par Helena Bottemiller Evich | 13 mars 2016

#thanksMi­­chel­­leO­­bama

Miriam Nelson a reçu l’ap­­pel alors qu’elle faisait de l’es­­ca­­lade au Canada : l’adjoint du chef cuisi­­nier de la Maison-Blanche la convoquait à une réunion en privé avec la Première dame des États-Unis. C’était en 2009, Nelson était alors l’une des plus grandes expertes du pays en nutri­­tion et en sport, ensei­­gnante à l’uni­­ver­­sité Tufts, et elle n’était pas la seule : six autres avaient reçu la même invi­­ta­­tion.

ulyces-michelleletsmove-01
L’aile Est de la Maison-Blanche, QG de la Première dame et de son équipe
Crédits : The2Sea­­sons

Les Obama étaient à la Maison-Blanche depuis six mois, et Michelle avait commencé à lais­­ser entendre qu’elle allait utili­­ser son statut de Première dame pour encou­­ra­­ger une alimen­­ta­­tion saine. Elle avait déjà parti­­cipé à des spots télé­­vi­­sés clas­­siques pour une femme de président chez Oprah et dans Sesame Street. Mais lorsque Nelson est arri­­vée à la Maison-Blanche, elle ne s’est pas retrou­­vée face à une équipe construite pour faire bonne figure devant les médias. La pièce était pleine de gens de pouvoir à Washing­­ton : l’équipe de la Première dame de l’aile Est, des repré­­sen­­tants du président venus de l’aile Ouest, et des membres haut placés des Centers for Disease Control (Centre de contrôle des mala­­dies) et des minis­­tères de l’Agri­­cul­­ture, de la Santé et des Ressources humaines. La direc­­trice du conseil pour la poli­­tique inté­­rieure d’Obama, Melody Barnes, était là aussi, ainsi que la conseillère poli­­tique la plus impor­­tante de la Première dame, Joce­­lyn Frye. Michelle Obama elle-même prési­­dait la réunion, vêtue d’une robe de marque sans manche et tenant un carnet de notes entre ses doigts. Nelson et les autres ont réalisé qu’a­­vec les Démo­­crates au pouvoir au Congrès, l’aile Est allait tenter une grosse pous­­sée qui allait requé­­rir tous les leviers possibles du gouver­­ne­­ment fédé­­ral pour amélio­­rer la façon dont les Améri­­cains s’ali­­mentent. Ils voulaient faire passer une nouvelle loi pour rendre les repas de cantine scolaires plus sains, et ils avaient trouvé des façons d’uti­­li­­ser de l’argent fédé­­ral pour renou­­ve­­ler l’équi­­pe­­ment des cuisines dans les écoles publiques, ainsi que des finan­­ce­­ments gouver­­ne­­men­­taux pour appro­­vi­­sion­­ner les épice­­ries des quar­­tiers pauvres où les produits frais ne sont pas aisé­­ment dispo­­nibles. Ils voulaient revoir les labels fédé­­raux de nutri­­tion pour que les ache­­teurs soient plus direc­­te­­ment confron­­tés au nombre de calo­­ries conte­­nues dans les produits. Même l’as­­pect le plus symbo­­lique de la poli­­tique nutri­­tive améri­­caine était passé au crible : une révi­­sion de la « pyra­­mide alimen­­taire » vieille de plusieurs décen­­nies qui ensei­­gnait aux familles à équi­­li­­brer un repas. « On sentait vrai­­ment que c’était quelque chose qu’elle allait prendre en main », se souvient Nelson, à qui on a demandé des conseils en nutri­­tion et en exer­­cice physique. « C’était très exci­­tant. » Six ans après cette réunion, la campagne stra­­té­­gique et élabo­­rée de Michelle Obama a trans­­formé le paysage alimen­­taire améri­­cain de façon bien plus profonde qu’on pour­­rait le croire à première vue. Si les Améri­­cains moyens ont surtout regardé Michelle faire une compé­­ti­­tion de pompes contre Ellen DeGe­­neres ou sa mom dancing (« danse de maman ») avec Jimmy Fallon, ou encore son post viral sur Vine Turnip for what (« des navets, pour quoi faire ? »), la première dame et son équipe ont opéré une série d’énormes chan­­ge­­ments dans la poli­­tique améri­­caine de nutri­­tion.

En s’ins­­pi­­rant des échecs et des réus­­sites des Premières dames qui l’ont précé­­dée, et en étant bien consciente du risque de devoir affron­­ter un État pater­­na­­liste, Obama et son équipe ont fine­­ment travaillé son rôle de visage public de la campagne, et en coulisses, de lobbyiste. Pour réali­­ser cette enquête, nous avons inter­­­viewé plus de 60 personnes qui connaissent intiment le travail de Michelle Obama, dont ses conseillers passés et présents, des membres du Congrès, des diri­­geants de l’in­­dus­­trie alimen­­taire, des respon­­sables de l’agri­­cul­­ture d’État, des experts en nutri­­tion et en obésité et des histo­­riens spécia­­listes des Premières dames. (Obama elle-même, à travers un porte-parole, a plusieurs fois décliné toutes nos demandes d’in­­ter­­view.) Nous avons décou­­vert la construc­­tion d’un héri­­tage en constante évolu­­tion et raccordé, dans sa concep­­tion, à l’un des accom­­plis­­se­­ments bien plus contro­­ver­­sés du président,  l’Affor­­dable Care Act. Les cantines des écoles améri­­caines servent à présent des pâtes, du pain et des pizzas au blé complet, et bien plus de fruits et de légumes. Un énorme programme d’as­­sis­­tance alimen­­taire pour mères et enfants dému­­nis distri­­bue de plus en plus d’argent chaque mois pour leur donner accès à des produits de qualité. Le gouver­­ne­­ment va bien­­tôt fina­­li­­ser la toute première révi­­sion de l’his­­toire du label d’in­­for­­ma­­tions nutri­­tives présent sur tout embal­­lage alimen­­taire – peut-être le logo le plus repro­­duit au monde. La Première dame a aussi impliqué le secteur privé, pous­­sant ses acteurs à effec­­tuer des chan­­ge­­ments majeurs que la plupart des gens n’as­­so­­cie­­ront jamais à son nom. Les plus grands produc­­teurs d’ali­­ments et de bois­­sons d’Amé­­rique ont réduit l’ap­­port calo­­rique de leurs produits de 6,4 milliards de calo­­ries, en partie en modi­­fiant leurs recettes. Olive Garden et Red Lobs­­ter ont remplacé les frites par des fruits et des légumes en morceaux dans leurs menus enfants ; Walmart a réduit les doses de sodium. Mais les efforts de la Première dame ont aussi fait des étin­­celles au Congrès et elle s’est alié­­née tout le monde, de l’in­­dus­­trie du sucre aux dames de service des cantines. Son inter­­­mé­­diaire dési­­gné, le chef Sam Kass, s’est frayé un chemin effi­­cace, bien que souvent peu diplo­­ma­­tique, à Washing­­ton, lais­­sant derrière lui une traî­­née de repré­­sen­­tants du gouver­­ne­­ment peu à l’aise avec l’idée de rece­­voir des ordres de la part d’un cuisi­­nier.

ulyces-michelleletsmove-02Quand Ted Cruz a promis que si sa femme deve­­nait la Première dame, elle ferait reve­­nir les frittes dans les cantines, c’était une attaque direc­­te­­ment diri­­gée contre les réformes du déjeu­­ner de Michelle Obama. Et s’il n’a pas le pouvoir d’un « repeal Obama­­care » ( « annu­­lez Obama­­care »), le hash­­tag #thanksMi­­chel­­leO­­bama accom­­pa­­gnant des dizaines de photos de « bouillie bizarre » et autres tristes plateaux repas de cantines dont les enfants la tiennent pour respon­­sable, a rejoint le port­­fo­­lio des plaintes les plus popu­­laires reçues par la Maison-Blanche. À l’heure actuelle, il est impos­­sible de connaître la portée réelle de l’ef­­fort : la santé publique est une cible lente et diffi­­cile à mesu­­rer. Mais il est certain que de grands chan­­ge­­ments ont été mis en place et qu’il sera diffi­­cile de faire machine arrière, si tant est que ce soit possible. Ce qui émerge ici pour la première fois, c’est un tableau complet de la façon dont Obama et son bull­­dog de chef person­­nel ont conçu et promul­­gué le programme de poli­­tique alimen­­taire le plus agres­­sif jamais tenté aux États-Unis. Un exemple moderne de la façon dont une femme de président peut utili­­ser son statut de person­­nage non-élu pour mener une incroyable bataille poli­­tique.

Bingo

Si la première dame a attaqué sur les chapeaux de roue en 2009, c’est parce que ce projet n’a pas été impro­­visé lorsque son mari a été élu. Elle y pensait depuis qu’il était séna­­teur. D’après ceux qui la connaissent, l’ori­­gine de cette préoc­­cu­­pa­­tion est person­­nelle. Elle élevait deux filles tout en assu­­rant ses fonc­­tions de cadre à l’uni­­ver­­sité du Centre médi­­cal de Chicago, alors que son époux parta­­geait son temps entre leur maison du sud de Chicago et le Sénat. Les dîners de famille étaient trop souvent réduits à une alter­­nance de fast-food, de plats surge­­lés et de pizzas. Ça ne posait pas de problème aux filles Obama, Sasha et Malia, mais leur méde­­cin était inquiet. Il a tiré la sonnette d’alarme quand leur Indice de masse corpo­­relle (IMC) a commencé à pencher dans la mauvaise direc­­tion. Il était temps de chan­­ger de méthode. Risa Lavizzo-Mourey se souvient d’une réunion en 2005 avec Michelle Obama, peu après que le séna­­teur Obama a été élu. Les deux femmes se sont assises dans le bureau de Michelle Obama, en face d’une crédence magni­­fique recou­­verte de photos de famille, et ont discuté d’à quel point il est diffi­­cile pour les gens occu­­pés, surtout pour les mères qui travaillent, de prépa­­rer des repas équi­­li­­brés pour leur famille. « Elle était en plein dedans à l’époque », dit Lavizzo-Mourey, prési­­dente et direc­­trice de la Fonda­­tion Robert Wood John­­son, la plus grande orga­­ni­­sa­­tion de santé du pays. La fonda­­tion avait récem­­ment fait de l’obé­­sité infan­­tile un problème prio­­ri­­taire, et Lavizzo-Mourey a trouvé une oreille atten­­tive en la personne de Michelle Obama. « Il était très clair que c’était quelque chose dont elle se souciait. »

ulyces-michelleletsmove-16
Portrait offi­­ciel de la famille Obama
Crédits : Pete Souza

Michelle Obama avait plus de solu­­tions à sa dispo­­si­­tion que la plupart des mères, et alors qu’une campagne prési­­den­­tielle se dessi­­nait à l’ho­­ri­­zon, la famille a décidé d’em­­bau­­cher Kass, une jeune chef privée du quar­­tier de Hyde Park qu’ils connais­­saient depuis long­­temps, pour les aider à prépa­­rer les repas fami­­liaux. Kass a radi­­ca­­le­­ment changé leurs habi­­tudes alimen­­taires, en rédui­­sant les portions et en inté­­grant plus de fruits et de légumes. Les bois­­sons sucrées ont été exclues et la famille a dû réduire le temps qu’elle passait devant des écrans. La santé des filles s’est amélio­­rée, mais tout ceci a rendu leur mère très consciente de la diffi­­culté que peuvent rencon­­trer les familles pour faire des choix alimen­­taires sains. Quand Barack a lancé sa campagne prési­­den­­tielle, Michelle Obama a commencé à réflé­­chir à ce qu’elle pour­­rait accom­­plir sur la plus grande des scènes. Dans leur maison de brique rouge, son mari étant alors à 30 % de points derrière Hillary Clin­­ton, elle a discuté avec Kass de la façon dont elle pour­­rait travailler sur la nutri­­tion et la santé des enfants si son mari parve­­nait à deve­­nir président. « La Première dame et moi rêvions à ce que nous pour­­rions faire de la santé et du jardin », se souvient Kass. L’idée de faire de la nour­­ri­­ture un problème natio­­nal traité par la Première dame ne sortait pas de nulle part : l’Amé­­rique était en train de deve­­nir obsé­­dée par le fait de manger, comme le prouve le succès d’émis­­sions comme Top chef. Des voix critiquant le modèle alimen­­taire améri­­cain tentaient d’éveiller la conscience du public : des auteurs comme Michael Pollan et des docu­­men­­taires comme Super Size Me et Food, Inc..

Les meilleures réac­­tions ont eu lieu à l’évo­­ca­­tion du nom de Michelle Obama.

Les marchés fermiers se multi­­pliaient dans les bastions libé­­raux comme Berke­­ley, en Cali­­for­­nie, et Burling­­ton, dans le Vermont. Alors qu’Hillary Clin­­ton et Barack Obama se battaient pour l’in­­ves­­ti­­ture démo­­crate de 2008, une péti­­tion deman­­dant à la Maison-Blanche de créer un nouveau pota­­ger a recueilli plus de 110 000 signa­­tures. Une fois que Barack Obama a remporté l’élec­­tion prési­­den­­tielle, inté­­grant le Bureau ovale en surfant sur une vague de plans de réformes ambi­­tieux, lui et sa femme ont rapi­­de­­ment signi­­fié à la nouvelle admi­­nis­­tra­­tion qu’ils feraient de l’ali­­men­­ta­­tion saine une prio­­rité. Le président a abordé le sujet quand il a fait passer un entre­­tien à Tom Vilsack, qu’il envi­­sa­­geait comme secré­­taire d’État à l’agri­­cul­­ture. Nommée chef de la poli­­tique de la Première dame pendant la tran­­si­­tion de décembre 2008, la cama­­rade de Michelle à l’uni­­ver­­sité de droit de Harvard, Joce­­lyn Frye, dit avoir elle aussi discuté de ce sujet avec elle. Et quelques jours seule­­ment avant l’in­­ves­­ti­­ture, pendant le rassem­­ble­­ment infor­­mel d’en­­vi­­ron douze femmes de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion à la Blair House, la future Première dame s’est expri­­mée sur son inté­­rêt pour la nour­­ri­­ture saine. « Je me souviens m’être dit : “Wow, j’es­­père que c’est un problème sur lequel elle va s’en­­ga­­ger” », dit Barnes, qui s’ap­­prê­­tait à l’époque à occu­­per le poste de chef du conseil de poli­­tique inté­­rieure d’Obama. Elle n’al­­lait pas s’y attaquer seule. Les Obama avaient amené Kass avec eux de Chicago, pour être leur chef person­­nel à la Maison-Blanche, et ils lui ont donné un deuxième titre : il allait jouer un rôle déter­­mi­­nant dans l’avan­­cée des idées que lui et la Première dame avaient évoquées pendant la campagne.

À commen­­cer par le nouveau pota­­ger. Faire passer l’idée de faire des plan­­ta­­tions dans le jardin du bien immo­­bi­­lier le plus surveillé de tout le pays a demandé de l’adresse. Plusieurs jardins ont été culti­­vés à la Maison-Blanche, par inter­­­mit­­tence : l’un d’eux date de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion John Adams ; les Roose­­velt ont pour leur part fait plan­­ter un jardin de la victoire pendant la Seconde Guerre mondiale ; et les Clin­­ton ont planté des légumes sur le toit. Mais les Obama avaient un plan plus ambi­­tieux qui devait recou­­vrir 100 m2 de terrain juste en-dessous de l’al­­lée menant au Bureau ovale. « Vous voulez faire quoi ?! » Voilà ce que le person­­nel de la Maison-Blanche a dit lorsque Kass a exprimé cette idée pour la première fois.

ulyces-michelleletsmove-04
À l’œuvre dans le jardin de la Maison-Blanche
Crédits : Let’s Move!

« L’idée que nous allions creu­­ser dans le jardin le plus légen­­daire du monde pour y plan­­ter des poivrons, des poti­­rons et des épinards parais­­sait dingue. » Mais Barack Obama a appuyé l’idée du pota­­ger. « Il a tout compris », dit Kass en parlant du président. Après tout, c’était devenu sa maison. Le terrain pour le pota­­ger des quatre saisons situé sur la pelouse sud a été planté moins de trois mois après l’in­­ves­­ti­­ture, avec 25 types de plantes, dont des choux, des pommes de terre, des okras et quatre type de laitues. Pour l’his­­toire, une grande partie des varié­­tés de légumes prove­­naient du jardin de Thomas Jeffer­­son, à Monti­­cello. Envi­­ron 25 élèves de CM2 de Washing­­ton sont venus aider à effec­­tuer les plan­­ta­­tions. D’après Kass, le pota­­ger ne devait pas être un simple symbole du bien manger, mais aussi une façon de tâter le terrain pour voir comment le public allait réagir au lance­­ment d’un débat plus vaste sur la nour­­ri­­ture. Les gros titres élogieux les ont rensei­­gnés sur ce qu’ils avaient besoin de savoir et l’équipe de Michelle Obama s’est sentie suffi­­sam­­ment à l’aise pour présen­­ter un plan plus expli­­cite de lutte contre l’obé­­sité infan­­tile.

En juin 2009, lors d’un événe­­ment public pour célé­­brer la première récolte de la Maison-Blanche, Michelle Obama s’est entou­­rée des mêmes enfants qui avaient parti­­cipé aux plan­­ta­­tions et les a remer­­ciés de l’avoir aidée à concré­­ti­­ser un de ses « rêves les plus chers ». Elle est ensuite rapi­­de­­ment passée à un sujet central du programme de Washing­­ton : la santé publique. « Le président et le Congrès vont commen­­cer à présen­­ter la réforme de la sécu­­rité sociale, et ces problèmes de nutri­­tion, de forme et de préven­­tion vont être au centre de nombreuses conver­­sa­­tions dans les semaines à venir », a-t-elle expliqué.

ulyces-michelleletsmove-05
Sam Kass
Crédits : USDA

En effet, beau­­coup, au sein de l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion, voyaient les deux théma­­tiques comme parties d’un seul et même problème, en parti­­cu­­lier car les mala­­dies liées à l’obé­­sité coûtaient plus de 150 milliards de dollars en soins chaque année. Mais pour gagner, ils savaient que les efforts de la Première dame allaient devoir être perçus très diffé­­rem­­ment. Il fallait être sûr qu’ils ne soient pas vus, comme le dit l’un des conseillers de la Maison-Blanche, comme « un truc sour­­noi­­se­­ment lié à Obama­­care ». Cela signi­­fiait qu’il fallait une campagne de promo­­tion bien distincte. La Maison-Blanche est alors entrée en contact avec une agence de publi­­cité qui avait travaillé pour la campagne de vote jeunesse de Barack Obama en 2008. Le projet devait être mis en place dans l’ur­­gence. (Cette déci­­sion a plus tard généré sa propre contro­­verse, quand il est apparu que le dépar­­te­­ment de l’Agri­­cul­­ture a embau­­ché la société new-yorkaise SS+K pour un contrat de 100 000 dollars sans faire d’ap­­pel d’offre.) La firme a rapi­­de­­ment orga­­nisé une série de forums dans le pays, dans lesquelles des mères se voyaient deman­­der comment elles réagi­­raient si certaines célé­­bri­­tés, Oprah par exemple, diri­­geaient une campagne natio­­nale pour promou­­voir une alimen­­ta­­tion saine et des chan­­ge­­ments de mode de vie pour les enfants. Les meilleures réac­­tions ont eu lieu à l’évo­­ca­­tion du nom de Michelle Obama. « Bingo », se souvient Rob Shepard­­son, le direc­­teur de la publi­­cité de la firme. « Ils l’ado­­raient et la respec­­taient car ils sentaient que c’était une vraie maman. »

Let’s Move!

Lorsque la Maison-Blanche a invité Miriam Nelson et les autres experts en nutri­­tion à venir rencon­­trer Michelle Obama, cette campagne de publi­­cité avec la société de Shepard­­son était déjà en train d’être discrè­­te­­ment mise en place. Ils ont choisi un nom – Let’s Move! – et conçu un logo qui montrait la silhouette d’une jeune fille sautant au dessus d’une balle avec les bras en l’air. L’image avait l’air d’un point d’ex­­cla­­ma­­tion. Ce serait l’ini­­tia­­tive fonda­­men­­tale de Michelle Obama, regrou­­pant en une seule campagne tous les objec­­tifs de nutri­­tion et d’exer­­cice physique qu’elle espé­­rait pous­­ser en avant. Pendant que l’ini­­tia­­tive Let’s Move! était élabo­­rée, vers la fin de l’an­­née 2009, l’ad­­mi­­nis­­tra­­tion Obama a entre­­pris des négo­­cia­­tions avec les acteurs majeurs de l’in­­dus­­trie alimen­­taire. À mesure que la nouvelle de l’im­­pli­­ca­­tion de la Première dame dans la lutte contre l’obé­­sité infan­­tile et la promo­­tion d’une alimen­­ta­­tion saine se répan­­dait, les lobbyistes de tout Washing­­ton se sont mis à harce­­ler leurs contacts à la Maison-Blanche pour obte­­nir des rendez-vous et en apprendre plus sur les inten­­tions de la nouvelle admi­­nis­­tra­­tion envers leurs affaires. « Beau­­coup d’in­­dus­­triels de l’ali­­men­­taire étaient morts de peur », se souvient Sean McBride, un conseiller dans l’in­­dus­­trie alimen­­taire qui travaillait à l’époque pour la Grocery Manu­­fac­­tu­­rers Asso­­cia­­tion (« l’As­­so­­cia­­tion des fabri­­cants de produits alimen­­taires »), un groupe commer­­cial puis­­sant. « L’in­­ci­­ta­­tion à s’y plier et à colla­­bo­­rer était très forte. » ulyces-michelleletsmove-06 Bien consciente de s’ex­­po­­ser à un retour de bâton de la part de la « police de l’ali­­men­­taire » pour avoir fait preuve trop ouver­­te­­ment d’in­­gé­­rence, la Maison-Blanche a fait savoir aux indus­­triels qu’elle atten­­dait des gestes concrets et volon­­taires pour réduire les doses de sucre, de sel et de graisse. Mais il y avait aussi une menace impli­­cite : Michelle Obama pouvait humi­­lier publique­­ment tout retar­­da­­taire, et avec les Démo­­crates au pouvoir, la menace de régu­­la­­tions fédé­­rales planait. Dans certains cas, l’aile Est est parve­­nue à obte­­nir de la part de compa­­gnies indus­­trielles des chan­­ge­­ments dont beau­­coup ont dit qu’ils auraient été impos­­sibles sans la popu­­la­­rité de la Première dame. Une des premières socié­­tés à se porter volon­­taire a été l’Ameri­­can Beve­­rage Asso­­cia­­tion, un groupe repré­­sen­­tant Coca-Cola et PepsiCo. Quand ils ont entendu parler du fait que la Première dame s’in­­té­­res­­sait à la préven­­tion contre l’obé­­sité, des mois avant que sa campagne ne soit offi­­ciel­­le­­ment lancée, l’as­­so­­cia­­tion a contacté la Maison-Blanche en disant qu’elle voulait parti­­ci­­per à l’ac­­tion. Le groupe a rencon­­tré l’équipe de Michelle Obama et s’est engagé à mettre le tableau des calo­­ries sur le devant des bouteilles. « Je crois qu’ils ont tout de suite compris l’in­­té­­rêt d’avoir non pas une seule compa­­gnie mais tout un secteur agis­­sant de concert », dit Susan Neely, prési­­dente et direc­­trice géné­­rale du puis­­sant groupe commer­­cial. « Ils ont été clairs avec nous sur le fait qu’ils n’étaient pas anti-indus­­trie du tout… Ils voulaient impliquer l’in­­dus­­trie. Il fallait juste faire les choses sérieu­­se­­ment. »

Après des semaines de négo­­cia­­tions avec Kass et Stepha­­nie Cutter, l’adjoint de la Maison-Blanche, ils sont parve­­nus à un accord : l’in­­dus­­trie accep­­tait que d’ici fin 2012, toutes les bouteilles, ou même les très grands verres qu’ils rechi­­gnaient à quali­­fier, porte­­raient bien en évidence à l’avant le nombre de calo­­ries conte­­nues dans la bois­­son. En février 2010, un peu plus d’un an après l’in­­ves­­ti­­ture, Michelle Obama a lancé Let’s Move! dans la salle à manger offi­­cielle de la Maison-Blanche. Un bliz­­zard balayait alors la majeure partie de la côte Est, mais cela n’a pas empê­­ché les gens de venir assis­­ter à l’évé­­ne­­ment. Des célé­­bri­­tés comme l’an­­cienne star de la ligue natio­­nale de foot­­ball améri­­cain (NFL) Tiki Barber et Will Allen, un joueur de basket à la retraite devenu fermier urbain, étaient là, ainsi que six secré­­taires d’États. Entou­­rée d’éco­­liers de tous âges, la « maman-en-chef » auto­­pro­­cla­­mée a déli­­vré un discours person­­nel et passionné conçu pour plaire aux parents comme aux poli­­ti­­ciens. Debout dans l’ombre du portrait d’Abra­­ham Lincoln, Michelle Obama a fixé un objec­­tif ambi­­tieux : elle a dit que l’épi­­dé­­mie d’obé­­sité infan­­tile pouvait prendre fin en une géné­­ra­­tion. Sa campagne allait se concen­­trer sur les façons de rendre plus facile pour les parents le fait de faire des choix sains pour leurs enfants, d’amé­­lio­­rer la nour­­ri­­ture à l’école, d’élar­­gir l’ac­­cès à une alimen­­ta­­tion saine et abor­­dable, et d’aug­­men­­ter l’ac­­ti­­vité spor­­tive. La Première dame allait attaquer le problème sous tous ses aspects, disait-elle.

ulyces-michelleletsmove-07
Michelle Obama présente Let’s Move! à la Maison-Blanche
Crédits : Pete Souza

Elle a aussi donné le ton de son initia­­tive. Elle n’al­­lait pas faire de remon­­trances. Elle n’al­­lait pas se montrer néga­­tive. Elle a fait atten­­tion à ne pas diabo­­li­­ser un type de nour­­ri­­ture ou un secteur en parti­­cu­­lier, et elle s’est assu­­rée de mettre en avant l’ini­­tia­­tive rapide de l’in­­dus­­trie des bois­­sons d’af­­fi­­cher le nombre de calo­­ries comme un pas fait dans la bonne direc­­tion. « C’est exac­­te­­ment le genre d’in­­for­­ma­­tions vitales dont les parents ont besoin pour faire des choix sains pour leurs enfants », a-t-elle déclaré, dans ce qui a été perçu comme un encou­­ra­­ge­­ment énorme lancé aux autres groupes commer­­ciaux et marques alimen­­taires. C’était le premier de plus d’une centaine d’en­­ga­­ge­­ments de la part de marques avides d’ef­­fec­­tuer des chan­­ge­­ments en échange de la bien­­veillance – et d’une publi­­cité ines­­ti­­mable – de la Première dame. Michelle Obama ne le savait peut-être pas encore, mais il allait être bien plus facile de travailler avec l’in­­dus­­trie alimen­­taire qu’a­­vec le Congrès.

LISEZ LA SUITE DE L’HISTOIRE ICI


Traduit de l’an­­glais par Caro­­line Bour­­ge­­ret d’après l’ar­­ticle « The great FLOTUS food fight », paru dans POLITICO Maga­­zine. Couver­­ture : Michelle Obama sur scène (Barack Obama/Flickr).


MICHELLE OBAMA A DÛ SE BATTRE POUR QUE LES AMÉRICAINS MANGENT MIEUX

ulyces-michelleletsmove-couv02

Down­load Premium WordP­ress Themes Free
Down­load WordP­ress Themes Free
Premium WordP­ress Themes Down­load
Down­load Premium WordP­ress Themes Free
free online course
Download Nulled WordPress Themes
Premium WordPress Themes Download
Premium WordPress Themes Download
Download WordPress Themes
download udemy paid course for free

Plus de monde