de desti­­na­­tion limite son attrait. En outre, les pays membres de l’Union euro­­péenne n’ont pour la plupart pas tenu leurs enga­­ge­­ments. Sur les 160 000 promesses de relo­­ge­­ment, au 6 octobre seuls 4 603 réfu­­giés avaient été trans­­fé­­rés de Grèce vers un autre pays euro­­péen, et 1 268 depuis l’Ita­­lie. Soit moins de 4 % de ce qui était annoncé.

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« Aidez-nous, il fait froid »
Crédits : Marcos Andro­­ni­­cou/GlobalPost

« Les chiffres sont embar­­ras­­sants pour l’Union euro­­péenne », dit Hugh William­­son, direc­­teur des dépar­­te­­ments Europe et Asie centrale de Human Rights Watch. « Il est triste de consta­­ter qu’il y a si peu de soli­­da­­rité – envers des gens qui ont fui la guerre et risqué leur vie pour venir en Europe, mais aussi envers la Grèce et l’Ita­­lie. » Le programme de relo­­ge­­ment oblige léga­­le­­ment les États membres de l’UE, mais de nombreux pays s’y opposent, acti­­ve­­ment ou non. Le Dane­­mark et le Royaume-Uni se sont tout simple­­ment désen­­ga­­gés. La Hongrie, la Slovaquie et la Pologne ont pour leur part pris une posi­­tion réso­­lu­­ment popu­­liste : « Ils ont utilisé la crise pour renfor­­cer les senti­­ments natio­­na­­listes et xéno­­phobes », dit William­­son. D’autres pays « se sont rangés derrière ces posi­­tions pour diffé­­rer leur enga­­ge­­ment dans le proces­­sus. » Avec si peu de pays prêts à allouer des places et orga­­ni­­ser le trans­­port pour le dépla­­ce­­ment, William­­son doute que le programme se révé­­lera plus effi­­cace dans les mois à venir. Pendant ce temps, les condi­­tions de vie déplo­­rables des réfu­­giés en Grèce consti­­tuent une véri­­table crise huma­­ni­­taire. Selon lui, ne pas relo­­ger les réfu­­giés hors de ces camps dans d’autres pays de l’UE est « un manque­­ment au respect de leurs droits ». « La négli­­gence déli­­bé­­rée dont font preuve l’UE et de ses États membres dans la mise en place d’un système effi­­cace de relo­­ge­­ment pour ces gens, qui sont venus cher­­cher la protec­­tion et la sécu­­rité, prolonge et inten­­si­­fie leur souf­­france », explique Émilie Dubuis­­son, direc­­trice du plai­­doyer pour Méde­­cins sans fron­­tières en Grèce, qui a publié en octobre un rapport sur les condi­­tions désas­­treuses sur place.

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Un camp de réfu­­giés impro­­visé
Crédits : UNHCR

« La tension et la frus­­tra­­tion gran­­dissent quoti­­dien­­ne­­ment », dit Liene Veide, porte-parole pour l’UNHCR à Thes­­sa­­lo­­nique. « Les condi­­tions de vie diffi­­ciles, le flou dans lequel on les laisse concer­­nant les étapes du relo­­ge­­ment : tout cela rend la situa­­tion très compliquée. » Le programme vient en aide à si peu de gens qu’il perd rapi­­de­­ment en crédi­­bi­­lité, affirme Ambrosi. « Les réfu­­giés et les migrants à qui il devrait béné­­fi­­cier perdent espoir. »

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L’été dernier, quand la plus grande vague de réfu­­giés depuis la Seconde Guerre mondiale a atteint les côtes des îles Égéennes, la Grèce était dans la cinquième année de sa crise. Le pays est parvenu à éviter le « Grexit », mais il a dû signer un troi­­sième plan de sauve­­tage à plusieurs milliards d’eu­­ros, accom­­pa­­gné de nouvelles mesures d’aus­­té­­rité acca­­blantes. Le pays souffre toujours d’une crois­­sance écono­­mique au point mort, d’une dette en roue libre et d’un taux de chômage galo­­pant – à 23 %, c’est le plus élevé de l’UE. Certains experts affirment qu’un autre plan de sauve­­tage sera proba­­ble­­ment néces­­saire en 2018. L’éco­­no­­mie a chuté de 25 % dans sa globa­­lité, une dimi­­nu­­tion simi­­laire à celle de la Grande Dépres­­sion. Les citoyens grecs font face à une pauvreté foudroyante et à l’ef­­fon­­dre­­ment de leurs services sociaux. Le système de santé grec, jadis consi­­déré comme le meilleur d’Eu­­rope, est en proie au chaos. Une coupe de 50 % dans son budget a entraîné des pénu­­ries à tous les niveaux, des médi­­ca­­ments à l’équi­­pe­­ment des méde­­cins.

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Des poli­­ciers grecs en 2010
Crédits : DR

Le Dr Maria Ntasiou a lancé un centre médi­­cal commu­­nau­­taire dans le centre d’Athènes en 2013, l’un des 40 centres de ce genre dans la ville (il y en a 60 dans le pays). Ils accueillent les Grecs aussi bien que les migrants et les réfu­­giés : quiconque est dans une situa­­tion critique et n’a plus aucun filet de sécu­­rité. Ces centres béné­­voles offrent des soins médi­­caux de base et des médi­­ca­­ments, ainsi que de la nour­­ri­­ture, des vête­­ments et d’autres denrées. Les cantines collec­­tives admi­­nis­­trées par les églises et des asso­­cia­­tions de quar­­tier servent de la nour­­ri­­ture gratui­­te­­ment aux néces­­si­­teux qui se sont multi­­pliés partout dans la capi­­tale. « J’ai rencon­­tré des tas de Grecs avec de belles maisons et un emploi qui, du jour au lende­­main, ont sombré dans la pauvreté », dit-elle. « Ils ont tout perdu. » Le chômage chro­­nique, ajouté à une hausse des impôts et des taxes géné­­ra­­li­­sée, fait que de nombreuses personnes sont dans l’in­­ca­­pa­­cité de payer leurs factures. Pour les 1,2 millions de retrai­­tés, la situa­­tion est tragique. Près de 60 % de cette popu­­la­­tion fragile vit avec moins de 750 euros par mois. Même si le gouver­­ne­­ment grec a récem­­ment promul­­gué une loi garan­­tis­­sant aux chômeurs et aux réfu­­giés l’ac­­cès aux soins et aux médi­­ca­­ments, Méde­­cins sans fron­­tières affirme que cela ne peut pas tenir. « Les hôpi­­taux grecs doivent lutter pour répondre aux besoins des gens d’ici comme des migrants, à cause du manque de ressources finan­­cières et de person­­nel. » En tant que méde­­cin, Ntasiou confesse qu’il est atroce d’as­­sis­­ter au déclin de la santé de toute une popu­­la­­tion, depuis le début de la crise écono­­mique. Les taux d’in­­far­c­­tus, de morta­­lité infan­­tile, d’asthme, de tuber­­cu­­lose et de dépres­­sion ont tous augmenté. Le taux de suicide a bondi de 30 %. À présent, la plupart des programmes sociaux non-offi­­ciels, mis en place pour pallier à l’ef­­fon­­dre­­ment de la sécu­­rité sociale grecque, s’oc­­cupent aussi des réfu­­giés, parti­­cu­­liè­­re­­ment dans les centres urbains comme Athènes ou Thes­­sa­­lo­­nique. Les Syriens n’ont pas tort de douter qu’ils pour­­ront un jour construire leur avenir en Grèce. Ils ont la possi­­bi­­lité de postu­­ler pour un asile perma­nent dans le pays, mais peu choi­­sissent de le faire. « J’ai beau­­coup d’af­­fec­­tion pour le peuple grec », dit Al Nahir. « Mais beau­­coup de Grecs sont aussi pauvres que nous. Ils n’ont plus rien à donner. »

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Des enfants jouent dans le camp de Softex
Crédits : Marcos Andro­­ni­­cou/GlobalPost

Softex

Le manque de ressources du dispo­­si­­tif d’ac­­cueil grec n’est peut-être nulle part plus appa­rent que dans les camps de fortune dres­­sés à la hâte pour accueillir les réfu­­giés et les migrants. Durant trois mois, Al Nahir et sa famille sont restés à Idomeni, un village situé à la fron­­tière nord de la Grèce, qui s’est rapi­­de­­ment trans­­formé en ville-camp de 14 000 personnes, à l’in­­té­­rieur et autour de la gare. Certains vivaient dans des voitures-lits aban­­don­­nées, d’autres réus­­sis­­saient à se faire une place dans les bâti­­ments de la gare. D’autres encore ont planté leurs tentes sur les rails. La famille d’Al Nahir s’est instal­­lée dans un champ à proxi­­mité. Enfin, ils étaient des centaines entas­­sés sous les tentes montées par le Haut Commis­­sa­­riat des Nations unies pour les réfu­­giés (UNHCR). Comme tous les autres réfu­­giés, Al Nahir espé­­rait que la fron­­tière se rouvri­­rait et que sa famille pour­­rait conti­­nuer son périple vers le nord. Mais ils n’ont jamais pu la traver­­ser. Les orga­­ni­­sa­­tions huma­­ni­­taires four­­nis­­saient de la nour­­ri­­ture, des vête­­ments et des soins médi­­caux de base dans le camp impro­­visé. Les champs étaient inon­­dés à chaque pluie. Ils grouillaient de serpents et de scor­­pions. La vie à l’in­­té­­rieur du camp est deve­­nue insou­­te­­nable pour la famille en mai dernier, quand une mani­­fes­­ta­­tion orga­­ni­­sée par des mili­­tants a dégé­­néré en affron­­te­­ments violents avec les auto­­ri­­tés grecques. La police a recou­­vert le camp d’un épais nuage de gaz lacry­­mo­­gène. « Je suis triste d’avoir fait vivre ça à mes enfants », dit Al Nahir en regar­­dant une photo prise cette nuit-là sur l’écran de son télé­­phone. Elle montre ses trois enfants, leurs visages enve­­lop­­pés dans des banda­­nas pour les proté­­ger. « À chaque fois que je la regarde, je songe au fait que nous avons fui la Syrie pour en arri­­ver là… »

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La photo des enfants d’Al Nahir lors de l’as­­saut
Crédits : Marcos Andro­­ni­­cou/GlobalPost

« En Syrie, je vivais digne­­ment », pour­­suit-il. « Je mangeais grâce à l’argent que je gagnais. Là, ce n’est pas une façon de trai­­ter les gens, ils devraient avoir honte. » La rumeur a commencé à courir que les auto­­ri­­tés syriennes prévoyaient de fermer le camp. Le gouver­­ne­­ment voulait rouvrir le passage des trains entre la Grèce et les Balkans. L’ab­­sence de circu­­la­­tion ferro­­viaire coûtait aux commerces grecs des millions d’eu­­ros, de l’argent dont le pays avait réel­­le­­ment besoin. La Grèce s’inquié­­tait aussi des acti­­vi­­tés crimi­­nelles au sein du camp, et espé­­rait frei­­ner les passeurs qui conti­­nuaient d’em­­me­­ner illé­­ga­­le­­ment certains groupes de réfu­­giés d’Ido­­meni de l’autre côté de la fron­­tière, en Macé­­doine. À l’aube du 27 mai, des centaines de poli­­ciers en tenues anti-émeute ont commencé à évacuer le camp et forcer les 10 000 réfu­­giés y vivant encore à se dépla­­cer vers des camps offi­­ciels à plus de 200 kilo­­mètres de là. Ils sont admi­­nis­­trés par la police et l’ar­­mée grecque, en péri­­phé­­rie de Thes­­sa­­lo­­nique. Du haut de ses cinq ans, Moham­­med commence à tenir tête à ses parents. Il accuse son père d’avoir menti à propos de l’Al­­le­­magne. « Qu’est-ce que je peux dire ? Il a le droit de s’in­­ter­­ro­­ger », dit Al Nahir, « car je lui ai promis de l’em­­me­­ner en Alle­­magne et de l’éduquer – pas de rester ici à attendre inter­­­mi­­na­­ble­­ment des papiers, sans aller à l’école. » « Un enfant est comme de la pâte à mode­­ler, vous pouvez le façon­­ner. S’il va à l’école, son cerveau sera plus récep­­tif. Sinon, c’est impos­­sible. J’ai peur que cette expé­­rience ne nuise à sa person­­na­­lité. » Akmed est un réfu­­gié syrien qui, avant de venir en Grèce, travaillait comme coutu­­rier au Liban pour venir en aide à sa famille en Syrie. Lui aussi a songé à retour­­ner là-bas. « Je ne vais pas vous mentir », dit-il. « J’étais sur le point de rentrer en Syrie. J’au­­rais rejoint l’ar­­mée d’As­­sad, pour le salaire. »

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Des réfu­­giés jouent aux cartes sur le toit de l’hô­­tel
Crédits : Marcos Andro­­ni­­cou/GlobalPost

La famille d’Ak­­med – ainsi que neuf autres familles de réfu­­giés – vit dans un hôtel près de la gare de Thes­­sa­­lo­­nique, payé par un programme de l’UNHCR. Par une chaude soirée d’été dans un des coins du toit de l’im­­meuble, ils ont dressé une cabane en bois couverte de papier bitumé et d’an­­tennes, qui leur sert de lieu de rassem­­ble­­ment. C’est là qu’il me raconte sa première expé­­rience dans un camp de réfu­­giés en Grèce. Jusqu’il y a peu, Akmed vivait à Softex avec sa femme, sa fille de un an, son garçon âgé d’un mois et sa sœur, para­­ly­­sée à cause d’une mala­­die infan­­tile. Softex est un des 11 camps de réfu­­giés en péri­­phé­­rie de Thes­­sa­­lo­­nique qui ont été montés par le gouver­­ne­­ment plus tôt cette année. « La nour­­ri­­ture, les toilet­­tes… on ne peut pas vivre comme ça », dit-il. « Tous les jours, des groupes se rassemblent pour parler de rentrer en Syrie. Je connais beau­­coup de gens qui repar­­ti­­raient s’ils avaient de l’argent. » Si sa famille n’était pas entrée dans le programme de l’UNCHR, Akmed aurait fait de même. Mais pour l’ins­­tant, ils vivent en sécu­­rité à l’hô­­tel, où ils reçoivent trois repas par jour dans la café­­té­­ria, avec les clients de l’hô­­tel. Comme Al Nahir, il s’est enre­­gis­­tré auprès du programme de relo­­ge­­ment et ne sait pas quand il aura des nouvelles – s’il en a un jour. Pour le moment, ce loge­­ment décent rend son attente moins pénible.

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Cette femme de Raqqa vit aujourd’­­hui à Softex
Crédits : Marcos Andro­­ni­­cou/GlobalPost

Akmed a quitté la Syrie pour ne pas avoir à se battre, mais il explique que c’est en combat­­tant au sein d’un des camps – celui d’As­­sad, l’EI ou l’ASL – qu’on a le plus de chance de gagner un salaire en Syrie, au vu de l’éco­­no­­mie actuelle. Pour­­tant, il y a une autre raison pour laquelle les Syriens rentrent chez eux, selon lui. « C’est à cause de l’hu­­mi­­lia­­tion qu’on vit ici. » Il dit connaître plusieurs hommes de Softex qui sont retour­­nés en Syrie pour deve­­nir soldats, « pour se sentir puis­­sants à nouveau ». Quelques jours plus tard, Akmed propose de m’em­­me­­ner à Softex. « C’est la zone des mous­­tiques de Thes­­sa­­lo­­nique », explique le chauf­­feur de taxi alors que par la fenêtre défilent des entre­­pôts et des parcs indus­­triels. « Vous ne pouvez pas rester dehors ici la nuit. » Nous appro­­chons d’un vaste hangar dressé au milieu d’un parking, cerclé d’une solide clôture. Envi­­ron 1 500 personnes, dont la plupart sont syriennes, vivent à Softex – une ancienne usine de papier toilette. Certains sont logés dans des tentes mili­­taires à l’in­­té­­rieur de la carcasse lugubre de l’en­­tre­­pôt. Une longue file de toilettes porta­­tives borde l’un des côtés du bâti­­ment. Les lumières ne sont allu­­mées que la nuit et il n’y a pas d’In­­ter­­net. Cela ressemble plus à un campe­­ment de sans-abris qu’à un camp de réfu­­giés orga­­nisé. Akmed et sa famille dormaient dans une tente à l’ex­­té­­rieur, avant d’être trans­­fé­­rés à l’hô­­tel. « L’odeur était nauséa­­bonde, ici », dit-il en dési­­gnant l’em­­pla­­ce­­ment. Non loin, des familles se rassemblent pour discu­­ter sous une bâche tendue entre les tentes. « Vous voyez cette nour­­ri­­ture ? Elle est pour­­rie », dit un homme en poin­­tant du doigt une pile de boîtes en plas­­tique remplies de petits pois et de pâtes. La nour­­ri­­ture est four­­nie par les canti­­niers de l’ar­­mée grecque, et tout le monde s’en plaint, dans la cinquan­­taine de camps érigés par le gouver­­ne­­ment en Grèce métro­­po­­li­­taine. Non seule­­ment les rations sont parfois pour­­ries, mais après des mois les gens n’ont plus les moyens d’ache­­ter leur propre nour­­ri­­ture pour complé­­ter ce menu répé­­ti­­tif. « Vous donne­­riez ça à manger à votre chien ? » demande une femme qui tient dans ses mains un paquet de petits pois grisâtres. L’air du début de soirée est rempli de mous­­tiques, que les gens chassent de mouve­­ments brusques. Les bras et les visages des enfants sont couverts de piqûres rouges et enflées. Une femme tient contre elle un bébé amorphe qui a été sévè­­re­­ment piqué. Il aurait de la fièvre.

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Les rations quoti­­diennes de Softex
Crédits : Marcos Andro­­ni­­cou/GlobalPost

En dehors de ces condi­­tions désas­­treuses, beau­­coup se plaignent de n’avoir plus d’argent ni aucun moyen d’en gagner. « La plupart des gens sont arri­­vés ici avec quelques centaines d’eu­­ros en poche », dit Mouha­­mad Yasin, 39 ans. « Les gens n’ont plus d’argent et ils commencent à se voler les uns les autres. » Les deman­­deurs d’asile n’ont pas le droit de travailler en Grèce, où il n’y a de toute façon pas de travail. La nuit précé­­dente, raconte le groupe, un autre réfu­­gié a tenté de voler deux femmes syriennes pendant qu’elles dormaient dans leur tente. « Je me suis mise à crier pour l’ar­­rê­­ter », dit une femme. « Nous sommes las. Nous voulons simple­­ment sortir d’ici. » Un homme inter­­­vient : « Ici, tous les Syriens ont un couteau dans leur poche pour se proté­­ger. » La situa­­tion dans les camps est mauvaise depuis le début. Mais au cours des derniers mois, les réfu­­giés ont commencé à expri­­mer davan­­tage leur agace­­ment. Leur déter­­mi­­na­­tion à sauver leur vie a engen­­dré l’épui­­se­­ment, l’hu­­mi­­lia­­tion et main­­te­­nant la rage. « Nous avons déjà perdu tout ce que nous avions de précieux. Nous n’avons plus rien à perdre », dit Allaf. « Si nous ne pouvons pas aller en Alle­­magne, affré­­tez des vols, redon­­nez-nous tout ce qu’on a dépensé pour venir ici et renvoyez-nous en Syrie. » Ils racontent les histoires d’autres Syriens qui ont aban­­donné et sont retour­­nés en Syrie en retra­­ver­­sant la Turquie. Une femme montre des photos d’un groupe de personnes nageant dans la Maritsa vers la rive turque – une famille avec six enfants qu’elle a rencon­­tré au camp. Ils lui ont envoyé les images de leur traver­­sée. Les photos montrent le groupe flot­­tant dans l’eau, sans bateau. Ils sont parve­­nus à traver­­ser, submer­­gés par les eaux, en s’ac­­cro­­chant à une cein­­ture de bouteilles en plas­­tique vides enrou­­lée autour de leurs tailles, en guise de dispo­­si­­tif de flot­­tai­­son.

Depuis ma visite à Softex, les condi­­tions là-bas et dans les autres camps n’ont fait qu’em­­pi­­rer.

Elle aussi dit qu’elle pour­­rait partir bien­­tôt. Les risques qui l’at­­tendent au pays sont pour elle un moindre mal comparé aux dangers qui la guettent dans les camps de Grèce. « Je n’ai pas fui la guerre pour atter­­rir là-dedans. Je suis partie en quête d’un endroit sûr pour mes enfants. Mais s’il n’y en a pas, la Syrie vaut mieux que ça. » Allaf et les autres membres du groupe affirment tous que s’ils ne peuvent pas se rendre en Alle­­magne, ils rentre­­ront en Syrie. Mais, comme Al Nahir, ils ajoutent qu’il n’ont pas l’argent pour payer un passeur. Cela ne fait qu’a­­li­­men­­ter leur colère. « Ici, tout n’est qu’hu­­mi­­lia­­tion », dit Allaf. Depuis ma visite à Softex, les condi­­tions là-bas et dans les autres camps n’ont fait qu’em­­pi­­rer. En août, les ONG présentes à Softex ont décou­­vert que des enfants – certains avaient tout juste sept ans – avaient subi des abus sexuels perpé­­trés par des « gangs » à l’in­­té­­rieur du camp. Le manque de surveillance, surtout la nuit, a contri­­bué à la montée du crime et des abus. Des bagarres se déclenchent entre indi­­vi­­dus de diffé­­rentes natio­­na­­li­­tés, qui doivent coha­­bi­­ter dans des circons­­tances diffi­­ciles. Les femmes, les enfants et les mineurs non-accom­­pa­­gnés sont parti­­cu­­liè­­re­­ment vulné­­rables. Quant aux mineurs trans­­fé­­rés des camps vers un système de refuges grec saturé, ils vivent « dans des condi­­tions dégra­­dantes », selon Human Rights Watch. Alors que l’hi­­ver approche, « la pluie et le froid rendent les condi­­tions de vie plus diffi­­ciles qu’a­­vant. De nombreux camps ont déjà été inon­­dés », explique Émilie Dubuis­­son, de Méde­­cins sans fron­­tières. « Des centaines de millions d’eu­­ros ont été injec­­tés en Grèce. Malgré ça, les auto­­ri­­tés grecques et les États membres de l’UE ne parviennent pas à assu­­rer des condi­­tions de vie décentes à ceux qui cherchent la protec­­tion inter­­­na­­tio­­nale. » Le 1er octobre, les rési­­dents de Sindos Kara­­man­­lis, un autre camp situé près de Softex, ont envoyé une lettre au ministre de l’Im­­mi­­gra­­tion grec Ioan­­nis Mouza­­lis. Ils demandent des mesures d’hi­­ver­­nage, une nour­­ri­­ture et des soins médi­­caux de meilleure qualité, ainsi qu’un trai­­te­­ment plus rapide des demandes d’asile. Elle aborde les problèmes dont souffrent tous les camps.

Nous, les rési­­dents du camp de Sindos Kara­­man­­lis, deman­­dons la satis­­fac­­tion de nos besoins fonda­­men­­taux pour que nous puis­­sions vivre tempo­­rai­­re­­ment comme des êtres humains : 

1. Une nour­­ri­­ture de meilleure qualité si possible. Une solu­­tion alter­­na­­tive pour­­rait être la mise en place d’une allo­­ca­­tion alimen­­taire hebdo­­ma­­daire pour que nous puis­­sions ache­­ter notre propre nour­­ri­­ture fraîche.

2. Avec l’hi­­ver qui approche, nous avons besoin d’eau chaude dans les douches des camps.

3. En cas d’ur­­gence médi­­cale, nous sommes forcés d’at­­tendre deux heures ou plus pour une ambu­­lance. Nous deman­­dons à ce que les délais d’in­­ter­­ven­­tion soient réduits car cela peut entraî­­ner des décès.

4. Nous avons déses­­pé­­ré­­ment besoin d’un dispo­­si­­tif anti-mous­­tiques, étant donné que nous sommes instal­­lés près d’un marais et des égouts. Le camp est infesté, tous les enfants sont couverts de marques sévères des pieds à la tête.

5. Nous avons besoin d’équi­­pe­­ment de cuisine.

6. Accé­­lé­­rez les procé­­dures de relo­­ge­­ment et de regrou­­pe­­ment fami­­lial car nous mourons à petit feu.

7. Permet­­tez aux volon­­taires indé­­pen­­dants et aux jour­­na­­listes d’ac­­cé­­der au camp.

8. Le sol de béton dans l’en­­tre­­pôt est extrê­­me­­ment froid, nous avons déses­­pé­­ré­­ment besoin d’iso­­ler l’in­­té­­rieur des tentes avec des tapis chauds en prévi­­sion des mois d’hi­­ver.

9. Nous avons besoin de plus de couver­­tures.

10. Nous avons besoin de chauf­­fages dans le camp. 

11. Nous avons besoin de répa­­rer le toit de l’en­­tre­­pôt car la pluie tombe sur les tentes. Nous ne souhai­­te­­rions à personne de vivre dans ces condi­­tions, c’est pourquoi nous vous deman­­dons genti­­ment de bien vouloir satis­­faire ces besoins essen­­tiels. 

Signé, les rési­­dents du camp de Sindos Kara­­man­­lis.

250 €

Le peu de recours légaux acces­­sibles aux réfu­­giés, les condi­­tions de vie déplo­­rables dans les camps et la crise écono­­mique grecque poussent de nombreux Syriens à se tour­­ner vers la source d’aide la plus sûre : les passeurs. C’est une ironie cruelle, les mêmes réfu­­giés qui ont payé des passeurs plusieurs milliers de dollars pour se rendre en Grèce n’ont à présent d’autre choix que de repayer des passeurs pour faire le chemin inverse.

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Un passeur fait demi-tour vers la Turquie après avoir atteint Lesbos
Il a été arrêté sur le trajet par les garde-fron­­tières grecs
Crédits : Marcos Andro­­ni­­cou/GlobalPost

À envi­­ron 1 000 euros par personne la place pour passer de Turquie en Grèce dans un canot bran­­lant, les 60 000 réfu­­giés qui se trouvent à présent en Grèce ont contri­­bué à l’éco­­no­­mie de la contre­­bande à hauteur de 60 millions d’eu­­ros. Compte tenu du nombre de gens qui sont arri­­vés en Grèce entre janvier 2015 et juillet 2016 – près d’un million –, ces béné­­fices planent au bas mot à un milliard de dollars. Et cela ne vaut que pour ceux qui traversent la mer Égée. Un ticket de ferry pour aller de Turquie à l’île de Lesbos, pendant ce temps, ne coûte que 10 euros. « Si l’Eu­­rope avait mis en place une procé­­dure de contrôle viable et utilisé les ferrys pour emme­­ner les gens en sécu­­rité sur ses côtes, cela aurait porté un coup fatal à leur busi­­ness model », explique Bill Kerlick, qui dirige le programme de réfu­­giés de Human Rights Watch. L’un des prin­­ci­­paux objec­­tifs visés par les légis­­la­­teurs euro­­péens en négo­­ciant des trai­­tés de migra­­tion avec des pays tiers, comme l’ac­­cord UE-Turquie (d’autres sont en cours de négo­­cia­­tions avec l’Af­­gha­­nis­­tan, la Libye et d’autres), est de combattre les réseaux de contre­­bande. Mais « si l’on veut s’at­­taquer à la contre­­bande et au trafic, c’est leur marché qu’il faut leur sucrer », dit Ambrosi. « Le marché est créé par l’ab­­sence d’un moyen légal de venir en Europe. » Il est diffi­­cile d’es­­ti­­mer le nombre de réfu­­giés et de migrants en Grèce qui ont payé des passeurs pour arri­­ver en Europe, ou pour retour­­ner en Turquie et en Syrie. Mais les histoires ne manquent pas. L’opé­­ra­­tion n’a rien de secret. Chaque réfu­­gié, dans chaque camp, chaque hôtel, chaque parc muni­­ci­­pal sait où se trouvent les passeurs et comment les contac­­ter. Si vous avez l’argent, c’est plus facile et plus rapide et que s’en­­re­­gis­­trer et de candi­­da­­ter pour un relo­­ge­­ment. Pour le bon prix, en quelques jours à peine, un passeur peut four­­nir à un réfu­­gié une fausse iden­­tité qui peut être utili­­sée pour quit­­ter la Grèce. Les auto­­ri­­tés euro­­péennes attrapent une bonne partie d’entre eux. Mais certains parviennent à passer. Un réfu­­gié syrien raconte qu’il a tenté de prendre l’avion à l’aé­­ro­­port d’Athènes avec un faux passe­­port 17 fois avant d’y arri­­ver. Il est à présent en Autriche. J’ai parlé à trois autres Syriens qui ont réussi à prendre l’avion depuis la Grèce à leur première tenta­­tive. On leur a accordé l’asile en Alle­­magne.

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Une famille fait la traver­­sée à la nage
Crédits : DR

C’est ainsi que le busi­­ness des trafiquants d’êtres humains pros­­père. Un récent rapport de l’Over­­seas Deve­­lop­­ment Insti­­tute révèle que le pour­­cen­­tage de deman­­deurs d’asile arri­­vant en Europe par des moyens illé­­gaux est en hausse. Le rapport compare le nombre de gens arri­­vant par des voies mari­­times surveillées par l’Or­­ga­­ni­­sa­­tion inter­­­na­­tio­­nale pour les migra­­tions et l’UNHCR avec le nombre de demandes d’asile faites dans les pays euro­­péens. L’écart est stupé­­fiant. En 2015, les cher­­cheurs ont décou­­vert que 35 % des 1,7 millions de deman­­deurs d’asile étaient arri­­vés clan­­des­­ti­­ne­­ment – que ce soit par avion en utili­­sant de faux papiers, par la terre en soudoyant des fonc­­tion­­naires aux fron­­tières, ou en prolon­­geant illé­­ga­­le­­ment leurs visas. En 2016, dans la foulée de l’ac­­cord UE-Turquie et d’une hausse de la sécu­­rité aux fron­­tières, le nombre global d’ar­­ri­­vants et de deman­­deurs d’asile a baissé. Mais d’après le rapport, 65 % des 890 000 demandes atten­­dues cette année seront faites par des gens arri­­vant par des moyens clan­­des­­tins, souvent en s’of­­frant les services d’un passeur. Près d’un tiers – 197 000 – seront syriens. Certains possèdent du liquide et seront parve­­nus à contour­­ner le proces­­sus de demande d’asile grec en profi­­tant des connexions d’un passeur, et d’une bonne dose de chance. Pour les Syriens comme Al Nahir, en revanche, payer un passeur envi­­ron 3 000 euros par tête pour se rendre en Alle­­magne par les airs avec de faux papiers n’est pas une option. C’est pourquoi lui et les autres envi­­sagent à contrecœur de payer des passeurs bien moins cher pour faire demi-tour. On ne sait pas combien de réfu­­giés syriens ont quitté la Grèce pour retour­­ner chez eux ou en Turquie. Un porte-parole de l’UNHCR recon­­naît que le fait que des Syriens rentrent dans leur pays est « une nouvelle tendance inté­­res­­sante », mais il n’a pas de chiffres concrets. La police grecque surveille de près les sorties irré­­gu­­lières du terri­­toire en direc­­tion de la Turquie, mais ils ont décliné chacune de mes demandes d’in­­ter­­view. Au cours des huit premiers mois de l’an­­née 2016, envi­­ron 4 000 réfu­­giés – pour la plupart afghans, irakiens et iraniens – ont fait le chemin inverse vers leur pays d’ori­­gine grâce à un programme volon­­taire mis en place par l’Or­­ga­­ni­­sa­­tion inter­­­na­­tio­­nale pour les migra­­tions (IOM) en Grèce. « La plupart réalisent que l’Eu­­rope et la Grèce ne sont pas la terre promise qu’ils s’étaient imagi­­nés », dit un porte-parole de l’IOM tentant d’ex­­pliquer leurs moti­­va­­tions. « Et il est plus diffi­­cile de quit­­ter la Grèce depuis que les fron­­tières sont fermées. Ils réalisent qu’ils n’ont pas d’ave­­nir ici. » Les Syriens, eux, n’ont pas le droit de parti­­ci­­per au programme : leur pays est consi­­déré trop dange­­reux pour ça. Le porte-parole de l’IOM est au courant que des personnes essaient de rentrer en Syrie, mais il ne saurait dire combien.

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Un passeur fait demi-tour vers la Turquie après avoir atteint Lesbos
La gare de Didi­­mo­­ti­­cho
Crédits : Marcos Andro­­ni­­cou/GlobalPost

La petite ville grecque de Didi­­mo­­ti­­cho, à la fron­­tière avec la Turquie, est un point de départ pour les Syriens qui se lancent dans cette entre­­prise risquée. Des hommes ache­­tant des ciga­­rettes à un kiosque près de la gare routière repèrent notre inter­­­prète syrien. « Eh, qu’est-ce que tu fais là ? » lui demande l’un d’eux en arabe. « Tu veux aller où ? » « En Turquie », répond l’in­­ter­­prète. « Je peux y arri­­ver avec 100 euros ? » « Tu plai­­santes ? C’est 250 », disent-ils. « C’est le prix que payent les gens. Si tu veux y aller pour 100 euros tu parti­­ras dans un bateau merdique et tu vas te noyer. » Le passeur lui dit de ne pas s’en faire à propos des auto­­ri­­tés. « Ils te renver­­ront juste à la case départ », dit-il. « C’est comme un jeu. » Le passeur rit. « C’est rien du tout, je fais l’al­­ler-retour tout le temps. » À la gare, tout près de là, deux Grecs faisant partie du service d’am­­bu­­lance local racontent qu’ils voyaient envi­­ron 100 réfu­­giés arri­­ver chaque jour à la gare, ces derniers mois. Mais depuis la tenta­­tive de coup d’État en Turquie, il y en a moins. « Un groupe tous les deux ou trois jours envi­­ron », disent-ils. Ils ne souhaitent pas en dire davan­­tage. En ville, les gens se montrent pour la plupart réti­­cents à parler du trafic de réfu­­giés. Ils admettent que des réfu­­giés sont passés par là, mais se taisent quand on leur demande où ils se sont instal­­lés et quelle était leur desti­­na­­tion. Didi­­mo­­ti­­cho – et toute la région fron­­ta­­lière en géné­­ral – est la zone la plus mili­­ta­­ri­­sée de Grèce. L’ar­­mée et la police y sont très présentes, et elles sont les prin­­ci­­paux employeurs. À notre hôtel, une employée sympa­­thique a pensé que notre inter­­­prète syrien, réfu­­gié lui-même, cher­­chait un passeur. « Fais atten­­tion », lui dit-elle. « Cet hôtel est rempli de poli­­ciers et d’em­­ployés de FRONTEX. » FRONTEX est l’agence euro­­péenne pour les gardes-fron­­tières. Cet aver­­tis­­se­­ment est un signe de plus que les habi­­tants du coin sont au courant du trafic inverse. À Athènes, Sahib Acaracs, un réfu­­gié kurde de 20 ans venu d’Alep, raconte qu’il a tenté cinq fois de passer en Turquie, mais qu’il s’est fait attra­­per par la police à chaque fois. Il veut partir parce qu’il n’a pas pu postu­­ler pour une demande d’asile et qu’il ne voit aucun avenir pour lui en Grèce. Il n’a plus d’argent et ne sait pas ce qu’il va faire ensuite. D’autres ont eu plus de chance. L’un des réfu­­giés syriens que j’ai rencon­­trés à Athènes échan­­geait des messages avec un homme qu’il avait rencon­­tré à Idomeni, qui est à présent de retour à Alep. L’homme en ques­­tion raconte qu’il a traversé la Maritsa sans souci en bateau, avec envi­­ron 75 autres personnes. D’autres auraient fait la traver­­sée à la nage. Median Hilal est syrienne et vit à Sindos, un des camps situés dans la zone indus­­trielle infes­­tée de mous­­tiques qui entoure Thes­­sa­­lo­­nique. Sa fille et son époux y vivaient aussi, mais ils sont retour­­nés en Syrie en juillet. « Son mari connais­­sait un passeur qui a tout arrangé », dit Hilal. « Ils ont marché pendant deux heures dans la forêt avant de trou­­ver le bateau. » Le couple avait prévu d’al­­ler en Alle­­magne avec Hilal et le reste de la famille, mais « les condi­­tions de vie étaient trop diffi­­ciles ici, c’était trop de pres­­sion psycho­­lo­­gique », explique-t-elle. Même avec tout ce qu’il se passe en ce moment en Syrie, elle dit que sa fille est « mieux là-bas qu’à Idomeni ou à Sindos ».

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Median Hilal et sa famille
Crédits : Marcos Andro­­ni­­cou/GlobalPost

C’est la fin du mois d’oc­­tobre dans un camp de Kavala, au nord-est de la Grèce. Ali Borsan, 47 ans, et son neveu de 17 ans tremblent de froid la nuit. On leur promet des chauf­­fages depuis des mois. « C’est surtout dur pour les gens malades et les enfants », dit Borsan. Quand Borsan est arrivé à Kavala en mars de cette année, il y avait 400 autres réfu­­giés à y vivre. À présent, ils sont moins de 100. Certains n’ont pas pu suppor­­ter les condi­­tions de vie dans le camp, un dédale de tentes mili­­taires entas­­sées dans une ancienne carrière de pierres. Ils sont partis pour tenter leur chance à Athènes ou dans d’autres camps. D’autres avaient assez d’argent pour payer des passeurs et sont à présent en Alle­­magne. Et d’après Borsan, au moins sept familles ont aban­­donné et sont rentrées en Syrie. Les familles sont repar­­ties car elles ne pouvaient plus suppor­­ter d’at­­tendre dans ces condi­­tions invi­­vables, mais aussi parce que lorsqu’ils ont reçu la nouvelle de leur relo­­ge­­ment, elle n’était pas bonne. Ils seraient envoyés en Rouma­­nie, en Litua­­nie ou en Bulga­­rie. « Ils préfèrent rentrer en Turquie ou en Syrie », dit Boran, « car les réfu­­giés qui sont allés avant eux en Rouma­­nie leur ont dit que les condi­­tions de vie étaient déplo­­rables pour les réfu­­giés, sans parler du fort taux de racisme. » Borsan espère encore que lui et son neveu seront relo­­gés en Alle­­magne. S’ils sont assi­­gnés à la Rouma­­nie, ou qu’ils se retrouvent sépa­­rés, il ne sait pas ce qu’il fera. « Je ne veux pas que nous perdions une année de plus de nos vies dans les camps de Grèce », dit-il. Borsan ne veut pas risquer de mettre son neveu entre les mains des passeurs. Mais il ajoute que d’une certaine manière, les passeurs font preuve de plus de compas­­sion que les auto­­ri­­tés et les poli­­ti­­ciens. « Au moins, ils vous amènent là où vous voulez aller. » Pour Émilie Dubuis­­son de Méde­­cins sans fron­­tières, il est honteux que des réfu­­giés trau­­ma­­ti­­sés qui sont venus en Europe pour fuir la guerre retournent chez eux car ils n’ont pas reçu la protec­­tion qu’ils méritent. « Les gens ne sont pas suppo­­sés retour­­ner dans des pays dévas­­tés par la guerre, où ils affron­­taient déjà des choses terribles », dit-elle. « Les auto­­ri­­tés grecques doivent assu­­mer leurs respon­­sa­­bi­­li­­tés en termes d’as­­sis­­tance envers une popu­­la­­tion en danger sur son propre terri­­toire et four­­nir, avec le soutien des États membres de l’UE, une réponse adéquate basée sur des besoins indi­­vi­­duels. »

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Un champ près de Didi­­mo­­ti­­cho
Crédits : Marcos Andro­­ni­­cou/GlobalPost

Al Nahir a fina­­le­­ment réussi à candi­­da­­ter pour un relo­­ge­­ment, mais il ne sait pas combien de temps il lui faudra attendre la réponse, ni où sa famille sera envoyée. Il espère que cela marchera car c’est son seul recours légal. Il n’a pas les moyens de payer des passeurs pour emme­­ner sa famille au nord avec des faux papiers. « Je ne peux même pas ache­­ter des chips ou de la glace à mes enfants. » La ville natale d’Al Nahir, Deir ez-Zor, est toujours une zone de guerre éminem­­ment dange­­reuse. Sept personnes, dont le mari de sa cousine, ont été tuées en août lorsqu’une bombe a frappé une maison proche de l’en­­droit où vivent les parents d’Al Nahir. Il dit pour­­tant que rentrer chez lui est une option à laquelle il songe sérieu­­se­­ment s’il ne reçoit pas de réponse bien­­tôt pour son relo­­ge­­ment. Il dit qu’il ne pourra plus tenir long­­temps en Grèce. « Pour mes enfants, il faut que nous avan­­cions ou que nous repar­­tions. » « Je veux juste rentrer dans mon pays. Nous y pensons matin, midi et soir. »


Ce repor­­tage a été permis en partie par le Pulit­­zer Center on Crisis Repor­­ting. Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle «  », paru dans GlobalPost Inves­­ti­­ga­­tions. Couver­­ture : Des réfu­­giés sur une route grecque. (DR)
 
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