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Un survivant du génocide cambodgien aujourd’hui installé à Paris livre un témoignage précieux et bouleversant.

par Eric Kuoch | 27 avril 2015

Le 17 avril 1975, les troupes khmers rouges entrent dans Phnom Penh. Le régime de Lon Nol et de Long Boret n’est plus. Le gouver­­ne­­ment pro-améri­­cain capi­­tule devant les forces révo­­lu­­tion­­naires. La voie est libre pour Pol Pot. Le leader commu­­niste va impo­­ser une dicta­­ture et mener un auto-géno­­cide sur le peuple khmer.

Pendant quatre ans, famine, tortures et exécu­­tions vont coûter la vie à près d’un quart de la popu­­la­­tion du pays. Tri, lui, a réussi à s’en sortir vivant. Durant cette sombre période, il voit dispa­­raître amis et voisins, perd la trace de sa famille et sent son corps s’af­­fai­­blir à la limite de la rupture. Aujourd’­­hui, quarante ans après, il témoi­­gney.

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Les tirs d’obus ont cessé. Depuis l’aube, ce jeudi, la rumeur court, des combat­­tants khmers rouges font des incur­­sions dans le centre-ville de Phnom Penh. Les habi­­tants sont terrés chez eux. Les rues sont désertes. Depuis plusieurs jours l’ar­­tille­­rie commu­­niste ne cesse de pilon­­ner la ville, à l’aide de mortiers chinois de 85 mm et de 102 mm. Les soldats loya­­listes ont aban­­donné leur posi­­tion.

Certains ont fui, se sont muti­­nés, d’autres se cachent parmi la popu­­la­­tion. Ils ont troqué l’uni­­forme pour l’ha­­bit civil. Ils le savent, le combat est perdu. Le gouver­­ne­­ment en place, pro-améri­­cain, ne peut plus faire face à la guérilla rouge. En milieu de mati­­née, les premières colonnes de fantas­­sins défilent sur les grandes artères de la ville. Des blin­­dés, de fabri­­ca­­tion russe, char­­gés de soldats épui­­sés roulent au pas. Les combat­­tants ont le visage fermé, leurs chemises noires sont blan­­chies par la pous­­sière.

Petit à petit, les habi­­tants sortent de chez eux. Les combats sont termi­­nés, le conflit civil arrive à son terme. Bien­­tôt, une foule immense s’ag­­glu­­tine sur les trot­­toirs de la ville. « Mes amis et moi, nous avons accouru pour les voir. Les gens criaient, applau­­dis­­saient, certains en pleu­­raient de joie. C’était la fin de la guerre. Nous nous disions que tout allait chan­­ger », raconte Tri. Les soldats victo­­rieux ne montrent aucune émotion. Ils entrent en vainqueurs, dans le silence.

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Tri, aujourd’­­hui
Crédits : Eric Kuoch

Tri vit aujourd’­­hui à Vincennes. C’est dans cette ville de l’est pari­­sien qu’il débarque avec femme et enfants en 1992. Désor­­mais à la retraite, il a enchaîné petits boulots et périodes de chômage. « Juste de quoi nour­­rir mes enfants et les envoyer à l’école », dit-il avec un léger sourire. L’homme affiche un petit embon­­point qui contraste avec une photo qu’il a gardée, datant de son arri­­vée au Viet­­nam, en 1980.

Dessus, on voit un jeune homme au visage émacié. Il pèse alors à peine 40 kilos pour 1 m 67. Désor­­mais, c’est un homme trapu et robuste qui aime plai­­san­­ter. Derrière ses lunettes, il affiche un regard mali­­cieux. Il porte plutôt bien ses 66 ans. Seuls ses cheveux, qui tournent poivre et sel, pour­­raient trahir son âge. Il ne parle pas souvent de l’époque des Khmers rouges à laquelle il se réfère comme « sous Pol Pot ».

Par pudeur ou par volonté d’ou­­blier ? Pas vrai­­ment. Il estime simple­­ment qu’il n’a pas « besoin de se plaindre », alors que tant de gens n’en sont jamais reve­­nus. Même lorsqu’il voit des amis khmers, des survi­­vants eux aussi, personne n’aborde le sujet. De son pays natal, Tri a gardé l’ha­­bi­­tude de porter le sarong, la jupe tradi­­tion­­nelle cambod­­gienne. « C’est très confor­­table », affirme-t-il en souriant.

Depuis sa fuite du Cambodge, il y est retourné trois fois. Il en a rapporté des tableaux et des médaillons en argent, dispo­­sés ça et là dans son salon. La plupart repré­­sentent Angkor Wat, le symbole du Cambodge de l’âge d’or. Une façon de se rappe­­ler son pays, où il a vécu tant de bons moments, mais où il a aussi failli perde la vie.

L’exode

En 1975, Tri a 26 ans. Son père est un intel­­lec­­tuel d’ori­­gine chinoise. Lui, l’aîné de sa fratrie a fait des études de chinois clas­­sique. Et son bacca­­lau­­réat cambod­­gien en poche, il a commencé des études de droit. Le commu­­nisme, il en a lu les théo­­ries. Il est sympa­­thi­­sant de gauche, mais ne croit pas en une révo­­lu­­tion. « Tout ce que je voulais c’est que le régime de Lon Nol tombe. Après, que ce soit les Khmers rouges ou d’autres, je m’en fichais pas mal… »

Les cinq années de guerre civile ont laissé un Cambodge exsangue. Dès le début de la guerre en 1970, les Khmers rouges font main basse sur les récoltes. Les provinces agri­­coles tombent dans le giron révo­­lu­­tion­­naire. L’éco­­no­­mie cambod­­gienne est à la traîne, les prix flambent. Tri s’en rappelle comme si c’était hier : « Le peuple vivait dans la misère. Les plus pauvres ne pouvaient se permettre que quelques grammes de riz par jour. Tout était cher. La viande était un produit de luxe. »

Le gouver­­ne­­ment pro-améri­­cain en place est perçu comme corrompu, inef­­fi­­cace face à la crise. « Les ministres et les hauts-fonc­­tion­­naires s’en sont mis plein les poches. Et pendant ce temps, le peuple, lui, mourait de faim », s’énerve-t-il. La victoire commu­­niste est alors vue comme une béné­­dic­­tion. Personne ne se doute de ce qui va suivre.

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Tri en 1980

Dès midi, les Chemises noires exhortent les habi­­tants de Phnom Penh à sortir de chez eux. « Ils nous ont dit de prendre de quoi manger et se vêtir pour trois jours. Ils voulaient faire la chasse aux espions du capi­­tal », grimace-t-il. En réalité, les nouveaux maîtres de la ville veulent la vider tota­­le­­ment de sa popu­­la­­tion.

2,5 millions de personnes sont jetées sur les routes, exilées de force. Pol Pot, le nouvel homme fort du pays proclame le Kampu­­chéa démo­­cra­­tique. Le régime commu­­niste n’a qu’une seule idée en tête : la renais­­sance du peuple cambod­­gien par la Terre. Il veut créer une société agri­­cole, sans propriété privée, sans classes, où tout le pouvoir est au main de l’Ang­­kar, l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, le parti.

Le peuple des campagnes est le modèle à suivre, le cita­­din est l’en­­nemi, il doit être rééduqué. Tri a un mauvais pres­­sen­­ti­­ment : « J’ai décidé de cuire tous les œufs de cane qu’on avait. Mon père, prévoyant, avait acheté trois canes. Je les ai atta­­chées sur mon vélo avec une ficelle, j’ai pris quelques vête­­ments avant de rejoindre les gens dehors. » Il est seul dans la maison fami­­liale. Son père avait réussi à fuir le pays avec un de ses frères en 1973. Lui, l’aîné, avait choisi de rester.

Le reste de la famille s’était réfu­­gié au début des bombar­­de­­ments chez une parente, à quelques pâtés de maison. « Je me suis dit que j’al­­lais rejoindre ma mère et mes frères et sœurs. J’ai couru vers le centre-ville. » Mais là, surprise, des check­­points sont déjà instal­­lés au niveau du stade olym­­pique de Phnom Penh. Personne ne passe. Les soldats khmers rouges mènent les habi­­tants en dehors de la ville.

« J’ai protesté, j’ai expliqué que ma famille se trou­­vait à quelques mètres seule­­ment. Ils n’ont rien voulu entendre. Là, un jeune soldat pas plus haut que son AK-47 a ouvert le feu. Il a mitraillé vers mes pieds. Je me suis enfui… » Tri est seul. Des soldats révo­­lu­­tion­­naires mènent la foule vers le nord.

À la sortie de la ville, il entend une voix fami­­lière. Sa petite sœur, en pleurs, lui tombe dans les bras. Aucun signe de leurs proches, ils ne sont plus que deux. Ils ne le savent pas encore, mais ils ne les rever­­ront que quatre ans plus tard.

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Il leur faudra deux jours pour traver­­ser le Mékong. Là, ils stationnent une semaine, dans l’es­­poir de retrou­­ver leur famille. Chaque matin, ils observent atten­­ti­­ve­­ment le triste cortège venu de la capi­­tale. Rien. Tri aperçoit un ami d’en­­fance. Le jeune homme est fati­­gué par plusieurs jour­­nées de marche. Sa femme a accou­­ché à la date même de la victoire des commu­­nistes.

« Il avait poussé le lit d’hô­­pi­­tal sur des kilo­­mètres. Elle était allon­­gée avec le bébé dans les bras. Son sang tâchait encore sa robe. Je ne les ai jamais revus », se remé­­more-t-il. Quelques jours passent, le défilé des ombres humaines conti­­nue.

Un midi, une rumeur s’élève de la foule. « Un célèbre méde­­cin a été retrouvé mort. Il avait soigneu­­se­­ment préparé le déjeu­­ner pour sa femme et ses quatre enfants. Il leur a demandé de bien s’ha­­biller. Il a mis du poison dans le riz et les a invi­­tés à manger », se souvient l’exilé de circons­­tance.

Des centaines de personnes meurent durant cet exode. « C’était la saison sèche. Il faisait chaud, on n’avançait pas. Les plus faibles sont morts les premiers, épui­­sés. D’autres ont demandé à ce qu’on les achève ou se sont suici­­dés », lâche-t-il, larme à l’œil.

Tous les jours, le jeune étudiant devenu agri­­cul­­teur malgré lui trans­­porte l’eau pour irri­­guer les champs.

Un soir, un gros bateau s’ap­­proche. Un soldat khmer rouge en descend. « Il nous a dit qu’il était chargé de relo­­ger les habi­­tants de Phnom Penh à la campagne », raconte Tri. Les dépla­­cés sont tous emme­­nés vers la région de Kompong Cham, au nord-est de la capi­­tale. À la descente du bateau, ils sont triés.

« Vu que j’étais jeune, ils m’ont mis dans ce qu’ils appe­­laient les “niveau 1”, les “aptes à travailler”. Les “niveau 2” étaient ceux qui pouvaient travailler, mais pas à des tâches trop dures, et ainsi de suite », explique-t-il, précis. Tri et sa sœur ont de la chance, ils se retrouvent dans le même groupe. Ils rejoignent un village tout près de la ville de Kompong Cham.

Les camps

Arrivé dans son unité de travail, il est affecté à l’abat­­tage de la jungle alen­­tour pour en faire des champs. Chaque village mesure quelque cent mètres sur cent. Chaque famille a droit à une cabane. Les cita­­dins venus de Phnom Penh doivent s’in­­té­­grer aux villa­­geois déjà présents. À la tête de la coopé­­ra­­tive agri­­cole, un chef de village, un commis­­saire du parti et un commis­­saire chargé de la finance et de la distri­­bu­­tion des vivres.

« Aucun d’entre eux ne savait lire ou écrire. Le pire, c’était celui qui déci­­dait des rations. Chaque soir, c’était un sketch. Il divi­­sait les parts de riz avec un gobe­­let et des cuillères. Et, lorsqu’il ne restait que le fond, il utili­­sait une cuillère à café. Pour­­tant, il avait une balance, mais il ne savait pas l’uti­­li­­ser », s’es­­claffe Tri.

Mis à part la fatigue, la vie dans ce premier camp de travail ne lui semble « pas si mal, compa­­rée à ce qui allait suivre ». Les jour­­nées sont toutes les mêmes. Levé à 6 heures, les hauts-parleurs crachent des chants patrio­­tiques à la gloire du commu­­nisme et de l’Ang­­kar. Ils prennent la route pour la jungle à 7 heures, après une heure de marche, le travail d’abat­­tage débute. La pause déjeu­­ner est fixée à 11 heures, la reprise du travail à midi trente et le retour au village se fait à 17 heures.

Chaque soir, se tient un conseil du Parti. Tous les villa­­geois doivent s’y présen­­ter. « On devait faire notre auto-critique, dire ce qu’on avait mal fait dans la jour­­née. Par exemple, si on avait mal coupé un arbre ou si on n’en avait pas coupé assez. On devait aussi critiquer les autres. » Le commis­­saire du parti, lui, écoute. Lorsque le rapport ne le satis­­fait pas, il appelle un autre villa­­geois pour le confir­­mer ou l’in­­fir­­mer. L’homme a des espions partout. « Si on mentait, ou même si on oubliait quelque chose, on risquait de partir dans la jungle et ne plus en reve­­nir. »

Huit mois s’écoulent. Entre-temps sa sœur est tombée amou­­reuse d’un villa­­geois local. L’heu­­reux élu l’aime, lui aussi. Il demande sa main auprès du Parti. Requête accep­­tée. Le mariage est fêté au village. Mais dès le lende­­main, des soldats révo­­lu­­tion­­naires débarquent.

Ils doivent partir, car affec­­tés à une autre unité de travail. Ils sont emme­­nés vers le centre du pays, direc­­tion la province de Kompong Thom, près de la ville de Stong. Là, des chefs de villages et des commis­­saires du Parti les attendent. On s’ar­­rache ceux qui paraissent suffi­­sam­­ment en bonne santé pour travailler. Chaque coopé­­ra­­tive doit respec­­ter un cahier des charges, alors pas ques­­tion de prendre des estro­­piés ou des vieux.

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Centre de déten­­tion S21
Crédits : Dan Searle

« Au début, on m’a affecté à la récolte du miel de palmier », se souvient Tri. Mais peu de temps après, il doit encore chan­­ger de village. « Là, ils m’ont envoyé travailler dans les champs. C’était moins déplai­­sant que de passer sa jour­­née avec les mous­­tiques et les sang­­sues de la jungle. » Il y fait la connais­­sance de Monsieur Choua.

« Un vieux chinois, la soixan­­taine, il ne parlait pas bien le cambod­­gien. À son âge il travaillait à longueur de jour­­née, accroupi. Je ne sais pas comment il faisait. On a partagé de très bons moments ensemble, il m’a appris plein de choses, il m’a donné des conseils pour survivre. Parfois, on allait voler des récoltes pour agré­­men­­ter nos repas », se rappelle Tri avec un doux sourire.

Tous les jours, le jeune étudiant devenu agri­­cul­­teur malgré lui trans­­porte l’eau pour irri­­guer les champs. Il lui faut faire une centaine d’al­­ler-retours pour remplir les objec­­tifs fixés par le Parti. Les jours passent dans l’unité de produc­­tion agri­­cole, ryth­­més par le travail au champs et les réunions de village, mais peu à peu des gens dispa­­raissent.

« Là où j’étais, il y avait des Cambod­­giens d’ori­­gine viet­­na­­mienne. Leur famille était là depuis deux ou trois géné­­ra­­tions. “Les soldats de Pol Pot” – c’est comme cela que beau­­coup de survi­­vants appellent les Khmers rouges – les emmènent en leur promet­­tant de les renvoyer dans leur région d’ori­­gine, au Viet­­nam. Mais en réalité, aucun n’a survécu », affirme Tri.

Le Kampu­­chéa démo­­cra­­tique applique une poli­­tique natio­­na­­liste et raciste. Le Viet­­nam, bien que commu­­niste, est l’en­­nemi. Les esti­­ma­­tions parlent de plus de 200 000 victimes d’ori­­gine viet­­na­­mienne. Les Cambod­­giens d’ori­­gine chinoise sont en majo­­rité des commerçants, voire des intel­­lec­­tuels et des bour­­geois. Ils sont donc consi­­dé­­rés comme des anti-révo­­lu­­tion­­naires qu’il faut éradiquer.

« J’ai eu beau­­coup de chance. Dans ma coopé­­ra­­tive, beau­­coup de cadres commu­­nistes étaient des descen­­dants de Chinois. Du coup, les consignes ont été appliquées de façon plus laxiste », se remé­­more Tri. Tous les soirs, lorsque les gardes sont endor­­mis, il retrouve M. Choua. Tous deux échangent en chinois, en teochew, un dialecte du sud de la Chine.

« Si on nous enten­­dait, on risquait d’être exécuté. Mais on le faisait quand même… », une façon un peu incons­­ciente de défier le régime. Le jeune homme a une obses­­sion : le temps qui passe. Dans les camps agri­­coles, personne n’avait le droit de possé­­der d’hor­­loge, et encore moins de calen­­drier.

La tempo­­ra­­lité est le privi­­lège de l’Ang­­kar. « J’avais réussi à cacher une montre que mon père m’avait offerte. Un jour, je suis parti au champ et à mon retour, elle avait disparu. Ils avaient le droit de rentrer chez toi et de prendre ce qu’ils voulaient, comme tout appar­­te­­nait à la commu­­nauté », se lamente-t-il. Et ceux qui déso­­béissent en paient le prix fort.

Un jour, un ami de Tri est surpris par des gardes, chez lui. Il a une montre et ne veut pas la donner. Un souve­­nir de sa vie d’avant. « Ils l’ont inter­­­rogé, ont décrété que c’était un espion, un ennemi du peuple. Ils l’ont exécuté. Quelques jours plus tard, c’est sa femme et son fils qui ont été emme­­nés dans la jungle. » Tri distille ses souve­­nirs avec détail et préci­­sion. Il ponc­­tue son récit d’anec­­dotes plus légères sur sa vie dans les camps.

Les fois où il était de « corvée d’en­­grais », comme il dit. Ce qui signi­­fie recueillir les selles humaines pour arro­­ser les cultures. Il oscille entre gravité et amuse­­ment, lâchant même de temps à autre de grands éclats de rire. Une façon de se moquer de ce régime qui l’a réduit en escla­­vage sous prétexte de lui offrir la liberté.

Au milieu de l’an­­née 1976, sa coopé­­ra­­tive reçoit un nouvel ordre de mission. Ils sont envoyés dans un champs à « haute produc­­tion ». Le Parti a décidé d’ac­­cé­­lé­­rer la cadence. Il faut produire davan­­tage.

Chaque champ doit avoir un rende­­ment trois à quatre fois supé­­rieur à la normale. Là où la nature permet deux récoltes par an, le régime décrète qu’il faudra quatre récoltes au moins chaque année. Le commu­­nisme est la voie, et il sera plus fort que la nature, voilà le discours du Kampu­­chéa démo­­cra­­tique.

« Il n’y a pas de logique. Pour que le riz pousse, il lui faut de la place pour se déve­­lop­­per. Là, chaque espace était planté. Du coup, les récoltes étaient mauvaises », explique Tri. Les chefs de coopé­­ra­­tives ne veulent rien entendre. La propa­­gande affiche des chiffres excep­­tion­­nel­­le­­ment hauts.

Telle coopé­­ra­­tive a réussi à faire pous­­ser trois fois plus de riz, telle autre a récolté cinq fois en une année. La suren­­chère met la pres­­sion sur les cadres qui risquent eux aussi leur peau, en cas de mauvais résul­­tats.

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Les fosses communes de Choeung Ek
Crédits : Brad Barnes

Tout le pays est devenu un champ gigan­­tesque, et pour­­tant la popu­­la­­tion subit une terrible famine. « Un gobe­­let de riz était partagé entre cinq personnes. On avait aussi droit à sept grains de gros sel pour donner un peu de goût. Comment voulaient-ils qu’on ait la force de travailler ? » ne déco­­lère pas Tri.

Il a faim, il est épuisé, et il sait qu’un travailleur inutile sera exécuté. Il n’a pas le choix. Avec un ami, il se décide à manger les animaux qu’ils réus­­sissent à attra­­per. Scor­­pions, blattes, four­­mis, scolo­­pendres, tout y passe.

« Le meilleur, c’était le rat et le mulot. Je me suis mis à les chas­­ser le soir. On en faisait des brochettes. Au début, cela dégoû­­tait les autres. Par la suite, il s’y sont mis aussi. Bien­­tôt, il n’y avait plus de rats à se mettre sous la dent », raconte-t-il, amusé. Les cadres du parti ferment les yeux. Ils y voient même un effet béné­­fique. Cela permet de nour­­rir la main d’œuvre et de débar­­ras­­ser les champs des rongeurs.

« Un jour, le commis­­saire de la coopé­­ra­­tive me surprend en train de cuire du rat. Il m’en réclame une part. Ce connard choi­­sit le plus gros et me fait comprendre qu’il me laisse faire à condi­­tion d’en avoir un tous les soirs. » Il tape du poing sur la table, la colère lui brûle le visage encore aujourd’­­hui.

A kong

La poli­­tique de sur-rende­­ment agri­­cole est un échec. Pol Pot et son régime s’en prennent aux cadres des coopé­­ra­­tives. En 1977, la grande purge est lancée. Il y a des enne­­mis du peuple au sein même du parti. Quarante hauts digni­­taires khmers rouges sont exécu­­tés. Les régions du nord-ouest subissent les foudres de l’Ang­­kar. Des milliers de cadres de moindre impor­­tance et de travailleurs sont mis à mort.

Cette vague sangui­­naire épargne quelque peu la région de Kompong Thom, où se trouve la coopé­­ra­­tive de Tri. Mais le compor­­te­­ment des respon­­sables du Parti se durcit. Ils décident de construire un barrage pour amélio­­rer l’ir­­ri­­ga­­tion des terres. Tri est affecté à ce nouveau chan­­tier. « J’y ai vécu la pire période de ma vie », s’émeut-t-il. Les ingé­­nieurs commu­­nistes veulent construire une struc­­ture en terre.

Des semaines durant, les ouvriers déchargent des milliers de seaux, mais n’ar­­rivent pas à combler le lit de la rivière Stong Sen. Tri n’en peut plus, il est au bord de la rupture. Il est atteint de dysen­­te­­rie. Il se vide de tous les liquides de son corps. Bien­­tôt, il évacue du sang. Il s’ef­­fondre.

« Je n’ai pas compris sur le moment. Je n’en­­ten­­dais plus rien, tout était flou. Je suis resté des jours comme ça. Ce n’est que lorsque les autres villa­­geois ont protesté, en disant que cela pouvait être conta­­gieux, que le commis­­saire m’a laissé partir à l’hô­­pi­­tal de Stong », grimace-t-il. Des médi­­ca­­ments lui sont pres­­crits, il se repose.

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Les osse­­ments des victimes de Choeung Ek
Crédits

Mais trois jours plus tard, le commis­­saire déboule et le somme de retour­­ner au travail. Il tient à peine debout. Une docteure proteste, elle veut le garder en obser­­va­­tion. Elle menace le commis­­saire de faire un rapport stipu­­lant qu’il agit contre la force de travail, donc contre le peuple.

« Je l’ai recon­­nue tout de suite. Elle a nié me connaître, mais je suis sûr que c’était la femme de ménage d’un de mes cousins, à Phnom Penh. À présent, elle était méde­­cin. Sans elle, je serais mort », proclame-t-il, recon­­nais­­sant. Le repos est de courte durée, une semaine plus tard, Tri repart pour son supplice de Sisyphe.

Les exécu­­tions sont monnaie courante dans le Kampu­­chéa démo­­cra­­tique. Une phrase mal placée, un mot plus haut que l’autre, un geste de travers vous vaut une convo­­ca­­tion. Un simu­­lacre de procès se tient alors et la majo­­rité des accu­­sés sont condam­­nés. Un non-sens pour l’an­­cien étudiant en droit, mais il a appris à faire avec.

« Pour survivre sous Pol Pot, c’est simple : il ne faut rien voir, rien entendre, rien dire. L’idéal, c’est de se faire passer pour un inculte, voire un idiot », conseille-t-il. Une devise qu’il s’ef­­force d’ap­­pliquer au jour le jour. Au village, à part sa sœur, personne ne sait qu’il est allé à l’uni­­ver­­sité.

Personne ne sait que son père est un intel­­lec­­tuel chinois venu s’ins­­tal­­ler au Cambodge pour ouvrir des écoles. Personne ne sait que sa famille fait partie des notables dans la commu­­nauté des expa­­triés venus de l’Em­­pire du milieu. Tri se dissi­­mule, il prétend qu’il sait à peine lire et écrire, affirme qu’il ne sait résoudre que les opéra­­tions mathé­­ma­­tiques simples. Ce stra­­ta­­gème fonc­­tionne, jusqu’au jour où il est dénoncé par un espion du commis­­saire.

« Un matin, je me lève et j’ap­­prends que je suis convoqué », se remé­­more-t-il, la terreur dans le regard. Cinq soldats armés de petites machettes le saucis­­sonne avec une corde, les bras dans le dos. Il est emmené dans la jungle. En s’ap­­pro­­chant, il distingue des trous, suffi­­sam­­ment grands pour conte­­nir un corps. Ils ont été creu­­sés pour l’oc­­ca­­sion. Le commis­­saire l’ac­­cuse d’être un lettré, un Chinois et un bour­­geois oppres­­seur du peuple.

« J’ai avoué être allé à l’école, mais j’ai prétendu avoir arrêté au collège. J’ai avoué être chinois d’ori­­gine, mais d’une famille pauvre. J’ai dit avoir quitté l’école pour travailler comme pousse-pousse à Phnom Penh pour survivre », se justi­­fie-t-il, comme s’il revi­­vait la scène. Le juge impro­­visé ne lâche rien. Il l’ac­­cuse de mentir, de ne pas être un bon cama­­rade commu­­niste.

« Vous vous trom­­pez, lui ai-je crié. J’ai tout fait pour servir le peuple, je suis un Khmer qui a travaillé dur. Si vous m’éxé­­cu­­tez, vous portez atteinte à l’Ang­­kar. Car vous aurez exécuté un travailleur, un ami de la Révo­­lu­­tion ! » Le silence règne sous le dense feuillage de la jungle cambod­­gienne.

Les minutes passent. Une éter­­nité pour Tri. Fina­­le­­ment, les soldats révo­­lu­­tion­­naires s’éloignent, le lais­­sant là.

~

Tri est céli­­ba­­taire. Il avait une fian­­cée, mais celle-ci a disparu, durant l’éxode forcé de Phnom Penh. Il n’a jamais réussi à la retrou­­ver. Dans leur utopie révo­­lu­­tion­­naire, Pol Pot et ses compa­­gnons de route décident d’ap­­pliquer une poli­­tique nata­­liste. Ils cherchent à créer une nouvelle géné­­ra­­tion de bons travailleurs.

Pour cela, il faut que les hommes et les femmes en âge de procréer produisent des enfants pour l’ang­­mar. Les chefs de village convoquent « les heureux élus ». Les soldats révo­­lu­­tion­­naires font leur marché parmi les femmes présentes. Tri est consi­­déré comme un bon travailleur. Il est sélec­­tionné. Il ne peut refu­­ser, on lui demande de dési­­gner une femme.

Bien­­tôt, plus aucune Chemise noire ne patrouille ni dans les rizières, ni dans les villages. Et pour­­tant, chacun conti­­nue à travailler.

« J’ai dit que c’était un honneur pour moi, mais que je n’osais pas choi­­sir. Je me plie­­rais aux vœux de l’Ang­­kar », raconte-t-il. Le chef de son village en sélec­­tionne une à sa place. Une femme de la coopé­­ra­­tive voisine lui est présen­­tée. Il seront désor­­mais mari et femme, selon la volonté du peuple. Les noces sont célé­­brées le soir même. En tout, quarante-neuf couples sont formés.

Tri et sa nouvelle épouse se voient attri­­buer une cabane et reçoivent l’ordre de consom­­mer le mariage. « Deux enfants, âgés de 8 ou 9 ans, sont venus espion­­ner. Ils ne devaient rien savoir des choses de l’amour. Je n’avais aucune force, je n’ar­­ri­­vais même pas à être dur. Du coup, avec cette femme, on a fait semblant. Ils n’ont pas vu la super­­­che­­rie. »

Tri aura un garçon avec sa parte­­naire d’in­­for­­tune, mais à la fin du régime, ils se sépa­­re­­ront. En tout, 250 000 couples ont ainsi été formés dans tout le pays. Un épisode encore occulté à ce jour par les auto­­ri­­tés cambod­­giennes. Seng, le fils de Tri issu de ce mariage forcé, vit encore aujourd’­­hui au Cambodge.

Tri n’a réussi à entrer en contact avec lui que quelques années après son arri­­vée en France. Il avait perdu toute trace et ne savait pas où se trou­­vait son enfant. En 2006, les deux hommes se rencontrent enfin, au Cambodge. Un premier contact « un peu gauche », avoue-t-il. Mais bien­­tôt, père et fils renouent. Désor­­mais, les deux filles de Seng appellent Tri a kong, grand-père en teochew.

Le jardi­­nier

En janvier 1978, rien ne va plus au sommet du régime. Les troupes viet­­na­­miennes attaquent la fron­­tière est du Cambodge. Face à un adver­­saire mieux équipé, et rompu aux mêmes tech­­niques de guérilla qu’eux, les Khmers rouges font pâle figure. Pendant toute l’an­­née 78, les troupes cambod­­giennes reculent.

Dans la coopé­­ra­­tive voisine de celle de Tri, le chef du village supporte mal l’au­­to­­rité des Khmers rouges. Depuis le début, des affron­­te­­ments entre les Viet­­na­­miens et les révo­­lu­­tion­­naires cambod­­giens, il se met à écou­­ter sa vieille radio, alimen­­tée par une dynamo. Dans le tran­­sis­­tor, Voice of America Cambo­­dia. L’an­­tenne améri­­caine échappe aux brouilleurs des commu­­nistes et diffuse les nouvelles en langue khmère. L’un des amis de Tri est de la partie.

« Tous les matins, dans les champs, il me rappor­­tait les infos. Il me disait que les Viet­­na­­miens allaient venir nous libé­­rer. Au début, je n’y croyais pas vrai­­ment », avoue-t-il. Mais les mois passent, et les nouvelles du front sont encou­­ra­­geantes. Les soldats char­­gés de la surveillance des coopé­­ra­­tives sont de plus en plus jeunes.

À la fin de l’an­­née 1978, il n’en reste qu’une poignée. Et bien­­tôt, plus aucune Chemise noire ne patrouille ni dans les rizières, ni dans les villages. Et pour­­tant, chacun conti­­nue à travailler. « Personne n’osait aban­­don­­ner son poste. On voyait bien qu’il n’y avait quasi­­ment plus de gardes, mais on avait peur. C’est un peu idiot, mais on pensait que c’était un piège de l’Ang­­kar pour nous prendre à défaut », regrette-t-il, penaud.

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La carte des crânes
Musée de Tuol Sleng, à Phnom Penh
Crédits : Dono­­van Govan

Mais tout change, le dimanche 7 janvier 1979. « Ce jour-là, mon ami, celui de la radio, m’an­­nonce que Phnom Penh est au main des Viet­­na­­miens. Que les Khmers rouges ont perdu, qu’ils ont déserté la capi­­tale ! » s’en­­thou­­siasme Tri. Quelques jours passent, les villa­­geois ont encore du mal à croire que le régime est tombé.

À Phnom Penh, le 11 janvier, un nouveau gouver­­ne­­ment est proclamé. Il est mené par deux anciens Khmers rouges, deve­­nus dissi­­dents. Ils avaient fui pendant les purges pour rejoindre le Viet­­nam. Heng Samrin est proclamé président. Hun Sen, l’ac­­tuel Premier ministre, est alors en charge des Affaires étran­­gères. Le Cambodge prend désor­­mais le nom de Répu­­blique Popu­­laire du Kampu­­chéa. Des milliers de personnes prennent la route pour retour­­ner chez eux.

Tri et ses cama­­rades de labeur se décident enfin à quit­­ter leur coopé­­ra­­tive. Mais à la sortie du village, un jeune Khmer rouge monté sur un cheval leur ordonne de retour­­ner au travail. Personne ne l’écoute. Le garçon bran­­dit son AK-47 dans leur direc­­tion. Une main l’at­­trape par l’épaule et le fait tomber de sa monture. Le petit appuie sur la gachette. Un coup part. L’homme qui a sonné la révolte tombe, mort. Des dizaines d’hommes et de femmes se ruent alors vers l’as­­sas­­sin. Il tente de tirer un nouveau coup, mais son char­­geur est vide. Une masse s’abat sur son crâne. Les assaillants lui infligent coups de poing et coups de pied, lui arrachent ses vête­­ments.

« Je suis resté en retrait. J’ai laissé faire. Ils l’ont évis­­céré et laissé là, les boyaux à l’air, à moitié mort », rapporte-t-il doulou­­reu­­se­­ment. La foule marche en évitant ce demi-cadavre qui implore qu’on le soigne.

« Ce n’était qu’un enfant, mais pour nous, il ressem­­blait à tous ces enfants-soldats qui n’avaient pas hésité à exécu­­ter nos voisins, nos proches, nos amis. Ils étaient tous endoc­­tri­­nés. Ils n’avaient pour seul parent que l’Ang­­kar. Ils savaient à peine comp­­ter sur leurs doigts, mais maîtri­­saient déjà les mises à mort », relate-t-il, les yeux humides.

Une nouvelle fois, Tri est sur la route. Accom­­pa­­gné de sa femme, sa sœur et son beau-frère, ils décident de se rendre dans un village près de Kompong Cham. Son beau-frère a de la famille là-bas. Un jour d’oc­­tobre 1979, il croise un ami de la famille par hasard, au centre-ville de Kompong Cham. Ce dernier lui dit avoir vu sa mère, accom­­pa­­gnée de cinq enfants. Ils se trouvent non loin de là. Lui, le survi­­vant, n’en croit pas ses oreilles.

Depuis la libé­­ra­­tion par les Viet­­na­­miens, il a entendu tant d’his­­toires d’hor­­reurs, vu tant de famille sépa­­rées à jamais, exter­­mi­­nées. « J’ai prévenu ma sœur et son mari. Et je me suis préci­­pité à la recherche de ma mère et de mes frères et sœurs », sourit-il. Lorsqu’il les retrouve, tous lui tombent dans les bras.

Un mois plus tard, toute la famille est à Phnom Penh. Les Khmers rouges reculent. Ils n’ont pas les moyens de gagner la guerre, mais tiennent encore l’est du pays. La déci­­sion est diffi­­cile, mais il faut partir, s’exi­­ler. Tri et sa mère décident d’em­­me­­ner toute la fratrie au Viet­­nam. Ils s’ins­­tallent à Ho-Chi-Minh ville, en janvier 1980. D’un commun accord, il se sépare de la femme qui lui avait été offerte par l’Ang­­kar. En 1983, elle retour­­nera au Cambodge.

~

Tri ne supporte pas qu’on le plaigne. Pour lui, le passé, c’est le passé. Il ne condamne pas non plus ceux qui ont suivi le régime. « Ils ne faisaient que survivre. On a tous fait pareil à notre manière », selon ses mots. Il consi­­dère que seuls les hauts-digni­­taires sont respon­­sables de cet auto-géno­­cide qui a coûté la vie à plus de deux millions de personnes.

Pour autant, il estime que le procès des Khmers rouges à Phnom Penh s’est ouvert trop tard. Les peines de prison à perpé­­tuité, pronon­­cées en août 2014, contre Nuon Chea et Kieu Samphan, respec­­ti­­ve­­ment idéo­­logue et président du Kampu­­chéa démo­­cra­­tique, ne sont que symbo­­liques. « Il fallait les juger bien avant. La prison à vie pour des hommes âgés de presque 90 ans… », souligne-t-il, désa­­busé.

De cette période de sa vie, il garde surtout le souve­­nir de ses compa­­gnons d’ad­­ver­­sité, qui pour certains n’en sont jamais reve­­nus. Pour­­tant, sa femme confie que, parfois dans la nuit, elle est réveillée par les hurle­­ments de son mari. « Des cris de suppli­­ca­­tion, de douleur », précise-t-elle. Lui le nie et préfère rela­­ti­­vi­­ser.

« Au final, j’ai eu beau­­coup de chance. Je ne suis pas mort et ma famille non plus. Et si Pol Pot ne nous avait pas fait si peur pendant tant d’an­­nées, je ne serais jamais allé habi­­ter au Viet­­nam et je n’au­­rais pas rencon­­tré ma femme. »

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Tri s’oc­­cupe des fleurs de son jardin
Crédits : Eric Kuoch

Tri a aussi conservé quelques restes de ces années dans les champs et les cultures. En témoigne son petit jardin, où les fleurs et les plantes affichent une belle santé. Il voulait deve­­nir avocat, mais les hasards de l’His­­toire l’en ont empê­­ché. En contre­­par­­tie, il est devenu un jardi­­nier hors pair.

Cet article est dédié à mon père, Tri, qui a pris le temps de me racon­­ter, non sans humour, son histoire.


Couver­­ture : Tri, par Eric Kuoch.

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