par Emad Shahin | 0 min | 11 juillet 2016

Le tour de Kagame

De Kigali, au Rwanda. En novembre, j’ai pris l’avion de Barce­­lone à Kigali pour assis­­ter au Tour du Rwanda, une course d’une semaine, à travers des paysages monta­­gneux. Événe­­ment mineur dans le monde du cyclisme, le tour a son impor­­tance tant pour le déve­­lop­­pe­­ment du cyclisme afri­­cain que pour l’image de ce petit pays qu’est le Rwanda, qui ne compte que 12 millions d’ha­­bi­­tants. Créé en 1988, il est désor­­mais une étape incon­­tour­­nable de l’UCI Africa Tour et l’une des plus pres­­ti­­gieuses courses du conti­nent. ulyces-tourdurwanda-01Comme beau­­coup d’évé­­ne­­ments spor­­tifs, le Tour du Rwanda est aussi un gros coup publi­­ci­­taire. Pour être honnête, c’est ce qui m’a attiré sur place. Le président Paul Kagame, en poste depuis l’an 2000, s’est atta­­ché à déve­­lop­­per la passion du cyclisme dans son pays. Son gouver­­ne­­ment a fourni des montures dernier cri – des Pina­­rello Dogma à 6 000 euros l’un – à l’équipe natio­­nale et aidé deux Améri­­cains à mettre sur pied un centre d’en­­traî­­ne­­ment qui accueille des cyclistes venus de toute l’Afrique. En plus d’être une parfaite success story, l’équipe rwan­­daise est atten­­ti­­ve­­ment suivie par les orga­­nismes inter­­­na­­tio­­naux de déve­­lop­­pe­­ment, car chaque projet portant ses fruits fait événe­­ment. Au Rwanda, de jeunes hommes et femmes issus pour la plupart de milieux défa­­vo­­ri­­sés sont deve­­nus des athlètes de classe mondiale. L’équipe rwan­­daise a été le sujet d’un film docu­­men­­taire remarqué (Rising From the Ashes), d’un long article du New Yorker (« Clim­­bers ») et d’au moins un excellent livre (Land of Second Chances, de Tim Lewis). Kagame, qu’on tient pour être un dicta­­teur, a acheté leurs vélos. C’est un person­­nage instable, impliqué dans les morts mysté­­rieuses de ses oppo­­sants et désa­­voué par les obser­­va­­teurs des droits de l’homme. Il se refuse à quit­­ter son poste, qu’il occupe depuis près de deux décen­­nies. Il recon­­naît volon­­tiers qu’il gouverne d’une main de fer, mais il redoute l’al­­ter­­na­­tive. À l’en­­tendre, le passé du Rwanda justi­­fie son statut de figure pater­­nelle auto­­ri­­taire, seul habi­­lité à fixer les règles. Force est d’ad­­mettre qu’il obtient des résul­­tats. Le Rwanda combat la corrup­­tion avec plus d’ef­­fi­­ca­­cité que n’im­­porte quel autre pays de la région. Sa capi­­tale, Kigali, a le taux de crimi­­na­­lité le plus faible d’Afrique. Le bilan envi­­ron­­ne­­men­­tal du pays est excellent, parti­­cu­­liè­­re­­ment en matière d’éner­­gie alter­­na­­tive – en novembre dernier, le Guar­­dian a rapporté qu’un parc solaire avait été mis en place moins d’un an après la présen­­ta­­tion du projet, un record qui laissent envieux même les pays les plus riches. À Kigali, les rues sont propres, le réseau d’égouts est en bon état et il n’y a pas de bidon­­villes. L’In­­ter­­net est rapide. Dans beau­­coup de pays au profil écono­­mique semblable, l’air est saturé d’odeurs nauséa­­bondes. Ici, il sent le thé fraî­­che­­ment récolté.

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Kigali, ville-lumière
Crédits : Fumna­­nya Agbu­­gah

Les chefs d’État et busi­­ness­­mans du monde entier adorent Kagame. En avril 2015, six mois avant la course, le président rwan­­dais s’est rendu à la Global Confe­­rence de Los Angeles – une sorte de Davos du Paci­­fique – où il a échangé avec Tony Blair et Patri­­cia Arquette. Il y a animé une « confé­­rence sur les actions à mener pour amélio­­rer la vie des femmes et des jeunes filles dans le monde, ainsi qu’une table ronde pour débattre du futur de l’Afrique » selon le New Times, l’or­­gane média­­tique du pouvoir rwan­­dais. On ne compte plus le nombre de fois où l’ex­­pres­­sion « miracle rwan­­dais » est appa­­rue dans la presse inter­­­na­­tio­­nale au cours des dix premières années de son règne. Même Bill Clin­­ton estime que Kagame fait partie des « meilleurs chefs d’État contem­­po­­rains » et selon le maga­­zine Poli­­tico, le secré­­taire géné­­ral de l’ONU Ban Ki-moon espère que « de nombreuses nations afri­­caines suivront l’exemple du Rwanda ». Kagame a pris la tête du pays peu après la fin du géno­­cide de 1994 et il a bien compris l’im­­por­­tance symbo­­lique de la course dans l’ima­­gi­­naire collec­­tif. Il a souli­­gné à plusieurs reprises le rôle d’am­­bas­­sa­­deurs des cyclistes rwan­­dais et consi­­dère le tour comme un moyen d’ai­­der son pays à panser la bles­­sure encore vive du géno­­cide. Plusieurs coureurs étaient enfants lorsque c’est arrivé et y ont survécu. Ce sont aujourd’­­hui des athlètes confir­­més, des mira­­cu­­lés qui parcourent les impres­­sion­­nantes montagnes couvertes de forêts du Rwanda à 30 ou 40 km/h pendant que des enfants courent pieds nus à leurs côtés, les accla­­mant en riant. Dans les champs, les travailleurs inter­­­rompent la récolte du café pour applau­­dir les héros de leur nation réuni­­fiée. Les forêts luxu­­riantes qui consti­­tuaient jadis le repaire des tueurs sangui­­naires sont main­­te­­nant le théâtre des exploits des orphe­­lins de leurs victimes, que l’en­­traî­­ne­­ment quoti­­dien sur ces pentes sans merci a rendus plus forts que les géno­­ci­­daires n’au­­raient jamais pu l’ima­­gi­­ner. En lisant la descrip­­tion d’une banale session d’en­­traî­­ne­­ment de 16 kilo­­mètres, on a l’im­­pres­­sion d’as­­sis­­ter à une scène des Chariots de feu.

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Paul Kagame
Crédits : Veni Markovski

Je ne me suis pas envolé pour Kigali avec l’in­­ten­­tion de ques­­tion­­ner ce récit, idyl­­lique sur le papier, mais avouons que cela sonne comme un conte de fées. On ne peut qu’a­­voir de l’em­­pa­­thie pour la tâche qui incombe à Kagame. Le meurtre de plus de 800 000 personnes en moins de 100 jours a cris­­tal­­lisé pendant long­­temps l’image du pays. Le Rwanda a été aban­­donné par le reste du monde au moment où il avait le plus besoin d’aide. On peut diffi­­ci­­le­­ment imagi­­ner combien le chemin que le pays a parcouru depuis a dû être rude. Au Rwanda, le slogan « Never Again » appa­­raît dans toute la docu­­men­­ta­­tion liés aux droits de l’homme ainsi que sur le site Inter­­net du musée du Géno­­cide de Kigali. Inven­­tée dans les années 1960, cette phrase a d’abord été asso­­ciée à l’Ho­­lo­­causte. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Al­­le­­magne n’a-t-elle pas été défi­­nie avant tout par ses crimes pendant des décen­­nies ? Une course cycliste est un événe­­ment aussi anodin qu’ab­­surde – grim­­per une montagne à vélo est essen­­tiel­­le­­ment inutile – c’est d’ailleurs très préci­­sé­­ment mon passe-temps préféré. C’était donc le moyen idéal pour Kagame de mettre en valeur ses réus­­sites tout en évitant qu’on ne regarde de trop près ses méthodes. Je me suis demandé la chose suivante : si nous étions en 1966 et non en 2016 et que je m’en­­vo­­lais non pas pour Kigali mais pour Berlin afin de couvrir une obscure course cycliste, me senti­­rais-je obligé d’évoquer Buchen­­wald ? Voire d’in­­sis­­ter sur ce point ? Ce serait proba­­ble­­ment injuste ou du moins contre-produc­­tif. J’ai pris l’avion.

Les coachs

La course cycliste est un sport collec­­tif. Un coureur soli­­taire ne pour­­rait pas gagner simple­­ment en mouli­­nant à grande vitesse pendant des heures le long de crêtes abruptes. En revanche, un cycliste moins doué aidera ses coéqui­­piers en courant devant eux, coupant le vent pour que les favo­­ris conservent leur éner­­gie en péda­­lant dans son sillage. Il arrive aussi qu’un coureur moins connu se lance soudai­­ne­­ment dans un sprint pour fati­­guer les adver­­saires qui se lancent à sa pour­­suite, pendant que son coéqui­­pier écono­­mise ses forces au sein du pelo­­ton et se tient prêt à tout donner lors du sprint final.

Citer les propos d’un chauf­­feur de taxi comme s’il était l’oracle de Delphes est une astuce répan­­due chez les jour­­na­­listes.

De telles stra­­té­­gies sont égale­­ment néces­­saires pour le Tour du Rwanda. À l’ex­­cep­­tion du tarmac de l’aé­­ro­­port inter­­­na­­tio­­nal de Kigali, le pays ne semble pas avoir le moindre mètre carré de terrain de plat à l’in­­té­­rieur de ses fron­­tières. La majeure partie du terri­­toire s’élève à plus de 1 500 m et ses vallons ne sont inter­­­rom­­pus que par de gigan­­tesques montagnes. Toute la jour­­née pendant sept jours, le circuit monte et descend inter­­­mi­­na­­ble­­ment en dents de scie. Les 69 coureurs sont trai­­tés comme des droma­­daires : les orga­­ni­­sa­­teurs ont imaginé le circuit le plus spec­­ta­­cu­­laire possible : un véri­­table supplice. Ceux qui ne se sont pas suffi­­sam­­ment entraî­­nés pour l’al­­ti­­tude aban­­donnent rapi­­de­­ment. Après deux jours, ils n’étaient plus que 65, puis 61, puis 54. Au sixième jour, ils étaient 47. Le deuxième jour, alors que les coureurs quit­­taient la capi­­tale et enta­­maient une ascen­­sion de 400 mètres au travers de plan­­ta­­tions de café verdoyantes, j’ai été informé qu’on m’avait refusé mes accré­­di­­ta­­tions presse, pour des raisons que personne ne semblait pouvoir m’ex­­pliquer. Plus tôt ce jour-là, le Français qui super­­­vi­­sait le Tour avait agité sous mon nez un docu­­ment que je lui avais envoyé en hurlant que je ne le lui avais pas envoyé. Il avait l’air stressé. Qu’im­­porte, je suis monté avec un photo­­graphe dans la voiture réser­­vée à la presse inter­­­na­­tio­­nale – façon de parler car elle était vide. Nous avons roulé avec le publi­­ci­­taire de l’équipe rwan­­daise pendant deux heures, jusqu’à la fron­­tière avec la Répu­­blique démo­­cra­­tique du Congo. La voiture se main­­te­­nait à quelques minutes d’avance sur la course et nous ne voyions aucun cycliste à moins de deux kilo­­mètres de distance. Parve­­nus à la ligne d’ar­­ri­­vée, le publi­­ci­­taire a dit au photo­­graphe qui m’ac­­com­­pa­­gnait d’al­­ler se tenir près de la ligne, ce qu’il a fait. Le Français a vu ce qu’il se passait, s’en est pris au photo­­graphe et nous a virés. Le jour suivant, nous avons engagé un gars du coin, Fabian, pour nous servir de chauf­­feur. Il a passé son temps à nous dire que tout le monde haïs­­sait Paul Kagame et que les Rwan­­dais vivaient dans la peur. D’après lui, les rues de Kigali sont impec­­cables parce qu’une amende pour avoir jeté ses détri­­tus équi­­vaut à trois mois de salaire – même chose pour les excès de vitesse (La police de Kigali a refusé de confir­­mer ses dires.) Il semble­­rait aussi que les malades mentaux et les oppo­­sants à Kagame soient enfer­­més dans une prison sans nom située à seule­­ment six kilo­­mètres de l’am­­bas­­sade améri­­caine. Fabian était en colère. Citer les propos d’un chauf­­feur de taxi comme s’il était l’oracle de Delphes est un tour de passe-passe connu de tout repor­­ter qui enquête sur un régime dicta­­to­­rial. Ce n’est géné­­ra­­le­­ment pas comme ça qu’on apprend la vérité. Mais il s’est avéré que Fabian disait vrai. Les abus d’in­­car­­cé­­ra­­tion au Rwanda ont attiré l’at­­ten­­tion de Human Rights Watch et il y a une raison terrible à la propreté des rues de Kigali. « Son image de ville clean et sûre est avant tout liée aux pratiques de la police natio­­nale rwan­­daise. Les agents arrêtent massi­­ve­­ment les “indé­­si­­rables” et les placent en déten­­tion au centre Gikondo. Il s’agit d’un centre priva­­tif de liberté non-offi­­ciel situé dans le quar­­tier rési­­den­­tiel de Gikondo, à Kigali », écrit l’or­­ga­­ni­­sa­­tion dans un rapport publié en septembre 2015. « Les déte­­nus y sont victimes d’at­­teintes aux droits de l’homme et de trai­­te­­ments inhu­­mains et dégra­­dants, avant d’être relâ­­chés dans les rues – souvent avec ordre de quit­­ter la capi­­tale. »

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L’équipe au complet
Crédits : Team Africa Rising

En 2014, après qu’une équipe rwan­­daise entraî­­née par des Améri­­cains a réalisé de bonnes perfor­­mances sur le tour, Kagame a invité le fonda­­teur de l’équipe, Jock Boyer, à pronon­­cer un discours lors d’un événe­­ment offi­­ciel. « Les gens lui ont dit que s’il avait l’op­­por­­tu­­nité de parler au président, il devait en profi­­ter pour lui deman­­der quelque chose », raconte Kimberly Coats, qui super­­­vise avec lui Team Africa Rising – le nom de l’équipe rwan­­daise. « On lui a donc demandé des vélos ainsi qu’un centre d’en­­traî­­ne­­ment. » Kagame a accepté et vous connais­­sez la suite. Mais les largesses du président ne se sont pas arrê­­tées là. Le vainqueur de la seconde étape a reçu un chèque en bonus. « Cadeau de la part du président Kagame », a dit l’an­­non­­ceur dans le haut-parleur. Il s’est ensuite empê­­tré à expliquer qu’il ne prove­­nait pas de fonds publics ou des impôts. C’était un cadeau person­­nel du président, un grand fan. Les vélos et l’équipe étaient inclus dans le budget de l’État. L’un des Pina­­rello flam­­bants neufs portait un cycliste rwan­­dais aux jambes d’acier nommé Jean Bosco Nsen­­gi­­mana : le plus grand espoir de Coats. Bosco, comme il se fait appe­­ler, a 22 ans. À la fin du deuxième jour, il était en tête du clas­­se­­ment géné­­ral et ses pers­­pec­­tives pour le reste de la semaine étaient bonnes, s’il tenait ce rythme. La Team Africa Rising domi­­nait déjà la course et ce jour-là, il l’a finie loin devant ses prin­­ci­­paux rivaux, péda­­lant à une vitesse impres­­sion­­nante pendant trois heures d’une ascen­­sion éprou­­vante. La deuxième étape reliait Kigali à une ligne d’ar­­ri­­vée située près du parc natio­­nal des Virunga, qui abrite les fameux gorilles des montagnes. Coats espère que la vallée sera un jour aussi célèbre pour sa course cycliste que pour sa nature luxu­­riante. Elle m’a invité à visi­­ter le centre d’en­­traî­­ne­­ment, situé près de la ligne d’ar­­ri­­vée.

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Le parc natio­­nal des Virunga
Crédits : Nyota TV

« Je l’ap­­pelle la petite Amérique », a-t-elle déclaré en se tenant à l’in­­té­­rieur d’un ensemble de petites maisons de brique, à une heure de Kigali. « Sincè­­re­­ment, je n’ai pas besoin de sortir beau­­coup. » Elle et Boyer ont récem­­ment étendu le projet à l’Éry­­thrée, un autre pays dans lequel il vaut mieux s’in­­té­­res­­ser au vélo qu’à la poli­­tique, où les routes sont impec­­cables et les ques­­tions restent le plus souvent sans réponses. « Si on me donne dix millions de dollars, je forme une équipe conti­­nen­­tale dès demain », a ajouté Coats. Malgré cela, elle et Boyer, qui faisait l’im­­bé­­cile un peu plus loin avec la moto d’un des orga­­ni­­sa­­teurs, songent à rentrer au pays. Le centre d’en­­traî­­ne­­ment, que l’équipe aide à admi­­nis­­trer, four­­mil­lait d’ac­­ti­­vité après la course. Boyer, qui a été le premier Améri­­cain à courir le Tour de France dans les années 1980, est aussi passionné de moto. Il prête sa petite collec­­tion de vélos à l’or­­ga­­ni­­sa­­tion de la course pour trans­­por­­ter les photo­­graphes de presse et certains juges, dont il fait partie. (C’est égale­­ment un ancien crimi­­nel qui a été condamné pour agres­­sion sexuelle sur mineure, une sale affaire qui a fait grand bruit à l’époque.) Derrière Coats, de l’autre côté d’une pelouse dégar­­nie, des méca­­ni­­ciens passaient de l’eau sur les précieuses montures pour enle­­ver la terre qui s’y est dépo­­sée dans la jour­­née. « Je veux juste que mes coureurs assurent », m’a-t-elle confié. Elle ne s’oc­­cupe pas de poli­­tique, tant qu’elle peut éviter. Ce qui est géné­­ra­­le­­ment le cas.

Les espions

Il existe deux versions de l’his­­toire rwan­­daise de 1994 à 2016, et toutes les deux ont leur impor­­tance. Le récit offi­­ciel, raconté dans les livres d’école, dans les musées et par les membres du gouver­­ne­­ment, fait le portrait d’une petite nation bruta­­le­­ment divi­­sée par l’oc­­cu­­pant colo­­nial. Dans le cas du Rwanda, c’étaient les Belges, mais il serait un peu rapide d’im­­pu­­ter la respon­­sa­­bi­­lité du géno­­cide à la seule famille royale : Au XIXe siècle, toute l’Eu­­rope pillait l’Afrique. Les Belges ont attisé les rancœurs entre les diffé­­rentes ethnies du pays pour qu’ils demeurent faibles. La poli­­tique était la même au Burundi.

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Le mémo­­rial du géno­­cide à Kigali
Crédits : Richard Wain­­wright

Des décen­­nies plus tard, ces vieilles divi­­sions colo­­niales ont engen­­dré le géno­­cide. Les Casques bleus ont demandé des renforts ainsi que la permis­­sion d’in­­ter­­ve­­nir, mais ni l’un ni l’autre ne leur ont été accor­­dés par les diri­­geants des Nations Unies à New York. Le pays devait se débrouiller seul et les aver­­tis­­se­­ments ont été igno­­rés. L’ac­­tuelle conseillère à la sécu­­rité natio­­nale du président Obama, Susan Rice, à l’époque direc­­trice du main­­tien de la paix et de la sécu­­rité inter­­­na­­tio­­nale au Conseil de sécu­­rité de l’ONU, se refu­­sait d’agir. Des notes de service de la Maison-Blanche datant de 1994 et déclas­­si­­fiées en 2015 ont par ailleurs montré que son supé­­rieur, Richard Clarke, avait proposé d’or­­ga­­ni­­ser le retrait des Casques bleus au Rwanda alors même que la situa­­tion s’ag­­gra­­vait. Vingt ans plus tard, Rice est toujours poin­­tée du doigt pour ne pas avoir alerté la Secré­­taire d’État du président Clin­­ton, Made­­leine Albright, au sujet du géno­­cide. Clin­­ton ne cesse de présen­­ter ses excuses depuis. La carrière de Rice, pour sa part, a survécu aux critiques. Trois mois de massacres s’en sont suivis. En d’autres circons­­tances, le Rwanda était un para­­dis sur Terre isolé par sa géogra­­phie et son alti­­tude.  Couvert de forêts denses et de hautes montagnes, c’est l’en­­droit rêvé pour une course cycliste. Mais d’avril à juillet 1994, son terri­­toire s’est trans­­formé en piège impi­­toyable pour les civils qui tentaient d’échap­­per à l’en­­fer. Les seules zones rela­­ti­­ve­­ment sûres se situaient près des fron­­tières ougan­­daise et congo­­laise, d’où l’ar­­mée rebelle menée par Paul Kagame a lancé l’as­­saut contre les milices armées de machettes, conqué­­rant Kigali et mettant fin au géno­­cide. Kagame est par la suite devenu vice-président et ministre de la Défense au sein d’un gouver­­ne­­ment de tran­­si­­tion, avant de prendre les rênes du pouvoir en 2000. Au cours des 16 dernières années, Kagame a orches­­tré d’une main de fer la recons­­truc­­tion d’une nation brisée et trau­­ma­­ti­­sée, en enta­­mant un proces­­sus de récon­­ci­­lia­­tion. Autre­­fois menacé par le choléra, le Rwanda connaît aujourd’­­hui l’ordre à l’ex­­cès. Une fois par mois, les citoyens cessent toute acti­­vité durant trois heures pour une séance de nettoyage commu­­nau­­taire durant laquelle ils ramassent les ordures et nettoient les bancs des arrêts de bus. Dans une partie du pays, les reve­­nus ont doublé – plus dans les villes qu’à la campagne, où la pauvreté reste critique. Au travers d’un film comme Hotel Rwanda, Holly­­wood raconte le parcours héroïque d’un seul homme – un genre d’Os­­car Schind­­ler rwan­­dais – qui se dresse face au mal et le fait plier. C’est le récit prédo­­mi­­nant dans le pays. L’autre version de l’his­­toire rwan­­daise relate grosso modo les mêmes événe­­ments mais avec une diffé­­rence de taille. En août 2010, un rapport des Nations Unies a fuité dans la presse inter­­­na­­tio­­nale. Il s’in­­ti­­tule : Rapport du Projet Mapping concer­­nant les viola­­tions les plus graves des droits de l’homme et du droit inter­­­na­­tio­­nal huma­­ni­­taire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le terri­­toire de la Répu­­blique démo­­cra­­tique du Congo. Il accuse les forces rwan­­daises d’avoir mené une campagne d’épu­­ra­­tion ethnique en repré­­sailles dans les années qui ont suivi le géno­­cide. La plupart ont eu lieu du côté congo­­lais de la fron­­tière avec le Rwanda. NAR-Logo-vraiLe rapport décrit au moyen de termes très spéci­­fiques un géno­­cide simi­­laire à celui perpé­­tré contre le peuple de Kagame : « Les massacres ont été pensés pour faire le plus grand nombre de victimes possible. Chaque fois qu’ils repé­­raient un grand groupe de réfu­­giés, les soldats de Kagame faisaient feu sans distinc­­tion à l’arme lourde. Ils promet­­taient ensuite aux survi­­vants de les aider à rentrer au Rwanda. Après les avoir rassem­­blés, ils les tuaient à coups de marteau ou de houes. Ceux qui tentaient de s’échap­­per étaient abat­­tus. » La descrip­­tion aborde ensuite les déca­­pi­­ta­­tions d’en­­fants. Kagame a ardem­­ment dénoncé ce rapport. « L’idée même qu’un géno­­cide a pu être perpé­­tré au Congo est absurde », a-t-il assuré à la BBC à l’époque.

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L’avant-dernière étape du Tour du Rwanda se termi­­nait par l’as­­cen­­sion d’une côte verti­­gi­­neuse d’un kilo­­mètre et demi dans un quar­­tier rési­­den­­tiel de Kigali. Le tracé en ques­­tion était une avenue pavée si ridi­­cu­­le­­ment escar­­pée que j’ai cru me trou­­ver au mauvais endroit. Mais une heure avant l’ar­­ri­­vée des cyclistes, les gens du voisi­­nage ont commencé à s’ali­­gner de part et d’autre de l’ave­­nue. Un poli­­cier qui station­­nait au sommet de la côte m’a confirmé, en français, que la course passait par là. Je me suis installé. C’était le 21 novembre durant la saison des pluies, quand le ciel équa­­to­­rial du Rwanda ne se découvre pas avant 14 heures. Au moment où le fil Twit­­ter a indiqué que les 47 coureurs avaient atteint les envi­­rons de la ville, la pluie s’est mise à tomber, et les centaines de fans ont joué des coudes pour se faire une place sous les petits stores des commerces qui longent la route.

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Le tour sous la pluie
Crédits : tour­­dur­­wanda.rw

Nous avons attendu et regardé la pluie inon­­der la rue. Je suivais la course depuis une semaine et j’en avais conclu qu’elle était trop cruelle, même pour une course cycliste – un sport maso­­chiste par excel­­lence. Pour compliquer encore les choses, cette dernière côte est l’une des rares qui n’est pas encore recou­­verte d’as­­phalte au Rwanda. C’est une surface inégale faite de pavés boueux, et avec cette pluie dilu­­vienne, l’eau déva­­lait la pente en formant de minus­­cules torrents. Les cyclistes étaient encore à vingt minutes de là, bataillant contre la tempête. Près de moi, sous le auvent, un homme m’a ques­­tionné sur mon appa­­reil photo. Pour n’im­­porte quel esprit vague­­ment critique, la mons­­truo­­sité qui pendait à mon épaule semblait hurler : « Presse Inter­­na­­tio­­nale. Je vous juge en silence. » C’était le cas de Martin, qui n’en finis­­sait plus de me poser des ques­­tions – pour qui je travaillais, si l’ap­­pa­­reil pouvait faire de la vidéo, ce que je faisais au Rwanda, quel jour­­nal m’em­­ployait… À ce moment-là, Martin devait être mon troi­­sième ou quatrième espion. Lorsqu’on s’ap­­prête à visi­­ter le Rwanda, on entend des rumeurs comme quoi des infor­­ma­­teurs amateurs se glissent souvent dans les quar­­tiers à la recherche d’in­­for­­ma­­tions à revendre la police. Ce ne sont peut-être que des rumeurs, mais Martin collait à la descrip­­tion. À ceci près qu’il était telle­­ment maladroit que j’avais du mal à le prendre au sérieux. « Tu es un repor­­ter », a-t-il chuchoté sous la pluie. « Dis-moi ce que tu as envie d’écrire sur le Rwanda. Je te dirai quoi écrire et je t’ai­­de­­rai dans ton travail. » Je suis dit qu’il disait n’im­­porte quoi et qu’il avait surtout envie de parler. Quand la pluie s’est arrê­­tée, je me suis excusé et j’ai quitté l’abri. Il a eu l’air déçu.

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Jean « Bosco » Nsen­­gi­­mana, le favori
Crédits : The New Times

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De l’autre côté de la rue, une émeute s’est déclen­­chée à l’en­­droit où la foule était la plus dense. Un homme hurlait qu’un autre avait essayé de voler dans sa poche. Deux agents de police qui obser­­vaient la scène du haut de la colline se sont préci­­pi­­tés et ont plaqué un homme au sol face contre terre, au beau milieu de la route. Un troi­­sième poli­­cier est arrivé en courant avec une matraque et a commencé à frap­­per l’homme derrière ses jambes. Les cris ont retenti de plus belle. Quelques hommes et une femme se sont extraits de la foule pour parti­­ci­­per. Ils lui donnaient des coups de pieds tout en l’in­­sul­­tant en kinyar­­wanda. La police les a lais­­sés conti­­nuer un moment avant de menot­­ter le voleur présumé et de le traî­­ner au pied d’un mur à quelques mètres. Il s’est assis, l’air abattu et la bouche en sang, et je l’ai perdu de vue. Les coureurs appro­­chaient. Après avoir tabassé le voleur présumé, les poli­­ciers sont retour­­nés écar­­ter la foule du chemin des vélos. Plutôt que de dire aux gens de recu­­ler, les poli­­ciers donnaient des coups de matraque dans la foule, faisant des allers-retours comme s’ils coupaient de l’herbe. Quand ça ne suffi­­sait pas, ils prenaient de l’élan en les faisant tour­­noyer au-dessus de leurs têtes. Là, ça marchait. À chaque minute, de nouvelles personnes se faisaient frap­­per bruta­­le­­ment au hasard. De l’autre côté de la rue, un garçon a pris un coup de matraque dans le genou. Il devait avoir 14 ans. De notre côté, un homme a été frappé à l’ar­­rière de la tête. Il a perdu connais­­sance et deux de ses amis l’ont traîné dans un maga­­sin. Il est bon de rappe­­ler qu’il ne s’agis­­sait pas d’un rassem­­ble­­ment poli­­tique, d’une mani­­fes­­ta­­tion ou d’une émeute. C’était une course de vélos.

Des cris ont retenti lorsque le premier coureur a commencé son ascen­­sion sous les dernières gouttes de pluie.

La foule s’ar­­mait de patience face aux coups. Les gens préfé­­raient faire quelques pas de côté et rentrer la tête dans leurs épaules calme­­ment plutôt que de s’en­­fuir courant. Peut-être par peur de rater la course. D’autres poli­­ciers sont descen­­dus du haut de la rue et ont commencé à balan­­cer des coups près de moi. Les quelques centaines de spec­­ta­­teurs autour de moi, dont la plupart étaient de jeunes hommes, ne semblaient pas s’inquié­­ter des matraques et savaient les esqui­­ver. En se penchant de quelques centi­­mètres à droite ou à gauche au moment critique, à la manière d’un boxeur esqui­­vant un crochet, le poli­­cier loupait son coup de justesse. Ils ne frap­­paient pas les Blancs, que j’es­­ti­­mais à quatre personnes, et dont je faisais partie. Le poli­­cier avec qui j’ai discuté plus tôt a estimé que moi et un autre étran­­ger avions besoin de mieux voir. Il a alors joué de sa matraque et a frappé un garçon qui se tenait devant moi dans le genou. Le jeune homme s’est effon­­dré sur moi un bref instant, puis s’est relevé en disant que ce n’était rien. Il a reconnu qu’il était blessé mais il m’a assuré qu’il allait bien. La scène a conti­­nué pendant plusieurs minutes encore. Les matraques vrom­­bis­­saient, les spec­­ta­­teurs les esqui­­vaient puis retour­­naient sur le trot­­toir pour retrou­­ver un bon empla­­ce­­ment. Après une dizaine de minutes ryth­­mées par les coups de matraques, des cris ont retenti lorsque le premier coureur a commencé son ascen­­sion sous les dernières gouttes de pluie. Distraits, les poli­­ciers ont cessé leurs violences pour voir si le favori, Bosco, était parmi les gagnants. Les coureurs sont fina­­le­­ment arri­­vés et les gens couraient à leurs côtés en les accla­­mants. Les matraques ont retrouvé leurs étuits. Partout dans le monde, des gens se font matraquer. Tout le temps. Quelques semaines après la course, c’est la police française qui a joué du tonfa contre les mani­­fes­­tants pendant la COP21 à Paris. Aux États-Unis, on relève à peine l’uti­­li­­sa­­tion exces­­sive de matraques puisque c’est des armes à feu que les poli­­ciers abuses. On a vu pire. Mais je ne parviens pas à me rappe­­ler qui a remporté l’étape alors que nous étions à un kilo­­mètre de la ligne d’ar­­ri­­vée. Mon carnet de notes ne contient que les détails de l’af­­fron­­te­­ment.

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Les spec­­ta­­teurs restent calmes face aux coups de matraque
Crédits : Sam Wolson

La colline sur le flanc de laquelle grim­­pait les coureurs se situe à moins d’un kilo­­mètre et demi du musée du Géno­­cide, et cet après-midi-là les matraques décri­­vaient les mêmes arcs de cercles terri­­fiants que les machettes. La tâche de Kagame est compliquée par les gens comme moi qui ont tendance à voir une matraque et penser à une machette, à obser­­ver sur une scène de violence poli­­cière et à penser au géno­­cide plutôt qu’à un abus de pouvoir. Les spec­­ta­­teurs ne sont pas rentrés chez eux. Ils ont attendu et lorsque le cham­­pion rwan­­dais Bosco est passé, déployant un effort héroïque pour grim­­per la côté glis­­sante et escar­­pée, ils l’ont fière­­ment acclamé. Qui suis-je pour juger, moi qui n’étais là que pour deux semaines en tant qu’a­­ma­­teur de cyclisme ? Je suis rentré à ma chambre le plus discrè­­te­­ment du monde, déchar­­geant les photos des flics frap­­pant la foule dans un dossier conte­­nant les photos d’an­­ni­­ver­­saire de mon fils. On raconte que les doua­­niers saisissent fréquem­­ment les fichiers numé­­riques à l’aé­­ro­­port, même si ce n’est pas avéré. Une expor­­ta­­trice de thé qui séjour­­nait au même endroit que moi a vu les photos en regar­­dant par-dessus mon épaule et m’a suggéré de les cacher. Les doua­­niers auraient confisqué le disque dur d’une de ses amies quelques semaines plus tôt alors qu’elle quit­­tait le pays. Elle faisait des recherches sur un sujet sensible. Comment avaient-ils pu savoir ce qui se trou­­vait à l’in­­té­­rieur ? Elle n’en avait aucune idée.

~

Le dernier jour, il est tombé des cordes jusqu’à 14 heures, comme le reste de la semaine. Bosco a gagné. Des accla­­ma­­tions ont retenti dans tout Kigali à l’an­­nonce de la nouvelle. Tous les citoyens ont reçu une noti­­fi­­ca­­tion sur leur télé­­phone. C’est le résul­­tat que tout le monde atten­­dait « Les Rwan­­dais ont 15 coureurs, ils peuvent maîtri­­ser la course », ont déclaré deux des perdants au mot près, à quatre jours d’in­­ter­­valle. L’un était érythréen et l’autre suisse – aucun des deux n’a voulu être préci­­sé­­ment iden­­ti­­fié, disons juste qu’ils ont fini dans le top 10 de la course. « C’est le plus gros événe­­ment de l’an­­née au Rwanda, il faut que tout le monde parti­­cipe », a déclaré Usher Komu­­gi­­sha, jour­­na­­liste spor­­tif local et porte-parole de la Team Africa Rising. « Et puis bien sûr, ils sont à la maison, ils s’en­­traînent sur ces routes. » Les équipes d’Égypte, du Maroc, du Kenya, de la France, de la Suisse, d’Afrique du Sud et des États-Unis comp­­taient chacune cinq membres. Les Rwan­­dais ont coopéré pour contrô­­ler le rythme de la course. Le simple fait d’avoir un coureur sympa­­thique à vos côtés qui donne le rythme tandis que vous péda­­lez pour grim­­per une côte peut faire la diffé­­rence entre gagner la course et simple­­ment la termi­­ner. Si vous accé­­lé­­rez d’un dixième de km/h, malgré la sensa­­tion de brûlure dans les jambes, vous devan­­ce­­rez de 4,5 mètres votre rival en quelques minutes et de près d’un kilo­­mètre après 1,5 km de course. Au moment de fran­­chir la ligne d’ar­­ri­­vée, si vous avez main­­tenu la cadence, vous aurez 16 km d’avance sur votre adver­­saire. Pendant une semaine, Bosco, la star de la Team Africa Rising et le fils prodigue du Rwanda, a béné­­fi­­cié de ce  genre de soutien.

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Bosco et l’équipe natio­­nale
Crédits : Team Africa Rising

La célé­­bra­­tion de la victoire s’est dérou­­lée sous les para­­pluies. Bosco, dans son maillot jaune de vainqueur, rayon­­nait sur le podium. « Merci au président Kagame », pouvait-on lire sur des panneaux placés sur le podium. Dans les bars, à l’abri de la pluie, les gens prenaient des photos des écrans de télé­­vi­­sion qui diffu­­saient les images de la remise de la médaille au cham­­pion rwan­­dais. Quelques semaines plus tard, Bosco a signé dans une équipe française. L’équipe rwan­­daise a donné nais­­sance un nouveau miracle, un spor­­tif à vous émou­­voir aux larmes. L’his­­toire parfaite. Après ça, le parle­­ment rwan­­dais, formé par le parti de Kagame, a annoncé qu’un réfé­­ren­­dum aurait lieu en décembre. Il reve­­nait aux Rwan­­dais d’ap­­prou­­ver ou non un chan­­ge­­ment dans la Cons­­ti­­tu­­tion qui permet­­trait à Kagame – dont le second et dernier mandat prend fin en 2017 – de briguer un troi­­sième mandat de sept ans, puis deux mandats de cinq ans. Le 18 décembre 2015, 98,4 % des votes se sont pronon­­cés en faveur du chan­­ge­­ment. Il est désor­­mais possible à Kagame d’être le président du Rwanda jusqu’en 2034.


Traduit de l’an­­glais par William Rouzé, Valen­­tine Lebœuf, Mathilde Obert d’après l’ar­­ticle Rwan­­da’s Tour de Farce, paru dans Take Part  Couver­­ture : Des cyclistes et leurs vélos (L’Ex­­press)
 

QUI POURRA SAUVER LE PARC LE PLUS DANGEREUX D’AFRIQUE ?

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Menacé par les compa­­gnies pétro­­lières et les factions rebelles, le parc natio­­nal des Virunga repose sur les épaules d’une poignée d’hommes et de femmes.

Alors que les hommes commencent à tirer dans sa direc­­tion, Emma­­nuel se jette de côté et essaie d’ac­­cé­­lé­­rer pour sortir de cette embus­­cade. Quatre cartouches font écla­­ter le pare-brise ; d’autres atteignent le bloc moteur, stop­­pant net le véhi­­cule. Saisis­­sant son fusil, Emma­­nuel se glisse hors de la jeep par la portière de droite et se préci­­pite en direc­­tion de la forêt. Les tirs ne cessent de pleu­­voir tandis qu’il s’élance. Une balle l’at­­teint au thorax, une autre à l’ab­­do­­men. Après avoir couru une tren­­taine de mètres, Emma­­nuel s’ar­­rête et fait feu en direc­­tion de la route ; à quatre reprises, le méca­­nisme se bloque, l’obli­­geant à marquer une pause. Puis, ainsi qu’il le raconte, il s’est assis et a attendu. Il perd alors beau­­coup de sang. Une des balles a frac­­turé quatre côtes et perforé l’un de ses poumons. « C’était dur de souf­­frir ainsi et de savoir que le danger n’était peut-être pas écarté », se souvient-il. Près d’une demi-heure plus tard, Emma­­nuel sort de la forêt, non sans diffi­­culté, pour retour­­ner sur la route. Les assaillants ont disparu mais le Land Rover est hors d’usage. Impos­­sible d’avan­­cer. Une jeep de passage appar­­te­­nant à une ONG refuse de s’ar­­rê­­ter, proba­­ble­­ment parce qu’Em­­ma­­nuel est couvert de sang. Peu de temps après, un fermier à moto se montre heureu­­se­­ment plus chari­­table. Après l’avoir installé à l’ar­­rière de son deux-roues, le fermier le conduit dans un village où il inter­­­cepte un camion mili­­taire. Cepen­­dant, l’ar­­mée congo­­laise dispose de peu de moyens, comme chacun sait, et très vite le camion tombe en panne. Emma­­nuel est trans­­féré dans un second camion mili­­taire qui n’a pas suffi­­sam­­ment d’es­­sence pour termi­­ner le trajet. Fina­­le­­ment, il parvient à l’hô­­pi­­tal de Goma. Reste un obstacle majeur : tandis qu’on le prépare pour l’in­­ter­­ven­­tion, il appa­­raît évident que les chirur­­giens, un Congo­­lais assisté d’un méde­­cin indien prove­­nant d’une base voisine de l’ONU, ne peuvent pas commu­­niquer. Le premier parle français, mais le second parle unique­­ment l’an­­glais. C’est ainsi que le patient, qui parle couram­­ment les deux langues, endosse le rôle d’in­­ter­­prète au début de l’opé­­ra­­tion : « Scapel ! » « Je souf­­frais atro­­ce­­ment. Mes bles­­sures s’étaient rigi­­di­­fiées et commençaient à lancer, mais la situa­­tion était comique », explique Emma­­nuel. Après quatre jours d’hos­­pi­­ta­­li­­sa­­tion, il est trans­­féré par avion dans un centre médi­­cal au Kenya. Trois jours plus tard, il marchait dans les couloirs, sa perfu­­sion à la main.

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Emma­­nuel de Merode progresse dans la jungle
Crédits : virunga.org

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