par Guillaume Fagot | 0 min | 15 décembre 2016

LA PREMIÈRE PARTIE DE L’HISTOIRE

39

Lorsque je l’ai inter­­­rogé plus tôt sur son premier meurtre, il mentait. Il m’a répondu qu’il ne s’en rappe­­lait plus car il buvait et prenait beau­­coup trop de coke à l’époque, mais en vérité, il s’en souvient très bien. « La première personne que j’ai tuée… c’était à l’époque où j’étais flic. Nous étions en patrouille », dit-il. « Ils ont appelé mon parte­­naire et lui ont dit que le type qu’on recher­­chait était dans un centre commer­­cial. Nous sommes allés le choper et nous l’avons fourré dans la voiture. » Deux hommes montent à leur tour dans la voiture, iden­­ti­­fient la cible et s’en vont. Ce sont les comman­­di­­taires. Lui et son parte­­naire ont recours au code utilisé par la police pour les homi­­cides : lorsque que le nombre 39 est prononcé, cela signi­­fie qu’il faut tuer la cible. Le type qu’ils ont enlevé a perdu dix kilos de cocaïne qui appar­­te­­nait aux deux autres hommes. Son parte­­naire est au volant, lui passe à l’ar­­rière avec la victime. cocaine-psd4812Le type explique qu’il a donné la came à quelqu’un d’autre. À ce moment-là, son parte­­naire dit « 39 » et il le tue instan­­ta­­né­­ment. « C’était comme auto­­ma­­tique », explique-t-il. Ils tournent dans les rues pendant des heures avec le corps, à pico­­ler. Fina­­le­­ment, ils se rendent dans une zone indus­­trielle, soulèvent un couvercle et jettent le corps dans l’égout. Pour son service, il reçoit 30 grammes de coke, une bouteille de whisky et 1 000 dollars. « Ils m’ont dit que j’avais passé le test. J’avais 18 ans. » Il prend une chambre d’hô­­tel, tape de la coke et boit sans fermer l’œil pendant quatre jours. « La police fédé­­rale se foutait du fait qu’on soit bour­­rés. Et si je voulais vrai­­ment qu’on me laisse peinard, il fallait juste que je donne 100 pesos au répar­­ti­­teur pour être sûr qu’on ne m’ap­­pel­­le­­rait pas. » Après son baptême du feu, il se met au kidnap­­ping et pénètre dans un nouveau monde. Il commence à voya­­ger dans tout le Mexique. Il travaille pour la police, mais dès qu’il reçoit une mission, on lui donne un congé. Quelques-uns des kidnap­­pings auxquels il prend part ont pour objec­­tif d’em­­po­­cher une rançon. Mais des centaines d’autres avaient un but diffé­rent. « Ils me disaient : “Attrape ce type. Il a perdu 200 kilos de marijuana et n’a pas payé.” Je l’at­­tra­­pais avec ma voiture de police et je le balançais dans une planque. Quelques heures plus tard, on me passait un coup de fil pour me dire qu’il y avait un corps à faire dispa­­raître. » ulyces-elsicario-09« C’était le début de ma carrière, après que j’ai réussi mon test. Pendant envi­­ron trois ans, j’ai voyagé partout au Mexique. Je suis même allé au Quin­­tana Roo, une fois. J’avais toujours une voiture de flic. Parfois on prenait l’avion, mais la plupart du temps on condui­­sait. On traver­­sait les check­­points mili­­taires en leur montrant un docu­­ment offi­­ciel qui disait qu’on trans­­por­­tait un prison­­nier. Le numéro de dossier était bidon. » Il se fait en quelque sorte le guide touris­­tique d’un Mexique alter­­na­­tif, un pays où des citoyens sont trans­­ba­­hu­­tés de planque en planque sans qu’on trouve la moindre trace dans les archives des tribu­­naux ou des agences de rensei­­gne­­ment. Lorsqu’il arrive quelque part, la personne a déjà été kidnap­­pée. Il passe juste récu­­pé­­rer la marchan­­dise. Mani­­pu­­ler les victimes est facile car elles sont terri­­fiées. « Ils étaient soula­­gés en voyant qu’il s’agis­­sait d’une voiture de police. Je leur disais : “Ne t’inquiète pas, tout ira bien. Tu vas retrou­­ver ta famille. Si tu ne coopères pas par contre, on te droguera et tu fini­­ras dans le coffre. Je ne peux pas te garan­­tir que tu verras la fin du voyage.” » Sur la route, ils carburent à la coke. Lui et son parte­­naire se mettent toujours sur leur 31 pour ce genre de missions – l’or­­ga­­ni­­sa­­tion leur donne cinq ou six costumes neufs tous les trois mois. Ils sont rare­­ment chez eux mais crèchent dans des planques, où on les four­­nit en drogue et en nour­­ri­­ture. Mais pas en femmes. Busi­­ness is busi­­ness.

Les planques

Ils ne font jamais leur travail de flic – ils travaillent à plein temps pour les narcos. C’est sa vraie maison depuis bien­­tôt 20 ans, un autre Mexique qui n’existe pas offi­­ciel­­le­­ment et coexiste sans souci avec le gouver­­ne­­ment. Lorsqu’il trans­­porte des êtres humains qui seront plus tard ligo­­tés, tortu­­rés et tués, il n’est jamais inquiété par les auto­­ri­­tés. En façade, il roule pour le gouver­­ne­­ment, c’est un poli­­cier avec huit hommes sous ses ordres. Mais son véri­­table employeur est l’or­­ga­­ni­­sa­­tion – qu’il suppose être le cartel de Juárez, mais il ne pose jamais de ques­­tions, car les ques­­tions peuvent être fatales. Ils lui donnent un salaire, une maison, une voiture. Et une stature. Il estime que 85 % des forces de police travaillaient pour l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. Mais même par temps clair, il aperçoit à peine le cartel qui l’em­­ploie. Il travaille au sein d’une cellule, avec un boss au-dessus de lui, et au-dessus du boss une sphère de pouvoir qu’il ne côtoie pas et dont il ne sait rien. Il estime égale­­ment que sur cent êtres humains qu’il trans­­por­­tait, deux seule­­ment en reve­­naient, avec de la chance. Les autres mouraient. Lente­­ment, très lente­­ment.

ulyces-elsicario-10
Charles Bowden devant une planque des narcos

Dans chaque planque, il y a entre cinq et quinze victimes de kidnap­­ping. Leurs yeux sont bandés en perma­­nence et on tue ceux dont le bandeau a glissé. À des moments, on les installe sur une chaise face à la télé­­vi­­sion, leurs yeux sont déli­­vrés des ténèbres pour un bref instant, durant lequel ils regardent des vidéos de leurs enfants qui vont à l’école, de leur femme qui fait les courses et de toute la famille à l’église. Ils voient le monde qu’ils ont laissé derrière eux, et ils savent que ce monde va dispa­­raître. Il sera détruit si l’argent ne vient pas. Les voisins ne se plaignent jamais des planques. Ils voient des voitures de police garées devant et préfèrent la boucler. Les types ont beau devoir un million, quand le travail est fini ils donnent tout, jusqu’au dernier centime de leur fortune. Peut-être qu’on lais­­sera à leur femme une maison et une voiture. Peut-être. Ils restent parfois déte­­nus pendant deux ans. Ils sont battus après chaque repas, afin qu’ils asso­­cient la nour­­ri­­ture à la douleur. Il arrive rare­­ment qu’on donne l’ordre de relâ­­cher un prison­­nier. Ils sont alors conduits dans un parc les yeux bandés et on leur dit de comp­­ter jusqu’à 50 avant de rouvrir les yeux. Même en retrou­­vant leur liberté, ils s’ef­­fondrent en sanglots car ils n’ont plus le moindre espoir d’être relâ­­chés. Ils s’at­­tendent à être assas­­si­­nés. « Parfois », dit-il, « on auto­­ri­­sait les prison­­niers déte­­nus depuis des mois à reti­­rer leur bandeau pour qu’ils puissent nettoyer la planque. Après quelques temps, ils commençaient à penser qu’ils faisaient partie de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion et ils s’iden­­ti­­fiaient aux gardes qui les battaient. Certains compo­­saient même des chan­­sons sur leur vie de prison­­nier, et ils nous faisaient miroi­­ter toutes les bonnes choses qu’ils s’as­­su­­re­­raient de nous donner lorsqu’ils seraient libres. Après les avoir roués de coups, on envoyait à leurs familles des vidéos d’eux en train de supplier face caméra : “Donnez-leur tout !” Après ça, on rece­­vait l’ordre et on les tuait. » santa-muerte1Les paie­­ments sont toujours adres­­sés à l’or­­ga­­ni­­sa­­tion depuis une ville diffé­­rente de celle où le prison­­nier est détenu. Tout est compar­­ti­­menté au sein de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. Il arrive souvent qu’il soit affecté à une planque pendant des semaines sans qu’il adresse un mot aux prison­­niers ou qu’il sache qui ils sont. Ça n’a pas d’im­­por­­tance. Ce sont des produits, lui n’est qu’un employé qui suit les ordres. Peu importe combien la famille paye, le prison­­nier meurt presque toujours. Quand sa famille a été dépos­­sé­­dée de tout son argent, il n’a plus aucune valeur. Sans comp­­ter qu’il pour­­rait trahir l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. La mort est l’is­­sue logique. Le tueur se tait un moment. Il veut qu’on comprenne bien qu’aujourd’­­hui, il est dans la même posi­­tion que les prison­­niers qu’il a tortu­­rés et tués. Il est en dehors de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, il repré­­sente une menace pour elle et « tous ceux qui ne sont plus d’au­­cune utilité au boss doivent mourir ». À présent, c’est un homme flot­­tant qui se rappelle le temps où il était ferme­­ment ancré dans son monde.

~

« Je veux qu’on comprenne bien que j’éprou­­vais des choses, quand j’étais dans les maisons de torture et que les gens étaient éten­­dus par terre dans leur vomi et leur sang. Mais je n’avais pas la permis­­sion de les aider. » Il dit cela avec le plus grand calme. Il alterne entre affir­­ma­­tions de son huma­­nité et expli­­ca­­tions sur sa façon de garder une atti­­tude profes­­sion­­nelle tandis qu’il kidnap­­pait, tortu­­rait et tuait les gens. Il dit qu’il vit dans la crainte aujourd’­­hui parce qu’il croit en Dieu. Puis il raconte qu’il pouvait faire un beau carton à l’AK-47 sur la cible, à 700 mètres de distance. Il s’est entraîné dans des bases mili­­taires et des acadé­­mies de police. Il pouvait entrer en utili­­sant son badge de flic. Il insiste sur le fait que ce travail n’était pas fait pour les amateurs. La torture, par exemple : il faut savoir jusqu’où aller. Même si vous avez l’in­­ten­­tion de tuer la personne à la fin, vous devez agir avec précau­­tion pour obte­­nir l’in­­for­­ma­­tion néces­­saire. « Ils ont telle­­ment peur », explique-t-il, « qu’ils se montrent géné­­ra­­le­­ment coopé­­ra­­tifs. Parfois, quand ils réalisent ce qui va leur arri­­ver, ils deviennent agres­­sifs. Ceux-là, vous leur reti­­rez leurs chaus­­sures, vous mouillez leurs vête­­ments et vous leur collez un fil chaud sous chaque pied pendant 15 secondes. Là, ils comprennent que c’est vous le patron et que vous obtien­­drez l’in­­for­­ma­­tion que vous cher­­chez. On ne peut pas trop les frap­­per parce qu’ils deviennent insen­­sibles à la douleur. J’ai vu des gens qui s’étaient faits battre à tel point qu’on pouvait leur enle­­ver les ongles avec une pince sans qu’ils ne sentent rien. » « Vous leur menot­­tez les mains derrière le dos, vous les asseyez dans une chaise face à une ampoule de 100 W et vous leur posez des ques­­tions sur leurs boulots, le nombre et l’âge de leurs enfants, toutes les choses sur lesquelles vous avez fait des recherches et dont vous connais­­sez déjà la réponse. À chaque fois qu’ils mentent, vous leur donnez un coup d’ai­­guillon pour bétail élec­­trique. Une fois qu’ils ont compris qu’ils ne pouvaient pas mentir, vous commen­­cez à leur poser les vraies ques­­tions. Combien de cargai­­sons ils ont trans­­por­­tées aux États-Unis, pour qui ils travaillent et pourquoi ils refusent de payer votre boss – quand c’est le cas. » ulyces-elsicario-11 « À ce moment-là, ils feront de leur mieux pour répondre à toutes les ques­­tions. Après on les tabasse à nouveau et on les laisse se repo­­ser. On leur montre ces vidéos de leur famille. Là, ils vous donnent tout ce que vous deman­­dez et bien plus. Main­­te­­nant que vous avez un réel avan­­tage, vous vous en servez pour cibler des hangars et voler des cargai­­sons, mettre la main sur d’autres personnes avec lesquelles ils travaillent, puis vous refaites des vidéos de leur famille et recom­­men­­cez le proces­­sus. On sait bien que les familles n’iront pas parler à la police, car ils savent que le type trempe dans de sales affaires. Mais s’ils le disent à la police malgré tout, on le sait instan­­ta­­né­­ment parce qu’on travaille avec eux. On fait partie de l’unité de lutte contre le kidnap­­ping… Parfois, les personnes kidnap­­pées sont tuées sur le champ parce qu’ils ne valent plus rien après qu’on a pris leur bijoux et leur caisse. Ce genre de prises sont distri­­buées entre les gars de l’unité, qui sont entre cinq et huit. Le plus dur, c’est de tuer les types, car il faut creu­­ser un trou pour les enter­­rer. Les gens commettent géné­­ra­­le­­ment deux erreurs. Soit ils ne payent pas la personne qui contrôle le quar­­tier, la ville. Soit ils rêvaient d’être plus gros que le boss. » Mais tout cela n’a que peu d’im­­por­­tance car il ne demande jamais aux gens pourquoi ils ont été kidnap­­pés, ni qui ils sont vrai­­ment. Ils ne sont qu’un produit et il n’est qu’un employé. Leurs cris sont un simple bruit de fond, comme sur un chan­­tier. Tout comme le fait de les rassu­­rer ou de les trans­­por­­ter d’une planque à l’autre : ça fait simple­­ment partie du boulot.

L’exé­­cu­­tion

Il y a une deuxième caté­­go­­rie de kidnap­­ping, qu’il trouve presque embar­­ras­­sante. La femme d’un type a une aven­­ture avec son coach person­­nel, donc vous kidnap­­pez le coach et le tuez. Ou bien un type a une petite amie super mignonne et un autre type la veut, alors vous tuez le petit ami pour lui récu­­pé­­rer la fille. « Je rece­­vais les ordres et je devais les tuer. Les boss ne savent pas où placer la limite. S’ils ont envie d’une femme, ils la prennent. S’ils ont envie d’une voiture, ils la prennent. Ils n’ont pas de limites. »

Les massacres qui ont lieu à Juárez le scan­­da­­lisent car ils sont perpé­­trés par des amateurs.

Il déteste les gens qui aiment tuer. Ce ne sont pas des pros. Les vrais sica­­rios tuent pour l’argent. Mais certaines personnes tuent pour le plai­­sir. « Certains types disent : “Tiens, j’ai tué personne depuis une semaine.” Alors ils sortent et tuent quelqu’un. Ce genre de personnes n’ont pas leur place dans le crime orga­­nisé. Ce sont des fous. Si vous décou­­vrez un type de ce genre dans votre unité, vous le tuez. Les gens dont vous avez besoin sont des flics ou des anciens flics : des tueurs entraî­­nés. » C’est un sujet déli­­cat à abor­­der pour lui. Les massacres qui ont lieu à Juárez le scan­­da­­lisent car trop de ces assas­­si­­nats sont perpé­­trés par des amateurs, des gamins qui imitent les sica­­rios. Il est consterné par le nombre de balles utili­­sées pour une seule exécu­­tion. C’est la preuve d’un manque criant d’en­­traî­­ne­­ment et de compé­­tences. Les vrais tueurs tirent à l’em­­pla­­ce­­ment exact de la serrure de la voiture, car un tir de ce genre atteint immé­­dia­­te­­ment le torse du conduc­­teur. Il a été deux fois ralenti par des véhi­­cules blin­­dés, mais la solu­­tion est de tirer une rafale de muni­­tions chemi­­sées au même point : les balles trans­­percent le blin­­dage. Un assas­­si­­nat ne doit pas prendre plus d’une minute. Mais même ses boulots les plus diffi­­ciles contre des véhi­­cules blin­­dés lui en ont pris moins de trois. Un vrai sica­­rio, insiste-t-il, ne tue pas les femmes ou les enfants. À moins que les femmes ne soient des infor­­ma­­trices qui travaillent pour la DEA ou le FBI. Il doit me faire un schéma. Une véri­­table exécu­­tion demande d’être plani­­fiée. D’abord, les Yeux étudient la cible pendant plusieurs jours, souvent plus d’une semaine. Un programme précis de ses habi­­tudes est dressé : l’heure à laquelle il se lève, à laquelle il part travailler, à laquelle il rentre chez lui… sa routine est préci­­sé­­ment enre­­gis­­trée par les Yeux. Puis l’Es­­prit prend la relève. Il étudie les habi­­tudes du type ailleurs en ville : sa jour­­née de travail, les endroits où il déjeune, où il sort boire un verre, la fréquence à laquelle il rend visite à sa maîtresse, où elle vit et quelles sont ses habi­­tudes. Entre le travail des Yeux et celui de l’Es­­prit, on peut dres­­ser un portrait. Il y a ensuite une réunion de l’équipe, consti­­tuée de six à huit personnes. Il y a deux voitures de police et deux autres pleines de sica­­rios. Une rue est choi­­sie pour exécu­­ter la cible, qu’on peut bloquer faci­­le­­ment. Le timing est établi minu­­tieu­­se­­ment et l’as­­sas­­si­­nat a lieu à quelques pâtés de maison d’une planque – facile étant donné qu’il y en a partout en ville. Il prend un stylo et commence à dessi­­ner. La voiture de tête est une voiture de police. Puis vient une voiture de sica­­rios. Après elle se trouve la voiture conduite par la cible, suivie de près par une autre voiture de sica­­rios. Enfin, la deuxième voiture de police ferme la marche. Durant l’exé­­cu­­tion, les Yeux observent et l’Es­­prit s’oc­­cupe des radios. ulyces-elsicario-12 Quand la cible pénètre dans la zone dési­­gnée pour le meurtre, la voiture de police de tête pile et bloque la rue. La première voiture de sica­­rios ralen­­tit, tandis que la seconde s’ar­­rête derrière la cible et lui tire dessus. La dernière voiture de police bloque l’autre extré­­mité de la rue. La manœuvre doit prendre moins de 30 secondes. Un homme sort et donne le coup de grâce à la victime criblée de balles. Puis tout le monde se disperse. La voiture des tueurs file vers la planque et ils laissent le véhi­­cule dans un garage. Il est ensuite amené chez un gara­­giste qui travaille pour l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, repeint et vendu à une autre unité de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. Les tueurs récu­­pèrent une voiture à la planque et retournent souvent sur les lieux du crime pour voir si tout s’est bien passé. Il dessine tout cela avec exac­­ti­­tude, chaque rectangle tracé nette­­ment repré­­sen­­tant une voiture. La voiture de la cible est colo­­riée en vert. Les flèches indiquent la façon dont chaque véhi­­cule se déplace. Comme une équa­­tion sur un tableau noir.

~

Il se redresse et se laisse aller en arrière, son visage expri­­mant presque la satis­­fac­­tion du travail bien fait. C’est de cette façon qu’un vrai sica­­rio effec­­tue son travail. Dans une opéra­­tion idéale, aucune cible ne survit. Si un membre du groupe est blessé, on le conduit dans un des hôpi­­taux de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion. « Si vous pouvez ache­­ter un gouver­­neur, vous pouvez bien ache­­ter un hôpi­­tal. » « Je n’ai jamais su les noms des gens avec lesquels je travaillais », pour­­suit-il. « Il y avait un type qui chapeau­­tait notre groupe et il savait tout. Mais si ton boulot est d’exé­­cu­­ter des gens, c’est tout ce que tu fais. Tu ne sais pas qui ni pourquoi. Je pouvais me retrou­­ver pendant un mois dans la planque avec les gens kidnap­­pés et ne jamais leur parler. Et quand on me disait de les tuer, je les tuais. On les emme­­nait à l’en­­droit où ils devaient être exécu­­tés et on leur enle­­vait leurs vête­­ments. On les tuait exac­­te­­ment de la façon dont on nous disait de les tuer – une balle dans la nuque, de la chaux sur les corps. Des fois, vous tuez des gens en les étran­­glant. Ils arrêtent de respi­­rer et le télé­­phone sonne : “Ne les tuez pas.” À ce moment-là, mieux vaut savoir comment ressus­­ci­­ter quelqu’un si vous ne voulez pas être tué vous-même, car le boss ne fait jamais d’er­­reur. » ulyces-elsicario-13 Tout est confiné, hermé­­tique­­ment clos. Pendant un temps, l’or­­ga­­ni­­sa­­tion fait appel à des gamins tarés pour voler des bagnoles, mais les mômes – ils devaient être une quaran­­taine – deviennent arro­­gants. Ils parlent trop et vendent de la came dans les boîtes de nuit. Ces agis­­se­­ments contre­­viennent à un accord entre le cartel et le gouver­­neur de Chihua­­hua pour que la ville se taise. Voilà pourquoi une nuit, il y a 15 ans de cela, 50 poli­­ciers et 150 hommes de l’or­­ga­­ni­­sa­­tion, ont rassem­­blé tous les jeunes sur l’Ave­­nida Juárez. Ils n’ont pas été tortu­­rés. Ils ont été tués d’une seule balle dans la tête et enter­­rés dans un grand trou. « Non », dit-il. « Je ne te dirai pas où se trouve le trou. » Il a du mal à se rappe­­ler certaines choses. « Je me levais le matin et je prenais une trace », raconte-t-il. « Après je descen­­dais un verre de whisky. Puis j’al­­lais manger. Je dormais rare­­ment plus de quelques heures, l’his­­toire d’une sieste. Diffi­­cile de dormir en temps de guerre. Même quand j’avais les yeux fermés, j’étais en alerte. Je dormais avec un AK-47 chargé d’un côté et un .38 de l’autre. Les sécu­­ri­­tés étaient toujours reti­­rées. » Il me demande si je connais les death houses, les « maisons de la mort ». « Ça pren­­drait un livre entier de tout dire sur les death houses. Crois-moi, je connais les planques où sont enter­­rées 600 cadavres à Juárez. Je connais une death house qu’ils n’ont jamais décou­­verte qui contient 56 cadavres. Il y a aussi un rancho dans lequel les auto­­ri­­tés disent avoir trouvé deux corps, mais je sais qu’il y en a 32 là-bas. Si la police menait vrai­­ment l’enquête, ils trou­­ve­­raient les corps. Mais visi­­ble­­ment, on ne peut pas se fier à la poli­­ce… » Il veut surtout savoir ce que je sais des deux maisons de la mort qui ont été décou­­vertes à l’hi­­ver dernier. Je lui dis que l’une conte­­nait neuf cadavres, l’autre 36. dejavu-in-juarezNon, non, insiste-t-il, la seconde en conte­­nait 38, dont deux sont des femmes. Il me dessine soigneu­­se­­ment le plan de cette deuxième maison. L’une des femmes, explique-t-il, a été tuée parce qu’elle parlait trop. L’autre, c’était une erreur. Cela arrive, même si les boss refusent de l’ad­­mettre. La maison aux 38 morts revient souvent dans la conver­­sa­­tion. Je me rappelle que je me tenais debout dans cette rue cras­­seuse à l’époque, tandis que les auto­­ri­­tés mettaient en scène leur décou­­verte macabre. À 800 m de là se trou­­vait un hôpi­­tal où des gens bles­­sés par des tirs de mitraillette avaient été conduits, au prin­­temps. Mais les tueurs ont suivi l’am­­bu­­lance et ils les ont tués une fois arri­­vés aux urgences. Ils se sont aussi occu­­pés de leurs familles dans la salle d’at­­tente. « Les narcos », dit-il pour que je comprenne bien, « ont des infor­­ma­­teurs dans la DEA et le FBI. Ils travaillent jusqu’au jour où ils deviennent inutiles. Alors on les tue. » Quant à ceux qui informent le FBI et la DEA, « ils meurent sale­­ment ». Il m’ex­­plique. « Ils ont été amenés les mains menot­­tées dans le dos à la death house où ils ont trouvé 36 cadavresOn leur mettait un t-shirt trempé d’es­­sence sur le dos et on y mettait le feu. Après quelques temps, on les reti­­rait et la peau venait avec. Les hommes hurlaient comme du bétail qu’on égorge. On leur injec­­tait une drogue pour qu’ils ne perdent pas conscience. Puis ils leur ont mis de l’al­­cool sur les testi­­cules avant d’y mettre le feu. Ils sautaient telle­­ment haut ! Ils avaient beau être menot­­tés, je n’ai jamais vu des gens sauter si haut. » On dérive encore, tous les masques sont tombés à présent. Le vété­­ran, le sica­­rio profes­­sion­­nel, me donne tous les détails d’une mission impor­­tante qu’on lui a confiée. « Leurs dos étaient comme du cuir, ils ne saignaient pas. Ils ont mis des sacs plas­­tique sur leurs tête pour les étouf­­fer, puis ils les ont rame­­nés à la vie en leur passant de l’al­­cool sous le nez. » « La seule chose qu’ils nous ont dit, c’était : “On se reverra en enfer.” »

A guard dog stretches the length of his chain in front of a family of factory worker's home in Juarez. Random violence is common in Juarez. With the city destabilized locals live in fear of car jacking and home robberies that often end in murder.
Un chien de garde dans une cour de Juárez
Crédits : Domi­­nic Bracco II

« Ça a duré pendant trois jours. Ils sentaient terri­­ble­­ment mauvais à cause des brûlures. On a fait venir un docteur pour les garder en vie. Ils voulaient qu’ils vivent un jour de plus. Au bout d’un moment ils ont commencé à chier du sang. Alors ils leur ont enfilé des manches à balais dans le cul. Le deuxième jour, quelqu’un est venu et leur a dit : “Je vous avais dit que ça allait arri­­ver.” » « Ils l’ont supplié qu’on les tue. » « Les types sont restés vivants pendant trois jours de plus. Le docteur conti­­nuait à leur faire des injec­­tions pour les main­­te­­nir en vie, il devait travailler dur. Ils ont fini par mourir de cette torture. » « Ils n’ont jamais appelé Dieu à l’aide. Ils se conten­­taient juste de répé­­ter qu’ils nous retrou­­ve­­raient en enfer. » « Je les ai enter­­rés face contre terre sous des tonnes de chaux. » Il est excité. Ça lui revient complè­­te­­ment. Il peut sentir la pelle dans sa main.

Le loup et l’agneau

Il est calme à présent. Il ne revit cette période maudite que pour moi, dit-il. Il rassemble ses diffé­­rents dessins, regarde les sché­­mas verts qu’il a dessi­­nés, puis les déchire lente­­ment en petits carrés jusqu’à ce que les feuilles ne puissent plus jamais êtres recons­­truites. Jusqu’à la fin de l’an­­née 2006, il œuvre partout au Mexique pour diffé­­rents groupes qui travaillent géné­­ra­­le­­ment ensemble. Il y a quelques moments diffi­­ciles, quand d’autres ont essayé de s’em­­pa­­rer de Juárez et qu’il a fallu les crava­­ter. Mais en règle géné­­rale, sa vie est paisible. Si calme qu’il n’a jamais ressenti le besoin de savoir pour qui il travaillait.

joaquin_guzman_loera_aka_el_chapo_guzman
El Chapo

« Je rece­­vais mes ordres de deux personnes. Ils me comman­­daient. Je n’ai jamais su pour quel cartel je travaillais. Je n’ai jamais rencon­­tré aucun des boss, donc quand la guerre a éclaté entre Vicente Carrillo et Chapo Guzmán en 2006, je ne savais pas pour lequel des deux je tuais. Et les ordres pouvaient se croi­­ser d’un groupe à l’autre. J’évo­­luais au sein d’une cellule et je ne faisais que rece­­voir des ordres. En 30 minutes à Juárez, 60 hommes suren­­traî­­nés et lour­­de­­ment armés peuvent se rassem­­bler dans une tren­­taine de voitures et parcou­­rir la ville pour une démons­­tra­­tion de force. » « À mon niveau, on a commencé à rece­­voir l’ordre de tirer à vue sur nos anciens collègues. » Il est kidnappé mais on le relâche une heure après. Une expé­­rience désta­­bi­­li­­sante après laquelle il commence à songer à échap­­per à cette vie. Mais ce n’est pas une déci­­sion facile, car si vous aban­­don­­nez, vous êtes assas­­siné. Alors que la guerre prend de l’am­­pleur, il commence à se tenir à distance des gens qu’il connaît et avec qui il travaille. Il essaie de dispa­­raître. À ce moment-là, un tiers des gens qu’il connaît ont été tués. « Ils ont été jugés inutiles et abat­­tus. » Il ne connaît pas le boss, il n’est même plus sûr de savoir qui est son patron. Il boit chez lui. Les rues sont trop dange­­reuses. De nouvelles têtes débarquent, il ne les connaît pas. Il n’est plus en sécu­­rité. Alors il s’échappe. Il se confie à un ami, qui le trahit. Il s’in­­ter­­rompt un moment. Il sait qu’il a commis une erreur fatale. Il a violé une règle fonda­­men­­tale : on ne peut être trahi que par quelqu’un en qui on a confiance. L’unique façon de survivre est de ne croire en personne. Mais il y a une parcelle d’hu­­ma­­nité en chacun d’entre nous et on finit toujours par avoir besoin de s’en remettre à quelqu’un, d’ap­­pe­­ler cette personne un ami et de parta­­ger ce qu’on ressent. C’est un besoin fatal. C’est ce besoin qu’il a exploité pendant des années, avec lequel il jouait lorsqu’il faisait monter les gens dans sa voiture de police et qu’il leur disait que tout se passe­­rait bien s’ils coopé­­raient, qu’ils rever­­raient bien­­tôt leur famille s’ils se tenaient tranquilles. Et Dieu sait qu’ils le croyaient. Ils ne disaient pas un mot en traver­­sant les check­­points. Ils ne disaient à personne qu’ils avaient été kidnap­­pés. Dans les planques aussi, ils lui faisaient confiance. Ils aidaient à laver le sol, à nettoyer le vomi et le sang. Ils compo­­saient des chan­­sons. Ils lui faisaient confiance jusqu’à l’ins­­tant où il les étran­­glait. Son ami le balance. Il est capturé à 22 h et cette fois on le retient jusqu’à 3 h du matin. Mais quelque chose a changé en lui. Quatre hommes l’em­­mènent dans une planque. Ils lui enlèvent ses vête­­ments et le laissent en short. Ils attrapent des boules de billard et le battent. Mais il voit bien que ce sont des amateurs. Ils ne lui passent même pas les menottes, ce qui le perturbe. Il est fait prison­­nier par des kidnap­­peurs de seconde zone. Pendant qu’ils le frappent, il prie et prie encore. Il rit, aussi, car il est effaré par leur incom­­pé­­tence. Ils ne l’ont pas atta­­ché et leurs coups ne le mettent pas hors service. Il les jauge et dans sa tête, prépare un plan pour les tuer l’un après l’autre.

Ils braquent des fusils sur lui. Il ne cesse pas de rire.

En même temps, il prie Dieu de ne pas le lais­­ser les tuer, il veut en finir avec cette vie de meurtre. Alors qu’il est assis devant moi dans cette chambre, à boire du café en se rappe­­lant cet instant, son visage s’illu­­mine. Il est passionné à présent. Il approche de son salut. Certaines personnes disent accep­­ter le Christ en eux, dit-il, mais à ce moment précis il se sent envahi tout entier par une accep­­ta­­tion totale. Ils braquent des fusils sur lui. Il ne cesse pas de rire. « J’avais peur », explique-t-il. « J’ai réalisé qu’il fallait que je les tue tous. » Deux des hommes armés sont partis. Un autre est aux toilettes. Il ne quitte pas des yeux le dernier. « Le type me dit : “Je n’ai pas de problème avec toi. Un jour, tu m’as dit de faire atten­­tion ou ils me tueraient. Tu m’as rendu service.” » « Dieu a répondu à ma prière. Je ne voulais pas les tuer, même si je savais que je pouvais le faire rapi­­de­­ment. Le gars m’a tourné le dos et m’a dit : “Pars, fous le camp !” » Il ouvre la porte et court, sans chaus­­sures ni vête­­ments.

~

Son visage est sévère à présent. Il y est fina­­le­­ment arrivé, à ce moment qui lui a permis de racon­­ter les kidnap­­pings, les tortures, les meurtres. Il dit tout. Il croit en Dieu et il a la profonde convic­­tion que n’im­­porte qui peut être racheté. Qu’il est possible de quit­­ter l’or­­ga­­ni­­sa­­tion et de survivre. Ses pensées s’em­­mêlent lorsqu’il parle. Il parle de salut, mais il ressent l’adré­­na­­line de ses meurtres. La fierté d’être craint. Il est entré dans la police lorsque Oropeza, le méde­­cin jour­­na­­liste, a été tué. Ses assas­­sins, se rappelle-t-il à présent, étaient ses mentors, ses profes­­seurs. Il se rappelle qu’a­­près le meurtre, le gouver­­neur de l’État a annoncé l’ou­­ver­­ture d’une grande enquête pour mettre la main sur les tueurs. L’un d’eux, un collègue poli­­cier, est resté bien sage­­ment dans son commis­­sa­­riat jusqu’à ce que les choses se tassent. Il est excité tandis qu’il revit le passé.

0a87f4f03ac1fb6112b4f2c4df9e1698
Les collines de Juárez, de nuit

« L’unique raison pour laquelle je suis ici, c’est que Dieu m’a sauvé. Je me suis repenti. Après toutes ces années, je peux enfin te parler. Il faut que je me débar­­rasse de ce passé. Il est mort à mes yeux. Il faut que tu l’écrives pour que les autres sica­­rios sachent qu’il est possible de partir. Ils doivent savoir que Dieu peut les aider. Ce ne sont pas des monstres. Ils ont été entraî­­nés comme le sont les forces spéciales dans l’ar­­mée. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’ils ont été entraî­­nés pour servir le diable. » « Imagine avoir 19 ans et avoir la possi­­bi­­lité d’ap­­pe­­ler un avion pour qu’il vienne te cher­­cher. J’ai­­mais le pouvoir. Je n’avais jamais réalisé avant que Dieu me parle que je pouvais m’en sortir. Pour­­tant, même cette déli­­vrance, je reste un loup. Je ne peux pas deve­­nir un agneau. Je reste quelqu’un de mauvais, mais à présent j’ai Dieu à mes côtés. » Il m’étu­­die alors que je prends note de ses paroles dans un carnet noir. Son corps semble surgir au-dessus de la table. C’est le moment, comme dans toutes les histoires, où chacun découvre qui il est vrai­­ment. Il prend la parole. « Je viens de revivre quelque chose que je n’au­­rais jamais dû rouvrir. Es-tu le bon medium pour toucher les autres ? J’ai prié Dieu pour savoir ce que je devais faire. Et tu es la réponse. Tu vas écrire cette histoire car c’est le dessein de Dieu. » « Dieu t’a donné cette mission. » ulyces-elsicario-14« Personne ne compren­­dra jamais cette histoire à part ceux qui ont vécu cette vie. Et Dieu te dira comment l’écrire. » Puis nous nous étrei­­gnons et prions. Je peux sentir sa main sonder mon épaule, il cherche à détec­­ter la puis­­sance du Seigneur en moi. J’ai du travail à présent. Nous nous sépa­­rons. Sur le parking, il se déplace avec une agilité nouvelle, il est en état de grâce. Le soleil flam­­boie dans le ciel, d’un bleu étin­­ce­­lant. La vie semble belle. Ses yeux s’apaisent et il rit. Puis je le vois qui mémo­­rise ma plaque d’im­­ma­­tri­­cu­­la­­tion dans un regard entraîné. Il m’a dit s’être baigné dans le sang de l’agneau, mais ses yeux restent ceux d’un loup.


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Antoine Coste Dombre d’après l’ar­­ticle « The sica­­rio: A Juárez hit man speaks », paru dans le maga­­zine Harper’s. Couver­­ture : Les armes d’un membre des cartels. 
 
Free Down­load WordP­ress Themes
Down­load Nulled WordP­ress Themes
Down­load WordP­ress Themes
Down­load WordP­ress Themes
free down­load udemy paid course
Free Download WordPress Themes
Premium WordPress Themes Download
Download Best WordPress Themes Free Download
Download Best WordPress Themes Free Download
online free course

Plus d'epic