par Johann Storms | 0 min | 18 octobre 2016

Gordo

C’est une chaude jour­­née de novembre dans la ville de San Pedro Sula, au Hondu­­ras. Les vitres de  la vieille four­­gon­­nette sont bais­­sées. Au-dehors, le bruit des klaxons et les airs de reggae­­ton se mêlent au gron­­de­­ment du moteur. Une voix s’élève au-dessus du vacarme. C’est celle d’un homme à la carrure d’ours, qui n’a même pas 30 ans. Il tient tout juste sur le siège conduc­­teur et son télé­­phone est collé à son oreille. Ce qu’il entend ne lui plaît pas du tout. Plus la conver­­sa­­tion avance et plus sa voix calme se fait dure, culmi­­nant dans un flot d’injures lâchées avec force zézaie­­ments. Il est anxieux. À cet instant, un groupe de jeunes Hondu­­riens devrait déjà avoir accepté de s’en­­ga­­ger dans le voyage le plus périlleux de leur courte vie. Un privi­­lège qui coûte à chacun d’eux jusqu’à 7 000 dollars. Mais l’un après l’autre, ses clients poten­­tiels refusent de répondre au télé­­phone.

ulyces-passeurcartel-01
El Gordo a accepté de témoi­­gner
Crédits : Encarni Pindado

Cet homme est un passeur, ce qu’on appelle dans cette région du monde un pollero (un vendeur de « volaille »). Depuis quatre ans, il gagne sa vie en guidant les migrants sur un chemin semé d’em­­bûches et de dangers. De l’Amé­­rique centrale, contrôlé par les gangs, au Mexique où ils doivent esqui­­ver les auto­­ri­­tés migra­­toires sur le qui-vive et des cartels sangui­­naires, ils bravent tous les dangers dans l’es­­poir de rejoindre les États-Unis. Son dernier voyage n’a même pas encore commencé que rien ne se passe comme prévu. Qui pour­­rait en vouloir à ses clients de chan­­ger d’avis ? Les polle­­ros sont les person­­nages de l’ombre d’un commerce qui brasse des millions de dollars. Ils sont consi­­dé­­rés comme un mal néces­­saire, tout aussi prêts à aban­­don­­ner leurs clients aux griffes des gangs ou du désert qu’ils ne le sont à les faire passer de l’autre côté.

~

Cela fait deux jours que nous le suivons. À présent, il tente de convaincre des migrants poten­­tiels de rejoindre le groupe. Ils parti­­ront du Hondu­­ras et traver­­se­­ront le Guate­­mala et le Mexique pour arri­­ver aux États-Unis. Il appelle ses clients poten­­tiels de la voiture, de l’hô­­tel et de la minus­­cule maison où il vit avec sa femme et son fils, à la péri­­phé­­rie de la ville. Sans s’ar­­rê­­ter de les harce­­ler, il a commencé à  se confier. Ce soir là, dans l’ano­­ny­­mat de notre chambre d’hô­­tel où souffle l’air condi­­tionné, il s’est senti assez en sécu­­rité pour nous avouer qu’il ne travaillait pas seul. Il fait partie du Cartel du Golfe, une des plus grandes orga­­ni­­sa­­tions crimi­­nelles mexi­­caines. Il dit que si ses patrons décou­­vraient qu’il était en train de nous parler, il pour­­rait être assas­­siné.

a38691480f574d3ebc833fc347a12d77_18
La plupart des passeurs travaillent pour les cartels
Crédits : Encarni Pindado

Cela n’a rien de surpre­­nant. Des ONG s’oc­­cu­­pant des ques­­tions de migra­­tions rapportent que le Cartel du Golfe, comme les Zetas, leurs prin­­ci­­paux rivaux, et d’autres puis­­santes orga­­ni­­sa­­tions crimi­­nelles mexi­­caines ont fait du racket une vache à lait : ils dépos­­sèdent les migrants de leurs écono­­mies en l’échange de leur protec­­tion. Ils recrutent des passeurs et établissent des lieux d’hé­­ber­­ge­­ments sécu­­ri­­sés pour les migrants voya­­geant vers le nord, via le Mexique et l’Amé­­rique centrale. Ceux qui n’ont pas assez d’argent pour payer un passeur ou s’ac­quit­­ter de la taxe exigée par les cartels pour traver­­ser leur terri­­toire ont peu de chance d’ar­­ri­­ver jusqu’aux États-Unis. Enlè­­ve­­ments, viols et meurtres sont monnaie courante, parti­­cu­­liè­­re­­ment dans l’État de Tamau­­li­­pas, que le Cartel du Golfe et les Zetas se disputent depuis des années. En 2010, 72 migrants ont été retrou­­vés assas­­si­­nés dans un ranch de la région. Au vu des dangers et de la somme d’argent consi­­dé­­rable qu’il demande, il est fréquent que le passeur ait du mal à trou­­ver des clients. Une nuit, à l’hô­­tel, il nous montre un message vidéo WhatsApp envoyé par son patron. Dans un espa­­gnol typique du nord du Mexique, la voix dit : « Gordo [le gros], comment ça va ? Qu’est-ce qu’il se passe ? » Il s’em­­presse d’en­­re­­gis­­trer une réponse : « Tout va bien, ça prend juste un peu de temps. » Avec lui, sa voix est douce et servile. Il faut qu’il trouve des gens, et vite.

Les passeurs conservent les passe­­ports des migrants
Crédits : Encarni Pindado

Avec l’aide de Dieu

Un appel finit par abou­­tir. Un de ses cousins éloi­­gnés, Luis, est prêt à partir. Nous nous mettons en route dans sa vieille four­­gon­­nette. Récu­­pé­­rer Luis n’est pas simple. Il habite à Los Plane­­tas, un quar­­tier de San Pedro Sula telle­­ment rongé par les gangs que le passeur a peur de s’y rendre seul. Il demande à la police mili­­taire d’un poste voisin de l’ac­­com­­pa­­gner (sans révé­­ler ses occu­­pa­­tions), mais ils refusent. San Pedro Sula est le cœur indus­­triel du Hondu­­ras, qui regroupe les usines travaillant pour des marques natio­­nales et inter­­­na­­tio­­nales. Pour­­tant, ces dernières années, la ville est deve­­nue un des endroits les plus meur­­triers au monde, hors zones de guerre. Les habi­­tants vivent à l’ombre du gang de Mara Salva­­tru­­cha (MS-13) et du Marra 18, tous deux très puis­­sants, tandis que les jeunes peinent à trou­­ver du travail. Les emplois à l’usine sont trop peu nombreux et l’éco­­no­­mie est en déclin. La situa­­tion est la même dans certaines régions du Guate­­mala et du Salva­­dor. La seule pers­­pec­­tive est de rejoindre un gang, c’est pourquoi beau­­coup partent à la recherche d’une vie meilleure. Luis, le dernier client du passeur en date, a du mal à trou­­ver du travail. Il s’est décidé à partir pour en trou­­ver ailleurs.

« Tu vas rester à l’hô­­tel et si tu essaies de t’en­­fuir, je te retrou­­ve­­rai et je te tuerai. Je te mange­­rai. »

Nous arri­­vons enfin chez lui, sans escorte poli­­cière. Il habite une maison en béton, avec un patio pous­­sié­­reux à l’ex­­té­­rieur. Des membres de sa famille élar­­gie sont assis sur des chaises en bois, atten­­dant tous le passeur. Dehors, des voisins échangent des ragots sous la lueur orange d’un lampa­­daire. À l’in­­té­­rieur, Luis, un jeune rêveur de 25 ans qui passe son temps à compo­­ser des morceaux de reggae­­ton, rassemble déjà ses affaires. Sa chambre est spar­­tiate, à l’ex­­cep­­tion de ses  médailles de foot­­ball. Il est certain que son voyage abou­­tira, « avec l’aide de Dieu ». Lorsqu’il vient dire au revoir à ses proches assem­­blés dans le patio, tout le monde est emporté par l’émo­­tion. Ils se tiennent tous la main et prient pour sa sécu­­rité. Sa tante et sa grand-mère essuient leurs larmes et le prennent dans leurs bras. Rien ne garan­­tit qu’elles le rever­­ront un jour.

~

Luis, tout comme sa famille, est convaincu que son voyage vers le nord commence tout de suite, à bord du bus de nuit qui l’en­­traîne hors de San Pedro Sula. Mais une fois qu’il se retrouve seul avec le passeur, celui-ci l’in­­forme qu’il n’en sera rien. Il lance à Luis un regard dans le rétro­­vi­­seur avant de lui annon­­cer de but en blanc : « Je t’ai menti, on ne part pas ce soir. Tu vas rester à l’hô­­tel et si tu essaies de t’en­­fuir, je te retrou­­ve­­rai et je te tuerai. Je te mange­­rai. Et je ne rigole pas. »

221e85daefe6422f9b0e5d8ee0dbd922_18
Luis et les siens se recueillent avant qu’il ne parte
Crédits : Encarni Pindado

Stupé­­fait, Luis ne peut qu’ac­quies­­cer. C’est la première fois que le passeur lui donne à voir cette autre facette de sa person­­na­­lité et de son travail. Une fois arri­­vés à l’hô­­tel que le passeur a choisi pour Luis, il lui prend son télé­­phone et son porte­­feuille et l’en­­ferme dans une pièce mal éclai­­rée et pauvre­­ment meublée. Quelques punaises et cafards sont ses seuls compa­­gnons pour la nuit. Et avant de fermer la porte, le passeur l’aver­­tit : « Et n’ouvre à personne. » En l’es­­pace de quelques minutes, Luis a quitté sa famille et il est tombé sous l’em­­prise du passeur. Demain, celui-ci le trans­­fé­­rera dans une maison sécu­­ri­­sée qu’il appelle son « entre­­pôt ». C’est là que Luis restera jusqu’à ce que le passeur et ses patrons décident qu’il est prêt pour le voyage. Ce dernier nous confie qu’il à l’ha­­bi­­tude de garder ses clients prison­­niers après qu’ils ont accepté ses services. C’est son mode opéra­­toire. « Si j’ai quelqu’un dans l’en­­tre­­pôt, cela me garan­­tit à 50 % que la famille ne chan­­gera pas d’avis et qu’ils paye­­ront ce qu’ils me doivent. Ils doivent payer la moitié du coût du voyage entre l’ar­­ri­­vée à l’en­­tre­­pôt et le départ », explique-t-il. Une ONG pour les migra­­tions nous a confirmé avoir décou­­vert des cas simi­­laires de passeurs enfer­­mant leurs clients au Guate­­mala et au Salva­­dor, mais on ne sait pas s’il s’agit d’une pratique géné­­ra­­li­­sée. Les orga­­ni­­sa­­tions d’aide aux migrants sont toutes d’ac­­cord pour dire qu’il est commun de voir des migrants qui ont déjà payé leur passeur verser une somme supplé­­men­­taire pendant leur voyage.

315a6a7b30a9430d8f93222577c7cae6_18
Un long voyage
Crédits : Encarni Pindado

Le prix à payer

Nous sillon­­nons les rues de la ville deux nuits plus tard dans la four­­gon­­nette, lorsque je demande au passeur ce qui arrive à ceux qui ne peuvent pas payer. Ma ques­­tion ne le perturbe pas le moins du monde : « Cela me fait de la peine, mais je dois les livrer au cartel… Ce sont eux qui décident quoi faire d’eux. Soit ils les font travailler pour payer leur dette… soit ils les tuent », dit-il. Je lui demande comment il ressent tout cela et il prend quelques instants pour réflé­­chir. Il répond avec prag­­ma­­tisme : « Évidem­­ment, on apprend à se connaître, on se lie d’ami­­tié, c’est doulou­­reux, mais… ce n’est pas parce que j’ai passé quatre mois avec une personne que je vais donner ma vie pour elle. » Et d’ajou­­ter : « Si je les lais­­sais partir, il faudrait que je paye à leur place. » Pour le cartel et le passeur, la ques­­tion prin­­ci­­pale demeure la même : les migrants sont de la marchan­­dise, dont il faut tirer profit d’une façon ou d’une autre. S’ils ne sont pas leurs clients, alors ils doivent être des victimes kidnap­­pées pour obte­­nir une rançon, ou utili­­sés comme tueurs à gages bon marchés et comme mules.

0cad35c768954a90a1a47bb5bb35140d_18
Sous l’oeil des cartels
Crédits : Encarni Pindado

Le passeur nous raconte qu’il a lui-même commencé à travailler pour le Cartel du Golfe de cette façon : « Je rêvais de partir aux États-Unis, comme tous les autres jeunes, et ça a tourné au cauche­­mar. J’ai été kidnappé, torturé, je les ai vus tuer mon cousin et quatorze autres personnes. J’avais le choix entre perdre la vie ou travailler pour le cartel. J’ai commencé en tant que “mule”, je faisais passer de la drogue aux États-Unis, et après quelques temps, ils m’ont dit que je pouvais rentrer au Hondu­­ras, pour faire passer des migrants de l’autre côté. » Cela fait main­­te­­nant quatre ans qu’il travaille pour le cartel et il décrit ses patrons comme « des gens biens ». Quand il n’est pas en voyage de l’autre côté de la fron­­tière (ce qui arrive trois ou quatre fois par an), il passe son temps à cher­­cher des personnes prêtes à payer ses services pour la somme de 6 000 à 7 000 dollars. Dans un pays où le salaire moyen est d’en­­vi­­ron 330 dollars par mois, ce n’est pas chose facile. Beau­­coup de migrants se font aider par des membres de leur famille déjà présents aux États-Unis, qui envoient une grosse somme. Les migrants, eux, vendent tout ce qu’ils ont au Hondu­­ras pour complé­­ter. Cette somme couvre un accord global : le passeur leur propose trois tenta­­tives de passer du Hondu­­ras aux États-Unis. Les migrants qui ne parviennent pas à passer après trois tenta­­tives doivent rentrer chez eux, et n’ont souvent plus rien. « Ces gens finissent à la rue, parce que même si je le voulais, je ne pour­­rais pas les reprendre avec moi. L’argent qu’ils me donnent couvre tout juste les trois tenta­­tives. »

Les sommes les plus impor­­tantes vont aux Zetas, les rivaux du Cartel du Golfe.

Il devient de plus en plus dur de traver­­ser, et pas seule­­ment à cause des gangs. Suite à une alerte lancée depuis les États-Unis sur le nombre gran­­dis­­sant d’en­­fants tentant de fran­­chir la fron­­tière en 2014, le Mexique a mis en place le plan Fron­­tera Sur, un programme en partie financé par les États-Unis pour empê­­cher les Centra­­mé­­ri­­cains de passer. Et ça a fonc­­tionné. Des postes-fron­­tières itiné­­rants ainsi qu’une surveillance constante des trains de marchan­­dises emprun­­tés par les migrants ont conduit à une hausse de 70 % des expul­­sions. Le passeur nous dit qu’une grande partie de l’argent versé par les migrants sert à ache­­ter les offi­­ciers de police mexi­­cains pour qu’ils les laissent passer et ferment les yeux. Mais les sommes les plus impor­­tantes vont aux Zetas, les rivaux du Cartel du Golfe, pour chaque migrant qui traverse leur terri­­toire.

~

Pour­­tant, même l’argent ne garan­­tit pas de passer en sécu­­rité. Les femmes sont parti­­cu­­liè­­re­­ment vulné­­rables, nous dit-il. « Il y a un an et demi, j’ai emmené un groupe de jeunes filles de 16 à 17 ans, et toutes se sont faites violer. Je n’ai rien pu faire. Rien. Au Mexique, je ne suis personne. J’ai beau leur donner tout l’argent, ils font toujours ce qu’ils veulent aux clients. L’une d’entre elles est même tombée enceinte et a dû avor­­ter. Elle était trau­­ma­­ti­­sée. Elles sont arri­­vées aux États-Unis, mais pas comme je leur avais promis – c’est-à-dire saines et sauves. » Le silence retombe dans la pièce. Ce qu’il évoque ce soir est peut-être ce qui l’a le plus affecté, de toutes les choses dont il a été témoin.

m3op
Des membres du Cartel du Golfe
Crédits : DR

Le reste du temps, il agit soit avec une senti­­men­­ta­­lité exagé­­rée (il a notam­­ment acheté une peluche à l’un des membres de notre équipe et pleuré quand nous avons voulu savoir si son voyage avait une chance d’abou­­tir, disant que nous l’avions « blessé ») ou affiche tout le machisme dont il est capable, se montrant brutal et tyran­­nique. Peut-être qu’a­­voir une tendance à la mani­­pu­­la­­tion est inévi­­table chez un homme qui opère dans un monde aussi trouble et dange­­reux. Son travail consiste essen­­tiel­­le­­ment à faire en sorte que les gens se plient à sa volonté. Même son épouse ignore ses acti­­vi­­tés, ni pourquoi il dispa­­raît trois ou quatre fois par an pendant plusieurs semaines. Ce sont pour­­tant ces mysté­­rieux voyages qui leur ont donné les moyens d’ache­­ter leur maison et de vivre ensemble. Quand je lui demande s’il voudrait arrê­­ter son travail – dans l’éven­­tua­­lité où cela lui serait possible – , il semble hési­­ter, déchiré entre les dangers auxquels il s’ex­­pose et les béné­­fices qu’il en tire.


Traduit de l’an­­glais par Sophie Gino­­lin d’après l’ar­­ticle « Portrait of a people smug­­gler », paru dans Al Jazeera. Couver­­ture : Au Hondu­­ras, la jungle urbaine.

COMMENT LE CRIME ORGANISÉ TIRE DES BÉNÉFICES DE LA CRISE DES MIGRANTS

ulyces-mastermind-couv01-1 perry

L’enquête du procu­­reur anti-mafia Calo­­gero Ferrara a remonté la piste d’Er­­mias Gher­­may, qui dirige un trafic inter­­­na­­tio­­nal nauséa­­bond dont les marchan­­dises sont des personnes.

I. 447

Par un matin enso­­leillé d’avril, sur la côte est de la Sicile, le mont Etna a des allures de carte postale : au-delà d’une mer bleu-vert, des olive­­raies, des oran­­gers et des villes nichées au creux de collines escar­­pées, il dresse son immense cône enneigé entouré de nuages coton­­neux. Mais au centre de ce tableau para­­di­­siaque, au bout d’un long quai du port d’Au­­gusta, une présence détone : celle d’un mons­­trueux canon­­nier italien gris terne, sur le pont arrière duquel 447 personnes s’en­­tassent sous de grosses couver­­tures marron. À la rambarde se tient un homme à la barbe sauvage, la tren­­taine, portant un bébé près de sa hanche. Derrière lui, une femme vêtue d’une abaya tient la main d’une petite fille avec les cheveux tres­­sés en nattes, qui porte un sac à dos rose tout sale.

ulyces-mastermind-01
Le mont Etna avec à ses pieds, Augusta
Crédits : Allie Caul­­field

Les visages de ces familles sont recou­­verts de pous­­sière et leurs cheveux sont ébou­­rif­­fés. Leurs habits aussi, dont les couleurs ont fané au soleil, sont macu­­lés de pous­­sière blanche et de crasse noire. Dans ce décor écla­­tant et baigné de soleil, les réfu­­giés attendent le débarque­­ment. La brise marine rejette sur la terre ferme la puan­­teur aigre qui émane de leurs corps épui­­sés, et les travailleurs de la Croix-Rouge sur le quai portent des masques et des combi­­nai­­sons à capuche. C’est un tableau de vie et de mort. La semaine dernière, la marine italienne a secouru ces hommes, ces femmes et ces enfants venus d’Afrique alors qu’ils essayaient de traver­­ser la Médi­­ter­­ra­­née pour rejoindre l’Eu­­rope. Quatre jours plus tôt, 800 autres migrants ont trouvé la mort au fond des flots, leur navire ayant coulé au large de la Libye. Ceux-là ont eu de la chance. La Croix-Rouge semble hési­­tante dans sa façon de leur appor­­ter des soins, s’en occu­­pant à distance respec­­table et avec des gants en caou­t­chouc. Ils éloignent came­­ra­­mans et photo­­graphes en agitant les mains comme on chas­­se­­rait des mouches. Cepen­­dant, le groupe auto­­rise Gemma Parkin, une publi­­ci­­taire travaillant pour l’ONG britan­­niqueSave the Chil­­dren, à parler avec les réfu­­giés, afin qu’elle délivre ensuite les infor­­ma­­tions aux jour­­na­­listes. Parkin agit de la sorte car elle veut que les diri­­geants euro­­péens, qui débattent de la façon dont arrê­­ter l’af­­flux de migrants, entendent leurs histoires, les mois et les années qu’ils ont passés à tenter d’at­­teindre l’Eu­­rope, et ce qui leur en a coûté : la plupart du temps, les écono­­mies de toute une vie ; et, pour près de 2 000 d’entre eux en quatre mois, leurs vies.

IL VOUS RESTE À LIRE 95 % DE CETTE HISTOIRE

Down­load Nulled WordP­ress Themes
Down­load Nulled WordP­ress Themes
Down­load Best WordP­ress Themes Free Down­load
Down­load Best WordP­ress Themes Free Down­load
down­load udemy paid course for free
Download Best WordPress Themes Free Download
Premium WordPress Themes Download
Free Download WordPress Themes
Free Download WordPress Themes
udemy paid course free download

Plus de monde