par estavisky | 0 min | 6 juin 2016

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Entre de bonnes mains

Quand il est devenu clair que le gouver­­ne­­ment mexi­­cain avait radouci sa posi­­tion concer­­nant l’ex­­tra­­di­­tion d’El Chapo aux USA, des repré­­sen­­tants des sept districts améri­­cains ayant de lourdes accu­­sa­­tions à porter contre lui ont présenté leurs dossiers devant le bureau central de Washing­­ton. Chacun d’eux a longue­­ment expliqué pourquoi il devait avoir le privi­­lège d’ac­­cueillir ce qui sera à tous les coups un juge­­ment éprou­­vant et très coûteux. Vu de l’ex­­té­­rieur, le proces­­sus ressemble à la bataille pour accueillir les Jeux olym­­piques. Presque chaque semaine, nous avons eu le droit à des gros titres sur le sujet – dans le San Diego Tribune : « El Chapo pour­­rait-il venir à San Diego ? » Dans le Miami Herald : « Miami pour­­rait être la ville d’ac­­cueil du méga-procès d’El Chapo. »

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El Chapo a d’abord été trans­­féré de la prison d’Al­­ti­­plano à Juarez

Chicago, qui a déclaré El Chapo l’ « ennemi public numéro un », a un moment semblé être un candi­­dat solide. Les preuves de son dossier conte­­naient appa­­rem­­ment une profu­­sion d’écoutes télé­­pho­­niques. Concord a égale­­ment annoncé sa candi­­da­­ture en fanfare, avec une histoire qui aura au moins servi d’actu choc : une opéra­­tion d’in­­fil­­tra­­tion, un infor­­ma­­teur du FBI en mission secrète dans les montagnes de Sina­­loa et une conver­­sa­­tion à la nuit tombée avec El Chapo lui-même. Brook­­lyn, néan­­moins, était le favori depuis le début. En effet, ses accu­­sa­­tions portent sur l’in­­té­­gra­­lité de l’opé­­ra­­tion du cartel de Sina­­loa, accu­­sant El Chapo et ses co-conspi­­ra­­teurs de diri­­ger « la plus vaste opéra­­tion de trafic de drogue du monde ». Des poli­­ti­­ciens corrom­­pus ainsi que des membres des forces de l’ordre sont impliqués, ainsi que les infâmes sica­­rios : des tueurs à gage employés par les cartels pour collec­­ter des dettes, infli­­ger des châti­­ments et insti­­guer la terreur à l’in­­té­­rieur comme à l’ex­­té­­rieur des rangs. Le dossier d’ac­­cu­­sa­­tion, qui a été déposé pour la première fois en 2009 et rendu public en 2014, recouvre plus de deux décen­­nies d’ac­­ti­­vité, iden­­ti­­fiant 84 cargai­­sons de cocaïne diffé­­rentes – pour 247 212 kilos de produit – et une fortune de 14 milliards de dollars amas­­sés par les chefs de l’opé­­ra­­tion. Cet argent sera sujet à une saisie du gouver­­ne­­ment si l’af­­faire vient à être prou­­vée et les avoirs décou­­verts.

Après l’as­­saut de Los Mochis
Crédits : Eduardo Verdugo

Jusqu’à ces dernières semaines, le dossier accu­­sait égale­­ment El Chapo et les autres de douze meurtres, incluant l’as­­sas­­si­­nat en 2008 de Roberto Velasco Bravo, l’an­­cien direc­­teur des enquêtes liées au crime orga­­nisé du Mexique. D’après Proceso et Insight Crime, l’af­­faire aurait été la première en son genre : un baron de la drogue mexi­­cain jugé dans un tribu­­nal améri­­cain pour le meurtre de Mexi­­cains au Mexique. L’ac­­cu­­sa­­tion a demandé à la cour de mettre en pratique une juri­­dic­­tion extra­­­ter­­ri­­to­­riale – une doctrine juri­­dique ésoté­­rique d’abord déve­­lop­­pée par les tribu­­naux mari­­times, mais qui s’ap­­plique égale­­ment (en théo­­rie) aux offenses commises contre tout indi­­vidu lié aux missions de l’ar­­mée ou de la diplo­­ma­­tie améri­­caines, comme celles qu’ont menées la DEA, le FBI et Penta­­gone contre les cartels. C’était un projet ambi­­tieux depuis le départ, qui a large­­ment été perçu comme de la suren­­chère au Mexique, malgré ses bonnes inten­­tions, et possi­­ble­­ment dange­­reux pour les rela­­tions entre les États-Unis et le Mexique. Le 11 mai, sans en faire grand cas, le parquet de Brook­­lyn a rédigé une autre accu­­sa­­tion qui omet­­tait les douze accu­­sa­­tions pour meurtre et les remplaçait avec d’autres, moins contro­­ver­­sées terri­­to­­ria­­le­­ment, stipu­­lant que les accu­­sés avait conspiré en vue d’as­­sas­­si­­ner « des personnes qui repré­­sen­­taient une menace pour le cartel de Sina­­loa ». Les accu­­sa­­tions de prési­­der à une orga­­ni­­sa­­tion du crime orga­­nisé, les centaines de milliers de kilos de cocaïne et les 14 milliards de dollars sont restés. Ainsi donc, la raison simple pour laquelle El Chapo pour­­rait être envoyé à Brook­­lyn plutôt qu’à San Diego ou Concord est celle-ci : les charges qui pèsent contre lui là-bas sont précises et ambi­­tieuses. Selon l’es­­ti­­ma­­tion du dépar­­te­­ment de la Justice, les preuves sont là pour soute­­nir l’ac­­cu­­sa­­tion.

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Loretta Lynch

Il existe cepen­­dant une réponse plus compliquée, une fois que vous avez pelé toutes les couches de la bureau­­cra­­tie – les notes en marge, les mandats d’ar­­rêt provi­­soires, les enquêtes sur la dualité, la spécia­­lité, et une flanquée de doctrines légales obscures –, l’ex­­tra­­di­­tion est une ques­­tion de diplo­­ma­­tie, et la diplo­­ma­­tie tend à mettre à ébul­­li­­tion quelques rela­­tions, ainsi que la confiance qu’elles inspirent. Quand sept districts fédé­­raux diffé­­rents réclament ensemble le même prison­­nier – dans ce cas précis, le plus célèbre narco­­tra­­fiquant du monde –, la respon­­sa­­bi­­lité est entre les mains du procu­­reur géné­­ral. Ce dernier, soutenu par du person­­nel haut placé et par le bureau des Affaires inter­­­na­­tio­­nales du dépar­­te­­ment de la Justice améri­­cain, est celui qui doit déci­­der de l’ac­­cu­­sa­­tion la plus solide, et dési­­gner les procu­­reurs les plus à même de garan­­tir une condam­­na­­tion, afin qu’elle et ses repré­­sen­­tants puissent se tour­­ner vers leurs homo­­logues au Mexique – le procu­­reur géné­­ral, le ministre des Affaires étran­­gères, le président Peña Nieto – et assu­­rer à toutes les parties impliquées qu’El Chapo sera remis entre de bonnes mains. Le procu­­reur géné­­ral actuel est Loretta Lynch, une native de Brook­­lyn, qui occu­­pait précé­­dem­­ment le poste de procu­­reur du district est de New York.

Don Quichotte

Dans le monde des pour­­suites du crime orga­­nisé, Brook­­lyn est une terre sacrée, comme Shao­­lin ou un stade de foot mythique. La ville de New York est divi­­sée entre deux districts fédé­­raux : Manhat­­tan et le Bronx font partie du district sud ; Brook­­lyn, le Queens et Staten Island sont dans celui de l’est. Chaque district a son propre procu­­reur géné­­ral et sa propre person­­na­­lité. Le district sud, qui a sa propre histoire de condam­­na­­tions de membres de la mafia, plus parti­­cu­­liè­­re­­ment dans les années 1980, est mieux connu pour ses affaires de cols blancs : délit d’ini­­tié à Wall Street, fraude bour­­sière et corrup­­tion poli­­tique. Le district est, de son côté, a su préser­­ver une image moins lisse. Brook­­lyn est l’en­­droit où John Gotti a fini par être condamné ; où Vincent « Chin » Gigante, le boss de la famille Geno­­vese – qui errait dans les rues en pyja­­mas dans l’es­­poir de convaincre en plai­­dant la folie – a été jugé apte à être jugé et condamné pour racket ; où la famille Bonnano a été renver­­sée ; même chose pour Vyache­­slav Ivan­­kov, le chef de la mafia russe, et Dandeny Muñoz Mosquera, qui servait de maître assas­­sin au cartel de Medellín et a aidé à faire sauter un vol de ligne Avianca avec 107 personnes à bord. Brook­­lyn est aussi l’en­­droit où les membres de gangs locaux comme MS-13, les Bloods et les Latin Kings sont régu­­liè­­re­­ment condam­­nés pour tout un panel d’ac­­cu­­sa­­tions, et où 41 personnes (pour le moment) ont été accu­­sées de racket et de fraude élec­­tro­­nique en liai­­son avec l’enquête sur la FIFA.

El Chapo prend son mal en patience dans une cellule à l’ex­­té­­rieur de Juarez, en lisant Don Quichotte.

Derniè­­re­­ment, le district est a tourné son atten­­tion vers les cartels mexi­­cains. Au sein de la Divi­­sion crimi­­nelle du bureau du procu­­reur géné­­ral, il y a une section dédiée aux affaires inter­­­na­­tio­­nales de stupé­­fiants et de blan­­chi­­ment d’argent. Ses membres sont régu­­liè­­re­­ment affec­­tés à des équipes spéciales s’at­­taquant aux trafiquants de drogue. Rien que l’an­­née dernière, le bureau a condamné trois membres haut placés d’un réseau de blan­­chi­­ment d’argent contrôlé par Sina­­loa. Il est égale­­ment parvenu à décro­­cher l’ex­­tra­­di­­tion de Tirso Marti­­nez-Sanchez, un grand expert en logis­­tique qui avait travaillé avec les cartels de Sina­­loa, de Juarez et Beltran Leyva. Si vous exami­­nez un récent commu­­niqué de presse du dépar­­te­­ment de la Justice améri­­cain annonçant la condam­­na­­tion ou le plai­­doyer de culpa­­bi­­lité contre un narco­­tra­­fiquant inter­­­na­­tio­­nal,  vous tombe­­rez proba­­ble­­ment sur le nom d’un enquê­­teur ou d’un assis­­tant du bureau du procu­­reur du district quelque part dans les remer­­cie­­ments. Le bureau du procu­­reur géné­­ral à Brook­­lyn abrite certains des adver­­saires les plus féroces et les plus accom­­plis du crime orga­­nisé, et jusqu’à récem­­ment, Loretta Lynch – la conseillère juri­­dique la plus haut placée des États-Unis, à qui il revient d’as­­su­­rer aux fonc­­tion­­naires comme aux citoyens du Mexique que ses meilleurs éléments sont sur l’af­­faire d’El Chapo – était à la tête du bureau. Elle connaît les procu­­reurs là-bas. Elle en a formé un certain nombre elle-même. Le dossier d’ac­­cu­­sa­­tion de 2014 a été monté sous sa vigi­­lance. Elle connaît bien l’af­­faire du district est de New York contre El Chapo : ses forces, ses pièges poten­­tiels et comment on pren­­dra soin de les éviter. Le genre de fami­­lia­­rité qui inspire la confiance. Et à cette étape du proces­­sus – tandis qu’El Chapo prend son mal en patience dans une cellule à l’ex­­té­­rieur de Juarez, en lisant Don Quichotte, en songeant aux nombreux tunnels qu’il a creu­­sés, et  au fait que les fonc­­tion­­naires du Mexique comme des États-Unis se tiennent sur leurs gardes (on les comprend) –, la confiance est capi­­tale.

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Le Metro­­po­­li­­tan Deten­­tion Center de Brook­­lyn

Sica­­rio

Malgré tout, c’est une situa­­tion curieuse. Durant son séjour, El Chapo sera proba­­ble­­ment incar­­céré au Metro­­po­­li­­tan Deten­­tion Center (le MDC) au bord de l’eau à Sunset Park, en bas de la rue qui mène à Indus­­try City. Le MDC est un endroit aussi triste qu’é­­norme. J’avais l’ha­­bi­­tude d’y aller pour rendre visite à des clients, mais jamais dans le quar­­tier de très haute sécu­­rité (ADMAX), qui a été conçu pour déte­­nir les indi­­vi­­dus suspec­­tés d’avoir contri­­bué et encou­­ragé les attaques du 11 septembre, et où ils garde­­ront proba­­ble­­ment El Chapo une fois qu’il sera arrivé. J’ai vu quelques photos des cellules ADMAX. L’ameu­­ble­­ment est économe : une petite table, des toilettes, une douche. Les cellules sont équi­­pées de lits super­­­po­­sés, donc il se pour­­rait qu’il ait un colo­­ca­­taire, même si ce ne sera proba­­ble­­ment pas le cas. Dans l’ADMAX, les déte­­nus peuvent être confi­­nés en cellule jusqu’à 23 heures par jour. Le moindre de leurs mouve­­ments, à l’in­­té­­rieur ou hors de la cellule, est enre­­gis­­tré en vidéo. Lors de ses compa­­ru­­tions, El Chapo verra peut-être un peu de Brook­­lyn, car il sera trans­­féré du MDC jusqu’au palais de justice sur Cadman Plaza, une distance d’en­­vi­­ron 6,5 kilo­­mètres au cœur d’un Brook­­lyn en pleine gentri­­fi­­ca­­tion : Green­­wood, Boerum Hill, Brook­­lyn Heights. Le trans­­port sera assuré par les US Marshals, l’agence char­­gée de le trans­­fé­­rer depuis le Mexique. J’ai récem­­ment parlé avec Lenny DePaul, un ancien US Marshal adjoint, à propos des dangers que repré­­sen­­taient le fait de s’oc­­cu­­per de prison­­niers à haut risque comme El Chapo. Il m’a raconté que la logis­­tique serait un « cauche­­mar de sécu­­rité ». DePaul est l’an­­cien chef de l’équipe des US Marshals de New York affec­­tée aux fugi­­tifs régio­­naux, une brigade de 265 hommes qui pour­­chassent les fugi­­tifs sur le terri­­toire et à l’étran­­ger, avant de les rame­­ner pour qu’ils soient jugés. Avant ça, en 1992, il était l’agent affecté à la sécu­­rité de John Gotti pendant son procès RICO à Brook­­lyn, qui a duré plus de deux mois. DePaul m’a semblé être le genre d’hommes à avoir vécu plusieurs cauche­­mars de sécu­­rité, le genre à plus ou moins savoir comment les choses étaient faites. Je lui ai donc demandé comment se dérou­­le­­rait le scéna­­rio El Chapo.

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Une cellule ADMAX

« Il y aura des équipes du SWAT », m’a-t-il expliqué. « Des renforts du NYPD, des groupes d’in­­ter­­ven­­tion spéciaux. Quand on a affaire à des types d’une telle enver­­gure, on veut aller aussi vite que possible, avec un cortège de cinq ou six véhi­­cules, des éclai­­reurs et des snipers en place. » Avec Gotti, qui était détenu à Manhat­­tan, le pont de Brook­­lyn a été la section la plus diffi­­cile du trans­­port, raconte DePaul. Il devait être fermé chaque matin quand le cortège le traver­­sait. Pour El Chapo, la route la plus directe, me semble-t-il, est de remon­­ter la Troi­­sième Avenue, de passer la tarte­­rie Four & Twenty Black­­birds, Hank’s Saloon, puis de prendre à gauche vers Flat­­bush. Mais prendre la route la plus directe n’a rien à voir avec ça, explique DePaul. Les Marshals devront prépa­­rer de très nombreux itiné­­raires, les sécu­­ri­­ser, et en chan­­ger tous les jours. Ils pour­­raient même utili­­ser des leurres : de faux convois voya­­geant sur des tracés alter­­na­­tifs pendant que le véri­­table cortège est sur la Quatrième Avenue, ou sur la voie express reliant Brook­­lyn au Queens, selon le trafic. Ce dont les agents doivent abso­­lu­­ment se rappe­­ler, dit DePaul, c’est que tout peut arri­­ver. « On ne peut pas bais­­ser sa garde. Il se peut très bien que rien n’ar­­rive pendant les trois premiers mois du procès, mais malgré tout il faut garder l’œil ouvert et le bon, il faut être prêt. Utili­­ser des itiné­­raires diffé­­rents, des contre-snipers, et toutes les tactiques de diver­­sion qu’on connaît. » Qu’en est-il d’une évasion ? Cela corres­­pond bien à « tout » quand on connaît l’his­­toire d’El Chapo. Je demande à DePaul s’il a déjà eu affaire à un problème aussi épineux par le passé, et il me raconte l’his­­toire d’un fugi­­tif qu’il a un jour traqué jusqu’au Costa Rica, un membre du gang des 40 voleurs qui a simulé une crise d’asthme dans l’es­­poir de pous­­ser les auto­­ri­­tés à le conduire à l’hô­­pi­­tal, où ses amis s’ap­­prê­­taient à tendre une embus­­cade au convoi. Mais DePaul dit que lui et l’un des autres Marshals ont reni­­flé la super­­­che­­rie. Malgré cela, il ne pense pas qu’il y ait un grand risque qu’une telle chose arrive sur le sol améri­­cain. Pour lui, une tenta­­tive d’éva­­sion à Brook­­lyn de la part d’El Chapo serait « tout à fait impos­­sible ». Alors pourquoi employer les tactiques de diver­­sion ou les leurres ? Ces précau­­tions, dit-il, visent à empê­­cher que quelqu’un n’as­­sas­­sine le prison­­nier. Les Marshals tentent de garder en vie leurs prison­­niers – comme Gotti ou El Chapo – et en assez bonne forme pour qu’ils puissent assis­­ter au procès. Ils ont la même inquié­­tude quand ils prennent en chasse des fugi­­tifs. « C’est notre gagne-pain », dit DePaul en parlant des Marshals. « On met de sales types en taule. Mais dans tous les cas il faut que personne ne soit blessé. Tout le monde doit rentrer chez soi sain et sauf, même les méchants. »

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Lenny DePaul
Crédits : Victo­­ral­­corn.com

L’his­­toire

« History est prête à racon­­ter l’his­­toire du baron de la drogue Joaquin “El Chapo” Guzmán. » C’était le chapô d’un article paru récem­­ment dans le Holly­­wood Repor­­ter. « History » est la chaîne histoire améri­­caine – une divi­­sion d’A&E Networks, diri­­gée conjoin­­te­­ment par The Hearst Corpo­­ra­­tion et Disney –, et l’ar­­ticle annonçait le déve­­lop­­pe­­ment d’une nouvelle série à propos de la vie d’El Chapo Guzmán, bapti­­sée #Cartel. La série est déve­­lop­­pée par Chris Bran­­cato, l’an­­cien showrun­­ner de Narcos, la saga sur Pablo Esco­­bar, et de la série biblique épique d’ABC, qui n’aura pas fait long feu, Of Kings and Prophets. Le hash­­tag dans le titre de la série est signi­­fi­­ca­­tif. « Le show », a confié Bran­­cato au Holly­­wood Repor­­ter, « est une méta­­phore des vies que nous donnons à voir sur Inter­­net, des mois secrets que nous révé­­lons au cours de commu­­ni­­ca­­tions suppo­­sé­­ment privées, et des risques qu’il y a à se vanter sur les réseaux sociaux. » Il y a deux semaines, Univi­­sion et Netflix ont annoncé qu’ils uniraient leurs efforts pour produire leur propre série, inti­­tu­­lée El Chapo, dont la première saison devrait être diffu­­sée en 2017. Tele­­mundo en déve­­loppe une, égale­­ment. Le mythe d’El Chapo se porte bien, semble-t-il. Comment se porte l’homme ? On le saura bien assez tôt. ulyces-guzmanextradition-06Le 9 mai, une cour fédé­­rale au Mexique a décrété que l’ex­­tra­­di­­tion d’El Chapo était légale et qu’on pouvait y procé­­der. La requête a été dépo­­sée en lien avec l’ac­­cu­­sa­­tion de San Diego, la première affaire améri­­caine portée contre El Chapo, en 1996. Puis un autre juge­­ment – celui-ci en lien avec le dossier monté par El Paso – s’est à nouveau prononcé en faveur de l’ex­­tra­­di­­tion. Le 20 mai, le ministre des Affaires étran­­gères du Mexique a ajouté son appro­­ba­­tion au concert de voix, disant qu’il avait reçu « des assu­­rances suffi­­santes que la peine de mort ne serait pas appliquée si M. Guzmán Loera était extradé et jugé aux États-Unis ». (Le Mexique, comme de nombreux pays, n’ex­­trade pas ses citoyens quand l’exé­­cu­­tion leur pend au nez.) Il reste encore quelques étapes, mais le proces­­sus est bien engagé, et les fonc­­tion­­naires du gouver­­ne­­ment semblent tenir compte du comman­­de­­ment du président Peña Nieto d’ « en finir au plus tôt avec l’ex­­tra­­di­­tion de ce délinquant extrê­­me­­ment dange­­reux ». Le dépar­­te­­ment de la Justice améri­­cain n’a pas encore indiqué s’il avait l’in­­ten­­tion de pour­­suivre avec le dossier de San Diego ou d’El Paso ou s’il y a encore d’autres requêtes formelles en cours de trai­­te­­ment au sein du système judi­­ciaire mexi­­cain. On ne sait pas non plus s’il optera pour une extra­­­di­­tion d’El Chapo sous les auspices d’une seule accu­­sa­­tion, conso­­li­­dée plus tard par d’autres dossiers en l’en­­voyant pour un second tour de juge­­ment dans un autre district fédé­­ral – à Brook­­lyn, par exemple. Le procu­­reur géné­­ral Lynch a seule­­ment bien voulu dire qu’elle pensait qu’une réso­­lu­­tion était « immi­­nente ». On attend de voir si l’ex­­tra­­di­­tion et le juge­­ment de ces éminents barons de la drogue mexi­­cains auront un réel impact, s’ils ralen­­ti­­ront la distri­­bu­­tion de la drogue ou qu’ils rédui­­ront la violence qui a pris une grande partie de l’Amé­­rique latine à la gorge. Peut-être que ce sera le cas. Ou peut-être que les cartes seront rebat­­tues, que de nouveaux boss feront leur appa­­ri­­tion, que de nouvelles alliances seront négo­­ciées, et que de nouvelles chasses à l’homme seront enga­­gées. Les drogues trou­­ve­­ront toujours leur chemin vers les veines de l’Eu­­rope et des États-Unis. Les civils vivant le long des routes du trafic et de la produc­­tion – Vene­­zuela, El Salva­­dor, Guate­­mala, Hondu­­ras, Michoacán, Vera­­cruz, Sonora – feront toujours les frais quoti­­diens de la violence, de la cupi­­dité et de la dépra­­va­­tion. Des gens s’en­­ri­­chi­­ront sur tout cela. La plupart demeu­­re­­ront pauvres. Des milliers trou­­ve­­ront la mort. Des séries télé seront produites. El Chapo fera son entrée dans un tribu­­nal de Brook­­lyn, en jogging ou dans quelque chose de plus élégant, si le juge l’y auto­­rise, et une équipe bien orga­­ni­­sée de procu­­reurs tentera de l’ame­­ner à répondre d’une petite partie des crimes qu’il a commis. Cela, nous dit-on, est l’his­­toire que l’His­­toire est prête à racon­­ter.


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Brook­­lyn Bound », paru dans Guer­­nica. Couver­­ture : El Chapo à Brook­­lyn. (Créa­­tion graphique par Ulyces)

CE TEXAN DIRIGEAIT LE CARTEL D’ACAPULCO

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Edgar Valdez, dit Barbie, est le seul Améri­­cain à avoir riva­­lisé avec les cartels mexi­­cains. Barbare et richis­­sime, il se voyait comme un chic type.

I. Narco Polo

ulyces-acapulco-01 Par une chaude mati­­née de mai il y a de cela quelques années, Edgar Valdez – un baron de la drogue qu’on surnom­­mait La Barbie – s’est réveillé dans l’une de ses maisons d’Aca­­pulco. Dans les années 1950, cette station balnéaire était le lieu de villé­­gia­­ture favori des stars améri­­caines : Frank Sina­­tra était un habi­­tué des salons des hôtels, Eliza­­beth Taylor y célé­­bra son troi­­sième mariage –sur huit –, et John Fitz­­ge­­rald Kennedy avait choisi l’en­­droit pour passer sa lune de miel avec Jacque­­line. Si l’as­­pect glamour d’Aca­­pulco s’est estompé au cours des années 1980, la ville est restée une desti­­na­­tion touris­­tique popu­­laire jusqu’à très récem­­ment. Tout a changé quand les cartels mexi­­cains ont fait du bord de mer para­­di­­siaque d’Aca­­pulco l’un des fronts les plus violents de la guerre des drogues. En tant que chef du plus puis­­sant des cartels de la ville, Barbie a fait fuir les célé­­bri­­tés à tout jamais et téta­­nisé de peur les touristes dont les bateaux mouillaient dans le port, leur ôtant toute envie de s’aven­­tu­­rer dans les rues de la ville. Il s’en voulait un peu, mais ainsi va le monde, selon lui : il faut manger ou être mangé. Barbie a la peau mate et tient son pseu­­do­­nyme de sa fière allure et de ses yeux verts. Il passait pour être un homme jovial, bien que suscep­­tible de se chan­­ger subi­­te­­ment en bête féroce assoif­­fée de sang. À 31 ans, il avait toujours le corps massif et sculpté du line­­ba­­cker de foot­­ball améri­­cain qu’il avait été à l’uni­­ver­­sité : 1 m 77, 95 kg. Il gardait chez lui une vitrine conte­­nant une soixan­­taine de Rolex et autres Aude­­mars Piguet incrus­­tées de diamants, mais contrai­­re­­ment à la plupart des narco-trafiquants, il ne s’était pas laissé pous­­ser la barbe et ne portait pas de bijoux en or. Il s’ha­­billait plus volon­­tiers comme un Latino distin­­gué en vacances, préfé­­rant les polos au sigle repré­­sen­­tant un cava­­lier et son maillet, comme ceux que portaient les jockeys argen­­tins.

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