par Eileen Quinn | 24 octobre 2016

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Impas­­tato

La popu­­la­­tion italienne ne s’est pas montrée aussi clémente. L’in­­ter­­view de Giuseppe sur une grande chaîne natio­­nale lors de la promo­­tion de son livre a été taxée de « choix atroce », de popu­­la­­ri­­sa­­tion offen­­sante de la mafia, et d’in­­sulte aux familles des victimes de Riina. De nombreuses librai­­ries du pays ont refusé de vendre le livre, mais Giuseppe ne compte malgré tout pas s’en excu­­ser.

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Un café bien connu de Corleone
Crédits : DR

« Je suis déçu par les insti­­tu­­tions et terri­­ble­­ment en colère. Boycot­­ter mon livre est un exemple de plus de la façon dont les gens en Italie, à commen­­cer par la police, ont décidé de faire de moi le méchant de l’his­­toire, sans possi­­bi­­lité de rédemp­­tion », dit-il. Un des détrac­­teurs de Giuseppe, Giovanni Impas­­tato, condamne autant ses paroles que ses actes. Il est d’avis qu’il diffuse « un message ambigu au sujet de la mafia en décri­­vant son père comme une victime des insti­­tu­­tions ». Impas­­tato a 63 ans. Il est né au sein d’une famille de mafiosi, tout comme Giuseppe. « Tout le monde devrait être clair sur le fait que la Cosa Nostra est faite de crimi­­nels qui méritent d’être punis », dit-il. Contrai­­re­­ment aux Riina, il a pris la déci­­sion de dénon­­cer publique­­ment sa famille et de reprendre les rênes de la campagne anti-mafia initiée par son frère, Peppino. Ce dernier a été bruta­­le­­ment assas­­siné par la Cosa Nostra en 1978 à Cinisi, leur village natal en Sicile. Le père de Giovanni et Peppino, Luigi Impas­­tato, était un mafioso affi­­lié à la mafia de Cinisi, diri­­gée par le boss Gaetano Bada­­la­­menti. Les Impas­­tato entre­­te­­naient égale­­ment des liens fami­­liaux étroits avec la mafia sicilo-améri­­caine. Mais après que Peppino a été tué pour ses actions anti-mafia, Giovanni et sa mère Feli­­cia, qui est morte en 2002, ont décidé d’en­­voyer un message clair à la commu­­nauté mafieuse en la dénonçant. Ils ont trans­­formé leur maison de Cinisi en local pour une asso­­cia­­tion anti-mafia, aujourd’­­hui appe­­lée Casa Memo­­ria Peppino e Feli­­cia Impas­­tato. « Le jour de l’en­­ter­­re­­ment de Peppino, elle a fermé la porte au nez à nos parents mafiosi et leur a dit de ne jamais reve­­nir. La porte de cette demeure est restée ouverte depuis lors, et aujourd’­­hui nous sommes là pour éveiller les consciences et venir en aide à quiconque se trou­­vant dans une situa­­tion simi­­laire à la nôtre », explique Impas­­tato dans son bureau de la Casa Memo­­ria, à Cinisi. Pour lui, Giuseppe et les autres fils et filles de la Cosa Nostra sont nés du mauvais côté de la barrière, mais ils ont le choix – si corné­­lien et doulou­­reux soit-il.

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Giovanni Impas­­tato

Lui et sa mère sont un cas rare en Italie. Ils ont dû se battre sur trois fronts simul­­ta­­né­­ment : contre leur propre famille, contre des crimi­­nels sans scru­­pules et contre les insti­­tu­­tions corrom­­pues. « La Sicile était très diffé­­rente dans les années 1970. Tout d’abord, la Cosa Nostra ne ressem­­blait pas à ce qu’elle est aujourd’­­hui. Elle suivait un code de conduite précis qui a été tota­­le­­ment mis à mal par les mafiosi de Corleone comme Riina », explique Impas­­tato. « Et puis les poli­­ti­­ciens et l’église étaient de mèche avec la mafia. Peppino a été tué en 1978 par les hommes du boss Bada­­la­­menti, mais le gouver­­ne­­ment italien ne l’a condamné pour son meurtre qu’en 2002. Ma mère et moi avons fina­­le­­ment pu trou­­ver la paix, mais il aura fallu attendre 24 ans », dit-il.

Casa Memo­­ria

Giuseppe Riina Jr, pour sa part, a le senti­­ment que lui et sa famille ont été « injus­­te­­ment » persé­­cu­­tés par la société. « Je paye pour les erreurs de mon père parce que mon nom est Riina. Combien d’hommes de ma géné­­ra­­tion vont-ils devoir être punis ? » demande-t-il. D’après lui, c’est aussi la raison pour laquelle il a demandé à être tenu à l’écart de Corleone et de la Sicile à sa libé­­ra­­tion de prison en 2012, pour effec­­tuer ses années de condi­­tion­­nelle. « Tout le monde connaît mon nom et ma famille en Sicile. Corleone, où vivent encore ma mère et ma plus jeune sœur, est une petite ville », dit-il.

« Je suis blessé par le fait qu’il ne se soit pas dressé contre la mafia et son père »

Il insiste sur le fait qu’il a vécu ce qu’il appelle une « condam­­na­­tion à vie en blanc ». Il veut dire par là que n’im­­porte qui aurait pu aller trou­­ver la police et l’ac­­cu­­ser de n’im­­porte quoi, il aurait à chaque fois été traité comme un crimi­­nel. « C’était un cauche­­mar », dit Giuseppe. « J’avais besoin de mettre les voiles et de lais­­ser derrière moi toutes ces années d’écoutes télé­­pho­­niques, d’ob­­ser­­va­­tions, de fausses accu­­sa­­tions et d’igno­­rance. » En dépit de la preuve de son impli­­ca­­tion dans des acti­­vi­­tés illi­­cites avec d’autres mafiosi, Giuseppe affirme encore après toutes ces années que lui et son père étaient inno­­cents. Il estime que les preuves en ques­­tion n’étaient basées que sur des accu­­sa­­tions verbales profé­­rées par des indics. Il ajoute que l’image popu­­laire de la mafia ne corres­­pond pas à la réalité. « Mais je ne veux pas en dire trop à ce propos car je sais que je serai mal compris. Tout ce que je peux dire, c’est que si la mafia n’avait pas été là, qui aurait aidé les Sici­­liens à trou­­ver du travail ? » « Je ne me rappelle pas le moment exact où j’ai réalisé qui mon père était, qui nous étions tous. Ça a été un proces­­sus lent et progres­­sif. Je n’ai jamais été en colère contre lui. Pourquoi devrais-je l’être ? Tout ce qui m’im­­porte, c’est que nous sommes une famille. C’est lui ma famille », conclut Giuseppe avant de quit­­ter le Caffè Pedroc­­chi, refu­­sant de parler des victimes de son père au prétexte que ce qu’il dirait pour­­rait être utilisé contre lui.

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Le village sici­­lien de Cinisi

Giovanni Impas­­tato est décon­­certé par les propos de Giuseppe Riina Jr. « Je n’ai rien contre son livre. Tout le monde doit être libre d’écrire et de publier ce qu’il veut. En revanche, je suis agacé et blessé par le fait qu’il ne se soit pas dressé contre la mafia et son père », dit-il. « Je n’ai jamais cessé d’ai­­mer mon propre père, mais j’ai dû recon­­naître publique­­ment que c’était un crimi­­nel. C’était mon devoir envers mon frère et la société. Pourquoi ne fait-il pas de même ? Casa Memo­­ria le soutien­­dra dans cette démarche si il revient à la raison. »


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « What do you do when you’re born into the Italian Mafia? », paru dans Al Jazeera. Couver­­ture : Le village de Corleone.


LA CAVALE DE TRENTE ANS D’UN ASSASSIN DE LA CAMORRA NAPOLITAINE

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Comment un boss de la mafia napo­­li­­taine est-il parvenu à échap­­per à la police durant toutes ses années ? Au cœur d’un jeu d’es­­pions italien.

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L’in­­signe du SISMI

Quand l’agent du SISMI – Servi­­zio Infor­­ma­­zioni e Sicu­­rezza Mili­­tare, le service secret italien, réformé en 2007 – entre dans ce bar de Caso­­ria comme chaque matin, le barman ne lui adresse pas un mot. Étrange, se dit-il. Après un bref coup d’œil à sa montre, il passe commande. « Comme d’ha­­bi­­tude, merci. » Appuyé au même comp­­toir, un autre homme attend son café. Le 007 l’ob­­serve furti­­ve­­ment. L’in­­connu pose péni­­ble­­ment le bras droit sur le zinc en s’ai­­dant de l’autre main. Et lui retourne le coup d’œil. Ils se tournent en même temps, s’exa­­minent un long moment. Et ils sourient tous les deux, tandis que la tasse de café monte lente­­ment jusqu’à leurs lèvres. L’agent des services secrets l’a reconnu. Cela fait des années qu’il suit sa trace. Mais ce jour-là, hors de ques­­tion de sortir les menottes. « Il était clai­­re­­ment protégé par des gorilles armés », me raconte aujourd’­­hui le person­­nage prin­­ci­­pal de cette rencontre, désor­­mais à la retraite. « Il aurait suffi que je mette la main à la poche pour me retrou­­ver criblé de balles. »

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