par jj39111 | 0 min | 17 septembre 2017

« Il est essen­­tiel que vous compre­­niez que le cerveau humain a soudai­­ne­­ment doublé il y a 200 000 ans. D’un point de vue évolu­­tion­­niste, c’est une expan­­sion extra­­or­­di­­naire. Et il n’existe aucune expli­­ca­­tion à cette soudaine augmen­­ta­­tion du cerveau humain. » C’est en ces termes que le myco­­logue améri­­cain Paul Stamets a ressus­­cité l’hy­­po­­thèse dite du singe enivré – the Stoned Ape Hypo­­the­­sis en anglais – lors de la confé­­rence Psyche­­de­­lic Science 2017 en avril dernier, à Oakland, en Cali­­for­­nie. Peu connue, surtout en Europe, cette hypo­­thèse attri­­bue l’émer­­gence de la conscience humaine aux cham­­pi­­gnons hallu­­ci­­no­­gè­­nes…

La VR était à l’hon­­neur à la confé­­rence cette année
Crédits : Psyche­­de­­lic Science 2017

Le déto­­na­­teur de l’âme

Terence McKenna

L’hy­­po­­thèse du singe enivré a été défen­­due pour la première fois par Terence McKenna, écri­­vain améri­­cain décédé des suites d’une tumeur au cerveau à l’âge de 53 ans en 2000, connu pour ses nombreuses spécu­­la­­tions, son enga­­ge­­ment écolo­­giste, son goût prononcé pour les drogues psyché­­dé­­liques et sa grande érudi­­tion. Dans son livre Food Of The Gods: The Search for the Origi­­nal Tree of Know­­ledge, paru aux États-Unis en 1992, il soutient en effet que le passage de l’Homo erec­­tus à l’Homo sapiens, c’est-à-dire la nais­­sance de l’être humain tel que nous le connais­­sons aujourd’­­hui, est lié à l’in­­tro­­duc­­tion de cham­­pi­­gnons conte­­nant de la psilo­­cy­­bine, un prin­­cipe actif hallu­­ci­­no­­gène, dans l’ali­­men­­ta­­tion de nos ancêtres. Selon lui, cet événe­­ment est lui-même lié au recul des forêts nord-afri­­caines qui a laissé place aux prai­­ries à la fin de la dernière ère glaciaire. Une partie de nos ancêtres a alors aban­­donné l’abri des arbres pour vivre à décou­­vert et suivre les trou­­peaux de bovins sauvages dans leurs dépla­­ce­­ments. « Ces animaux sont deve­­nus une source majeure de subsis­­tance poten­­tielle », écrit Terence McKenna. « Nos ancêtres ont égale­­ment rencon­­tré le fumier de ces mêmes bovins sauvages, et les cham­­pi­­gnons qui y poussent. » L’écri­­vain avance que ces cham­­pi­­gnons ont augmenté l’acuité visuelle des homi­­ni­­dés, ce qui leur a donné un avan­­tage certain sur leurs proies, leur permet­­tant ainsi d’in­­gur­­gi­­ter en plus grande quan­­tité une nour­­ri­­ture riche en protéines, et donc d’amé­­lio­­rer leurs facul­­tés cogni­­tives. Il avance égale­­ment que l’in­­ges­­tion de psilo­­cy­­bine a stimulé l’uti­­li­­sa­­tion du langage, autre qualité précieuse pour la chasse : « L’uti­­li­­sa­­tion du langage, aupa­­ra­­vant d’une impor­­tance seule­­ment margi­­nale, est soudai­­ne­­ment deve­­nue capi­­tale dans le nouveau contexte de chasse et de mode de vie commu­­nau­­taire. Par consé­quent, l’in­­tro­­duc­­tion de la psilo­­cy­­bine dans le régime alimen­­taire a modi­­fié les para­­mètres du compor­­te­­ment humain en faveur de modèles d’ac­­ti­­vité qui ont favo­­risé l’uti­­li­­sa­­tion du langage ; l’ac­qui­­si­­tion du langage a conduit à un voca­­bu­­laire et à une capa­­cité de mémo­­ri­­sa­­tion élar­­gis. » Mais Terence McKenna ne s’ar­­rête pas là : « Parce que la psilo­­cy­­bine est un stimu­­lant du système nerveux central, lorsqu’il est pris à des doses légè­­re­­ment plus élevées, il a tendance à déclen­­cher de l’agi­­ta­­tion et de l’ex­­ci­­ta­­tion sexuelle. Ainsi, à ce deuxième niveau d’uti­­li­­sa­­tion, en augmen­­tant les instances de copu­­la­­tion, le cham­­pi­­gnon a direc­­te­­ment favo­­risé la repro­­duc­­tion humaine. » Il rattache même cette inten­­si­­fi­­ca­­tion de l’ac­­ti­­vité sexuelle humaine à l’ap­­pa­­ri­­tion des premiers rites de nature reli­­gieuse : « La tendance à régu­­ler et à program­­mer l’ac­­ti­­vité sexuelle au sein du groupe, en la reliant au cycle lunaire de la dispo­­ni­­bi­­lité des cham­­pi­­gnons, a peut-être été un premier pas vers le rituel et la reli­­gion. » Pour Terence McKenna, le cham­­pi­­gnon hallu­­ci­­no­­gène a véri­­ta­­ble­­ment été un « déto­­na­­teur de l’âme » humaine. Cette idée n’est pas pour surprendre tous ceux qui se souviennent du rôle prépon­­dé­­rant joué par les substances hallu­­ci­­no­­gènes dans le chama­­nisme, pour lequel se passion­­nait l’écri­­vain, mais, de son propre aveu, cette même idée peut sembler réduc­­trice. « Certains sont choqués de lire que la clé de la reli­­gion peut être réduite à une simple drogue », écrit-il. « D’un autre côté, la drogue a toujours été mysté­­rieuse : “comme le vent qui souffle, nous ne savons ni d’où ni pourquoi” », ajoute-t-il en faisant réfé­­rence à la Bible. « D’une simple drogue surgit l’inef­­fable, surgit l’ex­­tase. »

Si Stan­­ley Kubrick avait été d’ac­­cord
Crédits : Warner Bros.

Psilo­­cybe cuben­­sis

D’après Terence McKenna, ce sont de nouveaux chan­­ge­­ments clima­­tiques, surve­­nus il y a envi­­ron 12 000 ans, qui ont supprimé les cham­­pi­­gnons hallu­­ci­­no­­gènes du régime alimen­­taire humain. Il affirme cepen­­dant que la domi­­na­­tion de l’Homme sur les autres espèces induite par la psilo­­cy­­bine a persisté en dépit de son évolu­­tion ulté­­rieure. L’hy­­po­­thèse de l’écri­­vain s’ap­­puie notam­­ment sur des travaux menés sur les diffé­­rents stades de la conscience dans les années 1960 et 1970 par le psychiatre hongrois Roland Fischer. Il a d’ailleurs été accusé de les défor­­mer, dans la mesure où ces travaux portaient sur la percep­­tion visuelle, et non sur l’acuité. Roland Fischer a en outre déclaré que la psilo­­cy­­bine « peut ne pas favo­­ri­­ser la survie de l’or­­ga­­nisme », ce que Terence McKenna s’est bien gardé de mettre en avant. Il a égale­­ment été repro­­ché à l’écri­­vain de ne pas four­­nir de preuves scien­­ti­­fiques à l’aug­­men­­ta­­tion de l’ex­­ci­­ta­­tion sexuelle par la psilo­­cy­­bine, laquelle ne consti­­tue­­rait même pas néces­­sai­­re­­ment un avan­­tage évolu­­tif. Certains lui ont fait remarquer que la civi­­li­­sa­­tion aztèque, ainsi que les tribus amazo­­niennes Jivaro et Yano­­mami, qui ont toutes eu recours à des substances hallu­­ci­­no­­gènes de manière rituelle, ne sont pas exemptes de compor­­te­­ments violents, ce qui contre­­dit la vision idéa­­liste de socié­­tés psyché­­dé­­liques harmo­­nieuse qu’il expose dans Food Of The Gods: The Search for the Origi­­nal Tree of Know­­ledge.

Psilo­­cybe cuben­­sis, le cham­­pi­­gnon hallu­­ci­­no­­gène le plus consommé au monde

Face aux critiques, Terence McKenna n’a jamais essayé de défendre l’hy­­po­­thèse du singe enivré de manière scien­­ti­­fique­­ment rigou­­reuse. Lui-même se présen­­tait comme une sorte de chaman. La grande majo­­rité de la commu­­nauté scien­­ti­­fique est donc bien évidem­­ment restée scep­­tique. Mais les nombreux défen­­seurs de l’hy­­po­­thèse du singe enivré, notam­­ment parmi les consom­­ma­­teurs de cham­­pi­­gnons hallu­­ci­­no­­gènes, tels que le célèbre Psilo­­cybe cuben­­sis, lui ont permis de traver­­ser les années. Aujourd’­­hui, l’idée selon laquelle les psycho­­tropes peuvent avoir un impact posi­­tif sur le cerveau humain est de plus en plus répan­­due. De plus en plus de cher­­cheurs recon­­naissent en effet que la psycho­­thé­­ra­­pie assis­­tée par MDMA, psycho­­trope de la famille des amphé­­ta­­mines, ou par LSD, psycho­­trope de la famille des lyser­­ga­­mides, pour­­rait être utili­­sée avec succès pour trai­­ter des dommages psycho­­lo­­giques et émotion­­nels causés par les agres­­sions sexuelles, les crimes, ou encore les guerres. L’As­­so­­cia­­tion multi­­dis­­ci­­pli­­naire pour les études psyché­­dé­­liques a par exemple réalisé la première étude en double aveugle sur l’uti­­li­­sa­­tion théra­­peu­­tique du LSD chez les êtres humains depuis le début des années 1970 et révélé des tendances posi­­tives sur la réduc­­tion de l’an­xiété. Quant au myco­­logue Paul Stamets, il recon­­naît que si l’hy­­po­­thèse du singe enivré n’est pas prou­­vable, elle n’en est pas moins plau­­sible. « Quand nos ancêtres ont quitté la cano­­pée et traversé les savanes pour suivre des ongu­­lés, qu’ont-ils cher­­ché ? » demande-t-il. « Des empreintes, des croûtes. La majo­­rité des primates mange des insectes. Ils ont faim, ils sont en clan, ils traversent la savane, il y a des empreintes, il y a du fumier. Ils tombent sur quoi ? La plus vaste épice­­rie de cham­­pi­­gnons du monde, qui poussent dans le fumier des animaux qu’ils suivent. Ils ont faim, les cham­­pi­­gnons ont l’air comes­­tible, ils les mangent, et ils ont cette incroyable expé­­rience psyché­­dé­­lique – des motifs, des mosaïques, de l’amour, de l’em­­pa­­thie… Cela ne s’est pas produit une fois ou deux, cela s’est produit des millions de fois. » Comme à chaque fois que resur­­git l’hy­­po­­thèse du singe enivré, une ques­­tion s’im­­pose à l’es­­prit : si ce ne sont pas ces cham­­pi­­gnons, qu’est-ce qui a bien pu jouer le rôle de « déto­­na­­teur de l’âme » humaine il y a des dizaines de milliers d’an­­nées ? Malgré toutes nos avan­­cées scien­­ti­­fiques et tech­­no­­lo­­giques, nous ne savons toujours pas résoudre le mystère de la connais­­sance. Le neuro­p­sy­­chiatre italien Giulio Tononi et le neuros­­cien­­ti­­fique améri­­cain Chris­­tof Koch prétendent cepen­­dant pouvoir expri­­mer ce phéno­­mène en termes pure­­ment mathé­­ma­­tiques. C’est la théo­­rie dite de l’in­­for­­ma­­tion inté­­grée, qui, comme son nom l’in­­dique, mesure le degré de conscience d’un système avec la quan­­tité d’in­­for­­ma­­tion inté­­grée par ce système. Et nous éloigne des cham­­pi­­gnons, tout en nous rappro­­chant des ordi­­na­­teurs…


Couver­­ture : Des cham­­pi­­gnons hallu­­ci­­no­­gènes. (DR/Ulyces.co)
 
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