par hugro | 0 min | 5 octobre 2016

Les oignons

« Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville. » — Paul Verlaine Ma mère me réci­­tait ce poème dans la voiture les jours de pluie, en me rame­­nant de l’école. Il me vient auto­­ma­­tique­­ment à l’es­­prit quand je pense aux larmes. Outre l’ana­­lo­­gie sonore, les jours de pluie nous plongent effec­­ti­­ve­­ment dans la mélan­­co­­lie. Les larmes et la pluie ont plusieurs choses en commun. Elles sont liquides, elles tombent, elles sont passa­­gères et toutes deux sont asso­­ciées à la tris­­tesse. Il n’y a qu’à voir la séquence d’ou­­ver­­ture des Para­­pluies de Cher­­bourg pour s’en convaincre. Mais nous avons besoin de la pluie, et lorsque le soleil se montre à nouveau, tout appa­­raît mira­­cu­­leu­­se­­ment nouveau au dehors. N’en va-t-il pas de même avec les larmes ? cc73283fecb48d930c0ca3f69196c5f5C’est proba­­ble­­ment une coïn­­ci­­dence si « il pleut » et « il ou elle pleure » ont des sono­­ri­­tés si proches. Il n’existe pas de connexion étymo­­lo­­gique évidente. « Pleu­­voir » vient du latin pluo, pluere : laver. La pluie lave. « Pleu­­rer » vient du latin ploroplorare : pleu­­rer. « Explo­­rer » a la même racine, pratique quand on veut explo­­rer, trou­­ver du sens aux larmes. Vous connais­­sez peut-être une personne dont les yeux sont comme un système d’ar­­ro­­sage auto­­ma­­tique, qui pleu­­rait à chaque contrôle de maths et durant sa première leçon de violon avec un nouveau prof ; qui pleure quand elle ment ou se sent coupable, quand on la laisse en plan ou qu’elle se sent exclue ; ou qui pleure dès qu’un bruit un peu trop fort la surprend. Si c’est le cas, cette personne est comme moi. Des fois, je pleure parce que j’ai honte de pleu­­rer. C’est très embar­­ras­­sant, mais je ne peux pas m’en empê­­cher. La première fois qu’on pleure devant quelqu’un, on peut toujours faire comme si c’était une surprise pour soi-même. « Ce n’est rien », disent les gens. « Ça arrive à tout le monde de pleu­­rer. » C’est vrai, mais je pleure plus que parfois. Et lorsque j’ai pleuré une fois devant quelqu’un, le barrage craque et je sais que ça recom­­men­­cera. Alors plutôt que de feindre la surprise, je dis aux gens : « Tout va bien, c’est juste que je pleure faci­­le­­ment. » Enfant, j’avais l’ha­­bi­­tude de dire que je ne savais pas pourquoi je pleu­­rais. Peut-être que des fois c’était vrai­­ment le cas, mais le reste du temps, je voulais simple­­ment dire que je ne me sentais pas aussi triste que ce que mes larmes pouvaient lais­­ser penser. Je ne savais pas pourquoi une situa­­tion donnée me faisait pleu­­rer, mais je savais quels étaient les éléments déclen­­cheurs : un contrôle de maths, une mauvaise note, des projets qui tombent à l’eau, un « je t’aime ». Quelque­­fois, je ne voulais pas admettre la peti­­tesse de l’élé­­ment déclen­­cheur. 980xJ’avais peur que mes larmes exagèrent la gravité d’une situa­­tion, mais les « je ne sais pas pourquoi je pleure » et les « je pleure faci­­le­­ment » ne m’ai­­daient pas beau­­coup. Les larmes sont inté­­res­­santes car elles sont une forme de commu­­ni­­ca­­tion à priori invo­­lon­­taire, mais aussi ambi­­guë. On pleure de chagrin, de joie, de choc, de honte, de jalou­­sie, de culpa­­bi­­lité, de décep­­tion, de colère et d’oi­­gnons. Comme l’a écrit le direc­­teur du Centre pour l’his­­toire des émotions de la Queen Mary Univer­­sity de Londres, Thomas Dixon : « Une larme est un symbole univer­­sel, bien qu’il n’ait pas le même sens à toutes les époques et partout dans le monde. C’est un symbole univer­­sel car il peut signi­­fier à peu près n’im­­porte quoi. » Malgré leur ambi­­guïté, les larmes sont un puis­­sant signal. Que vous compre­­niez ou non les larmes d’au­­trui, vous ne pouvez les igno­­rer. J’ima­­gine que mes larmes signalent que je suis trou­­blée, inquiète, triste ou que j’ai mal. Je me demande souvent comment les gens les inter­­­prètent et j’ai peur qu’ils ne se méprennent. Mais par-dessus tout, je me demande bien pourquoi peler un oignon nous plonge dans un tel désar­­roi.

Les 3 larmes

Pour comprendre ce que signi­­fient les larmes, il peut être utilise de savoir de quoi elles se composent et à quelles fonc­­tions biolo­­giques elles répondent. Pour le décou­­vrir, je me suis tour­­née vers les travaux du psycho­­logue et cher­­cheur spécia­­liste des larmes Ad Vinge­­rhoets, de l’uni­­ver­­sité néer­­lan­­daise de Tilburg. Il existe trois types de larmes, distin­­gués par les circons­­tances qui les produisent et, comme le suggère un autre cher­­cheur, par leur compo­­si­­tion biochi­­mique. Les glandes lacry­­males, nichées au coin des yeux, produisent conti­­nuel­­le­­ment ce qu’on appelle des larmes basales, qui se répandent à la surface de nos yeux comme du liquide lave-glace lorsque nous clignons des paupières. Elles s’écoulent ensuite à l’in­­té­­rieur des membranes muqueuses du nez et de la gorge via des canaux situés au coin des yeux. Les larmes basales humi­­di­­fient les yeux et contiennent une substance anti­­bac­­té­­rienne, le lyso­­zyme, qui nous protège contre les infec­­tions. On ne remarque pas ces larmes car elles sont évacuées. Mais lorsque de la pous­­sière ou des émana­­tions d’oi­­gnon irritent nos yeux, les glandes lacry­­males sécrètent plus de larmes – telle­­ment qu’elles débordent des voies de drai­­nage et se déversent sur nos joues. On les appelle les larmes réflexes. Un débor­­de­­ment simi­­laire se produit en réponse aux émotions fortes : ce sont les larmes émotion­­nelles. disconnected-onionConnaître l’évo­­lu­­tion des larmes peut aussi nous éclai­­rer sur leur fonc­­tion. Les êtres humains sont les seuls animaux à verser des larmes émotion­­nelles. D’autres animaux produisent des larmes basales ou réflexes, mais nous sommes les seules créa­­tures à pleu­­rer en raison de nos senti­­ments. Charles Darwin a conclu que ces larmes étaient inutiles – une excep­­tion à son idée que les traits non-adap­­ta­­tifs dispa­­raî­­traient. De nos jours, personne ne sait vrai­­ment si les larmes nous sont utiles, ni à quoi, mais il y a deux nombreuses théo­­ries. Pleu­­rer à haute voix est la première chose que fait un bébé en venant au monde. Les pleurs du nour­­ris­­son (et ses rires, possi­­ble­­ment) repré­­sentent son unique moyen de commu­­niquer voca­­le­­ment jusqu’à ce que le langage se déve­­loppe. Les biolo­­gistes de l’évo­­lu­­tion suggèrent que les pleurs du bébé sont analogues aux appels de sépa­­ra­­tion d’autres animaux, parti­­cu­­liè­­re­­ment ceux que les petits produisent lorsque leur mère les quitte pour qu’elle revienne et qu’elle les protège ou les nour­­risse. Compa­­rés aux nouveaux-nés d’autres espèces, les nour­­ris­­sons humains sont parti­­cu­­liè­­re­­ment vulné­­rables, ils ont donc un besoin fonda­­men­­tal d’une telle alarme. Les pleurs des bébés stimulent égale­­ment la produc­­tion de lait chez la mère – c’est ce qu’on appelle le réflexe d’éjec­­tion de lait. Mais est-ce la raison pour laquelle on pleure toujours en tant qu’a­­dultes ? Les choses sont bien plus compliquées que ça. Comme tout le monde le sait, pleu­­rer a au moins deux aspects: les larmes et les voca­­li­­sa­­tions  (gémis­­se­­ments, respi­­ra­­tion bruyante, cris). Bien que les deux facettes des pleurs se mani­­festent souvent ensemble, elles inter­­­viennent à diffé­­rents moments de notre déve­­lop­­pe­­ment et peuvent avoir des fonc­­tions diffé­­rentes. Les bébés ne commencent à produire des larmes émotion­­nelles qu’a­­près quelques semaines, tandis qu’ils crient dès leur nais­­sance. Si les larmes sont censées proté­­ger le bébé vulné­­rable en tant qu’é­lé­­ment de l’ap­­pel de sépa­­ra­­tion, il serait logique qu’elles entrent en scène dès le départ. Mais les larmes en elles-mêmes n’au­­raient aucune utilité en tant que réac­­tion à la sépa­­ra­­tion, puisque la mère ne serait pas capable de les voir à moins de se trou­­ver déjà auprès de l’en­­fant. Enfin, si les larmes existent simple­­ment pour s’as­­su­­rer que les bébés reçoivent l’at­­ten­­tion dont ils ont besoin, pourquoi pleu­­rons-nous toujours en tant qu’a­­dultes ? Vinge­­rhoets four­­nit une expli­­ca­­tion convain­­cante aux diffé­­rentes fonc­­tions des larmes et des voca­­li­­sa­­tions, à mesure que les enfants se déve­­loppent. Les nour­­ris­­sons, qui ne peuvent pas se dépla­­cer seuls, doivent être physique­­ment capables de crier pour appe­­ler leurs parents. Mais les pleurs vocaux risquent d’at­­ti­­rer les préda­­teurs. Aussi, une fois que les enfants ont appris à marcher, ils peuvent courir jusqu’à leurs parents plutôt que de les appe­­ler – c’est plus sûr. C’est durant cette période – post-mobi­­lité, pré-indé­­pen­­dance – que les larmes deviennent parti­­cu­­liè­­re­­ment utiles, explique Vinge­­rhoets. « Dès que vous êtes déve­­loppé du point de vue moteur, il est utile de rempla­­cer ces pleurs bruyants par un signal visuel, qui a l’avan­­tage majeur de ne pas aler­­ter de poten­­tiels préda­­teurs. D’au­­tant que vous pouvez diri­­ger ce signal, d’une certaine manière, vers la personne à laquelle il s’adresse. » Cette théo­­rie pour­­rait expliquer pourquoi les humains pleurent alors que ce n’est pas le cas des autres espèces, dont les enfances sont sensi­­ble­­ment plus courtes. 4b4513ad57f823a749825830d4e0496dJ’ai accueilli cette expli­­ca­­tion avec scep­­ti­­cisme. J’ima­­gi­­nais mal les larmes – une substance aqueuse glis­­sant sur un visage – assu­­mer une fonc­­tion si impor­­tante. La recherche suggère pour­­tant que les larmes jouent un rôle crucial dans l’ex­­pres­­sion émotion­­nelle d’une personne qui pleure. Lors d’une expé­­rience, les cher­­cheurs ont pris des photos de personnes en train de pleu­­rer, dont ils ont effacé les larmes numé­­rique­­ment. Ils ont ensuite demandé aux parti­­ci­­pants de l’étude d’iden­­ti­­fier les émotions expri­­mées dans les deux séries de photos. Ils ont immé­­dia­­te­­ment reconnu que les sujets en train de pleu­­rer étaient tristes, mais face aux visages sans larmes, ils hési­­taient entre une expres­­sion de terreur ou de confu­­sion. J’étais aussi dubi­­ta­­tive quant au fait que les gens aient besoin des larmes pour commu­­niquer, étant donné que nous avons le langage. Mais il est vrai que je pleure souvent à propos de choses dont je ne veux pas parler. Les larmes sont un moyen d’ex­­pri­­mer des senti­­ments néga­­tifs sans avoir à les formu­­ler. Pourquoi ne pas formu­­ler de tels senti­­ments ? Peut-être est-ce pour éviter la confron­­ta­­tion. Pleu­­rer dans les toilettes est pour certains une alter­­na­­tive au fait de faire un scan­­dale en public à propos d’une chose dont ils ne sont pas sûrs qu’elle le mérite. Les larmes peuvent peut-être aussi apai­­ser un conflit lorsqu’il se présente. L’une des théo­­ries sur la fonc­­tion des larmes, que Vinge­­rhoets attri­­bue au biolo­­giste de l’évo­­lu­­tion israé­­lien Oren Hasson, est qu’en expri­­mant la vulné­­ra­­bi­­lité de la personne qui pleure, elles servent en quelque sorte de drapeau blanc et réduisent l’agres­­si­­vité de poten­­tiels préda­­teurs ou d’ad­­ver­­saires. Lorsque j’étais enfant, je ne pouvais pas m’ex­­cu­­ser ou confes­­ser quoi que ce soit à un adulte sans pleu­­rer. Je me demande si ces larmes faisaient partie d’un instinct visant à désa­­mor­­cer les réac­­tions poten­­tiel­­le­­ment néga­­tives du parent ou du profes­­seur à qui j’avouais ma faute. Il m’est aussi diffi­­cile de me fâcher avec quelqu’un sans pleu­­rer. J’aime penser que ces larmes proviennent de la culpa­­bi­­lité ou d’une émotion trop forte, mais peut-être sont-elles aussi une forme de mani­­pu­­la­­tion. Ainsi, pleu­­rer peut être un compor­­te­­ment social, une façon de commu­­niquer l’in­­di­­cible. Mais il arrive aussi aux gens de pleu­­rer seuls, et dès lors cette fonc­­tion commu­­ni­­ca­­tive dispa­­raît.

Pleu­­rer un bon coup

Il est satis­­fai­­sant d’ima­­gi­­ner que les larmes nous sont utiles. On dit souvent que « pleu­­rer un bon coup » nous soulage émotion­­nel­­le­­ment. Cela pour­­rait expliquer pourquoi nous pleu­­rons seuls et pourquoi nous pleu­­rons tout court. Je suis d’avis que pleu­­rer seul-e nous sert à ce que j’ai évoqué plus haut : expri­­mer l’inex­­pri­­mable et éviter le conflit. Mais pleu­­rer permet-il vrai­­ment de se sentir mieux ?

Il est possible que pleu­­rer apporte un soula­­ge­­ment, mais pas immé­­dia­­te­­ment.

Le biochi­­miste et neuros­­cien­­ti­­fique William H. Frey II, direc­­teur de recherche au Centre Alzhei­­mer du Regions Hospi­­tal de St. Paul, dans le Minne­­sota, est un des pion­­niers de la recherche sur les pleurs. Il est parti de l’idée préconçue selon laquelle on se sent mieux après avoir pleuré pour élabo­­rer ses expé­­riences et compa­­rer la compo­­si­­tion biochi­­mique des « larmes d’oi­­gnon » et des larmes émotion­­nelles. Il envi­­sa­­geait les glandes lacry­­males comme des organes excré­­teurs débar­­ras­­sant le corps de certains de ses déchets. « Je me suis dit que si les gens se sentaient mieux après avoir pleuré, c’était peut-être parce que leurs larmes évacuent des agents chimiques fabriqués par le stress émotion­­nel », a-t-il écrit en 1985. « Les pleurs émotion­­nels seraient donc simi­­laires aux autres proces­­sus excré­­toires, qui expulsent les déchets ou les maté­­riaux toxiques hors du corps. » Frey a formulé l’hy­­po­­thèse que les larmes émotion­­nelles seraient biochi­­mique­­ment diffé­­rentes des larmes provoquées par d’autres stimu­­la­­tions, et il a mis son idée à l’épreuve en compa­­rant la compo­­si­­tion biochi­­mique des larmes émotion­­nelles, comme celles provoqués par des films tristes, et les larmes réflexes engen­­drées par une bouf­­fée d’éma­­na­­tions d’oi­­gnons. Il a décou­­vert que les larmes émotion­­nelles conte­­naient 24 % de protéines en plus, en moyenne, que les larmes d’oi­­gnon collec­­tées sur les même sujets d’étude. (Vinge­­rhoets dit avoir repro­­duit les expé­­ri­­men­­ta­­tions biochi­­miques de Frey mais n’a détecté aucune diffé­­rence entre les deux types de larmes.) Après d’autres expé­­riences conçues pour déter­­mi­­ner la compo­­si­­tion biochi­­mique des larmes en géné­­ral, Frey a décou­­vert qu’elles conte­­naient plusieurs substances inté­­res­­santes : la prolac­­tine, l’adré­­no­­cor­­ti­­co­­tro­­phine (ACTH) – que l’hypo­­physe libère en réponse au stress –, et la leucine-enké­­pha­­line, une sorte d’agent anal­­gé­­sique. Les larmes présentent égale­­ment des taux de manga­­nèse quatre fois plus élevés que ceux trou­­vés dans le sang. Pour Frey, ces résul­­tats confirment l’idée que pleu­­rer fait du bien aux gens car cela aide le corps à se débar­­ras­­ser des substances accu­­mu­­lées par le stress. « Le stress fait des dégâts, et s’il s’avère que nous avons déve­­loppé une apti­­tude qui aide à réduire ses effets néfastes, c’est que les larmes présentent une valeur évidente pour notre survie », m’a-t-il confié au télé­­phone. « Ma théo­­rie n’était pas qu’une substance en parti­­cu­­lier était expul­­sée par les larmes », pour­­suit Frey. « Je pensais que si nous nous sentions mieux après avoir pleuré, c’était peut-être parce que grâce aux larmes, nous nous débar­­ras­­sions d’agents chimiques créés par le stress– pas l’un d’eux en parti­­cu­­lier. » Les résul­­tats de Frey n’ont pas révélé l’exis­­tence d’un méca­­nisme liant les pleurs à l’ex­­pul­­sion de substances parti­­cu­­lières provoquant le soula­­ge­­ment. giphy Au-delà de cette incer­­ti­­tude biochi­­mique, l’idée que les larmes émotion­­nelles procurent un soula­­ge­­ment est en elle-même sujette à débat. Des études ont montré qu’en règle géné­­rale, les gens se sentent mieux après avoir pleuré. Cepen­­dant, en condi­­tions de labo­­ra­­toire, les gens ayant pleuré après avoir visionné des films tristes ne se sentaient pas mieux que ceux dont les yeux étaient restés secs. Au contraire, ceux qui avaient pleuré présen­­taient de plus grands boule­­ver­­se­­ments physio­­lo­­giques. Quelle est la raison de cette diver­­gence ? Vinge­­rhoets émet l’hy­­po­­thèse que les gens qui ont répondu à l’étude ont pu se souve­­nir de s’être senti mieux quelques temps après avoir pleuré. Ou peut-être ont-ils été influen­­cés par la façon dont ils pensaient devoir se sentir – c’est-à-dire mieux. Il est aussi possible que les personnes ayant répondu à l’étude ont été récon­­for­­tées lorsqu’elles pleu­­raient, se sentant mieux ensuite, mais ce n’était pas le cas au labo­­ra­­toire. Il est possible malgré tout que pleu­­rer apporte un soula­­ge­­ment, mais pas immé­­dia­­te­­ment. Dans les résul­­tats de ses expé­­riences les plus récentes, Vinge­­rhoets et ses collègues ont observé l’hu­­meur des gens avant et après avoir regardé des films tristes. Ils ont décou­­vert qu’im­­mé­­dia­­te­­ment après le film, ceux qui avaient pleuré se sentaient plus mal, tandis que les autres n’ont rapporté aucun chan­­ge­­ment d’hu­­meur. Mais après avoir mesuré l’hu­­meur 20 minutes et 90 minutes après le film, ils ont décou­­vert qu’une heure et demie plus tard, ceux qui avaient pleuré se sentaient encore mieux qu’a­­vant le film. « Peut-être qu’il faut juste du temps pour que les effets posi­­tifs se mani­­festent », dit Vinge­­rhoets. Il serait néces­­saire de toucher un fond émotion­­nel, pour­­suit-il, pour retrou­­ver son état normal et plus encore.

Le signal honnête

D’après Vinge­­rhoets, c’est Oren Hasson qui a formulé le premier l’hy­­po­­thèse que les larmes émotion­­nelles seraient un « signal honnête ». Il s’est fait la réflexion que puisque les larmes attirent l’at­­ten­­tion et qu’elles expriment la vulné­­ra­­bi­­lité de la personne qui pleure, les gens ne pleurent pas à moins que la situa­­tion ne l’exige. Cette idée pour­­rait aussi aider à expliquer l’évo­­lu­­tion des larmes. Il est utile d’avoir un signal SOS auquel les gens peuvent faire confiance et répondre les yeux fermés. cec301deb4b21a711a90b85bec0163bdJe pense souvent à l’his­­toire du garçon qui criait au loup. Le petit berger donne une fausse alerte par ennui, puis il rit lorsque les gens viennent à son secours. Mais quand le garçon rencontre un loup pour de vrai, les gens ignorent ses appels et ses moutons se font manger. Morale de l’his­­toire : il ne faut signa­­ler d’ur­­gence que lorsque la situa­­tion l’exige. Sans quoi les signaux d’alerte perdent leur valeur et leur viabi­­lité. Il en va de même pour les pleurs : les larmes doivent être honnêtes. L’en­­nui, c’est que contrai­­re­­ment au signal du loup, les larmes peuvent honnê­­te­­ment signi­­fier diffé­­rentes choses, et toutes ne sont pas dignes de tirer la sonnette d’alarme. Parfois, j’ai peur que pleu­­rer pour de petites choses revienne en quelque sorte à crier au loup. J’ai l’im­­pres­­sion d’en­­voyer un signal que les gens vont inter­­­pré­­ter et de leur mentir, quelque part. je suis obsé­­dée par l’hon­­nê­­teté et cela me pose donc un gros problème. Mais souvent, je ne sais même pas si mes larmes sont un mensonge car je ne sais même pas ce qu’elle signi­­fient. Et on ne peut pas mal inter­­­pré­­ter un signal dont la vraie signi­­fi­­ca­­tion, dans ce cas précis sa signi­­fi­­ca­­tion pour moi, demeure inconnu. Je pense que mon inquié­­tude vis-à-vis de l’hon­­nê­­teté vient d’un problème médi­­cal chro­­nique dont je souffre et qui me fait penser qu’un banal mal de tête peut aussi être le signe de quelque chose de grave. Sans entrer dans les détails, je suis née hydro­­cé­­phale, avec « de l’eau dans le cerveau ». Mon cerveau ne permet pas la bonne circu­­la­­tion du fluide céré­­bro-spinal qui irrigue norma­­le­­ment tout le système nerveux central. J’ai donc une déri­­va­­tion qui draine le fluide hors de mon cerveau et régule la pres­­sion de mon crâne. Si la valve est obstruée, la pres­­sion monte et jusqu’à ce qu’elle se débouche, soit d’elle-même soit grâce à une inter­­­ven­­tion chirur­­gi­­cale, j’ex­­pé­­ri­­mente diffé­­rents symp­­tômes désa­­gréables, dont le plus carac­­té­­ris­­tique est la migraine. Lorsque j’ai un petit mal de tête, je pleure en partie de douleur mais surtout d’inquié­­tude. Je repense aussi à l’his­­toire du berger. Je ne ferai jamais semblant d’avoir un tel problème, mais il arrive que je ne sache pas s’il s’agit bien d’une obstruc­­tion avant d’être opérée pour arran­­ger ça. Jusque là, la « petite migraine » comme les larmes qui l’ac­­com­­pagnent sont une énigme. Ce peut être le signe d’un grave problème ou de rien du tout. Ainsi, il arrive souvent que mes larmes n’aient pas de raison fondée. Quand sont bel et bien le signe d’une souf­­france chez l’être humain ? D’après Vinge­­rhoets, les situa­­tions qui provoquent le plus souvent des larmes sont les morts, les ruptures et les pertes d’em­­ploi – des événe­­ments qui rendraient triste n’im­­porte qui. Mais les pertes monu­­men­­tales comme celles-ci sont rares pour la plupart des gens. Lorsqu’on demande aux gens de parler de la dernière fois qu’ils ont pleuré, ils évoquent des raisons plus variées et plus triviales. L’idée que les larmes des adultes sont unique­­ment des signaux d’alarme est une sur-simpli­­fi­­ca­­tion de leur fonc­­tion. D’après Vinge­­rhoets, les pleurs sont affec­­tés par : a. la situa­­tion b. votre atti­­tude envers cette situa­­tion c. la faci­­lité avec laquelle vous pleu­­rez d. le contrôle que vous avez sur vos larmes e. si des gens vous récon­­fortent ou si cela vous embar­­rasse. La situa­­tion à laquelle vous êtes confronté-e ne repré­­sente qu’un seul de ces facteurs. Explo­­rons les autres. ulyces-tearsexploration-01L’at­­ti­­tude Comme on peut s’y attendre, la façon dont on perçoit une situa­­tion déter­­mine la façon qu’on a d’y réagir. Par exemple, une tendance à voir les choses néga­­ti­­ve­­ment engendre plus de larmes. Le seuil De nombreux facteurs influencent la faci­­lité avec laquelle on pleure. Certaines personnes sont plus résis­­tantes que d’autres et les choses doivent aller plus mal pour qu’elles versent des larmes. Les femmes ont tendance à pleu­­rer plus faci­­le­­ment que les hommes. La perte de sommeil et l’al­­cool abaissent le niveau. Les trai­­te­­ments de l’hu­­meur, en parti­­cu­­lier les inhi­­bi­­teurs sélec­­tifs de la recap­­ture de la séro­­to­­nine, peuvent l’éle­­ver. La rete­­nue Lorsque vous attei­­gnez votre seuil et que vous avez envie de pleu­­rer, pouvez-vous vous en empê­­cher ? Certaines personnes en sont capables et d’après Vinge­­rhoets, elles retiennent leurs larmes en recou­­rant à des « trucs » cogni­­tifs, comme la distrac­­tion. Réac­­tions On dit souvent que si quelqu’un vous récon­­forte lorsque vous pleu­­rez, vous vous sentez géné­­ra­­le­­ment mieux après, et c’est vrai. Mais cela ne veut pas dire pour autant que le récon­­fort empêche les larmes de couler. Quand les gens me récon­­fortent, j’ai tendance à pleu­­rer davan­­tage, peut-être parce que j’ai le senti­­ment d’avoir leur permis­­sion. Les problèmes médi­­caux On pour­­rait penser que les gens souf­­frant de dépres­­sion pleurent plus que les autres, ou que les gens qui pleurent beau­­coup doivent être en dépres­­sion. La réponse à cette inter­­­ro­­ga­­tion n’est pas claire, d’après Vinge­­rhoets. Certaines personnes dépri­­mées pleurent beau­­coup, d’autres disent avoir perdu toute capa­­cité à pleu­­rer. Quand les gens dépres­­sifs pleurent, les larmes provoquent moins souvent de soula­­ge­­ment. Vinge­­rhoets affirme que d’un point de vue médi­­cal, les pleurs ne sont pas pris en compte dans le diagnos­­tic d’un trouble de l’hu­­meur, sans qu’ils le perturbent pour autant. Certaines personnes souf­­frant de mala­­dies neuro­­lo­­giques – sclé­­rose laté­­rale amyo­­tro­­phique, sclé­­rose multiple, tumeurs au cerveau, attaques céré­­brales – déve­­loppent des « pleurs patho­­lo­­giques ». Vinge­­rhoets récuse le terme tant on en sait peu sur ce qui consti­­tue la norme des pleurs. Il préfère parler de « pleurs exces­­sifs ». Les personnes frap­­pées par ce mal pleurent véri­­ta­­ble­­ment sans savoir pourquoi et sont inca­­pables de contrô­­ler leurs larmes. Lorsqu’on leur demande s’ils se sentent parti­­cu­­liè­­re­­ment tristes, les patients répondent que oui, préci­­sé­­ment à cause du fait qu’ils pleurent. Pour illus­­trer ce cas de figure, Vinge­­rhoets m’a commu­­niqué l’ex­­trait d’un entre­­tien avec un patient qui avait eu une attaque et s’est mis à pleu­­rer beau­­coup plus par la suite :

ulyces-tearsexploration-02Le patient : Je déteste pleu­­rer autant. Je déteste ça.

L’in­­ter­­vie­­weur : Vous ne pleu­­riez pas, avant ?

Le patient : Très peu. J’ai toujours pensé que j’étais une personne d’hu­­meur égale, et rela­­ti­­ve­­ment heureuse. Donc ça m’em­­bête.

L’in­­ter­­vie­­weur : Diriez-vous que vous n’êtes pas aussi heureux qu’au­­pa­­ra­­vant ?

Le patient : Pas quand je pleure aussi faci­­le­­ment. Ça me met hors de moi. J’ai­­me­­rais pouvoir m’en empê­­cher.

Vinge­­rhoets fait remarquer que les patients souf­­frant d’autres problèmes de santé, pas néces­­sai­­re­­ment neuro­­lo­­giques, comme le cancer ou les mala­­dies cardiaques, disent pleu­­rer davan­­tage. Il estime que leurs larmes sont peut-être dans ce cas une réponse émotion­­nelle au fait d’avoir un problème médi­­cal plutôt qu’un symp­­tôme de la mala­­die elle-même. « Des pleurs plus fréquents chez des patients qui présentent des désordres neuro­­lo­­giques ne sont pas néces­­sai­­re­­ment dus à une patho­­lo­­gie céré­­brale. C’est plutôt lié aux chan­­ge­­ment de pers­­pec­­tives drama­­tiques qui inter­­­viennent dans leur vie. » J’ima­­gine que le stress de souf­­frir d’une mala­­die chro­­nique joue proba­­ble­­ment un plus grand rôle dans mes larmes que mon affec­­tion neuro­­lo­­gique elle-même, mais qui sait ?

Larmes de joie

Viennent ensuite les célèbres larmes de joie, qui nous montent aux yeux dans certaines situa­­tions à priori tout sauf tristes. Dans son article, Tom Dixon évoque l’idée du psycha­­na­­lyste Sandor Feld­­man selon laquelle les larmes de joie ne seraient pas ce qu’elles paraissent. Derrière chaque instant de fierté ou de joie, disait Feld­­man, il y a la conscience de la nature tran­­si­­toire de la vie et du bonheur. La vue de petits enfants peut nous tirer des larmes de tendresse, mais c’est parce que nous savons que, comme nous, ils perdront bien­­tôt leur inno­­cence, et que le temps idyl­­lique de l’en­­fance dispa­­raî­­tra pour lais­­ser la place au monde plus laid des adultes. « Les enfants », obser­­vait Feld­­man, « ne pleurent pas devant le happy ending : ils sourient. Ceci car ils n’ont pas encore accepté l’idée de la mort. On commence proba­­ble­­ment à pleu­­rer devant une fin heureuse quand la mort est accep­­tée comme un fait inévi­­table. » Nous pleu­­rons, conclut Feld­­man, à cause du sort qui nous attend : « Il n’y a pas de larmes de joie, seule­­ment des larmes de tris­­tesse. »

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happytearsJ’étais sortie sous le ciel encore bleu de cette soirée d’été pour ache­­ter une bière au maga­­sin du coin. J’avais l’im­­pres­­sion que les nuages s’écar­­taient devant moi à chaque pas. Je vis dans une rue très calme, je pouvais donc sans souci regar­­der en l’air en marchant, pour contem­­pler le ciel où s’éti­­raient des nuages pâles. Le temps me ravis­­sait. Puis j’ai eu une idée, qui m’a rendue plus heureuse encore. Peut-être que ce que voulait dire Verlaine, c’est que les larmes sont pareilles à la pluie tout comme les émotions sont pareilles au temps qu’il fait. Le climat d’un jour donné ne vous informe pas plus sur l’état du monde que votre humeur ne vous renseigne sur l’état de votre vie. La météo est aux senti­­ments ce que le climat est à l’état de votre vie. Tout le monde sait qu’il ne faut pas prendre la météo trop au sérieux. On s’ha­­bille en fonc­­tion du temps qu’il fait ou on prend un para­­pluie, mais on ne décide pas subi­­te­­ment de chan­­ger de vie parce qu’il pleut. Cela ne veut pas dire, évidem­­ment, que le temps n’a aucune influence sur notre humeur. Mais l’hu­­meur est une chose person­­nelle. Je me sens souvent terri­­ble­­ment respon­­sable de mes senti­­ments, et mon inca­­pa­­cité à les cacher ajoute à ma culpa­­bi­­lité. Il est impor­­tant de voir le verre à moitié plein, et lorsque je n’y parviens pas, je m’en veux d’être triste. Mais on ne peut rien au temps, et dire qu’il s’agit d’un jour nuageux plutôt que peu enso­­leillée ne semble pas pessi­­miste, mais ration­­nel. Peut-être serait-il plus récon­­for­­tant d’en­­vi­­sa­­ger notre humeur comme le temps : une chose pour laquelle on ne devrait pas se sentir coupable, et à laquelle on ne devrait pas faire aussi atten­­tion. Lorsqu’il pleure dans votre cœur, sortez un para­­pluie.


Traduit de l’an­­glais par Nico­­las Prouillac et Arthur Scheuer d’après l’ar­­ticle « Crying: An Explo­­ra­­tion », paru dans Brain Deco­­der. Couver­­ture : Larmes, de Man Ray.

DÉSOLÉ, IL SEMBLE QUE LES ALLERGIES SOIENT BONNES POUR LA SANTÉ

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Ruslan Medz­­hi­­tov a toujours rejeté la théo­­rie domi­­nante : pour lui, les aller­­gies sont bonnes pour la santé. Et il a les moyens de le prou­­ver.

I. Une théo­­rie contro­­ver­­sée

Dans mon cas, c’étaient des frelons. J’avais 12 ans cet été-là et je passais l’après-midi avec un ami. Je courais dans un champ envahi par les herbes hautes, près de chez lui, quand j’ai shooté dans un nid de frelons de la taille d’un ballon de foot. Une nuée d’in­­sectes furieux s’est ruée sur mes jambes : leurs piqûres étaient comme des aiguilles brûlantes. Je suis parvenu à les repous­­ser et j’ai couru cher­­cher de l’aide, mais après quelques minutes j’ai senti que quelque chose n’al­­lait pas. Une constel­­la­­tion d’étoiles roses était appa­­rue autour des piqûres. Elles enflaient à vue d’œil et d’autres commençaient à appa­­raître en haut de mes jambes. Je faisais une réac­­tion aller­­gique.

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La tête d’un frelon
Crédits : gpmat­­thews

La mère de mon ami m’a donné des anti­­his­­ta­­mi­­niques et m’a installé à l’ar­­rière de son van. Elle m’a conduit à l’hô­­pi­­tal le plus proche. Ma peur gran­­dis­­sait à chaque minute. J’avais vague­­ment conscience des choses horribles qui peuvent arri­­ver lorsque les aller­­gies dégé­­nèrent. J’ima­­gi­­nais l’ur­­ti­­caire atteindre ma gorge et m’em­­pê­­cher de respi­­rer. Mais j’ai survécu pour racon­­ter mon histoire. Ma peau est retom­­bée comme un souf­­flet à l’hô­­pi­­tal, ne me lais­­sant pour cica­­trice qu’une peur-panique des frelons. Un test aller­­go­­lo­­gique a toute­­fois confirmé ma vulné­­ra­­bi­­lité à ces insectes. Pas aux abeilles, pas aux guêpes, pas aux bour­­dons : seule­­ment au type parti­­cu­­lier de frelons qui m’ont piqué ce jour-là. L’in­­fir­­mière m’a averti qu’il se pour­­rait que je n’aie pas autant de chance la prochaine fois. Elle m’a tendu un auto-injec­­teur d’adré­­na­­lineEpiPen et m’a dit d’en­­fon­­cer la seringue dans ma cuisse si je me faisais piquer de nouveau. L’adré­­na­­line augmen­­te­­rait ma pres­­sion arté­­rielle, ouvri­­rait grand mes voies respi­­ra­­toires et me sauve­­rait peut-être la vie. J’ai eu de la chance : c’était il y a 35 ans et je ne suis jamais retombé sur un nid de frelons. J’ai perdu l’EpiPen il y a des années. Tous ceux qui souffrent d’al­­ler­­gie ont une histoire à racon­­ter sur son origine, un récit sur le jour où ils ont décou­­vert que leur système immu­­ni­­taire se détraque quand telle ou telle molé­­cule s’in­­tro­­duit dans leur corps. Il existe des centaines de millions d’his­­toires comme la mienne. Aux États-Unis, près de 18 millions de personnes sont sujettes au rhume des foins et les aller­­gies alimen­­taires touchent des millions d’en­­fants. Elles sont aussi de plus en plus répan­­dues dans le monde entier. La liste non-exhaus­­tive des aller­­gènes comprend le latex, l’or, le pollen, la péni­­cil­­line, le venin d’in­­secte, l’ara­­chide, la papaye, les piqûres de méduse, le parfum, les œufs, les matières fécales d’aca­­riens, les noix de pécan, le saumon, le bœuf et le nickel. Quand une de ces substances déclenche une aller­­gie, les symp­­tômes peuvent aller d’une simple gêne à la mort de la personne. Des réac­­tions cuta­­nées appa­­raissent, les lèvres gonflent. Le rhume des foins provoque des reni­­fle­­ments et des pico­­te­­ments des yeux, les aller­­gies alimen­­taires des vomis­­se­­ments et des diar­­rhées. Pour une mino­­rité d’entre nous, les aller­­gies peuvent déclen­­cher une réac­­tion poten­­tiel­­le­­ment mortelle de tout l’or­­ga­­nisme connue sous le nom de choc anaphy­­lac­­tique.

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