par Helena Bottemiller Evich | 12 mars 2016

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Le chef

En se lançant elle-même dans un effort poli­­tique public, Michelle Obama rele­­vait un défi que beau­­coup d’autres occu­­pants de la Maison-Blanche avant elle avaient traité un peu diffé­­rem­­ment. La raison pour laquelle une Première dame peut être un visage utile à une campagne comme celle sur la nutri­­tion est claire, mais il n’est pas évident de la voir accom­­plir véri­­ta­­ble­­ment des choses impor­­tantes. Elea­­nor Roose­­velt est connue pour avoir trans­­formé le rôle d’épouse du président en ne le limi­­tant plus à celui d’hôte de l’Amé­­rique, assu­­rant la promo­­tion de tout, de l’exer­­cice physique aux liber­­tés civiles en passant par l’em­­bauche d’ar­­tistes et d’au­­teurs de la période de la Grande Dépres­­sion. Les Premières dames modernes ont souvent tenu un rôle proche de celui d’un respon­­sable de la commu­­ni­­ca­­tion, bien qu’elles se soient essayées au jeu poli­­tique – Rosa­­lynn Carter sur la santé mentale, Laura Bush on l’illet­­trisme –, à l’ex­­cep­­tion notable d’Hillary Clin­­ton, qui a été vili­­pen­­dée pour avoir essayé d’ins­­tau­­rer trop vite une poli­­tique fédé­­rale de sécu­­rité sociale et qui a passé les six années suivantes en retrait.


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Les cuisines de la Maison-Blanche et Sam Kass à droite
Crédits : Pete Souza

Pour les Obama, l’une des solu­­tions au problème a pris la forme de Sam Kass. Pendant que Michelle Obama s’oc­­cu­­pait des passages média­­tiques incon­­tour­­nables comme Sesame Street et Ellen, ils envoyaient souvent le chef cuisi­­nier de la Maison-Blanche en tant qu’in­­ter­­mé­­diaire de Washing­­ton. Avec son crâne rasé, ses centres d’in­­té­­rêt singu­­liers et l’éner­­gie inépui­­sable d’une ancienne star du base­­ball univer­­si­­taire, Kass était le genre de personne qu’ils pouvaient envoyer au front sans que Michelle ait à livrer bataille elle-même. Mais tout le monde savait qui il repré­­sen­­tait. Kass a aussi fait office de figure publique pour Let’s Move!, en accueillant des enfants à la Maison-Blanche pour des « dîners d’État » minia­­tures et en passant dans l’émis­­sion Today. Mais c’est en coulisse qu’il était le plus effi­­cace. Kass, qui décou­­vrait encore le monde de la bureau­­cra­­tie, a commencé à allu­­mer des feux ici et là au sein des agences fédé­­rales et des cadres de l’ali­­men­­taire. C’était le gardien de Michelle Obama. Des dizaines d’ex­­perts en nutri­­tion inter­­­viewés pour cet article ont dit ne pas se souve­­nir d’une seule réunion centrée sur la poli­­tique concer­­nant leurs problèmes avec la Première dame elle-même, et que presque tous avaient rencon­­tré Kass. Des figures impor­­tantes de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion sont venus voir Kass – qui a joué ce rôle de « tsar » comme d’autres membres du person­­nel de la Maison-Blanche pendant le premier mandat d’Obama, à l’ins­­tar de Carol Brow­­ner sur le chan­­ge­­ment clima­­tique et Steve Ratt­­ner sur l’in­­dus­­trie auto­­mo­­bile. Il était devenu incon­­tour­­nable si on voulait voir les choses avan­­cer. Il avait cette façon de secouer le coco­­tier des poli­­tiques s’étio­­lant depuis trop long­­temps dans les méandres de leur bureau­­cra­­tie, mais aussi de pous­­ser les employés de la Maison-Blanche eux-mêmes à revoir les façons de faire mieux et plus rapi­­de­­ment.

Plusieurs personnes exté­­rieures à la Maison-Blanche pensent que pendant que Kass était là, il a aidé à faire avan­­cer les règles de label­­li­­sa­­tion des menus dans le pays, qui traî­­naient depuis long­­temps (un héri­­tage peu connu d’Oba­­ma­­care) et à faire progres­­ser la répres­­sion contro­­ver­­sée des graisses trans par l’Agence améri­­caine des produits alimen­­taires et médi­­ca­­men­­teux (FDA). On retrouve l’em­­preinte de Kass sur beau­­coup d’autres problèmes liés à l’ali­­men­­ta­­tion, et qui dépassent de loin celui de l’obé­­sité infan­­tile – des problèmes allant de la limi­­ta­­tion de l’uti­­li­­sa­­tion des anti­­bio­­tiques dans la nour­­ri­­ture du bétail à la protec­­tion des polli­­ni­­sa­­teurs.

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Le chef de la Maison-Blanche
Crédits : USDA

Kass est arrivé là un peu brute de décof­­frage : les réunions avec lui étaient connues pour se termi­­ner par des cris. Il pouvait se montrer impa­­tient et inflexible. « Sam était un bull­­dog », dit l’an­­cien repré­­sen­­tant de la FDA, Stuart Pape, qui est main­­te­­nant conseiller pour des entre­­prises du secteur alimen­­taire. « Je me souviens de quelqu’un disant que c’était comme si nous étions tous les ingré­­dients d’une recette qui deman­­dait un bras­­sage constant, et que Sam était la cuillère. » La nouvelle chaîne de comman­­de­­ment avalait parfois de travers. Au sein de la FDA, qui travaillait à révi­­ser les tableaux d’in­­for­­ma­­tions nutri­­tives, à bannir les graisses trans et à label­­li­­ser les menus, des cadres moyens se sont plaints des inter­­­ven­­tions « du cuisi­­nier ». Un poli­­ti­­cien répu­­bli­­cain a déclaré qu’a­­voir un cuisi­­nier qui super­­­vise la poli­­tique alimen­­taire de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion reve­­nait à avoir « un méca­­ni­­cien auto qui dirige la NASA ». Mais Kass avait un atout que peu d’autres avaient : un lien person­­nel avec les Obama. « Ils discu­­taient du problème depuis de nombreuses années. Ça ne s’in­­vente pas », dit Barnes. « Ce n’est pas quelque chose qui s’im­­pro­­vise à la volée. » (Bien que Kass ait quitté la Maison-Blanche en 2014, lui et la famille prési­­den­­tielle restent amis : il joue au golf avec le président et en août dernier, les Obama se sont rendus à son mariage à New York avec la présen­­ta­­trice de MSNBC Alex Wagner. Un rapport indique égale­­ment que le président Obama a passé cinq heures dans l’ap­­par­­te­­ment de Kass à Washing­­ton pour un enter­­re­­ment de vie de garçon… Le jour où la campagne Let’s Move! a été lancée, le président a soutenu l’ef­­fort avec un ordre exécu­­tif permet­­tant la créa­­tion de la toute première task force natio­­nale contre l’obé­­sité infan­­tile, qui serait diri­­gée par son conseil en poli­­tique inté­­rieure et qui travaille­­rait en tandem avec la campagne de la Première dame. Une douzaine d’agences fédé­­rales se sont atte­­lées à travailler sur plus de 70 recom­­man­­da­­tions formu­­lées. Le minis­­tère de l’Agri­­cul­­ture a modi­­fié ses stan­­dards de repas scolaires afin qu’ils comportent plus de fruits et légumes, plus de céréales complètes et moins de sucre, de sel et de graisse. Des stan­­dards simi­­laires sont toujours à l’étude pour les crèches et les garde­­ries. Le minis­­tère a élargi son contrôle de l’ali­­men­­ta­­tion des enfants : pour la première fois, il régule tous les aliments vendus dans les écoles. Au Centre de contrôle des mala­­dies, des efforts ont été faits pour promou­­voir l’al­­lai­­te­­ment dans les hôpi­­taux (la recherche prouve que cela aide­­rait à garder un poids sain).

Des millions ont aussi été distri­­bués sous forme de bourses pour la préven­­tion commu­­nau­­taire et la promo­­tion d’une alimen­­ta­­tion saine et d’exer­­cice physique. La FDA a répondu en rema­­niant les tableaux d’in­­for­­ma­­tions nutri­­tives qui figurent sur les embal­­lages alimen­­taires pour que le nombre de calo­­rie appa­­raisse en gras et que les portions soient plus réalistes. La Maison-Blanche s’est impliquée jusque dans le nouveau design et c’est la Première dame elle-même qui a dévoilé le nouveau format à la Maison-Blanche en 2014. Pour la première fois, le label devrait faire figu­­rer les sucres natu­­rels mais aussi les « sucres ajou­­tés » – une mesure qui a rendu furieux certains secteurs de l’in­­dus­­trie alimen­­taire et de celle du sucre, qui envi­­sagent de poten­­tielles pour­­suites en se basant sur le fait que le corps digère tous les sucres, ajou­­tés ou non, de la même façon. Alors que l’Aile Est pousse les agences à adop­­ter ces chan­­ge­­ments à coup de persé­­vé­­rance et d’in­­ci­­ta­­tions, les obser­­va­­teurs de la poli­­tique alimen­­taire ont noté que les initia­­tives de Michelle se concré­­ti­­saient tout simple­­ment plus vite que ne le font habi­­tuel­­le­­ment les chan­­ge­­ments initiés par l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion. La révi­­sion des infor­­ma­­tions nutri­­tives – une régu­­la­­tion très impor­­tante avec un énorme impact sur le marché – a pris moins de huit semaines, lais­­sant libre le bureau du budget juste à temps pour que Michelle Obama puisse dévoi­­ler le nouveau label pour fêter le 5e anni­­ver­­saire de Let’s Move!. Une autre régu­­la­­tion, qui pour la première fois établit des règles strictes concer­­nant les snacks vendus dans les écoles, était une autre des prio­­ri­­tés de l’aile Est et a abouti à temps pour l’an­­née scolaire 2014–2015. La régu­­la­­tion a fait son chemin au minis­­tère de l’Agri­­cul­­ture en « un temps record », dit Margo Wootan, direc­­teur de la poli­­tique nutri­­tive au Center for Science in the Public Inte­­rest.  La Maison-Blanche l’a ensuite validé via le Bureau de la gestion et du budget en sept jours. « Je n’avais jamais vu ça, de toute ma carrière à Washing­­ton. »

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Michelle Obama présente Let’s Move! chez Ellen DeGe­­neres
Crédits : Chuck Kennedy

Au forceps

Mais entre les premiers essais de Michelle et le label de nutri­­tion qui arrive, il y a eu de nombreuses leçons diffi­­ciles sur tout le conflit que peut engen­­drer le chan­­ge­­ment. Si un problème a marqué la tran­­si­­tion de sa campagne passée de réforme bipar­­tite à para­­ton­­nerre contro­­versé, c’est bien la bataille des déjeu­­ners scolaires. Aucun autre élément n’est plus central, ou contro­­versé, sur la scène poli­­tique de la Première dame, que cette révi­­sion des menus scolaires, qui nour­­rissent chaque jour 30 millions d’en­­fants améri­­cains.

Depuis le début, tout le monde au sein de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion était d’ac­­cord pour dire que les écoles étaient abso­­lu­­ment incon­­tour­­nables dans la bataille contre l’obé­­sité infan­­tile. Beau­­coup d’en­­fants, surtout ceux issus de milieux défa­­vo­­ri­­sés, consomment envi­­ron la moitié de leurs calo­­ries quoti­­diennes à l’école. Le Natio­­nal School Lunch Program – signé par le président Harry S. Truman pour combattre la malnu­­tri­­tion et aider les fermiers – s’était enlisé dans une avalanche de produits trans­­for­­més et très riches en calo­­ries. Certaines écoles sont allées jusqu’à propo­­ser des produits McDo­­nald’s ou Taco Bell. Les fonde­­ments d’un durcis­­se­­ment des stan­­dards de nutri­­tion dans les écoles ont en réalité été mis en place sous George W. Bush, mais ne sont deve­­nus une prio­­rité qu’a­­vec l’ar­­ri­­vée de Michelle Obama. En 2010, la loi était prête à être recon­­duite, ce qui a consti­­tué une parfaite oppor­­tu­­nité pour l’aile Est d’im­­pri­­mer son empreinte sur une loi.

Mais le parcours du combat­­tant de la loi ne faisait que commen­­cer.

Et dès le départ, ça a été une lutte. Le Congrès était déjà surchargé par d’autres prio­­ri­­tés légis­­la­­tives d’Obama, dont les réformes sur la sécu­­rité sociale, le chan­­ge­­ment clima­­tique et la réforme de Wall Street. Même le contrôle des deux chambres du Congrès par les Démo­­crates ne garan­­tis­­sait pas une victoire. Pendant l’été 2010, de l’argent destiné au programme de nutri­­tion infan­­tile a été détourné pour aider à éviter des licen­­cie­­ments d’en­­sei­­gnants dans les États en situa­­tion diffi­­cile. À un autre moment déci­­sif parti­­cu­­liè­­re­­ment drama­­tique, les Démo­­crates progres­­sistes ont fait machine arrière alors que le proces­­sus était très avancé, en appre­­nant que le projet de loi allait être financé avec de l’argent prévu initia­­le­­ment pour les béné­­fi­­ciaires de coupons alimen­­taires. Mais le projet de loi était surtout perçu comme la cheville de l’ef­­fort de la Première dame et la Maison-Blanche n’al­­lait pas la lais­­ser perdre la bataille. Le président en personne en a alors appelé à la direc­­tion des Répu­­bli­­cains. Et Michelle Obama a elle-même décro­­ché son télé­­phone pour tenter de calmer plusieurs légis­­la­­teurs. Une conver­­sa­­tion avec la repré­­sen­­tante démo­­crate du Connec­­ti­­cut Rosa DeLauro, un grand soutien du programme de déjeu­­ners scolaires, s’est parti­­cu­­liè­­re­­ment mal passée ; un ancien assis­­tant parle­­men­­taire se souvient que l’ap­­pel s’est terminé par l’élue du Congrès profé­­rant des jurons. Les groupes de santé et la Maison-Blanche l’ont fina­­le­­ment emporté, et le Heal­­thy Hunger-Free Kids Act a été adopté par un Congrès boiteux – une loi consi­­dé­­rée comme une victoire majeure pour Let’s Move!.

Elle instau­­rait le premier chan­­ge­­ment nutri­­tion­­nel dans les menus scolaires depuis des décen­­nies et propo­­sait aux écoles de nouveaux finan­­ce­­ments fédé­­raux si elles opéraient les chan­­ge­­ments. Pour la première fois, une loi mettait en place des règles strictes concer­­nant la nour­­ri­­ture vendue dans les distri­­bu­­teurs et les self-services. Quand le président Obama a signé le projet de loi dans une école primaire de Washing­­ton, Michelle était à ses côtés. « Je ne suis pas seule­­ment extrê­­me­­ment fier de cette loi », a plai­­santé le président, « mais si je n’avais pas réussi à la faire passer, j’étais bon pour dormir sur le canapé. » Quand, juste après, il a fait une deuxième blague sur la catas­­trophe domes­­tique à laquelle il aurait dû faire face s’il avait échoué, sa femme lui a coupé la parole : « N’en­­trons pas là-dedans. Conten­­tons-nous de dire que ça a marché, pour qu’on n’ait pas besoin d’en parler. »

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Barack Obama signe le Heal­­thy Hunger-Free Kids Act
Crédits : Pete Souza

Mais le parcours du combat­­tant de la loi ne faisait que commen­­cer. Alors que les détails de cette poli­­tiques commençaient à prendre forme au minis­­tère de l’Agri­­cul­­ture, les direc­­teurs de l’ali­­men­­ta­­tion des écoles et les fabri­­cants de nour­­ri­­ture vendant leurs produits aux écoles sur un marché repré­­sen­­tant 15 milliards de dollars par an ont commencé à avoir sérieu­­se­­ment peur et à se plaindre auprès de leurs alliés de Capi­­tol Hill. En 2011, les fabri­­cants de pizzas ont demandé que la sauce tomate conti­­nue d’être consi­­dé­­rée comme un légume (ils ont remporté cette partie-là) ; les écoles de New York étaient furieuses de devoir passer aux bagels aux blé complet. En Caro­­line du Nord, les employées de cantine s’inquié­­taient de devoir reti­­rer le gru de leurs menus alors qu’il consti­­tuait un apport en calo­­rie popu­­laire et peu coûteux. Beau­­coup d’écoles ont trouvé la nouvelle nour­­ri­­ture plus coûteuse et moins popu­­laire, et certaines ont dû faire face à des pertes finan­­cières dans leurs café­­té­­rias. La School Nutri­­tion Asso­­cia­­tion, qui avait soutenu la loi lorsqu’elle a fait son chemin au Congrès en 2010, s’est retour­­née contre beau­­coup des réformes lorsqu’elles ont été mises en place et a commencé à faire du lobbying au Sénat pour faire reti­­rer les mandats sur les céréales et le sodium, afin de mettre fin à la nouvelle exigence d’in­­clure 125 grammes de fruits et légumes aux repas. Les Répu­­bli­­cains qui avaient réussi à rega­­gner la majo­­rité des sièges pendant les élec­­tions de mi-mandat en 2010 y ont vu une ouver­­ture et s’en sont pris direc­­te­­ment au programme de déjeu­­ners scolaires de Michelle Obama, arguant qu’il repré­­sen­­tait une exagé­­ra­­tion de plus du gouver­­ne­­ment fédé­­ral.

En 2014, une guerre ouverte avait éclaté au sujet des déjeu­­ners scolaires, avec d’un côté la Première dame et les avocats de la santé et, de l’autre, les diri­­geants de café­­té­­rias scolaires, les fabri­­cants de nour­­ri­­ture et les Répu­­bli­­cains. Les légis­­la­­teurs du secteur de l’éle­­vage voulaient une déro­­ga­­tion qui permette aux écoles perdant de l’argent avec l’op­­tion de l’ali­­men­­ta­­tion plus saine de se reti­­rer du programme. « Seule l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Obama pouvait prendre un programme de lutte contre la faim et en faire un programme anti-obésité sans voir la diffé­­rence », dit Brian Rell, direc­­teur de cabi­­net du répu­­bli­­cain Robert Aderholt, le Répu­­bli­­cain d’Ala­­bama qui a mené l’ef­­fort pour assou­­plir les règles.

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Michelle Obama parle de l’im­­porte de la loi
Crédits : Pete Souza

Le combat est devenu moche. À un moment donné, la Première dame a accusé certains membres du Congrès d’uti­­li­­ser la santé des enfants pour servir leurs petits jeux poli­­tiques et a appelé à se battre « sans merci » pour proté­­ger les stan­­dards de nutri­­tion. À un autre moment, le SNA a refusé à Kass le droit de venir s’ex­­pri­­mer à sa confé­­rence annuelle – un pied de nez à la Maison-Blanche qui illus­­trait bien à quel point les choses s’étaient enve­­ni­­mées. Après des mois, le Congrès et la Maison-Blanche ont fini par renon­­cer à l’idée d’une déro­­ga­­tion et modes­­te­­ment assou­­plir quelques stan­­dards dans le recueil de 2015. Ce qui est arrivé ensuite n’est pas clair : la loi de base sur la nutri­­tion expi­­rait en septembre, bien que tous les programmes prin­­ci­­paux conti­­nuent en pilote auto­­ma­­tique. L’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Obama, anxieuse à l’idée qu’un président répu­­bli­­cain puisse tout simple­­ment la jeter aux oubliettes, aime­­rait vrai­­ment scel­­ler son lègue en la faisant repas­­ser cette année. Mais même avec un compro­­mis bipar­­tite récent avec le Sénat, la chance de voir le projet de loi parve­­nir jusqu’au bureau d’Obama pendant une année d’élec­­tion prési­­den­­tielle est plutôt mince.

MyPlate

D’autres chan­­ge­­ments se sont faits bien plus faci­­le­­ment. Il a fallu moins de deux ans à Kass et une poignée de repré­­sen­­tants de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion pour se débar­­ras­­ser de la « pyra­­mide alimen­­taire » bien connue et la rempla­­cer par un tout nouveau guide de bien-manger baptisé MyPlate (mon assiette). « La première dame a été claire. Cela portait à confu­­sion », dit Kass en parlant de la pyra­­mide, que le gouver­­ne­­ment utilise comme guide de nutri­­tion depuis le début des années 1990. Le projet a attiré des gens éton­­ne­­ment haut placés, dont Zeke Emanuel, un conseiller spécial sur la poli­­tique de santé au Bureau du person­­nel et du budget (OMB) de la Maison-Blanche, Cass Sunstein, le profes­­seur de droit à Harvard qui diri­­geait le Bureau d’in­­for­­ma­­tion et des affaires légales de l’OMB, et Martha Coven, une employée du conseil en poli­­tique inté­­rieure de la Maison-Blanche. Fina­­le­­ment, il en est sorti un graphique non pas en forme de pyra­­mide mais d’as­­siette, divi­­sant le repas recom­­mandé en quatre parties : les protéines, les céréales, les fruits et les légumes, ainsi qu’un verre de lait sur le côté. Le message inscrit en bas était simple : une demi-assiette de fruits et légumes. « Qu’y-a-t-il de plus simple qu’une assiette ? » a dit Michelle Obama en dévoi­­lant le nouveau symbole à la Maison-Blanche début 2011. Et les réformes compre­­naient un peu plus qu’un simple chan­­ge­­ment de symbole. Pour la première fois dans l’his­­toire du pays, le gouver­­ne­­ment améri­­cain recom­­man­­dait expli­­ci­­te­­ment aux gens de moins manger, avec une nouvelle page web gouver­­ne­­men­­tale pleine de conseils et inti­­tu­­lée : « Appré­­ciez votre nour­­ri­­ture, mais mangez moins. »

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Chan­­ge­­ment de logo

Il y a eu d’in­­nom­­brables autres petits efforts, dont la régle­­men­­ta­­tion du minis­­tère de l’Agri­­cul­­ture inter­­­di­­sant la publi­­cité pour la junk food dans les écoles, et un enga­­ge­­ment de bonne volonté pour le million d’en­­fants supplé­­men­­taires nour­­ris dans les crèches. Les chefs de produits dans le marke­­ting ont aussi remarqué une hausse des ventes de fruits et légumes pour les compa­­gnies utili­­sant des person­­nages de « Sesame Street », qui sont libres de droits depuis la signa­­ture d’un accord négo­­cié par la Maison-Blanche en 2013. Michelle Obama a aussi encou­­ragé les commerces de quar­­tier, comme Kwik Trip, à propo­­ser plus de produits frais, comme les bananes, à la caisse. Les enga­­ge­­ments de socié­­tés ont tous été réali­­sés via le Part­­ner­­ship for a Heal­­thier America (« parte­­na­­riat pour une Amérique plus saine »), une asso­­cia­­tion finan­­cée par une fonda­­tion à but non lucra­­tif créée unique­­ment pour soute­­nir la campagne de la Première dame et véri­­fier si les entre­­prises tiennent leurs promesses. Les défen­­seurs de la santé, pour la plupart, se disent ravis d’avoir eu Michelle Obama comme cham­­pionne, mais la démarche de la Première dame a aussi dû faire face à beau­­coup de contro­­verse. Michelle Obama a été critiquée à droite pour avoir outre­­passé son rôle et s’être compor­­tée comme une « nounou » de la nutri­­tion, et à gauche pour ne pas avoir été assez loin.

Des auteurs spécia­­li­­sés dans l’ali­­men­­ta­­tion dont Pollan et Mark Bitt­­man ont publique­­ment critiqué l’aile Est pour avoir travaillé main dans la main avec les indus­­triels. Katie Couric et Laurie David, qui ont produit le docu­­men­­taire récom­­pensé aux Oscars sur le chan­­ge­­ment clima­­tique Une Vérité qui dérange, avec Al Gore, ont dénoncé la Première dame dans leur film Fed Up parce qu’ils pensait qu’elle avait aban­­donné sa poli­­tique de nutri­­tion sous la pres­­sion des indus­­triels. Et toutes les promesses n’ont pas été tenues. La Maison-Blanche est restée sur la touche en 2011 quand une initia­­tive pour frei­­ner le marke­­ting autour de la junk food à desti­­na­­tion des enfants s’est effon­­drée face à une farouche oppo­­si­­tion du Congrès. Michelle Obama n’a pas mené à bien son projet d’éli­­mi­­ner « les déserts alimen­­taires », ces parties les plus pauvres du pays où l’on constate un manque d’ac­­cès aux fruits, aux légumes et à la nour­­ri­­ture équi­­li­­brée. Certaines idées liées à Let’s Move!, dont celle de faire entrer des chefs cuisi­­niers dans les écoles, ont fait long feu. La Première dame s’est aussi battue person­­nel­­le­­ment avec le Congrès – fait dans lequel les assis­­tants du Sénat des deux bords voient un problème plus vaste de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Obama. L’ap­­pel à Rosa DeLauro au sujet des déjeu­­ners en est un bon exemple.

Un autre exemple est survenu au prin­­temps 2014, quand la séna­­trice répu­­bli­­caine du Maine, Susan Collins, s’est battue avec la Maison-Blanche au sujet des pommes de terre blanches. Elle faisait pres­­sion pour un avenant à un projet de loi de dépense pour l’agri­­cul­­ture qui rendrait la pomme de terre éligible à l’achat dans le cadre d’un programme d’as­­sis­­tance alimen­­taire pour les femmes, les enfants et les nour­­ris­­sons. L’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Obama, et beau­­coup d’ex­­perts en nutri­­tion, ont détesté l’idée. Les pommes de terre sont à peine consi­­dé­­rées comme des légumes dans certains cercles de nutri­­tion­­nistes car elles contiennent de l’ami­­don et font monter le taux de sucre dans le sang. Et la recherche a démon­­tré que les femmes défa­­vo­­ri­­sées mangeaient déjà bien assez de pommes de terre, souvent sous forme de frites. Mais l’in­­dus­­trie de la pomme de terre n’a pas supporté d’être lais­­sée de côté. Ils ont argué que les pommes de terre conte­­naient plus de potas­­sium que les bananes et que les exclure du programme serait absurde.

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Une victoire en demi-teinte
Crédits : Let’s Move!

Les Démo­­crates du Sénat penchaient forte­­ment en faveur des pommes de terre quand la Maison-Blanche a décidé d’es­­sayer de faire pencher la balance en faisant entrer dans la partie une longue liste de séna­­teurs des sous-commis­­sions, dont Collins elle-même, une Répu­­bli­­caine modé­­rée qui non seule­­ment repré­­sen­­tait un État repo­­sant sur l’éco­­no­­mie de la pomme de terre, mais qui était née et avait été élevée dans la plaque tour­­nante de la culture de pomme de terre qu’est le comté d’Aroos­­took County. « J’étais choquée qu’elle appelle tous les séna­­teurs ! » dit Collins en glous­­sant. « Je dois admettre qu’elle a fait un effort de lobbying énorme. » Elle n’avait jamais été contac­­tée par la Première dame ou le président sur aucun autre sujet lié à la nour­­ri­­ture ou la nutri­­tion. « Ça a été une conver­­sa­­tion diffi­­cile. Il vaut mieux en rester là », dit Collins de l’ap­­pel. Fina­­le­­ment, tient à préci­­ser Collins, la pomme de terre a gagné. Elle a battu la Maison-Blanche avec le soutien de tous les Démo­­crates du comité mis à part le séna­­teur de l’Iowa de l’époque, Tom Harkin. Malgré l’ap­­pel, Collins se consi­­dère comme une grande fan du travail sur la nutri­­tion de Michelle Obama, et elle dit que la Première dame « mérite beau­­coup de crédit » pour son travail sur l’obé­­sité infan­­tile – « même si elle a mécham­­ment tort sur les pommes de terre ».

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Il va falloir des années, peut-être des décen­­nies, avant que quiconque puisse dire si tous les efforts que Michelle Obama a fait pour promou­­voir une alimen­­ta­­tion équi­­li­­brée et l’exer­­cice physique aura eu le moindre impact sur l’obé­­sité infan­­tile. « On ne sait pas », admet un ancien respon­­sable de la Maison-Blanche qui a travaillé sur Let’s Move!, notant que le taux d’en­­fants obèses semble s’être stabi­­lisé. « On n’a pas eu assez de temps pour voir si on avait eu l’im­­pact qu’on espé­­rait. » Le rapport de la Task Force de la Maison-Blanche a défini des marques de réus­­site bien précises. L’objec­­tif final était de rame­­ner le taux d’obé­­sité infan­­tile à son taux normal d’en­­vi­­ron 5 % en 2030 – un but ambi­­tieux quand on sait que le taux se situait aux envi­­rons de 20 % quand Let’s Move! a été lancé. Mais le rapport fixe aussi des objec­­tifs inter­­­mé­­diaires. La task force espé­­rait rame­­ner le taux à 17 % avant 2015, mais il n’y a aucune donnée dispo­­nible pour le moment. La Première dame, de son côté, a répété à plusieurs reprises qu’elle comp­­tait conti­­nuer à travailler sur l’obé­­sité infan­­tile bien après son passage à la Maison-Blanche. Elle aura 53 ans trois jours avant l’in­­ves­­ti­­ture du prochain président. « Ce n’est pas comme si j’avais un an ou deux devant moi à consa­­crer à ce problème. Je compte y consa­­crer le reste de ma vie », a-t-elle déclaré pendant un événe­­ment à la Maison-Blanche avec des parents blogueurs. « Parce que je sais que c’est le temps que ça va prendre pour résoudre ce problème. »

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Michelle Obama dîne avec les enfants à la Maison-Blanche
Crédits : Pete Souza

À court terme, même si la Maison-Blanche échoue à faire voter au Congrès le projet de loi sur la nutri­­tion infan­­tile, la Première dame va gagner par défaut. Plus long­­temps les céréales complètes et les options pauvres en sel reste­­ront sur les menus, plus les enfants s’ha­­bi­­tue­­ront à eux et moins les règles auront de chance de chan­­ger. « C’est la nouvelle norme », dit Debra Esch­­meyer, la direc­­trice exécu­­tive de Let’s Move! qui a pris la relève après le départ de Kass, dans une inter­­­view donnée plus tôt ce mois-ci dans le bureau de l’aile Est de Michelle Obama, où les visi­­teurs sont invi­­tés à se servir en pommes dans un sala­­dier en verre. Jusque-là, la Maison-Blanche soutient que l’ini­­tia­­tive paye en mettant en avant une étude qui prouve que les taux d’obé­­sité ont baissé chez les enfants qui ne vont pas encore à l’école, un signe promet­­teur dans un océan de mauvaises nouvelles. Mais ce n’est qu’une étude, et même les experts qui soutiennent le projet se disent éton­­nés par la façon dont elle a été menée. « Je pense qu’il est trop tôt », dit Seema Kumar, une pédiatre endo­­cri­­no­­logue à la clinique Mayo qui traite des enfants obèses. Kumar, une fidèle suppor­­trice de Let’s Move! qui consi­­dère MyPlate comme un pas de géant, pense que la Maison-Blanche a sures­­timé cette étude, trop réduite pour reflé­­ter une tendance natio­­nale. Kumar dit que d’autres données émergent qui indiquent un mouve­­ment plus large dans la bonne direc­­tion, mais qu’il est trop tôt pour en être sûr. Pour James Levine, cher­­cheur à la clinique Mayo et l’un des prin­­ci­­paux conseillers sur l’obé­­sité des Nations Unies, la ques­­tion de savoir si Michelle Obama a aidé à réduire les taux d’obé­­sité chez les enfants n’est pas celle qu’il faut poser, du moins si tôt dans le proces­­sus. Aucun autre pays indus­­tria­­lisé n’a réussi à endi­­guer ce phéno­­mène. Avant que les États-Unis ne fassent vrai­­ment des progrès, dit-il, les poli­­ti­­ciens doivent le perce­­voir comme un véri­­table problème néces­­si­­tant une solu­­tion digne de ce nom. Et sur ce front, Let’s Move! a fait avan­­cer les choses. « Vous me direz peut-être que les Améri­­cains ne lais­­se­­ront jamais la santé deve­­nir un sujet de conver­­sa­­tion », dit-il. « Mais la mission que s’est fixée la Première dame a prouvé le contraire. Et pour moi, c’est un énorme pas en avant. »


Traduit de l’an­­glais par Caro­­line Bour­­ge­­ret d’après l’ar­­ticle « The great FLOTUS food fight », paru dans Poli­­tico Maga­­zine. Couver­­ture : Michelle Obama défend Let’s Move! (Barack Obama/Flickr).


DANS LES COULISSES DE LA PRÉSIDENCE OBAMA

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