par Jeff Maysh | 30 octobre 2015

2475 Glen­­do­­wer Place

C’était encore plus effrayant qu’elle ne l’avait espéré. Jenni­­fer Clay leva les yeux vers la demeure de style espa­­gnol depuis le bas d’une volée de marches de béton tombant en ruines. Au milieu de ce quar­­tier rési­­den­­tiel plein de maisons raffi­­nées, niché à flanc de collines, la demeure à la pein­­ture blanche écaillée jurait. La mère de Jenni­­fer et son cousin avaient accepté de se joindre à elle pour monter jusqu’à la vieille bâtisse, mais ils chan­­gèrent d’avis à la minute où ils l’aperçurent. Les deux fenêtres en arc de cercle de la façade étaient comme deux grands yeux vides fixés sur la commu­­nauté bour­­geoise de Los Feliz. Le judas de la porte en bois fati­­guée était barri­­cadé de planches et un panneau « Inter­­dic­­tion d’en­­trer » était planté dans le jardin. Jenni­­fer entama l’as­­cen­­sion toute seule.

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Le 2475 Glen­­do­­wer Place

La blogueuse de 31 ans était deve­­nue accro aux rumeurs circu­­lant sur Inter­­net à propos de la maison. Elle avait lu le récit détaillant comment le Dr Harold Perel­­son avait attaqué sa femme alors que leurs trois enfants dormaient à quelques pas de là. Elle s’était repue de dizaines de récits qui disaient que la demeure à un million de dollars était restée vide depuis lors, deve­­nant peu à peu une capsule témoin glauque de 1959. Quand les voisins commen­­cèrent à témoi­­gner d’ac­­ti­­vi­­tés para­­nor­­males, la maison devint une macabre attrac­­tion pour touristes. Jenni­­fer ne parve­­nait pas à se sortir ces rumeurs de la tête. Les cadeaux de Noël du méde­­cin démo­­niaque étaient-ils vrai­­ment embal­­lés et dispo­­sés sous le sapin ? La maison rece­­lait-elle des indices permet­­tant de comprendre ce qui avait pu s’em­­pa­­rer de lui pour détruire ainsi tout ce qu’il aimait ? Pendant cet été 2012, Jenni­­fer parta­­gea son aven­­ture sur son blog, My LA Bucket List. Elle se souvient de sa mère et de sa cousine « trem­­blant de peur » mais accep­­tant tout de même de prendre une photo d’elle posant sur les marches (un commen­­ta­­teur mascu­­lin ferait plus tard un compli­­ment sur ses jambes). Jenni­­fer était tout à fait le genre de fille à pous­­ser la planche cassée d’une clôture et à se glis­­ser avec aisance dans une propriété consi­­dé­­rée parmi les plus effrayantes de Cali­­for­­nie, avec les sites des meurtres de la famille Manson. Jenni­­fer écri­­vit que « la maison était un véri­­table festi­­val du para­­nor­­mal », et qu’elle avait remarqué à travers une fenêtre « deux horribles chaises couleur moutarde qui (lui) glacèrent le sang ». Mais rien n’était plus sinistre que la gargouille de la demeure, une statue brisée au milieu d’une fontaine assé­­chée. Jenni­­fer se souvient : « Elle souriait. » Jenni­­fer fit coura­­geu­­se­­ment le tour de la propriété, retira les protec­­tions sur les fenêtres et prit des photos à travers les vitres cras­­seuses. Des parti­­cules de pous­­sière dansaient dans les rayons de soleil frag­­men­­tés qui illu­­mi­­naient une riche cage d’es­­ca­­lier en spirale. Dans la cuisine, elle aperçut d’an­­tiques paquets de spaghet­­tis, de vieilles boîtes de déta­­chant Vanish et d’an­­ciens numé­­ros de Life. Jenni­­fer avait le souffle coupé par cette vie de famille éphé­­mère, inter­­­rom­­pue un soir sous la prési­­dence d’Ei­­sen­­ho­­wer. « Cela ressemble au senti­­ment qu’on éprouve en péné­­trant dans une maison hantée, sauf que celle-ci l’est vrai­­ment », explique Jenni­­fer. Dans son explo­­ra­­tion des années 1950, elle vit des vête­­ments mis à sécher, des cour­­riers person­­nels, des livres. Et là, dans le salon, elle aperçut les fameux cadeaux de Noël. Comme promis par les visi­­teurs précé­­dents, les rubans n’étaient pas défaits. À ce moment précis, Jenni­­fer eut « un mauvais pres­­sen­­ti­­ment ».

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La fontaine assé­­chée

C’était peut-être le même senti­­ment qui avait décou­­ragé les sans-abris qui avaient tenté de trou­­ver refuge ici il y a de nombreuses années, avant de s’en­­fuir en évoquant des courants d’air froid, des bruits de pas inex­­pliqués et des sons démo­­niaques pendant la nuit. Peut-être que c’était le même senti­­ment décrit par des voisins au jour­­nal local, qui se sentaient « suivis ». L’adré­­na­­line fusa dans ses veines. Elle retourna vers les marches de béton. Ses pas suivaient le chemin emprunté par une des filles du docteur lorsqu’elle s’en­­fuit de la maison recou­­verte de sang. « Je l’ai imagi­­née fuyant son père devenu fou », dit Jenni­­fer, « combien cela a dû être atro­­ce… j’ai presque ressenti la même chose. » Elle se mit à courir, les mains noir­­cies de pous­­sière. Elle se fichait des réponses à présent, de l’aven­­ture, de sa liste de choses à accom­­plir avant de mourir. « Oh mon dieu », pensa-t-elle, « je ne vais pas réus­­sir à m’en­­fuir assez vite. » L’Amé­­rique a toujours été fasci­­née par les maisons hantées. La plus tris­­te­­ment célèbre est une bâtisse colo­­niale de trois étages située à Amity­­ville, à Long Island dans l’État de New York. Là, en 1974, Ronald DeFeo Jr, alors âgé de 23 ans et suppo­­sé­­ment possédé par l’es­­prit d’un chef indien mort, tira métho­­dique­­ment sur ses parents, puis ses quatre frères et sœurs éten­­dus dans leurs lits. Quand George et Kathy Lutz emmé­­na­­gèrent dans la maison un an plus tard, en décembre 1975, ils décri­­virent d’étranges phéno­­mènes, des courants d’air froid, des mauvaises odeurs, et ils se plai­­gnirent des lits de leurs enfants, qui « frap­­paient le sol ». Un prêtre appelé pour bénir la demeure affirma être reparti avec les mains en sang et un aver­­tis­­se­­ment du monde des esprits. Un livre et un film suivirent, et la maison d’Ami­­ty­­ville devint partie inté­­grante des histoires d’hor­­reur améri­­caines, même si elle est depuis long­­temps suspec­­tée d’être un canu­­lar. Aujourd’­­hui, Glen­­do­­ver Place fait office d’Ami­­ty­­ville pour la géné­­ra­­tion Face­­book. En 2013, des blog­­geurs du site Cracked s’y rendirent et la décla­­rèrent « maison hantée la plus glauque du monde ». Forbes lui attri­­bua une place sur sa liste des « maisons célèbres », aux côtés de celle de l’Ohio dans laquelle le tueur en série Jeffrey Dahmer dit avoir commis son premier crime. Avant l’avè­­ne­­ment d’In­­ter­­net, le 2475 Glen­­do­­ver Place était inconnu du reste du monde, dissi­­mulé aux pieds du parc Grif­­fith, à l’ex­­tré­­mité est des montagnes de Santa Monica. Là, des randon­­neurs choqués trou­­vaient parfois les restes déchi­­rés de victimes de meurtres dans les brous­­sailles. Les proies des pumas. Et pendant de nombreuses années, une autre maison du quar­­tier demeura célèbre et effrayante. Conçue par Frank Lloyd Wright, « la Maison Ennis », située au 2607 Glen­­do­­ver Avenue, accueillit le tour­­nage de House on the Haun­­ted Hill, un film de série B datant de 1959 dans lequel un sinistre méde­­cin plon­­geait un corps dans un bain d’acide. Mais aujourd’­­hui, la séré­­nité de cette colline n’est brisée que par le ronron­­ne­­ment occa­­sion­­nel d’un moteur diesel. Un auto­­car blanc fait son tour dans les collines, se diri­­geant vers cette maison de Los Feliz qui fut un temps la propriété de George Hill Hodel, consi­­déré par certains théo­­ri­­ciens du complot comme suspect dans l’af­­faire du démem­­bre­­ment d’une femme de L.A. connu sous le nom du « Dahlia Noir ». Sur le flanc du véhi­­cule, on peut lire : « Tour de nos chers défunts. Visite de l’his­­toire tragique de L.A. » Le prochain arrêt est « La Maison du Meurtre ». Au volant, le guide touris­­tique Scott Michaels porte un t-shirt sur lequel est écrit « futur cadavre ». Il se révèle être un véri­­table show­­man lorsqu’il entame le récit du « Mystère de Noël » de Glen­­do­­ver Place, et celui de « la fille hurlant avec un trou dans le crâne ». « Tout le monde adore les histoires de mystères de maisons hantées », me dit Michael. « L’iro­­nie d’une fête comme Noël qui tourne au tragique est quelque chose qui plaît, de la même façon que les gens aiment les acci­dent de montagnes russes, ça fait appel aux mêmes choses. C’est une maison sur une colline et ça fait peur de la regar­­der depuis le bas de la route. » Produit dérivé de la visite, Michael anime le célèbre site web Find a Murder. Les parti­­ci­­pants au forum sont abso­­lu­­ment obsé­­dés par la Maison du Meurtre.

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L’ar­­ticle de jour­­nal de l’époque

« Tous mes amis pensent que je suis fou de m’in­­té­­res­­ser à ça, c’est telle­­ment sympa de lire qu’il n’y a pas que moi ! » écrit sur le site un enthou­­siaste de l’ho­­mi­­cide. Ils se font appe­­ler « les vieilles peaux de la mort » et se consacrent à retrou­­ver les enfants survi­­vants de Perel­­son : « Les trois enfants sont encore en vie », lit-on dans l’un des commen­­taires. « Je pense qu’ils ont été recueillis par la sœur de leur père, Esther Perel­­son Kramer, qui vivait à New York. » Ces détec­­tives du clavier, le genre de ceux qui ont mal iden­­ti­­fié le terro­­riste de Boston en ligne, aiment combler les blancs entre les faits et parve­­nir à de dange­­reuses conclu­­sions. Je devais décou­­vrir la vérité. Qu’est-ce qui pousse réel­­le­­ment un méde­­cin à attaquer sa famille et à se suici­­der ? Pourquoi la maison est-elle demeu­­rée vide en plein boom immo­­bi­­lier pendant lequel les agents se sont rués sur les maisons vides comme des vautours ? « Vous ne pouvez pas main­­te­­nir une maison vide pendant 50 ans et ne pas vous attendre à ce qu’elle tombe en ruines. Elle est bonne à démo­­lir main­­te­­nant », confiait un ancien voisin, Jude Margo­­lis, au Los Angeles Times en 2009. « Quel dommage. » Les réponses étaient enfouies profon­­dé­­ment dans les méandres du centre d’ar­­chives de Los Angeles, le Los Angeles Archives and Records Center, à un jet de pierre de l’his­­to­­rique cour de justice où Charles Manson et sa mons­­trueuse « famille » furent jugés pour meurtre. Le person­­nel du lieu a mieux à faire que de faire des recherches sur les maisons hantées. Mais si vous remplis­­sez suffi­­sam­­ment de formu­­laires et que vous faites assez long­­temps la queue, le laby­­rinthe d’ar­­chives révèle petit à petit ses secrets, un dossier pous­­sié­­reux après l’autre. En mai de cette année, je passai beau­­coup de temps dans une banque de machines à lire des micro­­films, à leur appor­­ter des bandes et à faire tour­­ner leurs roues. La roue de gauche contrôle le défi­­le­­ment, la roue droite sert à la mise au point. Des décen­­nies de conflits et de discordes en tous genres défi­­lèrent sous mes yeux en vrom­­bis­­sant. Puis l’his­­toire de la famille Perel­­son appa­­rut. ulyces-murderhouse-04-1

La splen­­deur des Perel­­son

Les choses avaient si bien commencé pour Harold Perel­­son. Il était né le 1er février de l’an­­née 1909, à New York. Son père, Henry, commis chez un impri­­meur, et sa mère, Molly, qui était russe, avaient fui l’Eu­­rope de l’Est pour échap­­per à la répres­­sion impé­­riale, à la pénu­­rie de terre et au chômage chro­­nique. Les Perel­­son faisaient partie d’une marée de 13,5 millions d’im­­mi­­grants qui se déversa sur les États-Unis. Nombre d’entre eux étaient des travailleurs polo­­nais, italiens et slaves, dési­­reux de prendre leur part du rêve améri­­cain. Les Perel­­son s’ins­­tal­­lèrent sur Pitkin Avenue, dans le Queens, et Harold était l’aîné d’une fratrie de quatre enfants. Richard Alba, profes­­seur de socio­­lo­­gie à l’uni­­ver­­sité de la Ville de New York, décrit l’époque comme « une histoire de pauvres deve­­nus riches, alors que la deuxième géné­­ra­­tion quit­­tait peu à peu les immeubles et les ateliers clan­­des­­tins pour s’ins­­tal­­ler dans les banlieues fleu­­ries de la classe moyenne et de nouveaux bureaux… Ils faisaient de rapides progrès, et connais­­sait le succès à une vitesse et avec une aisance remarquables. » Le jeune Harold fut envoyé à l’école de méde­­cine, où il fit montre d’un esprit véloce et de dispo­­si­­tions certaines pour l’en­­tre­­pre­­neu­­riat. Il plaça dans la bouche de ses parents une expres­­sion que convoitent de nombreux parents juifs : « Mon fils, le docteur. »

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La porte d’en­­trée de la demeure

Il n’était malgré tout pas facile de faire sa place à New York pour un fils d’im­­mi­­grés, aussi Harold fit-il ses bagages pour aller trou­­ver le soleil de Cali­­for­­nie du Sud. Il décro­­cha un job dans le cabi­­net d’un physi­­cien d’In­­gle­­wood, publia plusieurs articles dans le champ de la neuro­­lo­­gie, et devint plus tard profes­­seur de cardio­­lo­­gie à l’école de méde­­cine de l’uni­­ver­­sité de Caro­­line du Sud. Le succès et la richesse furent au rendez-vous, et sa vie de famille était épanouis­­sante : le Dr Perel­­son épousa Lillian Silver, une autre immi­­grante issue de la seconde géné­­ra­­tion venue de Cuya­­hoga Falls, dans l’Ohio. Ils eurent trois enfants – Judye, Debbie et Joel – et cher­­chèrent à s’ins­­tal­­ler dans une demeure fami­­liale de rêve, juchée dans les collines de Los Angeles. Ils pensèrent l’avoir trou­­vée dans le quar­­tier de Los Feliz, au prix de 60 000 dollars – un demi-million de dollars aujourd’­­hui. Pour le fils d’un commis polo­­nais, le destin prenait un tour extra­­or­­di­­naire. De style renou­­veau colo­­nial espa­­gnol, la belle maison du 2475 Glen­­do­­ver Place avait initia­­le­­ment été dessi­­née en 1925 par l’ar­­chi­­tecte Harry E. Weiner, pour Harry F. Schu­­ma­­cher. Lorsque Schu­­ma­­cher mourut, la maison fut vendue, le 6 décembre 1931 – les fous du para­­nor­­mal adorent souli­­gner que Harold perdit les pédales à la même date. Après lui, Frede­­ric Zelnik emmé­­na­­gea dans la maison. Zelnik, produc­­teur et réali­­sa­­teur influent de cinéma muet en Alle­­magne, avait été contraint de quit­­ter sa patrie pour rejoindre Londres après qu’Hit­­ler eût accédé au pouvoir en 1933. Il s’en­­vola bien­­tôt pour Los Angeles où il conti­­nua à produire des films jusqu’à sa mort en 1950. Les fins limiers du web lient égale­­ment la maison à un autre décès, celui d’un jeune auteur holly­­woo­­dien de 20 ans en 1931, qui mourut dans son lit des suites d’une mysté­­rieuse infec­­tion après avoir joué au tennis. Mais Donald Beaton mourut au numéro 2457, pas 2475. Il faut être vigilent avec les numé­­ros de portes. Lorsque Harold fit l’ac­qui­­si­­tion de la maison dans les années 1950, elle était décrite comme « une déli­­cieuse demeure de douze pièces, avec des pelouses en terrasse, des jardins artis­­tiques et une vue magni­­fique ». Un hall d’en­­trée spacieux et carrelé donnait sur un grand esca­­lier, qui menait à un char­­mant salon, une véranda, une salle à manger, un débar­­ras, une salle de petit-déjeu­­ner et une cuisine. Plus haut, le second étage compre­­nait quatre chambres prin­­ci­­pales et trois salles de bain, tandis que le troi­­sième abri­­tait un bar et une salle de bal. Il y avait aussi des quar­­tiers réser­­vés aux domes­­tiques, mais la seule aide que les Perel­­son rece­­vaient était celle d’une baby­­sit­­ter adoles­­cente, qui se trou­­vait être leur voisine. Cheri Lewis était âgée de 14 ans et elle avait litté­­ra­­le­­ment grandi dans l’ombre de la maison des Perel­­son, dans le cottage situé à l’exact opposé du 2475 Glen­­do­­wer Place. Nous nous sommes rencon­­trés en juin dernier, à son cabi­­net dentaire affairé de Beverly Hills. C’est une femme enthou­­siaste aux yeux clairs, qui s’adres­­sait à moi d’une voix couverte par le bour­­don­­ne­­ment désa­­gréable de la fraise. « Mon père était un genre de play­­boy », se rappelle-t-elle, avant de me confier qu’elle raffo­­lait de la cuisine de Lillian Perel­­son. « Lillian était une femme douce… Elle faisait de la soupe de tomate, dans laquelle elle plon­­geait des morceaux de saucisse. Mon père trou­­vait que c’était de la grande cuisine, et ma mère, qui était juste­­ment une grande cuisi­­nière, n’était pas du tout de cet avis. » Le Dr Lewis me révèle qu’elle avait le senti­­ment étrange que Lillian Perel­­son et son avocat de père auraient dû être ensemble, et Harold avec sa mère, Esther : « Ils auraient été bien mieux assor­­tis. » ulyces-murderhouse-06Je lui demande si elle avait décelé des traces de violence dans le compor­­te­­ment du docteur. « Rien d’étrange ou de bizarre, non… C’était un homme qui avait le sens du compro­­mis », dit-elle. Le précé­dent docteur, lui, était agres­­sif, mais Perel­­son était « très doux », me confie-t-elle lors du premier moment trou­­blant de cette enquête. La fraise s’ar­­rête et dans le silence, le Dr Lewis ajoute d’un air pensif : « Il faisait de bonnes injec­­tions. » Le Dr Harold Perel­­son était un spécia­­liste de l’injec­­tion. Le 30 décembre 1938, il avait déposé un brevet pour un acces­­soire médi­­cal de son inven­­tion. La pièce adjointe à une seringue hypo­­der­­mique était conçue pour injec­­ter des soins direc­­te­­ment depuis une capsule de verre scel­­lée, rédui­­sant ainsi le danger de conta­­mi­­na­­tion et le risque de débor­­de­­ment. Après avoir travaillé sur son inven­­tion pendant plus d’une décen­­nie, il passa en 1949 un accord verbal avec un homme du nom d’Ed­­ward Shus­­tak, qu’il espé­­rait voir trans­­for­­mer « l’idée géné­­rale » de son produit en un véri­­table hit médi­­cal. Perel­­son et Shus­­tack s’en­­ten­­dirent sur le partage des béné­­fices. Harold et Lillian Perel­­son inves­­tirent 24 496 dollars dans le projet, dont 7 000 dollars prove­­naient des écono­­mies person­­nelles de Lillian. D’après les docu­­ments juri­­diques, Shus­­tack passa onze années de plus à prépa­­rer la seringue magique à la vente. Mais il n’avait pas l’in­­ten­­tion de donner le moindre sou au docteur. Dans une plainte dépo­­sée le 21 juillet 1952, Perel­­son décla­­rait que Shus­­tack, faisant usage d’un faux nom, l’avait dépos­­sédé de ses droits sur l’ac­­ces­­soire. Une compa­­gnie véreuse « dissi­­mula la super­­­che­­rie », s’en­­ten­­dit dire la cour, et le bon docteur se fit doubler. Furieux, Perel­­son entre­­prit une action en justice, deman­­dant une compen­­sa­­tion à hauteur de 100 000 dollars (près d’un million de dollars d’aujourd’­­hui). Mais l’af­­faire s’éter­­nisa. Après deux années de manœuvres juri­­diques coûteuses, la cour accorda à Perel­­son la somme de 23 956 dollars. On ne sait pas si la seringue fut jamais mise sur le marché. Trois ans plus tard, un plus grand malheur encore frappa la famille Perel­­son. Le 3 novembre 1957, Judye condui­­sait ses frères et sœurs dans la Oldsmo­­bile de 1952 de son père. Alors qu’elle fran­­chis­­sait l’in­­ter­­sec­­tion des boule­­vards Vermont et Los Feliz, elle percuta un autre véhi­­cule. Judye souf­­frit de bles­­sures aux mains et aux genoux, d’une commo­­tion et d’un « choc sévère » ; le jeune Joel avait une bles­­sure à la tête et « un choc sévère du système nerveux » ; quant à Debo­­rah, elle avait eu la joue tran­­chée. L’autre conduc­­trice, Elea­­nor Keller, déclara que Judye, alors âgée de 16 ans, était passée au rouge sans regar­­der. Mais le Dr Perel­­son traîna la famille Keller devant le tribu­­nal, affir­­mant pour sa part que c’était la négli­­gence et l’im­­pru­­dence d’Elea­­nor qui étaient la cause de l’ac­­ci­dent. Il requit 20 000 dollars de dommages et inté­­rêts pour chacune de ses filles, et 10 000 dollars supplé­­men­­taires pour son fils. Il remporta le procès. Mais la cour ne lui accorda qu’une frac­­tion de l’argent qu’il avait demandé, à peine de quoi couvrir les frais médi­­caux. Une nouvelle victoire au goût amer pour le docteur, et un autre coup porté aux finances de la famille. « Ma famille se retrouve encore embarquée dans le même manège : même problèmes, mêmes inquié­­tudes, mais multi­­pliées par dix », écri­­vit Judye à une tante juste avant le meurtre-suicide de 1959. « Mes parents, pour ainsi dire, sont dans une impasse finan­­cière. » Les problèmes d’argent avaient égale­­ment prélevé leur tribut sur la santé du docteur. « Il avait eu deux problèmes coro­­na­­riens, et ils l’avaient admis aux soins coro­­na­­riens », se souvient le Dr Lewis. « J’avais 14 ans à l’époque… Judye venait dormir à la maison régu­­liè­­re­­ment. »

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Le salon où gisent encore les papiers cadeaux

Le Dr Lewis décrit Judye comme une adoles­­cente compliquée, qui était trop âgée pour qu’elle pût la consi­­dé­­rer comme son amie. « J’étais une enfant en compa­­rai­­son », dit-elle. « Ma mère dessi­­nait des chapeaux et des vête­­ments pour les studios, elle était très habile avec la couture. Il arri­­vait que Judye lui apporte une robe, de taille 14 par exemple, et elle, qui faisait une taille deux, lui deman­­dait : “Pour­­rait-on juste la reprendre ?” » Le Dr Lewis dessine avec ses mains une petite silhouette fémi­­nine à côté de la chaise de dentiste vide. « Voici la robe… et voici Judye. » Les annales du lycée Barris­­ter de 1958 montrent que Judye était popu­­laire, membre de la « Ligue des Filles » et secré­­taire du corps étudiant. En-dehors de l’école, Judye travaillait comme ouvreuse au théâtre Hunting­­ton Hart­­ford, sur Holly­­wood et Vine, un audi­­to­­rium mid-century clinquant, décoré de marbre blanc du Vermont et d’ac­­ces­­soires en or. Le Dr Lewis se rappelle des tours de boîtes à chaus­­sures qui s’éle­­vaient dans la maison, résul­­tat de l’amour de Judye pour le shop­­ping. Elle condui­­sait une voiture de sport juste avant la tuerie, précisa un jour­­nal, suggé­­rant par là que les revers de fortune qu’a­­vait connus la famille Perel­­man n’avaient pas eu d’im­­pact sur ses dépenses. Mais le père de Judye était en train de chan­­ger. Le bon docteur n’était plus alors poussé par l’am­­bi­­tion de réus­­sir, d’in­­ven­­ter, de soigner, d’ai­­der les autres. Ses lectures s’as­­som­­brirent. Durant l’été 1959, il se tourna vers des livres mélan­­co­­liques. Les spécu­­la­­tions entou­­rant l’ac­­cès de violence du docteur sont allées bon train, et cepen­­dant peu de faits sont connus à propos des morts en elles-mêmes. Le bureau du méde­­cin légiste de Los Angeles déte­­nait les réponses, cachées profon­­dé­­ment dans les archives. Les rapports d’au­­top­­sie sont une lecture désa­­gréable, et ceux-ci incluaient de sinistres diagrammes des bles­­sures des victimes. Ouvrir cette enve­­loppe fut le second moment trou­­blant de cette enquête. À présent, la vérité brutale de cette nuit-là peut être préci­­sé­­ment rela­­tée, pour la toute première fois.

La forêt obscure

Il était près de cinq heures lorsque le soleil plon­­gea derrière les montagnes, le 6 décembre 1959. Le mois de décembre à Los Angeles est réputé pour son climat incer­­tain. Les jour­­nées sont chaudes et lumi­­neuses, suivies par des nuits au froid mordant. Par des soirées comme celles-ci, les rési­­dents profitent de l’heure des cock­­tails en enfi­­lant des chan­­dails. Lillian Perel­­son avait dîné de hari­­cots verts avant de se mettre au lit. Elle dormait profon­­dé­­ment dans sa robe de chambre, sa tête posée sur l’oreiller du lit conju­­gal au deuxième étage de la maison. À minuit, la tempé­­ra­­ture avait chuté comme une guillo­­tine. Le silence régnait sur Glen­­do­­ver Place à 4 h 30 du matin, lorsque Harold se pencha sur le lit, un marteau à panne ronde dans la main. Lillian n’eut pas le temps de crier. Il la frappa si fort que le trou béant à l’ar­­rière de sa tête chan­­gea la couleur de l’oreiller en carmin. ulyces-murderhouse-08-2 Voyant ce qu’il avait fait, Harold tourna les talons et sortit de la chambre. Il ouvrit la porte de la salle de bain atte­­nante, et passa une autre porte qui menait à la chambre de l’aî­­née de ses filles, dans laquelle son nom était écrit sur une étiquette placée sur l’in­­ter­­rup­­teur. Il la frappa elle aussi sans crier gare, sur la tête avec le même marteau. Mais le coup attei­­gnit Judye de côté et la jeune fille laissa échap­­per un cri. Un cri d’outre-tombe telle­­ment irréel que les voisins de Glen­­do­­wer Place se dres­­sèrent tous en sursaut dans leurs lits. « Reste tranquille », dit Harold à Judye. « Ne fais pas de bruit. » Mais Judye ne l’écouta pas. Cheri Lewis se souvient encore des cris. Cette nuit-là, sa jeune amie Shel­­ley était venue dormir à la maison. Shel­­ley se mit à paniquer. « Au début, j’ai cru qu’il s’agis­­sait des cris d’un animal sauvage », dit le Dr Lewis. Puis elle recon­­nut clai­­re­­ment la voix de Judye : « Ne me tue pas… » Dans sa chambre, Judye parvint d’une manière ou d’une autre à échap­­per à son père, dont les mains et l’épaule étaient couvertes de sang. Judye courut dans la chambre de ses parents. Là, elle vit l’hor­­rible méfait qu’a­­vait accom­­pli son père. Judye se rua au bout du couloir, jusqu’à l’es­­ca­­lier en spirale. Elle descen­­dit les marches quatre à quatre et sortit par la porte prin­­ci­­pale, prenant de grandes inspi­­ra­­tions dans l’air glacé de la nuit. La gargouille souriante qui trônait sur la fontaine la regarda passer alors qu’elle déva­­lait les marches de béton. Elle frappa déses­­pé­­ré­­ment à la porte de la maison des Lewis. N’ob­­te­­nant pas de réponse, elle commença à tambou­­ri­­ner contre les portes-fenêtres adja­­centes à la porte d’en­­trée, les barbouillant de sang. À l’étage, Cheri et Shel­­ley étaient pétri­­fiées de peur. Judye tenta sa chance chez un autre voisin, Marshall Ross, qui finit par ouvrir sa porte. Ensemble, ils appe­­lèrent la police.

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Les esca­­liers de béton

Dans la maison des Perel­­son, les deux jeunes enfants s’étaient réveillés au son des cris de leur grande sœur. « Retourne te coucher. C’est un cauche­­mar », dit Harold à la petite Debbie, âgée de 11 ans. Puis il s’éloi­­gna à grands pas, du sang dégou­­li­­nant sur le sol. Pendant ce temps, Marshall Ross gravis­­sait les marches de la maison des Perel­­son. Il trouva Debbie et le petit Joel qui atten­­daient au premier étage. Puis il grimpa une autre volée de marches et se retrouva face à face avec le docteur. « Rentrez chez vous », lui dit Harold, à en croire le rapport du légiste. « Ne me déran­­gez pas. » Ross regarda le docteur péné­­trer dans la salle de bain. Harold se diri­­gea vers les tiroirs où il gardait ses médi­­ca­­ments et les ouvrit. Le sang coulait partout. Il sortit des bouteilles et des boîtes de pilules, en ouvrit les couvercles. Il déchira deux capsules de Nembu­­tal, un barbi­­tu­­rique, et ouvrit les robi­­nets, mélan­­geant la poudre jaune à l’eau remplis­­sant le lavabo. Le Nembu­­tal, ou pento­­bar­­bi­­tal, est parfois surnommé « la mort en bouteille », un grand clas­­sique des suici­­dés cher­­chant une mort rapide – c’est ce qui coûta la vie à Judy Garland. Le goût était amer. Pour s’as­­su­­rer de son destin, le docteur avala 31 petites pilules blanches, proba­­ble­­ment de la codéine ou un puis­­sant tranquilli­­sant. Puis il retourna dans une des chambres. Marshall Ross vit le docteur s’al­­lon­­ger sur un lit, atten­­dant que les médi­­ca­­ments fissent effet. Il fallut quinze minutes aux voitures de police pour grim­­per sur la colline depuis la gare d’Hol­­ly­­wood. À 5 h 15 du matin, les inspec­­teurs du Dépar­­te­­ment de la police de Los Angeles Ander­­son et Pozzo gravirent les marches de béton. Quand ils trou­­vèrent le docteur, il gisait sur le sol. Sa tête repo­­sait sur l’oreiller couvert du sang de sa fille, le marteau dans sa main. Il ne respi­­rait qu’à peine, et serait mort avant l’ar­­ri­­vée de l’am­­bu­­lance. La police rassem­­bla le reste des pilules et les posèrent sur une commode dans sa chambre. Là, ils décou­­vrirent sur une table de chevet près du lit de Perel­­son un exem­­plaire de la Divine Comé­­die, de Dante. Le livre était ouvert au Chant I : Au milieu du chemin de notre vie je me retrou­­vai par une forêt obscure car la voie droite était perdue. Cheri Lewis se rappelle du matin après le meurtre. Elle était suppo­­sée garder Joel et Debbie Perel­­son ce soir-là, dit-elle. « Lorsque j’ai ouvert la porte au matin, quand les parents de Shel­­ley sont venus la cher­­cher, la porte était couverte de sang. Je me souviens du contact de ma main sur ce sang pois­­seux. » Elle raconte que sa famille couvrit l’œil de bœuf de la porte pendant des années après cela. « Ça me faisait peur », dit-elle, « j’ai insisté car je ne le suppor­­tais pas. » Les méde­­cins légistes qui exami­­nèrent le corps de Lillian obser­­vèrent que le blanc de ses yeux avait tourné au rouge sang : elle était morte d’as­­phyxie, noyée dans son propre sang.

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Extrait du rapport d’au­­top­­sie de Lillian Perel­­man

« Nous tour­­nions tous en rond dans un état de panique. Ma mère était très secouée, elle et Harold étaient de bons amis. » Le père du Dr Lewis, qui était avocat, fit des recherches. « Il récu­­péra des dossiers judi­­ciaires, et il appa­­rut que les problèmes coro­­na­­riens de Perel­­son n’en étaient pas : c’étaient des tenta­­tives de suicide. Il n’est pas rare pour quelqu’un qui a commis des tenta­­tives de suicide de se retour­­ner contre les gens qui ont créé le problème. Il s’avère que sa femme – ou les docteurs – songeait à le faire inter­­­ner, ou bien peut-être qu’elle était tenue de le faire après un certain temps. » Je mis la main sur un docu­­ment judi­­ciaire daté d’après le terrible inci­dent, révé­­lant que la sœur de Lillian, Gertrude Saylan, demanda à prendre en charge le paie­­ment des compen­­sa­­tions des enfants en rapport avec l’ac­­ci­dent de voiture, en qualité de tutrice. Il semble que ce fut la famille de Lillian qui assuma la garde des jeunes enfants, et non celle d’Ha­­rold comme les limiers du web le suggèrent souvent. Un an plus tard, en 1960, la propriété fut vendue au cours d’une enchère à un couple de Lincoln Heights, Emily et Julian Enriquez. Mais ils ne s’y instal­­lèrent pas. Personne ne le fit. La maison fut simple­­ment lais­­sée à l’aban­­don, et la vie s’écoula autour d’elle comme un micro­­film en avance rapide, jours et nuits défi­­lant à la vitesse de l’éclair, en flashs stro­­bo­s­co­­piques. L’His­­toire se déroula en time-lapse sous les fenêtres de la maison, la ville scin­­tillant dans la vallée comme les projec­­teurs d’une immense scène dorée. Ses person­­nages s’ap­­pe­­laient Monroe, Mans­­field et Phoe­­nix. À l’ho­­ri­­zon, des buil­­dings se dres­­sèrent dans le centre-ville, et derrière eux fleu­­rirent les torches des émeutes, et des vies furent bruta­­le­­ment inter­­­rom­­pues. Biggie, Michael, Rodney. Même lorsque la terre trem­­bla, cela ne vint pas trou­­bler la maison ou ses fonda­­tions. Dans une ville où les secrets s’af­­fichent en première page, dans ce grand cirque TMZ, la maison mit sous clé son violent mystère derrière sa façade déla­­brée. Elle vieillis­­sait sans grâce, au-dessus du royaume du lifting et des injec­­tions de Botox. Et pendant tout ce temps, l’ef­­frayante gargouille se tint au garde-à-vous, lâchant au nez des décen­­nies son sinistre rire de pierre.

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L’ar­­rière de la maison

Trois ans après sa visite à la maison hantée, le post à propos du 2475 Glen­­do­­wer Place est la page la plus popu­­laire du blog de Jenni­­fer Clay, My LA Bucket List. Jenni­­fer me fit part d’un email qu’elle avait reçu en prove­­nance d’une personne qui préten­­dait être un parent des Perel­­son. Elle disait que Judye avait changé son nom « genre dix mille fois depuis ce temps-là » et que son frère s’était envolé pour Israël, où « il est devenu hassi­­dim et ne parle plus à personne ». Il est compré­­hen­­sible qu’au­­cun des enfants n’ait répondu à mes solli­­ci­­ta­­tions d’en­­tre­­tien. Quand la proprié­­taire Emily Enriquez mourut en 1994, son fils Rudy hérita du manoir. Gérant d’un maga­­sin de musique qui vivait à deux pas dans Washing­­ton Heights, Enriquez choi­­sit lui aussi de ne pas emmé­­na­­ger dans la propriété. Au fil des ans, il fut appro­­ché de nombreuses fois par des ache­­teurs poten­­tiels, et devint le centre de l’at­­ten­­tion des obsé­­dés morbides du web. « Je ne sais pas si je souhaite vivre là-bas ou rester ici », confiait Enriquez au Los Angeles Times en 2009. Lorsque le repor­­ter Bob Pool lui demanda s’il était au fait des rumeurs de fantômes sévis­­sant dans sa propriété, Enriquez répon­­dit avec ironie : « Dites aux gens de faire leurs prières matin et soir, et tout ira bien pour eux. » Sheree Water­­son, une voisine, confia au Times qu’une de ses amies avait tenté une nuit d’ex­­plo­­rer le manoir, dans un accès de confiance à la Buffy. La jeune femme se glissa furti­­ve­­ment à l’in­­té­­rieur par la porte de derrière, mais elle n’eut pas le temps d’al­­ler bien loin avant que l’alarme ne se déclenche. Soudain, sa main fut parcou­­rue d’une douleur intense. « Elle avait été mordue par une veuve noire, une traî­­née rouge remon­­tait le long de son bras. Elle a dû aller chez le méde­­cin », raconta Water­­son, cadre dans une entre­­prise du textile. « Deux nuits plus tard, l’alarme de ma maison n’ar­­rê­­tait pas de se déclen­­cher depuis la porte de derrière. Mais il n’y avait personne. C’était comme si le fantôme nous pour­­sui­­vait. » Dave Schra­­der, l’ani­­ma­­teur d’une émis­­sion de radio para­­nor­­male, raconte qu’il eut la chance de fure­­ter autour de la maison un après-midi quand arriva Rudy Enriquez. Schra­­der lui aussi était devenu obsédé par la « Maison du Meurtre », et il posa ses ques­­tions à Enriquez. « Il m’a dit que les Perel­­son étaient juifs… pourquoi auraient-ils eu un arbre de Noël en ce cas ? » se souvient-il. Selon Schra­­der, Enriquez lui dit qu’il utili­­sait la maison pour entre­­po­­ser les biens héri­­tés d’amis à lui décé­­dés. Mes recherches révé­­lèrent que certains des objets visibles à travers les fenêtres n’au­­raient pas pu avoir appar­­tenu aux Perel­­son : les Spaghet­­tiOs ne furent pas mises sur le marché avant 1965 ; l’exem­­plaire du maga­­zine Life photo­­gra­­phié par Jenni­­fer Clay montre l’ac­­trice Yvette Mimieux et est daté du 9 mai 1960, cinq mois après les meurtres. Pour­­tant, alors que je démys­­ti­­fiai l’af­­faire, de nouvelles expli­­ca­­tions sinistres se firent jour. Une rumeur suggère qu’une autre famille loua briè­­ve­­ment la maison après les Perel­­son, qui n’avait pas été mise au courant de la tragé­­die. C’est leur arbre de Noël qu’on peut voir dans le salon. Et si l’on doit en croire le mythe, la famille quitta préci­­pi­­tam­­ment la maison le jour de l’an­­ni­­ver­­saire du meurtre-suicide, dans une telle hâte qu’il lais­­sèrent derrière eux leurs cadeaux. ulyces-murderhouse-13 Ce sont ces légendes qui dissuadent les intrus d’ap­­pro­­cher. Aujourd’­­hui, les voisins crient après les curieux qui viennent en pèle­­ri­­nage dans leur rue paisible. Un voisin donna un coup sur le capot du véhi­­cule de Scott Michaels, lorsque ce dernier fit demi-tour sur une allée privée. Un autre groupe orga­­nisa un jour un macabre pique-nique dans le jardin des Perel­­son. Cepen­­dant, il est vrai que des choses étranges se produisent encore aujourd’­­hui qui ne sauraient être expliquées, comme l’alarme de la maison qui hurle parfois au milieu de la nuit, réveillant en sursaut les voisins. Peut-être que l’alarme est déclen­­chée par des explo­­ra­­teurs trop curieux, comme Jenni­­fer Clay, mais qui peut l’af­­fir­­mer ? Une nuit de juillet, je four­­rai une lettre pleine d’es­­poir dans la boîte aux lettres de Rudy Enriquez, qui débor­­dait. Lorsque je retour­­nai sur les lieux à la fin du mois d’août, la boîte était toujours pleine. Cette nuit-là, je restai assis un moment à regar­­der le ciel deve­­nir noir au-dessus de Glen­­do­­wer Place. Le ciel était percé d’une inquié­­tante « super lune » qui me plon­­gea dans une intense réflexion. Peut-être que les gens obsé­­dés par l’exis­­tence des fantômes sont juste en quête de l’as­­su­­rance d’une vie après la mort. Et peut-être que la terreur véri­­table qui émane de la maison est celle du spectre bien réel d’un père et d’un mari aimant, qui se chan­­gea en impi­­toyable tueur au marteau. Un docteur à la salle de bain pleine de narco­­tiques et de seringues prêtes à l’em­­ploi, l’échec rongeant peu à peu son esprit, les ténèbres recou­­vrant son âme. C’est un monstre de banlieue plus effrayant que n’im­­porte quelle créa­­ture de film d’hor­­reur. Le fait que son histoire alimente encore de nos jours les forums sur Inter­­net et les légendes locales nous rappelle que cela pour­­rait arri­­ver à n’im­­porte quelle famille. Y compris la vôtre. Le Dr David Adams est un psycho­­logue spécia­­lisé dans les maris qui commettent des « fami­­li­­cides ». Il explique qu’un homme assas­­si­­nant sa femme et au moins un enfant est géné­­ra­­le­­ment un monsieur d’un certain âge, la cinquan­­taine, et en moyenne de sept ans plus âgé que son épouse. Le Dr Perel­­son avait 50 ans, soit huit ans de plus que Lillian. « Beau­­coup de ces hommes, les auteurs des faits, sont très préoc­­cu­­pés par leur image publique », dit-il. « À la pers­­pec­­tive de voir leur répu­­ta­­tion ou leur statut enta­­ché, ils souffrent d’une bles­­sure narcis­­sique. Leurs meurtres sont presque une tenta­­tive pour limi­­ter les dégâts. »

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L’en­­droit est laissé à l’aban­­don depuis 1960

Il est probable, comme incline à le penser le Dr Adams, que la santé mentale du docteur, la peur d’être déchu de son statut social et privé de son train de vie, le poussa à commettre l’ir­­ré­­pa­­rable. Bien qu’il n’ait pas laissé de lettre de suicide, il y avait l’exem­­plaire de la Divine Comé­­die. Le livre révèle qu’un homme âgé de 50 ans, à la moitié du chemin de sa vie, s’était égaré pour se retrou­­ver « par une forêt obscure ». J’avais décou­­vert des indices permet­­tant d’ex­­pliquer pourquoi le docteur avait agi, mais pas pourquoi la maison était restée inha­­bi­­tée pendant si long­­temps. Personne ne le saura jamais, car ma lettre ne parvint pas à Rudy Enriquez. D’après un ami de la famille, le proprié­­taire du manoir rendit l’âme cette année. Je trou­­vai une nécro­­lo­­gie pour un enter­­re­­ment que je pense être le sien, qui eut lieu en juin dernier. La notice indique qu’il n’avait pas eu d’en­­fants. Main­­te­­nant que la demeure est orphe­­line, elle pour­­rait être mise en vente. Fait inquié­­tant, le code civil cali­­for­­nien inclue une « règle de trois ans » pour les « maisons d’as­­sas­­si­­nat » : les agents immo­­bi­­liers sont léga­­le­­ment obli­­gés de mettre au courant les ache­­teurs d’un défaut maté­­riel tel qu’une mort violente – mais seule­­ment si la mort est surve­­nue moins de trois ans avant la date où l’offre est faite pour ache­­ter la maison. Je rencon­­trai les agents immo­­bi­­liers aguer­­ris que sont George et Eileen Moreno, qui vendent des proprié­­tés de Los Feliz depuis des décen­­nies. Je cher­­chai unique­­ment à avoir une évalua­­tion récente pour la maison. « Vous voulez que je vous raconte mon histoire effrayante ? » me demanda Eileen dès que j’eus mentionné l’adresse. Elle me parla de la première fois où elle posa les yeux sur la propriété, avant qu’elle n’ap­­prenne ce qui s’y était passé. Un senti­­ment épou­­van­­table s’em­­para d’elle. « J’ai immé­­dia­­te­­ment dit : “Oh mon Dieu, quelqu’un est mort dans cette maison.” Je savais que quelque chose de terrible avait eu lieu… Seigneur. » Il y a des moyens de puri­­fier une maison, m’ex­­pliqua Eileen. Il existe des puri­­fi­­ca­­teurs spiri­­tuels, des prati­­ciens reiki, des brûleurs de sauge, des prêtres. Dans ce quar­­tier, la propriété pour­­rait valoir deux millions de dollars, mais une ques­­tion subsiste : pour­­riez-vous trou­­ver le sommeil dans la Maison du Meurtre ?


Traduit de l’an­­glais par Caro­­line Bour­­ge­­ret et Nico­­las Prouillac d’après l’ar­­ticle « The Murder House », paru dans Medium. Couver­­ture : La maison du 2475 Glen­­do­­wer Place. Créa­­tion graphique par Ulyces.

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