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par Ginger Thompson | 23 février 2016

Narco-terro­riste ?

En décembre 2009, Harouna Touré et Idriss Abdel­rah­man, des passeurs du nord du Mali, ont fran­chi les portes du Golden Tulip, un hôtel d’Ac­cra, la capi­tale du Ghana. Ils étaient là pour rencon­trer deux hommes qui leur avaient offert l’op­por­tu­nité de gagner des millions de dollars en trans­por­tant de la drogue à travers le Sahara. Touré portait un dashiki et Abdel­rah­man des guenilles et un turban, qui cachait une partie de son visage. Ils ont donné un pour­boire aux gardes à l’en­trée et ont salué Moha­med (un radi­cal liba­nais) dans le hall d’en­trée. Moha­med les a conduits dans une chambre d’hô­tel pour rencon­trer David, trafiquant de drogue et membre des Forces armées révo­lu­tion­naires de Colom­bie, ou FARC. « Hola Colom­biano », a lancé Touré en entrant. Abdel­rah­man, qui voulait appe­ler David « 007 » en espa­gnol, s’est trompé et a dit « 477 » à la place. David, qui portait un pull à manches courtes et un bermuda, a ri et leur a offert des bouteilles d’eau.

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Crédits : DEA

Touré et Abdel­rah­man venaient de Gao, une ville recu­lée et aride du nord du Mali qui est depuis long­temps utili­sée comme plaque tour­nante de produits de contre­bande, des immi­grants aux ciga­rettes. Ces dernières années, la région a aussi été le théâtre de conflits violents entre plusieurs groupes de nomades insur­gés, y compris les membres d’Al-Qaïda au Magh­reb isla­mique (AQMI). Au cours de mois de contacts télé­pho­niques et de rendez-vous, David et Moha­med ont répété à Touré que les FARC avaient 30 000 guérille­ros en guerre avec les États-Unis, et qu’ils souhai­taient travailler avec al-Qaïda, orga­ni­sa­tion avec laquelle ils parta­geaient cet ennemi commun. « Ce sont nos frères », a dit Moha­med. Et d’ajou­ter : « Nous avons la même cause. » Touré a alors expliqué qu’il avait des liens avec l’or­ga­ni­sa­tion : il était à la tête d’une compa­gnie de trans­port et four­nis­sait, en échange de la protec­tion de ses camions, de la nour­ri­ture et du carbu­rant à Al-Qaïda.

Pour­tant, David restait scep­tique. Il devait s’as­su­rer que l’en­tre­prise de Touré était à la hauteur de la mission. Les FARC, pour qui ce marché est syno­nyme d’enjeux consi­dé­rables, étaient prêts à payer Touré et Abdel­rah­man à hauteur de 3 000 dollars le kilo, en commençant par un premier trajet test où ils devraient trans­por­ter 50 kilos de drogue vers Melilla, une ville auto­nome espa­gnole située sur la côte nord-ouest de l’Afrique. Des char­ge­ments dix fois plus consé­quents suivraient si le premier voyage se dérou­lait sans accro, a précisé David. « Si tu as fini, c’est à mon tour de parler », lui a répondu Touré. Il a dit à David et Moha­med qu’il était fati­gué de tout ce « blabla ». Il avait des ouvriers tout le long du circuit de contre­bande, qui s’éten­dait du Ghana au Maroc. Abdel­rah­man, que Touré avait présenté comme chef de la milice malienne, a indiqué qu’il avait engagé un chauf­feur entre­te­nant des liens avec Al-Qaïda. Ces derniers avaient aussi soudoyé un haut gradé de l’ar­mée malienne, qui les aide­rait à traver­ser la fron­tière sans être contrôlé. David était rassuré. « Je veux qu’on conti­nue de travailler ensemble, car nous ne faisons pas ça pour l’argent – nous faisons ça pour notre peuple », a-t-il dit. Deux jours plus tard, Touré et Abdel­rah­man sont retour­nés au Golden Tulip pour collec­ter leur premier paie­ment. Oumar Issa, un ami de Gao qui était aussi impliqué dans leur plan, atten­dait dans un deuxième hôtel pour rece­voir sa part. Au lieu de cela, les trafiquants se sont retrou­vés nez à nez avec les poli­ciers ghanéens. Il s’est avéré que David et Moha­med n’étaient pas des trafiquants de drogue mais des infor­ma­teurs infil­trés de la Drug Enfor­ce­ment Admi­nis­tra­tion (ou DEA, l’Agence améri­caine de lutte contre les drogues).

Quelques jours plus tard, Touré, Abdel­rah­man et Issa ont été remis à la DEA et jetés dans un jet privé avant de s’en­vo­ler pour New York, où ils ont été traduits en justice devant un tribu­nal fédé­ral. Les trois trafiquants ont été incul­pés — en vertu d’une dispo­si­tion peu connue du Patriot Act datant de 2006 — pour narco-terro­risme, un crime commis par des délinquants violents, qui ont un pied dans le terro­risme et l’autre dans le trafic de drogue. ulyces-narcoterror-02 À l’an­nonce des charges, Preet Bharara, l’avo­cate améri­caine du District sud de New York, a déclaré : « À mesure que les terro­ristes s’im­pliquent dans le trafic de drogue, ils nous four­nissent davan­tage d’op­por­tu­ni­tés de les neutra­li­ser et de suppri­mer les finan­ce­ments desti­nés à leurs futures actions. » Cette affaire est la première pour laquelle la dispo­si­tion sur le narco-terro­risme a été utili­sée contre Al-Qaïda. Les suspects corres­pondent préci­sé­ment à ce profil hybride de délinquants, pour lequel la loi, qui ne néces­site pas que les acti­vi­tés incri­mi­nées se soient dérou­lées aux États-Unis, a été créée. Michele Leon­hart, qui était direc­trice de la DEA à l’époque des faits, a renché­rit : « Les arres­ta­tions d’aujourd’­hui sont une nouvelle preuve du lien direct entre des orga­ni­sa­tions terro­ristes dange­reuses, parmi lesquelles Al-Qaïda, et les trafics de drogue inter­na­tio­naux qui alimentent leurs acti­vi­tés. »

Tandis que l’af­faire des Maliens pour­sui­vait son cours, ses défauts sont toute­fois deve­nus évidents. Les préve­nus appa­raissent davan­tage comme des hommes malchan­ceux que comme des crimi­nels endur­cis, des amis d’en­fance qui pensaient que les infor­ma­teurs de la DEA les rendraient riches. « Ils nous mentaient. Et nous leur mentions nous aussi », m’a confié Touré depuis la prison. La juge Barbara Jones, qui a super­visé les dernières étapes de la procé­dure, a déclaré : « Il n’y a aucune impli­ca­tion des suspects ou des infil­trés… ni dans les acti­vi­tés d’Al-Qaïda ni dans celles des FARC. » Un autre juge a vu, quant à lui, autant de problèmes avec le statut qu’a­vec la valeur de l’af­faire. « Le congrès a adopté une loi qui tente de relier le monde entier », me dit-il. L’enquête est encore aujourd’­hui citée par la DEA comme un exemple des exploits améri­cains en matière de sécu­rité natio­nale. Depuis que les mesures sur le narco-terro­risme ont été adop­tées, la DEA a pour­suivi des dizaines d’af­faires qui corres­pon­daient aux crimes prévus par la loi. L’agence, qui a reven­diqué des victoires face à Al-Qaïda, le Hezbol­lah, les tali­bans et les FARC, a insti­tué le narco-terro­risme au rang de menace préémi­nente contre les États-Unis. À chaque succès supposé, la DEA a fait pres­sion sur le Congrès pour faire augmen­ter ses finan­ce­ments. En 2012, Michael Braun, ancien­ne­ment chef des opéra­tions de l’agence, a, lors de son témoi­gnage devant les parle­men­taires améri­cains, fait état des liens entre les terro­ristes et les trafiquants de drogue : « Après 37 années passées dans la police et le secteur de la sécu­rité, croyez-en ma parole, ils parlent sans aucun doute affaires et partagent les ensei­gne­ments de leurs expé­riences. »

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Le trafic de drogue finance-t-il le terro­risme ?

C’est sans doute vrai. Dans de nombreuses régions, notam­ment en Colom­bie et en Afgha­nis­tan, il existe des preuves probantes de la colla­bo­ra­tion entre terro­ristes et barons de la drogue. Mais un examen appro­fondi des affaires pour­sui­vies par la DEA a révélé de nombreuses simi­li­tudes avec le cas des Maliens. Lorsque ces pour­suites ont été inten­tées, les seuls éléments de preuve d’un lien entre le trafic de drogue et le terro­risme ont été mis en évidence par la DEA au travers d’in­for­ma­teurs qui étaient rému­né­rés plusieurs centaines de milliers de dollars pour inci­ter leurs cibles à parti­ci­per à des mises en scène de complots narco-terro­riste. La DEA défend vive­ment l’ef­fi­ca­cité de ces opéra­tions d’in­fil­tra­tion, affir­mant qu’elles sont un bon moyen pour iden­ti­fier en amont les crimi­nels qui consti­tuent une menace pour les États-Unis. Lou Milione, un haut fonc­tion­naire de l’agence, m’a confié que « l’une des choses dans lesquelles la DEA fait son affaire, c’est le fait que la quasi-tota­lité de nos enquêtes sont proac­tives. » Mais Russell Hanks, un ancien haut diplo­mate améri­cain, qui avait un accès direct aux cibles de la DEA lorsqu’il offi­ciait en Afrique de l’Ouest, m’a expliqué : « La DEA a fourni à ces hommes tout ce dont ils avaient besoin pour commettre un crime, puis a dit : “Regar­dez ce qu’ils ont fait.” » Et d’ajou­ter : « Ce n’était pas du terro­risme ; c’était de la mani­pu­la­tion de personnes fragiles, dans des pays écono­mique­ment faibles, afin de faire gonfler le nombre d’ar­res­ta­tions. »

Prêts à tout

Le 11 septembre 2001, lorsque le vol 77 d’Ame­ri­can Airlines a percuté le Penta­gone, les agents de la DEA ont été parmi les premiers à réagir, se préci­pi­tant depuis leur siège, situé à moins de 800 mètres de là. Dans son livre Infil­tré, Edward Follis, ancien agent fédé­ral de la DEA, se souvient comment lui et des dizaines de ses collègues « se sont préci­pi­tés… pour reti­rer les corps, mais il n’y avait pas de corps à reti­rer. » L’agence avait des avant-postes dans plus de soixante pays à travers le monde, plus que tout autre orga­nisme fédé­ral de répres­sion. Et elle comp­tait envi­ron 5 000 infor­ma­teurs et sources confi­den­tielles. Michael Vigil, qui était la tête des opéra­tions inter­na­tio­nales de la DEA à l’époque, m’a expliqué : « Nous avons appelé toutes les sources que nous pouvions trou­ver, nous avons cher­ché des infor­ma­tions sur ce qui s’était passé, qui était respon­sable, et s’il y avait des plans d’une autre attaque immi­nente. » Il a ajouté : « Depuis la fin de la guerre froide, nous avions vu des signes qui lais­saient penser que les groupes terro­ristes commençaient à dépendre du trafic  drogue pour leur finan­ce­ment. Après le 11 septembre, nous étions sûrs que cette tendance allait se propa­ger. » ulyces-narcoterror-04Mais d’autres agences de rensei­gne­ment ont vu les sources de la DEA comme de simples trafiquants de drogue – et les trafiquants de drogue ne connaissent rien au terro­risme.

Un ancien enquê­teur du minis­tère de la Justice en charge du blan­chi­ment d’argent m’a dit qu’il n’y avait aucune preuve réelle qui soutienne les affir­ma­tions de la DEA. « Ce qu’il s’est passé après le 11 septembre, c’est que de nombreuses ressources – finan­cières — ont été trans­fé­rées de la DEA vers la lutte contre le terro­risme », dit-il. « L’agence ne veut pas être le parent pauvre dans cette affaire. » Le narco-terro­risme, m’a dit l’an­cien enquê­teur, « est devenu un moyen effi­cace pour la DEA de justi­fier son exis­tence. » La Maison-Blanche s’est ainsi avérée plus récep­tive aux requêtes de la DEA. Juan Zarate, ancien conseiller adjoint à la sécu­rité natio­nale, affirme dans son livre Trea­su­ry’s War que le président George W. Bush voulait que « tous les éléments de la puis­sance natio­nale » puissent contri­buer à l’ef­fort pour « empê­cher une autre attaque de frap­per nos côtes ». Quelques mois après les atten­tats du 11 septembre, lors d’un rassem­ble­ment d’or­ga­ni­sa­tions de lutte contre la drogue, Bush a déclaré : « Il est impor­tant que les Améri­cains sachent que le trafic de drogue finance les actes terro­ristes. Si vous renon­cez à la drogue, vous rejoi­gnez la lutte contre le terro­risme en Amérique. »

En février 2002, le Bureau de la Maison-Blanche chargé de la poli­tique natio­nale de lutte contre la drogue a trans­formé le message du président en une série de spots de préven­tion diffu­sés durant le Super Bowl. Au lieu d’in­for­mer sur les dangers liés à l’usage de stupé­fiants illi­cites – du genre « Ceci est votre cerveau sous drogues » —, les publi­ci­tés mettaient l’ac­cent sur le fait que les drogues aidaient les terro­ristes à « tortu­rer le père de quelqu’un » ou à « assas­si­ner une famille ». Au cours des sept années qui ont suivi, les ressources finan­cières allouées à la branche inter­na­tio­nale de la DEA ont augmenté de 75 %. Jusque-là, la plus grande parti­ci­pa­tion étran­gère de l’agence avait été réali­sée au Mexique et dans la région andine de l’Amé­rique du Sud, le plus grand produc­teur mondial de cocaïne et berceau des guérillas marxiste – dont les FARC en Colom­bie et le Sentier lumi­neux au Pérou. Les deux groupes ont émergé dans les années 1960 et au début des années 1970, peu avant les rébel­lions paysannes. Ils ont commencé à taxer les produc­teurs et les contre­ban­diers de coca pour finan­cer leur expan­sion. La DEA a vu dans ces orga­ni­sa­tions des exemples de la manière dont les moti­va­tions crimi­nelles peuvent empié­ter, et même prendre le dessus, sur l’idéo­lo­gie. À présent, l’agence se concen­trait sur l’Af­gha­nis­tan, qui avait été l’un des plus grands produc­teurs d’opium dans le monde jusqu’en 2000, date à laquelle les tali­bans ont déclaré la culture du pavot contraire à l’is­lam et l’ont aussi­tôt bannie. Presque immé­dia­te­ment après la chute des tali­bans, les agri­cul­teurs du pays ont commencé à replan­ter du pavot dans leurs champs ; la DEA a averti du fait que les nouvelles cultures pouvaient deve­nir une source de reve­nus pour finan­cer les attaques d’Al-Qaïda. « La DEA a été infor­mée par plusieurs sources que Ben Laden a été impliqué dans le finan­ce­ment et a faci­lité le trafic d’hé­roïne », décla­rait Asa Hutchin­son, l’ad­mi­nis­tra­teur de la DEA, lors d’une audi­tion au Capi­tole en mars 2002.

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Crédits : Strat­for

Hutchin­son a ainsi cité plusieurs groupes d’in­sur­gés, origi­naire des pays produc­teurs de drogue du monde entier, et notam­ment les FARC, le Sentier lumi­neux et le Parti des travailleurs du Kurdis­tan (PKK) en Turquie, dont l’est du pays était depuis long­temps tenu pour être un lieu impor­tant du trafic de drogues. L’an­cien admi­nis­tra­teur a égale­ment mentionné des éléments de preuves recueillis par la DEA qui laissent à penser que la zone fron­ta­lière entre le Para­guay, le Brésil et l’Ar­gen­tine – qui abrite une large et pros­père commu­nauté de busi­ness­men arabes – est deve­nue une source de fonds pour le Hamas et le Hezbol­lah. La DEA, avec le soutien du Congrès, a instauré le Coun­ter-Narco-Terro­rism Opera­tions Center (Centre d’opé­ra­tions de lutte contre le narco-terro­risme), un centre d’en­traide pour tout rensei­gne­ment terro­riste glané par ses agents à travers le monde. L’agence a rouvert son bureau à Kaboul, fermé depuis l’in­va­sion sovié­tique en 1979. Celle-ci a rassem­blé des offi­ciers de police origi­naires de 19 pays d’Asie et d’Eu­rope pour parti­ci­per à un projet d’échange d’in­for­ma­tions appelé « opéra­tion de confi­ne­ment », qui visait à stop­per les flux d’hé­roïne et d’opium afghans.

En 2004, la plupart des membres d’Al-Qaïda ont fui l’Af­gha­nis­tan, et l’at­ten­tion de la DEA s’est tour­née vers les tali­bans, dont les agents pensaient que la drogue – émanant du pays — suivait le même schéma que celui des guérillas telles que les FARC. La DEA a mis au place des réseaux d’in­for­ma­teurs et des opéra­tions d’in­fil­tra­tion visant les trafiquants liés aux insur­gés. L’agence, qui n’avait jamais jusqu’a­lors joué un tel rôle dans une zone de guerre, a eu besoin du soutien de l’ar­mée, qui n’était pas dispo­sée à inter­ve­nir. Edward Follis, l’an­cien agent de la DEA, m’a confié que la plupart des comman­dants mili­taires améri­cains avaient pointé du doigt l’agence, quali­fiant son action de « viola­tion inten­tion­nelle et flagrante ». Selon lui, le Penta­gone « ne pouvait pas aller au-delà de l’idée de captu­rer ou de tuer des combat­tants enne­mis ». Plus tard cette année-là, la DEA a porté l’af­faire devant John Mackey, conseiller d’in­ves­ti­ga­tion répu­bli­cain au Comité sur les rela­tions inter­na­tio­nales de la Chambre des repré­sen­tants. L’an­cien agent du FBI était en charge de la lutte contre la drogue auprès de Henry Hyde, président du Comité et éminent répu­bli­cain de l’Il­li­nois. Les actuels et anciens employés du Congrès se souviennent que Hyde n’était pas très inté­ressé par les ques­tions de la lutte contre la drogue, ce qui a laissé à Mackey le champ libre pour prendre les devants. « Vous savez comment fonc­tionne le Congrès », m’a dit un ancien membre du person­nel. « On y trouve des tas d’in­con­nus non élus qui exercent une influence énorme sur des sujets obscurs. Mackey était l’un d’entre eux. » Sous l’im­pul­sion de Mackey, les légis­la­teurs répu­bli­cains ont fait pres­sion sur le Penta­gone pour qu’il soutienne les opéra­tions de la DEA en Afgha­nis­tan. Follis raconte que la DEA a reçu des dizaines de millions de dollars de fonds supplé­men­taires, lui permet­tant d’aug­men­ter signi­fi­ca­ti­ve­ment le nombre d’agents dans le pays, qui sont passés de deux à plus de quarante, et de déve­lop­per ses propres forces spéciales, connues sous le nom de FAST – Foreign-Deployed Advi­sory and Support Team, les équipes de soutien et de conseil déployées à l’étran­ger. Elles ont mené à bien des raids sur des bazars à opium et des labo­ra­toires d’hé­roïne.

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Le FAST à l’en­traî­ne­ment
Crédits : DEA

L’agence a égale­ment iden­ti­fié une cible afghane très impor­tante, Haji Bashir Noor­zai, un trafiquant d’opium qui entre­te­nait des liens étroits avec le chef des tali­bans, le mollah Omar. En 2004, le président Bush a placé Noor­zai sur la liste des barons de la drogue les plus recher­chés de la planète. Mais dans la mesure où la plupart de l’opium et de l’hé­roïne expor­tées par Noor­zai atter­ris­sait en Europe de l’Est et non aux États-Unis, il était diffi­cile pour la DEA de le pour­suivre. Mackey a fait de nombreux voyages avec l’agence en Afgha­nis­tan, et a averti le Congrès que des gens comme Noor­zai allaient « passer à travers les mailles du filet à moins que nous n’élar­gis­sions notre mode de réflexion sur eux ». Début 2005, John Mackey a aidé à rédi­ger une loi qui confé­re­rait à la DEA le pouvoir de traquer les trafiquants de drogue partout dans le monde, dans le cas où ce trafic serait lié au terro­risme. Lorsque Hyde a présenté le projet de loi, il a tenu à atti­rer l’at­ten­tion de ses collègues sur sa portée : « Ce projet de loi établit clai­re­ment que, même sans lien direct États-Unis, si ces drogues servent de support ou de soutien à une orga­ni­sa­tion terro­riste étran­gère, les produc­teurs et les trafiquants peuvent – et doivent – être pour­sui­vis pour “soutien maté­riel au terro­risme”, que les substances illi­cites soient desti­nées ou non à entrer aux États-Unis. »

La loi a été adop­tée en 2006. Mais des inter­ro­ga­tions chez des fonc­tion­naires du minis­tère de la Justice sur son appli­ca­tion ont retardé d’un an sa mise en place. Certaines auto­ri­tés se sont inquié­tées du fait que des procu­reurs trop zélés pour­raient être tentés d’uti­li­ser la légis­la­tion sur le narco-terro­risme contre les adoles­cents toxi­co­manes arrê­tés avec de l’hé­roïne afghane en leur posses­sion. Follis, qui ne plai­san­tait qu’à moitié, m’a confié : « Le champ de la loi était si large que vous pouviez incul­per un sand­wich à la morta­delle. » Cepen­dant, lorsque les fonc­tion­naires du minis­tère de la Justice ont proposé d’ajou­ter des éléments de langage à la loi pour défi­nir plus stric­te­ment la notion de terro­risme, Mackey a hésité. « Il n’y a pas besoin de préci­ser ce que nous enten­dons par “terro­risme” », a-t-il dit. « Vous le recon­nais­sez quand vous le voyez. » ulyces-narcoterror-07Dans les années qui ont suivi, la DEA a attiré deux marchands d’armes parmi les plus recher­chés du monde, Monzer al-Kassar et Viktor Bout, dans des complots liés à la drogue avant de les arrê­ter, respec­ti­ve­ment en Espagne et en Thaï­lande. Un ancien haut fonc­tion­naire de la DEA m’a expliqué que, malgré le fait que Kassar et Bout n’avaient pas été accu­sés de narco-terro­risme, l’au­to­ri­sa­tion élar­gie dont béné­fi­ciait la DEA pour enquê­ter lui a donné les moyens de pour­suivre les trafiquants. David Raskin, ancien procu­reur prin­ci­pal du District sud de New York, a salué ces arres­ta­tions. « Ce ne sont pas les trafiquants de drogue à propre­ment parler », a déclaré Raskin à propos de Bout et Kassar. « Mais c’étaient mani­fes­te­ment des mauvaises personnes. Et la DEA a reculé ses limites. »

En 2008, la DEA faisait partie de ladite commu­nauté du rensei­gne­ment des États-Unis, qui regroupe les orga­nismes mili­taires et civils les plus impor­tants de l’es­pion­nage améri­cain depuis 1981. Michael Braun, qui est large­ment consi­déré comme l’ar­chi­tecte du programme afghan, a déclaré aux jour­na­listes : « Au cours des 18 derniers mois, j’ai briefé plus de géné­raux à trois et quatre étoiles que l’agence n’a pu le faire au cours des 35 dernières années. » Il a ajouté : « Nous obser­vons de plus en plus de connexions qui nous font dire qu’Al-Qaïda est impliqué dans le trafic de drogue. » Certaines des enquêtes de l’agence l’ont conduite en Afrique. Compre­nant de larges zones de terri­toire lais­sées sans aucun contrôle, un longue histoire de guerres civiles et une montée en puis­sance des groupes djiha­distes, parmi lesquels Boko Haram et AQMI, le conti­nent était perçu par le Dépar­te­ment de la Défense comme le nouveau front dans la guerre contre le terro­risme. La DEA a iden­ti­fié l’Afrique de l’Ouest comme étant un impor­tant point de tran­sit pour la cocaïne sud-améri­caine. Comme en Afgha­nis­tan, la plupart des drogues étaient desti­nées au marché euro­péen. Mais la DEA soute­nait que l’argent de ce busi­ness finis­sait dans les mains de terro­ristes. Lou Milione m’a indiqué que les trafiquants de drogue colom­biens qui avaient été arrê­tés en Europe de l’Est avaient reconnu avoir trans­porté, avec l’aide de passeurs arabes, des drogues à travers le Sahara, le long des routes qui chevauchent les terri­toires occu­pés par AQMI. « Si quelque chose tran­si­tait dans cette région, AQMI devait être impliqué », a déclaré Milione.

Fin 2008, Derek Maltz, qui diri­geait alors la divi­sion « opéra­tions spéciales » de la DEA, a été convié à une réunion de hauts diri­geants du Penta­gone fraî­che­ment établis en Afrique. « Je ne voulais pas que ces gars-là pensent que j’étais juste un simple agent de la DEA venu pour leur parler des drogues », m’a confié Maltz. « J’étais là pour leur parler d’un problème de sécu­rité natio­nale. Et je voulais qu’ils sachent dès le départ que j’en faisais une affaire person­nelle. » Maltz, un homme chauve et costaud, a commencé sa présen­ta­tion par une série de photo­gra­phies. La première montrait les tours jumelles en flammes. La seconde était une photo de son frère, Michael, ancien membre d’une équipe de sauve­teurs para­chu­tistes de l’Air Force, qui faisait un signe de la main fière­ment. La troi­sième photo montrait une ligne d’hé­li­co­ptères station­nés sur un aéro­drome en Afgha­nis­tan. Il y avait un vide là où aurait dû se trou­ver un héli­co­ptère – celui de Michael. Il avait été tué en 2003, alors qu’il était en service. « Vous les gars, vous êtes formés pour partir en mission et larguer des bombes sur l’en­nemi », a dit Maltz dit à l’as­sem­blée d’of­fi­ciers. « Mais parfois, c’est impos­sible. Et c’est là que la DEA entre en jeu. Nous avons d’autres façons de mettre les bad guys hors jeu. »

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Des combat­tants d’AQMI dans le Sahel

Les maîtres du désert

Harouna Touré est né dans un petit village d’éle­veurs maliens appelé Bamba, il était le plus jeune des neuf enfants de la famille. Ils vivaient entas­sés dans un abri composé d’une pièce, faite de bois et de boue. Son père était un ouvrier agri­cole qui construi­sait des maisons, des puits et élevait des chèvres. Harouna est allé à l’école pendant quelques années avant de rejoindre son père au travail. Dès qu’il a été assez grand pour conduire, Touré, qui était carré et avait des yeux noirs expres­sifs, a démé­nagé à Gao. Il a commencé à travailler avec son frère aîné, Alma­tar, qui était à la tête d’une flotte de camions qui trans­por­tait des marchan­dises et des personnes à travers le Sahel, une région semi-aride située à la fron­tière du Sahara qui sépare le sud et le nord Mali. L’en­droit grouille d’un commerce non régle­menté datant du XVe siècle. Les routes étaient réduites au strict mini­mum, et conduire 60 kilo­mètres pouvait prendre une jour­née entière. « Quand vous arri­vez au bout, vous avez mal de la tête aux pieds », m’a raconté Touré. Mais il aimait ça. « Pour moi, c’était amusant parce que chaque jour était diffé­rent », dit-il. « Je pouvais rencon­trer de nouvelles personnes et voir de nouveaux endroits. » Gao est une ville sordide qui abrite une centaine de milliers d’âmes au bord du fleuve Niger, l’ar­tère prin­ci­pale de la région pendant la saison des pluies. Touré m’a raconté que gérer une entre­prise dans le Sahel était, par défi­ni­tion, une acti­vité « presque » légale. Lui et son frère trans­por­taient de la nour­ri­ture, du carbu­rant, des maté­riaux de construc­tion, des ciga­rettes et des travailleurs bangla­dais – la plupart d’entre eux arri­vés dans le pays sans papiers et sans avoir été contrô­lés. Les conduc­teurs voya­geaient dans des convois armés pour se proté­ger, ainsi que leurs cargai­sons, des bandits. Ils devaient aussi payer les mili­taires, les commu­nau­tés tribales et les milices ethniques armées qui contrô­laient le terri­toire le long du chemin. Touré m’a expliqué qu’il n’a jamais eu affaire à al-Qaïda ou à ses agents lors de ses voyages, mais il a traversé le terri­toire d’autres groupes armés. « Parfois, il fallait leur donner de l’argent, de la nour­ri­ture ou du carbu­rant », dit-il. « Si vous ne faisiez pas, vous vous expo­siez à de gros problèmes. »

Pendant un certain temps, la situa­tion a souri à Touré. Il a monté une entre­prise de construc­tion qui gérait de petits projets au sein des commu­nau­tés qui bordaient la route des camions. Il employait des dizaines de personnes et gagnait assez d’argent pour voya­ger jusqu’à Paris et payer le pèle­ri­nage de sa mère à La Mecque. « Je me déplaçais si vite que les gens m’ap­pe­laient “le maire” », dit-il. Mais il a accepté de nouveaux chan­tiers sans avoir été payé pour les précé­dents, et il s’est endetté. Fin 2008, il avait une femme et deux enfants. En plus de quoi il prenait en charge le trai­te­ment de son frère Alma­tar, devenu diabé­tique et dont le pied avait été amputé. ulyces-narcoterror-09-1Au même moment, la DEA a commencé à plani­fier ses opéra­tions en Afrique de l’Ouest. Parmi les prin­ci­pales cibles de l’agence figu­rait AQMI, qui avait récem­ment commis un atten­tat au bureau des Nations Unies à Alger et avait, à plusieurs reprises, enlevé des touristes étran­gers, des diplo­mates et des jour­na­listes pour obte­nir une rançon. Mais les actions de terrain – dans cette région — n’avaient rien de compa­rable avec celles menées en Amérique latine, où la DEA comp­tait nombre d’em­ployés sur une zone allant de Tijuana à la Terre de Feu. Les opéra­tions sur le conti­nent afri­cain ont été super­vi­sées en grande partie depuis Rome. L’unité de narco-terro­risme en charge de la région était basée à Chan­tilly, en Virgi­nie. Et l’agence manquait si cruel­le­ment d’agents fami­liers des dialectes afri­cains qu’a été contrainte de s’ap­puyer sur des infor­ma­teurs, rému­né­rés seule­ment si leurs rensei­gne­ments donnaient lieu à des pour­suites. (Les porte-paroles de la DEA nient le fait que des indics ont été payés en fonc­tion de leurs infor­ma­tions, et que sa conduite en Afrique était diffé­rente de celle qu’elle obser­vait sur d’autres conti­nents.) « Nous avions d’im­por­tantes lacunes dans nos connais­sances », m’a confié un ancien fonc­tion­naire de la DEA en charge du rensei­gne­ment. Pour autant, il ajoute : « Dès que nous avons commencé à faire circu­ler de l’argent dans la rue, on est passés de 0 à 100 en deux secondes. » Moha­med faisait partie des infor­ma­teurs payés par la DEA. Les agents me l’ont décrit comme un homme d’af­faires liba­nais qui entre­tient des liens avec les commu­nau­tés arabes d’Amé­rique du Sud et d’Afrique de l’Ouest. Il a reçu plus de 300 000 dollars pour son rôle dans l’af­faire des Maliens.

En septembre 2009, une enquête sur un complot indé­pen­dant a conduit Moha­med à Oumar Issa, un Malien à la carrure impo­sante, souriant, les traits angu­leux, qui travaillait comme ouvrier agri­cole et chauf­feur dans le port de Lomé, au Togo, une autre plaque tour­nante du trafic en Afrique de l’Ouest. Moha­med a confié à Issa qu’il cher­chait quelqu’un qui pour­rait aider un groupe de riches Colom­biens à faire tran­si­ter de la drogue du Ghana vers l’Es­pagne en passant par le Mali. Issa a répondu : « Je connais des gens qui ont un pied dans la brousse. » C’est alors qu’il s’est rendu au Mali pour cher­cher Touré. Les deux hommes étaient amis depuis l’ado­les­cence, mais quand Issa a abordé la ques­tion du trans­port de drogue, Touré a dans un premier temps décliné l’offre. Issa, qui s’était éloi­gné de l’is­lam, était connu pour être un alcoo­lique notoire. Touré ne voulait rien avoir à faire avec la drogue, prin­ci­pa­le­ment pour des raisons reli­gieuses. Et il ne pensait pas se sortir sans encombre de la situa­tion propo­sée par Moha­med. Les contacts de Touré n’étaient pas prêts à traver­ser le Sahara. Quant à Al-Qaïda, Touré m’a expliqué qu’il n’au­rait jamais pu travailler avec eux. « Ils traitent les Noirs comme des esclaves. »

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Accra, au Ghana
Crédits : Andrew Lyon

Mais Touré raconte qu’Issa l’a imploré de reve­nir sur sa déci­sion. « J’ai pensé que si je pouvais me conten­ter de toucher l’argent, tout irait bien. Je pour­rais prendre un nouveau départ », m’a-t-il dit. Il a enrôlé Idriss Abdel­rah­man, qui vendait des pièces d’au­to­mo­biles sur un marché en plein air à Gao. Ensemble, m’a expliqué Touré, les trois hommes ont mis au point un système aussi élaboré que celui de la DEA. Alors que les infor­ma­teurs préten­daient faire partie des FARC, Touré, Issa et Abdel­rah­man ont égale­ment fait mine d’ap­par­te­nir à un réseau crimi­nel qui entre­te­nait des liens avec Al-Qaïda. D’après Touré, l’objec­tif était d’ame­ner les trafiquants à leur verser une partie de l’argent avant l’opé­ra­tion, puis de dispa­raître dans le nord du Mali. Ce dernier précise qu’il était évident que les trafiquants n’avaient jamais mis les pieds au Mali, aussi n’a-t-il pas été très diffi­cile de les berner.

Le 6 octobre 2009, Touré et Moha­med se sont rencon­trés pour la première fois, dans une chambre d’hô­tel au Ghana. D’après la vidéo de l’en­re­gis­tre­ment fourni par la DEA, Moha­med, un homme de grande taille dont la bedaine dépas­sait de sa cein­ture, a sorti une carte et proposé un itiné­raire. Touré lui a retiré des mains et il a proposé un autre chemin. Touré a dit à Moha­med que pour ce voyage, la note serait salée. « Il y a des isla­mistes, des gars barbus ; ils sont dans la brousse », a-t-il expliqué. « Tu dois donner un petit quelque chose à leurs chefs. » Moha­med, qui préfé­rait les appe­ler « nos frères », a dit : « Lais­sons-les prendre autant d’argent qu’ils veulent pour baiser les Améri­cains. » Il a ajouté : « Tu paies Al-Qaïda pas vrai ? » Touré a hoché de la tête. « Vous payez tout ça. » Moha­med deman­dait plus de garan­ties. Il a dit à Touré qu’il invi­te­rait un chef des FARC à les rejoindre au Ghana s’il rame­nait un repré­sen­tant d’Al-Qaïda. Pour jouer le rôle de David, le chef des FARC, la DEA a envoyé Walter Rami­rez, un trafiquant de drogue déjà condamné origi­naire de Detroit qui travaillait comme infor­ma­teur pour l’agence depuis près de dix ans. Touré a quant à lui invité Abdel­rah­man pour jouer le rôle du chef d’une milice affi­liée à Al-Qaïda.

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L’ar­ri­vée de la police ghanéenne
Crédits : DEA

La DEA affirme que, lors des réunions suivantes, les Maliens ont apporté de nombreuses preuves de leurs connexions avec Al-Qaïda. Les retrans­crip­tions sont diffi­ciles à suivre. Pour autant, le sujet d’Al-Qaïda a clai­re­ment été évoqué à plusieurs reprises, et souvent par les indics qui cher­chaient à obte­nir des décla­ra­tions pouvant incri­mi­ner leurs inter­lo­cu­teurs. À une occa­sion, Moha­med a donné l’ins­truc­tion aux cibles de l’enquête de s’adres­ser de façon plus agres­sive s’ils voulaient persua­der David de faire le deal. « Je lui ai dit que vous étiez des guer­riers », a déclaré Moha­med. « Faites-le sentir quand vous parlez pour que je puisse le répé­ter. Vous compre­nez ? » David a brandi une liasse de billets. « Tu m’as dit que vous aviez besoin d’ache­ter un camion, n’est-ce pas ? » a-t-il demandé à Touré. « Voilà 25 000 dollars pour que vous puis­siez l’ache­ter. » Moha­med a suggéré que la marque de confiance de David méri­tait un retour d’as­cen­seur. « Vous devez connaître notre pouvoir », a déclaré Touré. « Vous devez être au courant nos réseaux. » « C’est ça », a dit Moha­med. « Voilà ce qu’il veut. » Plus tard, il a demandé aux Maliens s’ils étaient vrai­ment « les maîtres du désert ». Abdel­rah­man est inter­venu : « Nous avons les voitures, le pouvoir et les armes. » Touré a ajouté : « Nous avons des bandes. Nous avons des bases. Nous avons des armes. Nous avons tout. »

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE


Traduit de l’an­glais par Maha Ahmed d’après l’ar­ticle « The Narco-terror Trap », paru dans ProPu­blica. Couver­ture : Des agents de la DEA brûlent du haschisch en Afgha­nis­tan, en 2008. Créa­tion graphique par Ulyces. 

QU’EST-IL ARRIVÉ AUX MALIENS PIÉGÉS PAR LA DEA ?ulyces-narcoterror-couv02

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