par Eileen Quinn | 24 octobre 2016

Il fait parti­­cu­­liè­­re­­ment chaud en ce lundi matin à Padoue, une petite ville pitto­­resque du nord de l’Ita­­lie, proche de Venise. Les clients n’ont pas encore envahi l’in­­té­­rieur du Caffè Pedroc­­chi.

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Le Caffè Pedroc­­chi, à Padoue

Giuseppe Salva­­tore Riina se tient devant l’en­­trée du café, dans son panta­­lon beige et son t-shirt blanc. L’homme de 39 ans a les traits typiques des jeunes Sici­­liens : il est plutôt petit, ses cheveux sont noirs et il a le teint olive. Son regard est masqué par une paire de lunettes de soleil, mais le reste de son corps est figé dans une posture qui n’ins­­pire que la fierté. Il vit à Padoue depuis 2012, où il travaille comme secré­­taire de Noi Fami­­glie Pado­­vane, une orga­­ni­­sa­­tion des services sociaux qui vient en aide aux toxi­­co­­manes, aux immi­­grants et aux personnes récem­­ment libé­­rées de prison. En Sicile, où il est né, on le connaît comme Riina Jr, ou « Salvuc­­cio », le fils du célèbre boss de la mafia sici­­lienne Salva­­tore « Toto » Riina. Le père de Giuseppe est aujourd’­­hui âgé de 86 ans. Il était à la tête de la Cosa Nostra entre 1982 et 1993, l’an­­née où il a fini par être arrêté et condamné. Nombreux sont ceux qui le consi­­dèrent encore comme le parrain de la Cosa Nostra, bien qu’il soit incar­­céré et qu’il purge plusieurs condam­­na­­tions à perpé­­tuité pour ses crimes.


Sursis

Avec sa mère, Anto­­nietta Baga­­rella, son frère aîné, Giovanni, et ses sœurs Maria Concetta et  Lucia, Giuseppe vit caché depuis l’ar­­res­­ta­­tion de son père. Il avait 15 ans à l’époque. La famille au complet se déplaçait à ce moment-là d’une ville sici­­lienne à l’autre sous un faux nom, vivant ce qu’il décrit comme un « jeu » dont les règles impliquaient que chacun d’eux joue un rôle précis pour éviter qu’ils ne soient repé­­rés. En 1993, la famille vivait une vie « normale » à Palerme, se rappelle Giuseppe. « J’avais un groupe d’amis qui igno­­raient notre vrai nom. Je passais beau­­coup de temps avec mon frère, Giovanni, sur nos scoo­­ters ou au café. J’étais avec lui le jour où un ami a annoncé à tout le monde que Toto Riina avait enfin été arrêté. Il était surex­­cité par la nouvelle, mais il ne se doutait pas qu’il l’avait apprise à ses fils », raconte-t-il.

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Salva­­tore Riina, dit Toto Riina, dit La Bête

Ils vivaient comme des fugi­­tifs et de ce fait, la fratrie n’al­­lait pas à l’école. C’était leur mère, une ancienne ensei­­gnante, qui leur faisait la classe. Les enfants n’avaient jamais visité la ville natale de leurs parents, Corleone. Mais une fois démasqués, Anto­­nietta Baga­­rella est retour­­née à Corleone quêter le soutien de sa famille, elle qui est aussi connue pour ses connexions au sein de la Cosa Nostra. Giuseppe a passé les neuf années qui ont suivi l’ar­­res­­ta­­tion de son père dans la maison de sa grand-mère à Corleone, entouré par un réseau de rela­­tions mafieuses. Le frère de sa mère, Leoluca Baga­­rella, a été arrêté en 1995 et condamné à perpé­­tuité. Baga­­rella faisait partie de la branche Corleo­­nesi de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion et s’est rendu complice de multiples crimes et meurtres au cours de ses quarante années au sein de la mafia. On le compa­­rait souvent au boss, Riina, en raison de la cruauté de ses crimes. On dit qu’il aurait assas­­siné plus de 100 personnes, dont un enfant. En 1996, le frère de Giuseppe, Giovanni, a été arrêté et condamné à perpé­­tuité pour avoir commis plusieurs meurtres et suivi les traces de son père au sein de la Cosa Nostra. En 2002, Giuseppe a été arrêté à son tour. Il avait 25 ans.

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Le village de Corleone
Crédits : DR

Il a été condamné à huit ans et dix mois de prison pour son asso­­cia­­tion avec la Cosa Nostra. On l’ac­­cu­­sait d’avoir repris le rôle de Toto Riina au sein de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. Des écoutes télé­­pho­­niques réali­­sées par la police anti-mafia ont fourni la preuve du rôle de Giuseppe Riina Jr en tant que chef d’une orga­­ni­­sa­­tion crimi­­nelle, impliquant des mafiosi de Corleone et des entre­­pre­­neurs corrom­­pus de Palerme, tous liés à la Cosa Nostra. Il a été relâ­­ché en 2011 et placé sous surveillance rappro­­chée jusqu’en 2014. Il purge aujourd’­­hui la dernière de ses deux années de sursis à Padoue.

La Belva

Au cours des derniers mois, Giuseppe a attiré l’at­­ten­­tion des médias en Italie après la publi­­ca­­tion en avril de son auto­­bio­­gra­­phie. Il y raconte la vie de cavale de sa famille, jusqu’à l’ar­­res­­ta­­tion de son père. « J’avais besoin de racon­­ter l’his­­toire de ma famille selon mon point de vue. Ce n’est pas mon boulot de juger les actes de mon père. J’ai écrit ce livre parce que je veux que les gens sachent qu’il a été pour nous un père excep­­tion­­nel », confie-t-il devant son café.

« Il a toujours clamé son inno­­cence et je n’ai aucune raison de ne pas le croire »

Dans le livre, Giuseppe décrit Toto Riina sous un jour posi­­tif. Un père et un mari aimant, toujours là pour sa famille. Un portrait qui contraste radi­­ca­­le­­ment avec celui de La Belva (la bête), que l’Ita­­lie a craint et dont elle a souf­­fert pendant des années. Le comman­­di­­taire de meurtres dont la mémoire est encore fraîche en Sicile. Au cours de son demi-siècle d’ac­­ti­­vité crimi­­nelle au sein de la mafia, Toto Riina s’est d’abord fait connaître comme membre de la faction des mafiosi de la ville de Corleone, puis comme Capo di tutti i capi de la Cosa Nostra. Il a perpé­­tré et ordonné de nombreuses attaques, ayant entraîné la mort d’au moins 60 personnes au sein de familles rivales et des auto­­ri­­tés. Les meurtres ont atteint leur paroxysme au cours des années 1980 et 1990, quand plusieurs membres des familles rivales et des auto­­ri­­tés ont été assas­­si­­nés dans une tenta­­tive expé­­di­­tive de mettre fin aux acti­­vi­­tés anti-mafias. Avant son arres­­ta­­tion, Toto Riina a ordonné l’as­­sas­­si­­nat de deux célèbres juges anti-mafias sici­­liens  – Giovanni Falcone et Paolo Borsel­­lino – en mai et juillet 1992, respec­­ti­­ve­­ment. Ils ont été tués dans des atten­­tats à la voiture piégée, ainsi que la femme de Falcone et huit gardes du corps. Ces inci­­dents comptent encore aujourd’­­hui parmi les attaques les plus brutales menées par la Cosa Nostra.

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Les meurtres étaient légion à Palerme
Crédits : DR

« Dans ces années-là, Palerme était plon­­gée dans le chaos total. C’était comme de vivre au milieu d’une zone de guerre. Les sirènes de la police réson­­naient constam­­ment, et tous les deux jours on annonçait de nouveaux assas­­si­­nats au jour­­nal », se souvient Giuseppe. Malgré cela, il voit les actes violents de son père sous un angle diffé­rent. « Il n’est jamais rentré à la maison avec du sang sur ses vête­­ments. Je n’étais pas là quand ces crimes ont été commis. Il a toujours clamé son inno­­cence et je n’ai aucune raison de ne pas le croire », dit-il.

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LE FILS DU PARRAIN A-T-IL VRAIMENT RACCROCHÉ ?

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Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « What do you do when you’re born into the Italian Mafia? », paru dans Al Jazeera. Couver­­ture : Le village de Corleone.


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