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KABOOOM

par Josh Dean | 9 mai 2016

Toun­gouska

Le mardi 18 août 2015, la NASA a publié un commu­niqué de presse inti­tulé « La Terre n’est mena­cée par aucun asté­roïde ». Un gros titre alar­mant, surtout pour ceux qui igno­raient qu’une partie de la popu­la­tion crai­gnait sincè­re­ment de voir un asté­roïde percu­ter la terre… En réalité, les craintes de ces gens étaient telles qu’à force de les voir s’agi­ter et multi­plier les articles de blogs, l’agence spatiale la plus respec­tée de la planète s’est vue contrainte de publier un démenti. « De nombreux blogs affirment, de manière tota­le­ment erro­née, qu’un asté­roïde entrera en colli­sion avec la Terre entre le 15 et le 28 septembre 2015 », pouvait-on lire dans le commu­niqué. Dans les locaux du Jet Propul­sion Labo­ra­tory de Pasa­dena en Cali­for­nie, Paul Chodas, direc­teur du dépar­te­ment NEO dédié à l’étude des objets géocroi­seurs (Near-Earth Objects), a déclaré le même jour : « Il n’existe aucune donnée scien­ti­fique, et pas l’ombre d’une preuve qui porte­rait à croire qu’un asté­roïde frap­pera la Terre à cette période. » D’après le commu­niqué, le programme d’ob­ser­va­tion des objets géocroi­seurs de la NASA « affirme n’avoir observé ni asté­roïde ni aucune comète suscep­tible d’en­trer en colli­sion avec la Terre dans un avenir proche ».

gallery-1446238930-chelyabinski-vidHors contexte, cela ressem­blait à un article tout droit sorti de The Onion ou du Gorafi. Il n’est pas rare que des rumeurs incroyables se propagent, mais il l’est davan­tage de les voir prendre autant d’am­pleur, au point que le direc­teur d’un labo­ra­toire scien­ti­fique réputé se sente obligé de s’ex­pri­mer et de publier un commu­niqué de presse. Ainsi va pour­tant l’uni­vers étrange et méconnu de la défense plané­taire, au sein duquel une commu­nauté gran­dis­sante de scien­ti­fiques mène des recherches et se prépare à l’éven­tua­lité qu’un gros caillou venu de l’es­pace pénètre notre atmo­sphère et percute la Terre, entraî­nant la destruc­tion violente et injuste de notre planète. Histo­rique­ment, il y a pour­tant des raisons de s’inquié­ter.

Au matin du 15 février 2013, les habi­tants de la ville de Tche­lia­binsk en Russie se réveillaient à peine lorsqu’une intense traî­née de lumière est appa­rue à l’est et a traversé l’ho­ri­zon avant d’ex­plo­ser. On a tout d’abord cru à un missile nucléaire, mais il s’agis­sait d’un asté­roïde. L’objet mesu­rait envi­ron 17 mètres de diamètre et se déplaçait à une vitesse de 67 600 km/h. Grâce à la fric­tion de l’at­mo­sphère, il a chauffé et fini par explo­ser bien au-dessus du sol. Ce phéno­mène, que les scien­ti­fiques appellent « onde de choc », a fait explo­ser des fenêtres, s’ef­fon­drer des murs et endom­magé des toitures. Bilan : plus de 1 500 bles­sés à cause de projec­tions d’éclats de verre. En son point le plus intense, la lumière émise par l’objet en pleine explo­sion était 30 fois plus vive que celle du soleil, causant chez certains habi­tants des brûlures de la peau et de la rétine. Si quelques frag­ments de roche ont bien fini par s’écra­ser au sol – notam­ment un bloc assez lourd pour trans­per­cer la couche de glace d’un lac gelé –, 99 % de la masse de l’as­té­roïde s’est désin­té­grée en vol, libé­rant une éner­gie équi­va­lente à 500 kilo­tonnes de TNT. Chaque nuit, de petits frag­ments de roche venus de l’es­pace pénètrent notre atmo­sphère et s’y désin­tègrent : ce sont les étoiles filantes. Ces frag­ments dépassent rare­ment la taille d’un ballon de basket (et souvent, leurs dimen­sions seraient plutôt compa­rables à celle d’un grain de sable), mais il arrive que de plus gros objets nous parviennent sans crier gare. Entre 1994 et 2013, le gouver­ne­ment des États-Unis a enre­gis­tré la forma­tion de 556 petites boules de feu (plus commu­né­ment appe­lées « bolides ») causées par l’ex­plo­sion d’as­té­roïdes à la surface de la Terre. La plupart de ces explo­sions ont eu lieu au-dessus de l’océan et sont donc passées inaperçues. Si l’épi­sode de Tche­lia­binsk est tant resté dans les mémoires, c’est qu’il s’agis­sait d’un des rares cas où un bolide d’une telle ampleur a survolé, en plein jour, une zone habi­tée. Des dizaines de camé­ras embarquées ont immor­ta­lisé l’évé­ne­ment, contri­buant à le rendre aussi réel à nos yeux.

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La forêt dévas­tée de Toun­gouska

Ce n’était pas la première fois que la Russie se trou­vait ainsi confron­tée à des débris spatiaux. Le 30 juin 1908, là encore aux premières heures du jour, un asté­roïde déchira le ciel aux abords de la rivière Toun­gouska et causa une explo­sion spec­ta­cu­laire au-dessus de la taïga sibé­rienne. Aucun être humain ne se trou­vait dans les envi­rons immé­diats. Plus tard, un homme alors tranquille­ment assis sur le perron d’un poste de traite, à 65 kilo­mètres de là, racon­te­rait avoir été éjecté de son siège et exposé à une chaleur si intense qu’il avait cru que ses vête­ments avaient pris feu. Il faudra attendre 19 ans pour qu’en 1927, le conser­va­teur de la collec­tion de météo­rites du musée de Saint-Péters­bourg mène une expé­di­tion scien­ti­fique et tente pour la seconde fois de traver­ser la forêt sauvage. En arri­vant enfin sur le site, ils décou­vrirent que 2 000 kilo­mètres carrés de forêt semper­vi­rente avaient été entiè­re­ment rasés. Plus de 80 millions d’arbres fauchés repo­saient au sol, étalés en cercles concen­triques s’éloi­gnant peu à peu de l’épi­centre. L’as­té­roïde de Toun­gouska était d’une taille bien supé­rieure à celui de Tche­lia­binsk. Les scien­ti­fiques estiment qu’il mesu­rait envi­ron 36 mètres de diamètre, pesait près de 100 000 tonnes et se déplaçait à une vitesse de 54 000 km/h lorsqu’il explosa dans la basse atmo­sphère, libé­rant une éner­gie équi­va­lente à 185 bombes d’Hi­ro­shima. Les baro­mètres perçurent l’onde de choc jusqu’en Angle­terre. Plus tard, des indi­vi­dus habi­tant à des kilo­mètres du site racon­tèrent comment « le ciel s’était ouvert en deux » et qu’un « grand feu » semblait s’être déclaré, suivi d’une déto­na­tion assour­dis­sante. Comme l’a un jour déclaré Don Yeomans, ancien direc­teur du dépar­te­ment NEO de la NASA et ancien collègue de Paul Chodas : « Pour lancer une discus­sion sur les asté­roïdes, rien de plus facile : il suffit de pronon­cer le mot Toun­gouska. »

Morris­son

L’as­té­roïde de Toun­gouska aurait pu raser une ville de la taille de Londres et ses envi­rons. Pour­tant, la pers­pec­tive de voir cette menace se concré­ti­ser dans un avenir proche n’inquiète pas grand monde. La fréquence à laquelle de gros asté­roïdes viennent entrer en colli­sion avec la Terre reste plutôt faible et la majeure partie de notre planète reste inha­bi­tée, puisqu’elle est recou­verte à 71 % d’eau. Ainsi, même si un asté­roïde de taille supé­rieure appa­rais­sait soudai­ne­ment, il aurait peu de chances de mena­cer la civi­li­sa­tion. Cela étant, l’avis des scien­ti­fiques concer­nant les asté­roïdes a beau­coup évolué au cours des dernières décen­nies et nous avons pris conscience de plusieurs choses. D’une part, les impacts de corps célestes font partie inté­grante de la vie au sein du système solaire. D’autre part, si l’on fait des prévi­sions à très long terme, il s’avère que des objets bien plus gros que Toun­gouska – qui pour­raient raser des régions entières, voire détruire l’hu­ma­nité – parcourent l’es­pace en ce moment même et fini­ront bien par entrer en colli­sion avec la Terre, dans 500, 10 000 ou un million d’an­nées. À moins que nous ne repé­rions ces menaces par avance afin de les étudier et de tenter de les parer si besoin. L’in­ci­dent de Tche­lia­binsk aura permis de capter momen­ta­né­ment l’at­ten­tion du monde. Au Capi­tole, le comité scien­ti­fique de la Chambre des repré­sen­tants a convoqué une audience et demandé au géné­ral William Shel­ton d’ex­pliquer, entre autres, si un tel événe­ment aurait pu être prédit. Shel­ton, chef d’État-Major de la force spatiale de l’US Air Force, a répondu que cet axe de recherche avait reçu trop peu de finan­ce­ments. « Que pouvons-nous faire dans l’im­mé­diat ? » lui a demandé le président du comité. « Tout ce que je peux vous dire, c’est que si quoi que ce soit devait arri­ver dans trois semaines, il ne nous reste­rait plus qu’à prier. En trois semaines, je ne pour­rais rien faire du tout, car cela fait des décen­nies qu’on remet cette ques­tion à plus tard. »

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David Morri­son
Crédits : NASA

Défense plané­taire. C’est sous cette appel­la­tion que le public connaît le mieux cette mission dont le but est de repé­rer les menaces d’as­té­roïdes et de mettre en place des moyens pour les déjouer. Son origine remonte à 1994, lorsque les astro­nomes ont observé avec horreur la gigan­tesque comète Shoe­ma­ker-Levy 9 écla­ter en 22 frag­ments qui, l’un après l’autre, sont entrés en colli­sion avec Jupi­ter. Chaque morceau de la comète a percuté l’at­mo­sphère de Jupi­ter dans une explo­sion spec­ta­cu­laire, lais­sant dans sa couche nuageuse une cica­trice plus large que la Terre. Pour la première fois, l’hu­ma­nité obser­vait une colli­sion entre deux corps du système solaire. Si la comète avait percuté la Terre plutôt que Jupi­ter… Disons simple­ment que vous ne liriez pas ces lignes à l’heure qu’il est. « Cet événe­ment a fait office de signal d’alarme », explique David Morri­son. « D’ailleurs, la sortie deux ans plus tard de Deep Impact et d’Ar­ma­ged­don n’a rien d’une coïn­ci­dence. » Cher­cheur en chef pour la NASA au sein du Ames Research Center de Moun­tain View, en Cali­for­nie, Morri­son fait office de baro­mètre de la menace asté­roïde. Il suffit d’ob­ser­ver cet homme au regard de limier, cerclé de lunettes à monture métal­lique, pour comprendre l’his­toire de la défense plané­taire. Il y a une tirade célèbre dans le milieu : « Quand on a commencé à s’in­té­res­ser à ces ques­tions, l’équipe au complet aurait été tout juste suffi­sante pour faire tour­ner un McDo. » Au cours de mes entre­tiens, je l’ai enten­due de la bouche de trois personnes.

Cette tirade, c’est celle de Morri­son. « Je crois que la phrase exacte faisait mention d’un seul service dans un McDo­nald’s, mais je suis sûr qu’on en est à trois aujourd’­hui », clari­fie-t-il lors de notre rencontre dans un salon à l’am­biance tami­sée de l’Ames Research Center. C’est l’hy­po­thèse d’Al­va­rez, comme on l’ap­pelle, qui a tout d’abord attiré l’at­ten­tion de Morri­son en 1980. Cette hypo­thèse appor­tait une réponse plau­sible à un mystère pour le moins ancien : l’ex­tinc­tion des dino­saures. Leur dispa­ri­tion serait due à l’im­pact d’un asté­roïde géant dans la pénin­sule du Yucatán au Mexique, il y a 65 millions d’an­nées. Mesu­rant entre 10 et 15 kilo­mètres de diamètre, l’objet aurait libéré une éner­gie un milliard de fois plus destruc­trice que les bombes atomiques d’Hi­ro­shima et Naga­saki. Sa taille et sa vitesse étaient telles qu’il s’est enfoncé de 30 kilo­mètres dans la surface de la Terre avant d’ex­plo­ser, anni­hi­lant tout être vivant à des milliers de kilo­mètres à la ronde. (Selon certaines théo­ries, il se serait écoulé envi­ron 3 minutes entre cette première explo­sion et la dispa­ri­tion des dino­saures au Canada.) En outre, l’ex­plo­sion aurait projeté d’énormes quan­ti­tés de terre, de roche, de vapeur et de flammes dans l’at­mo­sphère, assom­bris­sant le ciel au point que pendant deux ans, aucun rayon de soleil n’a atteint la surface de la planète.

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Le cratère de Barrin­ger en Arizona
Crédits : USGS/D

Les géologues et les astro­phy­si­ciens ont depuis long­temps établi le lien entre les cratères et les chutes d’as­té­roïdes, explique Morri­son. Ces impacts sont visibles chaque soir à la surface de la lune, et il en existe des dizaines sur la Terre, tel que le célèbre cratère Barrin­ger en Arizona, profond de 170 mètres. « Par contre, le fait qu’un de ces impacts ait pu engen­drer une extinc­tion massive et alté­rer l’évo­lu­tion biolo­gique… Ça, personne n’y avait pensé avant la décou­verte d’Al­va­rez. » Pour­tant, il a fallu attendre plusieurs années avant que la commu­nauté spatiale au sens large ne prenne le sujet au sérieux, et aujourd’­hui encore, beau­coup restent scep­tiques. « Pendant long­temps, le “facteur humo­ris­tique” a été l’une des expres­sions employées le plus couram­ment parmi nous : dès que nous parlions de se “proté­ger des chutes d’as­té­roïdes”, on ne nous prenait pas au sérieux. » En 1988, Morri­son a co-écrit avec Clark Chap­man, cher­cheur en sciences spatiales, l’ou­vrage Cosmic Catas­trophes, dont le but était d’ex­pliquer en des termes simples mais néan­moins sérieux que la menace asté­roïde était une réalité. D’après Morri­son et Chap­man, il s’agis­sait, en prin­cipe, d’un problème soluble. Trois ans plus tard, le Congrès deman­dait à la NASA d’étu­dier (sous la direc­tion de Morri­son) les risques d’im­pact et, en juillet 1994, la comète Shoe­ma­ker-Levy 9 a fait parler d’elle dans les jour­naux du monde entier.

Enfin, en 1998, le Congrès s’est décidé à légi­ti­mer la ques­tion et a demandé à la NASA d’iden­ti­fier 90 % des asté­roïdes dont le diamètre dépas­se­rait un kilo­mètre, seuil au-delà duquel on consi­dère qu’un objet pour­rait détruire une part impor­tante de notre planète – à défaut d’éra­diquer l’hu­ma­nité tout entière. À l’époque, on ne devait pas avoir réper­to­rié plus de 50 objets de cette taille. L’enquête de la NASA, connue sous le nom de Space­guard Survey, avait pour but de complé­ter cette liste. L’enquête était rela­ti­ve­ment simple à mettre en œuvre. Il suffi­sait de monter des appa­reils photo sur des téles­copes terrestres et de photo­gra­phier le ciel de nuit pour mettre en évidence des corps lumi­neux en mouve­ment par rapport aux étoiles connues. Cet objec­tif de 90 % a été atteint en 2005. Aujourd’­hui, on dénombre plus de 12 000 objets géocroi­seurs (ou Near Earth Objects, NEO) cata­lo­gués dans une base de données publique qui regroupe d’autres données critiques à leur sujet, notam­ment la trajec­toire de leur orbite. gallery-1445982955-jupiterLe simple fait d’avoir iden­ti­fié ces meur­triers poten­tiels a permis à la commu­nauté spatiale de réduire sensi­ble­ment le risque de catas­trophe plané­taire. Cela ne veut pas dire qu’au­cun de ces asté­roïdes géants ne vien­dra croi­ser l’or­bite de la Terre dans les cent ou les mille ans à venir, mais cela signi­fie que nous le verrons venir suffi­sam­ment long­temps à l’avance pour avoir une chance de faire quelque chose.

Malheu­reu­se­ment, ce n’est pas la seule menace qui pèse sur notre planète. « C’est une chose de pouvoir dire que dans les cent années à venir, aucun asté­roïde ne va nous percu­ter et causer une catas­trophe plané­tai­re… C’en est une autre d’ad­mettre qu’il existe des centaines de milliers d’as­té­roïdes assez gros pour rayer une ville entière de la carte », ajoute Morri­son. Ceux-là restent encore trop diffi­ciles à détec­ter, et c’est sans parler des objets plus petits mais néan­moins dange­reux, comme celui qui a explosé au-dessus de Tche­lia­binsk. « Comme le dit Don Yeomans », pour­suit Morri­son en citant l’un des gourous du Jet Propul­sion Labo­ra­tory : « La première étape, c’est de les trou­ver. La deuxième, c’est de les trou­ver. La troi­sième, c’est de les trou­ver. Après, on peut passer au reste : calcu­ler les orbites, prédire les impacts, imagi­ner des façons de les dévier… Mais si vous ne les avez pas trou­vés en premier lieu, le reste ne sert à rien. »

Mission Senti­nel

L’Aca­dé­mie des sciences de Cali­for­nie est un muséum d’his­toire natu­relle qui a pour mission « d’ex­plo­rer, expliquer et préser­ver la vie sur Terre », explique Ryan Wyatt. Direc­teur du Morri­son Plane­ta­rium, c’est sur une petite estrade instal­lée dans l’atrium du musée que Wyatt inau­gu­rait Aste­roid Day, la toute première jour­née mondiale des asté­roïdes, au matin du 30 juin 2015. « Diffi­cile d’ima­gi­ner que la vie telle que nous la connais­sons puisse être mena­cée par quelque chose de plus dange­reux qu’un asté­roïde gravé à notre nom. À votre arri­vée, vous êtes passés devant un sque­lette de T-Rex qui vous a souhaité la bien­ve­nue… Comme vous le savez, les dino­saures ont eu quelques problèmes avec le leur, d’as­té­roïde. » Conçu pour atti­rer l’at­ten­tion sur la ques­tion de la défense plané­taire, Aste­roid Day a néces­sité plus d’un an de prépa­ra­tifs et mobi­lisé toute une coali­tion de scien­ti­fiques et de person­na­li­tés de l’in­dus­trie spatiale qui n’en pouvaient plus d’at­tendre une action du gouver­ne­ment améri­cain. L’objec­tif de cette jour­née était de faire de la publi­cité ainsi que de présen­ter le mouve­ment 100X qui, sous la forme d’une péti­tion, invite le monde à agir et à multi­plier par 100 notre capa­cité à détec­ter des asté­roïdes. Wyatt a ensuite cédé la parole à Rusty Schwei­ckart, ancien astro­naute au sein du programme Apollo et cofon­da­teur de l’As­so­cia­tion des explo­ra­teurs de l’es­pace ainsi que de la Fonda­tion B612, l’un des prin­ci­paux spon­sors de Aste­roid Day. gallery-1446048052-bennu-3-1024 « On m’a demandé de vous faire un cours d’in­tro­duc­tion sur les asté­roïdes », annonce Schwei­ckart en plai­san­tant. Premier homme à tester le module lunaire dans l’es­pace, Schwei­ckart a pour­tant la noncha­lance d’un direc­teur d’école tout droit sorti d’une sitcom, et il arbore une remarquable cheve­lure blanche qui lui donne un air de géné­ral de la guerre d’in­dé­pen­dance des États-Unis. L’an­cien astro­naute dresse alors un bref histo­rique du système solaire et explique que les asté­roïdes sont des frag­ments de maté­riaux plané­taires qui, pour diverses raisons, « ne sont jamais parve­nus à s’as­sem­bler pour former des planètes ». La plupart se situent dans une gigan­tesque cein­ture aux confins de notre système solaire, mais parfois, la force de gravité de Jupi­ter en détourne certains et les rapproche sensi­ble­ment de la Terre, si bien qu’ils croisent quelque­fois l’or­bite de notre planète. Les asté­roïdes de la taille de celui qui a fait dispa­raître les dino­saures ne sont pas une menace, assure-t-il ensuite à son audi­toire. « Il n’en existe que dix et aucun ne menace de percu­ter la Terre. » Même des objets larges de plusieurs centaines de mètres ne devraient pas nous inquié­ter, car ils ne frappent la Terre que tous les 300 000 ans envi­ron. Ceux qui inquiètent véri­ta­ble­ment Schwei­ckart et les autres insti­ga­teurs d’As­te­roid Day, ce sont ceux de la même taille que l’as­té­roïde qui a frappé la Sibé­rie en 1908.

À n’im­porte quelle époque, « il y a 20 % de chances pour qu’un asté­roïde semblable à celui de Toun­gouska nous percute. À moins que nous ne nous en rendions compte à l’avance et que nous puis­sions l’ar­rê­ter. » À l’ori­gine, Aste­roid Day a été imaginé par le réali­sa­teur Grigo­rij Rich­ters et le docteur Brian May, un astro­phy­si­cien plus connu du public pour ses perfor­mances de guita­riste au sein du groupe Queen. (Oui, vous avez bien lu.) Comme ils se trou­vaient tous les deux à Londres pour orga­ni­ser leur propre événe­ment, c’est Ed Lu qui a dû animer la jour­née à San Fran­cisco. Astro­naute à la retraite, Lu a pris part à deux missions de la navette spatiale améri­caine et a passé six mois dans la Station spatiale inter­na­tio­nale. Depuis son plus jeune âge, le mystère de la dispa­ri­tion des dino­saures le fascine. Il se souvient de son livre préféré dans les moindres détails : il était rempli de « formi­dables illus­tra­tions de dino­saures » et se termi­nait sur un cliff­han­ger : « Qu’est-ce qui a fait dispa­raître les dino­saures ? Nous l’igno­rons. » Ce n’est que plus tard que l’hy­po­thèse d’Al­va­rez a répondu à cette ques­tion. « Après ça, j’ai eu la chance d’al­ler dans l’es­pace et de voir les cratères de la Lune. On peut même voir des cratères sur la surface de la Terre, depuis là-haut. Et là, on tombe à la renverse. »

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Lance Benner
Crédits : Plane­tary Defense Confe­rence

En 2001, peu après les atten­tats du 11 septembre, Lu et son ami Piet Hut, célèbre astro­phy­si­cien de Prin­ce­ton, ont décidé de rassem­bler des cher­cheurs pour discu­ter des risques liés aux asté­roïdes et des solu­tions éven­tuelles. Ils ont convié un petit groupe de collègues triés sur le volet, dont Rusty Schwei­ckart faisait partie, au John­son Space Center de Hous­ton. Sur le papier, cela n’avait rien de glamour : la réunion devait se tenir un week-end et les parti­ci­pants devaient tout payer de leur poche. Lu s’en souvient encore : « J’avais réservé une salle de confé­rence et je leur avais dit : “Si chacun de vous contri­bue, on pourra ache­ter des beignets et du café.” Pour­tant, tous ceux que nous avions invi­tés ont répondu présent. » C’est lors de cette réunion que la Fonda­tion B612 a vu le jour, avec à sa tête Ed Lu, Rusty Schwei­ckart et Piet Hut. Le groupe doit son nom à l’as­té­roïde dont était origi­naire le Petit Prince, célèbre person­nage du conte pour enfants. Pendant les dix années qui ont suivi, les membres de la fonda­tion – qui avaient tous d’autres occu­pa­tions à côté – ont déve­loppé des concepts et mené des recherches pour déter­mi­ner comment la tech­no­lo­gie pour­rait permettre de faire face à cette menace.

En 2012, Lu a donné une présen­ta­tion sur la défense plané­taire dans les locaux de Google, où il diri­geait le dépar­te­ment des tech­no­lo­gies avan­cées. Après avoir posé les bases de la menace, il a expliqué qu’on ne pouvait dévier ce qu’on ne pouvait voir et que la chose la plus impor­tante à faire pour proté­ger la Terre des asté­roïdes, c’était d’en­voyer dans l’es­pace un téles­cope infra­rouge opti­misé pour repé­rer et iden­ti­fier les objets dange­reux. Malheu­reu­se­ment, aucun projet de ce type n’exis­tait. Quelqu’un dans l’as­sis­tance lui a alors posé une ques­tion qui a changé le cours de ses recherches : « Pourquoi vous ne vous en char­gez pas, vous ? » Ce soir-là, Lu a appelé Schwei­ckart et les objec­tifs de B612 ont profon­dé­ment changé : désor­mais, le groupe solli­ci­te­rait acti­ve­ment des finan­ce­ments privés pour déve­lop­per un téles­cope infra­rouge spatial et, à terme, pour le mettre en orbi­te… Le plus tôt serait le mieux. Ce projet a été baptisé « Mission Senti­nel ».

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Le Large Synop­tic Survey Teles­cope (LSST)
Crédits : LSST Obser­va­tory

D’ici dix ans, avec le finan­ce­ment adéquat, Lu estime que les scien­ti­fiques pour­ront détec­ter long­temps à l’avance tous les objets géocroi­seurs qui risquent de percu­ter la Terre, même ceux de la taille de l’as­té­roïde de Toun­gouska. « C’est le Saint Graal », m’a-t-il confié pendant une pause durant Aste­roid Day. Pour y parve­nir, il faudra envoyer un téles­cope infra­rouge dans l’es­pace (soit Senti­nel, soit un projet concur­rent de la NASA appelé NEOCam) et, en paral­lèle, instal­ler un téles­cope géant connu sous le nom de Grand Téles­cope d’étude synop­tique (LSST, Large Synop­tic Survey Teles­cope) actuel­le­ment en construc­tion au Chili et dont la mise en service est prévue pour 2020. Bien que l’objec­tif du projet Senti­nel soit noble, on lui reproche surtout d’être un véri­table gouffre finan­cier. Sur dix ans, les coûts de concep­tion, de construc­tion, de lance­ment et de fonc­tion­ne­ment du téles­cope spatial sont esti­més à 450 millions de dollars.

Par ailleurs, l’équipe d’Ed Lu a eu du mal à lever des fonds : à l’au­tomne 2015, ils n’avaient récolté que 10 millions de dollars. À moins qu’un événe­ment ne vienne susci­ter un élan d’in­té­rêt ines­péré pour le projet – disons, la destruc­tion du Capi­tole par un asté­roïde qu’on n’au­rait pas vu venir –, ce chiffre a peu de chances d’aug­men­ter. Les diffi­cul­tés de B612 à trou­ver des finan­ce­ments ont fait couler beau­coup d’encre au cours de l’an­née 2015, mais Lu ne perd pas espoir. « Dans n’im­porte quel projet, c’est toujours au début que se situent les plus gros risques, quand on n’a qu’un capi­tal infor­mel », explique-t-il. Senti­nel dispose d’un modèle tout à fait réali­sable, de conseillers et d’in­gé­nieurs très compé­tents, ainsi que d’un parte­naire indus­triel, Ball Aeros­pace, qui est en mesure de construire le téles­cope. Dans le contexte des budgets natio­naux, les sommes mises en jeu sont déri­soires. « Le budget annuel de la NASA dépasse les 18 milliards de dollars. Cela signi­fie qu’au cours des dix prochaines années, la NASA va dépen­ser au moins 180 milliards. Nous parlons d’à peine 1 % de ce chif­fre… La NASA dépense sûre­ment davan­tage en café et en beignets. »

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Edward T. Lu
Crédits : NASA

Bref coup d’œil à sa montre. La pause touchait à sa fin et il souhai­tait retour­ner à l’étage pour discu­ter avec l’in­ter­ve­nant suivant. « Quand nous avons commencé à parler des asté­roïdes en 2001, personne d’autre ne s’in­té­res­sait à ces ques­tions. Nous ne faisions que parler dans le vide. Voyez où nous en sommes aujourd’­hui : le LSST est entiè­re­ment financé et prêt à passer à l’étape suivante. Senti­nel n’exis­tait même pas, à l’époque. Tout cela est très récent. » En tant qu’as­tro­naute, Lu dispose d’une certaine crédi­bi­lité. C’est un homme brillant et respecté par ses collègues. Le mouve­ment dont il s’est fait le porte-parole et la figure de proue béné­fi­cie gran­de­ment de ses quali­tés. Son opti­miste inébran­lable consti­tue l’un de ses atouts majeurs, même lorsqu’il paraît infondé. « Je suis sûr que les recherches dans le domaine avancent bien », dit-il. « Les choses n’avancent pas aussi vite qu’on le voudrait évidem­ment, on préfé­re­rait que tout soit prêt pour hier. Mais la vérité, c’est que quelque chose pour­rait très bien s’écra­ser sur nous après-demain… C’est juste qu’on ne le sait pas encore. » Des mots pronon­cés sans la moindre trace d’af­fo­le­ment, avec un sourire. « À mes yeux, c’est l’oc­ca­sion de faire un pas en avant en tant qu’es­pèce humai­ne… En tant que civi­li­sa­tion », déclare-t-il. « Pensez-y : nous allons modi­fier le système solaire pour éviter les impacts d’as­té­roïdes. Pour moi, c’est une occa­sion d’al­ler de l’avant. »

Dix minutes plus tard, il était de retour sur scène pour clore la mati­née. « Le message qu’As­te­roid Day veut faire passer n’est pas un message de peur », annonce-t-il à l’as­sem­blée. « C’est plutôt l’idée que nous avons le pouvoir d’agir. En un siècle, nous pouvons faire énor­mé­ment de progrès et passer du tout premier vol spatial habité à une réor­ga­ni­sa­tion du système solaire pour éviter les impacts d’as­té­roïdes. » Avec un sourire, il laisse cette idée faire son chemin. « La Terre aura connu deux grandes phases : une première phase d’im­pacts aléa­toires, qui aura duré 4 milliards d’an­nées. » Les dino­saures n’y ont pas survécu. « Et la phase à venir, au cours de laquelle une espèce aura décidé de ne plus lais­ser les asté­roïdes frap­per sa planète. Grâce aux hommes, à la tech­no­lo­gie et à la science, c’est tout à fait possible. C’est cela, l’enjeu d’As­te­roid Day. »

Pendant ce temps, à la NASA…

yNkPVJBien que l’ef­fer­ves­cence semble surtout prove­nir du secteur privé, c’est bien à la NASA qu’on doit la plupart des avan­cées visant à proté­ger la Terre des explo­sions de rochers venus de l’es­pace. L’enquête Space­guard, comman­di­tée à l’ori­gine par le Congrès pour loca­li­ser tous les objets géocroi­seurs de plus d’un kilo­mètre de diamètre, est depuis deve­nue une faction à part entière au sein de l’agence, qui se consacre à l’amé­lio­ra­tion des défenses de notre planète. Ses acti­vi­tés sont surtout concen­trées au Jet Propul­sion Labo­ra­tory (JPL), sur les collines ombra­gées de Pasa­dena en Cali­for­nie. C’est là que Paul Chodas dirige le dépar­te­ment d’étude des objets géocroi­seurs, un modeste dédale de bureaux dont la devise est la suivante : « Garder un œil sur les cailloux de l’es­pace. » Chodas ressemble à une version plus âgée de Sam Neill, l’ac­teur néo-zélan­dais qui tient le rôle du père dans Juras­sic Park. De son bureau recou­vert de livres sur les asté­roïdes et les comètes, il a vue sur un parc boisé. Notre rencontre a eu lieu quelques semaines après Aste­roid Day, auquel il n’a pas pris part car selon lui, la péti­tion 100X « manque cruel­le­ment de réalisme et n’est proba­ble­ment pas néces­saire ». Plutôt que de s’at­ta­cher à trou­ver « des millions d’objets géocroi­seurs », m’ex­plique-t-il, « il vaudrait mieux se concen­trer sur les asté­roïdes poten­tiel­le­ment dange­reux » – aussi appe­lés PHA. Cela fait main­te­nant 20 ans qu’il étudie ces objets, après qu’un astro­nome d’Ari­zona a repéré l’as­té­roïde XF11 en 1997. Celui qui diri­geait alors le Minor Planet Center avait affirmé que l’as­té­roïde « nous frôle­rait de très près » en 2028 et que le risque d’im­pact était à envi­sa­ger. Cette décla­ra­tion a causé un bref tumulte et même fait la une du New York Times, mais plusieurs astro­nomes, parmi lesquels se trou­vait Chodas, ont refait les calculs et déclaré que le risque était nul. Cet inci­dent a pour­tant amené la NASA à créer un dépar­te­ment dédié à la recherche des objets géocroi­seurs, qui servi­rait égale­ment de réfé­ren­tiel pour toutes les données rela­tives aux asté­roïdes iden­ti­fiés. (Et qui aurait la respon­sa­bi­lité de s’ex­pri­mer chaque fois qu’une bande de givrés commen­ce­rait à faire des remous sur la toile et à craindre un impact d’as­té­roïde imagi­naire, comme cela a été le cas en août dernier.) Le dépar­te­ment d’étude des objets géocroi­seurs (NEO Office) a ouvert ses portes en 1999.

Depuis, ce programme de la NASA a déve­loppé la plupart des outils et logi­ciels qui permettent de trou­ver, suivre et contrô­ler les objets géocroi­seurs connus. Jusqu’en 2006, la plupart des décou­vertes ont été faites via LINEAR, le projet de recherche d’as­té­roïdes géocroi­seurs du labo­ra­toire Lincoln (Lincoln Near-Earth Aste­roid Research network), en recy­clant des dizaines de téles­copes opto­élec­tro­niques de l’Air Force déve­lop­pés pour la surveillance spatiale pendant la guerre froide, et en les utili­sant pour chas­ser les asté­roïdes à la place. Depuis, c’est le Cata­lina Sky Survey en Arizona qui occupe la première place, mais le téles­cope Pan-STARRS d’Ha­waï occupe un rôle de plus en plus impor­tant.

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Le Cata­lina Sky Survey
Crédits : Univer­sity of Arizona

Repé­rer un nouvel asté­roïde ne suffit pas. Pour que cette obser­va­tion soit utile, il faut suivre l’or­bite de l’objet afin de déter­mi­ner sa trajec­toire dans le futur et ses chances de rencon­trer la Terre. Les rencontres rappro­chées ne sont pas des phéno­mènes uniques : un asté­roïde qui nous manque de peu revien­dra de nouveau nous frôler dans le futur, peut-être même dans un futur très loin­tain. Au début, les calculs de ces orbites devaient être faits à la main ; aujourd’­hui, ils sont auto­ma­ti­sés. Les décou­vertes faites chaque nuit sont trans­mises au Minor Planet Center de l’Union astro­no­mique inter­na­tio­nale, un dépar­te­ment de cinq personnes établi à Harvard qui se présente comme « le système nerveux central de la détec­tion d’as­té­roïdes dans le système solaire ». C’est là que les données sont rassem­blées et compa­rées avec celles préexis­tantes, et s’il s’avère que l’objet est bel et bien une nouvelle décou­verte, on lui attri­bue un nom et on calcule une première trajec­toire d’or­bite. L’objet est ensuite ajouté à une base de données publique.

Au rythme actuel, le Minor Planet Center ajoute plus de 100 objets géocroi­seurs par mois. La plupart ne présentent aucune menace pour la Terre. Chodas prend connais­sance de chaque nouvel ajout. Si les données suggèrent qu’un objet pour­rait croi­ser l’or­bite de la Terre à un moment donné, un logi­ciel qui s’exé­cute auto­ma­tique­ment et en continu calcule où et quand l’im­pact pour­rait avoir lieu. C’est un système qui fonc­tionne, et qui a même été éprouvé en situa­tion réelle, notam­ment dans le cas de l’as­té­roïde 2008 TC3. Cet objet de taille rela­ti­ve­ment petite (de 3 à 5 mètres de diamètre) a été repéré en octobre 2008 par l’ob­ser­va­toire Cata­lina aux abords de Tucson, en Arizona, moins de 24 heures avant qu’il ne s’écrase sur Terre. L’équipe de Chodas a calculé sa trajec­toire et prédit le point d’im­pact, au nord du Soudan, avec tant de préci­sion que les scien­ti­fiques ont pu en retrou­ver les frag­ments dans le désert. Mais c’est la comète Shoe­ma­ker-Levy 9 qui a le plus marqué Chodas. « Cela nous a montré que de gros impacts peuvent surve­nir, et cela a vrai­ment souli­gné l’im­por­tance de notre travail », explique-t-il. « Mais c’est un événe­ment très rare. Nous devons bien sûr y prêter atten­tion et il est impor­tant de repé­rer ces objets et de véri­fier qu’ils ne frap­pe­ront pas la Terre. C’est d’ailleurs l’is­sue la plus probable : ils ne feront que nous frôler. Mais nous possé­dons les téles­copes et les puis­sances de calcul néces­saires, donc nous devons nous effor­cer d’en iden­ti­fier le plus possible. » L’enquête Space­guard a remporté un succès consi­dé­rable, mais en 2005, le Congrès a élevé la barre et demandé à la NASA de trou­ver au moins deux tiers des objets géocroi­seurs mesu­rant au mini­mum 140 mètres de diamètre. Cela consti­tue un défi bien plus diffi­cile à rele­ver, car ces objets sont beau­coup plus petits et nombreux. Autre problème de taille : deux prési­dents se sont succédé à la Maison-Blanche depuis que le programme existe et il n’a encore reçu aucun finan­ce­ment. Le Congrès souhaite que l’enquête soit termi­née avant 2020. « Nous n’y arri­ve­rons pas avant 2020 », admet Chodas.

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Une Terre primi­tive dévas­tée par les asté­roïdes
Crédits : NASA

Il a vu l’in­té­rêt de la NASA pour les asté­roïdes croître de manière constante depuis qu’il y travaille. Il se montre très opti­miste concer­nant un projet baptisé Aste­roid Redi­rect Mission qui a été approuvé, mais qui n’en est encore qu’à ses premières phases de plani­fi­ca­tion. Sa mission sera d’en­voyer un vais­seau spatial robo­tisé en direc­tion d’un objet géocroi­seur de grande taille et d’en préle­ver un « gros morceau lourd de plusieurs tonnes ». Ce morceau sera ensuite ramené et placé en orbite autour de la Lune pour que les astro­nautes puissent s’y rendre et l’étu­dier. Selon la NASA, l’objec­tif est de « faire progres­ser les nouvelles tech­no­lo­gies ainsi que condi­tions de vol dans l’es­pace pour, à terme, pouvoir envoyer une mission habi­tée sur Mars ». Mais cela permet­trait égale­ment aux cher­cheurs en défense plané­taire d’étu­dier la compo­si­tion et le compor­te­ment d’un asté­roïde de façon directe – autant de ques­tions qui deviennent vite essen­tielles lorsqu’on cesse d’iden­ti­fier des asté­roïdes et qu’on commence à se deman­der comment résoudre les problèmes qu’ils posent.

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PEINTURE, TALC, OGIVES NUCLÉAIRES… TOUT EST BON POUR ARRÊTER LES ASTÉROÏDES

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Traduit de l’an­glais par Emilie Barbier d’après l’ar­ticle « The Aste­roid Hunters », paru dans Popu­lar Mecha­nics. Couver­ture : Un asté­roïde frôle la Terre (NASA).


 

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