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par Jim Dobson | 18 août 2016

Le trésor de Pacha­cu­tec

J’ai récem­ment visité le Machu Picchu au cours d’un week-end incroyable. Le nombre de chan­tiers et de zones fermées au public augmen­tait de jour en jour. Plusieurs fouilles étaient en cours sous le temple prin­ci­pal. C’est le début de cinq années d’une restau­ra­tion massive du site, qui chan­gera radi­ca­le­ment l’ex­pé­rience des touristes sur place. J’ai toujours été fasciné par les trésors enfouis et les chambres secrètes des temples du monde entier. Autant dire que lorsque Thierry Jamin, archéo­logue et explo­ra­teur français renommé, a annoncé que lui et son équipe de cher­cheurs avaient décou­vert une porte secrète menant peut-être à un trésor perdu sous le Machu Picchu, j’ai immé­dia­te­ment pris contact avec lui pour en apprendre plus sur sa décou­verte. D’après lui, il pour­rait s’agir de la plus grande décou­verte archéo­lo­gique jamais exhu­mée entre les murs de la célèbre cita­delle. Et pour­tant, la divi­sion de Cuzco du minis­tère de la Culture péru­vien a défendu de fouiller les ruines à Jamin et ses colla­bo­ra­teurs de l’Insti­tuto Inkari.

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Thierry Jamin, au centre, entouré des autres cher­cheurs
Crédits : Thierry Jamin

Jamin et son équipe ont annoncé il y a quelques temps que leurs appa­reils élec­tro­ma­gné­tiques avaient détecté la présence d’une chambre secrète dissi­mu­lée derrière des murs construits vers 1450. Selon les cher­cheurs, ce lieu secret est suscep­tible d’abri­ter le tombeau de Pacha­cuti Inca Yupanqui (ou Pacha­cu­tec), l’em­pe­reur inca pour qui le Machu Picchu aurait été construit au XVe siècle. Jamin pense qu’il y a de fortes chances que la crypte contienne un trésor rempli d’or, d’argent et d’autres métaux précieux, ce qui en ferait la plus grande décou­verte jamais réali­sée sur le site. Mais le projet se bute à l’in­flexi­bi­lité du gouver­ne­ment péru­vien. L’ar­chéo­logue français raconte que lorsque l’Ins­ti­tuto Inkari et lui ont présenté leur décou­verte à l’of­fice du minis­tère de la Culture pour la région de Cuzco et qu’ils ont fait part de leur inten­tion de creu­ser dans les ruines, leur demande a été reje­tée sans tarder. Le direc­teur du minis­tère de la Culture pour la région de Cuzco, David Ugarte, s’ex­plique : « C’est le minis­tère de la Culture de Lima qui a auto­risé l’ar­chéo­logue Thierry Jamin à mener des études d’ob­ser­va­tion et à parcou­rir la cita­delle. Mais lorsqu’il a solli­cité la permis­sion de fouiller les ruines sous prétexte qu’un scan­ner laser aurait détecté un tombeau inca rempli d’or, nous avons rejeté sa demande car cette hypo­thèse n’est pas réaliste. » Le minis­tère de la Culture et les direc­teurs du site redoutent que le projet de fouilles mette en péril l’équi­libre de la struc­ture. Ce ne serait pas la première fois. Par le passé, des recherches ont provoqué l’ef­fon­dre­ment d’une partie des murs histo­riques. Les auto­ri­tés craignent aussi que l’Ins­ti­tuto Inkari se soucie davan­tage des métaux précieux que renferme hypo­thé­tique­ment la chambre que de la valeur histo­rique ines­ti­mable du site. « Thierry Jamin nous a fait l’im­pres­sion d’être plus un aven­tu­rier en quête d’un trésor qu’un scien­ti­fique menant des travaux de recherche sérieux », conclue Ugarte.

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L’en­trée scel­lée par les Incas
Crédits : Thierry Jamin

La chambre mortuaire

Tout a commencé en février 2010 alors que l’in­gé­nieur français David Crespy prenait des mesures dans les ruines et les passages étroits du Machu Picchu. Au cœur de la cita­delle, il a remarqué la présence d’une curieuse « porte », située au pied d’un des édifices prin­ci­paux du site. Elle menait à un étroit passage qui semblait n’avoir jamais été emprunté ni par les touristes, ni par les archéo­logues. Crespy a tout de suite compris qu’il s’agis­sait d’une entrée scel­lée par les Incas. Il a averti les archéo­logues travaillant sur le site et ses respon­sables. Après avoir visité les lieux, tout le monde l’a assuré que des recherches seraient bien­tôt entre­prises. Mais des mois plus tard, malgré ses mails et ses appels télé­pho­niques répé­tés, les auto­ri­tés péru­viennes ne l’avaient toujours pas recon­tacté au sujet de sa trou­vaille.

En août 2011, Crespy est tombé par hasard sur un article du Figaro qui évoquait les impor­tants travaux archéo­lo­giques de Thierry Jamin au Pérou. Il a pris contact avec lui. Le Français avait parti­cipé à des fouilles sur diffé­rents sites archéo­lo­giques au nord de Cuzco, et il a confirmé l’hy­po­thèse de Crespy. Entre septembre et novembre 2011, il s’est rendu à plusieurs reprises au Machu Picchu accom­pa­gné d’autres archéo­logues pour exami­ner les lieux. Selon ses premières conclu­sions, la « porte » était bel et bien une entrée scel­lée par les Incas. Le site présen­tait égale­ment des ressem­blances trou­blantes avec les sépul­tures décou­vertes précé­dem­ment dans les vallées de Lacco-Yavero et Chun­chus­mayo. L’en­trée condam­née se trouve au centre d’un des édifices prin­ci­paux de la ville, « le Temple aux Trois Portes », qui domine toute la zone urbaine du Machu Picchu. Un empla­ce­ment permet­tant d’es­pé­rer qu’il s’agit d’un impor­tant site funé­raire.

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Un radar utilisé pour déter­mi­ner ce que cache l’en­trée
Crédits : Thierry Jamin

Les histo­riens estiment que le Machu Picchu appar­te­nait à la dynas­tie de l’em­pe­reur inca Pacha­cu­tec, qui a fait du petit État andin l’em­pire le plus puis­sant du conti­nent améri­cain. Cela confir­me­rait que Pacha­cu­tec fut enterré dans la cité de Patal­lacta, le nom origi­nel du Machu Picchu. Il est plus que probable que la chambre funé­raire ait un rapport avec le mythique souve­rain du XVe siècle. Y décou­vrir sa dépouille consti­tue­rait un événe­ment majeur dans l’his­toire du Pérou et des civi­li­sa­tions préco­lom­biennes, car la momie de l’em­pe­reur inca n’a jamais été retrou­vée.

Le 22 mars 2012, le minis­tère de la Culture péru­vien a donné le feu vert à l’équipe de Thierry Jamin pour effec­tuer des rele­vés élec­tro­ma­gné­tiques desti­nés à confir­mer ou non la présence d’une chambre funé­raire dans les soubas­se­ments de l’édi­fice. L’uti­li­sa­tion du géora­dar Golden King DPRP a permis aux cher­cheurs d’éta­blir avec certi­tude qu’il exis­tait deux entrées derrière la fameuse porte. Ils ont égale­ment pu réali­ser une repré­sen­ta­tion en 3D des esca­liers menant à la salle prin­ci­pale, qui a toutes les chances d’être une chambre mortuaire. Quelques jours plus tard, de nouveaux échos se sont fait entendre grâce à l’uti­li­sa­tion d’un Rover CII New Edition et d’un CaveFin­der, deux appa­reils spécia­le­ment conçus pour détec­ter la présence de cavi­tés souter­raines. Les données collec­tées ont permis de confir­mer l’exis­tence d’es­ca­liers et de plusieurs cavi­tés dont une grande salle quadran­gu­laire d’une profon­deur de trois mètres. Les radars à péné­tra­tion de sol (RPS) ont égale­ment détecté la présence d’une impor­tante quan­tité de métaux. L’uti­li­sa­tion d’un discri­mi­na­teur de fréquence molé­cu­laire a quant à elle mis en évidence la présence d’objets en or et en argent. Enfin, l’uti­li­sa­tion d’une caméra endo­sco­pique placée dans les parties hautes des pierres de l’en­trée a confirmé l’hy­po­thèse selon laquelle lesdites pierres n’avaient d’autre fonc­tion que de bloquer l’en­trée. Elles n’étaient vrai­sem­bla­ble­ment pas desti­nées à soute­nir les struc­tures internes de l’édi­fice.

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L’ima­ge­rie radar des tunnels et cavi­tés cachés sous le Machu Picchu
Crédits : Thierry Jamin

Les échos des RPS sont clairs et le diagnos­tic des tech­ni­ciens de diffé­rentes entre­prises a confirmé ce fait. Ils indiquent la présence de cavi­tés qui corres­pondent à la struc­ture clas­sique des chambres funé­raires des civi­li­sa­tions pré-hispa­niques. La chambre est notam­ment orien­tée vers l’est, comme c’est le cas de la plupart des sites funé­raires incas. Les recherches pour­raient donc abou­tir à la décou­verte du fameux mauso­lée que l’em­pe­reur Pacha­cu­tec a fait construire au XVe siècle pour abri­ter son propre tombeau ainsi que ceux de toute sa lignée. Après avoir présenté son compte-rendu défi­ni­tif au minis­tère de la Culture péru­vien (approuvé le 5 septembre 2012), Thierry Jamin s’est mis à travailler sur son projet d’ou­ver­ture de l’en­trée, scel­lée par les Incas il y a plus de 500 ans.

Le 22 mai 2012, l’ar­chéo­logue a déposé une demande offi­cielle auprès des auto­ri­tés péru­viennes dans laquelle il deman­dait à ce qu’on les auto­rise, son équipe et lui, à réali­ser des fouilles dans les chambres funé­raires. Le projet était inti­tulé « Projet d’In­ves­ti­ga­tions Archéo­lo­giques (incluant des fouilles) ». Il espé­rait conduire à l’ex­hu­ma­tion d’ar­te­facts funé­raires ines­ti­mables après ouver­ture du panneau d’ac­cès condamné par les pierres. Dirigé par Thierry Jamin et Hilbert Sumire, le direc­teur offi­ciel du projet archéo­lo­gique, l’opé­ra­tion repo­sait sur une équipe d’ex­perts inter­na­tio­na­le­ment recon­nus, à l’ins­tar de l’ar­chi­tecte et conser­va­teur péru­vien Victor Pimen­tel Gurmendi, en charge de la conser­va­tion sur le projet.

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La tombe du Seigneur de Sipán au Pérou
Crédits : Thierry Jamin

Le coup monté

Entre les mois de juin et d’oc­tobre 2012, le projet « Macchu Picchu 2012 » a été minu­tieu­se­ment étudié par diffé­rents dépar­te­ments du minis­tère de la Culture de Lima. Lors de cet examen appro­fondi, le projet a été trans­féré à la direc­tion du sanc­tuaire natio­nal du Machu Picchu, afin d’avoir leur avis quant à sa viabi­lité. Le 19 juillet 2012, l’ar­chéo­logue Piedad Champi Monter­roso a rédigé un compte-rendu néga­tif sur le projet. Selon elle, l’en­trée décou­verte par David Crespy ne pouvait être consi­dé­rée que comme « un simple mur de soutè­ne­ment ». Elle y taxait l’ar­chéo­logue Hilbert Sumire de « guide touris­tique » et l’équipe de Thierry Jamin de « chas­seurs de trésors ». Sans appor­ter la preuve tech­nique de ses dires, elle affir­mait que dépla­cer les pierres risquait d’ébran­ler l’équi­libre de la struc­ture toute entière.

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En orange, la présence de métaux sous le Machu Picchu
Crédits : Thierry Jamin

L’his­to­rien péru­vien Teodoro Hampe est lui aussi d’avis que les cavi­tés décou­vertes sous le « Temple aux Trois Portes » par l’équipe d’In­kari pour­raient abri­ter les chambres funé­raires de la panaca, la lignée de l’em­pe­reur Pacha­cu­tec. Il ajoute cepen­dant que la momie impé­riale a proba­ble­ment été trans­fé­rée à Lima au XVIe siècle par les conquis­ta­dors espa­gnols et cachée avec d’autres dépouilles de grande valeur dans une crypte secrète située sous les fonda­tions de l’hô­pi­tal San Andrés. À l’époque, le direc­teur cultu­rel de la région David Ugarte Vega Centeno a annoncé à l’Ins­ti­tuto Inkari que leur demande de permis pour procé­der à l’ou­ver­ture des chambres funé­raires avait été refu­sée par l’of­fice de la région. Selon lui, le projet repré­sen­tait un risque sérieux pour la légen­daire cité inca.

En septembre 2013, une autre équipe d’ar­chéo­logues, mission­née par le Sanc­tuaire histo­rique de Machu Picchu, a réalisé des mesures supplé­men­taires et effec­tué de nombreux scans du « Temple aux Trois Portes » et de son entrée scel­lée. Ils ont par la suite présenté un autre projet d’ou­ver­ture des chambres souter­raines aux respon­sables du site, concur­rençant celui de l’Ins­ti­tuto Inkari. Depuis le début de la contro­verse, l’ac­cès à l’en­trée menant aux chambres mortuaires est inter­dit. Un panneau « en chan­tier » barre aujourd’­hui l’ac­cès au site. Lorsque je m’y suis rendu le mois dernier, j’ai demandé à mes guides de me montrer l’en­droit mais ils n’ont pas réussi à obte­nir l’au­to­ri­sa­tion. Le 14 juillet 2014, l’Ins­ti­tuto Inkari a déposé offi­ciel­le­ment un nouveau projet de recherches, dirigé là encore par l’ar­chéo­logue péru­vien Hilbert Bustin­cio Sumire. Ils demandent l’ou­ver­ture des chambres mortuaires décou­vertes en avril 2012 afin d’étu­dier les objets qu’elles pour­raient renfer­mer. Le projet s’est étoffé avec l’ar­ri­vée de l’an­thro­po­logue améri­cain Haagen Klaus Dietrich, de l’uni­ver­sité George Mason, en tant que spécia­liste de l’étude des maté­riaux funé­raires orga­niques. Le 4 septembre 2014, le direc­teur régio­nal de la Culture de Cuzco a envoyé une lettre à l’ins­ti­tut les infor­mant d’un nouveau refus.

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Un radar scanne les cavi­tés souter­raines
Crédits : Thierry Jamin

Un compte-rendu tech­nique a suivi, faisant état de la « non-viabi­lité » du projet de l’Ins­ti­tuto Inkari en raison de l’exis­tence d’un projet rival présenté par les respon­sables du Sanc­tuaire histo­rique de Machu Picchu. L’ar­chéo­logue Sabino Quispe Serrano, qui fait partie de la Direc­ción de Coor­di­na­ción de Cali­fi­ca­ción de Inter­ven­ciopnes Arqueoló­gi­cas, a jugé « déloyal » le projet de recherches présenté par Thierry Jamin et l’Ins­ti­tuto Inkari. Enfin, un autre rapport a été rédigé par l’ar­chéo­logue José Miguel Bastante Abuhadba, co-direc­teur du projet du Sanc­tuaire (affi­lié au gouver­ne­ment). Cette fois-ci, l’ar­chéo­logue Piedad Champi Monter­roso a accordé son soutien à José Miguel Bastante Abuhadba pour que la fouille de la chambre secrète et les autres recherches soient mises en œuvre dès 2017.

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Le Peru­vian Times rapporte qu’un impor­tant projet de restau­ra­tion du Machu Picchu a été approuvé l’an­née dernière par le gouver­ne­ment péru­vien. Ce dernier inves­tira 14,6 millions de dollars dans son rema­nie­ment. Le projet insiste sur le problème que pose l’aug­men­ta­tion constante du nombre de touristes depuis des années. Il sera lancé au cours des trois prochaines années.

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Pano­rama du Machu Picchu
Crédits : Jim Dobson

En 2014, le Machu Picchu a enre­gis­tré un total de 1 079 426 visi­teurs, sans comp­ter les 200 randon­neurs qui se rendent quoti­dien­ne­ment sur le site. Ce nombre verti­gi­neux dépasse large­ment le seuil des 2 500 visi­teurs jour­na­liers fixé par le gouver­ne­ment péru­vien et l’UNESCO. Le projet de restau­ra­tion entend amélio­rer l’ex­pé­rience des visi­teurs et leur offrir un pano­rama plus vaste du site en leur donnant accès à l’in­té­gra­lité de la montagne. Le projet prévoit égale­ment de rempla­cer l’en­trée actuelle du site, qui se trouve aux portes des ruines, par une entrée située dans la jungle, au pied de la montagne. Il prévoit aussi la créa­tion de nouveaux parcours, un temps de visites limité, la construc­tion de nouvelles toilettes et une régu­la­tion accrue du trafic. En accueillant seule­ment 100 touristes toutes les dix minutes entre 6 heures du matin et 16 heures, le Machu Picchu comp­te­rait un total de 6 000 touristes par jour, soit plus de deux millions par an. Les détrac­teurs du projet déplorent le fait qu’il mettra fin à la dimen­sion spiri­tuelle de la visite, qui permet actuel­le­ment au  visi­teur de contem­pler la montagne sacrée sans limite de temps. Nous sommes peut-être à la veille de chan­ge­ments drama­tiques pour l’une des sept merveilles du monde. Et l’ex­plo­ra­tion des chambres secrètes pour­rait bien être à jamais enter­rée… Néan­moins, l’ar­ri­vée au pouvoir du nouveau président péru­vien Pedro Pablo Kuczynski pour­rait être l’op­por­tu­nité de faire bien­tôt toute la lumière sur le mystère du Machu Picchu.


Traduit de l’an­glais par Lucile Marti­nez d’après l’ar­ticle « Will a Hidden Trea­sure Cham­ber Disco­ve­red Under Machu Picchu Finally Be Revea­led? », paru dans Forbes. Couver­ture : Pano­rama du Machu Picchu. (Wiki­pé­dia/Ulyces)


À LA RECHERCHE DE L’ARCHE PERDUE

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On raconte qu’un arté­fact aux pouvoirs extra­or­di­naires dispa­rut il y a des milliers d’an­nées. En Éthio­pie, sur les traces de l’Arche d’al­liance.

I. Les rues de Lali­bela

Ils marchent pour Dieu. Et ils sont des milliers sur les routes en ce mois de janvier, à la veille de Timkat, le jour de l’Épi­pha­nie en Éthio­pie. Ils sont chré­tiens coptes, et tous marchent vers Lali­bela, que l’on dit ici la Jéru­sa­lem noire. Certains sont pieds nus, mais leur foi semble les porter. À Lali­bela, ils iront se recueillir dans les douze temples creu­sés à même la roche de cette cité que l’on voulut faire dans le passé à l’image de la ville trois fois sainte d’Is­raël. À 640 km de routes et de pistes d’Ad­dis-Abeba, la capi­tale, nous sommes là plus près des cieux qu’ailleurs : 2 700 m d’al­ti­tude. L’Éthio­pie, c’est le pays des « visages brûlés » – ethiops, en grec. Le pays des mythes de l’An­cien Testament. Un lieu dont nous aurions tous quelque chose en nous, et que les Égyp­tiens appe­laient déjà la Terre des Dieux. L’Église éthio­pienne s’af­firme aujourd’­hui comme la plus ortho­doxe, la plus proche des rites origi­nels, ceux des premiers chré­tiens. Car elle doit d’avoir conservé ses usages litur­giques les plus anciens, très impré­gnés de l’An­cien Testament, au grand isole­ment dans lequel elle a déve­loppé sa spiri­tua­lité.

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Les pèle­rins
Le jour de Timkat
Crédits : Emma­nuel Bris­son

Les rues sont déjà pleines de tous ceux que Timkat attire. Éthio­piens bien sûr, mais aussi de nombreux étran­gers, touristes du monde entier, venus s’émer­veiller devant la fastueuse démons­tra­tion orga­ni­sée pour prier la plus sainte des reliques. Une proces­sion au cours de laquelle les prêtres ortho­doxes exhibent au monde la prin­ci­pale raison de leur fierté reli­gieuse, l’Arche d’Al­liance, qui serait selon leur tradi­tion conser­vée sur les terres d’Éthio­pie, depuis sa dispa­ri­tion du premier temple de Jéru­sa­lem où elle rési­dait au temps du roi Salo­mon. Lali­bela compte 350 prêtres pour 10 000 habi­tants. Des prélats qui vivent en partie de l’au­mône des pèle­rins, tandis que le haut clergé béné­fi­cie des taxes préle­vées aux touristes. Le passage par le bureau d’in­for­ma­tions est obli­ga­toire pour y reti­rer le sésame qui me permet­tra de déam­bu­ler libre­ment dans tous les monu­ments de la ville. Se loger le temps des festi­vi­tés n’est pas non plus chose aisée : les lits sont réser­vés parfois une année à l’avance.

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