par Elaisha Stokes | 24 octobre 2016

Le choix de Fayiah

Lorsque Momo et Daniel Dukoe ont fugué pour rejoindre les rangs de l’ar­­mée en 1999, leur père, Fayiah, a été anéanti. À l’époque, les deux frères n’avaient que 12 ans, c’était encore des enfants. Fayiah avait déses­­pé­­ré­­ment besoin d’eux pour l’ai­­der à s’oc­­cu­­per de la ferme. Il est donc allé trou­­ver leur nouveau comman­­dant. En tant que chef d’un village situé dans le nord-ouest du Libe­­ria, Fayiah espé­­rait que son statut lui donne­­rait du poids pour pouvoir négo­­cier. Le comman­­dant s’est montré compa­­tis­­sant, mais caté­­go­­rique. Charles Taylor, qui était alors à la tête du pays, luttait féro­­ce­­ment pour conso­­li­­der son pouvoir. Il avait besoin de gaillards jeunes et forts comme Momo et Daniel pour gagner sa guerre. Le comman­­dant a donc coupé la poire en deux : Fayiah pouvait choi­­sir un de ses fils qui revien­­drait à la ferme. L’autre devrait rester et combattre. Fayiah a dési­­gné Daniel.

MAY 26, 2015 MONROVIA, LIBERIA Former child soldier Momo Dukoe, 25, lays down on mattress in early morning at the floor of restaurant where he sleeps during the night in Monrovia, Liberia on May 26, 2015. Momo, who was forcefully recruited to the government militia in his village in Lofa, northern Liberia when he was 11 years old, has fought for several years during the country's civil war which ended in Aug 2003. Photo by Kuni Takahashi
Momo Dukoe, 25 ans aujourd’­­hui
Crédits : Kuni Taka­­ha­­shi

Il y a un peu plus d’une dizaine d’an­­nées que la paix est reve­­nue au Libe­­ria. Entre 1989 et 2003, la guerre a fait plus de 250 000 morts et 1,2 millions de réfu­­giés. Il est pratique­­ment impos­­sible de trou­­ver une famille qui n’a pas été person­­nel­­le­­ment touchée par le conflit. La majo­­rité des enfants qui ont combattu pendant la guerre sont aujourd’­­hui de jeunes adultes. Ils sont pour la plupart sans abri, sans emploi stable ni éduca­­tion. Avec l’aide des Nations Unies et de diverses aides huma­­ni­­taires, le Libe­­ria a rapi­­de­­ment recou­­vré ses forces. La capi­­tale du pays, Monro­­via, est à présent tapis­­sée de routes goudron­­nées, et les maga­­sins vendent à nouveau de la nour­­ri­­ture. Cepen­­dant, les anciens soldats comme Momo ne trouvent pas leur place au sein de cette nouvelle écono­­mie. Dépour­­vus d’édu­­ca­­tion et bien souvent en proie à des troubles psycho­­lo­­giques causés par les horreurs qu’ils ont endu­­rées et perpé­­trées durant la guerre, ils ont le plus grand mal à trou­­ver un emploi, quel qu’il soit. Momo a survécu à la guerre. C’était un guer­­rier dans l’âme et il a rapi­­de­­ment gravi les éche­­lons au sein de l’ar­­mée. La paix repré­­sente pour lui un défi plus grand.


JULY 20, 2003 MONROVIA, LIBERIA Momo Dukoe,13, raises AK-47 rifles at the frontline in Monrovia, Liberia on July 20, 2003 as fighting between President Charles Taylor's troops and the rebel intensifies. Momo, who was forcefully recruited to the government militia, has been fighting since he was 11 years old. Photo by Kuni Takahashi
Momo à 13 ans
Crédits : Kuni Taka­­ha­­shi

Le matin, il marche en boitant jusqu’à un coin de rue où il retrouve d’autres jeunes hommes comme lui. Des camions s’ar­­rêtent à leur hauteur, il les remplit de bois de char­­pente. En temps normal, il gagne assez pour s’of­­frir une assiette de riz. Dans ses meilleurs jours, lorsque les camions défilent et que son corps n’est pas perclus de douleurs, il se fait un peu plus. Ces jours-là, Momo grimpe à bord d’un taxi collec­­tif et traverse la ville pour rendre visite à Daniel, son frère. Au fil des années, leurs vies ont pris des chemins radi­­ca­­le­­ment diffé­­rents. Bien qu’ils soient nés à un mois d’écart de mères diffé­­rentes – en tant que chef de village, Fayiah a eu 17 femmes et davan­­tage d’en­­fants, qui ont tous grandi ensemble –, on peine à imagi­­ner qu’ils font partie de la même famille. Momo est un jeune homme trapu aux épaules larges. Il souffre d’un boite­­ment prononcé, séquelle d’un acci­dent de moto. Daniel, lui, est grand et fin. Studieux et cultivé, il se faufile dans les rues bondées de la ville d’un pas leste. Il travaille comme secré­­taire à la Free Gospel Church, l’église de gospel. Il a fini le lycée récem­­ment et espère aller à l’uni­­ver­­sité. Momo, qui a quitté l’école après sa deuxième année de collège, est d’avis qu’il ne finira jamais ses études. Et tandis que Daniel vit dans un petit appar­­te­­ment derrière une école, Momo est pratique­­ment sans-abri. Quand vient la nuit, il dort géné­­ra­­le­­ment sur le sol d’un restau­­rant tenu par un ami.

3/19/05 Monrovia, Liberia. Photo by Kuni Takahashi
Momo à 15 ans
Crédits : Kuni Taka­­ha­­shi

La vie normale

En 2012, un tribu­­nal appuyé par l’ONU a condamné Taylor à 50 ans d’em­­pri­­son­­ne­­ment pour de nombreux crimes de guerre, parmi lesquels des meurtres, des viols et l’ex­­ploi­­ta­­tion d’en­­fants soldats. Avant cela, Charles Taylor a été le maître d’œuvre de la violence au Libe­­ria. Il a d’abord pris la tête d’une rébel­­lion armée sous la bannière du NPFL (Natio­­nal Patrio­­tic Front of Libe­­ria). En 1997, il s’est présenté aux élec­­tions prési­­den­­tielles avec pour slogan : « Il a tué mon papa, il a tué ma maman, mais je vote­­rai pour lui. » Il a remporté 75 % des voix. Pour un grand nombre des 15 000 enfants soldats qui ont combattu sous ses ordres pendant la guerre, c’était à prendre au pied de la lettre. « Il était plus facile de faire confiance à des enfants qu’à des adultes », explique Moses Jarbo, un psycho­­logue qui a super­­­visé le proces­­sus de désar­­me­­ment du Libe­­ria. « Je l’ai entendu de la bouche de Taylor lui-même. » Les enfants étaient répar­­tis dans des « unités de petits garçons », bien que le droit inter­­­na­­tio­­nal inter­­­dise formel­­le­­ment l’uti­­li­­sa­­tion d’en­­fants dans un conflit. De jeunes garçons et filles étaient exploi­­tés à toutes les fins possibles et imagi­­nables pendant la guerre : du main­­tien des barrages routiers à la lutte au front. Certaines unités étaient diri­­gées par des respon­­sables adultes, d’autres étaient menées par des enfants comme Momo. On les forçait à commettre des crimes inqua­­li­­fiables, parfois envers leur propre famille, sans quoi ils étaient mis à mort. Beau­­coup ont été enle­­vés, battus, violés ou tués.

APRIL 20, 2008 MONROVIA, LIBERIA Former child soldier Momo Dukoe, 17, rests in the garage where he stays in Monrovia, Liberia on Dec 1, 2006. Momo, who was forcefully recruited to the government militia in his village in Lofa, northern Liberia when he was 11 years old, has fought for several years during the country's civil war which ended in Aug 2003. Photo by Kuni Takahashi
Momo en 2008
Crédits : Kuni Taka­­ha­­shi

À 13 ans, Momo était au front et comman­­dait sa propre unité de petits garçons. Il prenait direc­­te­­ment ses ordres du combat­­tant Benja­­min Yeaten, plus connu comme « 50 ». Yeaten était le comman­­dant du Special Secu­­rity Service, la garde rappro­­chée de Charles Taylor. Au Libe­­ria, on le connais­­sait comme l’homme ayant arrêté puis brûlé vif le leader de l’op­­po­­si­­tion, Samuel Dokie. Yeaten s’était pris d’af­­fec­­tion envers Momo. Il lui donnait de l’al­­cool et des drogues et le féli­­ci­­tait de son courage. Quand Momo tuait, il rece­­vait souvent de l’argent en récom­­pense. Lorsque Momo évoque cette époque révo­­lue, ses yeux deviennent vitreux et il peine à trou­­ver ses mots. Ce dont il se souvient clai­­re­­ment, c’est qu’il n’avait que 13 ans. « Les gens qu’on exécu­­tait, ils hantent mon esprit », dit-il, « J’étais très jeune. » Mais malgré ça, confie-t-il, si Charles Taylor était libéré de prison demain, il vote­­rait pour lui sans aucun doute. « C’est mon chef. »

MARCH 15, 2013 MONROVIA, LIBERIA Former child soldier Momo Dukoe, 23, takes breakfast as he wait for daily labor job in Monrovia, Liberia on March 15, 2013. Photo by Kuni Takahashi
Dans les rues, en 2008
Crédits : Kuni Taka­­ha­­shi

Quand la guerre a pris fin, la Mission des Nations Unies au Libe­­ria a lancé une campagne pour désar­­mer le pays. Les stations de radio annonçaient que ceux et celles qui ramè­­ne­­raient leur arme rece­­vraient 300 dollars (une somme consi­­dé­­rable pour le Libe­­ria d’après-guerre). Dès le premier jour de la campagne, plus de 8 000 hommes, femmes et enfants se sont rendus dans une base de désar­­me­­ment qui n’était dispo­­sée qu’à en accueillir un millier. Une fois là-bas, on leur a dit qu’ils ne rece­­vraient que 75 dollars ce jour-là et qu’ils rece­­vraient le reste lorsque le proces­­sus serait terminé. Fous de rage, des hommes armés ont pris d’as­­saut les rues de Monro­­via. Plusieurs personnes ont été tuées dans le chaos qui a suivi, ce qui a entraîné un blocage provi­­soire du proces­­sus. Ce faux-pas préma­­turé était révé­­la­­teur de ce qui allait arri­­ver. Alors que le désar­­me­­ment était censé aider à réin­­sé­­rer les enfants soldats dans la société, les mesures se sont souvent montrées inef­­fi­­caces. À l’époque, l’ONU s’at­­ten­­dait à ce qu’en­­vi­­ron 38 000 soldats prennent part au proces­­sus sur une période de six mois. Au lieu de ça, ils ont été plus de 100 000, créant un défi­­cit de 39 millions de dollars pour les phases de réha­­bi­­li­­ta­­tion et de réin­­té­­gra­­tion du programme. Les deux programmes ont été coupés net, avec de graves consé­quences pour ces enfants. Rien qu’en 2005, plus de 4 000 anciens enfants soldats ont été renvoyés de l’école car l’ONU n’a pas réussi à couvrir leurs frais de scola­­rité.

MARCH 4, 2013 MONROVIA, LIBERIA Former child soldier Momo Dukoe, 23, rests on a worn-out mattress at balcony of a bar run by his older brother, James, after working overnight at parking lot in Monrovia, Liberia on March 4, 2013. Photo by Kuni Takahashi
Momo dort où il peut
Crédits : Kuni Taka­­ha­­shi

« On parle d’en­­fants qui ont été arra­­chés à leur village, en toute impu­­nité, et trans­­for­­més en machines à tuer », déplore Jarbo, le direc­­teur du proces­­sus lancé par l’ONU, dont il recon­­naît les manque­­ments. « Vous pensez vrai­­ment qu’on peut réha­­bi­­li­­ter ces enfants soldats en deux semaines ou en un mois ? Ça va prendre des années ! »

Le retour

Beau­­coup d’en­­fants n’avaient nulle part où aller. Soit leur famille avait été déci­­mée, soit elle ne voulait pas d’un ancien combat­­tant à la maison. Les soutiens psycho­­lo­­giques promis se termi­­naient souvent après seule­­ment deux semaines. L’en­­fant se retrou­­vait alors une nouvelle fois à la rue. Momo avait 16 ans quand la guerre a pris fin et qu’il a déposé les armes. Il a vécu un temps au camp de désar­­me­­ment de l’ONU. Puis il a erré dans les rues avec les autres garçons.

MAY 29, 2015 MONROVIA, LIBERIA Former child soldier Momo Dukoe, 25, eats lunch in Monrovia, Liberia on May 29, 2015. Momo, who was forcefully recruited to the government militia in his village in Lofa, northern Liberia when he was 11 years old, has fought for several years during the country's civil war which ended in Aug 2003. Photo by Kuni Takahashi
Momo en mai 2015
Crédits : Kuni Taka­­ha­­shi

En 2006, Ellen John­­son Sirleaf a été élue prési­­dente d’un Libe­­ria nouveau et paci­­fique. Elle a promis que la Commis­­sion de vérité et de récon­­ci­­lia­­tion (CVR) au Libe­­ria répa­­re­­rait les erreurs du passé. Elle a égale­­ment promis d’ai­­der les milliers d’an­­ciens enfants soldats à se réin­­sé­­rer dans la société. Mais lorsque est enfin paru le rapport de la commis­­sion en 2009, il mention­­nait la prési­­dente parmi les personnes devant être évin­­cés des élec­­tions futures, en raison de son asso­­cia­­tion avec Charles Taylor dans les années 1980 et de sa parti­­ci­­pa­­tion au finan­­ce­­ment de l’in­­va­­sion du Libe­­ria en 1989. Les recom­­man­­da­­tions du rapport, qui compre­­naient un segment très long sur les moyens de subve­­nir aux besoins des anciens enfants soldats, ont été en grande partie igno­­rées. « Ils ne sont pas réin­­sé­­rés dans la société », affirme Jarbo, « Beau­­coup d’entre eux ont détruit leur propre village. Ils ont massa­­cré leurs oncles et leurs tantes. Ils n’y sont jamais reve­­nus depuis. » Momo a tenté de reve­­nir. En 2007, il a fait le voyage vers le nord pour retour­­ner au village et voir Daniel. Leurs retrou­­vailles ont été joyeuses. Ils n’étaient pas sûrs que Momo ait survécu à la guerre – beau­­coup de petits garçons sont morts. Daniel était heureux de voir son frère de retour au village. Mais les deux frères étaient trop proches pour que Momo puisse cacher à Daniel sa souf­­france psycho­­lo­­gique. Daniel raconte qu’il a perçu un chan­­ge­­ment dans la façon de marcher de son frère et dans la cadence de sa voix. Il a compris immé­­dia­­te­­ment que Momo n’al­­lait pas bien.

JUNE 3, 2015 MONROVIA, LIBERIA Former child soldier Momo Dukoe, 25, talks with one of his brother Daniel at Daniels room in Monrovia, Liberia on May 29, 2015. Momo, who was forcefully recruited to the government militia in his village in Lofa, northern Liberia when he was 11 years old, has fought for several years during the country's civil war which ended in Aug 2003. Photo by Kuni Takahashi
Momo et Daniel, dans la chambre de Daniel à Monro­­via
Crédits : Kuni Taka­­ha­­shi

La nuit de leurs retrou­­vailles, ils ont dormi dans le même lit. Momo n’a pas pu fermer l’œil, il était en proie à une profonde terreur. « Cette chambre est ensor­­ce­­lée », murmu­­rait-il. Il a demandé à Daniel de lui donner un couteau pour les défendre des mauvais esprits. Daniel a refusé. Un mois plus tard, Momo a déserté le village, convaincu que ses voisins et sa famille lui avaient jeté des mauvais sorts pour le punir des atro­­ci­­tés qu’il avait commises pendant la guerre. Il conti­­nue à croire qu’il est possédé par les fantômes de son passé, et il lui arrive d’avoir des accès de colère. La violence est le seul moyen qu’il connaît d’in­­te­­ra­­gir avec le monde. Lors de ces explo­­sions de rage, Daniel lui vient en aide. « Il a toujours eu un carac­­tère bien trempé », confie ce dernier.

DECEMBER 1, 2006 MONROVIA, LIBERIA Former child soldier Momo Dukoe, 17, poses in Monrovia, Liberia on Dec 1, 2006. Momo, who was forcefully recruited to the government militia in his village in Lofa, northern Liberia when he was 11 years old, has fought for several years during the country's civil war which ended in Aug 2003. Photo by Kuni Takahashi
Portrait de Momo
Crédits : Kuni Taka­­ha­­shi

« Quand on vivait tous les deux au village, on m’ap­­pe­­lait “le héros” », se souvient Momo. « Et Daniel, c’était “l’avo­­cat” », car il avait un talent pour manier les mots. Les deux garçons pensent que c’est pour cette raison que leur père Faiyah a décidé de garder Daniel auprès de lui et de lais­­ser Momo aller au front : il savait que Momo avait plus de chances de s’en sortir. Dans le Libe­­ria d’après-guerre, pour­­tant, Momo lutte corps et âme pour garder la tête hors de l’eau. Sans l’aide du gouver­­ne­­ment, il est peu probable qu’il y arri­­vera long­­temps. À défaut, il compte sur l’aide de son frère. « Il a pris les armes à ma place », dit Daniel, « aujourd’­­hui je prends la parole pour lui. C’est le moins que je puisse faire. »


Traduit de l’an­­glais par Paul Fouyer et Nico­­las Prouillac d’après l’ar­­ticle « Chil­­dren of War », paru dans Al Jazeera. Couver­­ture : Momo et Daniel Dukoe. (Kuni Taka­­ha­­shi)


LE SEIGNEUR DE GUERRE LE PLUS CRUEL DU MONDE EST-IL DEVENU UN HOMME BIEN ?

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Vingt ans après avoir mis un terme à ses exac­­tions abomi­­nables pour deve­­nir pasteur, le Géné­­ral Butt Naked est-il vrai­­ment repenti ?

I. Géné­­ral Butt Naked

Par un dimanche matin de février à Monro­­via, la capi­­tale du Libe­­ria, quelques dizaines de personnes se rassemblent dans une église au toit de tôle pour écou­­ter le prêche d’un ancien seigneur de guerre. Il se nomme Joshua Milton Blahyi, mais la plupart des Libé­­riens le connaissent sous son nom de guerre des années 1990 : Géné­­ral Butt Naked (« géné­­ral Cul Nul »). Blahyi, un homme robuste de 45 ans à la tête en forme d’obus, entre en scène vêtu d’un panta­­lon de costume noir et d’une chemise couleur crème. S’il a donné des sermons dans toute l’Afrique de l’Ouest sur le pouvoir du pardon et la perfi­­die des poli­­ti­­ciens libé­­riens, un de ses sujets de prédi­­lec­­tion est sa propre personne. « En Afrique du Sud, j’ai eu le privi­­lège de prêcher au parle­­ment », annonce-t-il fière­­ment à sa congré­­ga­­tion. « Allé­­luia ! Cela vous arri­­vera peut-être. » À cet instant, un bout de papier tombe de sa Bible qu’un fidèle s’em­­presse de ramas­­ser. « Garde-le en souve­­nir », lui dit Blahyi.

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Un prêche de Blahyi
Crédits : Sundance Insti­­tute

En 1980, Samuel Doe a pris la prési­­dence du Libe­­ria par la force. Blahyi affirme qu’il est ensuite devenu le conseiller spiri­­tuel de Doe et qu’il a eu recours à la sorcel­­le­­rie pour l’ai­­der à rempor­­ter son second mandat. (Doe a aussi eu recours à des méthodes plus prosaïques, en brûlant les bulle­­tins de vote de ses adver­­saires par exemple.) Lors du réveillon de Noël 1989, Charles Taylor, un ancien membre du gouver­­ne­­ment libé­­rien, a envahi le pays depuis la Côte d’Ivoire avec une centaine de soldats, faisant sombrer le Libe­­ria dans la guerre civile. Un cessez-le-feu a été déclaré en 1996 et Taylor a été élu l’an­­née suivante. Puis, en 1999, un autre groupe rebelle a lancé une offen­­sive depuis la Guinée, déclen­­chant un deuxième conflit qui s’est pour­­suivi jusqu’à l’évic­­tion de Taylor en 2003.

Dans les années 1990, la majeure partie du pays était aux mains de milices rivales. Dans le bush, ils s’af­­fron­­taient pour le contrôle des mines d’or et de diamant ; à Monro­­via, ils se tiraient dessus dans les rues. Les chefs de milice avaient sous leurs ordres des dizaines de comman­­dants rebelles, dont beau­­coup portaient des noms impro­­bables : Chuck Norris, One-Foot Devil (« le Diable à un pied »), Géné­­ral Mosquito (« géné­­ral Mous­­tique ») et son ennemi juré, Géné­­ral Mosquito Spray (« géné­­ral Bombe anti-mous­­tique »). Blahyi a parti­­cipé acti­­ve­­ment au conflit pendant envi­­ron trois ans. Sous le nom de Géné­­ral Butt Naked, il a mené au combat plusieurs dizaines de soldats, lesNaked Base Comman­­dos, qui sévis­­saient prin­­ci­­pa­­le­­ment à Monro­­via. Beau­­coup de ces soldats étaient des enfants qui, comme leur comman­­dant, ne portaient souvent qu’une paire de chaus­­sures et des grigris. Blahyi, en défor­­mant à sa guise la tradi­­tion animiste, préten­­dait ainsi qu’ils étaient « immu­­ni­­sés contre les balles ».

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